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Les cours de philosophie de Stanley Cavell

Posted by Hervé Moine sur 11 mars 2011

Stanley Cavell

Philosophie des salles obscures

Lettres pédagogiques sur un registre de la vie morale

Bibliothèques des savoirs

Flammarion (2011)

traduit de l’américain par Mathias Girel, Nathalie Ferron, Élise Domenach

 

Présentation de l’éditeur de Philosophie des salles obscures : Lettres pédagogiques sur un registre de la vie morale

Ce livre-somme, qui rassemble les cours de Cavell à ses étudiants de Harvard, convoque toute l’histoire de la philosophie, de Platon à Nietzsche. C’est de philosophie morale qu’il s’agit ici : qu’est-ce que la vie bonne, qu’est-ce que le bonheur ? qu’est-ce qui nous rend meilleurs ? Cette philosophie, que Cavell baptise « perfectionnisme » d’après le philosophe américain Emerson, trouve une brillante illustration dans les comédies de l’âge d’or américain, ces screwball comedies que Woody Allen appelle les « tuxedo movies » parce qu’ils élèvent le spectateur au plaisir de la conversation et subliment les tracas du quotidien en réflexions morales sur ce qu’il est juste de faire ou pas. A chaque chapitre de philosophie répond donc un chapitre cinématographique, dans lequel Cavell décrit et analyse avec brio la morale des grands classiques du cinéma américain.

L’auteur, Stanley Cavell

« Né en 1926 à Atlanta, en Géorgie, d’une famille juive polonaise venue en Amérique pour fuir les pogroms, Stanley Cavell abandonna des études de musique pour se tourner vers la philosophie.

La rencontre, à Harvard, de l’un des principaux penseurs du langage, John Austin, fut déterminante : avec Ludwig Wittgenstein, Austin conduisit Stanley Cavell à développer un « ton » nouveau en philosophie. Devenu professeur à Harvard, il s’attacha à décrire, à partir de « classiques » (depuis Platon ou Shakespeare jusqu’aux films de l’âge d’or hollywoodien) des moments où nous éprouvons des difficultés à « vouloir dire ce que nous disons », à être les auteurs de nos vies, ou à nous rendre intelligibles aux autres – manifestations d’un « scepticisme vécu ». Désormais, grâce au travail de passeur effectué par les philosophes Sandra Laugier, Christian Fournier, Marc Cerisuelo ou Elise Domenach, son audience est considérable en France. » Jean-Louis Jeannelle

Pour se procurer l’ouvrage de Stanley Cavell Philosophie des salles obscures : Lettres pédagogiques sur un registre de la vie morale

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A propos de Philosophie des salles obscures : Lettres pédagogiques sur un registre de la vie morale

« Philosophie des salles obscures », de Stanley Cavell : quand Hollywood « fait » la morale

Article de Jean-Louis Jeannelle, paru dans le Monde des Livres le jeudi 10 mars 2011

http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/03/10/philosophie-des-salles-obscures-de-stanley-cavell_1490936_3260.html

L’intime et le public, l’individu et la communauté, le savant et le populaire, etc. Stanley Cavell fait se croiser des domaines que les philosophes mêlent rarement. Le cours dispensé durant quinze ans à Harvard, dans le Massachusetts, deux fois par semaine, et aujourd’hui publié sous le titre Philosophie des salles obscures, articule commentaire philosophique et analyse de films. Le mardi était consacré à la lecture suivie de Platon, d’Aristote, de Locke, de Kant ou de Rawls ; le jeudi à un film emprunté aux deux genres hollywoodiens privilégiés par Cavell, les « comédies de remariage », où un couple confronté à une crise fait l’expérience de se ré-unir, et les « mélodrames de la femme inconnue », d’ordinaire dédaignés pour leur côté « tire-larmes ».

Le livre respecte cette alternance. Non que le cinéma y soit l’occasion d’illustrer quelque leçon de sagesse ou y serve à faire passer un savoir jugé trop ardu. Les chapitres consacrés à New York-Miami (1934), de Frank Capra, ou à La Dame du vendredi (1940), d’Howard Hawks, loin de se réduire à une fonction apéritive, illustrent l’une des thèses les plus fortes de Cavell : le cinéma appartient de plein droit au champ de la philosophie morale.

A travers ces films émerge, en effet, un courant méconnu, distinct des deux modèles dominants : l’approche déontologique, fondée sur les notions de juste et d’injuste (l’impératif catégorique de Kant en est la formulation la plus connue), et l’approche téléologique, s’attachant aux conséquences ou à l’utilité des actions plutôt qu’aux intentions (comme dans la pensée utilitariste d’un John Stuart Mill, 1806-1873). Cette troisième voie, Cavell la qualifie de « perfectionniste » et l’ancre chez le philosophe américain Ralph Waldo Emerson (1803-1882). Elle traverse toute la pensée occidentale, mais comme un fil conducteur jusqu’ici ignoré en raison de son apparente banalité. Libre de toute idée préconçue sur le juste ou le bien, elle a pour unique objet d’apprécier la valeur de nos vies, attentive au besoin que nous éprouvons de devenir ce que nous sommes dans la confrontation ou la conversation, moyens de déterminer « notre capacité à vivre ensemble, à nous accepter les uns les autres, dans les aspirations qui guident nos vies ».

Pour suivre ce fil rouge, nul besoin de respecter un ordre chronologique ou une quelconque préséance. Dans les chapitres consacrés aux philosophes, Emerson précède Platon ou Locke ; Ibsen et Freud dialoguent avec Aristote et Nietzsche. Plus frappants, les continuels échos avec les films placés en regard, preuves par l’exemple qu’à travers les crises que traversent quelques couples chacun peut découvrir, grâce à l’autre ou malgré lui, les moyens d’être fidèle à ce qu’il désire être. Ici, le mariage – et ses préoccupations – devient le laboratoire de la réflexion morale, véritable entrelacs d’obligations, de préoccupations et de contraintes où chacun s’engage, faisant appel aux mots de l’autre (ou des autres) afin de trouver sa voie. Car, pour une part, le mariage est bien une « aventure intellectuelle qui implique une certaine exigence de compréhension » ; y entre en jeu ce que Stuart Mill nomme « l’admiration mutuelle », à l’oeuvre lorsque « les partenaires lèvent l’un vers l’autre un regard plein d’admiration ».

Quel intérêt y aurait-il à philosopher si l’exercice de la pensée n’était « le compagnon invisible des vies ordinaires » ? Et ces vies ordinaires, nul art n’en offre de meilleur témoignage que le cinéma. Qu’on en juge d’après Madame porte la culotte (1949), de George Cukor : une femme tire sur son mari qui la trompait ; Amanda, brillante avocate, décide de prendre sa défense afin de démontrer à son procureur de mari, chargé de l’affaire, que le droit des femmes prime sur l’application stricte de la loi. Voici le couple idéal des Bronner au bord du divorce, à la « une » des journaux.

« Dans une démocratie, le bonheur est une émotion politique, tout comme la dépression », note Stanley Cavell. Il suffit qu’un fait divers s’immisce dans un bonheur conjugal et le dialogue des genres sexués connaît brusquement quelques couacs. A la faveur de cette dispute étalée au grand jour, le point de contact entre privé et public est mis à nu : il tient à la notion de consentement, dont dépend la légitimité d’un couple comme celle de la démocratie, engagés l’un comme l’autre dans un perpétuel processus de réforme.

L’apparente simplicité de Cavell ne doit pas tromper. Sinueuse et faite de circonvolutions, sa pensée semble sans cesse se perdre en digressions, puis surprend par son extraordinaire capacité à ressaisir les enjeux d’une oeuvre. La « lecture de l’art, écrit-il, est elle-même un art. » Cet art, que peu de philosophes pratiquent avec cette constance, atteint son point d’orgue dans la lecture croisée de La Bête dans la jungle (1903), d’Henry James, et Lettre d’une inconnue (1948), de Max Ophüls, cas exemplaires d’un « perfectionnisme moralement dévoyé ». Deux hommes y attendent de femmes qu’elles leur révèlent ce qu’eux seuls en réalité peuvent dire ou décider. Stanley Cavell y fait résonner les questions qu’affrontent les personnages afin de les rendre nôtres : « A côté de quoi suis-je en train de passer ? »

Jean-Louis Jeannelle

Pour se procurer l’ouvrage de Stanley Cavell Philosophie des salles obscures : Lettres pédagogiques sur un registre de la vie morale

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Il y a dix ans, paraissaient, Stanley Cavell, cinéma et philosophie, un ouvrage idéal pour s’initier à l’oeuvre du philosophe américain en général et de ses travaux sur le cinéma. Ouvrage rédigé sous la direction de Sandra Laugier et Marc Cerisuelo.

Stanley Cavell

Cinéma et Philosophie

Presse de la Sorbonne Nouvelle (2001)

L’ouvrage Stanley Cavell, cinéma et philosophie est issu d’un colloque consacré à l’œuvre du philosophe américain Stanley Cavell et à son travail sur le cinéma. Le cinéma donne au spectateur une image réfléchie du monde rivalisant en cela avec celle que donne la philosophie. Le cinéma possède sa propre intelligence : il nous dit et nous montre quelque chose. A l’instar de la philosophie, le cinéma est un mode d’approche du monde. C’est donc comme expérience, et non pas comme objet, que le cinéma nous intéresse. Ces rapports novateurs que Cavell noue avec le cinéma sont analysés ici par des chercheurs venus des différents domaines de la connaissance, du cinéma bien sûr, mais aussi de la littérature, de la sociologie, en passant par la psychanalyse ou l’histoire.

Des riches heures de la cinéphilie aux ouvrages de Gilles Deleuze, les noces du cinéma et de la philosophie semblent une spécialité française, en dépit de la forte présence du cinéma américain.

Mais le spectateur éloigné n’a pas l’exclusivité du regard critique. Il appartenait à un philosophe américain de prendre la juste mesure du « seul grand art aux racines authentiquement populaire » (E. Panofsky). Les trois ouvrages que Stanley Cavell, professeur à Harvard University, a consacrés au cinéma (La Projection du Monde, A la recherche du bonheur, ContestingTears) ont puissamment renouvelé de l’intérieur le statut de cette  » forme qui pense  » appelée cinéma.

Préférant la projection à l’enregistrement, la mémoire subjective et partagée à l’examen érudit, et plaçant la comédie hollywoodienne au centre de sa réflexion, Cavell considère les films comme un chapitre essentiel de notre éducation. Ce ne sont pas des objets offerts au regard théorique et critique ; ils proposent une expérience et une vision du monde. Ils s’intègrent par-là à l’ensemble de son œuvre philosophique.

Celle-ci s’interroge sur le scepticisme et la tragédie, la signification de la vie ordinaire et des conversations quotidiennes. Elle sonde l’univers des relations à deux, la contribution de l’Amérique à la culture. Dans l’horizon d’une telle diversité, les contributions ici réunies font se côtoyer la philosophie et les études cinématographiques, la sociologie, la littérature, la psychanalyse et l’histoire de l’art.Stanley Cavell, cinéma et philosophie

Elles tentent d’illustrer tous les aspects de la  » pensée du cinéma  » découverte par Stanley Cavell.

Pour se procurer Stanley Cavell, cinéma et philosophie

 

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