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Un doute tous azimuts, violent et subversif

Posted by Hervé Moine sur 16 mars 2011

Bertrand Russell

Essais sceptiques

Les Belles Lettres


Présentation de l’éditeur

C’est avec ces mots que Bertrand Russell ouvre ce qui est en effet un livre révolutionnaire. Prenant pour point de départ l’irrationalité du monde, il offre par contraste un point de vue  » violemment paradoxal et subversif  » : la croyance en la capacité de la raison à déterminer les actions humaines. Parce qu’ils pressentirent les horreurs qui résultèrent, dans les années suivant leur première publication en 1928, des passions irrationnelles issues des convictions religieuses et politiques, ces Essais sceptiques furent constamment réimprimés. Aujourd’hui, harcelés que nous sommes par les assauts violents du capitalisme, la défense russellienne du scepticisme et de l’indépendance d’esprit est plus que jamais d’actualité. Par sa prose engagée, il nous guide à travers les problèmes philosophiques fondamentaux qui concernent notre vie quotidienne – la liberté, le bonheur, les émotions, l’éthique et les croyances – et nous offre des conseils avisés.  » Quels pourraient être les effets, demande-t-il ironiquement à ses lecteurs, d’une extension du rationalisme sceptique ? « 

Article de Maxime Rovere paru dans le Magazine Littéraire

Au fondement des méditations du philosophe Bertrand Russell (1872-1970), qui a si profondément révolutionné la logique du XXe siècle, on pouvait légitimement s’attendre à découvrir une confiance absolue dans les forces du raisonnement. Son oeuvre majeure, les Principia mathematica, ne propose-t-elle pas de ramener toutes les branches des mathématiques à une logique des relations ? Mais c’est compter sans l’autre côté de Bertrand Russell, militant pacifiste, antinucléaire, ardemment en prise avec son temps et soucieux de faire exister les idées qu’il défend. L’engagement dans l’action a donné au logicien l’étoffe d’un moraliste, qui trouve à s’exprimer, en 1928, sous la forme d’essais où il affronte courageusement l’articulation entre le recto et le verso de sa vie, la théorie et la pratique. Le résultat est un scepticisme des plus réjouissants. Dès les premières pages, le philosophe propose à ses lecteurs une doctrine susceptible, selon lui, de transformer complètement notre vie sociale et notre système politique. « La doctrine en question est celle-ci : il n’est pas désirable d’admettre une proposition quand il n’y a aucune raison de supposer qu’elle est vraie. » Telle quelle, l’idée fait songer plutôt au doute méthodique de Descartes qu’au scepticisme véritable de Pyrrhon d’Élis. Mais il y a deux différences : chez Russell, ce doute s’applique au concret de la vie, et non (comme chez Descartes) aux fondements des mathématiques ; ensuite, il ne s’agit pas d’une morale provisoire, mais d’une approche résolue et définitive des discours et des évènements.

De là un livre amusant à lire, résolument tourné vers un public non spécialiste. Russell fait preuve d’une grande générosité dans sa manière – simple et précise – de présenter les problèmes et les propositions qu’il leur fait en réponse. Rien n’est rafraîchissant comme de voir le père de l’atomisme logique se pencher sur des questions comme celles-ci : « Peut-on garder le poète et l’amoureux sans garder le fou ? », « Qu’est-ce qu’une conduite raisonnable ? », « Est-ce que le critère de la vertu ne serait pas le mouvement relatif à la Terre ? » Souvent facétieux, Russell montre une familiarité non feinte avec les plus grands auteurs, dont il parle comme d’amis proches – ce qui ne l’empêche pas d’aboutir à des conclusions originales, telles ces deux maximes éthiques : « La première est que la perfection est facilement mesurable, la seconde qu’elle consiste dans la conformité à la loi. » En prenant le ton de la plaisanterie et du simple bon sens, Russell ne se départit jamais de l’habitude de trier et de numéroter les arguments (meilleure méthode pour y voir clair), et encore moins de celle qui consiste à préciser les diverses acceptions d’un terme qui fait problème. De la sorte, il distille les raffinements d’une philosophie éthique de la meilleure tenue, contre une époque qui a « réussi à donner des connaissances sans donner de l’intelligence ».

Par Maxime Rovere

Robert Maggiori – Libération du 10 mars 2011

Publiés en 1928, au moment où il adjoignait de plus en plus à son travail de philosophe, de logicien et d’épistémologue un intense activisme politique, les Essais sceptiques n’ont pas peu contribué à la renommée de Bertrand Russell. Ils ne provoquent pas le scandale que suscitera l’année suivante le Mariage et la morale. Mais font probablement mieux. Ou irritent encore davantage bigots et bien-pensants, parce que le maître du Trinity College de Cambridge, en mêlant l’ironie, l’argumentation, l’exemplification, y démonte calmement les mythes, les peurs, les croyances sises dans la culture occidentale, qu’ils touchent l’influence de la psychanalyse, la théorie de la relativité, la superstition qui peut s’insinuer dans la science, les faux-semblants de la politique, la liberté, «les dangers des guerres de religion», le puritanisme ou «le mal que font les « hommes de bien »».

Roger-Pol Droit – Le Monde du 20 janvier 2011

Mine de rien, le doute de Russell, appliqué sur tous registres, se révèle effectivement « violemment paradoxal et subversif ». Et le plaisir du lecteur est d’autant plus vif que le ton – l’ironie à l’anglaise – est inimitable…

Il est fortement recommandé, si l’on s’intéresse à la philosophie, de délaisser régulièrement les spéculations opaques pour fréquenter ce doute tonique, pratique et déconcertant. On peut aussi garder près de soi, bien en évidence, cette simple maxime du pyrrhonien Russell : « L’argument fondamental pour la liberté d’expression est le caractère douteux de toutes nos croyances. »

Pour se procurer l’ouvrage de Russell Essais sceptiques

Betrand Russell

Rappelons que l’auteur des Essais sceptiques, Bertrand Russell (1872-1970) est l’un des plus éminents philosophes britanniques du XXe siècle. Il apporta des contributions décisives dans les domaines de la logique et de l’épistémologie.

Ses principes éthiques, qu’il incarna à travers ses engagements politiques et ses prises de position tranchées, lui valurent deux fois la prison mais aussi le prix Nobel de littérature en 1950.

Il est l’un des auteurs au programme  au baccalauréat de philosophie des classes de terminale.


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