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Journée mondiale contre le racisme. Peut-on encore croire à la citoyenneté du monde ?

Posted by Hervé Moine sur 23 mars 2011

Vincent Cespedes

Vincent Cespedes : « Eric Zemmour ou Nicolas Sarkozy sont lepénistes sans même le revendiquer »

http://www.streetpress.com/sujet/2200-vincent-cespedes-eric-zemmour-ou-nicolas-sarkozy-sont-lepenistes-sans-meme-le-revendiquer

Interview. Pour le philosophe Vincent Cespedes nous sommes « au stade final d’une phase de lepénisation accélérée ». Ça tombe mal pour La journée mondiale contre le racisme. Mais le philosophe croit encore au « citoyen du monde ».

Que pensez-vous de l’initiative de faire du 21 mars la journée mondiale contre le racisme ?

Il s’agit d’une journée symbolique qui nous oblige à réfléchir sur le thème du racisme qui reste un problème omniprésent et indolore. Commémorer certains évènements historiques afin de diffuser des idées est judicieux au même titre que d’autres fêtes telles que la journée de la femme ou la Saint-Valentin.

Y a-t-il un nouveau racisme aujourd’hui en France ?

On peut parler d’une forme de microracisme qui résulte d’un enclenchement du mouvement de lepénisation en 2002. Des individus tels qu’Eric Zemmour ou Nicolas Sarkozy sont lepénistes sans même le revendiquer, et le discours du gouvernement en est affecté. Bien évidemment, submergés par les médias de masse, on finit par assister à une lepénisation des esprits dont la logique est l’image dorée du français « blanc » tandis qu’on pointe du doigt « l’étranger ». Inversement, certaines chaînes de télévision, préétablissent un critère qui est d’avoir par exemple, une présentatrice de JT maghrébine. Un choix fondé sur l’apparence et non pas sur les compétences est discriminatoire.

Les débats sur l’identité nationale, « la laïcité », sont-ils utiles ?

Ce genre de débat est obscène et ne contribue aucunement à la cohésion de la société. Il s’agit surtout de recadrer les populations noires et arabes en remettant en question leur légitimité à être français. Une telle question ne devrait même pas avoir lieu, et ne devrait pas poser débat car le fait d’être français se résume au simple fait d’avoir une carte d’identité française. Ce raisonnement peut être qualifié de raciste car on substitue à la grille de lecture sociale, une grille de lecture ethno-raciale. On ne tient plus compte des disparités sociales et économiques mais seulement de l’origine ethnique pour expliquer la délinquance.

Peut-on être français sans ressentir une appartenance à la nation ?

Rien ne nous oblige à soumettre notre âme à un pays. Un français peut être très critique envers la France, et avoir une attitude désinvolte en sifflant la marseillaise ou en évoquant le déclin de la puissance française. D’ailleurs, les enfants d’immigrés nés sur le territoire français sont généralement intégrés puisqu’ils baignent dans la culture française. Lorsqu’on parle de communautarisme, le terme est inapproprié. Le regroupement de certaines communautés, s’explique par un système d’entraide et de solidarité qui se justifie lorsqu’on regarde l’accueil qu’on leur réserve en France.

Que vous inspire la bonne santé du FN ?

Depuis 10 ans, nous sommes entrés dans une phase de lepénisation accélérée et aujourd’hui nous en sommes au stade final car les gens n’ont même plus conscience d’avoir une logique lepéniste. De plus, les débats médiatiques sur l’Islam, la burqa, où l’identité nationale, ainsi que l’ébranlement économique, ont de toute évidence encouragé la lepénisation des esprits et le cliché que l’étranger vole le travail du français.

Le citoyen du monde, vous y croyez ?

Je pense que cela existe déjà, et ça s’appelle être instruit. Dans la communauté scientifique, il y a une fusion des idées scientifiques ; une découverte profite à tous les membres sans exclusion. Internet qui sera le premier vecteur des médias, renverse les barrières et on peut le constater dans des forums d’échanges à l’échelle internationale. En plus, avec la mondialisation, on sait très bien qu’il y a une forte acculturation puisqu’on mange chinois, on part en vacances en Tunisie, on regarde des films américains etc…

Cela dit, une nation unique et uniforme au monde me paraît dangereuse si on était tous dirigé par un « Kadhafi ». Il faut préserver les nations mais ouvrir les frontières comme avant 1974, afin d’avoir des flux humains qui circulent librement avec une régulation modérée de l’Etat pour éviter les dictatures économiques. Je ne pense pas qu’un homme qui vivait sous le soleil et qui s’installe loin de sa famille à envie de se sédentariser définitivement en France, avec des gens qui lui font la gueule et qui le traitent de bougnoul. Pour résumer je citerai Socrate qui disait : « Je ne suis ni Athénien, ni Grec, mais un citoyen du monde. »

Ornella Dullelari StreetPress

Lu dans le Blog de Vincent Cespedes à propos du débat sur l’identité nationale

http://www.vincentcespedes.net/blog/index.php?2009/12/08/30-tremble-francite#co

Tremble, francité !

On aurait tort de voir dans l’appel au débat sur l’identité nationale une invitation à une grand-messe fraternisante : ce genre de débat-là, tombé d’en haut et encadré par les préfets, est fait pour déchirer. Le concept même d’identité (ce qui reste toujours le même) est d’essence défensive et offensive. Conçu pour agiter mille menaces et résister aux identités adverses, il réaffirme la victoire de Parménide sur Héraclite, de l’Être absolu sur le Flux changeant. Et l’identité nationale étend cette paranoïa à la nation. Comment garder son calme ? Faut-il trouver à tout prix un consensus sous peine d’être taxés d’« antinationaux » par le front des anti-antiracistes, des déclinologues et les adeptes du « Nous » contre « Eux » ?

Problème. À l’instar de l’arabité, de l’ivoirité ou de la belgitude, la francité reste introuvable dans les souches généalogiques, les patrimoines génétiques et les pedigrees. Malgré les efforts d’un Brice Hortefeux, nul n’a réussi à ce jour à distinguer un bon Français d’un Auvergnat. Et près d’un tiers des mariages contractés en France sont mixtes, qu’ils soient « roses » (d’amour), « blancs » (truqués) ou « gris » (extorqués), cette nouvelle catégorie étant qualifiée « d’escroquerie sentimentale à but migratoire » par le ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale, Éric Besson.

Solutions ? S’agit-il de brandir fièrement les valeurs de la République (indivisible, laïque, démocratique et sociale, d’après la Constitution) ? De fait, les paniqués du péril multiculturaliste-communautariste mettent bien peu de zèle pour faire le grand écart entre un jeune à capuche et Sarkozy Jr. Faut-il en outre jeter en prison notre Renaud national pour avoir chanté « la Marseillaise même en reggae, ça m’a toujours fait dégueuler… et votre République, moi, j’la tringle » ?
Il y a deux mille ans, le géographe Strabon critiquait les Gaulois pour leur morgue et leur obsession de la parure. Si l’identité nationale verse inévitablement dans la caricature, laissons donc aux étrangers le soin de nous brosser le cliché ! Certains nous voient cartésiens, d’autres sensuels et rouleurs de pelles, d’autres encore, arrogants, gonflés d’un anarchisme de pacotille que contredisent des tendances foncièrement bourgeoises.

Cauchemar. L’historien Fernand Braudel démontre que l’identité de la France se nourrit historiquement de sa diversité foisonnante. Or, celle-ci a toujours été le cauchemar des administrations. Dans son abstraction militante, la phraséologie française de l’universalisme sert avant tout de paravent à un nationalisme gallocentré qui refuse de dire son nom. Mais la langue françoise ? Ailleurs, elle se dit « québécoise » ; et Aimé Césaire en exprime bien la nature polymorphe lorsqu’il parle « des francophonies » au pluriel. Et l’histoire de France ? Elle justifie ce que l’on veut, dit pertinemment Paul Valéry : « Elle n’enseigne rigoureusement rien, car elle contient tout, et donne des exemples de tout. »
Dès lors, si l’on boudait le débat anxiogène sur l’identité nationalepour laisser à chacun le choix de définir sa propre identité ? Le 8 décembre, quand l’Assemblée s’empêtrera à son tour, que les députés pensent bien à Nathalie Sarraute, Française juive d’origine russe : « Vu de l’intérieur, l’identité n’est rien. »

Vincent Cespedes

Vincent Cespedes

Mélangeons-nous

Enquête sur l’alchimie humaine

Libella Maren Sell (2006)

 

Présentation de l’éditeur

 » Se mélanger socialement, ce n’est pas prendre un bain de foule, c’est prendre un bain d’autres, ayant chacun un visage, un nom, une dignité « . Rompant avec l’individualisme crispé sur les faux bonheurs de la culture de masse, Mélangeons-nous invite à une rencontre respectueuse et créative avec cet homme, cette femme, cet étranger, capables de nous transformer et de nous conduire jusqu’à des versants ignorés de nous-mêmes.

Plus encore qu’un hymne à l’ouverture, Mélangeons-nous est un Manifeste pour les années à venir. Il s’agit de faire du XXe siècle le premier siècle  » mixophile  » de l’Histoire. Une ère d’entraide, d’hospitalité et de disponibilité assez puissante pour dépasser la volonté d’assujettir, le management des névroses, et les terrorismes de démence ou d’Etat. Rendre les relations plus fécondes et fluidifier les identités, tel est l’horizon qui s’offre à nous. C’est sur ce nouveau territoire que nous convie Vincent Cespedes, nous frayant un passage entre les pensées, sagesses et auteurs auxquels il s’est lui-même mélangé. Au cours d’un voyage passionnant dans l’alchimie des rapports humains, où pointent les dérives fusionnelles du sécuritaire et du repli sur soi, Mélangeons-nous réinvente des formes de mixité intime, culturelle et sociale. Au-delà du simple essai philosophique, ce livre propose de vivre autrement.

Pour se procurer l’ouvrage de Vincent Cespedes Mélangeons-nous : Enquête sur l’alchimie humaine

 

 

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