Actuphilo

Actualité philosophique et réflexion philosophique sur l'actualité

Archive for octobre 2011

De pourquoi des prisons à guérir la mort

Posted by Hervé Moine sur 31 octobre 2011

Programme des conférences de Philosophie 2011-2012

organisées avec le soutien de la mairie de Tarnos

et le concours de la Médiathèque de Tarnos « Les Temps modernes »

Les conférences se déroulent à la médiathèque de Tarnos le jeudi à 20 heures

L’entrée y est libre.

  • Jeudi 20 octobre 2011 : Christophe Lamoure, professeur de philosophie : « Pourquoi des prisons. « Surveiller et punir » de Michel Foucault. »
  • Jeudi 17 novembre 2011 : Gérard Courtois, professeur émérite d’anthropologie à l’université d’Artois : « Dieu est-il encore pensable après la mort de Dieu ? »
  • Jeudi 8 décembre 2011 : Létitia Mouze, professeur de philosophie à l’université de Toulouse : « La philosophie ancienne », un outil d’analyse critique du monde contemporain »
  • Jeudi 19 janvier 2012 : Christophe Lamoure, professeur de philosophie : « Histoire et mémoire »
  • Jeudi 16 février 2012 : Robert Legros, professeur de philosophie à l’université de Caen : « Démocratie et relativisme »
  • Jeudi 15 mars 2012 : Isabelle Garo, professeur de philosophie à Paris : « L’idéologie, une notion actuelle ? »
  • Jeudi 5 avril 2012 : Patrick Wotling, professeur de philosophie à l’université de Reims : « Nous faisons un essai avec la vérité. » Le rôle du philosophe selon Nietzsche.
  • Jeudi 3 mai 2012 : Jacqueline Lagrée, professeur émérite de philosophie à l’université de Rennes : « Guérir la mort ? »

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Les 3 mouvements philosophiques : concept, perfect, affect

Posted by Hervé Moine sur 31 octobre 2011

Les Styles de Deleuze

suivi de cinq lettres inédites de Gille Deleuze

Sous la direction d’Adnen Jdey

Les Impressions nouvelles

Présentation de l’éditeur

« Le style en philosophie est tendu vers ces trois pôles, le concept ou de nouvelles manières de penser, le percept ou de nouvelles manières de voir et d’entendre, l’affect ou de nouvelles manières d’éprouver. C’est la trinité philosophique, la philosophie comme opéra : il faut les trois pour faire le mouvement. »

On aura reconnu ici le souffle haletant, la voix sèche et blanche de Deleuze. Mais pourquoi les styles de Deleuze ? Si le style comme problème de multiplicité ne saurait se plier chez Deleuze à de simples exercices rhétoriques, et s’il recoupe, à hauteur de dignité équivalente, les plans intensifs de la philosophie, de l’histoire de la philosophie et de l’art, cela suffirait-il à justifier que soit ouvert le chantier d’une stylistique deleuzienne ? Bien qu’elle soit complexe, la question mérite d’être engagée.

En s’accordant aux multiplicités transversales de l’écriture et des opérations réflexives qui lui sont liées, le présent recueil pose le problème du style chez Deleuze suivant trois découpes connexes : entre philosophie et histoire de la philosophie, logique et esthétique, clinique et politique. L’ensemble des études ici réunies ont en commun de référer chaque fois la stylistique deleuzienne à un concept ou un cas d’analyse précis, susceptibles d’en cerner les présupposés théoriques et le mode de fonctionnement. La multiplication des perspectives devrait ainsi permettre de dégager les jalons de ce qui, dans cette pensée en acte, s’offre précisément comme méthode et pratique singulière du style, consignant par là un style de pensée spécifique : le style-Deleuze.

Se procurer l’ouvrage : Les styles de Deleuze – esthétique et philosophie disponible en novembre 2011

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La philosophie a-t-elle le monopole de la pensée ?

Posted by Hervé Moine sur 31 octobre 2011

2011

Les 15èmes semaines européennes de la philosophie

Citéphilo2011

du 8 au 29 novembre 2011

« L’art de faire »

Le propre d’une civilisation technicienne est de s’appuyer sur une conception du faire conçu généralement en termes d’application, où faire ne serait qu’exécuter ce que la pensée a préalablement conçu et élaboré. Placé sous la dépendance de la pensée et sous le signe de la séparation, le faire se voit alors retirer toute fécondité, toute inventivité. Une telle conception est caractéristique d’un abaissement général des activités pratiques, à quoi n’a longtemps échappé que la sphère à la fois préservée et magnifiée de l’Art.

C’est à penser autrement et à réconcilier la pensée et le faire que la présente édition de Citéphilo aimerait s’employer, ce qui va bien au- delà d’une simple réhabilitation de l’activité pratique ou technique. Cela nous incite plutôt à concevoir, à la manière de Valéry, une sorte de « poïétique générale » où l’on s’intéresserait aux multiples façons dont la pensée – toujours simultanément pratique – et le faire – toujours simultanément théorique – élaborent, conçoivent, imaginent, en un mot : inventent.

Programme qui suppose de convoquer, plus encore que dans les éditions précédentes, toutes sortes de pratiques, d’expérimentations, de performances – cinématographiques, plastiques, paysagères, chorégraphiques, analytiques, pédagogiques, sportives, médicales, musicales, littéraires, scientifiques, historiennes – qui viennent contester à la philosophie le monopole qu’elle s’accorde parfois sur ce qu’on appelle penser.

Il en résulte du même coup un bougé dans les traçages disciplinaires que nous ne pouvions mieux illustrer qu’en choisissant cette année de nous intéresser plus particulièrement à l’œuvre de Carlo Ginzburg, l’un des historiens contemporains qui a le plus fait pour renouveler à la fois l’art de faire et l’art d’écrire l’histoire – théoricien exemplaire de sa propre pratique, capable de faire dialoguer au plus près pensée théorique et fiction.

Thématique qui est loin d’épuiser le programme de cette édition 2011, où l’on fera, comme à l’accoutumée, leur place tant à l’actualité éditoriale qu’aux interrogations qui ne cessent de travailler notre présent.

Pour de plus amples informations : http://www.citephilo.org/

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La problématique de la traduction et de la retraduction en sciences humaines et en philosophie

Posted by Hervé Moine sur 31 octobre 2011

Traduction(s) et retraduction(s) :

Histoire et philosophie

Jeudi 3 et vendredi 4 novembre 2011

Groupe de recherche « Penser la traduction »

master de traduction T3L, EA 1569 Le texte étranger

Université de Paris 8 Vincennes Saint-Denis

Penser la traduction

La question de la traduction et de la retraduction en histoire et en philosophie

les 3 et 4 novembre prochains

De par la nature même des textes qu’elle aborde, la traduction/retraduction en sciences humaines (SH) est le lieu par excellence où, tant en traductologie que dans la pratique au quotidien, des enjeux sous-exposés ou, au contraire, surexposés dans les autres types de traduction s’illustrent le mieux.

C’est que, dans ces domaines en particulier, la traduction / retraduction remet en jeu les lignes de fracture théoriques entre, par exemple, la visibilité et l’invisibilité du traducteur, la transmission des savoirs et la communication ou encore entre genres (en ce qu’elle tient à la fois de l’oeuvre de raisonnement – argumentative – et de l’œuvre de persuasion – rhétorique et stylistique).

Enjambant les catégories traditionnelles de la typologie des traductions (et les spécificités propres à chacune), la traduction/retraduction en SH offre ainsi une perspective d’analyse décloisonnée dont les diverses dimensions peuvent servir de paradigme aux autres champs de « la » traduction.

À cet égard, il est une dimension de la traduction /retraduction en SH – dans les disciplines de l’ histoire et de la philosophie en particulier –, dont l’étude peut être extrêmement productive, à savoir celle concernant la position et le rôle particuliers du (re) traducteur en tant qu’agent de la circulation, de la diffusion et de la transmission des idées.

Loin de se borner à témoigner, les traduction(s) et retraduction(s) des oeuvres philosophiques et historiques sont autant de tentatives de « donner à connaître » qui pour les mettre au service d’une actualisation des oeuvres située socialement, historiquement et culturellement mobilisent des connaissances expertes et un savoir encyclopédique et intertextuel.

C’est dans ce cadre d’analyse que le colloque abordera les enjeux de la traduction / retraduction en histoire et en philosophie, deux disciplines dont les savoirs portent la trace de multiples échanges entre cultures et, partant, sont des témoins privilégiés de la problématique de la traduction /retraduction en sciences humaines.

Au programme du colloque

JEUDI 3 NOVEMBRE 2011
Université Paris 8 (salle B313, bâtiment B)
(métro : ligne13, station Saint-Denis-Université)
Matinée (10 h – 12 h 30)
9 h 45 Accueil des participants
10 h 15 Allocution de bienvenue
Mmes A. Allaigre et J. Fromonot, directrices conjointes de l’UFR 5 Langues (LLCE/LEA), Université de Paris 8
10 h 30 Michael Oustinoff, Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3
La (re)traduction comme enjeu majeur pour les sciences humaines à l’heure de la mondialisation et energeia humboldtienne.(résumé)
11 h 10 Michèle Leclerc-Olive, École des hautes études en sciences sociales
Traduire les sciences humaines : entre langue naturelle et concepts thématiques.(résumé)
11 h 50 Albina Bojarkina, Université d’État de Saint-Petersbourg
Traduire la correspondance de Mozart en russe. (résumé)
12 h 30 Pause déjeuner
Après-midi 14 h – 16 h
14 h Table ronde sur l’édition des sciences humaines animée par Mme Gisèle Sapiro (CNRS), avec la participation deMme Nyffenegger du Centre national du Livre et de M. Marc de Launay, éditeur scientifique du volume de la Pléiade consacré à Nietzsche.
14 h 40 Will Slauter, Université de Paris 8
Traduction, copyright et droit d’auteur : une perspective historique. (résumé)
15 h 20 Sandra de Caldas, doctorante, Université de Paris 8
Terminologie et traduction des sciences sociales et humaines en portugais-français : variation et diversité culturelle
16 h Clôture de la première journée
VENDREDI 4 NOVEMBRE 2011
Musée d’art et d’histoire de Saint-Denis
(métro : ligne13, station Porte de Paris)
Matinée (10 h – 12 h)
10 h Poncharal Bruno, Université Paris 7 – Denis Diderot
Expérience de pensée et traduction(résumé)
10 h 40 Luisa Simonutti, CNR-ISPF, Italie
Le philosophe se fait traducteur. Carrefours d’idées au XVIIIe siècle.(résumé)
11 h 20 Emmanuelle de Champs, Université de Paris 8
Bentham en français : auto-traductions, traductions, et re-traductions (résumé)
12 h Pause déjeuner précédée d’une visite guidée du Musée d’Art et d’Histoire de Saint-Denis (env. 45 min.)
Après-midi 14 h – 17 h
14 h Abdennour Benantar, Université Paris 8
Retraduction/restitution du texte original dans sa langue d’origine ? Commentaire d’Ibn Rochd/Averroès sur la République de Platon. (résumé)
14 h 40 Ann Thomson, Université Paris 8
Quelques réflexions sur la traduction au XVIIIesiècle.
15 h 10 Présentation du projet Réseaux et échanges culturels (fin 17e-début 19esiècles) : dictionnaire électronique en ligne de traducteurs.

Table ronde avec Ann Thomson (Paris 8),Emmanuelle de Champs (Paris 8),Sabine Juratic (CNRS-ENS), Luisa Simonutti (CNR-ISPF), Will Slauter (Paris 8)

16 h à 17 hClôture du colloque suivi d’un cocktail amical organisé à l’occasion de la parution chez Michel Houdiard des actes du colloque transdisciplinaire « L’intime et le Politique dans la littérature et les arts contemporains » (Université Paris 8)

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Une histoire de la modernité artistique éloignée du dogme moderniste

Posted by Hervé Moine sur 31 octobre 2011

Jacques Rancières

Aisthesis

Scènes du régime esthétique de l’art

Aux éditions Galilée

Le philosophe Jacques Rancière nous livre une approche plus concrète des régimes d’identification de l’art dont il a conçu le concept, et notamment du régime esthétique de l’art.

Présentation de l’ouvrage par l’éditeur

Du Torse du Belvédère analysé par Winckelmann au décor des métayers de l’Alabama décrit par James Agee, en passant par une visite de Hegel au musée, une conférence d’Emerson à Boston, une soirée de Mallarmé aux Folies-Bergère, une exposition à Paris ou New York, une mise en scène à Moscou ou la construction d’une usine à Berlin, Jacques Rancière examine une quinzaine d’événements ou de moments, célèbres ou obscurs, où l’on se demande ce qui fait l’art et ce qu’il fait.

À travers ces épisodes on voit un régime de perception et d’interprétation de l’art se constituer et se transformer  en effaçant les spécificités des arts et les frontières qui les séparaient de l’expérience ordinaire. On apprend comment une statue mutilée peut devenir une oeuvre parfaite, une image d’enfants pouilleux une représentation de l’idéal, une culbute de clowns l’envol dans le ciel poétique, un meuble un temple, un escalier un personnage, une salopette rapiécée un habit de prince, les circonvolutions d’un voile une cosmogonie, et un montage accéléré de gestes la réalité sensible du communisme : une histoire de la modernité artistique bien éloignée du dogme moderniste.

Se procurer l’ouvrage de Jacques Rancières : Aisthesis : Scènes du régime esthétique de l’art

Extraits de l’ouvrage de Jacques Rancière – Prélude

« Ce livre traite en quatorze scènes un seul sujet. Ce sujet est donné dans le titre même : Aisthesis. « Esthétique » est le nom de la catégorie qui, depuis deux siècles, désigne en Occident le tissu sensible et la forme d’intelligibilité de ce que nous appelons l’«Art ». J’ai déjà eu, en d’autres ouvrages, l’occasion d’y insister : même si les histoires de l’art commencent leur récit dans la nuit des temps avec les peintures rupestres, l’Art comme notion désignant une forme d’expérience spécifique n’existe en Occident que depuis la fin du XVIIIe siècle. Il existait assurément auparavant toutes sortes d’arts, toutes sortes de manières de faire, parmi lesquelles un petit nombre jouissait d’un statut privilégié, qui tenait non à leur excellence intrinsèque mais à leur place dans le partage des conditions sociales. Les beaux-arts étaient fi ls des arts dits libéraux. Et ces derniers se distinguaient des arts mécaniques parce qu’ils étaient le passe-temps d’hommes libres, d’hommes de loisir que leur qualité même devait détourner de chercher trop de perfection dans des performances matérielles qu’un artisan ou un esclave pouvait accomplir. L’art a commencé à exister comme tel en Occident quand cette hiérarchie des formes de vie a commencé à vaciller. Les conditions de cette émergence ne se déduisent pas d’un concept général de l’art ou de la beauté fondé sur une pensée globale de l’homme ou du monde, du sujet ou de l’être. De tels concepts dépendent eux-mêmes d’une mutation des formes d’expérience sensible, des manières de percevoir et d’être affecté. Ils formulent un mode d’intelligibilité de ces reconfigurations de l’expérience. (…)

Le terme Aisthesis désigne le mode d’expérience selon lequel, depuis deux siècles, nous percevons des choses très diverses par leurs techniques de production et leurs destinations comme appartenant en commun à l’art. Il ne s’agit pas de la « réception » des œuvres d’art. Il s’agit du tissu d’expérience sensible au sein duquel elles sont produites. (…)

Ce livre est donc à la fois fi ni et inachevé. Il est tel parce qu’il est susceptible d’extension future mais aussi parce qu’il se prête à la constitution d’intrigues diverses, propres à relier ses épisodes isolés. En suivant le chemin qui va du Torse du Belvédère, expression du peuple libre, aux baraques des métayers de l’Alabama, en passant par les mendiants de Murillo, les quinquets des Funambules, les errances urbaines d’un vagabond affamé ou les nomades filmés par les Kinoks au fi n fond de l’Asie soviétique, le lecteur pourra voir autant de ces courts voyages au pays du peuple auxquels j’ai consacré un autre ouvrage (1). De la statue mutilée du Belvédère au lapin de porcelaine cassé de la fille du métayer, en passant par les corps démantibulés des Hanlon Lees, le corps introuvable de Loïe Fuller, les membres sans corps et les corps sans membres de Rodin ou l’extrême fragmentation des gestes assemblés par Dziga Vertov, il pourra construire l’histoire d’un régime de l’art comme celle d’un grand corps fragmenté et de la multiplicité des corps inédits nés de cette fragmentation même. Il pourra suivre aussi les multiples métamorphoses de l’ancien dont se nourrit le moderne : comment les dieux olympiens se transforment en gamins du peuple, le temple antique en meuble de salon ou en praticable de théâtre, la peinture de vase grecque en danse célébrant la nature américaine, et bien d’autres métamorphoses encore. (…)

diable écart entre l’utopie esthétique et l’action politique et révolutionnaire réelle. J’y ai plutôt reconnu le même paradoxe que j’avais rencontré dans les pratiques et les pensées de l’émancipation sociale. Les ouvriers émancipés ne pouvaient répudier le modèle hiérarchique gouvernant la distribution des activités sans prendre de la distance à l’égard de la capacité de faire qui les y subordonnait et des programmes d’action des ingénieurs de l’avenir. Aux militants de la religion saint-simonienne du travail réhabilité qui venaient recruter les soldats de l’armée industrielle nouvelle, tous auraient pu opposer les paroles ingénues de l’un d’entre eux : « Quand je pense aux beautés du saint-simonisme, ma main s’arrête ». Et l’expression achevée de la collectivité ouvrière combattante s’appellera grève générale, équivalence exemplaire de l’action stratégique et de l’inaction radicale. La révolution scientifique marxiste a certes voulu en fi nir avec les rêveries ouvrières comme avec les programmes utopiques. Mais en y opposant les effets du développement réel de la société, elle soumettait encore les fi ns et les moyens de l’action au mouvement de la vie, au risque de découvrir que le propre de ce mouvement est de ne rien vouloir et de n’autoriser aucune stratégie à s’en prévaloir. Au cinéaste qui leur présente le communisme réalisé comme symphonie de mouvements enchaînés, les critiques soviétiques répondent que son prétendu communisme est voué à l’oscillation sans fin entre l’adoration panthéiste du cours sans raison des choses et le pur volontarisme formaliste. Mais que pouvaient-ils opposer à ce double défaut sinon le retour des artistes aux vieilles fonctions de l’illustration morale dont Rousseau et Schiller avaient, un siècle et demi plus tôt, montré l’inanité ? Le cinéaste faisait-il autre chose en effet que de présenter à ses juges le miroir où ils pouvaient reconnaître le dilemme de leur science ? La révolution sociale est fille de la révolution esthétique et n’a pu dénier cette filiation qu’en transformant en police d’exception une volonté stratégique qui avait perdu son monde. »

Jacques Rancières

Se procurer l’ouvrage de Jacques Rancières : Aisthesis : Scènes du régime esthétique de l’art

Note 1 : Jacques Rancière, Courts voyages au pays du peuple, Paris, Le Seuil, 1990.

La logique du régime esthétique

Article de Christian Ruby paru dans nonfiction.fr du 26 octobre 2011

http://www.nonfiction.fr/article-5138-la_logique_du_regime_esthetique_de_lart.htm

Jacques Rancière

Cet ouvrage récent publié par le philosophe Jacques Rancière, résultat de nombreux séminaires et articles donnés et rédigés durant les décennies précédentes, passionnera les lecteurs avides de comprendre avec plus de finesse et précision les articulations de la pensée de ce philosophe construite autour de la notion renouvelée d’esthétique (1). Il contribue par conséquent à livrer au public une partie du fond d’études et de travaux particuliers sur lequel s’appuie chacun des ouvrages plus théoriques de l’auteur. Sous-titré Scènes du régime esthétique de l’art, il est organisé autour de quatorze de ces scènes qui réfèrent chacune à un événement, daté et situé dans l’espace et le temps, à partir duquel la question de la mutation constante de ce qui s’appelle « Art » depuis l’émergence de l’esthétique peut être mise en avant. Si « Aisthesis », ce terme forgé sur le grec, est bien le nom de la catégorie qui, depuis trois siècles (Baumgarten et Kant), désigne en Occident le tissu sensible et la forme d’intelligibilité de ce que nous appelons l’ »Art », c’est bien aussi parce que, d’une part, cette notion relie, d’après Rancière, des dispositifs, des formes de la sensibilité et des discours sur les révolutions artistiques, et que d’autre part, « Art » (insistons sur la majuscule) est une notion qui désigne une forme d’expérience spécifique du sensible. Cette dernière n’existe en Occident que depuis le XVIIIe siècle, le siècle même de l’esthétique, alors même qu’elle vide le concept général de beauté tel que nous en héritons des Grecs.

Cette catégorie, « Art », renvoie donc à des formes d’expérience sensible, des manières de percevoir et d’être affecté, à un mode d’expérience « selon lequel, depuis deux siècles, nous percevons des choses très diverses par leurs techniques de production et leurs destinations comme appartenant en commun à l’art ». Par ce dernier trait, il faut entendre des conditions matérielles (exposition, circulation, reproduction) et des conditions de perception ou des régimes d’émotion. Encore ne doit-on pas croire que Rancière restaure par là une quelconque réflexion d’essence. Le régime de perception, de sensation et d’interprétation de l’art se constitue et se transforme en permanence.

On sait que la reconfiguration par Rancière de la pensée de l’esthétique a produit toute une nouvelle série de réflexions sur les rapports esthétique et politique. L’auteur a montré par ailleurs que la rencontre entre les deux, l’esthétique et la politique, n’était pas contingente, mais inscrite dans le concept même de la politique. C’est le concept de ”partage du sensible” qui en a donné les linéaments. Restait cependant, à donner un statut à cette notion d’ »Art », à l’extraire du sous-bassement traditionnel de l’imitation. L’Art, supprimons désormais les guillemets, existe, en effet, comme monde à part depuis que n’importe quoi peut y entrer, depuis que l’esthétique a permis le théâtre sans action, le roman sur rien, l’émergence de la surface plastique de la sculpture…

Au cœur de cette exposition nouvelle d’une thèse élaborée depuis longtemps, la notion de « scène ». Par là, il convient d’entendre de ”petites machines optiques », chacune d’elles nous montrant « la pensée occupée à tisser les liens unissant des perceptions, des affects, des noms et des idées, à constituer la communauté sensible que ces liens tissent et la communauté intellectuelle qui rend le tissage pensable » (2). Les scènes en question présentent un événement singulier (une performance, une conférence, une visite de musée…) à partir du réseau interprétatif qui lui donne sa signification. Elles s’étalent entre 1764 et 1941, d’Italie à Dresde et New York, de la sculpture antique regardée par Winckelmann au cinéma hollywoodien, en passant par les explorations de la Loïe Fuller qui nous montrent trois choses essentielles : un corps produisant un milieu sensible qui ne lui ressemble en rien, un corps produisant lui-même l’espace de son apparition, et la suppression de l’écart entre l’artiste et l’oeuvre. On se souvient de Stéphane Mallarmé écrivant ce spectacle ; ce que Rancière commente fort bien.

Fichier:Kazimir Malevich - 'Suprematist Composition- White on White', oil on canvas, 1918, Museum of Modern Art.jpg

Carré Blanc sur fond blanc de Malévitch - The Museum of Modern Art (NY)

Au fur et à mesure du déroulement de ces scènes, et de la lecture qu’on en fait, une histoire interne du régime esthétique de l’art se compose. Le lecteur le voit se constituer, se transformer, inclure des territoires inédits, et forger des schèmes nouveaux à partir des lieux nouveaux fréquentés par les artistes et écrivains. Mais, simultanément, c’est une histoire qui renverse toutes les conceptions dominantes tant de la modernité que de ses rythmes ou des oeuvres de référence qui se constitue. Dans les conceptions les plus courantes, les repères constitutifs de notre définition du moderne sont Olympia, Fontaine, et Carré blanc sur fond blanc (Manet, Duchamp, Malevitch), et chacun de ces repères est compris à partir de l’idée selon laquelle il instaurerait l’autonomie du champ de l’art. Ces œuvres exemplaires sont censées marquer les ruptures qui fondent notre époque. Or, tout le travail de Rancière montre qu’il n’en est rien et que ces œuvres sont avant tout la condensation de « régimes de perception et de pensée qui leur préexiste et se sont formés ailleurs ». Si notre régime esthétique des images prolifère de nos jours ce n’est pas le résultat de ces œuvres « majeures » ou emblématiques, c’est le résultat d’un mouvement plus souterrain qui a tendu à effacer les spécificités des arts et à brouiller les frontières qui les séparent entre eux. Et ce mouvement souterrain oblige le commentateur de la modernité à privilégier les œuvres qui brouillent les frontières antérieures des arts, qui tracent un écart avec l’expérience ordinaire des sens. Où l’on retrouve les cabarets, les Folies Bergère, et autres lieux nouveaux.

D’une certaine manière, Rancière met au jour sa procédure de travail et montre que ses recherches de jadis, portant sur les nuits des prolétaires, se reconfigurent ici en analyse des révolutions subreptices conduites par le « peuple » des funambules, des Folies Bergère, ou constitué par la Loïe Fuller ou Charlie Chaplin. Autant dire qu’il dessine par ces scènes une sorte de contre-histoire de la modernité que le lecteur aura à sa charge de constituer plus globalement s’il le souhaite, dans la mesure où cet ouvrage n’a aucune prétention à l’exhaustivité, sinon à brasser avec doigté les écarts les plus significatifs par lesquels la géographie et l’histoire des deux derniers siècles en matière d’art se sont redessinés.

Torse du Belvédère du Vatican

Alors, « Art » ? Qu’en est-il de cette notion ? Cet usage du terme sans complément de nom s’est bien imposé historiquement. Rancière le fait naître chez Winckelmann (3). Il ne renvoie aucunement à une compétence (celle des créateurs), mais à l’existence d’un « milieu sensible de coexistence des œuvres ». Pour aboutir à un tel montage, il a fallu dérouler de nombreuses opérations. L’une a consisté à extraire le concept d’Art de l’horizon de la vie de l’artiste et de celui des arts ; l’Art devait devenir Art en soi ; puis prendre la figure d’une histoire, d’un schéma temporel et causal, inscrivant le beau dans un processus de progrès ; pour finir par être offert à un regard désintéressé dans le cadre des musées. Ainsi l’Art est-il devenu une réalité autonome, rapportée à un milieu (formes de vie collectives et possibilités d’invention individuelle). Autant dire que l’analyse du Torso du Belvédère (Vatican) au travers des textes de Winckelmann qui le font advenir à l’art en le rattachant au régime esthétique sont fondateurs. Bien plus, à certains égards, que l’analyse par Friedrich von Schiller de la tête de la Junon Ludovisi.

Qu’appellera-t-on de surcroît « modernité », puisqu’en voici déplacées les lignes ? Rien d’autre que ce moment d’indétermination qui dynamise l’histoire de l’art :  » cet âge où les artistes s’emploieront à déchaîner les puissances sensibles cachées dans l’inexpressivité, l’indifférence ou l’immobilité, à composer les mouvements contrariés des corps dansant mais aussi bien de la phrase, du plan ou de la touche colorée qui arrêtent l’histoire en la racontant, suspendent le sens en le faisant passer ou dérobent la figure même qu’ils désignent « . Où l’on voit apparaître au côté du Torso, la main de Rodin (et les membres découpés de la Porte des enfers), les mises en scène de Wagner par Adolphe Appia, les vases de Gallé, les bijoux de Lalique, le design de Peter Behrens, les photographies de Walker Evans, et les débuts du cinéma.

Le régime esthétique de l’art s’oppose au régime représentatif. Le premier nous révèle que « la volonté s’épuise pour ce qu’elle croit être ses buts et qui n’est en réalité que la marche obstinée d’une vie qui ne veut rien ». L’art n’a plus à imiter la nature physique ou les passions humaines. Il s’attache désormais à épouser la puissance propre des choses ou de la phrase, sa « pure puissance de produire ou de disparaître dans sa production ». Rancière nous le montre dans chacune des scènes, par exemple, en détaillant la manière dont Emerson, en 1841, à Boston, formule dans toute sa radicalité l’idéal moderniste d’une poésie nouvelle de l’homme nouveau4, qui ne s’engage finalement dans la matérialité vulgaire que pour les rendre à la vie de la pensée et du tout.

On remarquera cependant, au cours de la lecture de cet ouvrage, que Rancière ne se départit pas non plus de la question du spectateur émancipé, même si elle semble ici secondaire. En corrélant les œuvres à des auteurs (Winckelmann, Mallarmé, Emerson…), il permet de saisir comment ces derniers voient les œuvres, ce qu’ils en voient, s’emploient à en dire et à en faire, ainsi que les décalages qu’ils assument. Si la question des spectateurs est peu évoquée, elle se transcrit ici en processus de déplacements et d’écarts, dont on aurait cependant aimé une analyse plus détaillée.

Il n’empêche, si l’on devait achever ce trop bref compte-rendu d’une phrase, ce serait pour signaler que ces scènes du régime esthétique de l’art constituent une formidable machinerie pour incorporer la compréhension de ce concept. Le philosophe ranciérien à venir, pourrait-on conclure, ne doit rien céder à l’effort incessant de s’exercer à démentir les verdicts hérités concernant l’histoire de la modernité. Il doit construire pas à pas les écarts qui lui permettront à la fois de susciter une nouvelle histoire de cette dernière et de devenir contemporain, en s’affirmant dans le choc entre des temporalités hétérogènes et dans un écart radical avec ce qui est seulement..

rédacteur : Christian RUBY

Illustration : ActuPhilo ; The Museum of Modern Art (NY)

Notes :
1 – Le Partage du sensible et Malaise dans l’esthétique, pour ne citer que deux des ouvrages dans lesquels la notion est réélaborée
2 – p. 12
3 – « l’un des premiers, sinon le premier »
4 – « J’explore le familier et le bas et je m’incline devant eux « 

Se procurer l’ouvrage de Jacques Rancières : Aisthesis : Scènes du régime esthétique de l’art

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Comment éradiquer la faim ? Espoir et mobilisation des consciences

Posted by Hervé Moine sur 31 octobre 2011

Jean Ziegler

Destruction massive

Géopolitique de la faim

Aux éditions du Seuil

Présentation de l’ouvrage

L’état de la faim dans le monde et des moyens de l’éradiquer par celui qui fut, pendant près de dix ans, en charge du dossier auprès du Secrétaire général de l’ONU.

Toutes les trois secondes, un enfant de moins de dix ans meurt de malnutrition, tandis que des dizaines de millions d’autres, et leurs parents avec eux, souffrent de la faim et de ses terribles conséquences physiques et psychologiques. Et pourtant, nous le savons aussi, l’agriculture d’aujourd’hui serait en mesure de nourrir 12 milliards d’êtres humains. Nulle fatalité, donc.

Mais comment en sortir ?

D’abord, prendre conscience des dimensions exactes du problème : un état des lieux documenté, mais vibrant de la connaissance du terrain, ouvre le livre.

Comprendre ensuite les raisons de l’échec des formidables moyens mis en oeuvre depuis la Deuxième Guerre mondiale pour éradiquer la faim. Puis identifier les ennemis du droit à l’alimentation.

Enfin, bien comprendre les deux grands mécanismes à travers lesquels progresse la faim aujourd’hui : la production d’agro-carburants et la spéculation sur les biens agricoles. Mais l’espoir est là, qui s’incarne dans le travail quotidien de ceux qui, ici et là, dans les zones dévastées, occupent les terres et imposent le droit à l’alimentation à l’ordre du monde. Comme toujours, avec Jean Ziegler, la souffrance a un visage, l’oppression un nom, et les mécanismes à l’oeuvre sont saisis dans leur application concrète.

Destruction massive de Jean Ziegler, un livre d’espoir et de mobilisation des consciences.

Jean Ziegler

Rapporteur spécial à l’ONU pour le droit à l’alimentation de 2001 à 2008, aujourd’hui membre du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, Jean Ziegler est Professeur émérite de sociologie à l’université de Genève.

Il a consacré l’essentiel de son oeuvre, principalement publiée au Seuil, à dénoncer les mécanismes d’assujettissement des peuples du monde.

Ses trois derniers livres ont été de francs succès : Les Nouveaux maîtres du monde (Fayard, 2002 ), L’Empire de la honte (Fayard, 2005 ), La Haine de l’Occident (Albin Michel, 2008, ), tous trois repris au Livre de poche.

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Révolutions arabes, Fukushima, dette des Etats, affaire DSK comme symptômes de notre monde en crise

Posted by Hervé Moine sur 31 octobre 2011

Une civilisation en crise

Article de Dany-Robert Dufour, philosophe, paru dans Le Monde des idées, le 29 octobre 2011

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/10/29/une-civilisation-en-crise_1596021_3232.html

L’actualité de ces derniers mois a été très riche : outre les « révolutions arabes », il y eut Fukushima, la dette des Etats, l' »affaire DSK »… On traite en général de ces trois derniers faits séparément. Notre pari sera de tenter de les penser ensemble comme des symptômes de notre temps. Autrement dit, bien décryptés, ils seraient susceptibles de dire certaines vérités de notre époque. Quelle vérité ? Celle d’un monde en profonde crise.

En effet, la civilisation occidentale, entraînant avec elle le reste du monde, est emportée par un nouveau démon où se mélangent en proportions diverses l’ultra et le néolibéralisme. Ce diagnostic, partagé, est cependant un peu trompeur : il porte à croire que la crise est d’abord économique et financière. De sorte que, pour la résoudre, on aurait avant tout besoin de la science des économistes. On aurait tort de le croire. Pour plusieurs raisons. La première est triviale : la science des économistes est au moins aussi versatile que celle du marc de café. La seconde est plus sérieuse : nous ne vivons pas seulement une crise économique et financière, mais aussi politique, écologique, morale, subjective, esthétique, intellectuelle… Ce sont les fondements sur lesquels repose notre civilisation qui sont atteints.

D’où vient donc cette courte vue qui pousse à croire que les remèdes à la crise sont économiques ? D’une illusion d’optique dont il serait temps de nous dépendre. Cette illusion émane des théories ultra et néolibérales elles-mêmes qui prennent l’économie marchande et financière pour référence unique. Du coup, ce sont les autres grandes économies humaines qui sont oubliées, avant d’être mises au pas : les économies politique, symbolique, sémiotique et psychique. Nous vivons en quelque sorte dans un nouveau totalitarisme sans le savoir, découlant de l’impérialisme théorique de l’économisme néo et ultralibéral faisant l’impasse sur tous les autres secteurs où les hommes échangent entre eux : qu’il s’agisse des règles pour gouverner la cité, des valeurs dont ils tirent des principes, des discours porteurs de signes à la recherche du sens, des intensités et des flux pulsionnels mis en jeu.

Dans la pensée libérale, en effet, la société des hommes, dans sa richesse et sa diversité, n’apparaît plus que comme une auxiliaire du marché. Comme l’a montré l’historien de l’économie Karl Polanyi dans son maître ouvrage écrit en 1944, La Grande Transformation (Gallimard, 1983), dans cette perspective, au lieu que l’économie soit encastrée dans les relations sociales, ce sont les relations sociales qui sont déstructurées et restructurées afin d’être réencastrées de force dans le système économique. Bref, le marché oublie que les relations marchandes n’ont de sens qu’à s’intégrer dans des rapports plus vastes où les hommes échangent non seulement des produits manufacturés, mais aussi et surtout des formes symboliques, morales, juridiques, linguistiques, esthétiques, psychiques dont l’échange les constitue comme sujets.

La simple « économie économique » oublie que chacune de ces autres grandes économies humaines possède ses lois propres et qu’aucune n’est réductible à la loi de l’économie marchande, le gain, résultant de l’égoïsme des acteurs, en vue d’un accroissement infini des richesses censé profiter à tous. S’il est un symptôme révélant cette réduction de toutes les activités humaines au marché, c’est l’obsession contemporaine pour des indicateurs statistiques comme le PIB ou le PNB, même si quelques économistes, de préférence non occidentaux (comme Amartya Sen), luttent pour que d’autres indicateurs relatifs à ces autres grandes économies humaines soient pris en compte.

On commence à comprendre comment cette grande transformation a été mise en oeuvre. En effet, si ces économies sont différentes, elles n’en sont pas moins articulées entre elles. Autrement dit, si un changement survient dans l’une, il se produit des effets dans les autres. Ainsi, des changements dans l’économie marchande (la dérégulation en vue de maximiser le gain) entraînent des effets dans l’économie politique (l’obsolescence du gouvernement, le déni de son rôle interventionniste et l’apparition, à leur place, de la « gouvernance »). Ce qui, à son tour, provoque des mutations dans l’économie symbolique (la disparition de l’autorité du pacte républicain et l’apparition de « troupeaux » de consommateurs où chacun est attrapé par des objets manufacturés ou des services marchands qui lui promettent la satisfaction pulsionnelle).

De même, surgissent alors des transformations profondes dans l’économie sémiotique (la désuétude de la recherche de la vérité par le jeu de la pensée critique au profit de la recherche permanente de coups discursifs gagnants). Cette réaction en chaîne peut enfin produire des effets considérables dans une économie a priori à l’abri parce que bien enfouie en chacun, l’économie psychique.

C’est en effet le sujet moderne caractérisé, outre sa dimension critique (qui le rend apte, selon Kant, à penser par lui-même), par la dimension névrotique (résultant, selon Freud, de la culpabilité) qui disparaît. Il est remplacé par un autre sujet, naviguant dans une autre région psychique qu’on peut représenter par un triangle dont les trois pointes seraient constituées de l’instrumentalisation de l’autre caractéristique de la perversion, de la recherche effrénée de la satisfaction pulsionnelle jusqu’à l’addiction aux objets et de la dépression comme ultime refuge.

Le terme qui nous semble convenir pour décrire ce phénomène de propagation d’une économie à l’autre est celui de transduction, introduit par le philosophe Gilbert Simondon dans L’Individu et sa genèse physico-biologique (PUF, 1964). On parle de propagation transductive lorsque chaque région constituée sert à la région suivante de principe, de modèle et d’amorce, si bien qu’une modification peut s’étendre et qu’une mutation générale peut apparaître après s’être propagée de proche en proche.

Au terme de cette réaction en chaîne où les différents changements se renforcent l’un l’autre, ce que nous percevons, c’est le passage d’une culture à une autre, d’une cité à une autre… dont on s’aperçoit qu’à peine installée elle se trouve déjà en sérieuse crise. Ajoutons que ce sont non seulement les autres grandes économies humaines que l’économie ultra et néolibérale altère, mais aussi l’économie du vivant. Il existe en effet, comme Fukushima le montre, une contradiction majeure entre le fantasme de la richesse infinie et le réel caractérisé par la limite et la finitude des ressources offertes par la terre. La nature n’est-elle pas en train d’émettre d’inquiétants symptômes de dérèglement et d’épuisement ?

Pourtant, la civilisation occidentale dispose de ressources exceptionnelles. Sa spécificité, nous semble-t-il, c’est d’avoir su viser, au travers de nombreuses vicissitudes, la réalisation de l’individu. Il faut reprendre ce projet abandonné, car notre époque, contrairement à l’opinion courante, n’est pas à l’individualisme, mais à l’égoïsme. De sorte qu’on se trouve dans une troisième impasse historique en un siècle.

En effet, après l’impasse du fascisme qui a fait disparaître l’individu dans les foules fanatisées et après celle du communisme qui a interdit à l’individu de parler tout en le collectivisant, est venue celle de l’ultra et du néolibéralisme qui réduit l’individu à son fonctionnement pulsionnel en le gavant d’objets – n’est-ce pas un symptôme parfait de notre temps que l’économiste en chef de la plus grande institution monétaire internationale, Dominique Strauss-Kahn, ait fait preuve d’un sérieux dérèglement pulsionnel jusqu’au point de se faire prendre en flagrant délit ?

Il faut relancer le projet philosophique occidental, car l’individu n’a jamais encore véritablement existé, pas plus aujourd’hui qu’hier. Plusieurs fois déjà, la civilisation occidentale a su se sortir d’impasses historiques tragiques en se réinventant un avenir possible visant la pleine réalisation de l’individu.

Pensons à l' »esprit de Philadelphie » qui s’est imposé au sortir de la seconde guerre mondiale. Fondé sur le principe de dignité, cet esprit présidait alors à la reconstruction complète d’un monde mené à sa ruine en grande partie à cause du chaos de 1929 provoqué par l’ultralibéralisme d’avant-guerre, sur lequel le nazisme avait surgi. Il suffit de relire des textes aussi fondateurs que le programme du Conseil national de la Résistance adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944 sous le titre Les Jours heureux, la déclaration internationale des droits à vocation universelle de Philadelphie proclamée le 10 mai 1944, l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1948, pour sentir qu’un souffle nouveau était à l’oeuvre.

Plus loin de nous, il faut se souvenir que la civilisation occidentale a su se sortir de dogmes obscurs en inventant l’esprit de ce qu’on allait connaître ensuite sous le nom de Renaissance. Esprit de l’humanisme qui s’est mis à souffler à Florence à partir du cercle des néoplatoniciens réuni autour de Politien, de Landino, de Pic de La Mirandole et de Marcile Ficin, traducteur de Platon, dans la villa des Médicis où les Leonardo, Brunelleschi et Botticelli étaient invités. Ne pourrait-on mettre à profit la campagne présidentielle qui s’ouvre pour (re)commencer à penser à un avenir possible ?

Dany Robert-Dufour

Dany Robert-Dufour

Dany-Robert Dufour

Dany-Robert Dufour est professeur de philosophie de l’éducation à l’université Paris-VIII, ex-directeur de programme au Collège international de philosophie.

Il a notamment publié une anthropologie critique du libéralisme en trois volumes chez Denoël

L’Art de réduire les têtes,

Le Divin Marché,

La Cité perverse

et, récemment, L’individu qui vient… après le libéralisme toujours chez Denoël.

Dany-Robert Dufour

L’Art de réduire les têtes

Sur la nouvelle servitude

de l’homme libéré

à l’ère du capitalisme total

Chez Denoël

Après l’enfer du nazisme et la terreur du communisme, il est possible qu’une nouvelle catastrophe se profile à l’horizon. Cette fois, c’est le néo-libéralisme qui veut fabriquer à son tour un  » homme nouveau « .

Tous les changements en cours, aussi bien dans l’économie marchande que dans l’économie politique, l’économie symbolique ou l’économie psychique, en témoignent. Le sujet critique de Kant et le sujet névrotique de Freud nous avaient fourni à eux deux la matrice du sujet de la modernité. La mort de ce sujet est déjà programmée par la grande mutation du capitalisme contemporain. Déchu de sa faculté de jugement, poussé à jouir sans entrave, cessant de se référer à toute valeur absolue ou transcendantale, le nouvel  » homme nouveau  » est en train d’apparaître au fur et à mesure que l’on entre dans l’ère du  » capitalisme total  » sur la planète. C’est cette véritable mutation anthropologique, et les conséquences pour le moins problématiques sur la vie des hommes qu’elle implique, autrement dit ce que l’auteur appelle  » l’art de réduire les têtes « , qu’analyse cet ouvrage.

L’auteur traite ainsi, en philosophe, des questions pratiques auxquelles sont confrontés aujourd’hui les sociologues, les psychanalystes ou les spécialistes de l’éducation. En s’interrogeant très concrètement sur l’avenir des jeunes générations aux prises avec de nouvelles façons de consommer, de s’informer, de s’éduquer, de travailler ou, plus généralement, de vivre avec les autres.

Dany-Robert Dufour

Le Divin Marché

La révolution culturelle libérale

Chez Denoël

Présentation de l’ouvrage

 » Les vices privés font la fortune publique « 

Cette formule aujourd’hui banale scandalisa l’Europe des Lumières lorsqu’elle fut énoncée pour la première fois en 1704 par Bernard de Mandeville. Pourtant. Ce médecin, précurseur trop méconnu du libéralisme, ne faisait qu’énoncer la morale perverse qui, au-delà de l’Occident, régit aujourd’hui la planète. Elle est au cœur d’une nouvelle religion qui semble désormais régner sans partage, celle du marché : si les faiblesses individuelles contribuent aux richesses collectives, ne doit-on pas privilégier les intérêts égoïstes de chacun ?

En philosophe, Dany-Robert Dufour poursuit dans cet ouvrage ses interrogations sur les évolutions radicales de notre société. En présentant, en autant de chapitres. les  » dix commandements  » inquiétants qui résultent de la morale néolibérale aujourd’hui dominante. il analyse les ébranlements qu’elle provoque dans tous les domaines : le rapport de chacun à soi et à l’autre, à l’école. au politique, à l’économie et à l’entreprise, au savoir, à la langue, à la Loi, à l’art, à l’inconscient, etc. Et il démontre ainsi qu’une véritable révolution culturelle est en cours.

Qui nous mènera jusqu’où ?

Se procurer l’ouvrage de Dany-Robert Dufour : Le Divin Marché : La révolution culturelle libérale

« Les critiques du libéralisme ne manquent pas. L’ouvrage de Dany-Robert Dufour s’en distingue pour deux raisons principales. La première tient au fait que son travail est celui d’un philosophe qui pense le monde comme une totalité, à savoir comme un système qui interagit en permanence et qui exprime une circulation du sens. D’où, d’autre part, son analyse qui embrasse les nouveaux rapports qu’instaure le libéralisme : le rapport à soi, à l’autre, à la politique, à la religion, à la langue, à l’art, voire à l’inconscient. Mais cette vision d’ensemble ne vaut que par la radicalité de son questionnement qui permet de tisser le fil conducteur d’une critique lucide.

Revenant sur la prétendue sortie du religieux, D.‑R. Dufour montre que nous assistons plutôt au remplacement d’une divinité par une autre, en l’occurrence un divin marché sadien dont le principal commandement – « Jouissez ! » – conduit à un comportement de consommateur pulsionnel.

Dans un rapport dialectique permanent, le marché parvient ainsi à intégrer jusqu’à ses opposés pour les transformer en une arme nouvelle pour ses propres fins. Ainsi de la critique soixante-huitarde, la critique artiste, digérée jusqu’à devenir une composante du soft-management et de la créativité marketing infinie.

La langue elle-même est investie (puisque tout fait sens et que rien n’est innocent) ; mieux vaut parler de gouvernance que de pouvoir, de genre plutôt que de sexe… Cette progressive création d’une « novlangue » accompagne celle d’un « novmonde » technologique qui, sous couvert d’un progrès permanent, ne résout les problèmes qu’en créant de nouveaux dangers incontrôlés dans un cercle parfaitement vicieux.

Enfin, et c’est l’aspect le plus inquiétant, le monde du marché conduit, selon l’auteur, à une modification de l’économie libidinale et pulsionnelle elle-même. L’inconscient, au lieu d’être d’une essence intemporelle et infrangible, subirait les effets du dérèglement généralisé auquel conduit le libéralisme (« Laissez faire ! »).

On le voit, le livre de D.‑R. Dufour porte loin le questionnement. On peut ne pas partager ses conclusions. Espérons qu’elles susciteront au moins le débat. »

Thierry Jobard pour Sciences Humaines

Dany-Robert Dufour

La Cité perverse

Libéralisme et pornographie

Chez Denoël

Présentation de l’ouvrage

La crise, qui n’est pas seulement économique et financière, a mis à nu ces mécanismes pervers qui régissent aujourd’hui le fonctionnement de la Cité. S’il faut s’empresser de les révéler, c’est parce qu’il est fort possible que bientôt, en attendant une nouvelle crise de plus grande ampleur encore, tout redevienne comme avant.

Entre-temps, nous aurons mesuré l’ampleur des dégâts. Nous vivons dans un univers qui a fait de l’égoïsme, de l’intérêt personnel, du self love, son principe premier. Ce principe commande désormais tous les comportements, ceux de l' » hyperbourgeoisie  » ou des bandes de jeunes délinquants comme ceux des classes intermédiaires. Destructeur de l’être-ensemble et de l’être-soi, il nous conduit à vivre dans une Cité perverse. Pornographie, égotisme, contestation de toute loi, acceptation du darwinisme social, instrumentalisation de l’autre : notre monde est devenu sadien. Il célèbre désormais l’alliance d’Adam Smith et du marquis de Sade. A l’ancien ordre moral qui commandait à chacun de réprimer ses pulsions, s’est substitué un nouvel ordre incitant à les exhiber, quelles qu’en soient les conséquences.

Revisitant l’histoire de la pensée, jusqu’à saint Augustin et Pascal, Dany-Robert Dufour éclaire notre parcours. Afin de mieux savoir comment sortir de ce nouveau piège (a) moral.

La Cité perverse. Libéralisme et pornographie de Dany-Robert Dufour

Notre monde est de plus en plus sadien.

C’est le régime postmoderne de la « pornocratie », explique le philosophe Dany-Robert Dufour.

Au-delà de la distinction augustinienne des trois concupiscences (passion de la chair, libido sentiendi ; de la domination, libido dominandi ; du savoir, libido sciendi), il montre que la dimension sexuelle n’est pas la seule à travers laquelle se réalise l’impératif de la jouissance : la crise de la civilisation et ses pratiques obscènes, l’indécence des moeurs financières (avec ses « patrons voyous », véritables « scélérats » au sens sadien), révèlent un monde postpornographique du « plus-de-jouir », selon l’expression de Lacan. Déjà, le divin marquis associait nécessairement éthique, politique et économie. De son côté, La Cité perverse met en évidence le lien étroit entre pratiques pornographiques et activités marchandes, entre sadisme et libéralisme. Comment lutter contre la nouvelle normativité (l’incitation pornographique de masse), où le collectif menace le privé, au nom d’une libération sexuelle libertaire ? « Tyrannie sans tyran », dit Hannah Arendt. Règne du libéralisme triomphant. Du xviiie siècle aux années 1960, de Sade à Bataille et à Blanchot, en passant par la montée de la « perversion ordinaire » du capitalisme depuis 1929, Dany-Robert Dufour dégage les aspects de la Cité perverse dans laquelle nous vivons aujourd’hui.

Aliocha Wald Lasowski pour le Magazine Littéraire

Dany-Robert Dufour

L’individu qui vient

… après le libéralisme

Chez Denoël

Présentation de l’ouvrage
Après avoir surmonté en un siècle différents séismes dévastateurs – le nazisme et le stalinisme au premier rang -, la civilisation occidentale est aujourd’hui emportée par le néolibéralisme. Entraînant avec elle le reste du monde. Il en résulte une crise générale d’une nature inédite : politique, économique, écologique, morale. subjective, esthétique, intellectuelle… Une nouvelle impasse ? Il n’y a là nulle fatalité.
En philosophe, mais dans un langage accessible à tous, Dany-Robert Dufour s’interroge sur les moyens de résister au dernier totalitarisme en date. Une fois déjà, lors de la Renaissance, la civilisation occidentale a su se dépasser en mobilisant ses deux grands récits fondateurs : le monothéisme venu de Jérusalem et le Logos et la raison philosophique venus d’Athènes. Pour sortir de la crise, il convient aujourd’hui de reprendre cet élan humaniste. Ce qui implique de dépoussiérer, réactualiser et laïciser ces grands récits.
L’auteur propose donc de faire advenir un individu qui, rejetant les comportements grégaires sans pour autant adopter une attitude égoïste, deviendrait enfin « sympathique » c’est-à-dire libre et ouvert à l’autre.
Une utopie de plus ? Plutôt une façon souhaitable mais aussi réalisable, face à la crise actuelle, de se diriger vers une nouvelle Renaissance, qui tiendrait les promesses oubliées de la première.

Se procurer l’ouvrage de Dany-Robert : L’individu qui vient : … Après le libéralisme

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Et si des territoires palestiniens devenaient patrimoine mondial de l’humanité

Posted by Hervé Moine sur 31 octobre 2011

 Peut-on gagner la paix avec la culture ?

M. Abbas à l'ONU

Il y a quelques semaines, Monsieur Mahmoud Abbas, le président palestinien apportait à l’ONU le projet de la création d’un Etat palestinien, projet légitime. Mais cette démarche a suscité de vives réactions comme on pouvait s’en douter par Israël et a été accueilli avec tiédeur par la communauté internationale et notamment par la France, taxée d’inopportune, de dangereuse notamment par les Etats Unis. « Je suis convaincu qu’il n’y a pas de raccourci vers l’issue d’un conflit qui dure depuis des décennies. La paix ne viendra pas avec des communiqués et des résolutions de l’Onu », a déclaré le président Obama devant l’Assemblée générale.

Mais la situation peut-elle être pire que celle que connaît la région ? Plus de 60 ans de conflit !

Aujourd’hui, nous apprenons que les Palestiniens viennent d’obtenir en ce lundi 30 octobre 2011 le statut de membre à part entière de l’Unesco (1). Il s’agit là pour eux, à n’en pas douter d’une avancée diplomatique significative dans la cadre de la reconnaissance de leur Etat. Les Etats membres de l’Unesco ont majoritairement choisi de leur donner le statut de membre à part entière de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture de l’ONU, lors d’un vote à Paris.

Nous ne pouvons que nous réjouir et pourtant pour de nombreux diplomate cette adhésion est « prématurée » et  les Américains et les Israéliens veulent exprimer leur total désaccord en menaçant leur financement aux activités de l’Unesco.

A défaut d’un réel face à face Israël / Palestine, peut-être peut-on penser que c’est par la voie de la culture que la Palestine sera enfin reconnue, les autres voies politiques, diplomatiques et militaires, ayant toutes aboutis à une impasse. Mais la voie culturelle est éminemment politique et très sensibles. En effet, ce changement de statut à l’Unesco devrait permettre à la Palestine de déposer des demandes de reconnaissance au Patrimoine mondial de l’Humanité pour des sites dans les territoires palestiniens occupés par Israël. Les Palestiniens comptent notamment présenter au Patrimoine mondial les candidatures de Bethléem, lieu de naissance du Christ, Hébron, pour le Caveau des Patriarches – la mosquée d’Ibrahim (nom musulman d’Abraham) – un site révéré à la fois par les juifs et les musulmans, et Jéricho.

Et si les territoire palestiniens devenaient patrimoine mondial de l’humanité ? La paix par la culture : et si on se donnait les moyens pour que ce rêve devienne réalité.

Pour alimenter notre réflexion, nous pourrons lire ci-dessous, un article de Bernard Henri-Lévy, paru dans Le Point du 27 septembre 2011, à propos de la démarche palestinienne de reconnaissance à l’ONU, qui selon lui ne sert pas la cause de la paix.

Hervé Moine

Note 1 : La Palestine devient membre à part entière de l’Unesco : la conférence générale de l’organisation s’est prononcée lundi 31 octobre en faveur de son adhésion. « La Conférence générale (qui réunit l’ensemble des Etats-membres, NDLR) décide de l’admission de la Palestine comme membre de l’Unesco », selon la résolution adoptée par 107 voix pour, 52 abstentions et 14 voix contre, parmi les pays présents. La France a voté pour, en dépit de ses mises en garde ces derniers jours contre une démarche qu’elle jugeait prématurée. La quasi-totalité des pays arabes, africains et latino-américains se sont prononcés pour l’adhésion. Les Etats-Unis, l’Allemagne et le Canada ont voté contre, tandis que l’Italie et le Royaume Uni se sont abstenus.

Sur une demande palestinienne qui ne sert pas la cause de la paix

Le Point, 29 septembre 2011

Je suis partisan depuis plus de quarante ans de l’avènement d’un Etat palestinien viable et de la solution « deux peuples, deux Etats ».

Je n’ai cessé, toute ma vie, ne serait-ce qu’en parrainant le plan israélo-palestinien de Genève et en accueillant à Paris, en 2003, Yossi Beilin et Yasser Abed Rabbo, ses principaux auteurs, de dire et répéter que c’est l’unique solution conforme à la morale non moins qu’à la cause de la paix.

Aujourd’hui, pourtant, je suis hostile à l’étrange demande de reconnaissance unilatérale qui doit être discutée ces jours prochains par le Conseil de sécurité des Nations unies à New York et je me dois de dire pourquoi.

Cette demande repose, d’abord, sur une prémisse fausse qui est celle d’une prétendue « intransigeance » israélienne ne laissant d’autre recours à la partie adverse que celui de ce coup de force. Je ne parle même pas de l’opinion publique d’Israël dont un sondage de l’Institut Truman pour la paix, à l’Université hébraïque de Jérusalem, vient encore de rappeler qu’elle est massivement acquise (70 %) à l’idée du partage de la terre. Je parle du gouvernement israélien lui-même et du chemin parcouru depuis le temps où son chef croyait encore aux dangereuses chimères du Grand Israël. Reste aujourd’hui, bien sûr, la question des « implantations » en Cisjordanie. Mais le désaccord, sur cette affaire, oppose ceux qui, derrière Mahmoud Abbas, exigent qu’elles soient gelées avant que l’on revienne à la table des négociations et ceux qui, avec Netanyahou, refusent que l’on pose en préalable ce qui devra être l’un des objets de la négociation il ne porte ni la question elle-même, ni sur la nécessité de parvenir à un accord. Chacun, moi le premier, a son avis sur le sujet. Mais présenter ce différend comme un refus de négocier est une contre-vérité.

Cette demande repose, ensuite, sur une idée reçue qui est celle d’un Mahmoud Abbas miraculeusement et intégralement converti à la cause de la paix. Loin de moi l’idée de nier le chemin qu’il a fait, lui aussi, depuis le temps où il commettait une « thèse », à forts relents négationnistes, sur la « collusion entre sionisme et nazisme ». Mais j’ai lu son discours à New York. Et, si j’y trouve de vrais accents de sincérité, si je suis ému, comme chacun, par l’évocation du trop long calvaire palestinien, si je devine même, entre les lignes, comment l’homme qui l’a prononcé pourrait en effet devenir, pour peu qu’il le veuille et qu’on l’y encourage, un Sadate palestinien, un Gorbatchev, je ne peux m’empêcher d’y entendre, aussi, des signaux plus inquiétants. Cet hommage appuyé à Arafat, par exemple… L’évocation, à cette occasion, et dans cette enceinte, du « rameau d’olivier » que vint y brandir celui qui, ensuite, une fois au moins, à Camp David, en 2000, refusa la paix concrète, à portée de main, qui lui était offerte… Et puis l’assourdissant silence sur l’accord qu’il a conclu, lui, Abbas, il y a cinq mois, avec un Hamas dont la seule charte suffirait, hélas, à lui fermer les portes d’une Onu censée n’accepter que des « Etats pacifiques » et refusant le terrorisme. C’est avec cet homme, bien sûr, qu’Israël doit faire la paix. Mais pas là. Pas comme ça. Pas sur ce coup de bluff, ces silences, ces demi-vérités.

Et puis cette demande suppose enfin, que dis-je ? elle exige que soit tranché d’un coup de paraphe magique le nœud d’intérêts antagonistes, d’apories diplomatiques, de contradictions géopolitiques, le plus inextricable de la planète – est-ce bien sérieux ? Cela fait quarante ans que l’on discute, souvent de mauvaise foi, mais pas toujours, de la question des frontières justes entre les deux peuples et de leur capitale. Quarante ans que l’on débat, entre gens qui jouent leur vie et leur destin, de la moins mauvaise manière d’assurer la sécurité d’Israël dans une région qui ne lui a jamais reconnu, à ce jour, sa pleine légitimité. Cela fait soixante-trois ans que le monde se demande comment prendre en compte le tort fait aux réfugiés de 1948 sans, pour autant, compromettre le caractère juif de l’Etat d’Israël. Et l’on prétendrait régler tout cela, arbitrer ces presque insolubles dilemmes, emballer ce paquet de complexités où tout est dans les détails, par un geste spectaculaire, expéditif, sur fond d’emballement rhétorique et lyrique ? Allons ! Quelle légèreté ! Et quel mauvais théâtre !

Qu’il faille aider les protagonistes de cet interminable drame à se hisser au-dessus d’eux-mêmes et à aller au bout de la démarche qu’ils n’ont fait, ces dernières années, qu’esquisser, c’est sûr.

Que la communauté internationale doive les amener à s’entendre ou, comme dit Amos Oz, mais cela revient au même, à divorcer, c’est l’évidence et c’est d’ailleurs tout le sens de la récente proposition française et des contraintes de calendrier qu’elle impose.

Mais rien ne pourra leur éviter le douloureux et coûteux face-à-face sans lequel il n’y a jamais, nulle part, de vraie reconnaissance ; rien ni personne ne pourra leur faire faire l’économie de ce mouvement apparemment simple mais qui sera, pour tous deux, le plus long des voyages : le premier pas vers l’autre, la main tendue, la négociation directe.

Bernard-Henri Lévy

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Chantal Delsol : Une Europe sans Dieu ?

Posted by Hervé Moine sur 31 octobre 2011

Le christianisme aura-t-il encore une place en Europe ?

Liberté de pensée

Liberté de conscience

Liberté de religion

9 novembre 2011

à l’Espace Charenton Paris 12è

A

L’AED (Aide à l’Eglise en détresse) organise un colloque mercredi 9 novembre 2011 de 9h à 18h30 sur le thème « Le christianisme aura-t-il encore sa place en Europe ? Liberté de pensée, de conscience et de religion« , Espace Charenton 327, rue de Charenton 75012 Paris. RSVP à Anne-Céline Durrande (06 88 84 20 97 – ac.durrande@aed-france.org.

Marc Fromaget, directeur de l'AED

 » Cette question mérite, nous semble-t-il, d’être posée, au vu des incidents qui se multiplient à l’encontre de l’Eglise et de la foi chrétienne en Europe, et de manière plus générale, contre la liberté religieuse, la liberté de conscience et la liberté d’expression. Sont concernés notamment le monde médical, l’éducation, les médias, le bouleversement de la scène religieuse de nos pays, et la question même de la visibilité de la culture chrétienne qui a pourtant façonné notre continent » . Marc Fromaget

Les Chrétiens sont aujourd’hui les croyants les plus persécutés dans le monde : 75 % des cas d’atteinte à la liberté religieuse concernent les chrétiens. Au sein même d’une civilisation qui a développé les concepts chrétiens de personne humaine, de liberté, de fraternité et de laïcité, un rejet du christianisme s’exprime en Europe, sous des formes diverses. Dans la bioéthique, l’éducation, la culture, les médias, la foi chrétienne et l’Eglise sont régulièrement ridiculisées ou ostracisées. C’est la liberté de penser et d’agir en chrétiens, et en tant que chrétiens, qui est mise à mal. Extraits de la déclaration du cardinal Erdö, président des conférences épiscopales européennes réunies en Assemblée plénière à Tirana.

« Il suffit de parcourir les faits mentionnés par l’Observatoire sur l’intolérance et la discrimination à l’encontre des chrétiens en Europe pour être déconcertés du nombre de cas présents en Europe de personnes discriminées, de manière voilée ou évidente, sur leurs lieux de travail ou dans les différents milieux de la vie sociale seulement parce qu’elles sont chrétiennes (…) L’influence d’une certaine attitude antichrétienne se diffuse systématiquement dans les moyens de communication sociale, dans les manuels scolaires ou dans l’opinion publique… Dans tous ces cas, la foi chrétienne ou l’Eglise sont souvent traitées de manière injuste et désinformatrice (…) » Tirana, 30 septembre 2011

Au programme 

  • 9h : Accueil et introduction Marc Fromager, directeur de l’AED
  • 9h30 – 10h : « Malheur à moi si je n’annonce l’Evangile (1 Co 9,16) » Mgr Alain Castet, évêque de Luçon
  • 10h – 10h30 : « L’héritage chrétien de l’Europe : enjeux anthropologiques » Gérard Leclerc, journaliste, philosophe
  • 10h30 – 11h : pause 11h – 11h30 : « Les discriminations contre les chrétiens en Europe occidentale » Martin Kugler, directeur de l’Observatoire de l’intolérance et de la Discrimination contre les Chrétiens
  • 11h30 – 12h : « Regards de l’Eglise orthodoxe russe sur la liberté religieuse en Europe occidentale » Père Alexandre Siniakov, recteur du séminaire orthodoxe russe de Paris
  • 14h30 – 15h : « Une Europe sans Dieu ? » Chantal Delsol, philosophe
  • 15h – 15h30 : « Le Cyborg ou l’homme augmenté, nouvelle frontière de la bioéthique ? » Tugdual Derville, Délégué général de l’Alliance pour les Droits de la Vie
  • 15h30 – 16h15 : Table ronde : « Christianophobie : peut-on vraiment en parler en Europe occidentale ? » Participants : Alexandre Del Valle, journaliste et géopolitologue, Gérard Leclerc, Grégor Puppinck Modérateur : Marc Fromager
  • 16h15 – 16h45 : Pause 16h45 – 17h15 : « L’objection de conscience : ultime arme des chrétiens ? » François de Lacoste Laraymondie, vice-président de l’Association pour la Fondation de Service Politique
  • 17h15 – 17h45 : « Des droits de l’Homme contre les religions ? » Gregor Puppinck, directeur de l’European Center for Law and Justice

On peut écrire à Le Salon Beige par email à : lsb@chretiente.info et visiter son site ici.

Dieu a-t-il sa place en Europe

Liberté politique et liberté religieuse

Acte du colloque de Bruxelles

3 avril 2003

DIEU A-T IL SA PLACE EN EUROPE ? Le débat est loin d’être clos. Le 6 février 2003, quelques jours avant le colloque  » Dieu et l’Europe « , le projet de traité a établissant une constitution  » publié par la Convention sur l’Avenir de l’Europe ne faisait aucune mention à Dieu, source suprême de la dignité humaine, ni aux droits des Églises et des communautés religieuses.

La version finale du projet de traité publiée le 20 juin a maintenu cette omission volontaire, même si le respect des relations Églises-États a été reconnu. Mais les chefs d’État et de gouvernement doivent désormais se prononcer. Les négociations seront longues. La reconnaissance du patrimoine religieux, spécialement chrétien, peut paraître secondaire au regard des formidables enjeux que constitue le partage du pouvoir au sein d’une Union européenne de vingt-cinq États membres. Ce n’est pourtant pas si sûr. Le  » détail  » pourrait bien se révéler pierre d’achoppement. Après les gouvernements, se seront aux peuples et aux parlementaires nationaux de se prononcer.

Les interventions du colloque du 3 avril apportent un éclairage inédit aux enjeux réels d’un débat qui ne fait que commencer. Philippe de Saint-Germain, 15 septembre 2003

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Quelles compétences faut-il mettre en œuvre pour philosopher ?

Posted by Hervé Moine sur 31 octobre 2011

Haute Ecole Pédagogique de Fribourg-Suisse

2 novembre 2011

atelier de pratique philosophique

et conférence sur ses méthodes didactiques

par Oscar Brénifier, philosophe praticien

  • 13h30 – 16h00 D0.22 Atelier de pratique philosophique (libre accès), réservation gratuite mais obligatoire sur http://www.hepfr.ch/formationcontinue
  • 17h15 Conférence publique Aula «Quelles compétences faut-il mettre en œuvre pour philosopher ? »

La Haute Ecole Pédagogique de Fribourg (HEP-FR) accueille le 2 novembre 2011 le philosophe praticien Oscar Brénifier. Il y donnera un atelier de pratique philosophique et une conférence sur ses méthodes didactiques.

Oscar Brénifier, docteur en philosophie et philosophe praticien, développe depuis de nombreuses années des méthodes de philosophie pour enfants et de didactique de la philosophie. Sa méthodologie est notamment axée sur les ateliers de philosophie et sur la consultation philosophique.

Une méthodologie polyvalente et un engagement international

Par son travail axé sur le concept de « pratique philosophique », tant sur le plan pratique que théorique, Oscar Brénifier est reconnu comme l’un des principaux promoteurs de la philosophie dans des domaines variés, tels que les cafés-philo, les ateliers philosophiques avec les enfants et les adultes, mais aussi les ateliers et séminaires en entreprises.

Oscar Brénifier a publié de nombreux ouvrages en ce domaine, notamment la collection « PhiloZenfants » (éditions Nathan), qui est aujourd’hui traduite dans plus de vingt-cinq langues.

Il est le président et co-fondateur de l’Institut de Pratiques Philosophiques, (www.pratiques-philosophiques.com) qui œuvre à la formation de praticiens en philosophie dans de nombreux pays d’Europe, d’Afrique, d’Amérique du Nord et d’Amérique du Sud.

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