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Le baiser à la loupe d’Alexandre Lacroix

Posted by Hervé Moine sur 1 octobre 2011

Alexandre Lacroix

Contribution à la théorie du baiser

Editions Autrement

L’auteur voyage dans ses souvenirs et s’interroge sur le rôle que jouent les baisers dans une vie, de l’adolescence à l’amour conjugal. Cette enquête l’amène aussi à parcourir l’Histoire, de la Rome Antique au cinéma hollywoodien, des poètes de la Renaissance à Freud, pour trouver la clé de cet acte si courant qu’on oublie d’y penser : le baiser.

« Kierkegaard, l’inépuisable penseur danois, songeait à écrire une « Contribution à la théorie du baiser », livre qu’il aurait dédié à tous les tendres amants. Il s’étonnait qu’il n’existe pas un seul traité sur le sujet et se demandait si la cause n’était pas que les philosophes n’entendent rien en la matière. Ce qui, de toute évidence, est le cas.

Ce dont Kierkegaard a rêvé, Alexandre Lacroix l’a fait avec brio, mêlant des souvenirs intimes à des considérations plus générales. Sa double casquette de romancier et d’essayiste lui a permis de relever le défi consistant à mettre un peu d’histoire et beaucoup de philosophie dans la vie amoureuse. Afin de la rendre plus excitante encore.

Alexandre Lacroix tient qu’il n’y a pas de meilleure baromètre du couple que le baiser. Le sexe, avec un peu d’entraînement, peut se prolonger sans amour. Le baiser, non. Pour mesurer la force du lien sentimental entre deux êtres, il suffit d’observer l’intensité de leurs baisers. « Rien n’est plus destructeur à la longue, écrit Lacroix, que l’oubli du baiser » . C’est un gel insidieux, pire que de prendre un(e) amant(e). Encore que les deux aillent souvent de pair.

Truffé d’anecdotes, passant allègrement de la littérature et du cinéma à la psychanalyse ou à la linguistique (qui, rappelons-le, n’est pas une technique du baiser), l’essai d’Alexandre Lacroix est porté par une allégresse qui sied à son sujet. Il s’achève néanmoins sur quelques pages d’une noirceur inattendue et prophétique. « Ne sentez-vous pas qu’un vent glacé souffle sur les relations humaines ? », demande l’auteur qui n’est pas loin de penser que l’humanité est en train d’être arrachée au canapé moelleux de la post-modernité pour être renvoyée directement à la préhistoire.

Une guerre sans merci s’annonce – guerre pour la survie, le territoire, l’hégémonie religieuse, la richesse, l’eau….- guerre qui renverra le temps des baisers à un paradis perdu. » Roland Jaccard, sur le site de Causeur.fr, le 7 aout 2011

Alexandre Lacroix, auteur d'une Contribution à la théorie du baiser

Qui est l’auteur ?

Né le 2 septembre 1975 à Poitiers, Alexandre Lacroix grandit à Paris. Il commence à écrire très tôt, dès l’enfance – une passion assidue et jamais démentie. Après un double cursus en Economie et en Philosophie à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, il est admis à Sciences-Po dont il est diplômé en 1998. La même année, il publie son premier roman, Premières volontés, chez Grasset, un récit autobiographique qui relate le deuil de son père et sa propre éducation sentimentale.

Depuis 1999, il est chargé d’un enseignement de littérature à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris. Après avoir donné au bout de quelques mois sa démission à un poste de « planneur stratégique » dans une agence de publicité, il quitte Paris juste après ses études pour habiter dans un village de Bourgogne. Jusqu’en 2005, il se consacre presque exclusivement à l’écriture. Il anime occasionnellement des ateliers d’écriture et publie des articles dans un journal disparu et inclassable intitulé L’Imbécile, dirigé par Frédéric Pajak.

A l’été 2005, Alexandre Lacroix revient à Paris avec le projet de lancer le premier magazine français de philosophie, à l’invitation du jeune « patron de presse » Fabrice Gerschel. Le premier numéro de Philosophie magazine paraît en avril 2006. Le titre remporte le Prix du Meilleur Nouveau Magazine 2007 et celui du Magazine de l’année 2010.

Aujourd’hui, Alexandre Lacroix est rédacteur en chef de Philosophie Magazine et continue à enseigner l’écriture créative à Sciences Po.

Ci-dessous, trois articles, rédigées par trois femmes à propos de la la Contribution de la théorie du baiser d’Alexandre Lacroix.

Contribution à la théorie du baiser, Alexandre Lacroix

Article de Virginie Troussier, publié dans ActuaLitté.com, le 19 septembre 2011

http://www.actualitte.com/dossiers/1637-contribution-theorie-baiser-alexandre-lacroix.htm

C’est un livre qui s’aspire, qui se goûte, organique et sensuel.

Depuis quand n’avait-on trouvé pareille langue à se mettre sous la dent ? Suffisamment longtemps pour en avoir oublié la saveur.

Toujours intrigué par la signification tangible des apparences, Alexandre Lacroix sonde le corps. Avec ce dernier livre, le voilà qu’il passe le doigt sur nos lèvres, closes, puis ouvertes. Il capture les baisers et les regarde vibrionner sous son microscope, comme s’ils étaient porteurs de vie, de symboles, révélations, chargés de cellules en mouvement incessant. Les corps cachent les pensées. Tout l’art de l’auteur philosophe est de réconcilier ces deux entités, pour que chacune retrouve son sens.

Alexandre Lacroix écrit à fleur de peau, ce qui donne une sensation de limpidité évidente. Le sentiment amoureux, sa grâce éphémère, sa durée, son intermittence, rien d’autre ne compte. Capiteuse, la langue de l’auteur raconte le cycle de floraison et de fanaison, les tremblements d’effroi, les effusions d’amour, à travers les baisers qui marquent une vie.

L’histoire est bâtie sur des chapitres personnels et collectifs, entrecoupés de passages plus documentés sur l’histoire du baiser. Il aurait pu écrire « de l’utilité du baiser », puisque au-delà de l’histoire de l’occident qui se cache derrière celle du baiser, il prouve avant tout qu’il n’a rien d’anodin.

Que met-on derrière un bisou, un baiser, une bise ? Il livre au fil des pages, non pas en marge de ses fictions mais intrinsèquement liées à elles, ses réflexions sur le baiser comme moyen de « connaissance » de l’amour et de l’homme. Le baiser, son histoire, son élasticité formelle, son efficacité à sonder le réel ou à en saisir les ambiguïtés et les incertitudes.

Les livres d’Alexandre Lacroix sont une inlassable auscultation de la matière humaine. L’individu complexe, versatile et contradictoire, occupé à aimer, à agir parfois à rebours de ses désirs, ou par eux, égaré et trompé.

Pour l’auteur, on ne choisit apparemment pas les livres qu’on écrit. Un jour, l’un s’impose, ne laissant aucune place pour autre chose.

Il en a déjà fait cette expérience : revenir, se souvenir, transformer en littérature ses années, succomber au récit, raconter son vécu tout en privilégiant la distance. Mettre en mots et en mémoire le temps qui s’effiloche, lui donner corps, vie.

Et Alexandre Lacroix, en écrivant « je » réinvente le récit autobiographique, il lui offre une valeur universelle. Ici, en attrapant une pique de Kierkegaard qui dans le Journal du séducteur souhaitait écrire ce traité, l’auteur avance à tâtons, redoublant d’acuité, développant une extra-lucidité toujours sidérante.

On aimerait toujours rester dans ses livres, tant il parvient à passer du monde réel au monde cérébral en deux trois mots, d’une mémoire (corporelle) inépuisable à un présent de la plénitude. On en ressort toujours différent.

Ces hommes qui n’embrassent pas

Article de Laurence Liban, publié dans l’Express le 16 septembre 2011

http://www.lexpress.fr/styles/psycho/ces-hommes-qui-n-embrassent-pas_1030941.html

Auteur d’une Contribution à la théorie du baiser, Alexandre Lacroix appartient à cette catégorie d’hommes. Et si on tentait de le récupérer? Notre journaliste Laurence Liban s’y est employée.

C’est l’histoire d’un homme, d’une femme et d’un baiser. Baiser absent, chaînon manquant dans le cours d’un amour, indice de désamour… Qui sait? On regarde.

Scène I. Intérieur nuit. Le salon. Neige par la fenêtre. Elle: « Tu ne m’embrasses pas assez! Tu es aride. Mais pourquoi est-ce que tu ne penses jamais à me prendre dans tes bras, juste pour me donner des baisers ? » Lui ne répond rien, hausse les épaules. Ainsi commence Contribution à la théorie du baiser, d’Alexandre Lacroix, jeune directeur de Philosophie Magazine, apparemment moins porté sur le divin bouche-à-bouche que sur la recherche scientifique.

Croyant vite désabusé d’un art qu’il expérimenta dès l’adolescence lors d’un séjour doublement linguistique, Alexandre Lacroix aurait pu composer un « Art du baiser pour les nuls » (le titre est vacant dans la collection concernée) ou encore s’attaquer à la rédaction d’un « Petit Recueil de leçons illustrées à l’usage des empotés », dont il aurait été le premier bénéficiaire immédiat et son épouse la seconde. Mais pas du tout. Voyons donc la suite du film, telle que la suggère notre héros à la page 10 de son ouvrage.

Scène II. Intérieur nuit. La chambre. Il est 5 heures, Paris s’éveille et Madame dort encore tandis que Monsieur se brûle la rétine sur l’écran de son ordinateur ouvert à la page « baiser » de Google. Chacun sa langue dans sa poche. Elle, rêvant peut-être à de « cinéphiliques » étreintes dans les bras de George Clooney. Lui, éludant le vif et le délicieux du sujet en remontant jusqu’aux premiers chrétiens pour nous raconter l’histoire philosophique et physiologique de ce qu’il nomme « une épiphanie de la viande ». C’est son boucher qui va être content…

« Pas sur la bouche, ça m’effarouche! »

Mais ne faisons pas la fine bouche et voyons un peu, nous aussi, de quoi il tourne et retourne. Un baiser, dit le Petit Robert, qui en sait long, c’est « l’action de poser ses lèvres sur le visage, la main ou une autre partie du corps d’une personne »… Pauvre définition pour ce fragment d’infini. Une chanson de Pierre Perret nous revient : « Y a dans mon dictionnaire usé/La définition du mot baiser/ Ceux qui ont écrit ça me font de la peine/ Braves gens, je vais vous dire la mienne. » Et d’évoquer les souvenirs brûlants qui lui viennent au palais pour revenir sans cesse à son ardente amie : « Et puis y a le baiser d’Zézette/Le plus salé le plus sucré c’est le plus chouette […] » Baisers volés, bancs publics bien sympathiques… Baisers mordants, baisers mordus… Des synonymes? Vous n’y pensez pas! La chose est trop bonne pour qu’on la sépare du mot. Les dérivés, succédanés et autres excipients valent pour le sucre sans sucre et le sel sans sel, mais pas pour la bouche à Zézette! Regardez-le s’envoler, ce mot ailé dans sa version substantivée! Et rappelez-vous le film d’Alain Resnais où le choeur des femmes amoureuses d’un Lambert Wilson affolé exigeaient de lui « Un baiser! Un baiser! » tandis que le malheureux, double de notre auteur, suppliait: « Pas sur la bouche, ça m’effarouche ! » Mais ne le conjuguez surtout pas sous prétexte qu’il se termine à la façon d’un verbe en « er ». Vous essayez quand même ? Voyez comme il s’écrase alors, vantard au mode actif (« On a baisé comme des dingues »), colère au mode passif (« On s’est sacrément fait baiser »). Romantique, nous? Oh que oui! Et sans complexe ni prétexte.

Scène III. Intérieur crépuscule. La chambre, encore la chambre. Tandis que Madame se love dans des songes ineffables, son mari, qui ne se doute de rien, ou consent, s’interroge sur la durée du baiser, « aussi insaisissable que celle du rêve » (bien vu, ça, pour un qui n’embrasse pas !). Prudemment encordé aux fils de ses expériences passées sur les lèvres des femmes, ici racontées dans le détail, il se laisse aller au vertige du savoir qui s’offre à lui. Avec Marcel Proust pour guide, ou Gustav Klimt, ou Marguerite Duras, qui dans L’Amant laissa tout entendre en quelques mots : « Dans le baiser, il pleurait. »

La suite du film ne dit pas s’il y eut des croissants au réveil de l’aimée, ni si l’aimé alla cueillir des miettes au beurre sur ses lèvres. Mais peut-être, au matin, à l’heure où l’on éteint l’ordinateur, une voix suave lui aura glissé cette phrase pascalienne: « Tu ne me chercherais point si tu ne m’avais trouvé. » Alors, d’un seul baiser, d’un seul, Alexandre Lacroix enverra balader la théorie et les théoriciens. Et le mot FIN s’inscrira dans le plus long baiser du cinéma imaginaire.

Quand un philosophe décrypte le baiser

Article de Julie Dubois paru dans le magazine Elle, le 30 septembre 2011

http://www.elle.fr/Love-Sexe/News/Quand-un-philosophe-decrypte-le-baiser-1742964

Dans « Contribution à la théorie du baiser », le philosophe et directeur de la rédaction de Philosophie Magazine, Alexandre Lacroix réfléchit au rôle initiatique du baiser dans une vie et notamment, au sein du couple. En entremêlant ses souvenirs aux enquêtes historiques, il souhaite comprendre le reproche récurrent de sa compagne : « Tu ne m’embrasses pas assez ! » et élucider le secret qui plane sur le baiser.

Le baromètre du couple

Le baiser a une visée sensuelle car il est tactile. Il est l’équivalent d’une caresse mais dépasse la simplicité de l’acte de cette dernière car il révèle l’équilibre d’un couple. En effet, il est riche de sens. Le baiser est le baromètre du couple, il en indique les hauts et les bas. Comme il peut concrétiser une relation ou être une preuve d’amour. Chaque forme du baiser est un symptôme indiquant la santé du couple. Lorsque la régularité des baisers ralentit, c’est un mauvais signe. En effet, « rien n’est plus destructeur, à la longue, que l’oubli du baiser. »Le baiser est physiquement inutile. Ce n’est pas une pratique nécessaire contrairement à l’acte sexuel qui est dirigé par une pulsion. Le baiser n’a pas d’enjeu vital. En définitive, l’humanité pourrait s’abstenir d’embrasser.

Pour la beauté du geste

En embrassant, on sollicite trois notions : la reconnaissance, la croyance en l’amour et la beauté du geste.Le baiser est de l’ordre du sacré. En effet, en remontant le temps jusqu’à l’Antiquité romaine, le « basium », baiser partagé entre les membres d’une même famille, comme l’ « osculum », baiser partagé entre membre d’un même corps social, est un signe de respect et du partage d’une même foi. Ce fait de l’Antiquité romaine perdure encore aujourd’hui. Le baiser est une forme de reconnaissance qui affirme qu’autrui est son égal.Outre le respect, avec le baiser, « on proclame qu’on croit en l’amour ». Et d’autant plus, en le revendiquant. On aime se montrer donner un baiser en public afin d’afficher aux yeux du monde son amour. Le baiser revêt également une dimension esthétique. La beauté du baiser a été maintes fois reproduite. Elle se retrouve, par exemple, dans les instants captés par les photographes tel que Robert Doisneau et son baiser de l’Hôtel de ville ou bien par les cinéastes.

Se procurer Contribution à la théorie du baiser

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Une Réponse to “Le baiser à la loupe d’Alexandre Lacroix”

  1. resor said

    Ι have not disϲovered what I needed

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