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Mettre la violence en mots ou des mots sur la violence

Posted by Hervé Moine sur 27 octobre 2011

Dictionnaire de la violence

sous la direction de Michela Marzano

PUF

Un ouvrage de référence destiné à tous ceux qui, par nécessité professionnelle ou intérêt personnel, sont amenés à réfléchir à la violence, à ses manifestations contemporaines, à sa signification profonde, à ses racines historiques et à ses manifestations culturelles.

S’il y a un thème aujourd’hui qui ne cesse de provoquer des débats, autant en philosophie que dans les autres sciences humaines et sociales, c’est bien la violence. Le but de ce Dictionnaire est de donner tous les outils pour en penser les racines historiques, les manifestations contemporaines, la signification profonde.

Plusieurs questions fondamentales sont au cœur de ce Dictionnaire. Doit-on envisager une spécificité de la violence humaine ? L’idée de nature humaine est-elle pertinente lorsqu’il s’agit de réfléchir à la violence ? Peut-on penser un jour éradiquer la violence, comme l’espérait la philosophie des Lumières, ou doit-on accepter l’idée d’une ambivalence intrinsèque des êtres humains qui, soumis à des pulsions contradictoires, ne sont jamais totalement bons ou totalement mauvais ?

Parler de violence signifie aussi s’interroger sur les frontières qui existent entre soi et les autres et sur l’ambiguïté de sa propre existence porter un regard d’ensemble sur des pratiques qui vont de l’apartheid à la torture, de l’automutilation au viol, du colonialisme au terrorisme, mais aussi aborder la sexualité et l’inconscient, le passage à l’acte et l’inceste, le travail et la mort. Ces questions, si diverses, sont ici abordées de façon à constituer une analyse globale et renouvelée de l’objet « violence ».

200 auteurs (philosophes, sociologues, juristes, psychanalystes, historiens, théologiens, anthropologues) ont participé à ce Dictionnaire, unique et original, dont les 300 entrées dessinent une solide cartographie des notions et concepts clés, des penseurs et artistes, des références et travaux portant sur la violence, sujet au cœur de la nature humaine et de la modernité.

Pour se procurer le Dictionnaire de la violence

PUFLe dictionnaire de la Violence par Michela Marzano

http://marzanomichela.wordpress.com/2011/10/10/dictionnaire-de-la-violence/

« La « violence est indéfinissable », dit le philosophe Yves Michaud et il est intéressant de noter que de grands auteurs, comme Sorel ou Hannah Arendt, lui ont consacré des ouvrages entiers sans jamais la définir. Et pourtant ce « mystère » n’en demeure pas moins un des phénomènes les plus terriblement humains. Depuis Caïn et Abel. Mais la question de la violence ne se pose pas toujours de la même façon selon les époques. Aujourd’hui la « montée de la violence » semble un thème de banquet qui hante plus particulièrement nos sociétés développées et c’est la raison pour laquelle il m’a paru nécessaire de diriger ce Dictionnaire qui tente de faire la part des choses entre les données immuables de la violence humaines et celles qui, dans une société mondialisée et dérégulée, offrent des visages nouveaux et toujours plus prégnants, comme ceux du crime organisé et des mafias. Le rêve du siècle des Lumières était de vaincre la violence pour la faire disparaître. Aujourd’hui, plus personne ne se hasarderait à un tel objectif. Il est établi que la violence est une partie intégrante de la nature humaine et nos contemporains ont fait leur la définition freudienne de l’ambivalence des êtres humains qui, soumis à des pulsions contradictoires, ne sont jamais totalement bons ou totalement mauvais.

Faut-il alors se résigner à vivre avec la violence ? Tout dépend, pourrait-on être tenté de dire, de son degré d’intensité. Norbert Elias, dans une thèse controversée, soulignait que le processus de civilisation ne venait ni de l’essor artistique, ni du progrès économique ou technique, mais dans la capacité de l’Etat à maîtriser la violence. Notre mondialisation ultrasophistiquée et ultra-violente remet au goût du jour – par défaut – cette analyse du grand sociologue. Mais la question qui se pose alors est celle de la maîtrise de la violence. Suffit-il de proclamer le règne de la Raison comme l’a pensé une certaine philosophie républicaine ? On retombe à son tour au cœur des multiples ambiguïtés de nos sociétés contemporaines. Car Adorno et Horkheimer ont montré que la raison « instrumentale », qui s’apparente au règne aveugle de la technique, peut conduire y compris jusqu’à la déshumanisation nazie. La barbarie peut être technologique en perdant de vue le sens de l’Humain. Le sacre de la technè n’est pas seulement celui de l’I Pad et des jeux vidéo.

D’autres défis se posent. Une certaine pensée, dite sécuritaire, ne cesse d’instrumentaliser nos peurs en agitant le chiffon rouge de la « montée de la violence ». Dans certains quartiers ou zones de non-droit, comme les Etats faillis (failed States), en Somalie ou en Afrique centrale, il est pourtant indéniable que l’explosion de la violence n’est pas un vain mot. Il suffit aussi de songer à l’Amérique centrale ou à l’Afghanistan. Pourtant, la réponse par le « tout répressif » reste illusoire car le produit même de cette « hyper violence » n’est pas lié à l’Homme – bon ou mauvais – mais aux conditions économiques et sociales qu’il produit. Comment vaincre un Mal qui est justement engendré par les inégalités et les logiques de concurrence du Marché quand on continue à faire les louanges de ce même système qu’on juge si efficient qu’on le mondialise ? Nos sociétés avancées se trouvent aujourd’hui placées face à une contradiction intrinsèque : elles adulent cette idéologie ultra-libérale qui engendre les maux qu’elles craignent le plus. »

Michela Marzano

Violence, j’écris tes noms

Le dictionnaire de la violence  a été rédigé par deux cents chercheurs.

Le dictionnaire de la violence a été rédigé par deux cents chercheurs. A. GELEBART / 20 MINUTES

Article d’Alice Coffin paru dans 20minutes.fr le 27 octobre 2011

http://www.20minutes.fr/

LIVRE – La philosophe Michela Marzano publie un «Dictionnaire de la violence»…

Quel est le point commun entre Sartre, la Bible et une sorcière? Entre l’hôpital psychiatrique, la «raison instrumentale» et Platon ? Tous figurent dans les 300 entrées du Dictionnaire de la violence, rédigé par 200 auteurs (historiens, sociologues) et dirigé par la philosophe Michela Marzano aux éditions PUF.

E comme économie

Crise, mondialisation, «il était important d’intégrer les nouvelles formes de la violence, explique Michela Marzano. la violence est éternelle, mais se transforme. Une des caractéristiques de la période contemporaine est d’être celle d’un discours néolibéral qu’il faut décrypter à l’aune de la violence.» Parmi les définitions, on trouve donc «marché» et «chômage». Et on apprend que la recherche du profit a parfois servi des thèses racistes. Ainsi certains anthropologues ont justifié l’esclavage dans le sud des Etats-Unis en affirmant que les Noirs avaient une colonne vertébrale incurvée, adaptée à la culture du coton…

Y comme YouPorn

YouPorn figure à l’entrée «Vidéos amateurs». Qui s’ouvre par Abraham Zapruder, celui qui a filmé l’assassinat de Kennedy. «Il fallait laisser une place aux images, désormais si importantes, explique Michela Marzano. Nous avons aussi une entrée “snuff movies”, sur les vidéos d’égorgement. Ce type d’image connaît une nouvelle actualité.»

V comme viol

A la sortie de son dico, Marzano a été sollicitée sur l’affaire DSK. «Elle montre, comme d’autres la confusion qui règne autour de certains termes. La violence n’est pas que physique, elle est aussi abus de pouvoir et symbolique.» Mettre la violence en mots ou des mots sur la violence, c’est d’ailleurs la définition de certaines thérapies. C’est aussi la mission de ce dictionnaire.

Alice Coffin pour 20minutes.fr

Le terme « islamophobie » inauguré dans le dictionnaire de la violence

Un article du site ajib évoque la sortie de la nouvelle édition du dictionnaire de la violence et remarque la présence du mot « islamophobie »

 http://www.ajib.fr/2011/10/inauguration-islamophobie-dictionnaire/

« Avez vous déjà essayé de chercher le mot « islamophobie » dans le dictionnaire ? Il paraît qu’il a été introduit dans le dictionnaire Français en 2005. Pourtant, lorsqu’on tape ce mot dans un dictionnaire numérique ou en cherchant dans certaines éditions, on le retrouve zappé, absent, comme si la réalité islamophobe n’existait pas, ou pour certains, n’a pas lieu d’être. Pourtant, dans la nouvelle édition du « dictionnaire de la Violence » paru le 28 septembre dernier, le mot « islamophobie » y trouve sa place. Peut être un premier pas vers la reconnaissance de ce phénomène ? » (…)

« Peut on considérer que cette introduction du terme « Islamophobie » dans un dico spécifique à la violence, représente en quelque sorte un premier pas vers sa reconnaissance ? » (…)

« Quoi qu’il en soit, il est vrai que voir ce terme « Islamophobie » sortir de l’ombre même si il est déjà présent dans les discours… » (…)

« De nos jours, un citoyen français se déclarant antisémite risque une peine de prison, tandis qu’un autre citoyen affirmant publiquement être islamophobe et fier de l’être, ne risque pas d’être inquiété. » (…)

Pour lire l’article dans son intégralité : http://www.ajib.fr/2011/10/inauguration-islamophobie-dictionnaire/

Michela Marzano

Michela Marzano

Michela Marzano

Née à Rome le 20 août 1970, Michela Marzano a fait ses études secondaires au lycée Pio IX de Rome. Après avoir intégré l’École normale supérieure de Pise, elle s’oriente vers des études de philosophie et suit parallèlement le cursus de philosophie analytique et de bioéthique à l’Université de Rome I. Sa thèse sur le statut du corps humain, soutenue à l’ENS en 1998 la conduit progressivement à s’intéresser au domaine de la philosophie morale et politique et notamment à la place qu’occupe aujourd’hui l’être humain, en tant qu’être charnel.

Arrivée en France en 1999, elle intègre le CNRS en 2000 en tant que chargée de recherche de deuxième puis première classe. En 2005 elle soutient son HDR à l’Université de Paris I et, en 2006, elle obtient sa qualification comme professeur de philosophie. Elle est aujourd’hui professeur de philosophie morale à l’Université Paris Descartes et directrice du Département des sciences sociales (SHS, Sorbonne Paris Cité, Université Paris Descartes.

L’ancienne élève de l’École normale supérieure, est l’auteur de nombreux articles et ouvrages parmi lesquels Visages de la peur (PUF, 2009) et Le contrat de défiance (Grasset, 2010), elle a dirigé en 2007 le Dictionnaire du corps.

« Depuis mes travaux sur le statut du corps humain, le coeur de mes recherches concerne l’extrême fragilité de la condition humaine. De ce point de vue, ma démarche s’inscrit dans le domaine de l’éthique appliquée. L’expression « éthique appliquée » apparaît aux États-Unis au cours des années 1960. C’est toutefois dans les années 1970 que se distinguent progressivement des domaines spécifiques d’intérêt (bioéthique, éthique médicale, éthique de l’environnement, éthique des affaires, éthique de la communication) pour répondre aux préoccupations majeures de la société. » Michela Marzano

Visiter le blog de Michela Marzano à visiter : http://marzanomichela.wordpress.com/

Pour se procurer le Dictionnaire de la violence

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