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Autour de papiers personnels du philosophe allemand, Walter Benjamin

Posted by Hervé Moine sur 29 octobre 2011

Exposition des archives de Walter Benjamin

au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme

du 12 octobre 2011 au 5 février 2012.

Une exposition de l’Akademie der Künste de Berlin, de la Hamburger Stiftung zur

Förderung von Wissenschaft und Kultur, et du Musée d’art et d’histoire du Judaïsme.

Photographie du passeport de Walter Benjamin, vers 1928 - Philosophe, critique littéraire, traducteur, historien et critique d'art, Walter Benjamin est l'auteur de nombreux ouvrages dont «L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique», «Paris, capitale du XIXe siècle» et «Sens unique».

Rassemblant des carnets de notes en photographies, de coupures de presse en manuscrits, cette exposition fait découvrir le travail de recherche bibliographique et les inventaires de ce collectionneur passionné et révèle sa vision du monde.

Bibliographie du philosophe

Né à Berlin en 1892 dans une famille juive assimilée, Walter Benjamin s’est suicidé à la frontière franco-espagnole le 26 septembre 1940, devant la menace d’être livré aux nazis et envoyé à la mort. C’est à l’un des philosophes et critiques les plus importants du XXe siècle que l’exposition Walter Benjamin Archives est consacrée ; son ambition est de montrer la manière dont le penseur allemand organisait, préservait et inventait ses propres archives à mesure de ses recherches.

L’exposition rassemble des matériaux, des supports, des objets ou des écrits (manuscrits, tapuscrits, cartes postales, carnets de notes, enveloppes, tickets, photographies, coupures de presse, registres, fichiers, répertoires, carnet d’adresses, paperolles, etc.), qui témoignent tous d’une exigence constante chez Walter Benjamin : arracher à l’oubli une pensée en devenir et en organiser le sauvetage, qu’il s’agisse de sa propre pensée, de celle de ses proches ou de pans entiers de l’histoire négligés. L’exposition est divisée en 13 sections auxquelles s’ajoutent 9 sections conçues spécialement pour la présentation au MAHJ.

Sa vie durant, Walter Benjamin a pris soin de confier ses textes, notes ou manuscrits à différents amis (dont Gershom Scholem et Gretel Karplus). À la diversité des matériaux s’ajoute donc le caractère fragmentaire de ces « dépôts ». Ainsi émerge une constellation mouvante d’archives dispersées qui vient former un paysage de pensée d’une rare intensité. Voulue et organisée, cette dispersion fut amplifiée par les aléas de l’histoire : l’exil en France de Walter Benjamin à partir de 1933, les périodes de refuge aux Baléares ou au Danemark, la disparition de sa bibliothèque puis la partition de l’Allemagne après guerre.

Collectionneur passionné (de livres pour enfants notamment), Walter Benjamin a adapté l’objet et la méthode de la collecte au travail de la pensée. L’extraction, le découpage, la citation, le montage, l’association, la juxtaposition, ou encore la mise en regard furent autant de gestes qui lui permirent de déconstruire des logiques de représentation dominantes et de faire émerger des configurations inédites à l’origine de lectures radicalement nouvelles de l’histoire, de la littérature, du rapport de l’art au politique.

En nous conviant à découvrir ses micrographies et ses propres inventaires, en nous ouvrant ses correspondances, fichiers ou carnets de notes, en montrant son travail de recherche bibliographique ou la constitution de ses collections, cette exposition révèle un mode de pensée et une vision du monde réfléchis dans chacun des actes de Walter Benjamin.

Walter Benjamin, archives fétiches

Article de Didier Péron et d’Eric Loret paru dans les pages Culture de Libération, le 12 octobre 2011

http://www.liberation.fr/culture/

A Paris, le musée d’Art et d’Histoire du judaïsme accueille une exposition autour de papiers personnels du philosophe allemand, suicidé en 1940.

Si, ayant entendu parler de ce formidable penseur qu’est Walter Benjamin (1892-1940), vous aviez l’intention d’entrer dans son œuvre par l’expo du musée d’Art et d’Histoire du judaïsme : fausse route. La série de carnets, lettres, notes, plans et marque-pages (mais pas de manuscrits) rassemblés là ne s’encombre pas de didactisme. Nur für aficionados – si possible un peu germanophones.

Si vous n’ignorez rien en revanche de la chute de l’aura dans le caniveau, de l’œuvre d’art à l’ère de sa reproductibilité technique et des beautés morphiniques de Port-Bou (Espagne), vous serez en transe devant le carnet où Benjamin a noté en micrographie (un genre apparemment à la mode dans les années 20) la liste des 1 700 titres qu’il a lus, devant l’invitation à dîner de la photographe Gisèle Freund, ornée d’une fleur ironique et d’un cadran («huit heures moins le quart») et, bien sûr, devant le texte de sa dernière lettre (recopié par une main étrangère), annonçant en français son suicide et demandant qu’on explique «à mon ami Adorno […] la situation où je me suis vu placé».

Synthèse. Juif allemand poursuivi par le nazisme, Benjamin avait, grâce à Max Horkheimer, reçu un visa pour les Etats-Unis mais, dépressif et épouvanté par la perspective d’un exil imposé, il se donna la mort après avoir été menacé par un maire franquiste.

Pour beaucoup d’intellos fébriles (on en connaît), le nom de Benjamin a accompagné jadis ceux de Baudelaire, Proust (il fut le traducteur d’A l’ombre…) et Kafka, dont il éclairait la lecture par une reprise saisissante du motif du «fétiche» marxiste. L’intérêt pour le reste de sa pensée n’a cessé de croître avec les années, son public s’est élargi. Sa philosophie, capable de s’appliquer aussi bien à l’art du fer forgé dans le Paris d’Haussmann qu’aux conditions de l’avènement du fascisme dans l’Allemagne d’entre-deux guerres, annonce, par son esprit de synthèse et sa dissémination subie, les grands brouillages d’aujourd’hui.

Il est émouvant de voir Benjamin tout noter, tout compiler, classer en déclassant, quand on vient de l’univers de Wikipédia et d’une connaissance hébétée.

On retrouve partout dans cette exposition (en partie présentée à Berlin en 2006) la marque du «joujou» baudelairien, de la miette mirifique, fondatrice de la pensée benjaminienne. Le joujou, c’est l’univers du rebut doté d’un pouvoir magique ; c’est, en gros, la fascination des laides boules de Noël expliquée à ceux qui en ont honte. La moindre affiche découverte au coin d’un café devient pour Benjamin aussi profonde qu’un graffiti rupestre fraîchement déterré. Le premier jet de la théorie de l’«aura» est d’ailleurs griffonnée sur un papier publicitaire à l’en-tête de la San Pellegrino. Adorno formulera ainsi ce tropisme dans son Sur Walter Benjamin (1950) : «Imperturbablement, il est resté fidèle à son principe selon lequel la plus petite parcelle de réalité perçue vaut bien le reste du monde.» Voire : l’accès au monde ne se fait que par l’émerveillement de l’infime, de la parcelle. Dans Je déballe ma bibliothèque, Benjamin explique son obsession rénovatrice de la liste et du rangement : «Pour le vrai collectionneur, l’acquisition d’un livre ancien équivaut à sa renaissance. Et en cela réside l’aspect enfant qui, chez le collectionneur, se compénètre avec l’aspect vieillard.[…] Chez les enfants, l’acte de collectionner n’est qu’un procédé de renouvellement parmi d’autres».

Haschisch. En plus d’un beau catalogue, l’exposition est assortie d’un grand choix d’ouvrages (à la librairie du musée) en français et en allemand (1), de vidéos de témoignages (Hannah Arendt…), d’une série de conférences et lectures, d’un site Internet. Ces fragments d’archives (seuls quelques exemplaires de ses collections sont présentés ici) renvoient par leur familiarité à l’aspect autobiographique de l’œuvre (Sens unique, Enfance berlinoise…).

Très vite, les documents attestent une existence d’intellectuel traqué. A Paris, il fait la connaissance d’Adrienne Monnier, de Gisèle Freund, de Hannah Arendt, entre autres. Il séjourne plusieurs fois chez Brecht, au Danemark. Ses pérégrinations le conduisent aussi à Marseille et Ibiza, où il fait à la fois l’expérience du soleil et du haschisch. On ne voit logiquement de ce trajet que quelques tronçons. Tout, chez Benjamin, se teinte de mélancolie. Mais c’est sans doute aussi parce qu’il n’a cessé de rechercher le bonheur.

(1) Dont le recueil «Récits d’Ibiza et autres écrits», Riveneuve Editions.

Walter Benjamin

Archives

Musées d’Art et d’Histoire du Judaïsme

Aux éditions Klincksieck

L’oeuvre de Walter Benjamin est un audacieux projet d’histoire, d’art et de pensée. En tant que tout formant un seul et même fonds, se composant d’innombrables archives: elles rassemblent images, textes et signes que l’on peut voir et comprendre, mais aussi expériences, idées et espoirs que l’auteur a consignés et analysés. C’est avec l’ethos d’un archiviste que Benjamin a posé les bases du sauvetage de son fonds posthume. Les techniques archivistiques ont marqué de leur empreinte le processus de l’écriture, Benjamin exerçant celles-ci avec passion: systématiser, reproduire, classer sous des sigles, extraire et transférer. Treize archives sont visitées ici: manuscrits à la présentation très travaillée; schémas et signets colorés pour l’organisation du savoir; photographies d’un appartement meublé seigneurial, des passages et de jouets russes; cartes postales imagées de Toscane et des Baléares; registres, fichiers et catalogues tenus avec un soin obstiné; carnets de notes où chaque centimètre carré est utilisé; une collection de mots et locutions du fils en son jeune âge; des énigmes et de mystérieuses Sibylles. Le tout formant réseau d’une subtile manière. Les archives de Walter Benjamin sont fort complexes et très personnelles, parfois irrationnelles et marginales, et pourtant elles mènent au centre de son oeuvre. Elles tracent un portrait de l’auteur émergeant de ses archives.

Se procurer Walter Benjamin Archives : Images, textes et signes

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