Actuphilo

Actualité philosophique et réflexion philosophique sur l'actualité

La culture contemporaine hantée par Cyborg

Posted by Hervé Moine sur 1 novembre 2011

Thierry Hoquet

Cyborg philosophie

Penser contre les dualismes

Aux éditions du Seuil

Présentation de l’ouvrage 

Cyborg hante la culture contemporaine, au cinéma (Robocop, Terminator) ou dans les mangas. Il s’incarne dans les sportifs dopés, dans les prothèses médicales et dans les fantasmes d’« humanité augmentée », voire immortelle. Mais Cyborg est aussi, et surtout, une figure philosophique. Cet hybride d’organisme et de machine bouleverse en effet les dichotomies fondamentales de notre pensée : nature / artifice ; humain / non-humain ; nature / culture ; masculin / féminin ; normal / pathologique, etc.

À partir d’une lecture personnelle des travaux de Georges Canguilhem et de Donna Haraway, Thierry Hoquet explore, dans ce texte très original par sa forme et son style l’énigme de cette figure : Cyborg est-il un instrument susceptible de nous conduire vers une humanité libérée des dualismes, colombe platonicienne rêvant d’un ciel sans air, où elle pourrait voler plus librement ? Ou, au contraire, marque-t-il notre asservissement à un système technique de contrôle et d’oppression, est-il l’incarnation d’une humanité perdue dans le cliquetis mécanique de l’acier ? Penser philosophiquement Cyborg, c’est réfléchir sur les rapports de la machine et de l’organisme et sur la possibilité de les composer. Mais Cyborg invite aussi à penser la différence des sexes en rapport avec la nature et la technique : Cyborg est-il le neutre ou l’androgyne, ou propose-t-il une autre manière d’articuler le masculin et le féminin ? On l’a compris, Cyborg vient troubler la philosophie. Il décrit notre condition et ses, insolubles ? contradictions.

Les sept visages de Cyborg

Article paru dans le Nouvel Observateur du 27 octobre 2011, propos du philosophe Thierry Hoquet recueillis par par Eric Aeschimann

De la prothèse à la manipulation génétique, l’homme contemporain marie l’organique et le technique. Pour y trouver plus de puissance ou y perdre sa liberté ? Réponses de Thierry Hoquet, auteur de «Cyborg philosophie».

Inventé en 1960 par deux scientifiques américains à partir de l’expression «cybernetic organism , le cyborg est un «organisme auquel on a ajouté un dispositif mécanique qui lui permet de vivre dans un milieu auquel l’organisme seul ne serait pas adapté». Mais c’est aussi une façon de désigner une expérience qui ne cesse de se répéter et de nous troubler: la présence dans notre chair d’une dimension non humaine. De Frankenstein au transsexuel, du mutant aux héros de films de science-fiction, Cyborg revêt mille figures. Pour «le Nouvel Observateur», Thierry Hoquet nous en présente sept.


Fichier:Robocop.jpg

RoboCop

«Sorti en 1987, « RoboCop » raconte l’histoire d’un flic grièvement blessé que des chirurgiens sauvent en le dotant d’un corps d’acier. Le deuxième bras, valide, est remplacé par un bras artificiel, tandis que les souvenirs du cerveau sont gommés. Avec RoboCop, la technique se retourne: elle assure la survie de l’organisme, mais en prend le contrôle. L’humain lui sacrifle sa liberté, pour devenir la machine servile du techno-capitalisme et de ses experts. Si, à la fin, RoboCop retrouve ses souvenirs et sa liberté, la question reste: la technologie est-elle démocratique?»

 Fichier:Landon-IcarusandDaedalus.jpg

Icare

«Icare est l’homme que l’amour de la technique fait courir à sa perte. C’est la figure de l’excès, de l’hubris : celui qui se croit tout-puissant finit par se brûler les ailes. Mais que serait le monde sans les ingénieurs? Icare montre à l’humanité qu’elle peut devenir autre chose que ce qu’elle est, il l’invite à sortir de la vie banale, à se dépasser, au sens hégélien: prendre le risque de la destruction pour créer de nouvelles formes.»

Fichier:Oscar Pistorius 2 Daegu 2011.jpg

Pistorius

«Oscar Pistorius est ce coureur sud-africain handicapé dont les tibias ont été remplacés par des lames de carbone et qui participe désormais aux compétitions de haut niveau. La prothèse était un pis-aller: elle devient une adjonction désirable. Les lames de carbone font courir plus vite qu’un organisme « bio », elles se transforment en avantage. Pistorius fera-il des émules? Les futurs athlètes abandonneront-ils leur corps organique? Les cyclistes qui se détruisent la santé en prenant des hormones ont déjà ouvert la voie.»

null

Bébé-éprouvette

«Cela fait longtemps que l’espèce humaine ne se reproduit plus naturellement. L’accouchement est médicalisé, l’échographie donne au foetus une existence prénatale, il reçoit un sexe, un prénom, on peut le déclarer à l’état civil. Si les techniques médicales existent depuis toujours, nous sommes maintenant parvenus à une symbiose de l’humain et de la technique, sans laquelle l’avenir de l’espèce serait menacé.»

Extrait de couverture de l’ouvrage de Q. Delaunay

Femme

«En 1985, dans son « Manifeste cyborg », la philosophe américaine Donna Haraway établit la jonction entre féminisme et technologie. L’idéologie néolibérale veut que l’homme soit du côté de la technique et la femme de la nature. Or, dans la maternité, le monde du travail, la consommation, la vie domestique, les femmes participent pleinement aux systèmes techniques. Simplement, elles y sont dominées. Etre « féminisé », dit Haraway, c’est être exploité par la technique. Pour combattre le machisme, les femmes doivent admettre qu’elles mêlent l’organique et le technique, qu’elles sont hybrides.»

Fichier:Frankenstein's monster (Boris Karloff).jpg

Frankenstein

Clone

«En constituant des réserves remplies d’organes vivants où l’on pioche en cas de pépin de santé, le clonage prend acte du caractère faillible de nos corps. A l’instar de Frankenstein, le clone est né du désir de la science d’engendrer sans passer par la femme. Mais il atteste qu’à un certain stade technologique notre survie va nécessiter – ou nécessite déjà – la transformation d’autrui en objet, voire en marchandise. L’existence des uns suppose l’exploitation des autres.»

Fichier:Isus.jpg

Jesus Christ the Pantocrator

Jésus

«Avec sa Croix, il formait un dispositif technique qui a suscité beaucoup de polémiques. On ne sait pas comment il est né. Il est humain mais pas vraiment… A maints égards, Jésus illustre la condition Cyborg. Tous deux ont une double nature. En Jésus, Dieu se fait humain ; en Cyborg, la technologie se connecte au corps. Je ne crois pas au cerveau dans une cuve, le téléchargement d’une personne sur une puce : comme Jésus, Cyborg a besoin de l’incarnation.»

Propos recueillis par Eric Aeschimann

Cyborg philosophie, par Thierry Hoquet, Seuil, 360 p.

Source : « Le Nouvel Observateur » du 27 octobre 2011.

Thierry Hoquet

L’auteur de « Cyborg philosophie »

Thierry Hoquet est ancien élève de l’ENS Ulm, et maître de conférences au département de philosophie de l’université Paris X Nanterre.

Secrétaire de rédaction de Corpus, revue de philosophie, il est directeur scientifique du site http://www.cnrs.buffon.fr et membre du conseil d’administration de la Société française d’histoire des sciences et des techniques (SFHST).

Champ de recherche

Son champ de recherche croise la philosophie des Lumières et les sciences de la vie du XVIIIe siècle à nos jours. Il a publié divers ouvrages sur Buffon et Linné et dirigé un numéro spécial « Mutants » de la revue Critique (juin-juillet 2006). Ses travaux portent sur Darwin, les cyborgs et la virilité ; sur la philosophie des sciences naturelles et biologiques, ainsi que sur les questions de genre et de sexualités. Il co-dirige en particulier avec Elsa Dorlin un projet sur le concept de « sexe » dans les sciences bio-médicales au XXe siècle.

Ses oeuvres

  • La Vie, Paris, Flammarion, 1999
  • Buffon, histoire naturelle et philosophie, Paris, Honoré Champion, 2005.
  • Buffon/Linné: éternels rivaux de la biologie?, Paris, Dunod, 2007.
  • Darwin contre Darwin : comment lire l’origine des espèces ?, Paris, Seuil, 2009.
  • La Virilité. À quoi rêvent les hommes ?, Paris, Larousse, coll. « Philosopher », 2009.
  • Cyborg philosophie : Penser contre les dualismes, Paris, Le Seuil, coll. « L’ordre philosophique », 2011

Une Réponse to “La culture contemporaine hantée par Cyborg”

  1. Salut voulais juste vous donner un rapide brève têtes et vous
    faire connaître quelques-unes des images images ne se chargent pas correctement
    . Je ne sais pas pourquoi, mais je pense que c’est une question de liaison.

    Je l’ai essayé dans deux différents navigateurs et les deux montrent
    les mêmes résultats résultat.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :