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Que peut la philosophie face à la colère des exclus ?

Posted by Hervé Moine sur 5 novembre 2011

Le philosophe et les SDF

Article d’Isabelle Castéria paru dans Sud-Ouest du samedi 5 novembre 2011

http://www.sudouest.fr/2011/11/05/le-philosophe-et-les-sdf

Jeudi soir, à la fac Montesquieu, la conférence sur l’exclusion a ouvert la parole aux exclus.Vies ordinaires, vies précaires

 Les SDF ont échangé hier soir avec le philosophe Guillaume le Blanc sur la souffrance de la rue.  L T.

Les SDF ont échangé hier soir avec le philosophe Guillaume le Blanc sur la souffrance de la rue. L T.

Les SDF ont échangé hier soir avec le philosophe Guillaume le Blanc sur la souffrance de la rue. L T.

Une rencontre d’intellos. A priori. Des intellectuels fort intelligents qui pensent la fragilité sociale, la nôtre, celle des exclus, qu’ils soient SDF, sans papiers, sans voix. Jeudi soir, l’amphithéâtre Duguit de Bordeaux 4, place Pey-Berland était bondé. Il fallait s’asseoir par terre faute de sièges, pour écouter le philosophe bordelais Guillaume le Blanc prendre la parole à la place de ceux qui ne l’ont plus.

Les discours didactiques, pourtant fort opportuns et emplis d’empathie, n’ont visiblement pas convaincu la petite poignée « d’exclus » qui se sont invités à la soirée, organisée par le collectif Les Bruits de la rue. En préambule à la conférence dite dialoguée, une vidéo a été projetée qui met en présence des personnes en situation de grande précarité. « On ne connaît pas notre chance d’avoir un toit sur la tête », dit l’un. « On dérange la société », lâche l’autre. « Moi, admet une jeune femme, j’ai toujours peur d’être jugée : pas assez propre, pas assez belle. » Encore un : « On envoie de l’argent en Grèce et nous en France ? Les nécessiteux ? » ou : « Je suis toujours en train de fouiller en moi, pour chercher une qualité. »

Sortir des poncifs

Guillaume le Blanc, auteur de plusieurs ouvrages sur la question sociale, remarque la diversité des personnalités qui s’expriment, laquelle donne plusieurs approches de la précarité. « Une voix, une vie, commente-t-il. Chaque vie a sa stratégie propre. Les paroles ne se laissent pas enfermer dans une logique sociologique. Cela rend la tâche modeste, je ne vous dirai pas ce que sont les vies fragilisées. Prendre soin des exclus, c’est chercher au-delà du côté spectaculaire de la mise en scène médiatique, à les accompagner au quotidien. »

Sortir des poncifs qui entourent l’image du SDF, éviter les lieux communs pour tenter une réflexion plus vaste. Les hommes qui sont intervenus en fin de soirée, ont demandé le micro. Ils étaient en fond de salle et n’ont pas bronché pendant deux heures, attendant leur tour. Le micro a tremblé. « Ce serait pour poser une question au philosophe, a lancé le premier. Êtes-vous allé rencontrer vraiment les gens dans la rue ? » Guillaume le Blanc est visiblement sensible au ton réprobateur. Il fait remarquer : « Vous avez l’air en colère ? » « Oui je suis en colère ! Je sais pas pourquoi, enfin si », a répondu son interlocuteur. « J’ai posé un diagnostic certes, a repris le philosophe, mais mon propos est forcément aléatoire. »

« Eh bien moi, ajoute une autre voix dans le public, j’aimerais bien pouvoir discuter avec des gens comme vous. Ce soir, alors qu’on est tous là bien au chaud, il y a 150 personnes qui dormiront dehors dans les rues de Bordeaux. Je suis un SDF et je parle en leur nom ! »

Une dame prend le relais : « Monsieur le philosophe, êtes-vous allé dans les structures offrir votre livre aux exclus, qui n’ont pas les moyens de se le payer ? »

Guillaume le Blanc : « Je ne suis pas la bonne parole. Oui je rencontre des gens sur le terrain, je discute, j’écoute, je veux maintenir l’échange. Votre colère est légitime… » Mais.

Mais, le discours forcément se heurte au réel. Et même si le discours est bienveillant, intelligent, porteur d’espoirs et de leçons, puisqu’il parle de tolérance, de soutien et de prise en compte de l’autre comme un égal, il n’est qu’un discours. Des mots face à des personnes qui souffrent, vivent la mise à l’écart de la société comme un rejet viscéral. « Vous dites prendre soin, vous parlez de nous comme si nous étions malades ! », tonne un auditeur. « Prendre soin n’est pas à prendre au sens médical, il s’agit d’accompagnement », plaide Guillaume le Blanc.

Guillaume Le Blanc

Vies ordinaires

Vies précaires

aux éditions du Seuil

Collection : la couleur des idées

Présentation de l’ouvrage

Banalisée, inscrite désormais dans le décor de notre quotidien, la précarité bouleverse notre rapport aux normes sociales.

Sait-on simplement aujourd’hui ce qui distingue une vie ordinaire d’une vie précaire ? A-t-on seulement noté que les chômeurs, les surnuméraires, les inutiles, cette armée de sans-voix, s’inventent une nouvelle langue à laquelle nous restons sourds ?

Si la philosophie peut espérer contribuer à la critique sociale, il lui revient de traduire ces expériences d’inexistence et de redonner droit de cité à ces voix discordantes, participant ainsi à la construction d’une  » société décente « .

Non point un programme, mais une exigence : parce que les voix des précaires sont l’ultime voix de la démocratie, leur faire une place dans le bruit ordinaire de nos vies.

Se procurer l’ouvrage de Guillaume Le Blanc Vies ordinaires, vies précaires

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Une Réponse to “Que peut la philosophie face à la colère des exclus ?”

  1. A propos des conférences des bruits de la rue, lu dans aqui.fr, article de Julien Baffaud

    Qu’est-ce que la précarité ? L’exclusion ? Ce sont ces questions que tentait de définir Guillaume Le Blanc, philosophe bordelais, dans le cadre de la conférence des Bruits de la rue qui prenait place ce jeudi 3 novembre dernier, dans l’amphithéâtre bondé de l’Université Bordeaux 4 à Pey Berland. Ces conférences dialoguées, initiées par la municipalité et des associations caritatives, dont c’était la deuxième édition, se concentrent sur les façons d’ « agir autrement contre les précarités » et connaissent un succès grandissant.
    Qu’est-ce qui vous manque le plus ? Vous sentez vous invisible ? Comment s’en sortir ? C’est par un court film dans lequel des « précaires » répondent à ces questions que s’ouvre la deuxième édition des conférences des Bruits de la rue. Ces questions, que tout le monde doit se poser appellent des réalités à définitions variables.
    « Comment restaurer la puissance d’agir des sans voix ? »C’est tout le travail du philosophe Guillaume Blanc, qui, dans un texte soutenu d’exemples, démontre les différentes facettes que peuvent revêtir l’exclusion et la précarité ainsi que les façons que, nous, citoyens avons de les appréhender et de les combattre.
    Tout y passe, du mouvement des indignés espagnols, grecs, américains dont le mouvement tend à se mondialiser jusqu’à l’analyse des réactions épidermiques dont nous faisons parfois preuve face à la précarité. Tout dans la présentation du philosophe vient nous présenter la précarité telle qu’elle est vraiment, débarrassée des préjugés et des conceptions toutes faites afin de mieux la comprendre, la définir.
    Un précaire n’est pas un exclu
    L’un des écueils principaux sur la route du combat est la définition elle-même des situations. Une personne en situation de précarité n’est pas forcément une personne exclue. Et, après tout, qu’est-ce que veut dire être exclu ?
    L’ensemble de la réflexion repose sur la dichotomie réelle ou supposée entre ceux que l’on appelle les exclus, hors de toute conception de la citoyenneté et les inclus, les citoyens en bonne et due forme qui bénéficient d’un toit, d’un travail et surtout du respect de leurs congénères. Ils sont visibles alors que les autres ne le sont pas. Ils sont clairement définis et donc, rassurants. Ils font partis du club. Guillaume Le Blanc est aidé dans ce travail de réflexion et de définition par des intervenants de qualité comme Dominique Rebaud chorégraphe de la compagnie Camargo investie dans la vie associative, Emmanuel Bénéfice, directeur régional délégué EDF Sud-Ouest qui nous aide à comprendre les rapports souvent houleux qu’entretiennent les précaires avec les institutions commerciales et Philippe Elias, travailleur social, Directeur du COS-Quancard qui nous fait bénéficier de son regard aigu sur la réalité de terrain. Un regard qui peut occasionnellement entrer en contradiction avec celui du philosophe, parfois jugé lointain et sublimé. C’est dans cet esprit de réflexion et de franche discussion que se déroulent les conférences des Bruits de la rue, une initiative nécessaire qui permet simplement de mieux comprendre l’autre.
    Une conférence conclue par ces mots de Guillaume Le Blanc, qu’il est salutaire de garder à l’esprit : «Un inclus est un exclu en puissance ».
    Julien Baffaud

    Les prochaines conférences des Bruits de la rue se dérouleront les mercredi 7 décembre avec la cinéaste Emmanuelle Demoris et l’écrivain Olivier Mongin à l’IJBA , et mardi 20 décembre avec l’historienne Arlette Farge au campus des Chartrons.

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