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Domination : réification ou aliénation ?

Posted by Hervé Moine sur 9 novembre 2011

Les conceptions contemporaines de la domination

Séminaire Sophiapol 2011-2012

3e séance, 17 novembre 2011, Paris Ouest

La prochaine séance du Séminaire de philosophie sociale et politique du SOPHIAPOL, consacré cette année aux conceptions contemporaines de la domination , accueillera Claude Gautier (Univ. Montpellier 3, Triangle) dont la conférence s’intitulera: “Expérience et analyse sociologique de la domination chez P. Bourdieu.”

Voir dans le site de sophiapol : http://sophiapol.hypotheses.org/5967

Présentation du séminaire 2011-2012

La sociologie, l’économie et la philosophie contemporaine se sont partagé l’analyse des phénomènes de domination et en ont proposé des approches variées. La théorie marxienne a surtout insisté sur la forme économique de la domination de classe en localisant celle-ci dans l’accaparement des moyens de production et la capacité à faire de l’ensemble des sous-systèmes sociaux des conditions de reproduction du processus d’accumulation. La sociologie de Max Weber a procédé à un classement des principales formes d’exercice de la domination en les distribuant sur les formes d’articulation de la classe et du statut ; l’approche sociologique des néo­machiavéliens comme Mosca, Pareto ou Michels a tenté de construire le concept de domination (Pareto) à partir d’une théorie des élites sociales et de leur circulation qui recourt à des stratégies de justification réductibles à des rationalisations de leur position sociale fondées sur des logiques de «dérivation» pseudo argumentatives à partir des « résidus » affectifs. De son côté, la sociologie critique -celle de Bourdieu par exemple- a moins tant recouru à une classification des formes de domination et au vocabulaire de la justification qu’elle n’a mis l’accent sur l’incorporation des formes d’obéissance liée à l’inégale distribution des statuts, des différents capitaux sociaux et à leurs effets structurants sur les habitus, construisant les concepts de pouvoir et de violence symbolique qui expriment l’essentiel des phénomènes de domination.

Du côté de la philosophie, c’est principalement vers l’analytique du pouvoir de Michel Foucault qu’il faut se tourner ainsi que vers la théorie habermassienne des sous-systèmes sociaux. La première constitue une conception historico-anthropologique qui a principalement mis l’accent sur les dispositifs institutionnels et les techniques de pouvoir qui ont largement utilisé les savoirs des sciences sociales, des sciences administratives et des sciences humaines pour mettre en oeuvre des programmes décentralisés de gouvernement des conduites. La seconde met surtout en avant la fonctionnalité des deux sous-systèmes sociaux caractéristiques du capitalisme moderne, l’argent et le pouvoir conçus comme des médiums de coordination stratégique des acteurs qui exercent une réification sur le monde vécu conçu de manière interactionniste à partir des structures de l’interaction communicationnelle. Les phénomènes de domination et de réification se produisent lorsque ces deux sous-systèmes colonisent le monde vécu en vertu de l’extension de leurs logiques autonomes de reproduction en formulant des injonctions d’adaptation du monde vécu aux mutations du marché, par exemple, pour juguler la crise et en viennent ainsi à coordonner eux-mêmes avec leurs propres médiations les secteurs sociaux dont la coordination relève des compétences de l’interaction comme la culture, l’éducation ou l’information.

Il serait sans doute difficile de trouver un dénominateur commun à l’ensemble de ces approches, et l’un des intérêts du séminaire serait de chercher à formaliser un concept de domination à partir de ces travaux. De ce point de vue, on peut noter que la discussion autour des phénomènes de domination a été relancée, depuis une quinzaine d’années, par les théories néo-républicaines ou les théories du pouvoir qui ont cherché à construire des définitions formelles des rapports de domination, compatibles avec des approches économiques et sociologiques. Les travaux de Ph. Pettit, de F. Lovett pour le néo-républicanisme ou ceux de Th. Wartenberg ou de St. Lukes constituent autant de tentatives de construire un tel concept.

Le séminaire de l’année 2011-2012 pourrait se donner pour tâche la reprise et l’évaluation de l’ensemble de ces approches en essayant de les faire interagir : Peut-on construire un concept de domination capable de fournir des critères précis pour en évaluer l’effectivité ? L’approche sociologique du néo-machiavélisme est-elle compatible avec celle du néo-républicanisme ? Comment penser de manière précise l’articulation de la théorie marxienne de la domination et de celle de la sociologie critique ? Comment articuler ensemble des phénomènes de domination, de réification et d’aliénation ? La classification wébérienne des formes de domination permet-elle de préciser le concept néo-républicain de domination ? Les théories contemporaines de la reconnaissance peuvent-elles fournir des instruments pour penser les rapports de domination ? Ce sont ces questions, dans leur généralité théorique qui seront abordées par les différentes interventions, en insistant sur l’effet de clarification qu’elles peuvent produire quant à la question de la domination liée au travail.

Les séances

  • 18 octobre (14h-16h) – Razmig Keucheyan (Univ. de Paris-Sorbonne – Paris IV) Autour d’Hémisphère gauche. Une cartographie des nouvelles pensées critiques, Paris, Zones/La Découverte, 2010
  • 8 novembre (14h-16h) – Thierry Labica (Univ. Paris Ouest Nanterre La Défense, CREA) «David Harvey : sur la restauration du pouvoir de classe’, entre domination et exploitation »
  • 17 novembre (15-17h) – Claude Gautier (Univ. Montpellier 3, Triangle) « Expérience et analyse sociologique de la domination chez P. Bourdieu »
  • 6 février (14h-16h) – Béatrice Hibou (CERI -Science Po) Autour d’Anatomie politique de la domination, Paris, La Découverte, 2011
  • 20 février (14h-16h) – J. P. Durand (Univ. Evry Val d’Essone) titre à définir
  • 12 mars (14-16h) – Christian Lazzeri (Univ Paris Ouest Nanterre La Défense, Sophiapol) « Les théories contemporaines de la domination »
  • 2 avril (14h-16h) – Bernard Lahire (ENS-LSH) « Dominations, dispositions »
  • 14 mai (14-16h) – D. Courpasson (EM Lyon) Titre à définir

Comité d’organisation

Vincent Bourdeau (Logiques de l’Agir, UFC Besançon)
Marie Garrau (Laboratoire Sophiapol, U. Paris Ouest Nanterre La Défense)
Stéphane Haber (Laboratoire Sophiapol, U. Paris Ouest Nanterre La Défense)
Christian Lazzeri (Laboratoire Sophiapol, U. Paris Ouest Nanterre La Défense)
Alice le Goff (GEPECS, U. Paris Descartes)

Lieu

Université Paris Ouest Nanterre La Défense
Bâtiment D, salle 201b (sauf le 18.10.2011, Bâtiment LLPHI, rez-de-chaussée, salle Reverdy)
Comment venir ? par le train et le RER
Plan du campus de Paris Ouest Nanterre La Défense
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