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Qu’est-ce qu’être gentil aujourd’hui dans notre monde ?

Posted by Hervé Moine sur 13 novembre 2011

Le 13 novembre 2011

3ème édition de la Journée de la gentillesse

Touche mon coeur

C’est la troisième édition de la Journée de la Gentillesse lancée en France par le magazine « Psychologies ». Cette année, pendant une journée, « le monde professionnel » et les « écoles » sont visés, avec « le lancement de l’Appel à plus bienveillance au travail et et les écoles avec la création de la valisette Spéciale Gentillesse. » http://journee-de-la-gentillesse.psychologies.com/

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Le 13 novembre, je l’ignorais, est la Journée de la Gentillesse. Il y a une journée pour tout alors pourquoi pas de la gentillesse. Cela ne mange pas de pain comme on dit. Une journée de la gentillesse, cela apparaît gentil voire gentillet. Dans notre monde d’aujourd’hui, la gentillesse est considérée à la fois comme une sorte de faiblesse et de naïveté, alors une journée de la gentillesse ressemble à une niaiserie. Etre gentil revient à être un perdant. Mais qu’est-ce au juste que la gentillesse ? Y a-t-il un sens à faire l’éloge de la gentillesse ? Et aujourd’hui, dans notre monde, en quoi consiste « être gentil » ? Cela apporte-t-il quelque chose à la société ? Autant de questions auxquelles tentent de répondre Emmanuel Jaffelin, auteur d’un Eloge de la gentillesse, chez François Bourin éditeur.

Hervé Moine

Emmanuel Jaffelin Photo : R. Battistini

Emmanuel Jaffelin, pourquoi faire l’éloge de la gentillesse ?

Parce que notre monde est cynique. Autrui est devenu un produit, une matière première qu’on manipule pour ce qu’on croit être son propre bénéfice. Aujourd’hui, le cynique, qui utilise les armes de la gentillesse pour abuser des autres, est une espèce très répandue. Et difficile à discerner, car s’il propose “gentiment” ses services, c’est en fait pour créer une dette envers lui. Le cynisme est d’autant plus présent dans les sociétés occidentales qu’elles ont refoulé la violence. Donc on utilise des moyens qui peuvent être doux pour arriver à des fins qui ne le sont pas.

Aujourd’hui, “être gentil”, ça consiste en quoi ?

A rendre service sur la base d’une demande. Ce n’est pas de la sollicitude, qui est le fait de vouloir le bien des gens malgré eux. Ce n’est pas non plus du respect, qui est de l’empathie froi­de régie par des règles. La gentillesse est à mi-chemin entre les deux : on fait un geste sans envahir autrui. C’est indiquer son chemin à quel­qu’un, aider une femme avec une poussette dans le métro, etc. En ce sens, la gentillesse est une sorte de servitude volontaire et donc une force morale, une forme d’intelligence du cœur.

Est-ce que cela apporte quelque chose à la société ?

Vous connaissez l’effet papillon ? L’idée que des peti­tes causes peuvent provoquer de grands effets. Etre gen­til ne coûte pas grand chose mais peut rapporter gros car cela tapisse la société d’une bonne humeur et crée du lien social, une affection sociale.

Paru dans Métro sous le titre « La gentillesse est une forme d’intelligence du coeur »http://www.metrofrance.com/culture/

La gentillesse à « Cité Philo » à Lille

Mardi 15 novembre de 15h à 17h

Eloge de la gentillesse en présence de l’auteur

Emmanuel Jaffelin

« Reconquérir la gentillesse comme vertu fondamentale n’est-il pas devenu une nécessité pour notre société ? Dans un ouvrage qui retrace l’histoire de la gentillesse, Emmanuel Jaffelin propose de la considérer comme une vertu à part entière et d’abandonner le mépris qui la frappe. Il l’associe à ce qu’il nomme une « morale praticable » en soulignant la facilité avec laquelle elle peut être dispensée. Un livre très frais et novateur qui vaut la peine d’être lu et relu par des lecteurs de tous âges et de toute provenance. » Présentation de Cathy Leblanc, maître de conférences en philosophie à l’UCL.

Emmanuel Jaffelin

Eloge de la gentillesse

Collection philosophie

Chez François Bourin éditeur

Présentation de l’ouvrage d’Emmanuel Jaffelin, Eloge de la gentillesse

Méprisée par l’élite et les intellectuels, la gentillesse est aujourd’hui reléguée au rang des petites vertus. Son histoire est celle d’un discrédit: née dans la noblesse romaine, dénigrée dans le christianisme, réhabilitée à la Renaissance, elle s’étiole comme une fleur fanée dans la démocratie marchande.

Emmanuel Jaffelin démonte les rouages de cette histoire contrariée et montre que la gentillesse est une vertu postmoderne. Entre sagesse et sainteté, elle offre aux hommes une morale praticable au quotidien et fondatrice d’un nouveau rapport à l’autre. Vertu caressante, véritable libido voluptatis, la gentillesse forge une morale pour notre temps, à portée de main, dont les petits gestes déploient de grands effets et préfigurent l’avènement d’un nouveau gentilhomme.

Biographie de l’auteur

Agrégé de philosophie, Emmanuel Jaffelin enseigne aujourd’hui au lycée Lakanal de Sceaux et anime un atelier à la prison de Sequedin, dans le nord de la France.

Alternativement à ses activités d’enseignement, il a été diplomate en Amérique latine et en Afrique.

Emmanuel Jaffelin, auteur de «L'Éloge de la gentillesse», anime un atelier à la prison de Sequedin.« Une morale intermittente »

Article paru dans le Républicain Lorrain du dimanche 13 novembre 2011

http://www.republicain-lorrain.fr/actualite/2011/11/13/une-morale-intermittente

L’enseignant et philosophe, auteur d’un Petit éloge de la gentillesse, redonne ses lettres de noblesse à cette valeur délaissée.

Cette Journée de la gentillesse a dû vous valoir bien des appels ?

Emmanuel Jaffelin : « Je ne suis pas gentil que le 13 novembre et je m’autorise à ne pas l’être le 13. Je défends une morale de l’intermittence. J’y oppose les morales impressionnantes, qui sont issues des monothéismes ou des sagesses païennes, qui nous obligent à nous porter tous les matins à des hauteurs vertigineuses. Je fais le constat que ces morales ont échoué. Tout le monde ne peut être un saint ou un sage. La gentillesse n’est pas quand on doit, c’est quand on veut et quand on peut. Je prône une morale impressionniste, par petites touches. »

La gentillesse ne semble pas être une valeur d’aujourd’hui, mais vous dites que si.

« Elle est une valeur de tout temps mais elle est surtout une forme d’intelligence négligée dans notre société. Nous sommes passés du couple noble-vilain au couple bon-méchant puis au gentil-cynique. Dans notre monde cynique, chacun veut instrumentaliser autrui et utilise pour ce faire le visage de la gentillesse, la douceur. Je montre que la gentillesse est un pouvoir doux, l’intelligence par la douceur : là, le but est d’être doux, mais elle ne devient pas un moyen. Elle est la fin et le moyen. »

Je peux réussir en société même si j’ai un comportement gentil ?

« Cela dépend de ce que vous appelez réussir. S’il s’agit de prendre la place de votre collègue, pas forcément. Il n’est pas exclu que vous soyez victime de la même logique, plus vieux. Vous aurez réussi votre vie sur une certaine période. Je crois qu’on ne réussit pas sa vie dans le cynisme. On la réussit par la bienfaisance, dont la gentillesse est un visage. Notre société ne valorise pas la bienfaisance. Une étude de sociologues américains montrait que les gentils en entreprise ne réussissaient pas. Cela me paraît une analyse fausse parce qu’elle ne prend la vie de l’individu que sur une période. Etre gentil n’est pas une forme de faiblesse. »

Le gentil dit oui à tout ?

« Pas du tout ! C’est une force, une morale du pouvoir. Je ne suis jamais pris en faute. Il y a des circonstances dans lesquelles je ne peux pas être gentil. Quand vous prenez le métro à Paris, vous ne faites pas la charité à tous les mendiants. La gentillesse est une forme d’intelligence qui répond à la demande que formule autrui, mais pas à toutes les demandes. »

La route est un exemple récurrent de manque de gentillesse, non ?

« La route est l’image même du cynisme, où on arrive à être soi en dominant autrui. Ne pas laisser passer un piéton ne permet pas de gagner du temps. La gentillesse est une occasion de se siphonner soi-même, de s’oublier au profit d’autrui. »

Propos recueillis par Ju. B. pour le Républicain Lorrain

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