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Devoir de mémoire. Après l’oubli la reconnaissance de la dissidence antillaise

Posted by Hervé Moine sur 14 novembre 2011

L'UnionUn des rares témoins de cet engagement méconnu de la guerre 1939-1945 Antoine John, dissident antillais

Article de Manessa Terrien, publié dans l’Union, lundi 14 novembre 2011

Antoine John rencontre Mauricette après la guerre dans le Nord. Il l'épouse, et ils viendront  habiter dans les années 60 à Warcq. Mauricette s'est aussi illustrée durant la guerre.  A 14 ans, partie à Vendargues (Hérault) avec sa mère, elle était « réceptionniste à la gare, donc on me communiquait tous les trains allemands venant de Montpellier.  Je le disais aux résistants dans le maquis ». Originaire du Nord, qu'elle a fui,  elle résidait dans le même quartier que la mère de De Gaulle, à la Madeleine.

Antoine John rencontre Mauricette après la guerre dans le Nord. Il l'épouse, et ils viendront habiter dans les années 60 à Warcq. Mauricette s'est aussi illustrée durant la guerre. A 14 ans, partie à Vendargues (Hérault) avec sa mère, elle était « réceptionniste à la gare, donc on me communiquait tous les trains allemands venant de Montpellier. Je le disais aux résistants dans le maquis ». Originaire du Nord, qu'elle a fui, elle résidait dans le même quartier que la mère de De Gaulle, à la Madeleine.

Antoine John, 88 ans, résidant à Warcq, est un ancien dissident. Comme des milliers de jeunes Antillais, il quitte en 1943 la Guadeloupe pour combattre Pétain et l’Allemagne nazie. Un engagement héroïque qui n’a été reconnu par la France qu’en 2009 ! Rencontre avec un des rares acteurs de l’époque.

Pourquoi vous êtes-vous engagé à 20 ans du côté des résistants antillais, les fameux dissidents ?

« Je suis parti en 1943, en juillet ou août à l’île de la Dominique. J’ai embarqué la nuit sur un petit voilier. J’ai dû payer 200 francs pour le passage. […] Je ne supportais plus la répression. On n’était libre de rien. Je voulais partir à la guerre. On n’avait pas plus peur que ça. Je ne pouvais pas être volontaire avant parce que je n’avais pas l’âge. Vous savez, sur l’île il n’y avait plus d’hommes de plus de 20 ans, ils avaient tous été mobilisés pour servir ou bien étaient entrés en dissidence ».

En juillet 1943, les Antilles, jusqu’alors sous les ordres de Vichy par le biais de l’amiral Robert, rejoignent la France libre. La situation aurait dû s’améliorer…

« Mais il restait (les hommes) de la Jeanne-d’Arc (un croiseur) qui continuaient leurs agissements et l’oppression de l’Amiral Robert et de Vichy. Il y avait toujours le couvre-feu, on était comme prisonniers. Je me souviens d’une échauffourée qui a éclaté un soir à la sortie du cinéma, La Renaissance à Pointe-à-Pitre. Les militaires ont tiré sur les jeunes. C’était le pot de terre contre le pot de fer ».

Du « trocage » pour vivre
La Guadeloupe comme la Martinique, alors pétainistes, ont souffert d’un blocus mené par l’alliance anglo-américaine. Beaucoup d’Antillais ont souffert de pénurie et de conditions de vie particulièrement difficiles. Vous aussi ?

« Oui, c’était très dur. Je travaillais comme tailleur à Pointe-à-Pitre […] On faisait du trocage pour vivre. On travaillait pour les pêcheurs et les bouchers qui nous réservaient un bout de viande ou de poissons. Parce que sinon, c’était difficile d’en avoir. Il fallait faire la queue mais il ne restait que les morceaux pour les chiens parce que la Jeanne d’Arc était passée le matin à 8 heures et avait tout pris. Et l’huile et le sucre, tout était compliqué à trouver ».

D’où votre désir de fuir. Votre famille était-elle au courant ?

« Non, ma mère ne savait pas que je partais ce jour-là. Quand j’ai pris le voilier, un jeudi, elle repassait mon costume du dimanche. Mais au fond, elle s’en doutait. Je ne sais pas comment elles font, les mères, mais elles savent toujours ».

La traversée était réputée dangereuse. Beaucoup de dissidents y ont perdu la vie.

« Le canal de la Dominique, c’est le lieu de convergence entre l’océan Atlantique et la mer des Caraïbes, donc les courants sont forts. Vous auriez vu les vagues ! Je vous prie de croire qu’on faisait des signes de croix. On était huit dans le voilier. […] Et puis, quand on partait, les vedettes rapides de la Jeanne d’Arc pourchassaient les gens qui voulaient rejoindre Sainte-Lucie ».

Quel fut votre parcours en Dominique ?

« Je me suis retrouvé sur l’île de la Dominique, en débarquant à Portsmouth. J’y suis resté trois semaines. Ensuite, on m’a rapatrié en Martinique pour faire le service militaire à Saint-Pierre. La Montagne Pelé avait brûlé la terre. On a été malade à tour de bras. On a eu la chique, c’est une puce qui se mettait entre l’ongle et la chair pour y pondre. Comme nous, les Antillais, on marche nu-pieds, c’était facile de l’attraper. Et on a dû tout faire. Construire notre caserne, les dortoirs avec de la paille de canne à sucre et du bambou parce qu’il n’y avait rien ».

Un French black entraîné aux USA
Ce sont les Américains qui ont pris en charge les dissidents. Êtes-vous allé à Fort Dix, New Jersey, pour vous y entraîner en vue du débarquement ?

« Nous, on a été à Steel Town. Les Américains voulaient qu’on aille faire le débarquement aux Philippines. On était 400 volontaires. J’y suis resté plusieurs mois. On nous appelait les French blacks. Ça ne rigolait pas, il n’y en avait que pour le drapeau, l’entraînement. Je les admire, ils sont d’une grande droiture. On devait débarquer aux Philippines (occupées par le Japon, NDLR) pour combattre, mais il en a été décidé autrement durant la traversée […] Ils nous ont transférés mon contingent et moi à Royan, puis à Fréjus […] puis au camp de Caïs. Là on nous a triés. Comme j’étais tailleur on m’a mis à l’Intendance jusqu’à la fin de la guerre. D’autres sont partis dans d’autres régiments ».

Vous n’avez donc pas suivi les combats de la campagne d’Italie, ni les débarquements du Sud de la France ou de Normandie ?

« Non, mais je connaissais un ami pêcheur Vinçobe, qui est mort là-bas en Italie. Ça nous a fait un choc quand on l’a appris. Monte-Cassino a été le tombeau des Antillais. Les Allemands étaient en haut de la Crête et n’avaient qu’à dégoupiller les grenades sur le bataillon des Antillais. A la fin, il ne restait plus qu’une seule compagnie. Mais on n’en parle pas ».

Les dissidents antillais n’ont été reconnus par les autorités françaises qu’en 2009. Ressentez-vous de la rancœur contre cet oubli ?

« C’est malheureux qu’il ait fallu attendre tout ce temps pour parler de la dissidence et des Antillais. On a fait des choses mais elles ont été passées sous silence ».

Parce que vous étiez Antillais ?

« Je ne sais pas. […] A l’époque, les Français ne nous connaissaient pas, ni notre mode de vie, ni même notre existence. Donc ça n’a pas toujours été facile ».

Propos recueillis par Manessa Terrien

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4 Réponses to “Devoir de mémoire. Après l’oubli la reconnaissance de la dissidence antillaise”

  1. CARBETY M.B. said

    La description de la vie de ce dissident est très émouvante et correspond bien à de nombreux témoignages de martiniquais…..pour ne pas oublier ces dissidents qui ont apporté la liberté au pays , une stèle à été inaugurée aux Trois-Ilets le 18 juin 2010 (c’est le seul monument de l’ile à ce jour) grâce à Monsieur CARBETY Jean Claude , conseiller municipal, président de l’association des anciens combattants des Trois-Ilets, et surtout fils de CARBETY Mico dissident , dont le nom fait parti des 7 dissident du village.
    Cette stèle fait honneur à de nombreuses manifestations dans le commune, nottemment le 18 juin 2010 et 2011, en présence des autorités civiles et militaires et de la population.
    l’association aimerait avoir les coordonées de monsieur Antoine JOHN ……(courrier à monsieur Jean Claude Carbety à la Mairie des Trois-Ilets 97229.)
    cette année de l’Outre-Mer à permis de faire connaitre les dissidents, grâce à des expositions, des débats, des films, etc…..enfin, on reconnait la valeur de ceux qui ont tout quitté pour défendre la liberté de la France. On les remerciera jamais assez ! MBC

  2. Carbety M.B. said

    Depuis 2010 la stèle des dissidents (la seule stèle de la Martinique) honore les dissidents le 18 juin auprès des anciens combattants, de la population, des autorités civiles et militaires et des enfants qui participent à la cérémonie…..
    une plaque à été posé au camp de Balata ce 29 juin 2013 avec dépôt de gerbes, ainsi qu’au Lycée Schoelcher en souvenir du 5 BMA…..
    n’oublions pas l’histoire de ces Antillais qui au péril de leur vie sont partis défendre notre liberté !

  3. Merci pour ces précisions. Vous semblez être très concerné et impliqué pour cette cause. C’est important de ne pas oublier l’histoire de ces dissidents antillais, tant pour honorer leur courage et la cause pour laquelle ils ont combattu que pour les jeunes générations qui ne peuvent pas ne pas savoir.
    D’autre part, avez-vous pu contacter M. Antoine John ?

  4. Carbety M.B. said

    monsieur, merci d’avoir répondu aux messages sur ces dissidents.
    Nous n’avons pas eu de nouvelle de Mr Antoine John à ce jour.
    Chaque année le 18 juin il y à une grande cérémonie devant la stèle des dissidents aux Trois-Ilets avec les anciens combattants, les élus, les enfants des écoles, la population, les associations de la ville organisée par l’association des anciens combattants des Trois Ilets et Mr Carbety Jean Claude. un document est rédigé chaque année sur cette cérémonie.
    N’hésitez pas à nous contacter si vous venez dans l’ile ou si vous souhaitez d’autres renseignements.
    A ce jour il n’y à aucun autre monument lié aux dissidents en Martinique….mais gardons espoir !
    bien cordialement.

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