Actuphilo

Actualité philosophique et réflexion philosophique sur l'actualité

Archive for juillet 2012

Un ouvrage pour se familiariser avec la philosophie de Wilfrid Sellars

Posted by Hervé Moine sur 25 juillet 2012

Wilfrid Sellars et le mythe du donnéAude Bandini

Wilfrid Sellars et le mythe du donné

PUF

Présentation de l’ouvrage par l’éditeur

On doit à Wilfrid Sellars d’avoir mis en évidence que le dogme empiriste selon lequel la connaissance trouve son fondement dans le donné de l’expérience ne relève que d’un mythe, créé par une confusion fondamentale entre ce qui, dans l’ordre de la justification, ressort de l’espace des causes et ce qui ressort de celui des raisons. De Locke à van Frassen, l’empirisme s’est ainsi rendu coupable d’avoir pris pour primitives et indubitables des croyances dont le contenu et la signification sont en réalité intrinsèquement déterminés par l’ensemble de l’édifice cognitif qu’elles étaient censées fonder.

Cet ouvrage vise non seulement à expliquer en quoi l’idée de « donné » de l’expérience ne peut être qu’un mythe, mais également les raisons qui ont pourtant conduit nombre de philosophes à y adhérer et les conséquences que son abandon entraîne pour l’épistémologie et la philosophie des sciences.

Table des matières de l’ouvrage

Avant-propos : Empirisme et mythe du donné / La fusion stéréoscopique des images scientifique et manifeste de l’homme dans le monde

Chapitre premier. — Le donné et le fondement de la connaissance

  • Empirisme, réalisme et donné
  • Donné et observation

Chapitre II. — Le mythe du donné

  • La réfutation du donné épistémique
  • Les sources du mythe du donné
  • Application de la critique sellarsienne : la version phénoménaliste du donné
  • Conclusion : le bon grain et l’ivraie dans les théories du donné

Chapitre III. —La structure de nos connaissances

  • La réfutation du donné sémantique
  • L’éléphant sur la tortue et le serpent autophage
  • Une conception révisionniste du rapport entre observation et théorie

Conclusion

Aude Bandini

Aude Bandini

L’auteure de Wilfrid Sellars et le mythe du donné est enseignante et post doctorante au département de philosophie de l’Université du Québec à Montréal, (Chaire de recherche du Canada en philosophie de la logique et des mathématiques). Aude Bandini est également membre du Groupe de recherche interdisciplinaire sur la normativité (GRIN) de l’Université de Montréal.

Spécialiste de Wilfrid Sellars, elle a d’ailleurs soutenu sa thèse en 2008 sur le sujet suivant : « De l’épistémologie à l’ontologie : science et métaphysique dans l’oeuvre de Wilfred SELLARS ».

Pour la science

Article de Christophe AL-SALEH, paru dans NonFiction le 24 juillet 2012

http://www.nonfiction.fr/article-6007-pour_la_science.htm

Wilfrid Sellars photo Cova/flick.fr

L’oeuvre de Wilfrid Sellars, quoique déterminante pour la philosophie analytique est bien moins servie en France que celles de Wittgenstein ou de Quine, ou même d’Austin ou de Ryle, pour prendre d’autres philosophes qui peuvent être également considérés comme des pionniers de la philosophie analytique. Cela est sans doute dû à la difficulté intrinsèque des textes du maître de Pittsburgh, mais, après tout, qui dirait des textes de Wittgenstein ou de Quine qu’ils sont simples ? Quoi qu’il en soit de cette relative méconnaissance dans laquelle se trouve l’oeuvre de Sellars en France (l’auteur salue dans une note, p.7, les travaux à cet égard pionniers de Fabien Cayla, Jacques Bouveresse, Jocelyn Benoist et Mathias Girel), il n’en demeure pas moins que le début de popularité que connaissent les travaux d’héritiers de Sellars, comme John McDowell, Richard Rorty ou Robert Brandom, dont le monumental Making it Explicit a été traduit récemment, ne perdrait rien à ce que des travaux sellarsiens francophones se multiplient.

L’ouvrage d’Aude Bandini devrait y contribuer.

Aude Bandini réussit en effet le tour de force, en un volume réduit, de nous familiariser avec les thèmes centraux de la philosophie de Sellars, tout en dessinant les enjeux de l’héritage sellarsien, et ce sans jamais céder à la facilité du raccourci théorique ou argumentatif. Elle est servie et ce doublement, par une écriture très claire et précise (mais qui n’élude jamais la difficulté), et par sa connaissance très précise et très fine des textes sellarsiens et du contexte historique et polémique des contributions du philosophe.

Le livre consiste en trois parties. La première partie est une présentation contextualisée de la notion de donné. Car si la critique sellarsienne de la notion de donné a un empan historique large (beaucoup d’auteurs de la tradition philosophique, des pré-socratiques à nos jours peuvent être concernés), il n’en demeure pas moins que la polémique sellarsienne est ciblée sur les empiristes, britanniques et américains, et viennois. L’auteur montre donc que le donné a trois propriétés épistémiques. Il est indépendant, autonome et efficace. Ces trois propriétés sont censées constituer son autorité épistémique. Le donné a en effet un rôle fondationnel. Il doit fournir de quoi justifier toute connaissance (ordinaire ou scientifique) de manière non-régressive et non-circulaire. Autrement dit, dans le contexte où Sellars intervient, l’appel du donné vient d’une réaction à l’idéalisme et d’un souci réaliste que Sellars partage. Sa critique vise donc à assainir l’empirisme.

La deuxième partie du livre expose les lignes directrices de la critique du mythe du donné, telle que Sellars la mène dans Empirisme et philosophie de l’esprit (1956). Le nerf de la critique est que rien, ni une sensation, ni une perception, ni une intuition, ne peut être à la fois indépendant et efficace épistémiquement, car « l’autorité épistémique est un statut normatif que nous attribuons, par apprentissage, à certains états non épistémiques : nous transformons des causes en raisons ou en preuves quand les normes épistémiques que nous avons intégrées nous y autorisent » . Autrement dit, même à supposer que je sois en contact de manière privilégiée avec un objet dans une intuition, par exemple, il faudrait encore, pour pouvoir transformer cette relation en connaissance que j’adopte les normes qui permettent de reconnaître quelque chose comme une connaissance, normes qui sont socialement transmises, et qui supposent donc l’acquisition d’un langage.

La troisième partie montre comment la critique du mythe du donné est supposée libérer le champ pour une nouvelle forme d’épistémologie, libérée des dichotomies habituelles, et qui devrait permettre de réconcilier, dans une vision stéréoscopique, l’image scientifique et l’image manifeste du monde, la science et le sens commun. « Sellars s’efforce de ménager une troisième voie entre des couples de positions épistémiques traditionnellement opposés : l’empirisme fondationnaliste et le rationalisme cohérentiste, les conceptions externaliste et internaliste de la justification et de la signification, le naturalisme et le normativisme » .

L’ouvrage d’Aude Bandini est le guide de lecture qui manquait, celui qui va permettre aux philosophes attirés par les promesses d’une épistémologie pragmatiste mais rebutés par l’écriture âpre d’Empirisme et philosophie de l’esprit, l’un des rares ouvrages de Sellars traduits en français, de comprendre ce texte et d’en apprécier les enjeux. Il ne nous reste plus qu’à souhaiter que cela contribue au développement des études sellarsiennes dans le monde philosophique francophone !

Références : W. Sellars, Empirisme et philosophie de l’esprit, traduit par F. Cayla, Editions de l’Eclat, 1992

Empirisme et philosophie de l'esprit

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Michel Serres. Les jeunes doivent tout réinventer

Posted by Hervé Moine sur 22 juillet 2012

Petite poucetteL’auteur de Petite Poucette sur France Culture

Nous avons déjà eu l’occasion de parler sur ActuPhilo de Petite poucette aux éditions Le Pommier, le dernier ouvrage de Michel Serrse. Ici et là nous entendons ou voyons notre penseur en faire la promotion. Il était ce samedi, l’invité de l’émission d’Aline , Jusqu’à la lune et retour’ sur France Culture.

« Petite poucette : le monde a tellement changé que les jeunes doivent tout réinventer : une manière de vivre ensemble, des institutions, une manière d’être et de connaître… » Editions Le Pommier.

Nos sociétés occidentales ont déjà vécu deux révolutions : le passage de l’oral à l’écrit, puis de l’écrit à l’imprimé. Comme chacune des précédentes, la troisième, tout aussi décisive, s’accompagne de mutations politiques, sociales et cognitives. Ce sont des périodes de crises.

De l’essor des nouvelles technologies, un nouvel humain est né : Michel Serres le baptise «Petite Poucette» – clin d’oeil à la maestria avec laquelle les messages fusent de ses pouces.

Petite Poucette va devoir réinventer une manière de vivre ensemble, des institutions, une manière d’être et de connaître… Débute une nouvelle ère qui verra la victoire de la multitude, anonyme, sur les élites dirigeantes, bien identifiées ; du savoir discuté sur les doctrines enseignées d’une société immatérielle librement connectée sur la société du spectacle à sens unique…

Ce livre propose à Petite Poucette une collaboration entre les générations pour mettre en oeuvre cette utopie, seule réalité possible. Faisons donc confiance à Petite Poucette pour mettre en œuvre cette utopie, seule réalité possible !

=> Pour se procurer l’ouvrage de Michel Serres, Petite poucette

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Recensement et interprétation du lexique de la connaissance dans les oeuvres des Anciens

Posted by Hervé Moine sur 21 juillet 2012

Colloque franco-britannique en sciences de l’Antiquité

du 5 au 8 septembre 2012

Bordeaux

par l’Institut Ausonius

à l’Université de Bordeaux 3

L’institut Ausonius et l’université de Bordeaux 3 accueillent du 5 au 8 septembre 2012 la VIIe Celtic Conference in Classics (CCC), ou colloque franco-britannique en sciences de l’Antiquité. Environ cent-dix chercheurs, majoritairement anglo-saxons, s’y retrouveront, répartis en dix ateliers de réflexion très variés, relevant de l’histoire, de la littérature ou de la philosophie. Les communications se feront en français ou en anglais. L’atelier relevant plus particulièrement de la philosophie portera sur la connaissance.

Philosophie : le lexique de la connaissance / Philosophy of knowledge

Qu’est-ce que la connaissance ? Cette question peut rester implicite dans des contextes dévolus à d’autres notions, ou être au contraire propulsée au premier plan en tant que sujet propre d’une enquête philosophique. Mais ce que l’on appelle « connaître » ou « la connaissance » ne relève jamais exclusivement de l’épistémologie. Comprendre, en effet, ce qu’est la connaissance pour tel philosophe de l’antiquité est tout simplement au cœur de l’entreprise consistant à comprendre sa pensée de façon globale.

Les chercheurs réunis dans cet atelier de discussion s’attacheront à recenser et à interpréter le lexique de la connaissance présent dans les œuvres des philosophes antiques, depuis les Présocratiques jusqu’à l’époque impériale.

Les intervenants à cet atelier de discussion

  • Lesley Brown (Oxford), « Varieties of agreement in Plato »
  • Fritz-Gregor Herrmann (Swansea), « doxa from the Presocratics to Plato »
  • Catherine Rowett (East Anglia), « Knowledge and correct impressions in Plato’s Meno »
  • Antony Hatzistavrou (Hull), « The instability of true beliefs in the Meno »
  • Walter Cavini (Bologne), « On episteme as a stable mental state »
  • Emmanuel Bermon (Bordeaux), « Connaissance de soi et connaissance d’elle-même / Knowledge of the self and knowledge of itself »
  • Paolo Crivelli (Genève), « Aristotle’s Definition of Universals in de Interpretatione 7 »
  • Annamaria Schiaparelli (Genève), « Aristotle’s Account of Fallacious Language in the Sophistical Refutations »
  • Valentina di Lascio (Durham), « The role of beliefs in Aristotle’s Sophistical Refutations »
  • Luca Castagnoli (Durham), « The language of aporia from Socrates to SextusEmiricus »
  • Angelo Giavatto (Nantes), « Epictetus on preconceptions »
  • Pierre Pellegrin (Paris), « Thoughts on Aristotle’s cognitive vocabulary »

Pierre Pellegrin et Emmanuel Bermon

Le vocabulaire d'AristoteAncien élève de Canguilhem et philosophe, Pierre Pellegrin est directeur de recherche émérite au CNRS, dans l’unité CHSPAM (Centre d’Histoire des Sciences et Philosophies Arabes et Médiévales.) Grand spécialiste d’Aristote a traduit de nombreux ouvrages de cet illustre philosophe de l’Antiquité et notamment Les Parties des animaux : Edition bilingue français-grec en 2011, c’est à ce titre qu’il interviendra dans l’atelier de discussion « philosophie », dans une réflexion à propos du vocabulaire cognitif du maître. On pourra d’ailleurs lire à profit, Le vocabulaire d’Aristote qu’il a écrit sous la direction de Jean-Pierre Zarader aux éditions Ellipses en 2001, dont voici une présentation :

« Une lecture superficielle du corpus aristotélicien peut laisser l’impression que l’on a affaire à une pensée d’une systématicité sans faille, alors qu’une approche plus fine en montre les tensions, les regrets, les détours. Il en est de même pour le vocabulaire qui exprime cette pensée faussement rigide. Quelques termes ont été créés par Aristote lui-même, mais la plupart viennent du grec ordinaire, et Aristote prête une pertinence certaine à leur emploi habituel. Chaque mot ou expression fait donc l’objet d’un usage polyphonique, valant à plusieurs niveaux et jouant sur plusieurs registres. De plus, l’impression que nous avons affaire, en lisant les traités aristotéliciens, à une langue technique, au sens moderne du mot, est largement le fait d’une illusion rétrospective. Vocabulaire coloré et rigoureux, foisonnant et économe. »

Pierre Pellegrin – France Culture

Autre ouvrage, parmi d’autres, qui pourrait nous intéresser, publié aux éditions du Seuil en 2002 par Pierre Pellegrin, co-écrit avec Miche Grubellier,  : Aristote : Le philosophe et les savoirs, ouvrage qui offre un parcours complet, clair et argumenté de l’oeuvre d’Aristote ainsi qu’une tentative de cerner cette façon particulière, originale et souvent imitée de philosopher. Aristote est, sinon le premier philosophe, du moins le premier à avoir proposé une carte des savoirs, de la littérature à la théologie. La question fondamentale que résout la philosophie aristotélicienne est de savoir comment l’homme connaît, pense le réel, dans sa diversité et ses différences. « Il y a aujourd’hui plusieurs manières d’être aristotélicien. Nous sommes aristotéliciens, que nous le voulions ou non, parce que le poids historique d’Aristote dans notre paysage intellectuel et mental n’est comparable à aucun autre. Il n’est pour ainsi dire aucune des disciplines qui se développent sous nos yeux à laquelle on ne finisse par trouver un fondement aristotélicien. Mais on peut aussi être aristotélicien parce que l’aristotélisme, plus qu’un ensemble de thèses, est une manière de philosopher. Une manière, donc, de situer le sujet par rapport à l’objet connu et par rapport à la connaissance elle-même. Une manière aussi de dessiner une carte, au sens géographique du terme, du savoir. Car le savoir n’est unique qu’en un sens équivoque. Aussi faut-il en repérer les fractures, en trouver les articulations et les passages, y reconnaître les mêmes schèmes en des lieux différents. C’est un parcours de l’œuvre entière d’Aristote à travers la « volonté de savoir » que cet ouvrage propose. » (4ème de couverture. Aristote : Le philosophe et les savoirs)

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Photo de Emmanuel BERMON

Emmanuel Bermon

A noter la participation également à cet atelier consacré plus spécialement à la philosophie, présidé par Fritz-Gregor Herrmann de Swansea et par Walter Cavini de Bologne, d’Emmanuel Bermon, professeur à l’Université de Bordeaux3.

Son intervention portera sur la connaissance de soi et la connaissance d’elle-même, thématique faisant d’ailleurs l’objet d’un de ses cours de Master « Métaphysique, herméneutique, philosophie de la religion ».

L’ancien élève de l’Ecole Normale de la rue d’Ulm est spécialiste de l’histoire de la philosophie antique, de la philosophie de la connaissance et de la philosophie du langage. Il a publié chez Vrin, en 2002, Le cogito dans la pensee de saint augustin, en 2007, La signification et l’enseignement et a co-écrit avec Valérie Laurant et Jean Terrel, Politique d’Aristote : Famille, régimes, éducation, ouvrage paru en 2011, paru aux Presses Universitaires de Bordeaux et notamment préfacé par Pierre Pellegrin.

 

Pour en savoir davantage sur ce colloque vous pouvez contacter : Jean Yvonneau

  • jean.yvonneau@u-bordeaux3.fr

au consulter le site « VIIe Colloque franco-britannique en sciences de l’Antiquité », Colloque, Calenda, publié le vendredi 20 juillet 2012, http://calenda.revues.org/nouvelle24808.html ou le site http://ausonius.u-bordeaux3.fr/new/index.php/manifestations

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Une série de conférence sur Georges Canguilhem au Chili

Posted by Hervé Moine sur 20 juillet 2012

Le concept, Le vivant, La vie.

Georges Canguilhem dans la philosophie française contemporaine

par Philippe Vermeren

Du 25 au 27 juillet 20012

Santiago du Chili

Le professeur Philippe Vermeren, directeur du département de philosophie de Paris 8, donnera 3 conférences sur « Le concept, le vivant, la vie. Georges Canguilhem dans la philosophie française contemporaine.  »

Ces conférences auront lieu les 25, 26 et 27 juillet, de 11h30 à 14h30 à l’Université Andrés Bello , Sala 401 Edificio CI Campus Casona de las Condes Fernandez Concha 700, Las Condes, Santiago

L’entrée y est libre mais sur inscription.

  • Judith Caceres
  • téléphone 6618782
  • courriel : judit.caceres@unab.cl

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La crise européenne comme mise à l’épreuve de la démocratie ?

Posted by Hervé Moine sur 19 juillet 2012

La constitution de l'EuropeJürgen Habermas

La constitution de l’Europe

Gallimard

Présentation de l’éditeur de La constitution de l’Europe

L’union européenne est-elle désormais contre la démocratie ? Avec l’épisode du référendum grec et l’effroi qui saisit tous les dirigeants de voir un peuple, auquel on avait imposé une cure problématique. entrer en résistance, la crise de la dette a révélé le déficit démocratique des institutions européennes. Jürgen Habermas nous alerte sur les risques que prend l’Europe à s’engager dans une voie « postdémocratique » pour régler la question de la dette des pays de la zone euro. L’union monétaire européenne ne disposant pas d’un contrôle supra-national à sa mesure, les dirigeants allemand et français veulent une collaboration intergouvernementale renforcée. Le Conseil européen doit s’employer à la mettre en place. Ce changement en apparence minimal devrait se traduire par une perte progressive de contrôle des Parlements nationaux sur les lois de finances : cette réforme insidieuse asphyxierait petit à petit le poumon de la démocratie à l’échelle nationale, sans que cette perte soit compensée au niveau européen. Le processus grec ouvre-t-il le passage d’une Europe de gouvernement à une Europe de la  » gouvernance  » – joli euphémisme pour désigner une forme dure de domination politique. qui ne repose que sur le fondement faiblement légitimé des traités internationaux ? La « démocratie d’un seul pays » n’est plus à même de se défendre contre les injonctions d’un capitalisme forcené, qui franchissent, elles, les frontières nationales. Il faut avancer vers et dans la constitution de l’Europe, pour que les peuples regagnent des latitudes d’action au niveau supranational, sans pour autant sacrifier la démocratie. La crise de l’Europe des gouvernements doit conduire à la constitution d’une Europe des peuples. Telle est la conviction de Jürgen Habermas dans ce petit traité de démocratie, vif, tonique et constructif.

Pour se procurer l’ouvrage de Jürgen Habermas, La constitution européenne

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Retraverser la philosophie de l’époque des Lumières avec Pierre Hartmann

Posted by Hervé Moine sur 18 juillet 2012

Pierre Hartmann

La forme et le sens

Vol  1 et vol 2

Aux Presses Universitaires de Starsbourg

Parution du 1er volume en 2009 et du 2ème en 2012

Pierre Hartmann

Pierre Hartmann est professeur de littérature française, spécialiste du XVIIIème siècle. Agrégé de lettres modernes et docteur d’Etat ès littérature de Paris-Sorbonne, il enseigne à l’université de Strasbourg. Son domaine de recherche de prédilection est bien évidemment la littérature mais également l’esthétique et la philosophie des Lumières. Il a publié notamment Diderot : La Figuration du philosophe, chez Corti en 2003 et dirigé en  collaboration avec Florence Flotterie, Le philosophe romanesque : L’image du philosophe dans le roman des Lumières aux Presses Universitaire de Strasbourg en 2007.

Pour obtenir le Vol 1 de la Forme et le Sens
Pour obtenir le vol 2 de la Forme et le Sens

La Forme et le Sens (II). Nouvelles Etudes Sur l’Esthetique et la Pensée des Lumieres

L’esthétique dans la pensée des Lumières

Article de Christian Ruby publié dans NonFiction

Voltaire

Que nous n’en ayons pas fini avec l’exploration de la pensée des Lumières et de la pensée à l’époque des Lumières est une chose, à peu près connue. Que nous n’en ayons pas fini non plus avec les propos mal assurés autour des Lumières est une autre chose, moins connue. Pierre Hartmann a l’habileté d’articuler les deux traits l’un à l’autre, et de manière critique, d’autant que cela lui permet de retraverser les grands textes de la philosophie de l’époque des Lumières, en raffinant sa lecture et la présentation qu’il nous fait des concepts centraux de cette philosophie.

Cela dit, pour mieux centrer son trajet au sein de cette philosophie, l’auteur a choisi un axe de travail : traverser l’époque des Lumières à partir de son souci évident pour l’esthétique. Qu’en est-il de celle-ci, au-delà de la première codification du terme par Baumgarten au mitant du siècle ? Comment conduire une réflexion sur l’esthétique à travers les propos si opposés des philosophes de l’époque ? Hartmann nous offre, à partir de cet axe, une série de 16 articles, préalablement publiés et ici reproduits quoique remaniés en vue de cette édition, eux-mêmes concentrés autour de trois auteurs : Voltaire, Jean-Jacques Rousseau et Denis Diderot. Ce qui intéresse l’auteur est de relever que « nulle époque n’a moins que le siècle des Lumières dissocié la réflexion de la représentation, la création de la cognition, l’activité artistique de l’investigation théorique ».

A cela s’ajoutent trois choses. La première : que ce volume a été précédé d’un autre déjà consacré au roman au XVIIIe siècle. Ce nouveau volume lui fait donc pendant. Il est cependant accentué différemment, puisque la philosophie et l’esthétique des Lumières y viennent en avant de manière plus ample. La seconde : qu’autour des trois auteurs centraux qu’il a choisis, Pierre Hartmann fait graviter d’autres figures, afin de forger des contrepoints et des polémiques qui relèvent et précisent d’autant le propos. Ce sont : Friedrich von Schiller, Choderlos de Laclos et Hölderlin. La troisième : que ce volume, qui mérite d’être lu par tous les chercheurs, leur demeure réservé, non de droit mais de fait, compte tenu de la nécessité de bien maîtriser les références utilisées par l’auteur pour goûter pleinement le propos.

On a l’habitude, à juste titre, de reconduire la période des Lumières à la notion de critique. Nul doute, d’ailleurs, que ce terme traverse tous les textes de l’époque et trouve sa gloire dans les ouvrages de Immanuel Kant. Mais l’auteur a choisi un autre parti. Il reconduit la pensée de l’époque à l’esthétique, estimant que le statut conféré aux arts et aux Lettres donne mieux à lire et comprendre les déterminations du siècle. En cela, il suit la thèse de Ernst Cassirer, dont on sait qu’il a été un des premiers à relever la part essentielle tenue par l’esthétique dans la philosophie des Lumières. Autrement dit, la pensée du siècle n’est pas aussi abstraite que beaucoup ont voulu le faire croire. Elle ne se réduit ni à un intellectualisme vain, ni à une abstraction géométrique constante.

Au demeurant, l’inverse ne serait pas juste non plus qui consisterait à réduire la pensée du XVIIIe siècle à un sentimentalisme un peu court. C’est d’ailleurs ce que l’auteur affirme d’emblée en abordant Rousseau, rappelant au passage que sa réduction à un sentimentalisme triomphant ne correspond pas du tout à la pensée réellement produite par ce philosophe.

Pour donner un avant-goût de ce que le lecteur pourra aborder dans l’ouvrage concentrons-nous quelque peu sur les articles consacrés à Voltaire. Ils soulignent la force démystificatrice de la pensée du futur seigneur de Ferney. Hartmann entreprend une analyse du grand démystificateur et du pourfendeur inlassable qu’il a été des grands récits qui forment le socle de la religion qu’il combattait. En parcourant certains passages du Dictionnaire portatif, l’auteur examine la manière dont Voltaire destitue de leur aura les figures majeures de la mythologie chrétienne. Ainsi voyons-nous les articles Adam, Abraham, Moïse, … repris ici en main, et analysés. Le propos de Hartmann est bien ciblé. Il s’attache surtout à décrire les stratégies élaborées par Voltaire. Stratégies littéraires au demeurant, qui par des recours linguistiques, historiques et culturels conduisent à jeter à bas les idoles religieuses.

Mais l’auteur ne s’arrête pas là. Il reprend ensuite la plume pour examiner La Pucelle d’Orléans, ce texte du même auteur. L’analyse se fait plus fine encore. Elle ne se contente pas de montrer, ce que tout lecteur a approché, que Voltaire démystifie le mythe de Jeanne d’Arc. La bergère, dans les actions desquelles Voltaire ne retient que l’épisode de la guerre de libération d’Orléans (et pas du tout l’épisode du procès et du bûcher), est soumise à un processus assez complexe. La démolition de l’idole n’est pas seulement jubilatoire. Elle relève d’un regard critique qui induit chez Voltaire une conquête progressive d’une lucidité gagnée sur la fascination éprouvée pour les figures héroïques et guerrières, dont il se détourne graduellement au profit de modèles mieux adaptés à la vision du monde qu’il se forge. C’est ainsi que Voltaire, après avoir abattu ces figures, en reconstruit d’autres, en même temps qu’il détourne les premières pour les rendre à leur humanité.

Quant à Rousseau, qui n’est pas à proprement parler un philosophe des Lumières, il fait l’objet d’un autre traitement. Non seulement, et à juste titre, l’auteur veut mettre à l’épreuve sa manière de ne pas appartenir aux Lumières – il en prend pour preuve l’usage du terme « philosophe » sous la plume de Rousseau –, mais encore il fait l’étude minutieuse de sa rupture fracassante avec les Encyclopédistes, au travers du thème des arts et de la culture. C’est donc de l’intérieur même de la philosophie des Lumières, dont il valide la méthode en la poussant à la perfection et en la retournant, que Rousseau fait valoir sa nature critique et sa puissance discriminante. En témoignent les textes portant sur les arts et les sciences, la manière dont Rousseau en organise la généalogie psycho-anthropologique. Le parcours entrepris par l’auteur du premier et du second Discours est tout à fait caractéristique à cet égard. Les relevés sont précis. Les citations viennent à leur place. Et en fin de parcours, la comparaison inversée des thèses de Rousseau et de Schiller donne la touche finale à un bel exercice de lecture et d’interprétation des textes.

Que dire à propos des textes de Diderot, sinon que l’auteur en organise un parcours ramassé mais percutant. On notera surtout ce qu’il en va de la « poétique des ruines » scrutée de près par l’auteur chez le philosophe de Langres. Diderot, en effet, tire de cette idée une virulente imprécation à l’encontre des cyniques bâtisseurs de monuments à leur propre gloire.

L’ensemble est certes disparate dans ses références, mais demeure unifié par un principe de recherche et un style précis. Au point que parfois certains passages se redoublent. Ce qu’on pardonnera volontiers à l’auteur parce qu’il nous reconduit fort bien aux textes explorés et encourage à renouveler notre lecture, si d’aventure les pensées du siècle des Lumières nous sont un peu oubliées.

Christian Ruby

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Les Trois Républiques

Posted by Hervé Moine sur 18 juillet 2012

Les Trois Républiques

Platon, Diogène de Sinope et Zénon de Citium

21 et 22 septembre 2012

Paris Sorbonne

ActuPhilo vous annonce le déroulement d’un colloque international sur « Les Trois Républiques : Platon, Diogène de Sinope et Zénon de Citium », les 21 et 22 septembre prochain, à l’Amphi Quinet en Sorbonne.

Ce colloque est organisé par Suzanne Husson et Juliette Lemaire de Paris-Sorbonne, grâce au Centre Léon Robin de recherches sur la pensée antique UMR 8061 CNRS – Univ. Paris-Sorbonne – ENS Ulm et avec le soutien de l’Université de Paris-IV Sorbonne (Conseil Scientifique, École Doctorale V « Concepts et langages », EA 3552) avec la participation notamment de Jean-Baptiste Gourinat, Luc Brisson et Olivier Renaut.

Les temps forts du programme

=> Vendredi 21 Septembre 2012

Fondements philosophiques et politiques des trois Républiques sous la Présidence : Malcolm Schofield de l’Université de Cambridge

  • Franco Trabattoni de l’Université de Milan : «L’interprétation de l’héritage de Socrate dans les Républiques de Platon, Zénon et Diogène»
  • Louis-André Dorion de l’Université de Québec : « L’autarcie au fondement de la cité »
  • Christopher Rowe de l’Université de Durham : « The Four Republics »

Pratiques sociales dans les trois Républiques sous la Présidence de Jean-Baptiste Gourinat du CNRS

  • Valéry Laurand de l’Université de Bordeaux 3 : « Aspects contrastifs du lien social dans les trois républiques »
  • Olivier Renaut de l’Université de Paris Ouest-Nanterre : « Le sexe en commun : pratiques et régulations sexuelles dans les trois Républiques »
  • Suzanne Husson de l’Université de Paris-Sorbonne : « Le culte des dieux dans les trois Républiques »

=> Samedi 22 Septembre 2012

Platon-Diogène-Zénon, médiations et ruptures sous la Présidence de Suzanne Husson de l’Université de Paris IV le matin et de Juliette Lemaire du CNRS l’après-midi

  • Luc Brisson du CNRS : « La question de la famille dans la République de Platon et chez Diogène le cynique »
  • Robert Bees de l’Université de Tübingen : « Zenons Politeia. Eine neue Deutung »
  • Marie-Odile Goulet-Cazé du CNRS : « A propos de deux interprétations divergentes des Républiques de Diogène et de Zénon »
  • Tiziano Dorandi du CNRS : « Les Politeiai de Diogène le Cynique et de Zénon de Citium dans le témoignage de Philodème de Gadara : nouvelles considérations et réflexions »
  • Christelle Veillard de l’Université de Paris Ouest-Nanterre : «L’influence de Platon sur Diogène de Babylonie »
  • Jean-Baptiste Gourinat du CNRS : « ‘‘N’espère pas la République de Platon’’. Le rapport de Marc Aurèle et la tradition stoïcienne à la République de Platon »

Pour plus d’information sur ce colloque aller sur le site du Centre Léon Robin par le lien suivant :

http://www.centreleonrobin.fr/index.php/component/content/article/30-recherche/colloques/55

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Un dossier multimédia consacré au mathématicien, physicien et philosophe, Henri Poincaré

Posted by Hervé Moine sur 16 juillet 2012

A l’occasion du centenaire de la mort de Henri Poincaré, l’équipe CNRS Sagascience vient de lancer un dossier multimédia consacré au mathématicien, physicien et philosophe.

Ce dossier est réalisé avec le soutien de l’Institut national des Sciences mathématiques et de leurs interactions (INSMI) du CNRS et des chercheurs des Archives Henri Poincaré.

Il aborde aussi bien des aspects biographiques que l’oeuvre scientifique du savant, ou son rôle public dans son temps.

Ce dossier est disponible en ligne à l’adresse suivante : http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dospoincare/#

Henri Poincaré, considéré par beaucoup comme le dernier « grand savant universel » a su faire émerger de nombreuses théories nouvelles. Mathématicien de génie, physicien brillant et philosophe des sciences reconnu, il s’est également investi dans la diffusion des sciences et plus généralement, dans l’instruction publique. Ses travaux en mathématiques l’ont amené à s’intéresser au principe de relativité, à la thermodynamique ou à la stabilité du système solaire, faisant de lui l’un des précurseurs de la théorie du chaos. Ses travaux sur la géométrie non-euclidienne et la quatrième dimension inspireront des artistes du début du 20ème siècle comme Marcel Duchamp. Membre de très nombreuses académies, Poincaré est reconnu très tôt au niveau international. Il est élu à l’Académie des sciences en 1887 et en devient président en 1906. Il entre à l’Académie française en mars 1908. Les ouvrages de philosophie scientifique de Poincaré ont connu un grand succès, contribuant à renforcer sa renommée. « Il ne peut pas y avoir de morale scientifique, mais il ne peut pas non plus y avoir de science immorale », écrivait-il dans Dernières pensées, en 1913.

L’animation multimédia CNRS/sagascience consacrée à Henri Poincaré retrace son parcours. Articulé autour de 3 parties – sa jeunesse et ses études, son parcours scientifique, son implication dans la société – ce dossier a bénéficié de l’expertise de chercheurs du laboratoire d’histoire des sciences et de philosophie.

Une philosophie de savant

Poincaré fut de ces savants qui réussirent un doublé peu évident : voir ses travaux acceptés et ovationnés par l’ensemble de la communauté scientifique tout en remportant les faveurs du grand public. Un tel succès tient à la multiplication de ses centres d’intérêt. Scientifiques et « gens du monde » n’acclamaient pas forcément la même figure. Pour les premiers, il était le découvreur des fonctions fuchsiennes et une vitrine vivante de la science française sur la scène internationale. Pour les seconds, il était un philosophe et un intellectuel réputé dont les travaux devaient lui permettre d’être élu en 1908 à l’Académie française.
De 1902 à sa mort, Poincaré publia trois ouvrages de philosophie scientifique au sein d’une collection dirigée par Gustave Le Bon, chez Flammarion : La science et l’hypothèse (1902),La valeur de la science (1905) et Science et méthode (1908). Le succès de ces ouvrages fut retentissant et durable. Les tirages atteignirent des hauteurs importantes pour des ouvrages philosophiques. En 1925, le plus connu de ses livres, La science et l’hypothèse, avait déjà été tiré à 40 000 exemplaires, sans compter les traductions.
La philosophie de Poincaré n’est pas celle d’un philosophe professionnel. De plus elle ne vise pas à élaborer un système général. Il s’agit d’abord d’une philosophie de savant qui trouve ses fondements dans sa pratique quotidienne de la science et dans les débats scientifiques de son temps. À ce titre, elle est fortement influencée par les réflexions de Mach, Maxwell ou Helmholtz. Cependant, elle n’est pas que cela car elle est aussi très marquée par les doctrines philosophiques de son temps (celles d’Émile Boutroux, son beau-frère, mais aussi celles de Jules Lachelier, William James, etc.) et imprégnée d’un néokantisme en vogue à son époque.
Les réflexions philosophiques de Poincaré semblent plutôt précoces. Dès 1880, il collabore avec Émile Boutroux à l’édition de la Monadologie de Leibniz. Quelques années plus tard, il s’intéresse à l’évaluation philosophique des géométries non euclidiennes. Cependant c’est surtout à partir des années 1890 qu’il deviendra un acteur essentiel de la scène philosophique française, notamment à travers une implication continue au sein de la Revue de métaphysique et de morale (dans laquelle il publie une vingtaine d’articles jusqu’à sa mort) et la participation à l’organisation d’un grand nombre d’entreprises : la célébration du tricentenaire de la naissance de Descartes, le Congrès international de philosophie de 1900, l’entreprise internationale d’édition des œuvres de Leibniz.
La philosophie de Poincaré est souvent désignée par le terme de conventionnalisme. Ce raccourci commode – que Poincaré n’employa pas lui-même – caractérise une pensée qui s’est surtout concentrée sur la dimension constructive des principes scientifiques. Son conventionnalisme mathématique stipule que l’expérience doit être organisée par des conventions guidées par le critère de simplicité et l’expérience des phénomènes physiques. Cette théorie a eu une grande influence sur l’épistémologie du 20e siècle : l’idée que les théories mathématiques intègrent des éléments décisionnels, de sorte qu’elles ne sont ni de pures copies de relations idéales, ni les réalisations d’une abstraction inductive, pas plus que de simples résultats d’une évidence a priori, constitue la contribution la plus reconnue et importante de la philosophie de Poincaré.
Outre cet apport essentiel, Poincaré mènera une réflexion très approfondie sur le rôle de l’intuition dans l’enseignement et la recherche mathématique et s’engagera dans une controverse très vive contre les thèses logicistes qui prétendaient réduire les mathématiques à la logique.

Extrait du site

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L’économie et la morale : Les justifications morales des inégalités économiques sont-elles fondées ?

Posted by Hervé Moine sur 15 juillet 2012

Ruwen Ogien

Les inégalités économiques ont-elles un sens moral ?

« Je ne m’intéresse pas aux causes des inégalités économiques, mais à ses justifications morales. Ce sont ces justifications que je trouve toutes infondées. » Ruwen Ogien

Lire l’excellent article de Ruwen Ogien paru le 13 juillet 2012 sur le site iphilo  à propos de la généralisation de justifications des inégalités économiques par des raisons apparemment morales : à droite, comme à gauche, n’a-t-on pas tendance en effet à sanctionner la paresse et au contraire à vouloir récompenser le mérite ?

Ruwen Ogien part de l’observation à propos de la représentation de la pauvreté en Europe faite par le sociologue Nicolas Duvoux, celle selon laquelle « l’explication par des phénomènes macro-économiques » ont cédé le pas en 20 ans à « l’explication de la pauvreté par la paresse », explication qui serait certainement la cause des attaques contre la fraude sociale, qui touche évidemment les « petits », considérés souvent comme des parasites ou des fainéants.

Et l’auteur L’éthique aujourd’hui de dire que « ce n’est pas la « fraude sociale » (…) infiniment moins importante que l’évasion fiscale des riches, qu’il faudrait combattre en priorité, mais le non recours massif aux aides sociales auxquelles les plus pauvres ont droit. »

Toute la question est de savoir si ces opinions populaires trouvent des justifications plus théoriques, philosophiques.

Pour réfléchir sur cette question nous pourrons lire avec profit l’éditorial de Ruwen Ogien donné sur iphilo, http://iphilo.fr/2012/07/13/…, l’ouvrage de Nicolas Duvoux, Le nouvel âge de la solidarité : Pauvreté, précarité et politiques publiques La république des idées, Paris, Seuil, 2012) ainsi que les deux livres de Jean-Fabien Spitz, Abolir le hasard ? Responsabilité individuelle et justice sociale, Paris, Vrin, 2008) Pourquoi lutter contre les inégalités ? ainsi que L’éthique aujourd’hui : Maximalistes et minimalistes de Ruwen Ogien lui-même.

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Nicolas Duvoux

Le nouvel âge de la solidarité

Pauvreté, précarité et politiques publiques

Collection la République des idées

aux édition du seuil

Présentation de l’ouvrage par l’éditeur

Les dispositifs de lutte contre la pauvreté sont souvent accusés d’entretenir l’oisiveté des  » privilégiés  » qui en bénéficient. Non seulement il est scandaleux de présenter les plus vulnérables comme des paresseux, mais l’assistance ne saurait être confondue avec l’Etat social. Au contraire, elle résulte de la décomposition de ses protections collectives. Son extension continue marque le passage du système de protections universalistes érigé après-guerre à des politiques ciblées, centrées sur la pauvreté et l’exclusion. Le développement de l’assistance, que la crise amplifie encore, est un choix de société non explicité et non assumé. Il conduit à un délitement progressif de la solidarité, à l’indifférence envers la pauvreté, mais aussi à un double mouvement de responsabilisation de l’individu, d’un côté, et de justification des inégalités, de l’autre. Ce livre vise à conjurer l’engrenage de la stigmatisation des assistés et du recours croissant à l’assistance dans lequel notre pays s’est engagé. Pour éviter que ce cercle vicieux n’aboutisse à un démantèlement délibéré des droits sociaux, il faut repartir des héritages historiques et sociaux de la gauche et chercher les voies d’une articulation nouvelle entre la responsabilité de la collectivité et celle de l’individu.

Qui est Nicolas Duvoux ?

Nicolas Duvoux, maître de conférences en sociologie à l’université Paris Descartes, a récemment publié L’Autonomie des assistés. Sociologie des politiques d’insertion (PUF, 2009). Il est par ailleurs personnalité qualifiée du Comité national d’évaluation du RSA.

Abolir le hasard? Responsabilité individuelle et justice socialeJean-Fabien Spitz

Abolir le hasard ?

Responsabilité individuelle et justice sociale

Chez Vrin

Jean Fabien Spitz, enseignant à l’Université de Paris, spécialiste de philosophie politique, traducteur de nombreux textes de John Locke, a publit chez Bayard un autre ouvrage qui pose un problème qui devrait dans cette même thématique nous intéresser : Pourquoi lutter contre les inégalités ?

Vivons-nous la fin de la justice sociale ? Est-il devenu contre-productif de demander à ceux qui ont accumulé des richesses de payer pour ceux qui n’en ont pas assez pour subsister ? Comment refonder la nécessité de la redistribution des richesses dans un monde où certains ont réussi par leurs seuls efforts et d’autres échoué par leur imprudence ? De quel droit borner le droit de profiter des biens que l’on a eu la chance ou le talent d’accumuler ? En quelques mots, pourquoi faut-il lutter contre les inégalités ?

Pour en savoir davantage sur la philosophie morale de Ruwen Ogien

Ruwen Ogien

L’éthique aujourd’hui

Maximalistes et minimalistes

Gallimard Folio Essais

Pour obtenir l’ouvrage de Ruwen Ogien : L’éthique aujourd’hui : Maximalistes et minimalistes

Imaginez un monde dans lequel vous pourriez être jugé « immoral » pour vos actions non seulement à l’égard des autres, mais aussi de vous-même. Qui aimerait vivre dans un tel monde, où rien de ce qu’on est, pense ou ressent, où aucune de nos activités, fut-elle la plus solitaire, n’échapperait au jugement moral ?

C’est pourtant ce que propose aujourd’hui l’éthique, largement ralliée aux thèses maximalistes d’un Aristote, qui nous recommande tout un art de vivre et pas seulement un code de bonne conduite en société, et de Kant, pour qui nous avons des devoirs moraux à l’égard d’autrui comme de nous-même.

C’est oublier les éthiques alternatives,minimalistes, pour lesquelles le monde moral, moins envahissant, se limite au souci d’éviter de nuire délibérément à autrui.

Toute l’histoire de l’éthique aujourd’hui est l’histoire de l’opposition entre maximalistes et minimalistes. »

Ruwen Ogien, L’éthique aujourd’hui : Maximalistes et minimalistes

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l’existence philosophique d’Henri Maldiney

Posted by Hervé Moine sur 14 juillet 2012

Henri Maldiney : une existence philosophique - 12 octobre 2012

Henri Maldiney

Une existence philosophique

Henri Maldiney : une existence philosophique

Traversée phénoménologique

12 octobre 2012

de 9h à 17h30

à l’Amphithéâtre Huvelin de l’Université Jean Moulin

Colloque organisé par l’IRPhiL (Université Lyon 3) avec le soutien de la clinique Villa des Roses et du laboratoire Santé, Individu, Société (SIS) et organisé par Jean-Philippe Pierron doyen de la Faculté de Philosophie, Université Jean Moulin Lyon 3 et Pierre Mathey, Association internationale Henri Maldiney

Au programme du colloque

  • Architecture de la présence et présence de l’architecture
  • Esthétique et psychiatrie

Pour tout renseignement supplémentaire vous pouvez contacter Valentina Tirloni, coordinatrice scientifique à L’IRPhiL EA 4187 – Institut de Recherches Philosophiques de Lyon, 18 rue Chevreul – 69007 Lyon ; valentina.tirloni@univ-lyon3.fr

Henri Maldiney : © Rajak Ohanian

Biographie de Henri Maldiney

par  Jean-Pierre Charcosset,

Président de l’AIHM

Association Internationale Henri Maldiney

Henri Maldiney est né à Meursault en 1912, a été élevé en Franche-Comté. Cela suffit peut-être à rendre compte de son accent, mais non de la singularité de sa parole et de ce qu’on a pu appeler son « tremblement de rectitude ». Homme de parole d’abord, Henri Maldiney n’a été auteur d’une œuvre écrite que tardivement. C’est donc à travers son enseignement à l’Institut des Hautes Etudes de Gand puis à l’Université de Lyon qu’il a marqué des générations d’étudiants en psychologie (puis anthropologie phénoménologique), esthétique et philosophie.

Lycéen à Besançon puis à Lyon – c’est là qu’il fut l’élève de Pierre Lachièze-Rey – normalien, agrégé de philosophie, Henri Maldiney a connu en outre l’expérience de l’Oflag : il en rapportera un exemplaire de Sein und Zeit ! Mais comment dire une vie de travail obstiné, la formation d’une pensée qui paraît se développer sur plusieurs versants alors qu’elle se veut résolument une ?

Même si ce n’est pas la solution la plus heureuse, restant fatalement extérieure, une possibilité consiste à dire ici quelques-unes des rencontres qui furent pour lui décisives et, à l’origine, de longues amitiés. Jacques Schotte (que l’on peut considérer comme le plus ancien de ses anciens élèves) lui permettra de rencontrer, en particulier Ludwig Binswanger ( le « père » de la Daseinsanalyse) et Roland Kuhn (qui fut à l’origine de la découverte des effets antidépresseurs de l’Imipramine); avec Oury et Tosquelles ils participeront aux riches débats sur la psychothérapie institutionnelle, Henri Maldiney prenant fermement position contre les thèses de Lacan ; plus tard Schotte favorisera la rencontre avec Gisela Pankow puis avec Leopold Szondi (fondateur de l’analyse du destin) qui s’inscriront dans la même direction : celle d’une anthropologie fondamentale, permettant comme le dit le titre de l’un de ses grands livres de « penser l’homme et la folie ».

Ami des peintres Duvillier, Bazaine et peut-être surtout Tal Coat, Henri Maldiney a, sitôt après la guerre, travaillé avec Georges Duthuit. C’est cette proximité qui lui permet non pas, comme beaucoup prétendent le faire, parler de la peinture mais, selon l’expression de Jean Bazaine, « parler peinture »… ajoutant parfois : « comme un peintre peut en parler ».

Ami de longue date de Francis Ponge ( au travail de qui deux de ses ouvrages sont consacrés), Henri Maldiney deviendra celui d’André du Bouchet – de nombreux textes de l’un et de l’autre témoignent de leur dialogue.

Dans l’un de ses derniers ouvrages, François Cheng, pour sa part, parle de son « maître et ami Henri Maldiney »; ils ont eu plus d’une fois l’occasion de vérifier leurs convergences de vues tant sur la peinture que sur la poésie chinoises.

Il faudrait ajouter à ces noms ceux de quelques guides de haute montagne s’adressant à lui comme à un des leurs. Henri Maldiney, alpiniste, a fait de la Barre des Ecrins un de ses “hauts lieux”.

Toujours est-il que quel que soit le prestige qu’on accorde aux porteurs de ces noms propres, Henri Maldiney – quel qu’ait été le terrain de leur rencontre – a toujours été avec eux de plain-pied.

C’est finalement au plan philosophique que Henri Maldiney peut paraître le plus seul. On peut facilement dire de lui qu’il est phénoménologue, mais encore faudrait-il reprendre à sa suite la question qu’il a posée un jour : Vers quelle phénoménologie (de l’art) ? Son débat avec Heidegger, aujourd’hui encore, n’a pas de cesse. Sa gratitude à l’égard de l’homme Ricoeur n’est pas la marque d’une véritable proximité intellectuelle. Finalement, ses véritables contemporains sont les Grecs (il est grand connaisseur de leur langue) – à commencer par les Présocratiques.

Pensée en marche, pensée en marge, la pensée de Maldiney est aujourd’hui reprise, traduite par de nouvelles générations de chercheurs – tant à l’étranger qu’en France. Il arrive toutefois qu’à vouloir la traduire on coure le risque de la trahir. En revanche nous sommes nombreux à considérer que les voies qu’elle ouvre méritent toujours d’être reprises.

Jean-Pierre Charcosset, Président de l’AIHM

=> Pour en savoir davantage sur Henri Maldiney, on pourra consulter avec profit le site de l’Association Internationale qui les est consacré : http://maldiney.wordpress.com/maldiney/

Pour obtenir les ouvrages de Henri Maldiney

Regard parole espaceHenri Maldiney

Regard Parole Espace

L’âge d’homme, Lausanne 1973

Depuis 1973, date de la publication du premier livre d’Henri Maldiney, sa pensée, d’oeuvre en oeuvre, ne cesse de faire voir le réel comme ce qu’on n’attendait pas. Le moment est donc venu, recueillant la diversité des textes, de déployer l’unité de cette pensée. Telle est la vocation de ces Oeuvres philosophiques. Regard Parole Espace, paru pour la première fois en 1973, rassemble une série d’essais rédigés, pour les plus anciens, dès le début des années 1950. Qu’ils portent thématiquement sur la peinture ou sur la psychiatrie, tous ont pour foyer central le souci de penser notre ouverture au monde à partir du sentir et de sa nécessaire spatialisation, là où la parole s’enracine. Il résulte d’une telle approche, se dressant contre toute tentation objectivante pour faire droit à la question de la forme et du rythme dans ses différentes manifestations, un renouveau de la phénoménologie. C’est pourquoi ce livre d’Henri Maldiney, très vite devenu un ouvrage de référence, s’est imposé d’emblée comme une radicale méditation de l’existence et de ses épreuves. Le lecteur trouvera, dans cette nouvelle édition, les reproductions de quelques oeuvres d’art abordées par l’auteur.

 

Penser l'homme et la folieHenri Maldiney

Penser l’homme et la folie

Editions Jérome Millon 1991

 

Penser l’homme et la folie : dans ce recueil d’études où s’est condensée, au fil des dernières années, sa réflexion, Henri Maldiney se propose de penser ensemble l’énigme de l’humanité et l’énigme de la « catastrophe » qui survient à certains d’entre nous. Double décentrement de la pensée, qui la met à la fois hors de l’anthropologie, fût-elle philosophique, et de son envers dans les théories psycho-pathologiques. Double décentrement où s’éprouvent donc au mieux la tradition philosophique et en particulier celle qui est issue de Heidegger et la tradition de la Daseins-analyse et de la Schicksalsanalyse, telle qu’elle est représentée par Binswanger, Straus. Minkowski, von Weizsücker et Szondi.
Dans une démarche authentiquement phénoménologique, où il s’agit de retourner à la « chose même » de l’humain et de la folie, de penser en va-et-vient de l’énigme à penser à ce qui en a été dit, Henri Maldiney dégage, par sa conception toute nouvelle de la transpossibilité et de la transpassibilité, une « compréhension » globale du phénomène humain qui le rend moins intraitable que par le passé. Le « séisme » de la folie, montre-t-il, vient d’un énigmatique court-circuit de la transpossibilité et de la transpassibilité, qui est seul propre à les mettre véritablement en relief comme la dimension profonde et cachée de notre expérience : celle de l' »événement » ou de l’émergence du nouveau, de la surprise de l’inattendu. La transpassibilité est une « possibilité » qui nous excède, en ce qu’elle fonde toute possibilité pour nous d’exister, parce qu’elle est en deçà de tout projet, transpossibilité de l’accueil – et de l’accueil transpassible -, y compris de l’accueil par nous-mêmes, de nous-mêmes. « Le réel répète Henri Maldiney comme un leitmotiv qui traverse tout l’ouvrage-, est toujours ce qu’on n’attendait pas ».

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