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Archive for octobre 2013

Penser la place du conflit dans la démocratie

Posted by Hervé Moine sur 22 octobre 2013

Vendredi 29 novembre 2013,

à l’ENS de Lyon

« La démocratie à l’épreuve du conflit »

Journée d’étude du 29 novembre 2013

ENS de Lyon, Laboratoire Triangle UMR 5206,

en partenariat avec le rectorat de Lyon

Avec pour invité d’honneur : Miguel Abensour, professeur émérite de philosophie politique à l’université Paris 7, Denis-Diderot. Organisé par Sébastien Roman, Marie Goupy du Laboratoire Triangle, ENS-Lyon.

Penser la place du conflit dans la démocratie constitue certainement l’un des enjeux majeurs de la pensée politique contemporaine. Au sein du paradigme libéral – devenu, dans la modernité, le modèle philosophique dominant – la prise en compte des potentialités conflictuelles des sociétés démocratiques s’est essentiellement exprimée sous la forme d’une réponse apportée à la reconnaissance du « fait du pluralisme ». Et il est certain que l’on ne peut plus partir aujourd’hui du constat que la société est une et homogène : l’hétérogénéité des valeurs ou le « fait du pluralisme » est indéniable. Sur ce fondement, et au nom du respect de la liberté individuelle, le libéralisme politique s’est donné pour ambition de permettre l’expression de toutes les voix discordantes, et inscrit un certain principe de conflictualité au cœur des sociétés démocratiques et de ses procédures discursives. Néanmoins, la conception libérale classique du conflit est à la fois négative et limitée. Négative puisque les divisions sociales, qui découlent de l’hétérogénéité des valeurs, sont essentiellement perçues comme un danger menaçant la stabilité et l’ordre démocratique. Limitée, surtout, par l’horizon même du conflit dans la théorie libérale qui exige son dépassement par l’exercice d’une rationalité discursive – contractuelle pour Rawls, post-métaphysique pour Habermas – dans une perspective consensualiste pleinement assumée.

La journée d’étude permettra d’interroger de manière approfondie la place et le rôle du conflit en démocratie, en abordant les questions suivantes :

1- Comment penser et définir le conflit ? Le conflit doit-il être restreint au domaine des valeurs ou des opinions ? Oppose-t-il irréductiblement des individus entre eux, ou faut-il le définir, en un sens néo ou post-marxiste, en termes de lutte des classes ? À moins que le conflit ne soit plutôt le moteur structurant de l’ensemble des rapports de pouvoir au sein de l’ordre social – impliquant de substituer au schème de la lutte des classes celui d’une microphysique du pouvoir ?

2- Quelle place accorder au conflit dans la démocratie ? Faut-il concevoir le conflit comme la simple conséquence du « fait du pluralisme » que la démocratie, sous sa forme libérale, prétend pouvoir surmonter ? Ou inversement, et à l’encontre de toute réduction de la démocratie à de simples procédures délibératives, ne faut-il pas l’inscrire au cœur même des sociétés démocratiques, pour le juger indépassable et en lui-même fécond ?

3- Enfin, le problème du maintien de l’ordre et de l’unité politique pourra conduire à s’interroger sur les limites de l’exercice du conflit en démocratie. Les situations de crise et de mise en péril de l’unité politique ne constituent-elles pas un pur et simple démenti aux théories cherchant à valoriser le rôle du conflit dans les démocraties ? Ou au contraire, repenser la place du conflit dans les démocraties invite-t-il à reposer le problème de l’unité politique autrement ? En définitive, jusqu’où peut-on, et dans quelles limites ou proportions, vouloir faire du conflit le principe de la vie politique pour permettre l’exercice d’une démocratie authentique ?

Au Programme

Matin (9h45-13h00) Le conflit : sa signification, ses motivations, sa fécondité

  • 9h45-10h00. Accueil des participants
  • 10h-10h15. Ouverture de la journée d’étude. Sébastien Roman et Marie Goupy
  • 10h15-10h45. Marie Gaille-Nikodimov (chargée de recherche, CNRS / CERSES) « Le désir de liberté est-il la matrice de la citoyenneté ? Retour sur la question de l’actualité machiavélienne. » 
  • 10h45-11h30. Christian Bouchindhomme (traducteur ; chargé de cours, Université Paris Dauphine) « Pragmatique et vertus du conflit. » 
  • 11h30-11h45. Discussion. Pause.
  • 11h45-12h30. Miguel Abensour (professeur émérite de philosophie politique à l’Université Paris 7, Denis-Diderot) « La politique : l’ordre ou le lien ? » 
  • 12h30-13h00. Discussion-débat 

Après-midi (14h30-17h00) Politique(s) du conflit, démocratie, et mouvements sociaux

  • 14h30-15h00. Ninon Grangé (maître de Conférences, Université Paris 8) « La guerre civile (mondiale?) et le dialogue Schmitt-Benjamin »
  • 15h00-15h30. Jean-Christophe Angaut (maître de Conférences, ENS de Lyon) « L’anarchisme est-il soluble dans la démocratie ? Approches du conflit chez Proudhon et Bakounine »
  • 15H00-15h30. Discussion et pause
  • 15H30-16h00. Alice Legoff (maître de Conférences, Université Paris Descartes) « Démocratie et conflit : apport des travaux de Charles Tilly à la théorie démocratique. »
  • 16h00-16h30. Pierre Sauvêtre (chargé de cours, Université Paris 8, Université Paris 13, IEP de Paris et professeur de lettres au collège) « Vérités d’Etat en conflit et processus de (dé)-démocratisation. D’après Foucault. » 
  • 16h30-17h00. Discussion finale

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Hommage au premier professeur noir de philosophie en Afrique noire francophone

Posted by Hervé Moine sur 22 octobre 2013

Hommage au Professeur Alassane Ndaw

Au moment où la Communauté Africaine de Culture, Section Sénégal, CAC/SEN, s’apprête à rendre hommage à son défunt président le Pr Assane Seck, un des siens vient de tirer sa révérence. Il s’agit du Professeur Alassane Ndaw.

Article de Alpha Amadou Sy paru le dans NdarInfo le 21 octobre 2012

Hommage au Professeur Alassane Ndaw ( par Alpha SY)Né il y a 91 ans dans cette vieille cité portuaire qu’est Saint-Louis du Sénégal, ancien de Ponty, le Professeur Alassane Ndaw reste une personnalité certes discrète mais des plus remarquables de la vie intellectuelle de notre pays. Sa contribution aura été massive particulièrement dans le domaine de la philosophie. Dans cet espace du savoir, il a eu à s’investir ardemment en tant que, à la fois, producteur d’idées et pionnier de l’enseignement de cette bien délicate discipline.

Dans un contexte historique particulièrement complexe, au cours duquel la quête identitaire avait subrepticement débordé du terrain de la culture pour trouver un lieu de séjour dans le champ philosophique, le Pr Alassane Ndaw avait su éviter les pièges de l’europhilosophie, tout en se gardant de mettre sous le boisseau les attributs originels de la philosophie. Cette posture théorique était doublée d’un effort titanesque en faveur de la promotion de ce mode de pensée à l’Université de Dakar qui portera plus tard le prestige nom de Cheikh Anta Diop.

Sous ce rapport, l’ouverture d’un Département de philosophie dont il sera le chef est à saluer comme couronnement d’un engagement personnel. Avec ces tout premiers collaborateurs, au nombre desquels les Professeurs Boubacar Ly, Dieydy Sy, Abdoulaye Bara Diop, Mamoussé Diagne, Raymond Aloïs Ndiaye et Abdoulaye Elimane Kane, il formera des étudiants suffisamment outillés pour s’investir avec succès non seulement dans l’enseignement mais dans bien d’autres secteurs de la vie professionnelle.

Au demeurant, ses actions intègrent une préoccupation beaucoup plus générale, à savoir celle de l’africanisation de ce qui était jusqu’à 1990, la seule université sénégalaise. Sans doute, son envergure théorique, le fait d’avoir été le premier professeur noir de philosophie en Afrique noire francophone et son engagement multiforme pour la promotion de la discipline lui ont valu d’être membre du comité directeur de l’Institut mondial de la philosophie.
En vérité, cette implication du défunt Professeur des universités et ancien Doyen de la Faculté des Lettres et Sciences humaines de l’Université de Dakar, participe de l’œuvre d’un militant largement édifié sur les immenses enjeux du savoir et de la culture dans la perspective de l’émancipation politique et du progrès social. Sous cet angle, son engagement est indissociable de ce précieux héritage qu’il a en partage avec tous ces intellectuels et hommes de culture de sa génération : s’assurer un ancrage cultuel à partir duquel on apprend à se mettre au service de l’idéal de liberté, de dignité et de justice sociale. Certes leurs sensibilités idéologiques et politiques étaient différentes, mais ils étaient assez lucides pour circonscrire, à partir du variable culturel, de solides zones de convergence.

Cette stratégie était en vigueur dans la Société Africaine de Culture – sous la direction d’Alioune Diop- dont l’esprit sera perpétué par la création, en 2004, de la Section sénégalaise de la Communauté de Culture. Aussi des doyens qui ont pour noms Alassane Ndaw, Assane Seck, Abdoulaye Bara Diop, Amady Aly Dieng se retrouveront-ils avec des « plus jeunes » comme les Professeurs Ibrahima Thioub, Penda Mbow, Marie-Andrée Diagne, Fadel Dia pour échanger sur les questions essentielles qui agitent le Sénégal, l’Afrique et les autres contrées du globe. C’était à la fois émotif et instructif de réaliser avec quelle prouesse le Professeur Alassane Ndaw, comme la plupart des ainés de la Communauté Africaine de Culture, défiait son âge et mettait entre parenthèses les vives protestations de son corps pour honorer de sa présence les rendez-vous avec leurs pairs.

La Communauté Africaine de Culture s’incline devant sa mémoire et présente, en mon nom, à toute sa famille, à tous ses proches et à tous ses anciens étudiants, ses condoléances les plus attristées. Nous affirmerons ici solennellement toute notre entière disponibilité à coopérer avec toutes les bonnes volontés afin de faire connaître son œuvre et de donner au Professeur Alassane Ndaw la place qu’il mérite dans l’histoire de notre pays.

Le Président de la Communauté Africaine de Culture/ Section Sénégal, CAC/SEN,
Alpha Amadou SY 

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La Pop Philosophie, le degré zéro de la philosophie ?

Posted by Hervé Moine sur 22 octobre 2013

Pop philosophie : « Extraire des concepts philosophiques d’un concert de Jimi Hendrix »

Article Elodie Crézé paru le 21 octobre sur MarsActu

Après un voyage à Paris puis à Bruxelles, la Semaine de la Pop philosophie débarque à Marseille pour une série de conférences très rock’n roll mais néanmoins sérieuses sur « Tintin au pays de l’ordre » et « Peut-on jouir de tout ? ». Jacques Serrano, le fondateur du festival nous a présenté le concept.

La pop philosophie a été inventée par le philosophe Gilles Deleuze dans les années 1970. « Il a eu une très belle idée d’artiste, extraire des concepts philosophiques d’un concert de Jimi Hendrix ou de films de série B. » Même si Gilles Deleuze a peu développé cette notion de Pop philosophie, Jacques Serrano a été amené à reprendre ce terme, à l’associer à un festival du même nom et à l’étendre. « De plus en plus de jeunes philosophes sont amenés aujourd’hui à réfléchir sur des objets qui relèvent du divertissement, considérés comme vulgaires, grossiers par la haute culture ». Exemple, cette année, le phénomène des films catastrophes est abordé d’un point de vue philosophique. Mais n’est-ce pas là le degré zéro de la philosophie?

Justement, répond Jacques Serrano, « plus l’objet nous est familier, populaire, plus on peut plus facilement franchir la porte de la rencontre avec la philosophie ». Mais dans le même temps, « les intervenants qui sont des philosophes agrégés ne vulgarisent pas leur propos, même s’ils s’adaptent à leur public qui ne vient pas forcément de l’université ». Les débats restent sérieux, que l’on parle de Gaston Lagaffe, de la culotte de Madonna, de la métaphysique de la clope ou encore des Trente glorieuses au miroir des Tontons flingueurs. Par contre, la forme de la conférence est originale. « Nous avons repensé la forme des échanges. Ainsi, le philosophe va déambuler dans la salle, tandis qu’un DJ diffusera des sons, et il fera des sortes de micro-trottoirs. Il n’attend pas que vous posiez une question, il va vous en poser ». On est prévenu.

Toute la programmation marseillaise est à retrouver en ligne. Dès ce soir, au Mucem, rendez-vous à 21 h pour aborder avec une historienne, un journaliste et des philosophes la question de « Sommes-nous dans un nouveau moment philosophique ? »

Par Elodie Crézé, le 21 octobre 2013

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Sortie du Baudelaire de Walter Benjamin

Posted by Hervé Moine sur 22 octobre 2013

Walter Benjamin

Baudelaire

Edition La Fabrique

Introduction de Giogio Agamben

Édition établie par Giorgio Agamben, Barbara Chitussi et Clemens-Carl Härle

On croyait tout savoir ou presque du travail de Walter Benjamin dans ses dernières années : son labeur acharné à la Bibliothèque nationale sur Paris au XIXe siècle, ses rapports difficiles avec ses commanditaires, Adorno et Horkheimer, qui refusent son Paris du Second Empire chez Baudelaire et se montrent fort réticents envers tout son travail sur Baudelaire. On pensait que Benjamin, isolé, étranglé par les difficultés matérielles, avait fini par se plier, par renoncer à un Baudelaire autonome.

Désormais, nous savons qu’il n’en est rien. C’est que Giorgio Agamben a découvert dans le placard des dépôts de la Bibliothèque nationale une liasse de feuillets manuscrits que Benjamin avait confiée à Georges Bataille – conservateur de la BN à l’époque – avant de quitter Paris en 1940. Ces manuscrits, pour la plupart inédits jusqu’à aujourd’hui, contiennent une abondance de notes et de textes préparatoires à son Baudelaire, et le plan du livre auquel il travaillait sans relâche, au point d’en faire le centre secret de son œuvre, évidant, dévorant par l’intérieur le projet sur Paris.

Le présent ouvrage reconstitue le Baudelaire de Benjamin d’après ces notes, d’après ce plan. Il bouleverse la conception traditionnelle du dernier Benjamin, en éclairant son mode de travail: c’est presque par-dessus son épaule qu’on assiste à l’accumulation des documents, aux ébauches d’écriture, aux étapes de la rédaction. Les textes connus sur Baudelaire, jusque-là épars et sans lien entre eux, prennent ici tout leur sens et leur cohérence apparaît de façon lumineuse. L’ensemble a été traduit par Patrick Charbonneau, l’un des meilleurs spécialistes de la littérature allemande moderne.

Un livre à la fois philologique et passionnant, indispensable à tous les amis de Walter Benjamin.

Voir site de La Fabrique

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