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Hermès, une nouvelle collection pour de grandes oeuvres

Posted by Hervé Moine sur 7 novembre 2013

Les cours d’Ellipses, pour une philosophie vivante

Propos recueillis par Henri de Monvallier, publié le 06/11/2013 dans Le Monde des Religions

Les éditions Ellipses lancent en cette rentrée une nouvelle collection, « Hermès », proposant la transcription de leçons orales de philosophes pour s’initier aux grands auteurs et aux grandes œuvres de l’histoire de la philosophie. Son directeur, Thibaut Gress, docteur en philosophie et auteur de plusieurs ouvrages de référence sur Descartes, est aussi le créateur et rédacteur en chef du site internet Actu Philosophia. Il répond à nos questions. 

Quelle est votre intention en proposant cette nouvelle collection ?

Il s’agit de remettre au goût du jour ce qui fut, à mes yeux, l’honneur de l’édition philosophique française, à savoir la publication de cours de grande qualité ; songeons par exemple aux remarquables Leçons de métaphysique allemande du regretté Jacques Rivelaygue (1936-1990) ou encore aux leçons de Ferdinand Alquié (1906-1985) consacrées à Descartes et à Spinoza, qui ont éclairé de nombreux étudiants. En essayant donc de reprendre cette belle tradition, nous souhaitons réaliser deux objectifs. D’une part aider les étudiants à entrer dans des œuvres ou des thématiques majeures de l’histoire de la philosophie à partir de l’enseignement oral souvent plus clair que le seul écrit : cette oralité est prise dans la nécessité de s’adresser à un public immédiatement présent, à l’inverse de l’écrit où l’auteur n’affronte pas directement son lecteur. D’autre part, il nous paraît important de garder une trace de ces grands cours ayant marqué beaucoup d’étudiants, et nous essayons, modestement, d’y contribuer.

Pourriez-vous nous indiquer quels sont les autres titres à venir ?

Parmi les titres à venir, figurent un cours sur le rationnel et l’irrationnel, un sur Berkeleyun autre sur Gilles Deleuze, un enfin sur l’Éthique à Nicomaque d’Aristoteainsi qu’un cours sur Nietzsche qui, je le pense, fera date.

Vous signez vous-même le premier volume, consacré aux Méditations métaphysiques de Descartes. Les leçons que vous proposez ont pour fil rouge « Baroque et art d’écrire », un axe d’interprétation assez nouveau. Pourriez-vous résumer votre démarche ?

Descartes est un auteur associé à l’idée de classicisme, c’est-à-dire de rigueur, de clarté et d’ordre. S’il fallait en donner une métaphore esthétique, je dirais qu’on pense ses écrits comme une sorte de ligne droite et ferme, rationnelle et résolue. Je ne conteste nullement cette analyse pour l’essentiel de ses œuvres mais il m’est apparu que les Méditations faisaient exception à ce schéma-là : elles mettent en effet en scène une sorte de théâtre baroque où le sinueux et le serpentin se substituent à la ligne droite ; Descartes y défend le doute, risque d’y être absorbé, avance, fait un pas de côté, revient en arrière, contourne, puis effectue de fulgurantes percées à la manière de ces coupoles baroques traversant les nuages pour découvrir Dieu, que semble imiter la troisième méditation. À cela s’ajoute le fait qu’à partir de la quatrième méditation se dévoile un nombre croissant d’incongruités, voire de raisonnements maladroits, qu’il serait délicat d’interpréter comme involontaires de la part de Descartes : je fais donc le pari qu’il s’agit de maladresses volontaires destinées à indiquer au lecteur qu’un double sens structure le texte, notamment autour de la question de la bonté divine. Je défends la thèse selon laquelle Descartes ne croit pas à cette bonté, non pas parce que Dieu serait mauvais mais parce qu’Il serait par-delà la question morale, et indifférent de ce point de vue à la créature humaine. Mais cela, Descartes ne pouvait pas l’écrire clairement : il l’a alors indiqué à mots couverts, en usant de son art d’écrire.

À qui s’adresse votre collection ? Au grand public curieux de découvrir un auteur ou une œuvre à partir d’une suite de leçons méthodiquement organisées ? Ou bien à ceux qui connaissent déjà les auteurs ou les œuvres et veulent approfondir leurs connaissances ?

Je crois que cette collection s’adresse à tous les publics que vous mentionnez. Elle constitue d’abord un outil pour les étudiants qui, déjà familiers de la philosophie, pourront parfaire leur connaissance de tel ou tel auteur en compagnie d’un spécialiste reconnu. Mais, dans la mesure où nous avons privilégié la clarté et la pédagogie inhérentes à l’oralité, ces leçons s’adressent également au grand public soucieux de découvrir la philosophie dans un cadre rigoureux : nous avons pour cela réduit les notes de bas de page qui jalonnent les éditions scientifiques sans que l’ouvrage ne succombe pour autant au survol ni à l’imprécision. J’ajoute que, loin d’être impersonnelles et froides, ces leçons portent la marque singulière de leur auteur et constituent également des interprétations fermes et originales des philosophes abordés qui intéresseront aussi les spécialistes. Ainsi Gaspard Koenig n’hésite-t-il pas, par exemple, à comparer Gilles Deleuze à l’anarcho-capitalisme américain, ce qui brise la vulgate contemporaine et ajoute à la grande pédagogie de ses cours un fil interprétatif fort et novateur.

À découvrir dans la même collection :

  • Rosleyne Dégremont, Leçons sur la philosophie de Berkeley.
  • Gaspard Koenig, Leçons sur la philosophie de Deleuze.
  • Jérôme Laurent, Leçons sur l’Éthique à Nicomaque d’Aristote.

 

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