Céder à la mode et lire Spinoza

Capture d_écran_2018-02-17_12-52-16Mais pourquoi Spinoza est-il une superstar en 2018 ?

Par Stéphane Bou, Marianne du 26/01/2018, extrait) Son nom est accolé au développement personnel, ses phrases servent d’antistress. Mais pourquoi ce penseur du XVIIe siècle attire les foules ? Qu’apporte-t-il aux lecteurs de 2018 ? Maxime Rovère, traducteur et spécialiste du philosophe, vient de publier « le Clan Spinoza« . Nous lui avons demandé d’analyser cette mode.

Certains philosophes vivent des effets de mode. Ainsi, les salons, à la fin du XIXe siècle, raffolaient de Schopenhauer, qu’ils citaient à tout bout de champ. Dans son dernier livre, Michel Winock rappelle qu’ « il était le nom d’un porte-enseigne à l’esprit de décadence ». Une bannière mondaine avant tout. On s’emparait de son œuvre moins pour la lire que pour y puiser les aphorismes propres à « étayer [sa] vision du monde désenchantée ».

Sans doute y a-t-il aujourd’hui avec Spinoza un phénomène analogue. Quelque chose comme un spinozisme mondain, lequel exacerbe le concept de « joie », central en effet dans l’Ethique, mais vendu aujourd’hui à toutes les sauces comme un mantra. Vu sur une plaque posée devant les toilettes d’une aire d’autoroute : « Si vous voulez que la vie vous sourie, apportez-lui d’abord votre bonne humeur. » On dirait du Pascal Obispo ! Mais la phrase est attribuée à Spinoza et circule sur mille sites de citations antidéprime sur Internet qui reprennent la citation apocryphe… L’enrôlement de Spinoza dans la littérature du « développement personnel » rend possible un livre comme Spinoza antistress en 99… (La suite dans Marianne du 26/01/2018, « Mais pourquoi Spinoza est-il superstar en 2018 ? » de Stéphane Bou)


Pourquoi ne pas céder à la mode et lire Spinoza, relire l’Ethique et s’écrit sur lui et s’il est vrai que Spinoza devenait notre coach de prestige ?
Nous proposons quelques ouvrages publiés récemment sur le philosophe superstar de la joie et de l’amour, de la vie.
Tout d’abord, on peut commencer par la version actualisée de l’Ethique de Bruno GIULIANI, Le bonheur avec Spinoza L’Ethique, reformulée pour notre temps (2017). Et en attendant, en mars prochain, l’ouvrage d’André PESSEL, Dans l’Ethique de Spinoza. on pourra lire d’Ariel SUHAMI, Spinoza, Philosophe en équilibre, (2018), de Maxime ROVERE, Le Clan Spinoza, Amsterdam 1677, L’invention de la liberté (2018) et de Frédéric LENOIR, Le miracle Spinoza, Une philosophie pour éclairer notre vie, (2017). On pourra également lire avec profit un livre un peu plus ancien le Spinoza de Robert Misrahi (2011).
Nous proposons également d’écouter ou de réécouter l’émission Les Racines du ciel, de Frédéric Lenoir qui a justement pour invité Bruno Guiliani, portant sur … Spinoza, évidemment ! à l’occasion de la sortie de sa traduction actualisée de l’Ethique .

 


Bruno GIULIANI

Le bonheur avec Spinoza

L’Ethique, reformulée pour notre temps

Chez Almora 2017

« Un livre essentiel qui a le mérite de rendre accessible la philosophie de Spinoza »
Frédéric Lenoir à propos du livre de Bruno Giuliani

Spinoza est peut-être le plus grand philosophe de l′Occident, mais il est si difficile à lire que très peu arrivent à le comprendre.
Voici son Éthique rendue enfin accessible à tous dans une version simplifiée et modernisée enrichie de précieuses explications et de nombreux exemples.
Reformulant l′Éthique dans le sens des sagesses non-duelles, Bruno Giuliani met en lumière l′intuition la plus révolutionnaire de l′oeuvre, souvent incomprise de ses lecteurs, à savoir que le véritable sens de Dieu – c′est-à-dire la nature – est en réalité la Vie. Accompagnant le lecteur tout au long de l′ascension spirituelle qui va de la souffrance de l′ignorant à la liberté du sage, il montre comment se libérer des illusions de la morale et s′éveiller à la grâce de l′amour par la seule compréhension de la vérité.
L′Éthique apparaît alors clairement pour ce qu′elle est : une extraordinaire pédagogie du bonheur dont la méthode est la thérapie de l′affectivité par l′éveil de notre intuition. Plus nous comprenons nos affects comme des expressions nécessaires de la Vie, plus nos passions se transforment en vertus et plus nous devenons libres, aimants et heureux, jusqu′à la plus haute béatitude.
Une invitation magistrale à éveiller notre coeur à l′unique source du bonheur – et au sens même de l′existence : la culture de la joie.

Professeur agrégé et docteur en philosophie de Nice Sophia Antipolis, Bruno Giuliani a enseigné pendant vingt ans en lycée et à l’université tout en animant de nombreux ateliers philo pour enfants et adultes.
Il est aujourd’hui l’un des directeurs pédagogiques de la Fondation SEVE (Savoir Être et Vivre Ensemble), créée par Frédéric Lenoir, qu a pour mission de soutenir les projets qui, à travers la réflexion philosophique, la pratique de l’attention, l’activité ludique ou artistique œuvrent pour mieux préparer les enfants et les jeunes à devenir des citoyens confiants, actifs et respectueux du vivant​ : http://fondationseve.org
Bruno Giuliani vit à Nice.

Se procurer L’Ethique de Spinoza de Bruno Guiliani


L’émission Les Racines du Ciel de Frédéric Lenoir « Le Bonheur selon Spinoza » reçoit Bruno Giuliani , à propos de la parution de sa version actualisée de l’Ethique


Ariel SUHAMI,

Spinoza

Philosophe en équilibre

Aux édition Ellipses février 2018

La collection « Aimer les philosophes » laisse le champ libre à des spécialistes pour livrer une lecture personnelle de l’auteur ou du courant philosophique qui est au coeur de leur vie spirituelle. Un cheminement de pensée enthousiaste en compagnie des classiques de notre tradition. Ici, Spinoza, Philosophe en équilibre.

L’équilibre, notion introuvable et omniprésente chez Spinoza. L’enfant dont le corps est « comme en équilibre » illustre le mécanisme d’imitation des affects, au coeur de la psychologie spinoziste. Mais où trouverons-nous la définition de l’équilibre ? Chez l’âne de Buridan, pris entre deux désirs strictement équivalents, et modèle du « libre-arbitre » ? Mais celui-ci n’est qu’une illusion, même si souvent les hommes ne savent plus où se tourner et flottent entre deux affects contraires, espérance et crainte, amour et haine, etc. À cet équilibre figé, s’oppose l’équilibre en mouvement, qui est un déséquilibre rattrapé. Le spinozisme procède par de fulgurantes équivalences : entre l’âme et le corps, entre Dieu et la nature, entre la puissance et le droit, la réalité et la perfection… Mais ces équivalences, quoi qu’en disent les détracteurs du spinozisme, ne sont pas de simples parallèles fixées dans un système inerte. La pensée qui les pose donne plus de poids tantôt à l’un, tantôt à l’autre des plateaux du balancier, de manière à produire en nous l’équilibre de l’âme, « l’équanimité » qui fait droit à la double postulation de la raison : connaître le monde dans sa nécessité, prendre la mesure de notre puissance d’agir. Cet ouvrage tente de penser, à partir de quelques figures exemplaires et sans souci de systématicité, cette économie pendulaire qui fait que « l’automate spirituel » que nous sommes peut pratiquer et vivre le spinozisme, et l’aimer.

Se procurer Spinoza, Philosophe de l’équilibre d’Ariel SUHAMI


 Maxime ROVERE

Le Clan Spinoza

Amsterdam 1677, L’invention de la liberté

Flammarion 2017

Le Clan Spinoza mobilise toutes les ressources du roman pour faire renaître le monde dans lequel a vécu Bento de Spinoza, entre Amsterdam et La Haye, dans cette Europe du XVIIe siècle qui a vu l’avènement de la Raison Moderne.

Il célèbre les aventures de ceux qui partirent à la conquête de la liberté, hommes et femmes oubliés par l’Histoire et pourtant hauts en couleur. Parmi eux, Saül Levi Morteira, grand rabbin de la communauté juive d’Amsterdam ; Adriaen Koerbagh, encyclopédiste en avance d’un siècle sur son temps ; Franciscus Van den Enden, activiste farouchement opposé à Louis XIV ; Sténon, anatomiste de génie…

Suivant les destins capricieux des familles, des amours, des amitiés et des idées, ce livre foisonnant, original, palpitant, dessine la figure inédite d’un Spinoza « en réseau ». Grâce à lui, l’éclat de la philosophie, au lieu de nous aveugler d’admiration pour l’un de ses plus grands auteurs, nous aide à mieux comprendre ce qu’est le monde – le sien, le nôtre – et même ce que signifie… comprendre.

Se procurer l’ouvrage de Maxime ROVERE, Le Clan Spinoza, Amsterdam 1677, L’invention de la liberté


Frédéric LENOIR

Le miracle Spinoza

Une philosophie pour éclairer notre vie

Chez Fayard 2017

« Spinoza est assurément génial, et l’on peine parfois à suivre sa puissance intellectuelle, mais son abstraction ne vise qu’à proposer une sagesse qui ne trace aucune voie impérative pour permettre à chacun de trouver le chemin de la joie. »

Frédéric Lenoir

Présentation par Frédéric Lenoir lui-même

Banni de la communauté juive à 23 ans pour hérésie, Baruch Spinoza décide de consacrer sa vie à la philosophie. Son objectif ? Découvrir  un bien véritable qui lui  «procurerait pour l’éternité la jouissance d’une joie suprême et incessante.» Au cours des vingt années qui lui restent à vivre, Spinoza édifie une œuvre révolutionnaire. Comment cet homme a-t-il pu, en plein XVIIe siècle, être le précurseur des Lumières et de nos démocraties modernes ? Le pionnier d’une lecture historique et critique de la Bible ? Le fondateur de la psychologie des profondeurs ?

L’initiateur de la philologie, de la sociologie, et de l’éthologie ? Et surtout, l’inventeur d’une philosophie fondée sur le désir et la joie, qui bouleverse notre conception de Dieu, de la morale et du bonheur ? A bien des égards, Spinoza est non seulement très en avance sur son temps, mais aussi sur le nôtre.  C’est ce que j’appelle le «miracle» Spinoza.

Ode à la joie

Article de Martin LEGROS paru dans Philosophie Magazine, le 29/11/2017

« Est-il possible de faire voir la lumière qui se dégage de la pensée de Spinoza, cette lumière intérieure, semblable à celle des peintures de Vermeer, son exact contemporain, et qui nous permet de « regarder l’homme et le monde autrement » ? C’est le pari réussi de Frédéric Lenoir, qui restitue la vie tourmentée et les concepts fondamentaux de l’auteur de l’Éthique. On suit la manière dont un jeune intellectuel juif d’Amsterdam, confronté à des deuils familiaux, des échecs sentimentaux, ainsi qu’au bannissement de sa communauté, invente une nouvelle éthique, fondée sur le désir ; une nouvelle politique, fondée sur la défense de la démocratie et de la liberté de penser ; et une nouvelle métaphysique, où Dieu se fond dans la Nature et où la liberté se confond avec l’intelligence de la nécessité. Toutefois, une chose surprend. Alors qu’il prend acte de la rupture de Spinoza avec l’éthique au sens classique, Lenoir ne peut s’empêcher de ramener l’appel spinoziste à s’arracher à l’obscurité pour atteindre la béatitude de la raison à une leçon consolante, où, aux côtés de Jésus et de Bouddha, la vraie révolution serait celle, intérieure, de l’amour et de la charité. Mis à part ces moments d’embardée, cet essai remplit parfaitement sa fonction. »

Martin Legros

Frédéric Lenoir est philosophe, sociologue et chercheur associé à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS). Il est coproducteur de l’émission « Les racines du ciel », sur France Culture. Il a publié de nombreux essais et romans traduits dans une vingtaine de langues. Ses récents ouvrages Petit traité de vie intérieureL’Ame du mondeDu bonheur, un voyage philosophique, ont été en tête des listes de best-sellers.

Se procurer l’ouvrage de Frédéric Lenoir


Robert MISRAHI

Spinoza

Une philosophie de la joie

Aux éditions Entrelacs 2011
Collection « Sagesses éternelles »

Dans la culture moderne occidentale, la sagesse spinoziste peut valoir comme  » un modèle de la nature humaine la plus parfaite  » pour reprendre une formulation de Spinoza lui-même. En effet, pour ce philosophe, le sage est un homme libéré de tout préjugé et de toute passion par l’usage constant de la raison pour la conduite de la vie. Ce rationalisme, s’il se réfère à un Dieu-Nature infini, reste essentiellement un souci de l’homme pour l’homme, une sorte d’humanisme. Libéré d’une Providence personnelle et imaginaire, le sage reçoit tous les événements avec sérénité, et cette sérénité rationaliste est toujours en même temps une  » béatitude « . Le sage spinoziste, à travers toute l’histoire de la pensée européenne, apparaît donc bien comme l’homme libéré, serein et parfaitement heureux, totalement intégré à l’univers infini et à la société civile où il vit. C’est la prégnance et la perfection de cette sagesse qui nous incitent à interroger de plus près cette philosophie qui nous propose cela même que nous cherchons : la liberté d’esprit et le bonheur vrai.

Professeur émérite de philosophie éthique à l’université de Paris I Sorbonne, Robert Misrahi est l’auteur de nombreux ouvrages de référence sur Spinoza et sur l’éthique du bonheur paru entre autres aux éditions du Seuil, PUF, Armand Colin ou Les Empêcheurs de penser en rond.

Se procurer le Spinoza de Robert Misrahi


 

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3 commentaires sur “Céder à la mode et lire Spinoza

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  1. J’ai lu avec grand plaisir le livre de Rovere qui retrace l’ambiance de l’Amsterdam de l’époque et les débats subtils qui s’y tenaient tout en remettant en cause certains clichés sur Spinoza, notamment son herem.
    Vraiment très bien, on ne s’ennuie pas !
    En revanche, on peut très bien se passer de la lecture du livre de Lenoir sans intérêt. A la fin du livre, il publie sa correspondance avec Misrahi qui le remercie de l’envoi du livre et qui n’est nullement d’accord avec l’interprétation religieuse de Lenoir. Il faut faire appel à une autorité pour crédibiliser son entreprise !
    Epoque orwellienne en diable : comment récupérer les auteurs en les noyant dans la soupe de la pensée consensuelle !

  2. Je vous remercie pour votre retour.
    L’ouvrage de Frédéric Lenoir cède il est vrai à la superficialité mais n’est-ce pas le rôle d’un livre de vulgarisation. Quel était son objectif si ce n’est celui-ci ? Réussit-il cette vulgarisation ? Maintenant, il apparaît évident qu’un lecteur assidu de Spinoza ne peut y trouver son compte, et on comprend fort bien le plaisir qui a pu accompagner votre lecture de l’ouvrage de Rovère et l’ennui suscité par celle du livre de Lenoir. Une remarque en passant, dans cette effervescence spinozienne, la parution du premier s’est produite dans le silence alors que la promotion du second plutôt dans le bruit médiatique.
    Sinon, avez-vous lu « le Café de Spinoza » de Michel Juffé paru l’an dernier ? Apparemment, il reçoit bon accueil. Me le conseilleriez-vous ? Il stimule bien davantage, m’a-t-on dit, que le Miracle de Spinoza, en ce qu’il va bien au-delà de la biographie et du panégyrique. Se proposant en effet de penser en quoi le philosophe d’Amsterdam peut apporter sa contribution dans les grandes questions actuelles, Michel Juffé semblerait ne pas céder à la récupération du philosophe d’Amsterdam.
    Bien à vous

  3. Non, en revanche, je conseille vivement la lecture des oeuvres de Frédéric Lordon, philosophe et économiste qui applique la pensée de Spinoza à la tentative de compréhension de notre société. Je lis en ce moment Les affects de la politique. Très bien et décapant !
    PS : je rappelle à Monsieur Hervé qu’autrefois nous nous connûmes en Licence de Philosophie. Nous suivions alors les cours de M. Eric Blondel sur Nietzsche et il arrivait que vous vendiez des barbes à papa et autres sucreries !
    Bonne continuation !

    Patrice Eckert.

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