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Archive for the ‘Etude d’une oeuvre’ Category

la pensée du philosophe et rhéteur néo-platonicien latin Marius Victorinus à l’étude

Posted by Hervé Moine sur 11 mars 2010

Le Centre de recherches « Philosophies et Rationalités » (PHIER)

de l’Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand II

organise une journée d’étude

Marius Victorinus et la philosophie

samedi 27 mars 2010

à la Maison des Sciences de l’Homme, Salle 332

Présentation de la journée Marius Victorinus

La journée d’étude que nous organisons est consacrée à l’œuvre et à la pensée du philosophe et rhéteur néo-platonicien latin Marius Victorinus (275-363). Quoiqu’il soit encore peu étudié, les historiens de la philosophie s’accordent toutefois à lui reconnaître un rôle décisif dans le passage de la philosophie grecque, néoplatonicienne, à une philosophie d’expression latine. Quelques études récentes l’ont ainsi suggéré : Victorinus est un artisan majeur dans la formation d’un vocabulaire philosophique de langue latine. La journée d’étude a pour but d’examiner la manière dont Marius Victorinus se situe au confluent de la philosophie grecque classique, du néoplatonisme contemporain, et de la patristique, en son expression grecque ou latine. Héritier de la philosophie grecque, Marius Victorinus est ainsi une source importante, mais souvent méconnue, de la philosophie occidentale.

Cette journée se situe dans le prolongement des travaux antérieurs du PHIER consacrés au néoplatonisme. Plusieurs colloques ont en effet été organisés, qui ont permis d’approfondir notre connaissance du néoplatonisme grec, et de ses résurgences, modernes ou contemporaines, principalement dans la philosophie de langue allemande. Il restait donc à prendre en considération le néoplatonisme latin.

Les différents intervenants que nous avons sollicités reflètent la diversité des facettes de Marius Victorinus. Philosophes ou philologues, spécialistes de la pensée grecque, ou latine, antiquisants ou médiévistes, ils s’attacheront, à partir de leur propre compétence, à mieux saisir, au travers de ses multiples sources ou de sa tout aussi diverse postérité, l’originalité de Marius Victorinus.

Au programme de cette journée d’étude

  • Philippe Hoffmann de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes de Paris, Réflexions sur l’histoire de la triade de l’Etre, de la Vie et de la Pensée dans le néoplatonisme
  • Anca Vasiliu du Centre Léon Robin, CNRS de Paris IV, L’argument de l’image dans la défense de la consubstantialité par Marius Victorinus (Adversus Arium, I, 19-20)
  • Alain Petit de l’Université Clermont-Ferrand II, Existence et manifestation. Un johannisme platonicien
  • Anne-Isabelle Bouton-Touboulic de l’Université Bordeaux III, Marius Victorinus et Augustin : questions autour des dialogues de Cassiciacum
  • Kristell Trego de l’Université Clermont-Ferrand II, Substance, sujet, acte. La première réception latine d’Aristote : Marius Victorinus et Boèce

Pour tout renseignement

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Descartes : Discours de la Méthode Cours n°8

Posted by Hervé Moine sur 12 mars 2009

Nous terminons notre lecture de l’ouvrage de Descartes, par cette dernière partie, le deuxième volet de la « connaissance de la nature ». Et comme c’était le cas, dans les cours précédents, nous terminerons par des questions dont le but est de vous accompagner dans votre lecture et pour vous permettre de l’approfondir.

René Descartes

René Descartes

IV CONNAISSANCE DE LA NATURE (suite)

F. Sixième partie du Discours de la Méthode

« Et en la dernière, quelles choses il croit être requises pour aller plus en avant en la recherche de la nature qu’il n’a été, et quelles raisons l’ont fait écrire. »

Le but de Descartes, dans l’ultime partie de cette préface, est de chercher à susciter la curiosité du public et de rechercher des mécènes. En douze paragraphes et deux mouvements, l’auteur déploie sa stratégie.

1°) [para.1 à 3] Le premier moment montre que la connaissance doit maîtriser la nature.

Pour Descartes, la philosophie doit être pratique et rendre maître les hommes « comme maîtres et possesseurs de la nature ». Pour cela, il faut combiner les raisonnements théoriques et les observations expérimentales. Il insiste sur la nécessité des expérimentations pour la recherche scientifique.

2°} [para.4 à 12] Le second moment nous montre les hésitations de Descartes à publier ou ne pas publier.

D’abord, Descartes passe en revue les motifs qui pourraient encore le forcer à publier, puis il reprend les raisons tout aussi fortes qui le retiennent (la confrontation de ses thèses avec celles des autres lui fait courir le risque d’être attaqué et dérangé dans ses recherches), et enfin, il dit pourquoi il ne livre que des fragments et des aperçus de sa physique.

QUESTIONS

  1. Que signifie « procurer autant qu’il est en nous le bien général de tous les hommes » [2ème paragraphe] ? Quel est ce bien ?
  2. Comment interpréter la célèbre formule : « nous rendre comme maître et possesseur de la nature » ? Dieu n’est-il pas le seul à maîtriser et à posséder la nature ?
  3. Un seul homme peut-il venir à bout de la connaissance des forces naturelles ? Descartes pense-t-il épuiser ces ressources à lui seul ?
  4. A quoi sert l’image du lierre, et que prouve-t-elle contre les scolastiques qui cherchent à expliquer la nature à partir des livres du maître ?
  5. Maîtrise et démiurgie : peut-on tout se permettre envers ce qu’on maîtrise ?
  6. La brièveté de la vie et ses conséquences éthiques ?
  7. Devoirs de l’homme privé, devoirs de l’homme public : que doit-on à l’humanité ?

Vous pouvez utiliser la fonction commentaire ci-dessous et y déposer vos contributions relatives à la lecture de cette première partie de l’ouvrage et concernant les réponses aux questions.

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Descartes : Discours de la Méthode Cours n° 7

Posted by Hervé Moine sur 11 mars 2009

Nous abordons à présent la dernière grande partie du Discours de la méthode, à savoir « la connaissance de la nature », celle-ci est traitée dans la 5ème et 6ème partie de l’ouvrage. Ce cours aura pour objectif de lire la cinquième et avant dernière partie de l’œuvre. Et pour compléter ce cours, vous trouverez des questions.

René Descartes

René Descartes

IV CONNAISSANCE DE LA NATURE

E. Cinquième partie du Discours de la Méthode

« En la cinquième, l’ordre des questions de physique qu’il a cherchées, et particulièrement l’explication du mouvement du cœur et de quelques autres difficultés qui appartiennent à la médecine, puis aussi la différence qui est en notre âme et celle des bêtes. »

La cinquième partie du Discours ébauche le développement de la vision mécaniste du monde corporel par des aperçus sur la physique et sur sa physiologie. Le monde sensible étant justifié (4ème partie), il s’agit de montrer d’abord, comment l’optique de la certitude s’applique à la nature ; ensuite, comment elle permet de poser rationnellement le mécanisme ; et enfin, comment seule cette thèse permet d’effectuer une différentiation entre la machine, l’animal et l’homme. Ce triple mouvement est déployé dans cette présente partie, en onze paragraphes.

1°) [para. 1 à 3} Descartes montre, dans un premier moment, que la nature peut être connue par l’homme.

Pour éviter les controverses, Descartes indique à grands traits le contenu du Traité du Monde qu’il n’avait pu terminer en 1633, à cause de la condamnation de Galilée. Ce livre contenait les fondements de la physique : les lois de la nature, établies par Dieu en nos âmes, déduites, donc, des premières vérités métaphysiques. Descartes affirme qu’en connaissant Dieu et en suivant la raison on peut reconstruire intellectuellement le monde. Mais il se contente ici d’affirmations générales par crainte de heurter les autorités religieuses.

2°) [para.4 à 9] Le deuxième mouvement de cette partie présente la théorie du corps-machine.

Descartes explique le mouvement du sang en faisant du cœur une chaudière qui chauffe le sang et le rend fluide. Le mouvement du sang s’explique de façon purement mécanique, ce qui signifie par extension que tous les corps sont des machines.

3°) [para. l0 et 11] Le troisième mouvement a pour idée essentielle que seul l’homme est doté d’une âme.

Selon Descartes, si les animaux ne sont que des machines, car ils ne sont que corps et n’ont point de raison (d’ailleurs, le fait qu’ils n’aient pas de langage en est la preuve), seul l’homme a une raison et donc une âme. L’homme est un être composé d’un corps et d’une âme.

QUESTIONS

  1. Une fois établi le principe de la vérité de la pensée, pourquoi la connaissance de la nature devient-elle possible ?
  2. Comment Descartes entend-il traiter des lois de la nature et dans quelles limites ?
  3. Y a-t-il un enjeu de méthode à concevoir le mouvement du coeur comme l’effet d’un bouillonnement du sang ?
  4. La physique est-elle rendue possible par la véracité divine ?
  5. La distinction de l’étendue et de la pensée permet-elle de mieux comprendre le mouvements des corps ?
  6. Qu’est-ce qu’une interprétation mécaniste de la vie ?

Vous pouvez utiliser la fonction commentaire ci-dessous et y déposer vos contributions relatives à la lecture de cette première partie de l’ouvrage et concernant les réponses aux questions.

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Descartes : Discours de la Méthode Cours n°6

Posted by Hervé Moine sur 10 mars 2009

Dans ce 6ème cours consacré à la lecture du Discours de la Méthode de Descartes, après avoir abordé les fondements de la connaissance, la morale provisoire, il nous faut maintenant envisager les fondements métaphysiques à travers la lecture de la quatrième partie. A la fin, de ce cours, vous trouverez des questions pour vous accompagner.

René Descartes

René Descartes

III. LES FONDEMENTS METAPHYSIQUES

D. La quatrième partie du Discours de la Méthode

« En la quatrième, les raisons par lesquelles il prouve l’existence de Dieu et de l’âme humaine, qui sont les fondements de sa métaphysique. »

Dans cette partie, Descartes nous présente un enchaînement serré et continu de raisons en huit paragraphes, dont on peut distinguer trois moments.

1°) [para. 1 et 2] Ce premier moment montre que pour prouver quelque chose d’absolument certain, il faut douter de tout : le doute absolu fait découvrir une vérité et une existence : « je pense donc je suis ».

Descartes pose d’abord cette entente préalable de l’existence (« je pense donc je suis ») à partir de l’expérience fondamentale du rêve, qui permet d’effectuer le mouvement fondamental du doute radical ; puis, il fait nettement réaliser que cette existence est celle d’un entendement pensant. Pour Descartes, la certitude de l’existence devient modèle pour penser toute vérité.

2·) [para.3 à 5] Ce moment est un appel à Dieu.

Descartes prend acte de cette existence pensante imparfaite, ce qui le renvoie à ce dont elle dépend, et qui existe donc aussi : une existence pensante parfaite, Dieu. Descartes énonce trois preuves de l’existence de Dieu.

2·) [para.6 à 8] Ce dernier moment montre en particuliers que Dieu met fin au doute radical.

Pour Descartes, Dieu garantit l’existence (la réalité du monde) et la vérité de notre idée du monde. Il assure que les idées des hommes (ou l’image qu’ i la ont en leur pensée) correspondent à ce qu’est le monde réel. Dieu met ainsi fin au doute.

QUESTIONS

  1. Quelle différence Descartes reconnait-il exister entre les réflexions qui précèdent et celles qui commencent ici ? Que signifie l’expression « méditations métaphysiques » que l’on trouve au tout début de cette troisième partie ?
  2. Quel est l’argument qui autorise Descartes à s’éloigner des maximes provisoires fixées antérieurement et à rejeter toutes ses opinions, même probables ?
  3. Quelles sont les différentes entre la nature corporelle et notre vraie nature ?
  4. Comment Descartes parvient-il à concevoir ce qui fait que nos pensées sont vraies ou fausses ?
  5. Par quel raisonnement Descartes établit-il que l’idée d’un Dieu, être plus parfait que je ne suis, n’a pas sa cause en moi mais en Lui-même ? En quel sens est-ce une preuve ?
  6. S’il y a une « assurance morale » de l’existence des corps sensibles et s’il est extravagant d’en douter ? Pourquoi Descartes le fait-il ?
  7. Pourquoi n’est-il plus nécessaire de douter une fois le principe de la pensée établi ? Comment les arguments du début (le songe de l’erreur de raisonnement, les sens trompeurs) sont-ils réfutés à la fin ?
  8. Qu’est-ce que conduire ses pensées par ordre ?
  9. En quel sens le doute est-il une épreuve ?
  10. L’existence de Dieu a-t-elle besoin de preuves ? Et l’existence du monde ?
  11. La géométrie démontre-t-elle l’existence des êtres de raison ?

Vous pouvez utiliser la fonction commentaire ci-dessous et y déposer vos contributions relatives à la lecture de cette première partie de l’ouvrage et concernant les réponses aux questions.

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Descartes : Discours de la Méthode Cours n°5

Posted by Hervé Moine sur 9 mars 2009

Dans ce cours, nous ouvrons le deuxième volet important du Discours de la Méthode, celui de ce que l’on appelle communément « la morale provisoire » qui est abordé dans la troisième partie de l’œuvre. Et, comme précédemment, suite à ce cours, vous trouverez des questions pour vous aider dans votre lecture et pour aller plus loin.

René Descartes

René Descartes

II. LA MORALE PROVISOIRE

C. La troisième partie du Discours de la Méthode

« En la troisième, quelques unes de celles de la morale qu’il a tiré de cette méthode. »

La troisième partie du Discours est comme un repos que s’accorde Descartes pour s’inquiéter de vivre malgré tant de rigueur. La vie ne peut être mise en sursis jusqu’au moment où chacun des problèmes qu’elle rencontre sera pourvu d’une solution certaine. Il faut donc adopter une morale d’urgence, une morale provisoire, en attendant la vraie morale qui n’est possible qu’une fois les sciences constituées. Après les quatre règles de la méthode (2éme partie), Descartes énonce les maximes de la morale provisoire, dans cette troisième partie. Celle-ci contient sept paragraphes et on peut y voir trois moments.

1°) [para.1] Ce premier moment énonce principalement la différence entre la morale et la connaissance.

Descartes montre que la vie quotidienne réclame qu’on agisse sans attendre d’avoir complètement réfléchi sur le monde. Il est donc impératif de se donner une morale non fondée en raison, une morale provisoire qui permet à l’entendement d’orienter la volonté, à l’homme d’agir et de chercher la science. Cette morale précède la science qu’elle permet précisément de constituer et elle cédera la place à la future morale issue de cette science qu’elle a rendue possible.

2°) [para. 2 à 4] Le deuxième moment énonce les trois maximes de la morale provisoire.

La première maxime (para.2) soutient et délimite le conformisme (« obéir aux lois et aux coutumes de son pays »).

La deuxième maxime (para.3) oblige à la résolution (il faut savoir ce que l’on vent).

La troisième maxime (para.4) commande à la résignation ou plutôt salon la tradition stoïcienne, l’amour de la nécessité.

30) [para.5 à 7] La troisième partie est en quelque sorte la conclusion de cette morale provisoire.

Descartes nous fait la confidence d’une conviction (qui, celle-ci n’est pas provisoire) à savoir, qu’il a choisi le meilleur genre de vie qui soit qui est celle de se consacrer à la connaissance et à elle seule. L’acquisition des connaissances permet d’élargir le jugement : un jugement plus instruit est plus capable de régir la volonté et de la mener vers le bien moral. La fin de cette partie retourne à l’autobiographie afin de confirmer cette idée intellectualiste de la sagesse.

QUESTIONS

  1. La première maxime prescrivant de suivre les opinions les plus sensées, est-elle un e application du principe du bon sens ?
  2. Descartes recommande-t-il de s’en tenir fermement à une règle de conduite douteuse ? Quel avantage retire-t-il de la seconde maxime ?
  3. La troisième maxime qui préconise de changer ses désirs plutôt que l’ordre du monde, est-elle une maxime de bon sens ? En quoi constitue-t-elle un renoncement ?
  4. La conclusion tirée par Descartes de sa morale provisoire n’est-elle inspirée que par la prudence et l’aversion pour le changement inutile ?
  5. Quelle valeur exemplaire ont les hommes de bon sens dans une période troublée ?
  6. Comment peut-on changer ses désirs ?
  7. La vie peut-elle se conformer à la raison ?

Vous pouvez utiliser la fonction commentaire ci-dessous et y déposer vos contributions relatives à la lecture de cette première partie de l’ouvrage et concernant les réponses aux questions.

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Descartes : Discours de la méthode Cours n°4

Posted by Hervé Moine sur 6 mars 2009

Dans ce 4ème cours nous lirons la deuxième partie du Discours. Ce sera le deuxième volet concernant les conditions de la connaissance. Comme pour le cours précédant vous trouverez des questions pour vous aider dans votre travail de lecture.

LES CONDITIONS DE LA CONNAISSANCE (suite)

René Descartes

René Descartes

B. La deuxième partie du Discours de la Méthode

« En la seconde, les principales règles de la méthode que l’auteur à cherché »,

Cette partie comporte dix paragraphes et se comprend trois moments :

1°) [para. 1 à 4] Le premier moment est l’annonce du projet de rebâtir la connaissance.

Le 10 novembre 1619, alors qu’il se trouvait en Allemagne, Descartes a comme l’illumination qu’il peut atteindre la vérité à la condition de refondre entièrement l’édifice des sciences. Il s’agira de reconstruire les sciences selon un plan qui les unifie, les installe sur leurs vrais fondements et les articule les unes aux autres selon qu’elles dépendent les unes des autres. Cela suppose tout d’abord que l’on fasse table rase des opinions et ensuite que l’on se fixe une méthode afin de repartir sur des bases certaines. Descartes s’inspire de trois sciences, la logique, la géométrie et l’algèbre, dont il tente de rassembler les qualités en rejetant leurs défauts.

2°) [para. 5 à 7] Le deuxième moment est l’exposé de la méthode cartésienne.

La méthode comprend seulement quatre règles.

La première est dite « de l’évidence ». Elle permet de ne pas donner son assentiment à ce qui est douteux.

La deuxième expose l’analyse où l’esprit va du complexe au simple

La troisième la synthèse où l’esprit va du simple au complexe.

Enfin, la dernière est celle du dénombrement qui permet de voir si l’on n’a rien oublié.

3°) [para. 8 et 9] Le troisième moment énonce en quelque sorte les conséquences de cette méthode.

La méthode définie dans ces quatre préceptes doit beaucoup à la pratique des mathématiques. Elle permet ainsi de progresser par ordre, en enchaînant les connaissances.

QUESTIONS

  1. Quelle est la fonction de l’image des architectes dans la démonstration que Descartes entreprend ici ?
  2. Chacun peut-il rejeter tout l’édifice des lois et des moeurs? Est-ce possible ?
  3. A quels savoir préexistants la méthode emprunte-t-elle ses éléments? Les transforme-t-elle en profondeur ?
  4. Quel avantage présentent les quatre préceptes de la méthode ? Sont-ils « la méthode » ?
  5. En quoi vérité en général et vérité en mathématiques coïncident-elles? En quoi divergent-elles ?
  6. Réformer, est-ce détruire ?
  7. La pensée suit-elle nécessairement des règles ?

Vous pouvez utiliser la fonction commentaire ci-dessous et y déposer vos contributions relatives à la lecture de cette première partie de l’ouvrage et concernant les réponses aux questions.

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Descartes : Discours de la Méthode Cours n°3

Posted by Hervé Moine sur 4 mars 2009

Dans ce cours nous lirons la première partie du Discours de la Méthode. Première partie que l’on peut considérer comme le premier volet des conditions de la connaissances telles que l’envisage le philosophe Descartes. A l’issue de ce cours, vous trouverez des questions pour vous aider à lire cette première partie.

René Descartes

René Descartes

I. LES CONDITIONS DE LA CONNAISSANCE

A. La Première partie du Discours de la Méthode

« En la première on trouvera diverses considérations touchant les sciences ».

Cette partie se compose de quinze paragraphes, et comprend trois moments:

1°) [para. 1 à 5] Le premier moment est un préambule où est présenté le thème de la Méthode.

Descartes en appelle à la raison que tout homme possède et qui peut être indépendante. C’est sur cet acte de confiance en la capacité d’universalité et de vérité inhérente à l’esprit humain que s’ouvre Discours ; mais c’est pour devoir constater aussitôt qu’en l’absence d’une conduite méthodique de la raison, cette possibilité peut rester vide et se perdre dans la diversité des opinions.

Descartes annonce avoir découvert une méthode féconde pour guider la connaissance. Toutefois, il limite la portée de son livre en disant qu’il ne propose pas de modèle. En effet, il précise qu’il va faire voir sa vie « comme un tableau », et que son dessein n’est pas d' »enseigner » la méthode mais de proposer son écrit « comme une fable », au libre jugement du lecteur.

2°) [para. 6 à 14] Le deuxième moment, le plus important de part sa longueur, est un bilan critique de son éducation.

Descartes raconte l’histoire de son esprit, l’histoire d’un désir et d’une déception : désir de connaitre, d’atteindre la vérité ; déception quant à ses connaissances acquises lors de son instruction, qui lui semblent bien éloignées de la vérité. Il analyse l’écart entre le système d’éducation, pourtant dans un excellent collège, et les exigences nouvelles du moi.

Descartes tire un bilan quasiment entièrement négatif de ses études. Seules les mathématiques étaient en mesure de lui donner goût de certitude et d’évidence, mais il s’étonne que, sur ces fondements solides, l’on n’ait « rien bâti dessus de plus relevé ».

3°) [para.15] Le troisième moment termine la première partie du Discours sur une « note d’espoir ».

Descartes prend acte de cette dispersion spirituelle où demeure l’esprit, aussi longtemps, qu’il ne s’est pas résolu un jour à « étudier aussi en lui-même ». Ici, c’est l’adieu de Descartes au scepticisme.

QUESTIONS

  1. Quel est le point commun à tous les hommes, et en quoi se différencient-ils ?
  2. Outre le bon sens, y at-il des qualités d’esprit qui contribuent à permettre de distinguer le vrai du faux ?
  3. Où commencent le récit dans le texte ?
  4. « J’ai été nourri aux lettres dès mon enfance » : comment comprendre cette formule, et que signifie ici « les lettres » ?
  5. Quelle valeur Descartes accorde-t-il aux fables ? Pourquoi doit-on lire le Discours « comme une histoire » ou « comme une fable » ?
  6. Pourquoi Descartes renonce-t-il à parler de théologie dans le Discours ?
  7. Quelles leçons tirer sur des voyages ? Est-ce une occasion de douter de tout ?
  8. Selon Descartes, les hommes sont-ils égaux ou inégaux entre eux ?
  9. L’homme désire-t-il par nature savoir ?
  10. Comment distinguer scepticisme, relativisme et esprit critique ?

Vous pouvez utiliser la fonction commentaire ci-dessous et y déposer vos contributions relatives à la lecture de cette première partie de l’ouvrage et concernant les réponses aux questions.

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Descartes : le Discours de la Méthode Cours n°2

Posted by Hervé Moine sur 3 mars 2009

Poursuivons notre étude du Discours de la Méthode de Descartes en entrant cette fois si dans l’oeuvre elle-même.

Quand on lit cette oeuvre, on peut être quelque pu désorienté par une certaine apparence d’hétérogénéité. La question de la cohérence du Discours de la Méthode sera traité en premier lieu. Cela nous mènera au contenu même de l’œuvre, à son objet et au projet de Descartes. Enfin nous terminerons sur le plan général du discours, qui sera d’ailleurs celui de notre étude.

René Descartes

René Descartes

A. Problème de la cohérence du Discours de la Méthode

Le titre du Discours ne ment-il pas sur son contenu dans la mesure où, la deuxième partie mise à part, le reste traite peu de la méthode?

En fait, Descartes n’avait nullement l’intention d’enseigner la méthode, mais avait seulement pour dessein d’en parler. Selon lui, la méthode consiste plus en pratique qu’en théorie, et, c’est pourquoi, nous soumet-il simplement un aperçu de la méthode; les essais qui suivent ce Discours sont des tentatives réussies de la mise en œuvre de la méthode cartésienne.

C’est justement parce qu’il n’est pas entièrement consacré à la méthode que le Discours ne semble pas vraiment homogène. On y parle d’itinéraire personnel (1ère partie), de morale (3ème partie), de métaphysique (4ème partie), de médecine (5ème partie) et de progrès que pourraient faire les sciences si le public soutenait la recherche des savants (6ème partie).

Comment rendre compte de cette hétérogénéité?

Ce qu’il faut comprendre c’est que l’ordre du Discours n’est pas un enchaînement logique mais celui d’un cheminement en quête de connaissance. L’unité des six parties vient du fil conducteur de l’autobiographie qui relie ces pensées diverses en les rapportant toujours à celui qui les a pensées. Comme le dit M.Beyssade. « le « je » personnel et individualisé de l’autobiographie s’élève dans le Discours à l’universalité du sujet de toute connaissance », ou comme le résume F. Alquié, « son ouvrage [celui du philosophe Descartes] est l’histoire de son moi pensant. »

Disons que, le fil conducteur de l’ouvrage est la méthode à suivre pour accéder à la vérité.

Pour mettre au point cette méthode, Descartes va examiner ce que peut la raison humaine dans différents domaines ou elle opère (1ère et 2éme parties). Il va la confronter à l’opinion, c’est-à-dire à la connaissance spontanée et non réfléchie. Puis il va voir à quels résultats elle peut parvenir relativement à la morale (3ème partie), à la foi (4ème partie), et à la connaissance de la nature (5ème et 6ème parties).

B. Quel est l’objet du Discours de la Méthode ?

« L’objet du Discours de la Méthode est d’acheminer le lecteur vers la Méthode en lui racontant quelques-uns des doutes et des tournants par lesquels est passé son inventeur. On lui montre aussi l’efficacité de la procédure une fois mise au point. Ce texte n’est pas l’exposé d’une science révolutionnaire, physique ou médecine, encore moins l’inauguration d’une nouvelle morale. Un philosophe tente ici de penser – à travers la narration de son expérience – le bouleversement des questions par la nouvelle physique. Il relit son propre questionnement, ses refus ainsi que ses espoirs dans une connaissance enrichie de la Méthode, consciente d’elle-même et libérée de la prétention d’une vérité absolue. « Je n’oserais pas affirmer que les choses que j’énonce soient les vraies principes de la Nature, mais je dirai tout au moins qu’en les prenant pour principes j’ai coutume de me satisfaire en toutes choses qui en dépendent » (Fragment daté de 1633-1635). Et paradoxalement, c’est une amère déception qui, comme Descartes le confie dès les premières pages, a été l’origine de sa recherche » (E. Brauns).

C. Quel est le projet général de Descartes dans le Discours de la Méthode ?

Le projet général de Descartes dans le Discours est d’examiner ce que peut être la connaissance humaine, de répondre à la question suivante: la connaissance de la Nature est possible, mais à quelle condition est-elle possible ?

Pour mener à bien cette entreprise, il va d’abord éliminer tout ce qu’on lui a appris, faire table rase. En effet, la première partie du discours retrace la biographie intellectuelle de l’auteur, il récuse le savoir livresque, l’histoire, la théologie ; seules les mathématiques trouvent grâce à ses yeux en raison de la « certitude et de l’évidence de leurs raisons ». Il va se donner ensuite des principes nouveaux, une méthode. Les règles de cette méthode sont énoncées dans la deuxième partie de l’ouvrage sous forme de quatre préceptes : préceptes de l’évidence, de la division des difficultés, de l’ordre, du dénombrement complet. Elles ont pour condition de réussite le doute actif, volontaire. Et il va enfin organiser et unifier le savoir humain.

En effet, la quatrième partie du Discours présente un abrégé de la métaphysique cartésienne: le fameux « Je pense donc je suis » est proposé comme le modèle achevé de l’idée claire ; la cinquième partie traite de l’ordre des questions de physique et expose les principes de la circulation sanguine ; la sixième et dernière partie propose comme idéal à l’activité humaine la conquête technique du monde. Cependant Descartes ne peut rompre complètement avec son époque dont il respecte les mœurs et les croyances. C’est ce qu’il veut montrer dans la troisième partie du Discours qui est un exposé de morale provisoire d’inspiration stoïcienne : alors que, lorsqu’il s’agit de connaissance, il faut suspendre son jugement jusqu’à ce que l’on soit assuré de la vérité, le domaine, de l’action ne souffre pas de délai, il faut la faire confiance aux préceptes des gens sensés et aux lois de son pays, tout en sachant dans l’absolu qu’elles ne valent sans doute pas mieux que « celles de la Chine ».

D. Plan de l’étude du Discours de la Méthode

Nous étudierons quelques passages importants de l’ouvrage après avoir étudié la structure de la partie dans laquelle ils s’insèrent. Notre étude se décomposera en quatre moments qui suivent le déroulement du Discours de la Méthode :

  • Les conditions de la connaissance ;
  • La morale provisoire ;
  • Les fondements métaphysiques ;
  • La connaissance de la nature

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Descartes : Le Discours de la Méthode Cours n°1

Posted by Hervé Moine sur 2 mars 2009

Je vous propose maintenant l’étude d’une oeuvre majeure dans l’histoire de la philosophie, le Discours de la Méthode de Descartes. Ce cours est un cours destiné à la classe de terminale L, en ce qu’il faut présenter une deuxième œuvre pour le deuxième groupe d’épreuves, mais bien sûr elle peut intéresser tous les élèves se préparant au baccalauréat

ÉTUDE DU DISCOURS DE LA MÉTHODE DE DESCARTES.

Dans ce premier cours, je vous propose de faire connaissance avec l’œuvre elle-même. Je vous engage d’ailleurs, sans plus attendre, si cela n’est pas encore fait, de la lire ainsi que de faire des recherche à propos de Descartes. A plusieurs reprises, nous avons convoqué dans notre réflexion en cours (notamment cours sur l’existence ; sur conscience et inconscient), sans doute serait-il intéressant de profiter de l’occasion pour réviser.

En ce qui concerne le présent cours, nous verrons, dans un première partie, le contexte historique et philosophique du Discours de la Méthode ; dans une deuxième partie, que cette oeuvre pourtant très célèbre aujourd’hui n’a cependant pas eu le succès escompté par Descartes lui-même, à sa première publication ; cette première publication fera l’objet de notre troisième et dernière partie, dans laquelle nous en aborderons les circonstances.

Discours de la Méthode 1637

Discours de la Méthode 1637

A. Le contexte philosophique du discours de la méthode

Publié en 1637 à Leyde en Hollande où Descartes vivait depuis 1628, mais en français, le Discours de la Méthode succède aux Règles pour la direction de l’esprit publiées en latin en 1628 et précède l’œuvre proprement métaphysique Les Méditations de 1641.
Ce discours est en fait la préface de trois essais scientifiques, à savoir un essai sur la Dioptrique, c’est-à-dire un traité d’optique contenant la théorie de la réfraction de la lumière avec la loi du sinus, accompagné d’une étude des nouveaux instruments optiques, dont la lunette d’approche (sorte de télescope) mise au point par Galilée ; un essai sur les Météores, c’est-à-dire sur les phénomènes atmosphériques: nuages, pluie, grêle etc. expliqués par la réfraction de la lumière dans les gouttes de pluie ; enfin un essai sur la Géométrie : en fait il s’agit d’un traité d’algèbre qui établit un lien entre l’espace et le nombre : c’est la géométrie analytique ; et une théorie des équations avec une notation nouvelle, celle que nous utilisons encore (par exemple l’emploi des lettres x, y, z pour désigner les inconnues d’une équation).
« Cette préface a vite été perçue comme un manifeste, un texte fondateur de la philosophie moderne, et le Discours de la Méthode a acquis au cours des temps une renommée allant en France jusqu’à la popularité. La tradition universitaire et scolaire, le détachant des Essais, en a fait un texte classique ». (M.Beyssade)

B. Quelle est la raison de la notoriété du Discours de la Méthode ?

La principale raison vient de ce que le Discours de la Méthode est écrit en français. Si Descartes n’était pas le premier à écrire dans la langue de son pays, il déclare avoir voulu écrire en français pour « que les femmes mêmes pussent entendre quelque chose, et cependant que les plus subtils trouvassent assez de matière pour occuper leur attention » (lettre au P.Vatier du 22 février 1638), pour être lu et compris par « ceux qui ne se servent que de leur raison naturelle toute pure » (Discours 6ème partie) et non pas seulement à l’intention des doctes. « Refus de l’autorité, ou plutôt indifférence à son égard, confiance en l’universalité de la raison ou du bon sens: le choix du français a pour Descartes une signification philosophique, c’est-à­-dire aussi politique » (M.Beyssade).
Derrière le choix de la « langue vulgaire », il y a l’enjeu des principes mêmes de la pensée : Descartes choisit de se fonder sur la raison et sur elle-seule. Et c’est en son nom qu’il croit pouvoir s’adresser à tous car « la puissance de bien juger, et distinguer le vrai d’avec le faux, qui est proprement ce qu’on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes » (Discours 1ère partie).
Cependant, ce texte devenu si célèbre ne connut pas en son temps le succès que l’auteur pouvait escompter à sa première publication.

C. Circonstance de la première publication du Discours de la Méthode

Descartes avait rédigé un traité de physique intitulé le Monde ou Traité de la lumière et s’apprêtait à le faire imprimer en 1633 quand il apprend, en novembre, que le Saint-Office vient à nouveau de condamner Galilée, qui continuait à soutenir le mouvement de la terre et la stabilité du soleil. Il renonce aussitôt à divulguer dans ce contexte, un traité qui soutenait « le mouvement défendu ». « Il est tellement lié avec toutes les autres parties de mon traité que je ne l’en saurais détacher sans rendre le reste défectueux », écrit-il à Mersenne en novembre 1633. Descartes n’avait sans doute rien à craindre, en Hollande et même en France, sinon d’interminables disputes et controverses, mais il préférait les éviter. Désireux malgré tout de présenter au public les fruits de son travail et pressé par quelques amis de ne pas les laisser cachés, il songe alors à des publications plus limitées, tout en gardant l’espoir que son Monde « puisse voir le jour avec le temps » (lettre à Mersenne, avril 1634).
Il envisage en 1635 de publier deux échantillons de sa physique, la Dioptrique et les Météores, en y ajoutant une préface ; il écrit alors ce qui deviendra la sixième partie du Discours de la Méthode, où il explique sa décision de ne pas publier son Monde. Mais la préface prend de l’ampleur et devient Projet d’une science universelle. Descartes joint aux deux essais de physique un essai de Géométrie.
« L’ensemble qui parait à Leyde en juin 1637 est ainsi une compensation d’un grand renoncement, le résultat de retranchements, d’hésitations, de reprises et de refontes de dernière minute. La préface elle-même, finalement intitulée Discours de la Méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences, est dans cet ensemble le texte le plus hétéroclite ». (M.Beyssade) En effet, à première lecture, sa cohérence peut être mise en question et sa structure surprendre. D’ailleurs sa longueur en fait plus et autre chose qu’une simple préface.

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Etude du livre I du Contrat Social de Rousseau Cours n°14

Posted by Hervé Moine sur 13 février 2009

Jean Jacques Rousseau

Jean Jacques Rousseau

Analyse du chapitre IX « Du domaine réel »

« Domaine réel »

Que signifie cette expression ? Rousseau entend par cette expression tout ce qui concerne les biens, les propriétés, par opposition à tout ce qui concerne les personnes. La possession est le terrain acquis par un individu dans des conditions plus ou moins légitimes (recours à la force, premier occupant, premier à avoir mis le terrain en valeur, etc.). Il doit souvent la défendre les armes à la main, car personne ne reconnaît la légitimité de son acquisition. La possession est fragile, menacée par les exclus ou les appétits féroces qui la convoitent. Lorsqu’un homme souscrit le contrat, il remet ses possessions à la communauté. On peut s’interroger sur l’utilité de cet acte, étant donné que cette dernière les restitue aussitôt sous forme de propriétés. En fait, cela permet à chaque membre de comprendre qu’il ne doit pas ses propriétés à lui-même, mais à la communauté. D’ailleurs celle-ci l’a fait « dépositaire » de la partie du bien public que nous appelons propriété et qui sera sa propriété. Or, ce que la communauté a laissé en dépôt, elle peut le reprendre si le propriétaire en fait mauvais usage ou ne respecte pas les lois. En ce sens, les biens sont les garants de la fidélité de chacun à la loi. Si un homme la transgresse, ses biens peuvent être confisqués. En outre, si l’intérêt général l’exige, il pourra être exproprié en étant dédommagé. Il s’agit donc d’une restriction de droit de propriété. Toutefois, à cet inconvénient sont liés des avantages. Une propriété étant une possession reconnue comme légitime par l’ensemble de la collectivité, elle cesse ainsi d’être convoitée. De plus, alors que le possédant ne peut compter que sur lui-même pour défendre sa possession, le propriétaire peut compter sur la force commune. Sa propriété est donc plus assurée.

Mais Rousseau va encore limiter le droit de propriété en indiquant que « l’acte positif qui le rend propriétaire de quelque bien l’exclut de tout le reste ». En d’autres termes, le propriétaire ne peut accroître ses propriétés, « il doit s’y borner ». Il devient impossible aux riches de s’enrichir davantage aux dépens des pauvres. Mais comme leurs biens sont reconnus, le contrat pour eux aussi s’avère avantageux. En outre, nouvelle limitation au droit de propriété, « on n’occupe que la quantité dont on a besoin pour subsister ». Or, comme les besoins des hommes sont à peu près identiques, Rousseau invite à un certain égalitarisme. « Que nul citoyen ne soit assez opulent pour pouvoir en acheter un autre, et nul assez pauvre pour être contraint de se vendre », dira-t-il au livre II, chapitre IX du Contrat.

Tout le superflu doit être remis à la communauté. Enfin, encore une restriction, la propriété n’est légitime que mise en valeur, exploitée « par le travail et la culture », sinon la communauté peut la reprendre. Ainsi Rousseau accorde le droit de propriété mais lui impose de sérieuses limites.

Par le contrat social, les individus aliènent tous leurs droits et leurs biens à la communauté. Comme cette aliénation a été librement consentie, c’est légitimement, vis-à-vis de ses membres, que la communauté détient ces biens. Mais entre elle et les autres communautés, il n’y a pas de contrat social et, par conséquent, ses biens ne sont pas reconnus comme légitimes par les autres communautés. En effet, ces biens reposent soit sur le droit du plus fort, et nous avons vu que ce prétendu droit n’en est pas un, soit sur le droit du premier occupant, droit qui n’est légitime que reconnu par les autres communautés. Or il n’y a pas de contrat entre les communautés qui sont, les unes vis-à-vis des autres, dans l’état de nature. L’avantage du contrat est la défense des biens du peuple contre l’agression étrangère, non plus par des forces isolées, mais par la force commune.

Rousseau assure que la terre appartient à tous, un peu comme si Dieu l’avait mise à la disposition de l’ensemble de l’humanité. Dès lors, toute tentative pour s’approprier un territoire quelconque, qu’elle vienne d’un particulier ou d’un peuple, paraît illégitime. Un tel argument ferait apparaître Rousseau comme un penseur internationaliste opposé à la notion de nation. En fait, il n’en est rien. A l’individualisme et à l’universalisme, Rousseau préfère le civisme. Il rejette le cosmopolitisme qui nie les singularités. Il propose plutôt des Républiques aux dimensions modestes qui s’accordent avec l’expérience humaine et rendent possible la démocratie directe. Pourtant, une fois instaurées, ces Républiques excluent de leur territoire « le reste des hommes ». Mais cette exclusion serait légitime lorsque le peuple qui s’est approprié le territoire n’occupe que ce qui lui est nécessaire et le met en valeur par le travail.

Il ne suffit pas, pour assurer la possession légitime d’un territoire, d’être le premier à y avoir mis le pied, ou à avoir planté son drapeau. De même qu’il ne suffit pas d’avoir la force d’écarter les autres. Celui qui occupe un terrain disponible correspondant à ses besoins, en l’exploitant, en le mettant en valeur (triple condition), inscrit sa possession dans la réalité. Celui qui se contente d’être le plus fort et d’en écarter les autres a une attitude moins légitime. Cependant, seule la caution de la communauté transforme la possession en véritable droit de propriété.

Se prétendre roi des Français … , c’est lier son pouvoir au peuple de France, laisser supposer que son consentement est nécessaire. Aussi les régimes absolutistes préfèrent-ils l’expression « roi de France … » car dans cette perspective le consentement des Français paraît moins indispensable. Les mécontents peuvent toujours partir.

« Egalité naturelle – égalité conventionnelle »

Dans le dernier paragraphe du premier livre Rousseau distingue l’égalité naturelle de l’égalité conventionnelle. Tout d’abord, l’égalité naturelle tenait au fait que tous étaient placés dans les mêmes conditions, puisqu’ils pouvaient tous jouir librement de leurs propres forces. Mais une telle égalité recouvrait des inégalités dans la mesure où les forces de chacun étaient inégales comme leurs dons, leurs talents, leurs capacités. Ensuite, l’égalité conventionnelle, égalité de droit, égalité morale, est donc plus satisfaisante. Dans la communauté, la loi est la même pour tous, quelle que soit la force de chacun.

Remarques sur le droit de propriété selon Rousseau

La position de Rousseau, en ce qui concerne la propriété individuelle, a considérablement évolué. Dans le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité, Rousseau faisait de la propriété la cause des malheurs de l’humanité. Il semblait condamner le droit de propriété. Mais, dans le Contrat Social, il reconnaît ce droit et charge même l’État de le défendre, en ayant recours à la force publique si besoin est. En fait, entre le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité et le Contrat, quelques années se sont écoulées. Rousseau, qui pensait tout d’abord possible de changer les hommes, a renoncé à ses illusions. Il dit textuellement dans le Contrat Social qu’il prend « les hommes tels qu’ils sont et les lois telles qu’elles peuvent être ». Or, les hommes sont maintenant attachés à la propriété privée. Il n’essaiera pas de les changer car son expérience lui a fait comprendre la vanité d’une telle tentative.

Ne semble-t-il pas qu’en politique, le réalisme consiste à renoncer à la transformation des hommes et à s’occuper uniquement du changement des institutions. Encore, faut-il ne s’attaquer qu’à celles qui méritent réellement d’être changées ?

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