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Actualité philosophique et réflexion philosophique sur l'actualité

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Questions sur le scepticisme pyrrhonien

Posted by Hervé Moine sur 24 novembre 2015

Parution du 15ème numéro de Philosophie Antique (2015)

QUESTIONS SUR LE SCEPTICISME PYRRHONIEN

Au sommaire de ce numéro

  • Carlos Lévy (Paris-Sorbonne) : Philon d’Alexandrie est-il inutilisable pour connaître Énésidème ? Étude méthodologique
  • Richard Bett (Johns Hopkins University)  : Why Care Whether Scepticism is Different from Other Philosophies ?
  • Baptiste Bondu (Paris-Ouest-Nanterre-La Défense Paris 10)  : Le problème du critère sceptique
  • Stéphane Marchand (IHPC UMR 5037) : Sextus Empiricus, scepticisme et philosophie de la vie quotidienne
  • Lorenzo Corti (Archives Henri Poincaré, Nancy) : Scepticism, Number and Appearances

Varia

  • Simon-Pierre Chevarie-Cossette (Université de Montréal) : Tonneau percé, tonneau habité. Calliclès et Diogène : les leçons rivales de la nature
  • Étienne Helmer (Université de Porto Rico) : Le lieu controversé de l’économie antique : entre oikos et polis
  • Francesco Verde (Università di Roma) : Boethus the Epicurean
  • Paul Slama (Paris-Sorbonne) : Concordia discors : Héraclite, Hölderlin, Heidegger

Comptes rendus

  • Bulletin bibliographique

En librairie ou chez l’éditeur : http://www.septentrion.com
ISBN : 978-2-7574-1141-4 ISSN : 1634-4561
Le numéro : 22 euro
Abonnement permanent à partir du numéro 15 : 19 euro/an
Renouvellement automatique de l’abonnement payable à réception du numéro
Collection complète des numéros 1 à 15 : 225 euro

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Les actes du colloque « Les modalisations du réel » en ligne

Posted by Hervé Moine sur 9 septembre 2014

zetetis

Les Actes du colloque de doctorants et de jeunes chercheurs, organisé en mai 2013 sur le thème des modalisations du réel sont désormais en ligne à l’adresse suivante :

Modalisations du réel : nécessité, possibilité, contingence

Actes du colloque de doctorants et de jeunes chercheurs en philosophie ancienne et en sciences de l’Antiquité « Modalisations du réel : nécessité, possibilité, contingence. Expression, conceptualisations, usages et enjeux éthiques et dramatiques ». Université Paris I & Université Paris Ouest – Nanterre-La défense, 23 et 24 mai 2013

Faisant suite au colloque sur le réel, le colloque de 2013 poursuivait la réflexion entamée alors en abordant une thématique qui entretient avec le réel un rapport bien particulier, qui ne relève ni de l’identité ni de l’opposition mais de la modalisation du réel. Le colloque prenait en effet pour thème les notions de possibilité, de nécessité et de contingence qui renvoient, comme l’indique leur appartenance au champ de la modalité, à des manières d’être du réel. La modalisation est une manière significative d’approcher et d’interroger le réel qui complète des approches fondées sur l’opposition entre l’être et le non être, le moindre être ou le paraître et qui charrie des enjeux différents et particulièrement importants. En effet, si les notions invoquées peuvent immédiatement faire songer, et à juste titre, à la réflexion logique sur les « théories modales », l’enjeu du colloque consistait, tout en prenant en compte cet aspect, à ne pas l’y restreindre mais à mettre cette approche en parallèle avec des perspectives grammaticales, éthiques et dramatiques.

Les deux premières contributions abordent le thème des modalités chez Platon d’un point de vue théorique – avec Karine TORDO-ROMBAUT – et figuratif ou perceptif – avec Diogo MESTI. La première nous invite à interroger, à travers Charmide en particulier, « la modalisation de l’objet d’examen » dans les dialogues en général et défend l’hypothèse selon laquelle le mode d’être de l’examen entre dans le caractère de son objet. Le second s’intéresse à la « simultanéité de la perception des images » dans la République et propose notamment une relecture de la division de la ligne que Platon fait à la fin du livre VI de la République (510c-511 e). Toujours dans le cadre du corpus platonicien, Chad JORGENSEN s’est intéressé quant à lui aux usages politiques de la modalisation. L’auteur part du fait selon lequel la nature précise du rapport entretenu par les deux cités idéales, dans la République et dans les Lois, représente un problème central pour les interprètes de la philosophie politique de Platon. Sans nier la complexité du passage d’un modèle à l’autre, qui comprend une multiplicité de facteurs, Chad Jorgensen affirme que la notion de « possibilité », peut être comprise comme une notion clé permettant de résoudre ce problème. Avec une conception adéquate de la possibilité il lui paraît possible de rendre compte à la fois des affirmations apparemment contradictoires émises par Socrate dans la République quant à la possibilité de réaliser Callipolis et d’atténuer, sinon d’éliminer, les tensions principales entre la République et les Lois. Le deux dernières communications qui figurent dans ces actes se sont concentrées pour leur par sur un cas spécifique de modalisation : les rapports du réel et de la fiction dans la pensée stoïcienne. Le sage stoïcien est-il réalité ou fiction ? Une étude fine de la Pharsale de Lucain permet à Diane DEMANCHE d’apporter des pistes de réflexion intéressantes. Si le sage s’incarne dans le contexte de faits historiques, ce serait donc au prix d’une transformation de la vertu. L’écriture poétique fait coexister la sagesse de Caton et sa révolte contre le destin. Mais le choix de Lucain reflète-t-il une difficulté philosophique ou la nécessité poétique de mettre en scène un personnage aux prises avec un conflit intérieur ? Marion BOURBON s’interroge quant à elle sur la manière dont l’usage stoïcien de la métaphore du jeu, et en particulier du jeu théâtral, redistribue la différenciation modale entre le réel, le possible et le nécessaire au sein d’une théorie du destin et propose par là même une modalisation tout à fait particulière du réel, au croisement du possible et du nécessaire. La métaphore du jeu, qui appartient au domaine de l’éthique répondrait ainsi à une thèse logique, celle du maintien de l’existence du possible au sein d’un déterminisme, maintien qui permet de sauver la liberté que le jeu, et en particulier le jeu théâtral, illustre au plus haut point.

Sandrine ALEXANDRE & Esther ROGAN

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Le « langage de la croix » exclut-il toute forme de rationalité philosophique ?

Posted by Hervé Moine sur 9 septembre 2014

paul de tarse et le logosMichel Fattal

Paul de Tarse et le Logos

Commentaire philosophique de 1 Corinthiens, 1, 17-2, 16

Collection « Ouverture philosophiques » aux éditions L’Harmattan

mai 2014

Cet ouvrage de Michel Fattal analyse le statut du logos (langage, discours) de Paul de Tarse, menée à partir de sa Première lettre aux Corinthiens. Dans cette lettre, l’apôtre oppose son propre logos (discours) et sa prédication au logos (discours) de la rhétorique et de la philosophie. L’auteur s interroge sur la position de Paul de Tarse sur la question du logos qui signifie également la « raison ».

Le « langage de la Croix » dont il est le porte-parole exclut-il toute forme de rationalité philosophique ? Si tel est le cas, ce type de langage ne risque-t-il pas d’être caractérisé par l’irrationnel et la folie ? Au terme de cette enquête, le logos de Paul de Tarse est plus nuancé et plus subtil qu’il n’y paraît.

Se procurer l’ouvrage de Michel Fattal, Paul de Tarse et le logos

Michel Fattal

Michel Fattal

L’auteur, Michel Fattal

Michel Fattal, né en 1954 à Alexandrie en Égypte, est un universitaire français, actuellement Maître de Conférences habilité à diriger des recherches en philosophie ancienne et médiévale à l’Université Pierre-Mendès-France de Grenoble. Il est spécialiste du logos (langage, raison, discours rationnel, etc.) dans la philosophie grecque et étudie notamment des auteurs tels que Homère, Hésiode, Héraclite, Parménide, Platon, Aristote, Chrysippe, ou bien Plotin. Ces auteurs sont pour lui ses principales sources d’inspiration. En outre, Michel Faqttal a rédigé plusieurs ouvrages sur Platon, Plotin et la tradition néoplatonicienne (Augustin, Farâbî). Par ailleurs, nous mentionnions en novembre 2011 un autre ouvrage de Michel Fattal, Paroles et actes chez Héraclitehttps://actuphilo.com/2011/11/14/heraclite-pour-aujourdhui-la-nature-le-critere-ultime-pouvant-regir-nos-vies-et-nos-pensees/

Se procurer l’ouvrage de Michel Fattal, Paul de Tarse et le logos

 

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L’errance inévitable de Heidegger

Posted by Hervé Moine sur 9 septembre 2014

la liberté d'errer avec heideggerPeter Trawny

La liberté d’errer

avec Heidegger

Indigène Editions

Collection « Ceux qui marchent »

septembre 2014

Peter Trawny, l’un des plus brillants philosophes de sa génération, engage ici, à travers le cas Heidegger, une réflexion sur le processus de l’errance dans une pensée, errance que Heidegger tenait pour « inévitable ». En décidant de publier en l’état, avec leurs passages antijuifs, ses Cahiers noirs dont les deux premiers tomes sont parus en mars en Allemagne sous sa direction, Heidegger n’a t-il pas voulu montrer en effet combien un philosophe, même de son envergure, peut se fourvoyer ? Liberté de se tromper, de se laisser effrayer en particulier lorsqu’elle s’applique à une époque aussi trouble, aussi noire que le XXe siècle. Au-delà du seul cas Heidegger, ce thème nous a semblé d’une… effrayante actualité.

Se procurer l’ouvrage de Peter Trawny, La Liberté d’errer avec Heidegger

Né en 1964, Peter Trawny est professeur à l’Université de Wuppertal, où il dirige l’Institut-Martin-Heidegger. Il est l’auteur de Heidegger und der Mythos der Jüdischen Weltverschwörung (« Heidegger et le mythe de la conspiration juive mondiale », actuellement non traduit, Klostermann, 2014). Spécialiste de l’œuvre de Martin Heidegger et de son édition, directeur de l’Institut Martin Heidegger, il a entrepris d’éditer les Cahiers noirs de l’auteur de Être et Temps qui dès avant leur parution ont suscité de vives polémiques quant au sujet de l’antisémitisme de leur auteur. Voir les articles ci-dessous et en particulier son article du Monde.


 

Heidegger et l’antisémitisme

Article de Peter Trawny, paru dans Le Monde, paru le 20 janvier 2014

Le philosophe allemand Martin Heidegger (1889-1976).

Le philosophe allemand Martin Heidegger (1889-1976). | GAMMA/KEYSTONE

Dans son Autobiographie philosophique, Karl Jaspers rapporte avoir parlé avec Martin Heidegger (1889-1976) « de la question juive, et de cette pernicieuse ineptie des sages de Sion ». Heidegger n’était pas de son avis. Il soutenait qu’il existait « bel et bien une dangereuse alliance internationale des juifs ».

L’ombre de cette anecdote a plané sur la pensée d’Heidegger, sans qu’il fût possible de la réfuter ou de la confirmer. La publication en mars des premiers Cahiers noirs, journal du philosophe qui couvre les décennies de 1930 à 1970, montrera que le récit de Jaspers contient un noyau de vérité.

Heidegger voit le « judaïsme mondial » – cette entité à moitié imaginaire qui surgit au tournant du XXe siècle – comme une puissance qui participe à la constellation internationale des forces de la deuxième guerre mondiale. Exerçant un contrôle sur l’économie et la politique, elle incarne à ses yeux le capitalisme, le libéralisme, la modernité, et donc le projet d’une existence sans lieu, sans patrie. Fixé sur cette vision, Heidegger semble aveugle aux flagrantes persécutions qui avaient commencé à frapper les juifs dans les villes allemandes.

Les Cahiers noirs ne disent rien de l’incendie qui détruisit durant la Nuit de cristal la synagogue de Fribourg, située à proximité de l’université, dont Heidegger fut le recteur au début du régime nazi et où il enseigna toute sa vie, ni d’autres événements semblables. Le « judaïsme mondial », tout comme le national-socialisme, représente aux yeux du philosophe une des puissances qui, se soumettant à la Machenschaft (c’est-à-dire à la technique moderne), lutte pour dominer le monde.

STÉRÉOTYPES MAJEURS

Il s’est donné pour but de contrecarrer le rôle spécifique que l’Allemagne est appelée à jouer dans le destin philosophique de l’Occident. Cette idée ne peut être comprise qu’en référence aux Protocoles des sages de Sion. Ces « protocoles » sont un faux, vraisemblablement répandus par la police secrète tsariste à la fin du XIXe siècle, dans le contexte de l’Affaire Dreyfus. Leur carrière en Allemagne commence après la première guerre mondiale. Ils contiennent les stéréotypes majeurs de l’antisémitisme moderne.

Ce texte joue encore aujourd’hui un rôle important. On peut en voir la marque à chaque fois que le judaïsme se trouve identifié à une puissance financière poussant sans scrupules, de Manhattan ou d’ailleurs, ses pions sur l’échiquier international.

Il n’est pas nécessaire qu’Heidegger les ait lus pour avoir été influencé par eux. Hitler et le théoricien du nazisme Alfred Rosenberg (1893-1946) les avaient étudiés, et ils constituaient l’arrière-plan de la propagande antisémite. Les annotations des Cahiers noirs ne présentent jamais un caractère privé, elles sont toujours à la hauteur d’une pensée qui, à cette époque, est en train d’évoluer vers sa pleine maturité. Le philosophe avait stipulé que leur publication devait clore la série de laGesamtausgabe, de ses œuvres complètes.

D’un côté, personne ne pouvait prévoir dans les années 1970 le nombre de volumes que celle-ci compterait finalement ; d’un autre côté, l’importance du manuscrit ne fait aucun doute — et constitue sans doute un phénomène unique dans l’histoire de la pensée allemande. Il est vrai que c’est seulement quand l’ouvrage aura été lu par l’ensemble du public qu’il sera possible de déterminer la place qui lui revient dans l’œuvre du philosophe.

RESSENTIMENT

On connaît depuis longtemps certaines déclarations antisémites d’Heidegger.  Ses lettres à Hannah Arendt et à son épouse Elfride contiennent des remarques qui témoignent d’un ressentiment anti-juif. Un préjugé personnel contre les juifs constitue une grave faiblesse. Le contexte de l’antisémitisme général qui sévissait au début des années 1930 permet cependant, sinon de la justifier, du moins d’en limiter la portée. Mais il est clair que cette attitude d’Heidegger, que j’appellerai un antisémitisme historial (seinsgeschichtlicher Antisemitismus), est aussi à l’origine de certaines de ses pensées philosophiques : le ressentiment prend ici une dimension effrayante.

En parlant d’antisémitisme historial, je veux dire que les traits imputés au judaïsme dans les Cahiers noirs ne sont pas supposés émaner de l’auteur, mais découler de l’histoire de l’Etre elle-même. En ce sens, les juifs ne sont pas pour Heidegger les inventeurs de la technique moderne, ils en sont avec les nationaux-socialistes la plus puissante incarnation.

Les juifs et les nationaux-socialistes, subjugués par la Machenschaft, luttent pour dominer le monde, tandis que les vrais Allemands sont à la recherche de leur essence authentique. Le judaïsme n’est-il pas sorti vainqueur de cette lutte, puisqu’il a précipité dans l’abîme, avec les nazis, les purs Allemands ? Telle est la question posée par Heidegger, et elle est loin d’avoir un caractère rhétorique.

Il existe pourtant tout un groupe d’étudiants juifs qui doivent à Heidegger leur formation philosophique : Karl Löwith, Hans Jonas, Hannah Arendt, Günther Anders, Leo Strauss, Emmanuel Levinas. Il avait un assistant juif nommé Werner Brock, auquel il vint en aide après l’accession des nazis au pouvoir. À ces noms il faut ajouter ceux du poète Paul Celan (1920-1970), dont il fera la connaissance ultérieurement et à l’adresse parisienne duquel il enverra, dès les années 1950, ses livres dédicacés ; celui de la poètesse Mascha Kaléko (1907-1975), brève rencontre qui fit immédiatement naître en lui un léger sentiment amoureux.

L’UN DES PLUS GRANDS PENSEURS DU XXe SIÈCLE

Le pouvoir d’attraction de la pensée d’Heidegger était plus puissant que l’effet de répulsion produit par l’intérêt, quelle qu’en fût la nature, qu’il avait d’abord manifestée pour le national-socialisme. Ce rapprochement déconcertait, sans révéler un abîme. Personne ne soupçonnait un antisémitisme transmué en philosophie. On ne peut pourtant s’empêcher de se demander ce qu’un Paul Celan, par exemple, aurait pensé de Heidegger, s’il avait lu les Cahiers noirs.

Il convient cependant d’affirmer la conviction que les idées certes dérangeantes d’Heidegger sur la situation des juifs dans les années 1930-1940, ne changent rien ou peu au fait qu’il est l’un des plus grands penseurs du XXe siècle. Sans écarter ces idées dérangeantes, rien ne sert de les nier dans une absurde démarche apologétique, dans un verdict paresseux ou des déclarations de foi ineptes, pour au contraire s’y exposer, encore et toujours.

Heidegger a distillé son antisémitisme spécifique dans des textes qu’il n’a laissé voir qu’à de rares personnes. Il ne les a pas publiés à une époque qui lui aurait peut-être permis d’en tirer des bénéfices. Mais, à la fin des années 1930, Heidegger avait déjà réduit ses sympathies pour les nazis à un seuil minimum.

Il jugeait sans doute que ces derniers avec leur credo racial ne pouvaient comprendre ses réflexions sur les juifs, où l’approche raciale n’était pas prépondérante, ce qui ne signifie pas cependant qu’elles étaient absolument dénuées de toute racisme. Si l’on devait s’accorder sur le fait que ces passages présentent sans équivoque un contenu antisémite, ne perdons pas de vue qu’il s’agit d’un antisémitisme tenu secret. Demandons-nous pourquoi, au tournant des années 1940, Heidegger entreprend de rassembler ses propos sur les juifs pour en tirer une interprétation de leur situation historique. Une difficulté supplémentaire est ici que l’un de ces Cahiers noirs, contenant des annotations des années 1942-1945, est la propriété d’un collectionneur qui en a jusqu’à présent refusé l’accès à l’éditeur. D’éventuelles déclarations antisémites datant de cette période seraient très problématiques.

SON INTERPRÉTATION DU NATIONAL-SOCIALISME

Que savait Heidegger des exactions commises contre les juifs ? LesCahiers noirs ne contiennent aucune indication permettant d’établir qu’il avait eu connaissance de l’existence des camps avant ou juste après 1945. En 1949, il évoqua la « fabrication de cadavres dans les chambres à gaz et dans les camps d’extermination », une expression qu’Hannah Arendt utilise dans Les Origines du totalitarisme.

Il fait certes une brève référence à la persécution des juifs, mais cela ne permet pas d’établir à quelle date il en eut connaissance. Qu’il ne se soit pas élevé contre l’éviction des juifs hors des universités, c’est une caractéristique qu’il partage avec la plupart des professeurs de l’époque.

Dans les années 1930-1940, Heidegger s’efforce de développer une sorte de topographie de l’histoire de l’Etre. Il s’intéresse ainsi aux deux problématiques parallèles : la relation du bolchevisme avec les Russes et celle du national-socialisme avec les Allemands. Le christianisme, de son côté, fait l’objet d’une interprétation négative. Il tente de définir le concept d’américanisme, tout comme il cherche à dégager la signification des peuples anglais, français, italiens.

Que le judaïsme aussi intervienne dans ce contexte, cela n’a rien de surprenant. Mais la manière dont il intervient est déterminée par des stéréotypes antisémites bien connus, portés à une dimension philosophique : c’est là le véritable problème que posent ces développements.

De 1940 à 1945, Heidegger se trouvait soumis à une énorme pression. Sans doute éprouvé par des problèmes d’ordre privé, ainsi que par son inquiétude pour ses fils engagés sur le front russe, il s’aperçut que son interprétation de la révolution nationale-socialiste, en laquelle il avait cru voir le signe annonciateur d’un revirement du monde européen, était en train de se briser contre la réalité historique.

DES ASSERTIONS DIFFICILES À SUPPORTER

Ses aperçus philosophiques sur ce qui est se révélaient de pures illusions. Personne ne considérait le poète Friedrich Hölderlin (1770-1843) comme« la pierre angulaire du prochain avenir allemand », comme disait le poète Stefan George (1868-1933) — à l’égard duquel Heidegger se montrait du reste assez réservé. Personne ne comprenait la fin solitaire de Nietzsche comme un sacrifice à la solitude de l’Être. On assistait plutôt à l’établissement du « dernier homme », ballotté entre l’évolution de la guerre et l’état de son compte d’épargne-logement. Les annotations postérieures à 1945 comportent des phrases où se lit, çà et là, une certaine perte du sens de la réalité. Elle affecte la perception qu’Heidegger a des relations entre juifs et Allemands. D’où des assertions difficiles à supporter.

Mais pourquoi le philosophe n’a-t-il pas relu après coup les Cahiers noirs de cette époque pour corriger ces annotations dérangeantes ? Il ne peut pas avoir oublié leur existence. Il veillait à ce que personne, à l’exception de membres de sa famille et de proches, n’en prît connaissance. Comment comprendre qu’il eût décidé de les publier en l’état ?

On ne peut supposer qu’il continuait de croire à la vérité de ce qu’il avait écrit. Pourquoi, si tel avait été le cas, aurait-il renoué avec Hannah Arendt ? Pourquoi surtout se serait-il abstenu, dans les Cahiers noirsultérieurs, d’évoquer à nouveau la « dangereuse alliance internationale » des juifs, et le rôle qu’une telle conjuration aurait pu avoir joué dans le passé ?

Le secret gardé sur ces textes lui aurait permis d’exprimer de telles idées. On peut dès lors se demander si Heidegger n’a pas plutôt voulu montrer combien un philosophe peut se fourvoyer. Il a toujours tenu l’« errance » pour inévitable. Mais la décision de publier ses cahiers avec ses passages antijuifs, afin de mesurer cette « errance », requérait une remarquable liberté de pensée. Il s’y trouve peut-être encore une autre liberté – la liberté de se laisser effrayer. Une telle liberté n’est-elle pas la composante nécessaire d’une pensée qui a plus qu’une autre fait l’épreuve des catastrophes intellectuelles du XXe siècle ?

Article de Peter Trawny, traduit de l’allemand par Pierre Rusch


Heidegger, cahiers noirs sur fonds bruns

Paru dans l’Humanité, lundi 1er septembre 2014. Article de Jérôme Skalski

12 NOVEMBRE 1933, MANIFESTATION NAZIE ET RÉUNION D’UN « CONSEIL SCIENTIFIQUE » : AU 1er RANG HEIDEGGER (SIGNALÉ PAR UNE CROIX). ULLSTEIN BILD/ROGER-VIOLLET ÉDIT PHOTO

Après la polémique née en Allemagne avec la publication au printemps des Cahiers noirs d’Heiddeger, le débat rebondit en France à l’occasion de la traduction de Heidegger et l’antisémitisme, de Peter Trawny, directeur de l’édition de l’œuvre complète du philosophe allemand.

Martin Heidegger est l’un des philosophes les plus influents de la pensée contemporaine. La liste des lecteurs qui ont tiré parti de la méditation de ses œuvres et en particulier d’Être et temps, publié en 1927, est suffisamment étendue pour que le fait puisse être établi sans contestation. Précisons que l’influence de ce penseur né en 1889 en Allemagne se signale aussi bien par la diversité des champs intellectuels traversés, depuis l’esthétique jusqu’à la psychanalyse, que par la diversité de ce qu’on nomme les écoles de pensée, courants marxistes compris. Bref, Heidegger est, quoique moderne, ce qu’on appelle un « classique », le renouveau de la tradition herméneutique (1) qu’il a engagé et ses concepts étant impliqués dans une multitude d’œuvres philosophiques majeures, celles de Sartre, Jankélévitch, Derrida ou Ricœur, pour n’en citer que quelques-unes.

Son rapport au nazisme : 
un débat public récurrent

Élève d’Edmund Husserl, l’inventeur de la phénoménologie, Heidegger fait l’objet, depuis sa mort en 1976, d’un débat public récurrent concernant son rapport au nazisme. Nommé recteur de l’université de Fribourg en 1933 et membre du Parti nazi de cette date à 1945, le fait a été judiciairement tranché en 1949 par un acte officiel le portant au nombre des « suiveurs ». Une catégorie juridique qui, dans la période de « dénazification » de l’Allemagne sous contrôle américain, caractérisait, après les « principaux coupables » et les « incriminés », entre les « moins incriminés » et les « exonérés », la dernière classe des collaborateurs du régime hitlérien. Il fut, à ce titre, interdit d’enseignement jusqu’en 1951 et put passer une retraite tout à fait convenable en Forêt-Noire quand certains de la première et de la deuxième catégories passaient la leur en Argentine ou au Chili, par exemple. On sait depuis Kant que la philosophie est un « champ de bataille ». Depuis Marx et Engels que ses « héros » peuvent avoir des allures de Don Quichotte. Mais c’est que la rigueur de la justice philosophique est plus exigeante que celle de l’administration militaire américaine à l’époque où prêchait le sénateur Joseph McCarthy. Cette année nous offre donc un nouveau rebond de l’« affaire Heidegger » avec la publication, en mars dernier, outre-Rhin, du premier volume des Cahiers noirs, notes personnelles de Heidegger pour la période 1931 et 1938, et, en cette rentrée littéraire en France, avec la publication de Heidegger et l’antisémitisme (Seuil) et de La liberté d’errer avec Heidegger (Indigène), de Peter Trawny. Le titre du premier ouvrage est traduit avec un sens certain de l’euphémisme. « Heidegger et le mythe du complot mondial juif » (Heidegger und der Mythos der jüdischen Weltverschwörung) serait une traduction plus littérale. Trop longue, sans doute, au goût français. Autre ouvrage à signaler sur le thème, la Dette et la distance. De quelques élèves et lecteurs juifs de Heidegger (l’Éclat) de Marie-Anne Lescourret. La polémique entourant la publication des notes personnelles témoignant des inclinations antisémites et nazies de Heidegger a déjà fait couler beaucoup d’encre. La publication de la traduction des livres du directeur de l’Institut Martin-Heidegger, commentaires de ces notes, ne manquera certainement pas d’en faire couler à nouveau. L’argument de Peter Trawny selon lequel le philosophe allemand intègre l’antisémitisme à sa pensée a pour lui de s’appuyer sur ce fait nouveau que se trouvent découvertes, pour la première fois et explicitement, des formules antisémites sous la plume de Heidegger. Plus précisément, formulées dans la droite ligne de la rhétorique antisémite du nazisme du Reichführer-SS, Heinrich Himmler, « biologisme » excepté. Le projet d’en déceler la trame dans sa philosophie est d’une tentative plus ancienne. On le retrouve chez Emmanuel Faye et son Heidegger, introduction du nazisme dans la philosophie (le Livre de poche, 2005), dans Heidegger et le nazisme (Verdier, 1987), de Victor Farias, et, de Pierre Bourdieu, dans l’Ontologie politique de Martin Heidegger (Minuit), ouvrage publié en 1989 à partir d’un texte édité dans la revue Actes de la recherche en sciences sociales en 1975. Avec pour contexte la réception enthousiaste de l’œuvre de Heidegger dans les milieux universitaires français, rappelons que ce projet fut tout d’abord porté par Paul Nizan, Henri Lefebvre et Georges Politzer dans les années 1930. Originaux à cette époque, rares aussi, les jeunes philosophes communistes avaient pour eux d’alerter leur temps sur l’articulation possible de la pensée de la déréliction (2), de la critique abstraite de la science et de la technique et de la conception antidialectique de l’être et de l’histoire avec la montée du nazisme et du fascisme. Et leur critique ne visait pas seulement Heidegger. On se reportera sur le sujet à l’article de Nizan intitulé « Tendances actuelles de la philosophie », publié dans l’Étudiant d’avant-garde, le journal de la future Union des étudiants communistes, en janvier 1934, article dans lequel le jeune philosophe marxiste ironisait sur cette philosophie qui « se présente comme une rupture, comme une invention absolument originale, tellement originale qu’elle exige un nouveau vocabulaire, une nouvelle grammaire de l’Esprit, qu’elle donne l’illusion aux “intellectuels” des sections d’assaut de faire facilement des découvertes bouleversantes ». Un texte qui, parmi d’autres, de Nizan et de Politzer, mériterait certainement d’être réédité.

Le « bruit médiatique » tranchera avec le large consensus intellectuel

Le propos aura ses promoteurs et ses détracteurs sur le terrain académique. Il aura aussi sans doute des bénéficiaires du côté d’une cohorte de résistibles petites voix qui prendront en lui prétexte pour figurer un philosophe patenté au panthéon de la pensée fasciste et antisémite contemporaine, elle qui peine, entre deux coups de projecteur habilement allumés, avec ses chansons vaseuses et ses dissertations de jeunesse hitlérienne sur le retour. Le « bruit médiatique » de la polémique tranchera en outre avec le large consensus intellectuel qui semble prévaloir actuellement en France pour taire l’implication de néonazis tout à fait décomplexés et de sang et de sol bien vivants dans les événements de l’est de l’Europe, en Hongrie et en Ukraine en particulier. Un « sommeil de la raison » qui n’est pas sans rappeler celui qui prévalait en France à l’époque de Nizan et de Politzer. Mais à quoi bon s’arrêter à ces quelques broutilles au pays de Descartes et de Pascal ? Les loups sont loin de Paris. N’est-ce pas, charmante Elvire ? On s’étonnera encore qu’une question ne semble pas avoir été soulevée dans le débat du printemps concernant la publication de ces Cahiers noirs du fait de ce contenu même. Sans évoquer le fait légal (les écrits antisémites, en général, tombent sous le coup de la loi des deux côtés du Rhin), on peut en effet s’interroger sur la pertinence de leur livraison sous couverture, solennelle et prestigieuse, in-quarto. La traduction française des Cahiers noirs est prévue en 2016. Le fait que le « berger de l’être » se fasse surprendre, humain trop humain, en pleine dégringolade sur la pente de sa « colline inspirée » est-il en lui-même surprenant, fétichisme à part ? Il est des lieux où souffle l’esprit, d’autres pas.

(1) Au sens général, art d’interpréter les textes.
(2) Sentiment d’abandon et de solitude développé dans la pensée moderne par 
la dissolution du sens aussi bien dans 
l’histoire que sous la forme du sens religieux.

– See more at: http://www.humanite.fr/heidegger-cahiers-noirs-sur-fonds-bruns-550411#sthash.nGiwoONK.dpuf


Se procurer l’ouvrage de Peter Trawny, La Liberté d’errer avec Heidegger

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La philo à la petite semaine

Posted by Hervé Moine sur 8 septembre 2014

la philo à la petite semaine

Rachel Corenblit et Cécile Bonbon

Philo à la petite semaine

Editions du Rouergue

août 2013

La philosophie sur un plateau-repas…

Charlotte, la grande soeur de Léna, élève de terminale, vient de découvrir la philosophie et à chaque dîner, elle assène à sa famille ce qu’elle vient d’apprendre : la caverne de Platon, Kant, Hegel… Cela énerverait plutôt sa petite soeur Léna, tout ce jargon ! Aussi, chaque jour la gamine ne peut s’empêcher d’interpréter tout à sa matière et de l’appliquer à son quotidien… ce qu’il y a dans son assiette, notamment ! Hilarant ! Et pourtant, cette philo à la petite semaine nous initie aux concepts philosophiques essentiels…

Une nouvelle série « à la petite semaine »

Sous la forme d’un cahier d’école, Rachel Corenblit au texte et Cécile Bonbon revisitent les matières scolaires avec drôlerie. Chaque livre se déroule sur une semaine, et l’on suit la vie de Léna, élève en primaire, de sa famille et de ses copains. Léna est une gamine perspicace, pas forcément bonne élève, qui se pose plein de questions, en pose aux autres et interroge aussi le pourquoi et le comment de ce qu’on lui enseigne ! Un petit roman pour les 8/11 ans, qui mêle texte et images dans un joyeux désordre et une grande fraîcheur.

L’auteure et l’illustratrice

Rachel Corenblit vit à Toulouse. Après une formation universitaire en philosophie, elle enchaîne les petits boulots, avant de s’orienter vers l’enseignement. Professeur des écoles pendant de nombreuses années, elle est aujourd’hui professeur de Lettres à Toulouse. Au Rouergue. Elle est l’auteure de huit romans dans les collections zig zag, dacodac, doado, et son dernier texte dans la toute nouvelle collection boomerang, Plié de rire/ Vert de peur, publié en 2012.

Cécile Bonbon vit et travaille à Toulouse. Après des études aux Beaux-Arts, elle travaille comme graphiste pendant quelques années et collabore ensuite avec de nombreux magazines ainsi qu’avec une marque de vêtements pour fillettes. Illustratrice depuis plus de 12 ans, elle sème ses illustrations, ses bricolages et ses petits personnages de tissu dans la presse et l’édition jeunesse. Elle a publié de nombreux albums, tout d’abord au Rouergue en 2000. avec Petit Tour et Bonbon, dans la collection 12×12, puis chez Milan, Hatier, Didier Jeunesse, Points de suspension, etc.


 

«Mes personnages sont dans ma tête»

Entretien avec Rachel Corenblit, paru dans la depeche.fr le 7 septembre 2014

Rachel Corenblit, philosophe de formation, a fait de nombreux petits boulots avant de se poser à Colomiers et de s’orienter vers l’enseignement du français. Si elle aime sa matière, la véritable passion de cette voyageuse infatigable, née au Québec il y a 44 ans, reste l’écriture. Une littérature principalement destinée aux enfants et aux adolescents. Après avoir publié «Shalom salam maintenant», au Rouergue en 2007, Rachel Corenblit enchaîne les ouvrages. L’an dernier, elle publie «Maths à la petite semaine» et «Philo à la petite semaine», cette année, «Histoire à la petite semaine» et «Français à la petite semaine» (1). Une présentation humoristique des matières scolaires illustrée, depuis Barcelone, par Cécile Bonbon.

Comment vous est venue l’idée de ces petits livres ?

Avec Cécile, nous nous sommes rencontrées par l’intermédiaire d’une amie commune qui était sûre que nous pourrions faire des trucs supers ensemble. J’écris, elle illustre… En fait, nous avions les mêmes idées, les mêmes délires. Elle en avait assez de dessiner pour les petits (Cécile Bonbon a, entre autre illustré «Le machin» écrit par Stéphane Servant, Ndlr).

Vos livres sont une déclinaison des matières proposées en classe, c’est une déformation professionnelle ?

C’est une envie. Chaque livre raconte une semaine dans la vie de Lena, une petite fille, qui détaille son rapport au monde. Ainsi, «la philosophie» parle de la consommation, «L’histoire» aborde les jardins… Cela permet à Cecile de donner un angle à ses illustrations. «L’histoire à la petite semaine» est visuellement très riche. De plus, les maths, le français… Ce sont des choses qui marquent. Ces albums s’adressent aux futurs adultes, mais aussi aux anciens enfants.

Comment créez-vous les personnages de vos histoires ?

Ce n’est pas rationnel. Par exemple le grand-père de «L’histoire à la petite semaine» existait dans ma tête. Tous les personnages de mes livres existent quelque part.

Quels sont vos prochains projets ?

«La fantastique aventure de Ouaoua le chihuahua» est totalement différente. C’est un livre à l’anglo-saxonne qui s’adresse aux enfants de 10 ans. Il raconte l’histoire d’un chien dont le maître, un petit garçon, part dans les Alpes à cause de son asthme. Dans ces montagnes rôde le loup. Une fois là-bas, l’enfant raconte des mensonges à ses nouveaux copains dont le fait que son chien Ouaoua est un tueur de loup. ..

Finalement, vous alternez les histoires pour enfants.

C’est vrai. Mes fils m’entendent parler dans mon bureau comme Lena ou comme Ouaoua. Une fois j’ai 8 ans dans la tête, le livre d’après j’ai 17 ans et ensuite 10 ans. C’est bien d’alterner.

(1).-Edition du Rouergue.

 

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La vie de Nietzsche

Posted by Hervé Moine sur 8 septembre 2014

 

le silence de Zarathoustra

Nietzsche : Le silence de Zarathoustra, René John Pouteau

 René John Pouteau

Nietzsche : Le Silence de Zarathoustra

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mai 2013

Pièce biographique qui retrace la vie de Friedrich Nietzsche. Les retours en arrière sont orchestrés pour donner une plus grande profondeur à la fin douloureuse et démentielle du philosophe. Les femmes de sa vie, ainsi que les amis et idoles qui l’ont inspirés, éclairent d’une lumière nouvelle la pensée, les intuitions et les théories du philosophe.

Le Silence de Zarathoustra

Le Silence de Zarathoustra, de René John Pouteau est une pièce biographique en quatre actes et un épilogue qui s’ouvre sur une période tardive de la vie de Nietzsche. Les souvenirs créent la tapisserie de la narrative et les amis apparaissent à côté du philosophe, face à ses défis. Depuis son amitié et rupture avec Richard et Cosima Wagner, jusqu’à sa relation avec Lou Salomé, faite de fulgurance philosophiques et sentimentales, les détails de sa vie sont comme des pavés sur le cheminement de sa pensée.

Son état psychologique et sa solitude sont le sujet de cette pièce. Ses amis fidèles ne font que rappeler l’immensité de sa solitude intellectuelle. Ses maux physiques sont l’arrière-plan d’un combat continu avec une société qu’il voit comme aveugle et autodestructrice et sa hantise d’une Europe réactionnaire, antisémite et militariste nous renvoi à nos propres démons et nous rappelle le visionnaire qu’il fut.

René John Pouteau est un auteur Franco-Américain né à New York de père français et d’une mère Cubaine et Porto Ricaine. Il a fait ses études aux USA puis s’est installé en France en 1983. Parfaitement bilingue il a écrit cette pièce en anglais et la traduite lui-même.

Il travaille actuellement sur un roman historique qui dépeindra l’occupation à travers le personnage d’un cousin Savoyard, résistant mort dans la tragédie du Cap Arcona. Publications : Minuit-dix au Kosovo ; Le grand Masturbateur (roman érotique) ; Islands in the Desert  (nouvelles en anglais). Tous chez Amazon.fr Il tient aussi un blog sur Médiapart.fr signé Ugaldé.

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Les universités au risque de l’Histoire

Posted by Hervé Moine sur 8 septembre 2014

Parution, dans la collection « Histoires des Institutions Scientifiques » aux Presses Universitaires de Nancy — Editions de l’Université de Lorraine, d’un ouvrage co-dirigé par Yamina Bettahar et Marie-Jeanne Choffel-Mailfert :

Les universités au risque de l’Histoire
Principes, configurations, modèles

 

Au cours de ces dernières décennies, les universités ont été confrontées à un mouvement continu de réorganisation institutionnelle. Sollicitées de toutes parts, elles sont aujourd’hui sommées de relever de nombreux défis.

Cet ouvrage collectif prend le risque de l’Histoire pour tenter d’apporter des points de vue distanciés susceptibles d’éclairer les mutations actuelles. Il propose des contributions pour la plupart issues de recherches en cours, relevant de disciplines différentes (histoire, sociologie, philosophie, sciences de l’information et de la communication).

Les universités sont approchées dans leur complexité, en des temps et des lieux très divers. Leurs trajectoires singulières ne peuvent se lire sans évoquer la prégnance des modèles antérieurs, ni même indépendamment du poids du contexte, celui des guerres ou des révolutions, ou encore des environnements sociaux et économiques.

Le poids de l’histoire est aussi confirmé dans le cadre de comparaisons internationales qui confrontent le cas de la France, à ceux du Portugal, de la République tchèque, du Luxembourg, de la Suisse, du Royaume-Uni, du Chili, des États-Unis et du Japon. Quelles que soient les orientations retenues, les traces du passé résistent en dépit du credo qui tend à présenter comme inéluctable la marche vers une uniformisation mondialisée des systèmes d’enseignement supérieur.

Cet ouvrage montre finalement que, quels que soient les principes et les discours affichés par les organismes internationaux, les États ou les universités elles-mêmes, les réalités produites dans chaque pays, par chaque institution, n’ont pas toujours été celles qui étaient attendues. Même si les mutations actuelles paraissent dans une large mesure dictées par l’économie, elles sont aussi le résultat de l’intervention et de l’action des hommes qui réagissent aux opportunités qu’offre l’Histoire, pour en faire des ressources créatrices ou des contraintes qui obèrent l’avenir.

Informations et sommaire disponibles sur le site du Comptoir des presses d’universités à : http://www.lcdpu.fr/livre/?GCOI=27000100178310


 

Vendredi 12 septembre, Yamina Bettahar

présentera l’ouvrage

entre 14h et 18h

dans le cadre du Livre sur la Place (place de la Carrière),

au stand « Sciences sur la Place »


Merci à Pierre-Edouard Bour pour cette annonce.

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Hermès, une nouvelle collection pour de grandes oeuvres

Posted by Hervé Moine sur 7 novembre 2013

Les cours d’Ellipses, pour une philosophie vivante

Propos recueillis par Henri de Monvallier, publié le 06/11/2013 dans Le Monde des Religions

Les éditions Ellipses lancent en cette rentrée une nouvelle collection, « Hermès », proposant la transcription de leçons orales de philosophes pour s’initier aux grands auteurs et aux grandes œuvres de l’histoire de la philosophie. Son directeur, Thibaut Gress, docteur en philosophie et auteur de plusieurs ouvrages de référence sur Descartes, est aussi le créateur et rédacteur en chef du site internet Actu Philosophia. Il répond à nos questions. 

Quelle est votre intention en proposant cette nouvelle collection ?

Il s’agit de remettre au goût du jour ce qui fut, à mes yeux, l’honneur de l’édition philosophique française, à savoir la publication de cours de grande qualité ; songeons par exemple aux remarquables Leçons de métaphysique allemande du regretté Jacques Rivelaygue (1936-1990) ou encore aux leçons de Ferdinand Alquié (1906-1985) consacrées à Descartes et à Spinoza, qui ont éclairé de nombreux étudiants. En essayant donc de reprendre cette belle tradition, nous souhaitons réaliser deux objectifs. D’une part aider les étudiants à entrer dans des œuvres ou des thématiques majeures de l’histoire de la philosophie à partir de l’enseignement oral souvent plus clair que le seul écrit : cette oralité est prise dans la nécessité de s’adresser à un public immédiatement présent, à l’inverse de l’écrit où l’auteur n’affronte pas directement son lecteur. D’autre part, il nous paraît important de garder une trace de ces grands cours ayant marqué beaucoup d’étudiants, et nous essayons, modestement, d’y contribuer.

Pourriez-vous nous indiquer quels sont les autres titres à venir ?

Parmi les titres à venir, figurent un cours sur le rationnel et l’irrationnel, un sur Berkeleyun autre sur Gilles Deleuze, un enfin sur l’Éthique à Nicomaque d’Aristoteainsi qu’un cours sur Nietzsche qui, je le pense, fera date.

Vous signez vous-même le premier volume, consacré aux Méditations métaphysiques de Descartes. Les leçons que vous proposez ont pour fil rouge « Baroque et art d’écrire », un axe d’interprétation assez nouveau. Pourriez-vous résumer votre démarche ?

Descartes est un auteur associé à l’idée de classicisme, c’est-à-dire de rigueur, de clarté et d’ordre. S’il fallait en donner une métaphore esthétique, je dirais qu’on pense ses écrits comme une sorte de ligne droite et ferme, rationnelle et résolue. Je ne conteste nullement cette analyse pour l’essentiel de ses œuvres mais il m’est apparu que les Méditations faisaient exception à ce schéma-là : elles mettent en effet en scène une sorte de théâtre baroque où le sinueux et le serpentin se substituent à la ligne droite ; Descartes y défend le doute, risque d’y être absorbé, avance, fait un pas de côté, revient en arrière, contourne, puis effectue de fulgurantes percées à la manière de ces coupoles baroques traversant les nuages pour découvrir Dieu, que semble imiter la troisième méditation. À cela s’ajoute le fait qu’à partir de la quatrième méditation se dévoile un nombre croissant d’incongruités, voire de raisonnements maladroits, qu’il serait délicat d’interpréter comme involontaires de la part de Descartes : je fais donc le pari qu’il s’agit de maladresses volontaires destinées à indiquer au lecteur qu’un double sens structure le texte, notamment autour de la question de la bonté divine. Je défends la thèse selon laquelle Descartes ne croit pas à cette bonté, non pas parce que Dieu serait mauvais mais parce qu’Il serait par-delà la question morale, et indifférent de ce point de vue à la créature humaine. Mais cela, Descartes ne pouvait pas l’écrire clairement : il l’a alors indiqué à mots couverts, en usant de son art d’écrire.

À qui s’adresse votre collection ? Au grand public curieux de découvrir un auteur ou une œuvre à partir d’une suite de leçons méthodiquement organisées ? Ou bien à ceux qui connaissent déjà les auteurs ou les œuvres et veulent approfondir leurs connaissances ?

Je crois que cette collection s’adresse à tous les publics que vous mentionnez. Elle constitue d’abord un outil pour les étudiants qui, déjà familiers de la philosophie, pourront parfaire leur connaissance de tel ou tel auteur en compagnie d’un spécialiste reconnu. Mais, dans la mesure où nous avons privilégié la clarté et la pédagogie inhérentes à l’oralité, ces leçons s’adressent également au grand public soucieux de découvrir la philosophie dans un cadre rigoureux : nous avons pour cela réduit les notes de bas de page qui jalonnent les éditions scientifiques sans que l’ouvrage ne succombe pour autant au survol ni à l’imprécision. J’ajoute que, loin d’être impersonnelles et froides, ces leçons portent la marque singulière de leur auteur et constituent également des interprétations fermes et originales des philosophes abordés qui intéresseront aussi les spécialistes. Ainsi Gaspard Koenig n’hésite-t-il pas, par exemple, à comparer Gilles Deleuze à l’anarcho-capitalisme américain, ce qui brise la vulgate contemporaine et ajoute à la grande pédagogie de ses cours un fil interprétatif fort et novateur.

À découvrir dans la même collection :

  • Rosleyne Dégremont, Leçons sur la philosophie de Berkeley.
  • Gaspard Koenig, Leçons sur la philosophie de Deleuze.
  • Jérôme Laurent, Leçons sur l’Éthique à Nicomaque d’Aristote.

 

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Les supports collectifs dont l’individu a besoin

Posted by Hervé Moine sur 7 novembre 2013

FabienneBrugère

La politique de l’individu

Collection La République des Idées

Seuil(octobre 2013)

Se procurer l’ouvrage de Fabienne Brugère La politique de l’individu

C’est entendu : nous vivons dans une « société d’individus ». Mais on peut entendre ce diagnostic de deux manières. D’un côté, l’individu serait un être absolument indépendant par rapport aux appartenances collectives; de l’autre, il sacrifierait au culte du moi et au narcissisme. Dans ces deux formes d’individualisme négatif, le sujet n’accepte rien à part lui-même. C’est évidemment un leurre, car l’individu en société ne « tient » pas tout seul. Une politique de l’individu doit donc passer par le soutien, au niveau des politiques tant publiques que locales. Plus fondamentalement, la question du lien social doit devenir un objet politique, afin que les capacités de chacun et la protection de la vulnérabilité soient prises en compte dans la définition du bien-être collectif.

Se procurer l’ouvrage de Fabienne Brugère La politique de l’individu

L’auteur

Fabienne Brugère est une philosophe française spécialisée en histoire de la philosophie moderne (XVIIIe siècle), en philosophie morale et politique, et en philosophie anglo-américaine. Elle est actuellement professeur à l’université Michel de Montaigne-Bordeaux 3, et a publié de nombreux ouvrages, dont Le Sexe de la sollicitude (Seuil, 2008) et Dictionnaire politique à l’usage des gouvernés (collab., Bayard jeunesse, 2012).

Se procurer l’ouvrage de Fabienne Brugère La politique de l’individu

Fabienne Brugère, philosophe : “L’individu a besoin de supports collectifs”

Article de Jean-Marie Durand, le 6/11/2013 dans Les Inrocks

Voir l’article dans Les InRocks

Dans son ouvrage “La politique de l’individu”, la philosophe Fabienne Brugère réfléchit à un individualisme positif, et imagine des dispositifs politiques permettant d’émanciper les individus.

Fabienne Brugère, philosophe, enseigne à l’université Bordeaux III. Elle a écrit de nombreux ouvrages sur l’esthétique et la philosophie politique, mais elle est aussi un intellectuelle impliquée dans la cité. Proche de Martine Aubry – elle a travaillé avec elle sur la notion du “care”, l’éthique du soin –,  elle n’hésite pas à confronter ses recherches théoriques et philosophiques à l’action politique et sociale. Dans son nouveau livre La Politique de l’individu, s’appuyant sur les travaux de sociologues comme Robert Castel, elle propose une nouvelle définition de l’individualisme, dépassant le narcissisme et le repli sur soi de la vision néolibérale, et imagine des outils politiques qui favoriseraient l’implication et la protection de l’individu moderne dans la collectivité.

La notion d’individualisme reste souvent mal définie. Quelle définition en donnez-vous ?  

BrugèreFabienne Brugère – Ce livre procède d’une analyse des diverses formes de l’individualisme : l’individualisme néolibéral fondé sur l’image de l’individu performant et riche ; l’individualisme moral qui pose le soi comme valeur indépendante des relations sociales ; un troisième qui consacre le culte de soi, le narcissisme, théorisé par Christopher Lasch ; et puis un quatrième, la société des modes de vie, avec pour slogan, “cultivons notre jardin” : on y privilégie des relations choisies (amis, collègues) sur le mode de l’élection. Cette société des modes de vie est particulièrement forte en France où l’on parle souvent d’un bonheur privé et d’un malheur public.

Pourquoi invitez-vous à dépasser ces quatre usages courants de l’individualisme ?

A partir de cet inventaire des diverses formes de l’individualisme, j’ai construit un autre usage de l’individu, qui passe par une politisation de la question de l’individu, à comprendre en même temps comme une politisation de la philosophie. Le titre doit beaucoup de ce point de vue à l’histoire magistrale de l’individu par Robert Castel, à travers ce qu’il a appelé d’abord “la première modernité” aux XVIIe et XVIIIe siècles : le moment où l’individu commence à se constituer politiquement à travers la question du droit à la propriété. Cette première modernité laisse pourtant de nombreux individus en dehors du filet des protections politiques : c’est alors que se joue la deuxième modernité qui attribue des droits sociaux, crée un système de protection de tous les citoyens. Mais cette deuxième modernité s’est aussi effilochée : beaucoup d’individus n’entrent plus dans les grilles définies par les droits sociaux de l’Etat-providence. Le chômage et la précarité de masse, mais également les transformations de la famille, font vaciller une identité de l’Etat-providence. Une troisième modernité est en train de s’inventer. Comment la transcrire politiquement ? L’individu a besoin de supports collectifs qui facilitent l’accomplissement de sa vie.

Etes-vous surprise par l’aveuglement de nombreux citoyens qui revendiquent leurs libertés et s’élèvent en même temps contre tout principe d’intervention collectif, comme l’éclaire le sempiternel débat sur la fiscalité ?

C’est un mauvais usage de la liberté, et en même temps un ras-le-bol face à une société bloquée. Beaucoup d’individus ne comprennent plus en quoi ils se rattachent à un collectif, en quoi ils sont reliés aux autres. Je défends une conception autre de l’individu. Tout d’abord, l’individu est un être relationnel et nous sommes de plus en plus dans une société de relations avec toutes les interdépendances qu’elle implique, bonnes et mauvaises. La question est : comment développer des relations satisfaisantes ? Je pense aux travaux de Pierre Rosanvallon et à son livre La Société des égaux ; je pense aussi à Patrick Chamoiseau et à Edouard Glissant, à leur définition de l’identité relationnelle. Quand on défend cette conception de l’individu relationnel, on pose une évolution dans la compréhension de la République française. Je défends un universel de la distinction.

Comment expliquer l’incapacité de la gauche à penser cette question de “l’égaliberté”, théorisée par Etienne Balibar ?

Il y a bien dans la tradition intellectuelle de la gauche une histoire de la conciliation de la liberté et de l’égalité. La Révolution française, si elle a pensé les deux, a échoué sur quelques points : sur le droit de vote par exemple, la Constituante a exclu les femmes et les esclaves. Mais il y a une prise de conscience de cette question de la conciliation dans la pensée philosophique contemporaine ; je pense à Balibar mais aussi à la théorie des capabilités d’Amartya Sen et de Martha Nussbaum, qui est précisément une tentative de définir une liberté positive, qui soit pour tous, qui mette tout le monde à égalité dans les moyens à sa disposition. Il faut penser une liberté d’accomplissement dans les politiques publiques. On a assimilé ces dernières années la conception de l’individu à celle de l’individu néolibéral. Or, l’individu se réalise à partir de supports, à travers des politiques à différentes échelles qui le construisent. Ce que la gauche doit penser, c’est l’épanouissement de l’individu hors du marché, en même temps que l’individu dans le marché. Par exemple, l’ouverture des médiathèques et des bibliothèques le dimanche plutôt que celle des hypermarchés.

Certains pointent le risque d’un “paternalisme moral de l’Etat”. Etes-vous sensible à cet argument ?

C’est une question importante ; la troisième modernité à laquelle je m’intéresse est associée à l’idée du soutien qui est une inflexion de la protection, plutôt un accompagnement et sans jugement moral. Mon idée est de penser un autre type d’Etat social que l’Etat paternaliste, qui est un risque de l’Etat-providence. Une nouvelle modernité, qui serait celle du soutien, ce sont des politiques d’accompagnement qui ne sont pas à visée verticale ; elles ne s’adressent pas à des catégories mais à des individus, pas à des histoires interchangeables qu’il faut faire entrer dans des cases mais à des vies à construire à travers un ensemble d’épreuves. Cela suppose de ne pas penser l’Etat tout seul, mais avec la société et un véritable pouvoir des différents acteurs du monde social. Ce qui veut dire concrètement que l’Etat doit être ouvert, que les citoyens, dans des cadres légaux beaucoup plus larges, doivent être écoutés. Le soutien, c’est faire travailler l’Etat avec la société, c’est continuer à donner du pouvoir à la société.

Comment percevez-vous la crispation du débat public en France ?

La France est partagée entre un pays ouvert et un pays fermé, partagée entre une politique de l’individu et de l’égaliberté et une politique de l’identité. On l’a bien mesuré à l’occasion du mariage pour tous. C’est vrai que le côté identitaire frappe plus parce qu’il a mis au point son arsenal idéologique ; il y a un risque à ce qu’il gagne encore plus de cerveaux car c’est lui qui arrive à frapper et à fabriquer un imaginaire. Le problème de l’autre côté, c’est qu’il est enfermé dans des politiques technocratiques qui ne savent pas ce qu’est l’imaginaire et qui ne parlent que de chiffres. Il manque actuellement des symboles, des récits. Ils sont à inventer au nom du progrès. La gauche devrait avoir en tête que la politique n’est pas seulement une affaire d’ingénieurs. C’est aussi une affaire d’artistes et d’orfèvres… La démocratie est une affaire de belles formes.

Pourtant, il existe aujourd’hui, dans le monde, un vrai foisonnement d’idées. Comment expliquer cet écart entre la production intellectuelle et l’impuissance politique ?

La production intellectuelle n’est pas atone en effet. Mais on souffre d’une absence de circulation d’un milieu à un autre. Chaque milieu est replié sur lui et produit ses propres normes et conduites ; en France, cela circule mal entre les sphères de vie, de travail. Du coup, on observe des identités de repli, pas du tout du côté d’une évolution des valeurs, d’une pluralité des voix, d’une compréhension de la République comme une démocratie.

Jean-Marie Durand

Fabienne Brugère, La Politique de l’individu (Seuil, La République des idées)

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le vrai opus magnum de Heidegger en français

Posted by Hervé Moine sur 6 novembre 2013

MARTIN HEIDEGGER

Apports à la philosophie. De l’avenance

Trad. de l’allemand par François Fédier

Collection Bibliothèque de Philosophie, Série Œuvres de Martin Heidegger,

Gallimard, 2013

Pour se procurer Apports à la philosophie: De l’avenance de Martin Heidegger

Environ neuf ans après la publication d’Être et Temps, entre 1936 et 1938, Heidegger entreprend la rédaction de son second «grand livre», Apports à la philosophie. De l’avenance. Il y travaille environ deux ans, l’achève, puis le range parmi les livres à publier «plus tard». Le moment propice pour la publication ne venant jamais, le philosophe a décidé que ces textes ne devraient paraître qu’après sa mort. Le volume a paru en 1989, pour le centenaire du philosophe.

De quoi s’agit-il avec les Apports à la philosophie ? De continuer ce qui avait été entrepris avec Être et Temps – mais en prenant un tout autre point de départ. Il n’y a de fait, au premier abord, pas la moindre continuité entre les deux livres. Le premier est encore un traité, alors que le deuxième se construit selon une architecture nouvelle et pour le moins originale : huit parties en tout, composées de six fugues, que précède le préalable d’un regard jeté sur l’ensemble et que suit, en une sorte de coda, le bilan récapitulatif qui clôt le livre.

Dans les Apports à la philosophie, Heidegger ne redit plus ce qu’il estime avoir suffisamment exposé et expliqué avec Être et Temps. Il s’agit désormais de ce que l’ouvrage nomme en toutes lettres l’autre commencement.

Loin d’être une mise en cause de la philosophie, le travail de Heidegger peut ainsi être considéré comme l’effort le plus consciencieux pour entériner ce que cette dernière n’a cessé d’être depuis son commencement grec. C’est en ce sens que peut être apporté à la philosophie ce qui manque encore au plein essor de son premier commencement.

Pour se procurer Apports à la philosophie: De l’avenance

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