Actuphilo

Actualité philosophique et réflexion philosophique sur l'actualité

Archive for the ‘Rousseau’ Category

Etude du livre I du Contrat Social de Rousseau Cours n°14

Posted by Hervé Moine sur 13 février 2009

Jean Jacques Rousseau

Jean Jacques Rousseau

Analyse du chapitre IX « Du domaine réel »

« Domaine réel »

Que signifie cette expression ? Rousseau entend par cette expression tout ce qui concerne les biens, les propriétés, par opposition à tout ce qui concerne les personnes. La possession est le terrain acquis par un individu dans des conditions plus ou moins légitimes (recours à la force, premier occupant, premier à avoir mis le terrain en valeur, etc.). Il doit souvent la défendre les armes à la main, car personne ne reconnaît la légitimité de son acquisition. La possession est fragile, menacée par les exclus ou les appétits féroces qui la convoitent. Lorsqu’un homme souscrit le contrat, il remet ses possessions à la communauté. On peut s’interroger sur l’utilité de cet acte, étant donné que cette dernière les restitue aussitôt sous forme de propriétés. En fait, cela permet à chaque membre de comprendre qu’il ne doit pas ses propriétés à lui-même, mais à la communauté. D’ailleurs celle-ci l’a fait « dépositaire » de la partie du bien public que nous appelons propriété et qui sera sa propriété. Or, ce que la communauté a laissé en dépôt, elle peut le reprendre si le propriétaire en fait mauvais usage ou ne respecte pas les lois. En ce sens, les biens sont les garants de la fidélité de chacun à la loi. Si un homme la transgresse, ses biens peuvent être confisqués. En outre, si l’intérêt général l’exige, il pourra être exproprié en étant dédommagé. Il s’agit donc d’une restriction de droit de propriété. Toutefois, à cet inconvénient sont liés des avantages. Une propriété étant une possession reconnue comme légitime par l’ensemble de la collectivité, elle cesse ainsi d’être convoitée. De plus, alors que le possédant ne peut compter que sur lui-même pour défendre sa possession, le propriétaire peut compter sur la force commune. Sa propriété est donc plus assurée.

Mais Rousseau va encore limiter le droit de propriété en indiquant que « l’acte positif qui le rend propriétaire de quelque bien l’exclut de tout le reste ». En d’autres termes, le propriétaire ne peut accroître ses propriétés, « il doit s’y borner ». Il devient impossible aux riches de s’enrichir davantage aux dépens des pauvres. Mais comme leurs biens sont reconnus, le contrat pour eux aussi s’avère avantageux. En outre, nouvelle limitation au droit de propriété, « on n’occupe que la quantité dont on a besoin pour subsister ». Or, comme les besoins des hommes sont à peu près identiques, Rousseau invite à un certain égalitarisme. « Que nul citoyen ne soit assez opulent pour pouvoir en acheter un autre, et nul assez pauvre pour être contraint de se vendre », dira-t-il au livre II, chapitre IX du Contrat.

Tout le superflu doit être remis à la communauté. Enfin, encore une restriction, la propriété n’est légitime que mise en valeur, exploitée « par le travail et la culture », sinon la communauté peut la reprendre. Ainsi Rousseau accorde le droit de propriété mais lui impose de sérieuses limites.

Par le contrat social, les individus aliènent tous leurs droits et leurs biens à la communauté. Comme cette aliénation a été librement consentie, c’est légitimement, vis-à-vis de ses membres, que la communauté détient ces biens. Mais entre elle et les autres communautés, il n’y a pas de contrat social et, par conséquent, ses biens ne sont pas reconnus comme légitimes par les autres communautés. En effet, ces biens reposent soit sur le droit du plus fort, et nous avons vu que ce prétendu droit n’en est pas un, soit sur le droit du premier occupant, droit qui n’est légitime que reconnu par les autres communautés. Or il n’y a pas de contrat entre les communautés qui sont, les unes vis-à-vis des autres, dans l’état de nature. L’avantage du contrat est la défense des biens du peuple contre l’agression étrangère, non plus par des forces isolées, mais par la force commune.

Rousseau assure que la terre appartient à tous, un peu comme si Dieu l’avait mise à la disposition de l’ensemble de l’humanité. Dès lors, toute tentative pour s’approprier un territoire quelconque, qu’elle vienne d’un particulier ou d’un peuple, paraît illégitime. Un tel argument ferait apparaître Rousseau comme un penseur internationaliste opposé à la notion de nation. En fait, il n’en est rien. A l’individualisme et à l’universalisme, Rousseau préfère le civisme. Il rejette le cosmopolitisme qui nie les singularités. Il propose plutôt des Républiques aux dimensions modestes qui s’accordent avec l’expérience humaine et rendent possible la démocratie directe. Pourtant, une fois instaurées, ces Républiques excluent de leur territoire « le reste des hommes ». Mais cette exclusion serait légitime lorsque le peuple qui s’est approprié le territoire n’occupe que ce qui lui est nécessaire et le met en valeur par le travail.

Il ne suffit pas, pour assurer la possession légitime d’un territoire, d’être le premier à y avoir mis le pied, ou à avoir planté son drapeau. De même qu’il ne suffit pas d’avoir la force d’écarter les autres. Celui qui occupe un terrain disponible correspondant à ses besoins, en l’exploitant, en le mettant en valeur (triple condition), inscrit sa possession dans la réalité. Celui qui se contente d’être le plus fort et d’en écarter les autres a une attitude moins légitime. Cependant, seule la caution de la communauté transforme la possession en véritable droit de propriété.

Se prétendre roi des Français … , c’est lier son pouvoir au peuple de France, laisser supposer que son consentement est nécessaire. Aussi les régimes absolutistes préfèrent-ils l’expression « roi de France … » car dans cette perspective le consentement des Français paraît moins indispensable. Les mécontents peuvent toujours partir.

« Egalité naturelle – égalité conventionnelle »

Dans le dernier paragraphe du premier livre Rousseau distingue l’égalité naturelle de l’égalité conventionnelle. Tout d’abord, l’égalité naturelle tenait au fait que tous étaient placés dans les mêmes conditions, puisqu’ils pouvaient tous jouir librement de leurs propres forces. Mais une telle égalité recouvrait des inégalités dans la mesure où les forces de chacun étaient inégales comme leurs dons, leurs talents, leurs capacités. Ensuite, l’égalité conventionnelle, égalité de droit, égalité morale, est donc plus satisfaisante. Dans la communauté, la loi est la même pour tous, quelle que soit la force de chacun.

Remarques sur le droit de propriété selon Rousseau

La position de Rousseau, en ce qui concerne la propriété individuelle, a considérablement évolué. Dans le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité, Rousseau faisait de la propriété la cause des malheurs de l’humanité. Il semblait condamner le droit de propriété. Mais, dans le Contrat Social, il reconnaît ce droit et charge même l’État de le défendre, en ayant recours à la force publique si besoin est. En fait, entre le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité et le Contrat, quelques années se sont écoulées. Rousseau, qui pensait tout d’abord possible de changer les hommes, a renoncé à ses illusions. Il dit textuellement dans le Contrat Social qu’il prend « les hommes tels qu’ils sont et les lois telles qu’elles peuvent être ». Or, les hommes sont maintenant attachés à la propriété privée. Il n’essaiera pas de les changer car son expérience lui a fait comprendre la vanité d’une telle tentative.

Ne semble-t-il pas qu’en politique, le réalisme consiste à renoncer à la transformation des hommes et à s’occuper uniquement du changement des institutions. Encore, faut-il ne s’attaquer qu’à celles qui méritent réellement d’être changées ?

Publicités

Posted in Etude d'une oeuvre, LPO Pointe-Noire, Philo bac, philosophe, philosophie, Rousseau, Term. ES, Term. L, Term. S, Term. STI | Tagué: , , , | Leave a Comment »

Etude du Livre I du Contrat Social de Rousseau Cours n°13

Posted by Hervé Moine sur 12 février 2009

Jean Jacques Rousseau

Jean Jacques Rousseau

Analyse du chapitre VIII « De l’état civil »

Etat civil, état meilleur et supérieur pour l’espèce humaine que l’état de nature

Etat civil, état meilleur et supérieur pour l’espèce humaine que l’état de nature, telle semble être une des affirmations principales de Rousseau dans le premier des trois paragraphes qui composent ce court mais dense chapitre, §1.. Rousseau utilise dans des sens différents l’expression « état civil ». Tantôt cet état désigne la période qui succède à l’état de nature et qui est marquée par l’injustice, la perte de l’égalité et de la liberté ; tantôt, au contraire, l’état civil est l’état consécutif au contrat social dans lequel l’homme retrouve de nouvelles formes d’égalité et de liberté.

La raison et la justice sont en germe chez l’homme. Elles se présentent comme des potentialités que Dieu nous a données, mais qui ne pourront se développer que dans l’état civil. En ce sens ce dernier est un progrès pour l’espèce humaine, quels que soient, par ailleurs, les malheurs qui l’accablent, car être capable de justice ne conduit pas nécessairement à agir justement.

Dans l’état de nature, l’homme était innocent. Il n’avait pas l’idée du bien et du mal. « C’est l’ignorance des vices qui les empêche de mal faire. » Aussi n’avait-il aucun mérite à ne pas sombrer dans le mal dont il se gardait malgré lui, par nécessité, par nature (et non par choix).

En revanche, dans l’état civil, l’homme va progressivement développer sa raison qui va lui donner la connaissance du bien et du mal. Dès lors, il va pouvoir choisir entre le bien et le mal. Or, la morale suppose ce libre choix. Lorsqu’il sera bon, dans l’état civil, il sera méritant, car il aura choisi le bien alors qu’il aurait pu accomplir le mal. Ainsi le passage à l’état civil, en permettant le développement de la raison, a rendu possible la morale. Mais à l’état civil, le choix du bien n’est qu’une possibilité. Il n’est jamais assuré, l’homme pouvant opter pour le mal. « La voix du devoir », toujours présente, n’est pas toujours écoutée. Il ne s’agit que d’une obligation morale et chacun sait que la morale peut être bafouée.

Suivre ses « appétits », ses « penchants », n’est pas une preuve de liberté mais un « esclavage ». Etre libre c’est, au contraire, s’arracher à la dépendance des « appétits » changeants et toujours particuliers pour se donner une loi universelle que l’on décide de respecter.

L’état de nature comporte certes de nombreux avantages (égalité, liberté, innocence, bonheur) mais aussi d’indéniables inconvénients. Dans cet état, l’homme est « un animal stupide et borné », car sa raison ne s’est pas développée. C’est dans l’état civil, le conflit avec ses semblables, la spéculation, à force d’intrigues, de calculs et de complots, que l’homme va développer des qualités intellectuelles qui lui faisaient défaut. Ce sera l’acte de naissance de la raison et celle-ci rendra possible la moralité. Etre bon sera pour lui un choix. Ce n’était qu’un instinct dans l’état de nature. Toutefois, les inconvénients, les abus de l’état social sont nombreux : perte de l’égalité, de la liberté, de l’innocence originelle et disparition du bonheur. Mais le contrat social vise la création d’une société dans laquelle les avantages de l’état civil s’unissent à ceux de l’état de nature.

Lorsque l’on compare l’homme dans l’état de nature et dans l’état civil, on s’aperçoit que son évolution, contrairement à ce que laisse penser le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, s’est traduite par l’acquisition de multiples perfections qui ont fait d’un « animal stupide et borné » « un être intelligent » et moral. On peut donc soutenir que le bilan global de cette évolution est positif (parole, mémoire, conscience morale et intelligence) malgré les « abus » évoqués précédemment et que le contrat social doit d’ailleurs supprimer. L’homme ne se fait homme que par la socialisation : tel sera l’enseignement du chapitre VIII.

Rousseau, contrairement à ce que l’on a pu écrire ou dire, rappelons-le, estime impossible le retour à l’état de nature. D’ailleurs rien ne prouve qu’il soit souhaitable. En effet, proposer de retrouver une situation originelle « d’animal stupide et borné » n’est pas un objectif particulièrement attrayant. Tout se passe comme si, comparé à l’état social, l’état de nature était un état de bonheur et, comparé au contrat social, un état inférieur. Aussi tous ceux qui ont vu chez Rousseau un partisan du retour à l’état de nature se sont-ils trompés.

Cependant, entre les deux Discours et le Contrat Social, la position de Rousseau a pu évoluer, ceux qui soutiennent la thèse du retour à l’état de nature s’appuyant sur la lecture des deux Discours et délaissant le Contrat.

« liberté-égalité naturelle, liberté-égalité civile »

La liberté naturelle, c’est la possibilité d’entreprendre ce que nos forces nous permettent de faire, le pouvoir d’en jouir sans entraves. L’égalité naturelle, c’est le fait que tous sont dans la même situation, puisqu’ils disposent librement de leurs forces et sont soumis à une même nature. Ce libre usage de nos propres forces va disparaître dans l’état civil. En effet, chaque membre de la société démocratique met ses forces à la disposition de la communauté. Toutefois, comme la communauté met la force commune à la disposition des membres, chaque membre est gagnant. La liberté civile, c’est non pas la possibilité d’entreprendre ce que nos forces nous permettent d’accomplir, mais le pouvoir de faire tout ce que la loi permet. Une loi à l’élaboration de laquelle nous avons d’ailleurs participé. L’égalité civile est la stricte égalité des hommes devant la loi. La loi est la même pour tous. L’égalité naturelle, quant à elle, recouvrait une certaine inégalité car si tous étaient bien plongés dans la même condition (la libre jouissance de leurs forces), les forces étaient pour leur part inégales.

« l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté »

Pour terminer la lecture de ce chapitre, §3., remarquons que cette formule rapproche Kant de Rousseau. Cependant, Kant met l’accent sur la loi et Rousseau sur la liberté. Pour Kant, l’obéissance à la loi morale est la fin véritable et la liberté n’en est que la condition de possibilité. On lui obéit parce qu’elle est la loi. Pour Rousseau, l’obéissance à la loi est un moyen en vue de retrouver la liberté qui est la fin.

Posted in Etude d'une oeuvre, LPO Pointe-Noire, Philo bac, philosophe, philosophie, Rousseau, Term. ES, Term. L, Term. S, Term. STI | Tagué: , , , , , | Leave a Comment »

L’homme politique doit faire ou se taire !

Posted by Hervé Moine sur 12 février 2009

sarkozyrousseau

58 % des Français jugent que Nicolas Sarkozy « parle beaucoup mais ne fait pas grand-chose ».*

Il ne s’agit pas de savoir si cette opinion est vraie ou fausse… Je n’ai jamais accordé beaucoup d’importances aux sondages quels qu’ils soient. Cependant celui-ci m’a amusé après avoir relu avec vous ce passage de Rousseau.

« On me demandera si je suis prince ou législateur pour écrire sur la Politique? Je réponds que non, et que c’est pour cela que j’écris sur la Politique. Si j’étais prince ou législateur, je ne perdrais pas mon temps à dire ce qu’il faut faire; je le ferais, ou je me tairais. » Jean Jacques Rousseau, Du Contrat Social, Principes du droit politique, 1762.

*Sondage réalisé par Sofres-Logica du 30 janvier au 2 février sur un échantillon national de 1.000 personnes représentatif de la population âgée de 18 ans et plus, interrogées à leur domicile. Ce sondage a été réalisé pour le Nouvel Observateur.

Posted in Rousseau | 4 Comments »

Etude du Livre I du Contrat Social de Rousseau Cours n°12

Posted by Hervé Moine sur 11 février 2009

Jean Jacques Rousseau

Jean Jacques Rousseau

Analyse du chapitre VII « Du souverain »

Dans le §1. de ce chapitre, Rousseau nous dit que les rapports entre les particuliers et la communauté reposent sur la réciprocité. Cependant un problème se pose. L’individu aliène tous ses droits au profit de la communauté et se soumet à la volonté générale. En échange, la communauté lui garantit sa sécurité et sa liberté. Cependant il appartient à cette communauté, c’est donc un peu comme si le particulier s’était engagé envers lui-même. Or, juridiquement, l’engagement envers soi-même est nul car la personne est une et ne peut se dédoubler. En revanche, moralement, on peut estimer qu’il y a en tout homme une dualité. Nous sommes à la fois un être sensible et un être de raison. Et l’être sensible que nous sommes peut s’engager envers l’être de raison que nous constituons. L’être sensible, soumis aux caprices changeants des sens, peut décider qu’il obéira à la raison qui est en lui et qui, elle, ne change pas. Par exemple, il peut s’engager à ne plus boire d’alcool, Rousseau, en moraliste transporte dans le domaine politique un dédoublement de l’individu. Tout membre de la communauté, dans la mesure où il relève à la fois de l’État et du souverain, apparaît dans le même temps comme sujet et comme législateur. Le sujet peut s’engager à obéir au législateur. Mais comme il est législateur, le sujet s’engage donc vis-à-vis de lui-même ou, plus exactement, engage la partie la plus impulsive de lui-même vis-à-vis de la plus raisonnable. Il y a bien deux parties contractantes.

La souveraineté absolue du peuple

Dans le §2., Rousseau poursuit sa réflexion, il dit qu’« il est contre la nature du corps politique que le souverain s’impose une loi qu’il ne puisse enfreindre ». Le peuple est souverain dans la mesure où il élabore les lois auxquelles il se soumet. Cependant, le souverain peut renoncer à une loi qu’il a instituée pour en adopter une nouvelle. S’il ne pouvait changer les lois aussi souvent qu’il le désire, il ne serait plus libre mais dominé par des lois immuables, et perdrait sa souveraineté. Le souverain doit pouvoir entreprendre à chaque instant ce qu’il juge le meilleur.

Le peuple peut décider de renoncer au contrat social. Il a donc le pouvoir de se dissoudre en tant que peuple pour redevenir la multitude, l’agrégation gouvernée par des rapports de force qu’il était autrefois. Il est clair, cependant, que le peuple n’a pas intérêt à défaire le contrat auquel il doit son existence. Mais Rousseau entend affirmer la souveraineté absolue du peuple et la pousse jusqu’à ses plus extrêmes limites.

le pouvoir du souverain est destiné à protéger la liberté des sujets, non à l’aliéner

Dans le §3. Les citoyens ont aliéné tous leurs droits à la communauté afin qu’elle protège leur liberté, en particulier, contre une puissance étrangère. Aussi le pacte social est-il contredit, violé, si l’obéissance à une telle puissance est imposée par le souverain au sujet. Car le pouvoir du souverain est destiné à protéger la liberté des sujets, non à l’aliéner. Sinon, il perdrait sa raison d’être. De plus, le contrat social n’est pas simplement un acte matériel qui crée une communauté matérielle. Il est également un acte spirituel fondé sur une croyance quasi religieuse en un être que l’on croit tout puissant, juste et « sacré » : la communauté, le souverain. Si cet être trahit la confiance que l’on a mise en lui, s’il ne respecte plus son engagement d’assurer la liberté de ses membres, s’il les fait esclaves d’une puissance étrangère, alors il perd leur confiance et, du même coup, son caractère « sacré » s’anéantit.

En revanche, le souverain peut bien passer avec d’autres souverains des accords et s’obliger à les respecter. Mais ces accords doivent présenter un double caractère : ils doivent d’une part procurer au souverain certains avantages et d’autre part être compatibles avec le respect de la liberté des sujets.

Les « membres » s’engagent à défendre le « corps » et le « corps » à défendre les « membres »

Dans le §4. Rousseau dit’ « on ne peut offenser un des membres sans attaquer le corps… » : « Le corps », c’est-à-dire l’État, la communauté tout entière, a le devoir de se porter au secours de l’un de ses « membres » attaqué dans ses intérêts légitimes. Il s’agit en effet d’un engagement réciproque. Les « membres » s’engagent à défendre le « corps » et le « corps » à défendre les « membres ». Rousseau estime même qu’il n’est pas besoin d’obliger le souverain à se porter au secours des membres de la communauté car, guidé par la seule raison, il respecte son engagement automatiquement.

Remarque sur la notion de « raison d’Etat »

En fait l’État, pour des raisons qui lui sont propres, peut sacrifier l’intérêt légitime de ses membres. Il est arrivé que des citoyens lésés par une puissance étrangère ne trouvent pas dans l’État le défenseur attendu. Ils ont été sacrifiés à ce que l’on appelle « la raison d’État », c’est-à-dire à des intérêts généraux dont la défense implique malheureusement le renoncement aux intérêts légitimes des membres spoliés. Il existe dans le monde plus d’un personnage officiel de l’État qui n’hésite pas à sacrifier ces intérêts au nom d’une prétendue raison d’État, comme s’il y avait pour l’État une raison plus forte que l’intérêt de ses membres. Evoquer une prétendue « raison d’État », c’est laisser entendre qu’il a des intérêts supérieurs à ceux de ses membres, alors qu’il n’existe que pour les protéger. Lorsque le moyen (l’État) devient fin, il y a perversion. Dans le monde de multiples ambassadeurs, lorsqu’ils ont à défendre leurs concitoyens, appliquent le principe opportuniste bien connu : « pas de vagues ! » et, pour préserver des relations commerciales, politiques ou même leur carrière personnelle, abandonnent leurs concitoyens agressés à leur triste sort. Mais lorsque le corps est attaqué, les membres n’ont pas d’autre possibilité que de se porter au secours de l’État (en temps de guerre les déserteurs sont fusillés). En revanche, lorsque les membres sont attaqués, nombreux sont les États qui n’hésitent pas à les sacrifier, violant ainsi les principes qui ont institué la communauté. Par ailleurs, indépendamment d’une agression étrangère, l’État peut négliger ses devoirs, violer la loi, léser les particuliers qu’il devrait protéger. Il peut demander à ses agents de voler, mentir, dissimuler, tuer,… Dans les démocraties modernes, des institutions (Tribunal administratif, Conseil d’État) permettent aux particuliers de porter plainte contre les abus de l’État qui est souvent condamné. Cet aspect semble avoir échappé à Rousseau. Il précise cependant que, peu nombreuse, la magistrature est plus efficace, mais que plus elle s’accroît, moins elle devient dangereuse. Une petite cité pourrait se contenter de quelques magistrats et même, dans la démocratie directe, le corps politique tout entier pourrait s’en passer. Dans un grand État, l’efficacité requiert une concentration du pouvoir entre leurs mains. Toutefois, la magistrature contient un risque dans son esprit de corps, sa volonté propre et sa tendance à confondre ses intérêts avec ceux de l’État, à « usurper la souveraineté » (livre III).

La solidarité du corps politique

Selon Rousseau, il y a solidarité entre les membres du corps politique et le corps politique dans son ensemble. Cette solidarité doit être distinguée de la solidarité familiale, classique ou tribale. Cette dernière, d’ordre affectif, repose sur des croyances plus ou moins mystiques et irrationnelles que l’on peut illustrer par la pratique de la vendetta aujourd’hui en voie de disparition. La solidarité du corps politique a pour principe le contrat social. Elle n’est pas affective mais rationnelle. « Ainsi, dit Rousseau, le devoir et l’intérêt obligent également les deux parties contractantes à s’entraider mutuellement, et les mêmes hommes doivent chercher à réunir sous ce double rapport tous les avantages qui en dépendent. » On voit bien l’intérêt qui en résulte pour les membres du corps politique : leur liberté est protégée par la force commune. Mais quel intérêt le corps politique lui-même trouve-t-il dans la solidarité qu’il manifeste à l’égard de ses membres ? Le corps politique est un être moral qui repose sur la confiance de ses membres. S’il ne défend pas leur liberté, cette confiance disparaît et avec elle le corps politique. Donc, en défendant ses membres, le corps politique défend sa propre existence.

Dans le §5., Rousseau ajoute qu’ « il est impossible que le corps veuille nuire à tous ses membres » : Pour lui, le souverain, étant constitué par l’ensemble des membres et agissant selon des lois générales, ne peut « nuire à tous ses membres », ni d’ailleurs « à aucun en particulier ». Il n’a donc « nul besoin de garant envers ses sujets ». En fait, on constate parfois que la bureaucratie totalitaire a subordonné à ses propres intérêts l’intérêt des membres de l’État, si bien que la liberté individuelle a fini par être aliénée. Nous ne sommes donc jamais assurés du respect par l’État de l’intérêt de ses membres.

Engagements du citoyen

Dans le §6., Rousseau, fait allusion à la répression. Dans le §7. il affirme que dans et par le contrat l’individu devenu citoyen s’engage et il est tenu de tenir ses engagements. Et si tel n’était pas le cas, on peut avoir recours à la répression. Comme membre du corps politique, l’existence de l’individu est conditionnée par celle de tous. L’existence absolue est l’existence de l’individu avant le contrat, lorsque chaque homme n’existait que pour lui-même. Après le contrat, il n’existe que par et pour la communauté. Il a une existence relative. Tout membre de la communauté s’engage à soumettre sa volonté particulière à la volonté générale et accepte à l’avance l’utilisation de la force pour le contraindre à respecter son engagement.

Avantages et inconvénients du contrat ; droits et devoirs du citoyen

Tout contrat implique à la fois des avantages et des inconvénients. Les uns ne vont pas sans les autres. Mais certains individus s’accommodent fort bien de jouir des avantages sans assumer les inconvénients. Ils veulent bénéficier de la sécurité et de la liberté que procure la vie dans une société démocratique, sans s’acquitter de leurs obligations (impôts, service militaire, respect des lois,…) à l’égard de leur société. En bref, évoquant toujours leurs droits, ils ne parlent jamais de leurs devoirs. Rousseau estime que de tels individus doivent être contraints par la force publique à respecter leurs devoirs. Sans cela, ceux qui se conduisent correctement se sentiront lésés et perdront leur confiance dans l’État. Or, un État qui a perdu cette confiance est moribond, au bord de la « ruine ». Tout citoyen doit avoir la garantie que, lorsqu’il obéit aux lois, les autres sont aussi tenus de le faire et que s’ils désobéissent ils seront châtiés, le châtiment pouvant aller jusqu’à la peine capitale. C’est à cette condition que le contrat qu’il a souscrit n’est pas un marché de dupes.

Forcer l’individu à être libre

Forcer l’individu à être libre telle est l’idée sur laquelle se termine ce chapitre, §8.. Pour Rousseau, les citoyens avaient tacitement souscrit à une loi fondamentale en acceptant les avantages de la vie en communauté. En contraignant les récalcitrants à accomplir leurs devoirs, on les contraint à se soumettre à cette loi. On leur permet ainsi d’échapper à leurs passions individuelles asservissantes et donc d’être libres. C’est la raison de chacun qui exige que « quiconque refuse d’obéir à la volonté générale y sera contraint par tout le corps ». Ceux qui violent la loi occultent la raison. C’est à la patrie que le citoyen se donne, non à une autre personne. Dès lors, « la dépendance personnelle » disparaît et la liberté est préservée.

Posted in Etude d'une oeuvre, LPO Pointe-Noire, Philo bac, philosophe, philosophie, Rousseau, Term. ES, Term. L, Term. S, Term. STI | Tagué: , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Etude du Livre I Contrat Social de Rousseau Cours n°11

Posted by Hervé Moine sur 10 février 2009

Jean Jacques Rousseau

Jean Jacques Rousseau

Analyse de la suite du chapitre VI « Du pacte social »

(cf. §1 à §7)

Reprenons notre étude au §8 du chap.VI.

Mais rappelons le contenu du chapitre précédent. Rousseau nous expliquait que l’aliénation des droits au profit de la communauté doit être, d’une part, totale, absolue. Nous avions dit, qu’en cela, Rousseau s’opposait à la fois à Spinoza et à Locke. D’après l’auteur du Contrat Social, si cette aliénation doit être absolue c’est dans le but d’éviter les risques de conflits. En effet, selon lui, s’il restait quelques droits aux membres de la communauté, ils pourraient les exercer contre la communauté et il y aurait ainsi risque de conflit. Cette aliénation des droits au profit de la communauté doit, d’autre part, se faire au profit de « toute » la communauté.

Aucun droit ne doit être conservé.

Si cette « aliénation totale » doit se faire au profit de « toute » la communauté, cela signifie qu’elle se fait au profit de soi-même, étant donné que chacun fait partie de cette communauté. Pour Hobbes l’aliénation doit se faire au profit d’un homme et non de tous. D’autre part, elle ne concernait pas « chaque associé » puisque l’un d’eux, le souverain, n’aliénait rien, celui-ci conservant l’intégralité de son droit naturel sur toutes choses et contre tous les hommes. Or, renoncer à tous ses droits au profit d’une communauté dont on fait partie n’est pas y renoncer au profit d’un seul ou de quelques-uns. Dans le premier cas, (thèse de Rousseau) on préserve sa liberté ; dans le second, (thèse de Hobbes) on la perd.

Problème : N’y a-t-il pas inégalité dans cette aliénation des droits ?

Rousseau affirme que la condition de cette aliénation « est égale pour tous ». Dès lors un problème se pose, problème qu’on peut énoncer de la manière suivante : Si le contrat, pour être juste, doit être le même pour tous cela signifie que tous aliènent leurs droits, leur puissance, or, il se trouve que la puissance des individus n’est pas la même. En effet, les plus puissants ou les plus riches, en sacrifiant la totalité de leurs droits, de leur puissance et de leur richesse, n’alièneraient-ils pas davantage que les autres ? Par conséquent, la situation ne semble pas la même pour tous.

Pour Rousseau, il est vrai que les riches et les plus puissants sont bien plus menacés que les pauvres aussi bien dans leur vie que dans leurs richesses. En effet, d’une part, les pauvres, possédant évidemment peu, comment susciteraient-ils la convoitise ? Ils semblent qu’ils soient bel et bien à l’abri du danger. Et, d’autre part, les riches, possédant beaucoup, ne courent-ils pas, en revanche, un grand danger ? Or celui-ci disparaît grâce justement au contrat, les riches trouvant ainsi la sécurité. Certes, il est vrai qu’ils apportent bien plus que les autres, cependant, ils reçoivent davantage, le risque, pour eux, étant plus grand. Ainsi, tout compte fait, on peut bien dire que la condition est bien « égale pour tous », puisque tous reçoivent au moins autant que ce qu’ils donnent. On gagne proportionnellement à ce que l’on perd.

On peut remarquer d’ailleurs, que l’apport du pauvre est non-négligeable, celui-ci apportant sa caution morale, nécessaire à l’institution du corps politique. Par conséquent, le riche apporte moins que ce que l’on pense et le pauvre plus que ce que l’on croit, et de ce fait, on peut dire que leurs apports respectifs peuvent être considérés comme équivalents.

On gagne l’équivalent de ce que l’on perd

Dans le §8. Rousseau précise sa pensée en affirmant que si les particuliers avaient conservé un quelconque droit, ceux-ci estimeraient, en ce qui concerne ce droit, être les seuls juges. Dès lors, lorsque des conflits relatifs à ces droits surgiraient, ils auraient tendance à se faire justice eux-mêmes. (Nous savons ce que pense Rousseau de cette idée !) Et, si ce comportement devait devenir habituel, la société se résoudrait à l’état social dans lequel règne la loi du plus fort. C’est pourquoi, aucun droit ne doit, en aucun cas être conservé. Ce n’est que de cette manière que les conflits pourront être jugés non par les individus eux-mêmes, mais par un « supérieur commun » (juges, tribunaux, …) qui offrira les garanties nécessaires de justice et d’impartialité.

Dans le §9. Rousseau reprend une de ses intuitions fondamentales : il ne faut en aucun cas remettre ses droits et sa liberté entre les mains d’une autre personne ; il faut éviter à tout prix de dépendre d’autrui. En effet, dépendre d’un quelconque particulier, ce que proposent les absolutistes, c’est perdre sa liberté. En revanche, dépendre d’une communauté régie par la raison est compatible avec la liberté individuelle. Lorsque nous renonçons à tous nos droits au profit de la communauté, autrui, qui en fait partie, les acquiert. Et quand autrui à son tour aliène ses droits au profit d’une communauté dont nous faisons partie, nous acquérons ses droits. C’est pourquoi « on gagne l’équivalent de ce qu’on perd ».  Dans l’état social, caractérisé par l’injustice et la guerre de tous contre tous, chacun ne peut compter que sur lui-même pour défendre ses droits. En revanche, dans la société instituée par le contrat, chacun peut également compter sur ce que Rousseau appelle « la force commune ». Ainsi, dans la société démocratique, nos droits, nos biens, étant protégés par tous, sont beaucoup moins menacés que dans l’état social.

« la volonté générale »

Dans le paragraphe suivant, §10. la notion de « volonté générale » prend une place importante. « Chacun de nous, dit rousseau, met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale ; et nous recevons en corps chaque membre comme partie indivisible du tout ».

Selon Rousseau, la volonté est générale lorsqu’elle est raisonnable. En effet, en se plaçant sous sa direction, chacun se place sous la direction de la raison et donc de soi-même, puisque chacun est doté de raison. En chaque homme coexistent une volonté générale, expression des exigences de sa raison, et une volonté particulière reflétant ses passions. Toutefois, il faut bien distinguer la volonté générale de la « volonté de tous ». Celle-ci est simplement une coalition provisoirement majoritaire d’intérêts particuliers, ou si l’on veut « une somme de volontés particulières ». Contrairement à la volonté de tous, la volonté générale « ne regarde qu’à l’intérêt commun » dira Rousseau au livre II, chapitre III de l’ouvrage. Rousseau explique que lorsque les « associations partielles », c’est-à-dire les groupes de pression, « les brigues », les factions se substituent aux citoyens, l’exercice de la démocratie ne peut-être que perturbé. En effet, « les différences deviennent moins nombreuses et donnent un résultat moins général » (livre II, chapitre III). Parfois une association trop influente s’impose et un « avis particulier » l’emporte sur la volonté générale. Aussi faut-il soit interdire les associations, soit les multiplier pour que leurs différences finissent par se neutraliser.

Quant à l’élection de représentants, elle est inacceptable : Rousseau dira  au livre III, chapitre XV, « Toute loi que le peuple en personne n’a pas ratifiée est nulle ; ce n’est point une loi. » Et il ajoutera « le peuple anglais pense être libre ; il se trompe fort, il ne l’est que durant l’élection des membres du parlement ; sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien. » C’est dire qu’un parlement votant des lois viole la volonté générale. Ainsi, on le voit, Rousseau n’admet que la démocratie directe, car, selon lui, « la souveraineté ne peut être représentée ».

Ce don que chacun d’entre nous, fait à la communauté n’est pas un don unilatéral. En effet, les autres membres, se donnant à la communauté à laquelle nous appartenons, se donnent d’une certaine manière à nous-même. Ainsi « nous recevons chaque membre », qui est une « partie indivisible du tout », comme nous sommes nous-mêmes une « partie indivisible » de ce « tout » qu’est la communauté. Nous nous donnons à tous et tous se donnent à nous.

« l’acte d’association produit un corps moral et collectif »

Rousseau, dans le dernier paragraphe du chapitre, §11. développe une thèse qui sera d’ailleurs reprise par Durkheim, le fondateur de la sociologie. Par le pacte social la société, en tant que telle, est créée. Dès lors, elle devient indépendante de ses créateurs. Les membres fondateurs peuvent disparaître, sans que disparaissent la société et ses institutions. Tout se passe donc comme si le contrat social avait engendré un être collectif ayant sa personnalité propre, son moi propre, une volonté commune, et échappant au pouvoir de ceux qui l’ont institué. Il peut même arriver que ce « corps moral et collectif » s’oppose par la suite à ses fondateurs et qui plus est les détruise s’ils bafouent la loi commune. Par conséquent, bien qu’issue de la volonté de chaque membre, la communauté présente une autonomie et une spécificité que rien ne pourra réduire.

Distinctions conceptuelles : « État, souverain, puissance, citoyen, sujet »

L’État est le peuple en tant qu’il observe les lois, et le souverain est le peuple en tant qu’il élabore les lois. La puissance est le peuple comparé aux autres peuples, la force que la communauté représente par rapport aux autres communautés qui ne reconnaissent que la force physique de l’État. Celui-ci n’a de légitimité morale que pour les seuls membres de la communauté. Ceux qui lui sont extérieurs ne se sont pas engagés à son égard. C’est pourquoi ils le considèrent comme une simple force, une « puissance ». Alors que les membres de la communauté ont des relations conventionnelles, contractuelles, les différentes communautés ont des relations naturelles et leurs rapports sont régis par la loi du plus fort.

Le « citoyen », c’est l’aspect actif de chaque membre de la communauté en tant qu’il élabore les lois; le « sujet », son aspect passif en tant qu’il s’y soumet. Dans le système démocratique, tout homme est donc à la fois citoyen et sujet, alors que dans le système absolutiste, il n’est que sujet. « Quiconque est maître ne peut être libre. » Le maître, pour Rousseau, en acceptant d’être maître, ne suit plus les recommandations de la raison, qui condamne l’asservissement d’autrui, et s’abandonne à ses passions, au plaisir illégitime de commander. Dès lors, il n’est plus maître de lui-même, il ne n’appartient plus et perd sa liberté.

Posted in Etude d'une oeuvre, LPO Pointe-Noire, Philo bac, philosophe, philosophie, Rousseau, Term. ES, Term. L, Term. S, Term. STI | Tagué: , , , , , , , | Commentaires fermés sur Etude du Livre I Contrat Social de Rousseau Cours n°11

Etude du livre I du Contrat Social de Rousseau Cours n°10

Posted by Hervé Moine sur 9 février 2009

Chapitre V

Cours à venir

Posted in Etude d'une oeuvre, LPO Pointe-Noire, Philo bac, philosophie, Rousseau, Term. ES, Term. L, Term. S, Term. STI | Leave a Comment »

Etude du livre I du Contrat Social de Rousseau Cours n°8

Posted by Hervé Moine sur 7 février 2009

Jean Jacques Rousseau

Jean Jacques Rousseau

Dans ce cours nous analyserons le chapitre III « du droit du plus fort »

Contradiction de l’expression « droit du plus fort »

Le 1er § débute sur une constatation de fait qui se trouve être d’ailleurs le nœud même du problème : le droit du plus fort est sujet au changement. Le plus fort n’est pas nécessairement toujours le plus fort. Il est, en effet, toujours susceptible d’être renversé par un plus rusé (l’autre par la ruse pouvant par exemple profiter d’un petit instant d’inattention devenant par là même le plus fort) ou encore par une coalition des plus faibles. D’autre part, la force se perd, ne serait-ce que par le vieillissement. Ainsi, un pouvoir fondé sur la force est précaire, constamment menacé.

Aucune force n’est légitime en elle-même, elle reçoit sa légitimité de l’extérieur. Qu’est-ce qui donne alors à une force sa légitimité ? C’est sa conformité au droit, c’est-à-dire aux exigences morales. Considérée en elle-même, la force est sans valeur ; du point de vue moral, elle n’acquiert une valeur que par sa soumission au droit. De la même manière, l’obéissance n’est pas en soi une valeur ; obéir pour obéir est stupide ; l’obéissance n’a de la valeur que si elle représente pour chacun un devoir, une exigence morale, ce qui signifie qu’elle ne saurait être obtenue par la seule contrainte.

« Transformer sa force en droit », c’est la mettre au service du droit et la faire accepter librement par ceux auxquels on l’applique. Mais s’ils l’acceptent librement, elle n’est plus imposée et devient alors légitime. Dès lors, ceux qui l’auront acceptée se feront un devoir et auront le devoir de la respecter. Le plus fort a un pouvoir d’autant plus solide qu’il a réussi à transformer sa force en droit, en ajoutant, à sa force physique, une force morale qui l’assure du consentement et du soutien de la population. Mais s’il ne transforme pas sa force en droit, les autres ne se sentiront pas obligés de la respecter, et s’ils obéissent cela ne sera que par contrainte et se révolteront assurément dès qu’une occasion se présentera. Rousseau ajoute qu’il est ironique de parler du droit du plus fort, la force ne conférant aucun droit, même si on peut constater que ce droit est « réellement établi » dès lors que le plus fort impose véritablement sa volonté. Celui-ci, à défaut de créer un droit moral, impose un droit positif, c’est-à-dire effectif, un pouvoir de fait qui n’est qu’un droit usurpé.

La thèse principale de Rousseau, dans ce 1er §, est bien celle, selon laquelle la force est distincte du droit ; elle ne coïncide légitimement avec celui-ci que lorsqu’elle s’y soumet et non l’inverse.

Selon Rousseau, puissance physique et puissance morale sont deux domaines strictement indépendants : ce qui est ne saurait engendrer ce qui doit être. La morale est totalement indépendante de l’ordre des faits ; elle implique un libre choix entre le bien et le mal, la liberté étant la condition de possibilité de la morale et du droit, or, la force ne relève aucunement de la liberté mais de la nécessité puisque, devant elle, on ne peut que céder ou mourir. En un mot, ce qui relève de la nécessité ne peut fonder le droit qui requiert la liberté.

La force n’ajoute rien au droit

Dans le 2ème §, Rousseau examine l’hypothèse de l’identification de la force et du droit, identification qu’il rejette évidemment mais dont il examine un instant les implications. Dans l’hypothèse fallacieuse de l’existence d’un droit du plus fort, puisque la force fait le droit, la cause est la force et l’effet le droit. Identifié à la force, le droit change. Il évolue au gré des rapports de force puisqu’il est toujours conforme aux intérêts du dernier vainqueur, qui ne sont pas forcément ceux du précédent.

Mais un tel droit « qui périt quand la force cesse » est une caricature du droit ; le véritable droit est fondé sur la raison, étant ainsi universel, éternel comme la raison même. Qu’est-ce qu’un droit changeant ? Un droit changeant n’est plus un droit, il n’est plus « rien du tout ».  Ainsi, l’identification du droit à la force conduit à une contradiction fondamentale : la nécessité de décrire comme variable ce qui est immuable. Le caractère périssable est contradictoire au droit ; il y a contradiction à considérer le droit comme périssable.

Si l’on identifie le droit à la force en affirmant ce prétendu droit du plus fort, alors l’impunité va devenir un principe moral. Désobéir impunément c’est en effet être le plus fort. Si quelqu’un transgresse la force codifiée sans qu’il y ait sanction il est justifié parce que le plus fort à trouvé plus fort que lui. N’est pas plus fort celui qui ne peut pas nous punir la désobéissance. Dès lors, il n’y a plus de devoir d’obéir.

Réfutation de l’argumentation chrétienne

Dans le 3ème §, Rousseau vient donc de démontrer que la force est illégitime en elle-même. Or, Bossuet et Calvin qui seraient en accord avec Rousseau sur ce point  n’en affirmeraient cependant pas moins que le plus fort a l’autorité légitime,  non pas en tant seulement qu’il est le plus fort, mis en tant que cette force a un fondement divin. Rousseau va, pour réfuter cet argument de droit divin, supposer à nouveau cet argument comme valable. Or cela entraîne des conséquences absurdes.

D’une part, c’est parce que la puissance vient de Dieu qu’elle est bonne ; l’argument ici repose sur l’idée que tout ce qui vient de Dieu est bon et sacré et que c’est par conséquent un sacrilège de se révolter[1]. Si Dieu préside à tout et qu’il a tout créé, y compris les maladies, est-ce à dire que ces dernières seraient bonnes et sacrées et qu’on ne pourrait rien faire contre elles ? Ce qui vient de Dieu ne doit pas être accepté sous le simple prétexte que cela vient de Dieu. Il en résulte qu’un roi ne peut se prévaloir de la caution divine. En effet, de même qu’il est légitime de combattre la maladie qui vient également de Dieu, il est juste de destituer un monarque qui tombe dans le despotisme. Par conséquent, les absolutistes s’égarent lorsqu’ils ont recours à la notion confuse de droit divin. Ainsi, pour Rousseau, l’absolutisme est aussi peu fondé dans sa version religieuse que dans sa version laïque : le droit divin ne vaut pas mieux que le contrat inique décrit par Hobbes et Grotius.

D’autre part, si l’argument de l’origine divine de toute puissance est acceptée, alors, non seulement  faudra-t-il obéir à la force du brigand, « le pistolet qu’il tient est une puissance », mais encore, s’agira-t-il de lui obéir même lorsqu’il y a moyen de faire autrement. Comment se soumettre « en conscience », c’est-à-dire par devoir à une telle exigence ? La légitime défense serait-elle absurde et immorale ? L’obligation ne résulte que d’une exigence morale, en revanche, céder à la force résulte d’une nécessité physique. Par conséquent, si un brigand veut s’emparer de ma bourse et si je la lui donne cela ne peut être que par nécessité, aucunement par nécessité. C’est pourquoi, si je peux la lui refuser, je n’ai aucune obligation de la lui remettre, je suis fondé à refuser de me soumettre. Je peux même répondre par la force à une force injuste. La résistance à l’oppression est légitime.

Conclusion

Ainsi, si toute puissance vient de Dieu, on n’est cependant « obligé d’obéir qu’aux puissances légitimes. » Or, nous ne savons pas encore quelle est l’autorité légitime, « ainsi, dit Rousseau, ma question primitive revient toujours. La question du fondement légitime du pouvoir, de l’origine de la souveraineté se pose toujours. On sait seulement que ni le droit naturel[2], ni le droit du plus fort[3] ne fonde l’autorité. Peut-être sera-ce alors la convention et l’acte volontaire de soumission[4].


[1] Voir Leibniz pour qui le mal lui-même peut être un bien.

[2] Voir chapitre 2

[3] Voir chapitre 3

[4] Voir chapitre 4

Posted in Etude d'une oeuvre, LPO Pointe-Noire, Philo bac, philosophe, philosophie, Rousseau, Term. ES, Term. L, Term. S, Term. STI | Tagué: , , , | Leave a Comment »