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Compte-rendu des Travaux dirigés et Travaux Pratiques

Je vous joins ce travail effectué avec les élèves, il y a quelques temps déjà!… Peut-être cela peut-il être utile.

Compte-rendu des Travaux dirigés et Travaux Pratiques : Année 2006/2007

TL et 1ère L

Nous consacrons quelques heures par semaines à des travaux dirigés et pratiques en classe.

PREMIERE ETAPE

Nos représentations sur la philosophie

Nous avons commencé par effectuer un travail sur les représentations que nous avions en nous. D’abord nous avons pu constater que nous avions des représentations sur la philosophie alors que nous n’avons, pour la plupart d’entre nous, aucune expérience en la matière, celle-ci étant effectivement nouvelle pour nous. Ce qui peut d’ailleurs être étonnant !

Petite remarque en passant : A propos d’étonnement, nous avons ultérieurement appris que c’est par lui que s’origine la philosophie, selon le philosophe grec Aristote. L’étonnement appelle le questionnement et la recherche.

Et toujours à propos d’étonnement, il apparaît étonnant qu’il n’y a que la philosophie qui s’interroge elle-même sur elle- même. C’est la première fois à l’école, dans une matière, que l’on cherche à savoir ce qu’elle peut bien être. Jamais en mathématiques on s’interroge sur ce que sont les mathématiques !

Pour en revenir à nos représentations sur la philosophie, celles-ci se fondaient principalement sur des témoignages d’anciens élèves, mais rarement sur notre expérience personnelle.

Initialement, plusieurs questions nous avaient été posé personnellement à chacun d’entre nous :

  • Quelle représentations je me fais de la philosophie ?
  • Quelle image j’ai du philosophe ?
  • D’où je tiens mes représentions sur la philosophie et du philosophe ?
  • Qu’est-ce que j’attends de la philosophie ?

Les mots qui revenaient souvent étaient :

  • « pensée »,
  • « réflexion »,
  • « étude »,
  • aussi « méditation »,
  • même « prise de tête »,
  • les mots « questions » et « interrogation » revenaient souvent également.

De quoi la philosophie est-elle l’étude ? vers quoi dirige t-elle sa pensée ? quel est son objet de réflexion ?

  • sur la vie principalement,
  • sur l’existence et les conditions humaines,
  • sur le moi et sur les autres,
  • sur le monde en général,
  • sur le bonheur,
  • sur la politique,
  • sur la religion,
  • sur la mort aussi…

En un mot, la philosophie peut porter sur « tout » !

En cela, la philosophie nous donne l’impression que c’est quelque chose de vaste. La philosophie impressionne !

Quant au philosophe lui-même, il nous apparaît comme quelqu’un qui pense beaucoup, une sorte de savant, de sage. Certainement une personne qui a beaucoup d’expérience, mais qui en même temps peut paraître parfois déconnecté de la réalité, un peu à l’image de Thalès, comme l’affirme Socrate dans le Théétète de Platon :

« (Thalès), dit Socrate à Théodore, observait les astres et, comme il avait les yeux au ciel, il tomba dans un puits. Une servante de Thrace, fine et spirituelle, le railla, dit-on, en disant qu’il s’évertuait à savoir ce qui se passait dans le ciel, et qu’il ne prenait pas garde à ce qui était devant lui à ses pieds. La même plaisanterie s’applique à tous ceux qui passent leur vie à philosopher. Il est certain, en effet, qu’un tel homme ne connaît ni proche, ni voisin ; il ne sait pas ce qu’ils font, sait à peine si ce sont des hommes ou des créatures d’une autre espèce ; mais qu’est-ce que peut être l’homme et qu’est-ce qu’une telle nature doit faire ou supporter qui la distingue des autres êtres, voilà ce qu’il cherche et prend peine à découvrir ».

Platon, Théétète, GF, traduction Chambry.

Découle, de notre travail sur nos représentations, une question :

  • La philosophie est-elle une science ?

En ce qui concerne nos attentes :

Outre « l’espoir » que la philosophie nous apporte des points au bac, nous aimerions qu’elle nous apporte des « réponses » sur des grandes questions que nous nous posons : beaucoup d’entre nous aimeraient savoir :

  • s’il y a une vie après la mort ?
  • comment faire pour être heureux ?
  • comprendre pourquoi l’homme se montre-t-il souvent barbare avec ses semblables ? pourquoi la guerre ? la violence ?
  • ce qu’est la folie ?
  • quel rôle joue la souffrance ?
  • comment vivre une vie harmonieuse ? en famille ? avec nos relations ?
  • ce qu’est l’amour ?
  • où va le monde avec les menaces qui pèsent sur notre environnement ?
  • si la religion nous donne des réponses à tous nos problèmes ?
  • où va notre pays, la Polynésie ? vers l’indépendance ?
  • (…)

Pour conclure cette première étape sur notre réflexion sur la philosophie :

  • Nos attentes semblent être à la mesure de ce qu’est la philosophie, elles s’étendent sur un champs aussi vaste que ce qu’elle nous semble être.
  • Une certaine appréhension face à cette matière mais en même temps une certaine impression que tout le monde peut être philosophe.
  • Une certaine crainte aussi, celle de ne pas recevoir de réponses à nos questions qui sont peut-être par elles-mêmes des questions sans réponses. « Les questions, disait Jaspers dans son Introduction à la philosophe, en philosophie, sont plus essentielle que les réponses, et chaque réponse devient une nouvelle question ».

DEUXIEME ETAPE

Sur la question précédente (voir étape 1 de l’itinéraire philosophique), à savoir la philosophie est-elle une science ? des précisions nous ont été données, par ailleurs, en cours.

Cette deuxième étape sera consacrée à l’étude de cette question.

La philosophie est-ce une science ?

Si la philosophie a pu être considérée comme une science voire comme la science ou même la reine des sciences comme l’ont pensé, à des époques différentes les philosophes Aristote, Leibniz ou Husserl, elle ne semble plus aujourd’hui avoir ce privilège.

La noble philosophie déchue.

Vive les sciences !

En effet, en considérant l’histoire des idées, on peut remarquer que les différents objets d’étude visés par le philosophe comme la Nature, la Matière, le Vivant et l’Homme, sont devenus objets d’étude scientifique, à partir du moment où a été adoptée, pour leur traitement, la démarche expérimentale. Tour à tour, la philosophie s’est vue dépouiller par la physique, la chimie, la biologie et les différentes sciences anthropologiques. Fini ce temps où les philosophes étaient des savants, des esprits universels ! Faut-il pour autant affirmer que la philosophie est devenue un discours vide et creux et ainsi adopter une démarche scientiste ? Tout le laisse supposer. La philosophie est, à notre époque, en crise, voire en berne tandis que la science a le vent en poupe.

La science n’a-t-elle pas, aujourd’hui, le monopole du discours vrai ?

La philosophie n’est pas devenue, du coup, un discours vide et creux, inutile et vain ?

Face à ce constat, certains pourront peut-être regretter l’âge d’or de la philosophie de jadis. Cependant, il ne convient ni de se laisser aller à la confiance absolue  et aveugle dans les sciences en les considérant comme étant les seules capables de discours vrais, ni de tomber dans la nostalgie d’une philosophie qui n’est plus ou la résistance en faveur d’une époque qui n’est plus, d’une part, parce qu’il ne faut pas exagérer l’importance et le caractère de certitude des sciences, et d’autre part, contre ce qu’affirment ses détracteurs, parce que la vocation belle et bien réelle de la philosophie est certainement davantage mieux décelable aujourd’hui. Sur ce dernier point, disons que la philosophie a une histoire, et, que ce qui lui est arrivé, dans son histoire, lui est en quelque sorte salutaire.

La science n’épuise pas  tous les domaines d’interrogations qui importent à l’homme.

N’étant pas une matière de connaissances, la philosophie est l’art de la réflexion.

En effet, dépouillée de ce qui fut ses domaines d’étude, il est faux de prétendre qu’il ne lui reste « rien », – non, il ne lui reste pas « rien » ! – la philosophie est plus que jamais une activité, une démarche, une dynamique : elle est réflexion par excellence.

Mais de quoi est-elle réflexion ?

  • Sur les sciences elles-mêmes à plusieurs niveaux, la philosophie est « épistémologie » ;
  • Sur les différentes connaissances élaborées par la science, la philosophie demeure interrogation sur le réel afin de lui donner sens ;
  • Sur ce qui échappe à la démarche expérimentale de la science et ce qui ne peut, par conséquent, recevoir de solution scientifique, elle a toujours sa raison d’être : sens de l’existence humaine par exemple.

Pour conclure cette deuxième étape :

Notre crainte formulée lors de la conclusion de la première étape devrait être en principe dissipée à savoir celle de ne pas recevoir de réponses à nos questions qui sont peut-être par elles-mêmes des questions sans réponses.

En effet, nous avons compris qu’il y a une distinction entre « réponse » et « solution ». La solution à un problème clôt le problème, alors qu’une réponse ne peut prétendre le dissoudre. Peut-être même qu’il n’y a de problème véritable que philosophique. Les autres problèmes qui peuvent recevoir une solution ne sont des problèmes que pour notre ignorance, et, contiennent en eux, dès le départ, la solution. Rien de tel en philosophie.

La philosophie est plus une démarche, un esprit. Et si l’on peut parler de « connaissance philosophique », celle-ci réside plutôt dans l’esprit, dans la démarche plutôt que dans un savoir positif, sa connaissance est de l’ordre de la pratique. Si « c’est en forgeant qu’on devient forgeron », c’est en philosophant qu’on devient philosophe.

En conséquence, il nous faut la pratiquer. Il n’y a pas de théorie préalable qu’il nous faudrait apprendre pour ensuite la pratiquer. Comme le dit le philosophe Emmanuel Kant : « Il n’y a pas de philosophie que l’on puisse apprendre, on ne peut apprendre qu’à philosopher ».

L’important c’est de « se mettre en route » comme le disait le philosophe Jaspers, dans son Introduction à la philosophie. Philosopher est-une aventure. Alors en route pour l’aventure.

Mais l’air de rien, nous avons déjà commencer l’aventure…

TROISIEME ETAPE

Compte tenu des précisions du cours (étape 2) et après avoir réfléchi sur nos représentations de la philosophie (étape 1), nous nous sommes mis d’accord sur l’idée que philosopher c’est penser par soi-même.

Mais penser par soi-même c’est quoi ?

Ce que penser par soi-même n’est pas.

  • « Penser par soi-même » n’est pas agiter simplement son esprit. Si penser était simplement l’activité cérébrale, alors mon chien pense. (Pense-t-il par lui-même ?)
  • « Penser par soi-même » ne veut pas dire penser seul. Si on était seul au monde, très certainement, on ne penserait pas. La pensée solitaire est une illusion. L’entêtement est bien souvent le fait de la solitude où il n’est guère possible de confronter sa pensée au jugement d’autrui.
  • Si dans l’idée de « penser par soi-même », il y a l’idée de liberté cela ne signifie pas pour autant que c’est penser n’importe quoi n’importe comment. Je suis libre de penser ce que je veux ! Comme si penser n’exigeait rien.
  • « Penser par soi-même » n’est pas simplement affirmer que ce qu’on dit est vrai. Le « moi, je pense », n’a pas de valeur de vérité, même dit avec force !
  • D’ailleurs, « penser par soi-même » n’est pas simplement énoncer une opinion que l’on revendique être la sienne en lui apposant un « moi je pense que… ». Il y a de forte chance pour que cette opinion soit une opinion toute faite, un préjugé.
  • « Penser par soi-même » n’est pas reprendre une idée d’autrui fut-elle celle d’un grand philosophe.

Ce qu’est penser par soi-même.

Penser par soi-même c’est examiner si ce que l’on affirme est vrai. Mais avant de savoir ce que l’on affirme encore s’agit-il de savoir ce que l’on affirme.

Ainsi penser par soi-même est un retour réflexif sur sa pensée. Mettre sa pensée à distance afin de pouvoir la travailler.

Conclusion de la troisième étape :

La seule chose qui nous faut savoir, ce sans quoi nous ne philosopherions pas :

  • Il n’y a pas de philosophie sans problématisation, rien n’allant de soi, il faut questionner, interroger.
  • Il n’y a pas de philosophie sans conceptualisation, construction intellectuelle des idées.
  • Il n’y a pas de philosophie sans argumentation, cohérente, logique et rationnelle.

Des précisions seront apportées dans la 4ème étape de notre itinéraire.

QUATRIEME ETAPE

Rappel

Etape 1 : Comment nous représentons-nous la philosophie ?

Etape 2 : La philosophie est-elle science ?

Etape 3 : Qu’est-ce que penser par soi-même ?

Au terme de ces 3 étapes et en marge de l’itinéraire : travail personnel possible : étude sur des extraits d’Introduction à la philosophie de Karl Jaspers :

« On n’est d’accord ni sur ce qu’est la philosophie, ni sur ce qu’elle vaut. On attend d’elle des révélations extraordinaires, ou bien, la considérant comme une réflexion sans objet, on la laisse de côté avec indifférence. On vénère en elle l’effort lourd de signification accompli par des hommes exceptionnels, ou bien on la méprise, n’y voyant que l’introspection obstinée et superflue de quelques rêveurs. On estime qu’elle concerne chacun et doit être simple et facile à comprendre, ou bien on la croit si difficile que l’étudier apparaît comme une entreprise désespérée. Et en fait, le domaine compris sous le nom de « philosophie » est assez vaste pour expliquer des estimations aussi contradictoires.

Pour quiconque croit à la science, le pire est que la philosophie ne fournit pas de résultats apodictiques, un savoir qu’on puisse posséder. Les sciences ont conquis des connaissances certaines, qui s’imposent à tous ; la philosophie, elle, malgré l’effort des millénaires, n’y a pas réussi. On ne saurait le contester : en philosophie il n’y a pas d’unanimité établissant un savoir définitif. Dès qu’une connaissance s’impose à chacun pour des raisons apodictiques, elle devient aussitôt scientifique, elle cesse d’être philosophique, et appartient à un domaine particulier du connaissable.

A l’opposé des sciences, la pensée philosophique ne paraît non plus progresser. Nous en savons plus, certes, qu’Hippocrate, mais non pouvons guère prétendre avoir dépassé Platon. C’est seulement son bagage scientifique qui est inférieur au nôtre. Pour ce qui chez lui à proprement parler recherche philosophique, à peine, à peine l’avons-nous peut-être rattrapé.

Que contrairement aux sciences, la philosophie sous toutes ses formes doive se passer du consensus unanime, voilà qui doit résider dans sa nature même. Ce que l’on cherche à conquérir en elle, ce n’est pas une certitude scientifique, la même pour tout entendement ; il s’agit d’un examen critique au succès duquel l’homme participe de tout son être. Les connaissances scientifiques concernent des objets particuliers et ne sont nullement nécessaires à chacun. En philosophie, il y va de la totalité de l’être, qui importe à l’homme comme tel ; il y va d’une vérité qui, là où elle brille, atteint l’homme plus profondément que n’importe quel savoir scientifique.

L’élaboration d’une philosophie reste cependant liée aux sciences ; elle présuppose tout le progrès scientifique contemporain. Mais le sens de la philosophie a une autre origine : il surgit, avant toute science, là où des hommes s’éveillent.

Cette philosophie sans science présente quelques caractères remarquables :

1°) Dans le domaine philosophique, presque chacun s’estime compétent. En science, on reconnaît que l’étude, l’entraînement, la méthode sont des conditions nécessaires à la compréhension ; en philosophie, au contraire, on a la prétention de s’y connaître et de pouvoir participer au débat, sans autre préparation. On appartient à la condition humaine, on a son destin propre, une expérience à soi, cela suffit pense-t-on.

Il faut reconnaître le bien-fondé de cette exigence selon laquelle la philosophie doit être accessible à chacun. Ses voies les plus compliquées, celles que suivent les philosophes professionnels, n’ont de sens en effet que si elles finissent par rejoindre la condition d’homme (…)

2°) La réflexion philosophique doit en tout temps jaillir de la source originelle du moi et tout homme doit s’y livrer lui-même.

Un signe admirable du fait que l’être humain trouve en soi la source de sa réflexion philosophique, ce sont les questions des enfants. On entend souvent, de leur bouche, des paroles dont le sens plonge directement dans les profondeurs philosophiques. En voici quelques exemples :

L’un dit avec étonnement : « J’essaie toujours de penser que je suis un autre, et je suis quand même toujours moi. » Il touche ainsi à ce qui constitue l’origine de toute certitude, la conscience de l’être dans la connaissance de soi. Il reste saisi devant l’énigme du moi, cette énigme que rien ne permet de résoudre. Il se tient là, devant cette limite, il interroge.

Un autre, qui écoutait l’histoire de la Genèse : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre… » demanda aussitôt : « Qu’y avait-il donc avant le commencement ? » Il découvrit ainsi que les questions s’engendrent à l’infini, que l’entendement ne connaît pas de bornes à ses investigations et que pour lui, il n’est pas de réponse vraiment concluante.

Une petite fille fait une promenade ; à l’entrée d’une clairière, on lui raconte des histoires d’elfes qui y dansent la nuit. « Mais pourtant, ils n’existent pas… » On lui parle alors des choses réelles, on lui fait observer le mouvement du soleil, on discute la question de savoir si c’est le soleil qui se meut ou la terre qui tourne, on produit des raisons de croire à la forme sphérique de la terre et à son mouvement de rotation… « Mais ce n’est pas vrai, dit la fillette en frappent du pied sur le sol, la terre ne bouge pas. Je ne crois que ce que je vois. » On lui réplique : « Alors tu ne crois pas au bon Dieu, tu ne le vois pas non plus. » La petite semble interloquée, puis déclare résolument : « S’il n’existait pas, nous ne serions pas là. » Elle avait été saisi d’étonnement devant la réalité du monde : il n’existe pas par lui-même. Et elle comprenait la différence qu’il y a entre un objet faisant partie du monde et une question concernant l’être et notre situation dans le tout.

(…)

En collectionnant des remarques de ce genre, on pourrait constituer toute une philosophie enfantine. On allèguera peut-être que les enfants répètent ce qu’ils entendent de la bouche de leurs parents et des autres adultes ; cette objection est sans valeur lorsqu’il s’agit de pensées aussi sérieuses. On dira encore que ces enfants ne poussent pas plus loin la réflexion philosophique et que, par conséquent, il ne peut y avoir là chez eux que l’effet d’un hasard. On négligerait alors un fait : ils ont souvent une sorte de génie qui se perd lorsqu’il deviennent adultes. Tout se passe comme si, avec les années, nous entrions dans la prison des conventions et des préjugés, perdant du même coup la spontanéité de l’enfant réceptif à tout ce qui lui apporte la vie qui se renouvelle pour lui à tout instant ; il sent, il voit, il interroge, puis tout cela lui échappe bientôt. Il laisse tomber dans l’oubli ce qui s’était un instant révélé à lui, et plus tard il sera surpris quand on lui racontera ce qu’il avait dit et demandé.

3°) Une recherche philosophique jaillie de l’origine ne se manifeste pas seulement chez les petits, mais aussi chez les malades mentaux. Il semble parfois – rarement – que chez eux le bâillon de la dissimulation générale s’est relâché, et nous entendons alors parler la vérité. Au stade où des troubles mentaux commencent à se manifester, il arrive que se produisent des révélations métaphysiques saisissantes. Leur forme et leur langage, il est vrai, ne sont pas tels que, publiées, elles puissent prendre une signification objective, à moins de cas exceptionnels comme celui du poète Hölderlin ou du peintre Van Gogh. Mais lorsqu’on assiste à ce processus, on a malgré soi l’impression qu’un voile se déchire, celui sous lequel nous continuons, nous, notre vie ordinaire. Beaucoup de gens bien portants ont fait aussi l’expérience suivante : ils s’éveillent avec le sentiment d’avoir aperçu dans leur sommeil le sens de choses extrêmement profondes, et celles-ci se dérobent au moment où ils sont parfaitement éveillés, en laissant seulement derrière elles le sentiment de l’impénétrable. Le dicton selon lequel « la vérité sort de la bouche des enfants et des fous » recèle un sens profond. Pourtant ce n’est pas là que réside l’originalité créatrice à laquelle nous devons les grandes pensées philosophiques ; elle est le fait d’un petit nombre de grands esprits, d’une fraîcheur et d’une indépendance exceptionnelles, surgis au cours des millénaires.

4°) L’homme ne peut se passer de philosophie. Aussi est-elle présente, partout et toujours, répandue dans le public par les proverbes traditionnels, les formules de la sagesse courante, les opinions admises, comme également le langage des gens instruits, les conceptions politiques, et surtout, dès les premiers âges de l’histoire, par les mythes. On n’échappe pas à la philosophie. La seule question qui se pose est de savoir si elle est consciente ou non, bonne ou mauvaise, confuse ou claire. Quiconque la rejette affirme par là même une philosophie, sans en avoir conscience.

Qu’est-ce que cette philosophie, si universelle et qui se manifeste sous des formes si étranges ?

Le mot grec « philosophe » (philosophos) est formé par opposition à sophos. Il désigne celui qui aime le savoir, par différence avec celui qui, possédant le savoir, se nomme savant. Ce sens persiste encore aujourd’hui : l’essence de la philosophie, c’est la recherche de la vérité, non sa possession, même si elle se trahit elle même, comme il arrive souvent, jusqu’à dégénérer en dogmatisme, en un savoir mis en formules, définitif, complet, transmissible par l’enseignement. Faire de la philosophie, c’est être en route. Les questions en philosophies sont plus essentielles que les réponses, et chaque réponse de vient une nouvelle question.

(…)

Toute philosophie se définit elle-même par sa réalisation. Ce qu’elle est, on ne peut le savoir que par l’expérience ; alors on voit qu’elle est à la fois l’accomplissement de la pensée vivante et la réflexion sur cette pensée, ou l’action et le commentaire de l’action. Seule l’expérience personnelle permet de percevoir ce qu’on peut trouver de philosophie dans le monde. »

Karl Jaspers, Introduction à la philosophie, Plon, traduction de Jeanne Hersch

En outre il sera possible de réfléchir sur le sujet suivant :

  • La philosophie a-t-elle encore sa place dans notre monde ?

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Une Réponse to “Compte-rendu des Travaux dirigés et Travaux Pratiques”

  1. Nestor BOURGOU said

    notre reponse a cette question serait qu’en philosophie nous sommes vraiment en route les questions se succedent comme une chaine de velo pr que la bicyclette avance il faut que les chaines se succedent.c’est pareille en philosophie la comprehension d’une reponse necessite une question

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