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Sujet : Doit-on tout attendre de l’Etat?

Je vous la soumets comme exemple de dissertation sur le sujet « Doit-on tout attendre de l’État? » une très bonne copie d’élève ayant obtenue 18/20. En utilisant la fonction « commentaire » çi-dessous vous pouvez faire part de vos réactions.

D’après Aristote, l’homme est un «animal politique» qui a montré qu’il ne pouvait vivre ailleurs qu’en société, dans la cité, la « polis» en grec où autrui tient une place primordiale. C’est au sein de cette même société que se met en place une politique, la politique se définissant comme étant l’art de gouverner, tel un gouvernail au sens étymologique du terme, dirigeant son navire.

D’ores et déjà, l’homme se définit par son caractère social, vivant dans cet espace codifié que l’on nomme «Etat ». Dès lors, pouvons-nous distinguer différentes sortes d’Etat qui auraient des objectifs opposés? Ou pouvons-nous donner de l’Etat une définition universelle? Ainsi, l’Etat doit-il établir l’ordre ou maintenir la justice ?

Car devons-nous tout attendre de l’Etat?

Un Etat se définit comme étant une nation gouvernant un ensemble d’individus sur un espace géographique donné, garant du respect des lois. La question qui nous est posée demande à ce qu’on définisse le ou les rôles de l’Etat.

Avant tout, il faut dire qu’il existe différentes manières de diriger le peuple, qu’elles soient légitimes ou non. On nommera entre autres l’anarchie qui se définit comme étant un gouvernement où l’autorité politique est nulle, le totalitarisme où le pouvoir réside dans les mains d’un seul homme qui abuse de son autorité en légiférant un pseudo droit de prise de pouvoir, qui se rapproche d’ailleurs du despotisme. Les philosophes ont montré à travers l’hypothétique état de nature, que la mise en place d’une autorité légitime est nécessaire. Thomas Hobbes définissait cet état de nature comme «horrible état de guerre» où «l’homme est un loup pour l’homme ». En effet, il considérait l’homme comme un être méchant, cruel, menteur. Dans cet état de nature où l’ordre régnait à travers « la loi de la jungle », le droit du plus fort primait sur tout le reste. C’est d’ailleurs ce « droit du plus fort » qui a été critiqué par Rousseau dans Du contrat social. Il le définissait comme une «ineptie», une antinomie qu’il reliait également à l’esclavage, cette aliénation sans sens que l’homme ne pouvait accepter en tant que «qualité d’homme», c’est à dire ce qui fait de lui un homme. Ainsi en partant de cet état de nature où aucune justice ne régnait et où le droit des hommes était un « pseudo droit de guerre », un droit usurpé donc, les hommes se sont réfugiés d’après Hobbes dans l’état social où justice, égalité et sécurité étaient les mots d’ordre. Nonobstant, cet état était encore un faux Etat de droit puisque l’homme vendait en quelque sorte sa liberté naturelle contre la sécurité promise. L’homme ne devait ici rien attendre de l’Etat le Léviathan, le despote qui n’était autre qu’un usurpateur. Que devait alors attendre le peuple de l’Etat? Il n’avait qu’un droit à la vie, dans le cas où le Léviathan franchirait les limites de l’inacceptable, l’atteinte à la vie. Devrions-nous ainsi n’attendre de l’Etat que le maintien de l’ordre par la force ?

Nicolas Machiavel a repris cette idée dans son œuvre principale Le Prince écrite en prison. L’Italie de cette époque était divisée, morcelée en de nombreuses parties. Machiavel accusait le pouvoir papal qui était à l’époque intimement lié au pouvoir politique. Il a tenté de montrer dans son œuvre comment prendre le pouvoir et surtout comment le conserver. Ainsi, il montrera que le « Prince » doit faire un savant dosage avec la ruse et la force, symboliquement représentées par le renard et le lion, en liant la virtù et la fortune (ici dans le sens de la chance). Le peuple est ici trompé, inconscient des manigances du «prince», sa liberté n’est pas respectée.

Au terme de cette première partie, nous avons vu qu’aucune attente de la part des sujets ne peut exister, l’homme ne s’accomplit pas dans sa société, il est aliéné, ses droits sont usurpés. Pourtant, l’homme ne doit-il pas attendre de l’Etat qu’il réponde à ses droits? Ne pouvons-nous pas dire avec Spinoza que « la liberté est le but de l’Etat» ?

C’est avec Rousseau dans Du contrat social que la question de ce qui légifère une autorité politique se pose. D’après lui, « la souveraineté est au peuple ce que la liberté est à l’individu ». Il prône donc la souveraineté du peuple, devenant alors auteur et acteur de la loi, dans un Etat de droit, un droit positif, ce qu’on appelle une démocratie, en grec « demos » signifiant peuple et « kratein » pouvoir. A partir de là aucune aliénation n’est possible puisque l’individu obéit à la loi qu’il s’est lui-même prescrit, en effet « la liberté est l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite ». La liberté sociale commence. Mais doit-on pour autant tout attendre de l’Etat? L’Etat a des droits et des devoirs envers le citoyen et vice versa. Une attente mutuelle s’établit et est censée être respectée. Dès lors, l’Etat doit non seulement établir la justice et maintenir l’ordre au sein de la société. Le citoyen obéit aux lois sans aucune aliénation, nous l’avons compris, mais par «impératif hypothétique» selon Kant. C’est à dire qu’il obéit par intérêt uniquement, agissant par crainte de la punition, ou par amour de la récompense, ce sont les deux pôles du bâton et de la carotte. Kant, dans sa « Recherche de la paix perpétuelle» nous montre qu’e d’après lui, la meilleure des sociétés serait la « société des nations» où l’ordre juridique serait international afin de tendre vers la paix et la justice et de retirer l’homme définitivement de sa sauvagerie originelle. Ainsi, beaucoup de philosophes ont été à la recherche de l’Idéal, l’idéal politique, l’idéal de la morale, l’idéal d’une société… en définissant les attentes de l’homme dans sa société, c’est à dire la paix, l’égalité (en droits), la liberté, la justice… Mais serait-ce le rôle de l’Etat que de garantir le respect de ses grandes valeurs ? Platon considérait que le plus sage à gouverner était le philosophe car au-delà du monde sensible, monde d’apparences et de futilités, il était en quête des Vérités du monde Intelligible (avec pour grandes valeurs le Beau, le Vrai…) La politique était alors le monde de la valeur. Malgré tout, cette politique reste invraisemblable et trop irréelle car l’homme vivant ici bas ne pourra jamais se détacher de son caractère d’homme sensible même si son esprit a déjà contemplé les vérités de l’intelligible, car « connaître c’est se ressouvenir » (Ménon).

Ainsi, ne pourrait-on pas dire que l’Etat est avant tout le garant de nos libertés individuelles, jouant un rôle de médiateur entre les rivalités humaines et de justicier ? De surcroît, l’Etat se révèle bien être une nécessité pour limiter les pulsions humaines néfastes à autrui. Freud Sigmund a révélé l’existence d’un inconscient humain dans la conscience et a, de là, montré que dans un Etat sans lois tel un Etat anarchique, seul le chef défoule son principe de plaisir, sa libido. Quoi qu’il en soit, il a montré que l’homme devait restreindre ses pulsions pour vivre pleinement sa vie de citoyen et trouver des activités compensatrices comme l’art, pour atteindre la sublimation. Karl Marx a repris cette idée en disant que « je crois que je suis libre parce que j’ignore ce qui me conditionne». Ainsi, l’Etat anéantirait-il la liberté de chacun ? La réponse est négative lorsque l’autorité est légitime, donc lorsque l’homme est auteur et acteur des lois.

Nous l’avons vu, l’Etat se révèle être cette barrière infranchissable qui garantit la liberté de chaque citoyen dans le cadre, malgré tout, de contraintes internes ou externes. L’homme est en droit de tout attendre de l’Etat dans le cadre social, juridique et politique. Mais devons-nous pour autant tout attendre de l’Etat au point d’attendre à ce qu’il nous rende heureux, à ce qu’il satisfasse nos désirs?

L’homme, cet être de désirs, Spinoza disait que « le désir est l’essence de l’homme », en recherche perpétuelle du bonheur, désireux de tout, doit-il attendre de l’Etat qu’il fasse son bonheur ?

La société dans laquelle nous vivons a tendance à prôner le bonheur avant toute chose à travers de multiples effets superficiels et artificiels tels qu’avoir le dernier produit à la mode… Mais devons-nous accuser l’Etat si nous ne sommes pas heureux ? Le problème de l’homme est que son bonheur sera toujours un but vers lequel tendre, éphémère et jamais absolu. Désirer est une des marques de ce dernier.

Les sophistes, dans l’antiquité pensaient déjà que «l’homme est la mesure de toute chose », donc que tout est relatif. Ce qui les opposait aux stoïciens de l’époque qui pensaient le savoir comme universel et non versatile. Pour en revenir aux désirs, sentiment impérieux de l’homme, Epictète disait «Abstiens toi et supporte », c’est par cette morale de l’acceptation qu’Epictète pensait qu’il fallait changer l’idée que je me faisais des choses puisque elles-mêmes sont immuables. René Descartes disait également «Changer mes désirs plutôt que l’ordre du monde ». Schopenhauer a repris cette idée en se caractérisant d’un refus absolu du désir (vain) et prônait la philosophie et la méditation à travers une morale du renoncement et de l’ascétisme afin de tendre vers la sagesse et le bonheur, ce que les bouddhistes nomment le «nirvana».

Ce nihilisme mythique montre que l’homme a mieux fait de ne pas désirer pour ne plus souffrir, l’Etat n’y étant bien sûr pour rien, ne pouvant pas résoudre les souffrances humaines mais seulement tenter de le faire en «défoulant» au mieux les passions et désirs de l’homme. Devons-nous également attendre de l’Etat qu’il satisfasse notre idée de la morale dans une Justice qui se verrait garante de la moralité ?

C’est Emmanuel Kant qui développe cette idée de morale dans le sens où elle est transcendante et immanente. II dit «le ciel étoilé au dessus de ma tête, la loi morale au fond de mon cœur ». Il faisait d’elle la référence essentielle et universelle à l’homme. Mais l’Etat peut-il concilier le fait et la valeur, le devoir et le devoir-être? Selon Kant, l’homme devrait agir d’après « l’impératif catégorique» qui fait que l’on agit de « telle sorte que la maxime de notre action soit érigée en loi universelle ».

Malheureusement, il est très difficile d’agir sans aucun intérêt, d’une manière pure, « expurgée de toute considération anthropologique ». Alors l’Etat peut-il le faire en prenant en compte les particularités de chacun et en satisfaisant nos différentes attentes? Une certaine Justice s’applique, selon les cas, malgré un code universel, où la moralité est à prendre en compte pour que l’Etat ne soit pas simplement légal mais qu’il devienne légitime. L’Etat se doit de concilier le fait et la valeur afin de ne pas tomber dans deux extrémités que sont le despotisme et le libéralisme d’un Etat providence.

Nous l’avons vu, l’Etat est le garant de nos libertés individuelles, d’une autonomie, en grec « autos », soi-même et «nomos», lois, en opposition à l’hétéronomie que prodiguait par exemple l’hypothétique état de nature. L’homme ne doit pas tout attendre de l’Etat, il doit se contenter d’accepter le simple maintien de l’ordre et l’établissement de la Justice qui l’aide quotidiennement dans sa réalisation personnelle.

Appréciation du correcteur:

Les articulations de la démonstration restent parfois à améliorer. Le devoir cède quelque peu à l’envie d’être encyclopédique dans ses références, au détriment des analyses elles-mêmes. Petits défauts dans un ensemble excellent. Note: 18/20

15 Réponses to “Sujet : Doit-on tout attendre de l’Etat?”

  1. Domi said

    Meme avis que le correcteur! kelkes petits defo de forme dans un ensemble excelent.
    Et pour les references à l’auteur, c’est vrai que ca serait mieux de pas trop citer les auteurs mais d’expliquer leur opignon

  2. cornu said

    Si je ne m’abuse il existe un autre petit défaut ou une incohérence en fait.
    Je cite : « Avant tout, il faut dire qu’il existe différentes manières de diriger le peuple, qu’elles soient légitimes ou non. On nommera entre autres l’anarchie qui se définit comme étant un gouvernement où l’autorité politique est nulle »
    Seulement le principe même de l’anarchie vient du grec anarkia qui veut dire « sans commandement » : donc en toute logique l’anarchie bien que principe utopique ne peut servir a diriger le peuple puisque ce même peuple refuse toute aliénation de l’Etat et tout contrainte étatique. Il n’y a donc aucun gouvernement mais des individus qui vivent en collectivité ou communauté coopératives … L’anarchie est basée sur l’autogestion et un fort fédéralisme qui permet de se passer d’un gouvernement centralisé.
    Voila c’était juste histoire de dire ma

  3. cornu said

    Si je ne m’abuse il existe un autre petit défaut ou une incohérence en fait.
    Je cite : « Avant tout, il faut dire qu’il existe différentes manières de diriger le peuple, qu’elles soient légitimes ou non. On nommera entre autres l’anarchie qui se définit comme étant un gouvernement où l’autorité politique est nulle »
    Seulement le principe même de l’anarchie vient du grec anarkia qui veut dire « sans commandement » : donc en toute logique l’anarchie, bien que principe utopique, ne peut servir a diriger le peuple puisque ce même peuple refuse toute aliénation de l’Etat et tout contrainte étatique. Il n’y a donc aucun gouvernement mais des individus qui vivent en collectivité ou communauté coopératives … L’anarchie est basée sur l’autogestion et un fort fédéralisme qui permet de se passer d’un gouvernement centralisé.
    C’était juste histoire de dire mais c’est vrai qu’il ne faut pas vouloir mettre absolument toutes les notions a défaut de paraitre encyclopédique même si sur cette copie c’est loin d’être le cas.
    18 mérité bravo !

  4. Ed said

    C’est un bon devoir, mais je comprend pas du tout ton plan. Par ailleurs, le commentaire sur Machiavel est à revoir. La tu vas très loin et certaisn profs apprécieraient pas.

  5. enya said

    bj mw jai l impresion que tu ne respecte pas la methodologie surtout a l intro et de plus u di kil ns revien d statuer sur le role de l etat mais tu cites les differents type detat au lieu d parler de la negativite et de la positivite. mais ton developemt est remarquablmt bien fait avec argument exemple citation et explication.

  6. magnifique c’est reconforté

  7. magnifique c’est reconforté tu merite d’avoir cette note

  8. Dao Rokia said

    Vraiment un excellent toute mes congra!

  9. gnézalé dahi tina said

    BONJOUR MOI C’EST GNEZALE JE VOUS ENCOURAGE

  10. fatoumata said

    Moi je sui fatoumata moussa felicitation et du courage

  11. Excelent devoir,j’aimerais avoir cette note au bac.

  12. Bon devoir felicitation

  13. ouonguin appolinaire said

    cohérent et on prend plaisir a lire

  14. Bonaventure noutaï said

    Vraiment j’ai aimé ton texte seulement qu’il contient des orthographes et des transitions à revoir

  15. Yao kouman paul said

    Doit-on croire a la religion?

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