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Edith Stein. Comment, à travers tout, rester des vivants ?

Posted by Hervé Moine sur 8 mars 2011

Eric de Rus
Edith Stein
La personne humaine en question,
Pour une anthropologie de l’intériorité
Cerf

Edith Stein s’intéresse à des domaines très divers : politique, éthique, anthropologie, pédagogie, théorie de la connaissance, métaphysique, religion, etc. Or cela même qui fait la richesse de son œuvre — et ouvre au chercheur des champs d’investigation très vastes — constitue pour le lecteur qui souhaite se familiariser avec cette pensée une difficulté majeure. En effet, l’étendue des questions abordées et le caractère hautement personnel de l’œuvre steinienne posent, de manière particulièrement aiguë, le problème de savoir sous quel angle l’aborder pour en saisir l’unité.

Pourtant Edith Stein nous indique elle-même le centre de gravité de son itinéraire intellectuel et spirituel : « la constitution de la personne humaine ». La cohérence de l’engagement intellectuel et existentiel d’Edith Stein réside précisément dans cette quête constante de la vérité de l’homme, selon un mouvement qui porte toujours plus haut la compréhension de la personne et l’accomplissement du sens de son être. L’ouvrage que nous offrons ici se propose de dégager la ligne qui soustend la pensée anthropologique d’Edith Stein. Une pensée indissociable d’une démarche vitale, puisqu’elle est surtout un chemin d’unification de la personne humaine à partir de son intériorité.

La parole d’Edith Stein sur la personne humaine nous situe au cœur du défi anthropologique que notre époque adresse à la conscience : « Qui est l’homme et qu’est-ce que vivre authentiquement dans le sens de son être ? » Il s’agit là d’une parole capable de rejoindre chacun, dans la mesure où nul ne peut, s’il veut vivre humainement et avec toute la plénitude possible, éviter de s’interroger sur ce qu’est donner forme à sa vie. À l’écoute de cette parole, nous découvrons la proximité d’un guide et d’une amie qui nous ouvre un chemin lumineux de liberté intérieure et de vie pleine.

L’auteur, spécialiste d’Edith Stein, Eric de Rus

Spécialiste d’Edith Stein, pour y avoir consacré de nombreuses années d’étude, Éric de Rus est professeur agrégé de philosophie, enseignant au centre pédagogique Madeleine Daniélou (Rueil-Malmaison) et associé au groupe de recherche « Éthique et personnalisme » de la faculté de philosophie de l’Institut Catholique de Toulouse.

Ses publications concernent surtout l’anthropologie philosophique et religieuse, l’éthique et la spiritualité.

On notera son recueil de poésie : « Le chant du feu » (2009).

Eric de Rus présente « l’intériorité » d’Edith Stein

Un éclairage sur la Shoah aussi

« La personne humaine en question. Pour une anthropologie de l’intériorité » : tel est le titre du troisième livre d’Éric de Rus sur Édith Stein. Il est sorti en librairie en France – aux éditions du Cerf, du Carmel et Ad Solem – le 3 mars dernier. Eric de Rus est professeur agrégé de philosophie au Centre pédagogique Madeleine Daniélou de Rueil-Malmaison et il collabore à l’unité de recherche « Anthropologie, éthique, éducation » de la faculté de philosophie de l’Institut catholique de Toulouse.

ZENIT – Eric de Rus, vous êtes professeur agrégé de philosophie : vous avez commencé par vous intéresser à Édith Stein comme pédagogue ?

Éric de Rus – Je m’intéresse sérieusement à Edith Stein – sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix – depuis 2005. Tout d’abord, mon travail s’est en effet porté sur la pensée éducative d’Edith Stein. Il s’agissait de montrer le lien vital qui unit l’anthropologie et l’éducation. Cela a donné lieu à une première publication : « Intériorité de la personne et éducation chez Edith Stein » (Cerf, 2006). Ensuite, j’ai souhaité approfondir la signification spirituelle de l’art d’éduquer qu’Édith Stein conçoit comme un geste anthropologique intégral dans la mesure où il assume toutes les dimensions de la personne : le corps, l’esprit, l’âme. Ce fut l’objet d’une seconde publication, préfacée par Marguerite Léna, et qui a ouvert la collection des Cahiers d’études steiniennes : « L’art d’éduquer selon Édith Stein. Anthropologie, Education, Vie spirituelle » (Cerf, 2008)

ZENIT – Ce troisième volume est consacré à la « personne humaine », à partir, dites-vous, de « l’intériorité ». C’est-à-dire?

Éric de Rus – Oui, l’ouvrage qui vient de paraître est donc le troisième et s’intitule : « La personne humaine en question. Pour une anthropologie de l’intériorité » (Cerf, 2011). Dans ce travail, plus ramassé que les deux précédents, je suis parti du problème de savoir comment saisir l’unité de l’œuvre steinienne. Il ne suffisait pas de montrer que celle-ci se construit autour de la question de la personne humaine, encore convenait-il de mettre à jour la clef de voûte de la vision anthropologique développée par Édith Stein. Or, à mon sens, cette clef c’est l’intériorité. C’est là le centre autour duquel sa vision de la personne gravite.

ZENIT – Quelle est l’actualité de la pensée d’Édith Stein sur l’« homme »?

Éric de Rus – Dès le début, ce qui m’a saisi en plongeant dans les écrits anthropologiques d’Édith Stein, c’est la lumière qu’ils jetaient sur la beauté de la personne humaine. Comprendre cette beauté à partir de son inviolable intériorité permet de fonder radicalement la dignité humaine. Et, à l’heure de ce que Benoît XVI nomme « la dictature du relativisme », cela représente un service authentique de « la famille humaine ». Voilà ce qui m’a porté pendant la première période de mes recherches, c’est-à-dire au cours de mes deux premières publications.

ZENIT – Partie de la phénoménologie husserlienne, la pensée de la philosophe a évolué pour se centrer sur la personne ?

Éric de Rus – Et sur l’intériorité. J’ai été sensible à cette dimension importante de la réflexion steinienne sur l’intériorité. Il m’est apparu avec force que la pensée anthropologique d’Édith Stein est surtout un itinéraire existentiel. En scrutant le mystère de la personne humaine, Édith Stein met en relief l’existence en chacun d’un espace irréductible, lieu imprenable depuis lequel il est possible d’assumer la fragilité de nos existences.

Cette précarité de l’existence nous l’éprouvons tous, non seulement au niveau de notre être social – comment le contexte économique nous impose certaines contraintes qui peuvent modifier considérablement notre engagement professionnel par exemple -, mais également au plan de notre intégrité – à la fois corporelle et psychologique -. Je pense notamment à l’épreuve de la maladie ou bien de l’échec qui mettent à mal nos sécurités. Enfin, cette expérience de la précarité touche à nos convictions les plus profondes sur le sens de l’existence et la foi en Dieu, lorsque l’absurdité et la dévastation paraissent tout engloutir autour de nous et en nous, ébranlant les assises patiemment conquises sur lesquelles notre personne reposait jusqu’alors.

Édith Stein a cherché, comme chacun d’entre nous, un appui stable, un fondement à sa vie. Et elle l’a trouvé dans l’intériorité la plus profonde de son être qui est en même temps la « demeure de Dieu ».

Elle nous dit que depuis ce centre de l’être il est possible de se ressaisir, de « se donner et s’offrir », ce qui correspond à la vocation la plus haute de la personne humaine, la vocation à l’amour qui est don.

ZENIT – Edith Stein, carmélite, philosophe, et juive, est morte à son arrivée à Auschwitz le 9 août 1942, après les rafles suscitées par une protestation des évêques de Hollande contre le traitement infligé aux juifs. L’arrestation par les SS le 2 août 1942, le camp de Westerbork, le transport, la chambre à gaz, le crématoire. On aperçoit l’abîme qu’il y a entre sa conception de la personne humaine, le respect qui lui est dû, sans condition, et le traitement monstrueux réservé par le paganisme nazi à six millions de juifs. A posteriori, la philosophie de la personne élaborée par Édith Stein apporte-t-elle des lumières pour penser l’immonde Shoah ?

Éric de Rus – En parlant de « penser la Shoah », vous pointez un problème essentiel. Comment penser cette « catastrophe » (Shoah), qu’en dire alors que, pour reprendre l’expression de Cécile Rastoin dans son ouvrage, Édith Stein et le mystère d’Israël, la Shoah est vraiment cet « abîme de non-parole ».

Je relèverai simplement trois points. Tout d’abord, comme le rappelle Benoît XVI dans son discours prononcé à l’occasion de sa visite à Auschwitz en 2006, ce qui sous-tend la volonté d’anéantissement du peuple juif en particulier, c’est l’intention de « tuer ce Dieu qui appela Abraham, qui, parlant sur le Sinaï, a fixé les critères d’orientations de l’humanité qui restent valables pour l’éternité ». Autrement dit, il s’agissait de nier tout fondement transcendant pour lui substituer « la domination de l’homme, de la force ». Deuxièmement, l’idéologie nazie avait très bien perçu que pour nier la personne il fallait porter atteinte de manière radicale à la pensée et à la parole. Comment cela ? En réduisant les individus à des « morceaux », pour reprendre le terme usité et rappelé par Primo Lévi dans « Si c’est un homme ». Être dépossédé de son nom, n’avoir plus de visage, sombrer dans l’anonymat du monde des choses qui ne pensent pas. Troisièmement, cela a eu comme conséquence de fragiliser profondément la confiance accordée à la rationalité humaine comme rempart contre le mal. Gertrud von le Fort, écrivain catholique allemande et amie d’Edith Stein, parle à cet égard de « notre découverte de l’extrême fragilité de tout ce que nous avons désigné jusqu’alors par les mots de culture, civilisation, comportement humain ».

ZENIT – Édith Stein dit à sa sœur Rosa qu’elle vont mourir pour leur « peuple » : elle était lucide ?

Éric de Rus – Edith Stein témoigne très tôt d’une lucidité frappante à l’endroit de l’idéologie nazie comme l’atteste la fameuse lettre qu’elle adresse à Pie XI en 1933, refusant comme elle l’écrit de « fermer les yeux ». Dans sa relation intitulée Comment je suis venue au Carmel de Cologne, elle souligne à quel point l’anthropologie catholique qu’elle s’attache à approfondir et à diffuser à travers ses conférences et son engagement éducatif est en opposition au « courant dominant », car elle ne cesse de rappeler que chaque personne humaine possède une dignité inaliénable.

Je suis persuadé qu’en entrant au Carmel, Édith Stein accomplit sa vision de la personne : c’est l’aboutissement d’une pensée de l’homme et d’un engagement en faveur de sa dignité. Elle va jusqu’au bout de la réalité anthropologique à laquelle reste aveugle toute idéologie négatrice de la personne, à savoir que la dignité humaine possède un fondement transcendant : Dieu à l’image et la ressemblance de qui nous sommes créés. L’homme possède une intériorité indestructible qui est la demeure de Dieu, et c’est à partir de ce centre qu’il peut vivre sa vocation à l’amour qui est don. Édith Stein, par le don en offrande d’elle-même, va jusqu’au bout de la logique de l’amour, face à toutes les forces de ténèbres qui refusent d’accueillir la lumière du Christ. A un moment où elle saisit les limites du discours et des solutions simplement humaines, elle mise toute sa vie sur le mystère pascal auquel elle désire prendre part. Ce n’est pas une démission devant le mal, mais une manière d’être au cœur d’un combat pour l’homme.

ZENIT – Pensez-vous qu’Édith Stein rejoigne les préoccupations de notre temps ?

Éric de Rus – Au terme de cette réflexion sur l’intériorité menée à l’endroit de la pensée anthropologique d’Édith Stein, j’ai acquis la certitude que cette dernière est porteuse d’une intelligence exceptionnelle de la vie capable d’éclairer l’aventure humaine.

Ce qui est éminemment actuel dans la vision de la personne à laquelle Édith Stein nous introduit, et j’irai jusqu’à dire que cela anticipe même sur l’avenir, c’est cette alliance cruciale entre l’intériorité et la vie que j’ai désiré mettre en lumière. Si l’œuvre et la vie d’Édith Stein peuvent nous rejoindre, c’est justement dans la mesure où sa voix nous invite à nous situer au cœur du défi adressé à tout homme : « Comment, à travers tout, rester des vivants ? »

ZENIT – Avez-vous trouvé là le point d’unification de vos activités : votre vie de laïc chrétien marié, de professeur, votre vie spirituelle et intellectuelle?

Éric de Rus – C’est cet appel de la vie qui me porte dans toutes les dimensions de mon existence et m’inspire, dans ma vocation d’époux, d’enseignant, d’écrivain.

Je suis intimement convaincu qu’une telle intuition me dépasse et qu’elle a sa source dans l’expérience du Dieu vivant qui est le cœur incandescent de la foi chrétienne. Cette expérience, tout chrétien en reçoit les prémisses au baptême sous la forme d’une vie nouvelle qui le met en mouvement. Une vie dont la croissance et l’intensification appellent la constante participation de notre liberté.

Telle est à mes yeux l’invitation la plus passionnante proposée à l’être humain : s’acheminer dès maintenant vers la communion plénière avec Dieu dont le sommet radieux réside dans la vision béatifique au-delà de la mort.

ZENIT – C’est aussi ce qui vous a poussé à réfléchir à l’aventure spirituelle de Mireille Nègre dans « L’Art et la Vie » (Ed. du Carmel, 2009), co-écrit avec elle ?

Effectivement, cet appel de la vie je ne cesse de le décliner sous des approches différentes. C’est ce qui a motivé mon travail avec la première danseuse de l’Opéra de Paris et membre de l’Ordre des Vierges consacrées, Mireille Nègre. Mon très vif intérêt pour la danse tient à ce qu’elle est une manière d’approcher la vie, en y engageant tout son être. C’est encore ce rapport essentiel au mystère de la vie qui constitue pour moi le cœur de l’aventure poétique (Le Chant du feu ou le vacillement de la parole. Atlantica, 2009). Car selon le mot si juste de Laurent Terzieff : « Avant d’être un art, la poésie est une manière de vivre et de sentir. En fait, je crois que c’est l’essence même de la vie. » dans « Seul avec tous » Presses de la Renaissance, p. 107). En tout cela, il ne s’agit que d’une seule chose : répondre à la requête de la vie.

ZENIT – De quelle « tradition spirituelle » votre recherche d’une vie unifiée se nourrit-elle?

Éric de Rus – La spiritualité du Carmel. Cette spiritualité dont Édith Stein a si profondément vécue est de part en part une célébration du Dieu vivant. Elle souligne la primauté de l’Absolu, la vocation de l’homme à l’union à Dieu. Vivre du Dieu vivant : tel est l’appel adressé à chaque baptisé, sous les modalités spécifiques de son état de vie. Comme l’enseigne le Père carme Marie-Eugène de l’Enfant Jésus, fondateur de l’Institut Notre Dame de Vie auquel mon épouse et moi-même nous sentons si profondément liés, en particulier à travers son maître-ouvrage, Je veux voir Dieu, il existe un lien organique entre la vocation de l’homme à l’intimité divine et la vie d’oraison, elle-même inséparable de la vie théologale. Le Père Marie-Eugène rappelle avec force que communier intérieurement à la vie de Dieu c’est être authentiquement vivant, c’est porter la vie au monde. Cela signifie que la contemplation est fondamentalement apostolique, et que « nous sommes là pour témoigner que Dieu existe. Le témoin n’est pas seulement celui qui transmet la vérité… c’est quelqu’un qui en apporte la preuve par la vie qui se dégage de lui. » Et d’ajouter : « Vous avez comme mission d’être des témoins de Dieu … de cet amour qui veut se répandre ». Édith Stein nous précède dans ce témoignage. A chacun de découvrir sa « note » unique pour répondre à un si bel appel !

Propos recueillis pas Anita S. Bourdin

http://www.zenit.org/article-27203?l=french

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Le programme du mois de février 2011 du centre Léon Robin de Paris Sorbonne

Posted by Hervé Moine sur 2 février 2011

Actualités du Centre Robin de Paris Sorbonne

Vendredi 4 février 2011 : Séminaire Travaux en cours

Jean-Louis Labarrière (CNRS, Centre Léon Robin) : « L’homme apolitique dans les Politiques (I, 2) d’Aristote. »

ENS, 45, rue d’Ulm, 75005 Paris

Salle Beckett

Jeudi 10 février 2011, 14h30-18h30 : Séminaire : l’âme et ses discours

Marie-Hélène Congourdeau (CNRS, Paris) : « L’animation de l’embryon, de l’Antiquité au VIe siècle byzantin. »

Antoine Pietrobelli (Univ. de Reims) : « Une conception médicale de l’âme : le De propriis placitis de Galien. » Université Paris-Sorbonne, Salle des Actes

Vendredi 25 février 2011, 14h00-17h30 : Conférences Léon-Robin : Le Stoïcisme, Politique et cosmopolitisme

Suzanne Husson (Université Paris-IV, Centre Léon Robin) : « Le cosmopolitisme : du Cynisme au Stoïcisme »

Valéry Laurand (Université Bordeaux III, EA SPH – IUF) : « Loi universelle et loi de la cité »

Ecole Normale Supérieure, salle de Conférence, 46, rue d’Ulm, 75005 Paris

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Philosophie et médecine, éthique des soins

Posted by Hervé Moine sur 17 avril 2010

Journée d’études

Jeudi 03 juin 2010  à  Paris

Institut Océanographique, Grand Amphithéâtre, 195, rue saint Jacques

Figures du soin, figures de soignants

C’est dans le cadre d’une journée d’études consacrée aux questionnements  relatifs aux figures traditionnelles du soin et des soignants qu’interviendront deux philosophes, Eric Fiat et Philippe Svandra, tous deux ayant des responsabilités dans la formation du personnel hospitalier. Les figures traditionnelles du soin et des soignants méritent d’être questionnées. Comment confronter l’idée même du soin à celles du « prendre soin », de l’aide, de l’accompagnement et, nouvelle venue, de la bientraitance ? Qui peut, et comment, prendre soin de nous-mêmes, d’autrui, de la médecine, des institutions, des soignants et de notre environnement urbain ? ainsi se résume cette journée d’étude.

Mais que peut bien apporter la philosophie à la médecine ? Cette question sera abordée par Éric Fiat dans son intervention s’intitulant Apprendre à vivre, apprendre à mourir : la philosophie comme soin de l’âme ? « La médecine comme soin du corps, la philosophie comme soin de l’âme : cette répartition des tâches, que nous ont léguée certains Anciens, est-elle toujours d’actualité ? Est-il toujours possible d’apprendre à vivre ? Et apprendre à mourir a-t-il le moindre sens, puisqu’il n’y a pas d’apprentissage sans répétition, et qu’on meure qu’une fois ? Maintenons cependant les richesses qu’apporte la philosophie, pour modestes qu’elles soient, sont aujourd’hui nécessaires que jamais… »

La réflexion de Philippe Svandra portera sur la bientraitance dans les soins, certes nécessaires mais qui ne va pas sans poser problème. « Comment être contre la bientraitance ! Pourtant, de la même manière que l’enfer est pavé de bonnes intentions, la bientraitance, sous prétexte de lutter contre la maltraitance, peut nous entraîner vers une normalisation excessive de la relation de soins. » La vigilance nous semble donc, ici comme ailleurs, toujours salutaire. Toute la question est de savoir si le soin est soluble dans la bientraitance.

Pour en savoir davantage sur cette journée et pour prendre connaissance des autres intervention :

Hervé Moine, article conçu à partir de « Figures du soin, figures de soignants », Journée d’étude, Calenda, publié le vendredi 16 avril 2010, http://calenda.revues.org/nouvelle16371.html

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Éric Fiat

Éric Fiat est agrégé de philosophie,

maitre de conférences de l’Université Paris Est Marne-la-Vallée,

Professeur au centre de formation du personnel hospitalier de l’Assistance Publique Hôpitaux de paris.

Il est l’auteur d’un petit traité de dignité :

Grandeurs et misères des hommes : Petit traité de dignité

Ci-dessous quelques articles d’Eric Fiat que l’on peut trouver sur la toile et notamment sur le site philo.pourtous.free.fr

Le mensonge, du point de vue de l’éthique

article paru dans la revue Soins Pédiatrie-Puériculture n°201 – août 2001

La tradition philosophique, pour laquelle nous éprouvons gratitude et reconnaissance, a bien souvent présenté le philosophe comme l’homme ami du vrai. Pour Platon déjà, le mensonge était un crime contre la philosophie, et le philosophe, ami du savoir (philosophos), devait l’être également de la vérité (philalethes). Il a pour tâche de lever les voiles, les masques, comme l’enfant du conte d’Andersen, qui seul dit la nudité du Roi. C’est bien, d’ailleurs, ce que Calliclès disait à Socrate : « Tu fais l’enfant… » Nous ferons donc l’éloge de la sincérité et dirons la laideur du mensonge… Mais il nous faudra également dire les dangers de l’excessive sincérité, d’une exhibition impudique de la vérité. Nous terminerons enfin par une analyse de la fiction, c’est-à-dire des rapports entre le songe et le mensonge.

Il ne faut pas mentir. Voilà une évidence du sens commun, à laquelle chacun adhère spontanément, sans même avoir lu Emmanuel Kant, sans avoir même jamais songé à le lire un jour… Et il est vrai qu’il y a bien des raisons, tant esthétiques qu’éthiques, pour condamner le mensonge.

Lire la suite dans philopourtous : http://philo.pourtous.free.fr/Articles/Eric/mensongeethique.htm

Le temps qui passe – Les philosophes sont-ils plus patients ?

Nous partirons de l’admirable tableau de Goya, qui se trouve au Prado, Saturne dévorant ses enfants. Qu’y voit-on ? Le vieux Cronos, fils d’Ouranos et père de Zeus, avalant de sa bouche d’ombre le corps ensanglanté d’un de ses fils, encore mal dégagé de la gangue, de la matière primitive… Et pourquoi ? Par crainte, bien sûr, par crainte qu’un de ses fils ne lui fasse ce qu’il a lui-même fait à son père : le déloger du trône où siège le dieu des dieux.
Oui, belle allégorie, qui nous dit en vérité ce qu’il en est du temps ! Car Chronos se conduit bien comme Cronos ! Tout se qu’il fait, il le défait ; tout ce qu’il construit, il le détruit ; tout ce qu’il fait apparaître dans l’être, il finit par l’en faire disparaître…

Lire la suite dans philopourtous : http://philo.pourtous.free.fr/Articles/Eric/patience.htm

Philosophie de la vieillesse – Réflexions sur le temps qui passe

Et certes, l’idée la plus spontanée que tout un chacun se fait du temps, est celle d’une puissance universelle, qui sur toutes choses agit : cela s’appelle, en « patois » philosophique, l’efficacité du temps, terme qui indique que le passage du temps sur un être n’est jamais sans effets. Et certes, le temps altère (rend autre), aliène, corrompt, déforme, abîme, use, transforme tout ce sur quoi il passe : toute puissance du temps ! Toute puissance qui se marque certes plus vite sur ce visage-ci que sur ce visage-là, mais se marque cependant sur eux-deux ; toute puissance qui se marque certes plus vite sur la rose que sur l’étoile, mais se marque cependant sur elles-deux. Toute puissance dont témoigne également, et au combien, son irréductible irréversibilité. Même un dieu ne peut pas faire que ce qui a eu lieu n’ait pas eu lieu, disaient les Grecs.

Lire la suite dans philopourtous : http://philo.pourtous.free.fr/Articles/Eric/vieillesse.htm

Humanité, citoyenneté et soins

article paru dans la revue Espace éthique – APHP, n°7-8 hiver 1998 – printemps 1999

Cette définition de l’homme comme animal politique (et polis signifie cité en grec, et peut être faudrait-il traduire la formule du philosophe grec par animal civique) est inoubliable. Mais ne relève-t-elle pas d’une conception par trop « gréco-romaine » des choses ?
C’est à cette question massive que nous allons tenter de répondre avec précision, en nous demandant comment les deux cultures qui sont à l’origine de notre civilisation, à savoir les cultures gréco-latine d’une part, et les cultures « judéo-chrétienne » de l’autre, ont pensé le rapport entre humanité et citoyenneté.

Lire la suite dans philopourtous : http://philo.pourtous.free.fr/Articles/Eric/humcitetsoins.htm

Affronter l’angoisse, affronter le tragique en fin de vie

Un effort pour rendre le tragique moins tragique : telle est notre définition de l’éthique, définition qui indique assez que nous ne pensons certes pas qu’il puisse jamais exister une éthique qui mette fin au tragique. Car il y a dans toute vie une part de tragique, et qu’elle se manifeste tout particulièrement dans les derniers moments n’a rien qui doive surprendre…

Non, en vérité, nulle éthique, nulle pratique, et même celle des soins palliatifs, ne saurait dissoudre ce que la vie humaine contient de tragique, dissoudre ce que la vie humaine contient d’angoissant. Aussi notre propos vise-t-il à en appeler à une pratique palliative qui respecte le tragique et l’angoisse, qui ne les considère pas comme ce qui doit à toute force être supprimé, mais ce avec quoi il faut composer, au sens musical, si l’on veut, du terme. Car s’il est vrai qu’il y a du tragique, ou de l’angoisse pathologiques, il n’en demeure pas moins que toute tragédie, toute angoisse ne relèvent pas du pathologique !

Lire la suite dans philopourtous : http://philo.pourtous.free.fr/Articles/Eric/aspectsdumourir.htm

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Philippe Svandra

Philippe Svandra est cadre de santé,

formateur au pôle formation du centre hospitalier Sainte Anne,

Docteur en philosophie, chargé d’enseignement à l’université Paris Est / Marne-la-Vallée .

Ouvrages de Philippe Svandra

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La Vie : le hors-série n°4 des Cahiers philosophiques vient de paraître

Posted by Hervé Moine sur 20 octobre 2009

Sait-on ce qu’est vivre ?

Vient de paraître le hors-série n°4 des Cahiers Philosophiques. Le thème de cette revue trimestrielle est celui de la vie. « Sait-on ce qu’est vivre? » telle est la question par laquelle l’éditorial de ce numéro aborde ce thème.

 » Ce « simple » mot n’est pas sans équivoque, puisqu’il évoque à la fois une manière d’être, doté de propriétés spécifiques relativement objectivables – on est vivant, on est en vie et ce qui vit n’est pas et ne fait pas la même chose que ce qui ne vit pas –, et l’expérience que nous – un certain type de sujets ou d’agents – sommes en mesure de faire de ou dans cette vie qu’il nous est donné de vivre. On dit ainsi que l’on a bien ou mal vécu tel événement ou telle situation, en parlant alors non seulement d’un état ou d’un processus dont on observerait le déploiement et les caractéristiques, mais de ce tissage de perceptions, de souvenirs et de paroles, en quoi consiste un itinéraire personnel, notre vie justement… » lire l’éditorial du numéro.

La sélection et la présentation d’ensemble des articles sur cette thématique est assurée par Franck Burbage.

Il est possible de lire certains articles de la revue en ligne, à savoir celui de Bernard Lacorre, Histoire de la notion d’âme celui et de Frédéric Worms, Problème et tâche de l’éducation selon Bergson.

Lien vers la page des Cahiers Philosophiques du site du CNDP (Centre National de Documentation Pédagogique) : http://www.cndp.fr/revuecphil/

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Pour ceux qui ont à cœur le développement d’un enseignement et d’une recherche philosophique de qualité. Et aussi pour tous ceux qui s’intéressent à l’élucidation philosophique des enjeux du temps présent.


Curieuse du monde et des questions qui le traversent, la revue Cahiers philosophiques allie l’exploration des différentes traditions de la philosophie à celle de ses déplacements contemporains. Elle est animée et réalisée par des professeurs de philosophie, chercheurs et enseignants du lycée à l’université, parfois associés à des spécialistes d’autres disciplines ou d’autres domaines.


Chaque numéro trimestriel traite d’un thème principal à travers différents articles et essais.


Les autres rubriques sont consacrées à des comptes rendus de lecture, des publications de textes de référence inédits, des entretiens en rapport avec l’actualité.

Cahiers philosophiques est une publication du Centre national de documentation pédagogique.

–> (4 numéros par an)
ISSN : 0241-2799

Sommaire hors série n° 4 – septembre 2009

ÉditorialÀ lire (PDF, 72 ko)
Dossier La vie
9 La vie éphémère
Georges Gastaud
22 Le problème de l’individu en biologie. L’organisme
Ernst Cassirer
40 Réflexions sur les rapports du mécanisme et de la finalité chez Descartes
Pierre Guenancia
60 L’âme, histoire d’une notion
Bernard Lacorre
À lire (PDF, 154 ko)
75 Problème et tâche de l’éducation selon Bergson
Frédéric Worms
À lire (PDF, 155 ko)
89 L’importance du concept de réflexe dans la philosophie de Georges Canguilhem
François Dagognet
97 Connaissance de l’artificiel et modèles artificiels de la connaissance
Jean-Pierre Séris
119 Foucault dans la psychanalyse
Questions à Judith Butler

Prochain numéro

– Numéro 119 / Octobre 2009 – Pouvoirs et démocratie locale

Les numéros précédents

La ville
N° 118, juin 2009
Derrida, Lyotard et l’éthique
N° 117, avril 2009
Nouvelles pratiques juridiques
N° 116, décembre 2008
La rationalité sceptique
N° 115, octobre 2008
La beauté
Hors série n° 3, septembre 2008
Montaigne
N° 114, juin 2008
Théâtre et philosophie
N° 113, avril 2008
Vernant, philosophe
N° 112, décembre 2007
Heidegger, politique et philosophie
N° 111, octobre 2007
L’action
Hors série, septembre 2007
La guerre
N° 110, juin 2007
La voix
N° 109, avril 2007
Histoire naturelle de l’homme
N° 108, décembre 2006
L’inconscient
N° 107, octobre 2006
La science
Hors-série, septembre 2006
La danse
N° 106, juin 2006
La pauvreté 2
N° 105, avril 2006
La pauvreté 1
N° 104, décembre 2005
Bergson
N° 103, octobre 2005
La justice
Hors-série, septembre 2005
Varia
N° 102, juin 2005
L’animal 2
N° 101, avril 2005
L’animal 1
N° 100, décembre 2004
Foucault
N° 99, octobre 2004
La décision
N° 98, juin 2004
Machiavel
N° 97, avril 2004
La couleur
N° 96, décembre 2003
Poètes et philosophes
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Qu’est-ce qui fait qu’il est si difficile d’aimer véritablement quelqu’un ?

Posted by Hervé Moine sur 16 mars 2009

Dans le cadre de notre apprentissage à l’étude philosophique de texte philosophique, je vous propose de reprendre le beau texte d’Alain sur l’amour, et, à défaut d’une correction entièrement achevée, je vous donne des éléments assez détaillés pour justement construire cette étude de texte dans sa version définitive.

Alain, Emile Chartier

Alain, Emile Chartier

« AMOUR. Ce mot désigne à la fois une passion et un sentiment. Le départ de l’amour, et à chaque fois qu’on l’éprouve, est toujours un genre d’allégresse lié à la présence ou au souvenir d’une personne. On peut craindre cette allégresse et on la craint toujours un peu, puisqu’elle dépend d’autrui. La moindre réflexion développe cette terreur, qui vient de ce qu’une personne peut à son gré nous inonder de bonheur et nous retirer tout bonheur. D’où de folles entreprises par lesquelles nous cherchons à prendre pouvoir à notre tour sur cette personne ; et les mouvements de passion qu’elle éprouve elle-même ne manquent pas de rendre encore plus incertaine la situation de l’autre. Les échanges de signes arrivent à une sorte de folie, où il entre de la haine, un regret de cette haine, un regret de l’amour, enfin mille extravagances de pensée et d’action. Le mariage et les enfants terminent cette effervescence. De toute façon le courage d’aimer (sentiment du libre arbitre) nous tire de cet état de passion, qui est misérable, par le sentiment plus ou moins explicite d’être fidèle, c’est-à-dire de juger favorablement dans le doute, de découvrir en l’objet aimé de nouvelles perfections, et de se rendre soi-même digne de cet objet. Cet amour, qui est la vérité de l’amour, s’élève comme on voit du corps à l’âme, et même fait naître l’âme… »

ALAIN, Les Arts et les Dieux, Définitions

Travail préparatoire à l’étude de texte

Lecture du texte.

Il convient de rappeler que la lecture du texte est primordiale et ce qu’il faut entendre par lecture n’est pas un simple survol destiné à simplement repérer de quoi parle le texte pour ensuite pouvoir « broder » comme on dit. Repérer que le thème du texte est l’amour et ensuite développer sur ce thème ne peut évidemment donner lieu à l’étude philosophique de texte attendue.

Il faut lire le texte crayon en main et se mettre en mesure de répondre aux questions qui constituent ce que nous avons appelé le travail préparatoire.

Ajoutons une remarque qui n’est pas sans importance, des copies manifestent encore cette fâcheuse confusion : il ne faut pas confondre travail préparatoire à l’étude de texte et la version définitive de l’étude de texte, celle-ci étant rédigée dans les règles, le travail préparatoire étant évidemment de l’ordre de la recherche et de l’organisation alors que la version définitive de l’étude de l’ordre de l’exposition.

  • Points de méthode concernant le travail préparatoire à l’étude de texte.
  • Points de méthode concernant la version définitive de l’étude de texte

Pour notre part, et pour le texte d’Alain ici proposé, nous élaborerons notre travail de lecture et de préparation à l’étude de texte à travers les deux questions suivantes :

a)      Quel est le point de départ de l’amour ?

b)      Trouvez les oppositions « passion/sentiment en faisant un tableau.

Une première lecture nous donne à voir un texte qui nous parle de la notion d’amour. Tel est apparemment le thème du texte. En effet, Alain commence par nous donner une définition du terme (« AMOUR. Ce mot désignant à la fois une passion et un sentiment ») pour ensuite, nous dresser une sorte de généalogie de l’amour. Si le mot désigne à la fois passion et sentiment, cela ne veut pas dire que l’analyse doit nous montrer un mélange, une mixture de sentiment et de passion dans l’amour. Alain, dans ce texte, fait une distinction conceptuelle rigoureuse entre l’amour-passion et l’amour-sentiment, tout en décrivant une évolution possible de l’un vers l’autre. Autrement dit, Alain n’en reste pas à une analyse de vocabulaire mais s’intéresse à la réalité même de l’amour dans la vie, en montrant comment en matière d’amour les « choses » s’engendrent.

Pour en rendre compte, nous devons, pour notre part, commencer par étudier le point de départ à partir duquel l’amour se déclenche et évolue.

Quel est le point de départ de l’amour ?

« Le départ de l’amour » c’est l’amour à sa naissance. Et, l’amour à sa naissance est amour indifférencié qui ni passion, ni sentiment. Si nous nous en tenons à la définition du mot donné par Alain lui-même, peut-être n’est-ce pas encore l’amour, mais ce à partir de quoi l’amour naît. C’est la rencontre. Une rencontre particulière. Elle a la particularité de provoquer de la « l’allégresse ». L’allégresse, le mot employé par Alain est fort, et il nous faudra d’ailleurs l’analyser, il s’agit d’un « genre d’allégresse » mais allons jusqu’au bout de l’idée de notre auteur, à cette allégresse peut s’ajouter une légère crainte. L’amour qui débute par une rencontre est toujours un genre d’allégresse que l’on peut craindre et que l’on craint toujours un peu. Rencontre = genre d’allégresse + légère crainte : idée qui peut nous sembler étrange qui ne peut manquer de nous étonner et qu’il convient d’étudier au plus près.

Tout d’abord, que signifie allégresse ? L’allégresse est une joie, une grande joie. Il s’agit d’une joie très vive. Elle se manifeste extérieurement. Il s’agit donc de quelque chose qui nous augmente. Et quelle en est la raison ? Parce qu’il s’agit d’une joie liée à l’existence d’autrui, à la rencontre avec l’autre. Rien à voir avec l’obtention d’un objet matériel qui peut susciter un contentement ! Grâce à la rencontre, je ne suis plus seul, c’est donc grâce à l’autre que je ressens cette joie. Cette joie est en sorte une grâce, un cadeau quasi-divin qui me vient d’autrui.

Mais alors pourquoi Alain parle-t-il de cette crainte qui accompagne toujours un peu l’allégresse ? Si je ressens cette joie vive et intense grâce à l’autre, je suis certes heureux, mais ce bonheur, justement en tant qu’il vient de l’autre, il est imparfait. Cette joie est quelque peu entachée. Elle n’est pas pleine, complète. Elle est certes un bien, mais ce bien je le trouve hors de moi ; autrement dit, je sais qu’un rien peut me l’enlever. Je peux craindre que cette allégresse s’échappe car, en fait, je suis à la merci de l’autre.

Il convient de remarquer que la crainte, pour Alain, est neutre, elle n’est ni bonne ni mauvaise : elle est, c’est un fait. Inutile et vain alors de dire qu’il ne faut pas avoir peur. La crainte est une émotion, un « pathos » au sens aristotélicien. Cela dit, si la crainte est un fait, toute idée qui va graviter autour de celle-ci va la faire évoluer vers quelque chose qui risque de ne plus être neutre.

En effet, pour Alain, l’amour implique un risque de crainte. Et, ajoute-t-il, lorsque cette crainte devient terreur par le fait de la réflexion, naît la passion. A force de réfléchir, de « gamberger » comme on dit familièrement, de faire retour sur l’imperfection de cette joie, de la dépendance de cette joie à l’autre, la crainte de la voir s’échapper… cette émotion de crainte tout à fait « naturel » et neutre se transforme en terreur.

La terreur est une peur d’une extrême intensité qui bouleverse, voire paralyse. L’esprit se terrorise lui-même en réfléchissant en ressassant cette crainte. Cette terreur peut donc se comprendre comme la peur de la peur, et, en cela, elle est une évolution non naturelle de l’amour. Il s’agit d’une peur panique face au danger de perdre le bonheur. C’est à partir de cette terreur que naît, selon notre auteur, l’amour-passion. Et quelle est donc l’évolution naturelle de l’amour ? Le véritable amour c’est le sentiment : l’amour-sentiment.

Alain, dans ce texte oppose la passion qui est la « mauvaise » réaction face à la rencontre avec l’autre alors que le sentiment est la « bonne » réaction.

La distinction passion / sentiment

Proposons-nous de lire le texte en relevant les oppositions, puisque c’est sur celle-ci que se construit la suite de l’argumentation d’Alain.

PASSION

SENTIMENT

Est une « mauvaise » réaction au danger, celui de perdre le bonheur reçu par la rencontre avec l’autre ; il s’agit de la peur d’aimer : « terreur » ; « d’où de folles entreprises » Est la bonne réaction, et si comme on dit la peur n’évite pas le danger, l’amour sentiment est, contrairement à la passion amoureuse est « courage d’aimer ».
Le but de ces « folles entreprises » est de chercher à « prendre pouvoir » sur l’autre ; l’amour-passion est amour-possession ou amour qui fait de la prise de pouvoir sur l’autre son objectif, son délire. Ce courage d’aimer s’exprime par l’acte du don, du don de soi : donner et se donner, « se rendre soi-même digne de cet objet » (de l’autre aimé)
L’amour-passion est un état : je suis amoureux. « état de passion qui est misérable » L’amour-sentiment est un acte : j’aime.
Quelle est la cause de la passion ? La réflexion = calcul, défiance… Je me méfie de l’autre. La réflexion transforme la crainte en terreur. Jalousie. L’amour-sentiment fait serment inconditionnel : j’aime l’autre sans poser de condition. La confiance à son égard est totale. J’accorde toute ma confiance à l’autre.
Comment se manifeste la passion ? J’interprète tout chez l’autre. Il s’agit d’un délire d’interprétation : « échanges de signes ». Ici, on tombe dans une sorte d’engrenage. Absence de liberté, sorte d’esclavage. Aucune interprétation dans l’amour sentiment. Je juge favorablement dans le doute (même dans le doute !) ; je découvre en l’objet aimé de nouvelles perfections.
La passion amoureuse se cantonne au niveau du corps ; le corps, ici, étant l’équivalent de la machine, la liberté est devenue impossible. L’amour sentiment est « sentiment du libre-arbitre « ; la volonté est non-contrainte. Ce sentiment de libre-arbitre fait naître l’âme.
Le pôle de la passion c’est MOI

Je veux être aimé ; je veux séduire « folles entreprises » => prise de pouvoir sur cette personne ; elle est prise comme moyen…

Amour qui tue l’amour.

Le pôle du sentiment c’est l’AUTRE

C’est l’autre que j’aime : « cet amour qui est la vérité de l’amour ».

Ici amour véritable.

Cette lecture du texte, nous permet de voir que pour Alain, la passion est un désordre égoïste alors que le sentiment est amour noble, et qu’il est plus facile de tomber dans le piège de la passion amoureuse par peur d’aimer que d’avoir le courage d’aimer véritablement.

Nous pouvons ainsi formuler le problème que soulève cet extrait de la manière suivante : qu’est-ce qui fait qu’il est si difficile d’aimer véritablement quelqu’un ?

Sans doute pour compléter ce travail préparatoire il conviendrait de reprendre chacune des notions importantes et de les analyser, cependant, nous ferons ici, l’économie de ce travail pour passer directement à l’élaboration de la version définitive de l’étude philosophique de ce texte et éviter trop de redites. Pour terminer, ce travail préparatoire nous devrions travailler notre jugement à l’égard des idées de l’auteur, à sa position face au problème. Pour la même raison, nous l’évoquerons dans la version définitive de notre étude. Nous pouvons tout de même affirmer que nous pouvons comprendre le texte comme critique de la passion amoureuse, or, n’est-ce pas elle qui fait rêver ou qui donne les plus belles histoires d’amour ?

Exemple d’introduction possible.

Qu’est-ce qui fait qu’il est difficile d’aimer véritablement quelqu’un ? C’est le problème traité par Alain dans ce texte. Selon lui, aimer véritablement quelqu’un, c’est avoir le « courage » de donner, or on préfère, d’ordinaire, avant tout, recevoir. Ce qui fait alors la difficulté d’aimer c’est une réaction purement passionnelle qui n’est autre que l’égoïsme, l’égocentrisme, alors que c’est, selon les termes de l’auteur, « le courage d’aimer qui nous tire de l’état de passion, qui est misérable». En définissant l’amour comme un mot désignant « à la fois une passion et un sentiment », Alain nous explique que la « passion » étant anti-amour (je veux être aimé) s’oppose au « sentiment », le véritable amour (c’est l’autre que j’aime). Pourtant, les plus belles histoires d’amour ne sont-elles pas les histoires de passions amoureuses ?

Proposition d’une base de travail pour la rédaction de l’analyse du texte.

Définir « aimer »

Partons de la définition d’aimer. Comment définir ce verbe ? On peut le définir d’une part par la bienveillance, aimer c’est vouloir le bien de l’autre, et, d’autre part, c’est trouver un bien en l’autre, c’est-à-dire hors de soi.

Une contradiction.

Cela dit, définir ainsi aimer ne va pas sans poser problème. N’y a-t-il pas là, en effet, une contradiction ? Comment puis-je vouloir le bien de ce dont je dépends ? Alain, dans ce texte, nous donne à voir, tour à tour, les deux positions possibles par rapport à cette contradiction : la passion et le sentiment :

La passion résout la contradiction.

Tout d’abord, la passion résout la contradiction en ne voulant plus le bien de l’autre, mais seulement le sien propre. On pourrait dire qu’il s’agit du refus de la pauvreté et faire référence au thème platonicien d’Eros. Dans le cas de la passion, comme dirait Sartre « aimer, c’est vouloir être aimer », on le voit la bienveillance disparaît : c’est l’amour possessif.

Le sentiment accepte la contradiction.

Ensuite, le sentiment quant à lui, qui semble tenir du miracle étant, au contraire, la pauvreté acceptée, ne résout pas la contradiction. En fait, il n’y a pas de contradiction pour cet amour, qui est le véritable amour : le bien suprême étant celui de l’être aimé. Cet amour est altruiste contrairement à l’amour-passion, égoïste, égocentrique.

  • La joie que procure la rencontre
  • La crainte qui accompagne cette joie

La naissance de la passion.

La légère crainte évoquée précédemment devient terreur par le fait de la réflexion. La terreur étant la peur de la peur. Il s’agit là d’une évolution non naturelle de l’amour. Qui dit réflexion dit hésitation, résolution, retour sur soi. C’est la réflexion qui fait naître la passion, et, ce qui en ressort c’est l’égoïsme, l’égocentrisme. En effet, on ne s’intéresse pas vraiment à l’autre, on recherche bien davantage son bonheur, on est plutôt préoccuper de conserver coûte que coûte cette joie que procure la rencontre avec l’autre.

Caractère de la passion.

Le caractère essentiel de la passion souligné par Alain dans ce texte est la folie. La folie est la perte du sens de la réalité. Cette folie s’exprime, selon l’auteur, sous forme d’un double délire : le délire de la possession et le délire de l’interprétation. Et, par là on comprend bien que cette folie caractéristique de la passion amoureuse est en fait anti-amour.

Le délire de la possession.

Ici, l’amour s’énonce en terme de pouvoir, donc, forcément en termes de conflit, de guerre : je découvre que l’autre a un pouvoir, pouvoir de me laisser ou de me reprendre ma joie. Je comprends que ma joie ne m’appartient pas. Donc, pour faire cesser cette peur de voir se volatiliser cette joie, il faut que je prenne moi-même le pouvoir si l’autre, il faut que je parte à la conquête de ce territoire ! Mais comment ? Par la séduction !

(une question, implicite pour l’instant mais qui pourra faire l’objet d’une réflexion ultérieurement lors de l’évaluation critique de l’étude de texte : si la séduction arrive à ses fins, pourrai-je alors être certain que j’aime vraiment ? N’aimerai-je pas plutôt une image ? Un objet ? Avec Sartre, on peut penser que par la séduction, l’autre devient un objet.)

Le délire de l’interprétation.

Dans la relation amoureuse, il y a naturellement des échanges de signes, comme les gestes et les paroles. Mais, dans les conditions que l’on vient de décrire, on comprend immédiatement que ces signes deviennent signes à interpréter. Vouloir tout interpréter revient à avoir peur d’aimer, pour notre philosophe. Selon lui, la passion correspond à la peur d’aimer. En effet, on veut être sûr et certain de l’autre. Autrement dit, le passionné veut bien se donner à condition que l’autre se donne. On est en quelque sorte dans cette politique du « toi d’abord ! ». La passion dans ces conditions est bel et bien anti-amour : le passionné prête alors que le véritable amour est, en principe, un véritable don.

Dans le délire d’interprétation, on observe l’autre, il ne peut en ressortir qu’une ambivalence d’amour et de haine. Tout devient signe : tout comportement devient raison et non cause.

Ne suis-je pas capable d’interpréter le comportement de l’autre (une mauvaise humeur par exemple) comme m’étant directement adressé et en déduisant qu’aujourd’hui il ne m’aime pas. Une remarque en passant à ce propos, Raymond Ruyer, dans son art d’être toujours content, disait qu’il faut cesser d’interpréter la mauvaise humeur de l’autre et de la considérer comme mauvaise volonté.

Toujours est-il, dans cet état de passion, l’amour n’est que solitude à deux. En fait, on ne connaît pas l’autre. On n’a jamais cherché à le connaître. Le pôle de la passion étant soi.

« Le mariage et les enfants terminent cette effervescence (…) »

Notons le verbe « terminer » qui, indique dans le contexte la fin du rêve. Rêve, ici est à prendre par opposition à réalité. Dans certaines histoires d’amour, on termine ainsi « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfant », pour signifier qu’il n’y a plus rien à raconter. Dans la passion amoureuse, nous pouvons bien nous l’imaginer, à partir de ce double délire décrit précédemment, qu’il se passe toujours quelque chose. Quand se termine la passion amoureuse, il n’y a plus rien à dire : « fin de l’histoire ». D’un point de vue littéraire et romanesque c’est quand Tristan et Iseult ne sont plus intéressants.

Cela dit, il ne faut sans doute pas accorder trop d’importance à cette phrase, en affirmant que le philosophe Alain fait une apologie moralisatrice ou moralisante du mariage. Disons que l’auteur veut nous montrer que c’est par un retour à la réalité, loin de cette folie que l’on aime véritablement. Avec le mariage et les enfants on est obligé par la force des choses de faire face à la réalité. Il y a une exigence de responsabilité qui s’impose. Par exemple, l’enfant oblige à être plus attentif au conjoint. On renonce à dire moi.

Le courage d’aimer.

  • Renoncer à prendre => fin du délire de possession
  • Faire confiance => fin du délire de l’interprétation
  • Renoncer à dire moi => fin de l’incommunicabilité

Ces trois points supposent du courage. Il s’agit en effet là, à la fois, d’un acte de liberté et de prise de conscience de cette liberté. L’amour n’est pas un état mais un acte, car il s’agit d’une relation vraie, une ouverture à l’autre, aux projets ensemble et à la vie.

Explication du serment.

La notion de serment n’est peut-être pas facile à cerner. Un angle possible pour la comprendre et de l’opposer à un autre acte qui semble être du même genre : la prophétie. Alors que la prophétie se conjugue sur le mode de la prédiction : « je serai », le serment lui est plutôt sur le mode de l’engagement : « je ferai ». Il s’agit d’une promesse forte, d’une parole qui engage, d’une parole qui est déjà un acte (cf. Austin). Par le serment on jure de faire et non pas d’être, en cela, le serment implique une parole efficace.

On comprend dès lors, dans ces conditions, que l’amour n’est pas chose faite mais chose à faire. (Nous sommes ici dans une perspective anti-Gidienne si l’on peut dire. Nourriture terrestre : je m’enchaîne par le serment.) Le serment pour Alain, loin de m’enchaîner, est un acte de liberté qui me rend libre car je fais en sorte que je sois l’auteur de ma vie, en refusant par exemple de « vivre comme une girouette ». Par le serment, ma parole sera plus forte que les évènements.

Mais quelle est la teneur de ce serment ?

Un serment de fidélité.

Ce serment est un serment de fidélité. Et, qu’est-ce qu’être fidèle ? Alain répond : c’est « juger favorablement dans le doute », même dans le doute. On est bien loin ici des échanges de signe, des folles entreprises, des extravagances de toute sorte et du délire de l’interprétation qui caractérisent la folie passionnelle d’une manière générale, la jalousie, plus particulièrement. Etre fidèle, c’est bien sûr ne pas tromper, ne pas trahir l’autre, mais c’est aussi faire confiance à l’autre de manière inconditionnelle. Faire ainsi confiance à l’autre, c’est peut-être prendre un risque, mais nous dit Alain, c’est un risque qui grandit.

Découvrir en l’autre aimé de nouvelles perfections

Faire confiance à l’autre c’est découvrir en l’autre aimé de nouvelles perfections. La fidélité est un enrichissement en ce que cela change tout le temps en profondeur. Chez Don Juan, ce qui change n’est que la surface, le superficiel, d’où sa pauvreté en définitive. Don Juan qui a cherche sans cesse à enrichir son tableau de chasse se retrouve bien pauvre et dans une grande misère affective.

« Découvrir » c’est susciter en l’autre ce qu’il y a de meilleur, pour qu’il tire ce meilleur qu’il a en lui ; c’est croire en l’embellissement de l’autre, c’est croire qu’il n’est pas tel pour l’éternité mais qu’il peut s’améliorer.

La contradiction est résolue.

Ici, se trouve la réconciliation entre l’amour bienveillance et trouver son bien.

Le véritable amour fait naître l’âme. Il conviendrait d’expliciter cette idée…

Etude à poursuivre… Ensemble si vous le voulez bien !

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Etude de texte : Alain, à propos de l’amour

Posted by Hervé Moine sur 1 février 2009

Devoir Maison : Etude de texte

Term. L : Pour lundi 16 février 2009

Term. ES : Pour jeudi 19 février 2009

Alain, Emile Chartier

Alain, Emile Chartier

« AMOUR Ce mot désigne à la fois une passion et un sentiment. Le départ de l’amour, et, à chaque fois qu’on l’éprouve, est toujours un genre d’allégresse lié à la présence ou au souvenir d’une personne. On peut craindre cette allégresse et on la craint toujours un peu, puisqu’elle dépend d’autrui. La moindre réflexion développe une terreur, qui vient de ce qu’une personne peut à son gré nous inonder de bonheur ou nous retirer tout bonheur. D’où de folles entreprises par lesquelles nous cherchons à prendre pouvoir à notre tour sur cette personne ; et les mouvements de passion qu’elle éprouve elle-même ne manquent pas de rendre encore plus incertaine la situation de l’autre. Les échanges de signes arrivent à une sorte de folie, où il entre de la haine, un regret de cette haine, un regret de l’amour, enfin mille extravagances de pensée et d’action. Le mariage et les enfants terminent  cette effervescence. De toute façon le courage d’aimer (sentiment du libre arbitre) nous tire de cet état de passion, qui est misérable, par le serment plus ou moins explicite d’être fidèle, c’est-à-dire de juger favorablement dans le doute, de découvrir en l’objet aimé de nouvelles perfections, et de se rendre soi-même digne de cet objet. Cet amour, qui est la vérité de l’amour, s’élève comme on voit du corps à l’âme, et même fait naître l’âme. »

Alain, Les arts et les dieux, Définitions.

On pourra si, vous le souhaitez, utiliser la fonction commentaire pour travailler le texte ensemble. Ce qui suppose de ne pas s’y prendre au dernier moment.

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