Actuphilo

Actualité philosophique et réflexion philosophique sur l'actualité

Posts Tagged ‘amour’

Comprendre la pensée de saint Augustin

Posted by Hervé Moine sur 3 novembre 2011

Treize notions-clés chez saint Augustin

Par Jean Montenot (Lire), publié le 01 novembre 2011

http://www.lexpress.fr/culture/livre/treize-notions-cles-chez-saint-augustin

Pas évident de comprendre la pensée de saint Augustin. En voici treize notions-clés.

Avant de devenir le chrétien, l’évêque, puis le saint que l’on connaît, Aurelius Augustinus fut profondément influencé par la philosophie. Dans les Confessions notamment, il reconnaît lui-même sa dette à l’égard de cette discipline. Dans la lignée du Cicéron des Tusculanes ou de l’Hortensius (traité d’exhortation à la philosophie aujourd’hui perdu, et qu’Augustin connaissait par coeur), il comprenait la philosophie avant tout comme amour de la sagesse et comme « science des choses humaines et divines ». Augustin, formé à la rhétorique, dont la culture littéraire et biblique était très grande et de première main, n’était pas pour autant stricto sensu un philosophe. La philosophie, sagesse païenne, devait trouver son accomplissement et sa raison d’être dans la découverte du Dieu des chrétiens. La conversio ad philosophiam (conversion à la philosophie) n’était donc qu’une étape d’un chemin conduisant jusqu’à la foi, le seul vrai sage étant celui qui aime Dieu (La cité de Dieu, VIII, 1) – sagesse authentique – et la seule « voie vérissime » ayant pour nom le Christ. Il ne faut donc pas tant chercher des idées ou des « concepts philosophiques » augustiniens, mais montrer plutôt comment sa soif initiale de philosophe désirant passionnément la vérité a infléchi sa compréhension des Ecritures et comment en retour ses convictions tirées de son interprétation de la Bible ont contribué à imposer une certaine interprétation des « concepts fondamentaux » de la pensée occidentale. Mais, pour Augustin, l’expérience concrète de la vie porte la double dimension philosophique et religieuse de son oeuvre. Enfin, il faut savoir que sur de nombreuses questions Augustin a évolué et rien ne serait plus contraire à son esprit que de vouloir enserrer sa pensée dans un réseau de définitions figées.

Ames

De la conception antique de l’âme, Augustin retient que tout vivant est animé, doté d’une âme (anima, féminin), mais il réserve cependant le terme d’animus(masculin) à l’âme rationnelle de l’homme ou à l’esprit (mens). C’est dans l’esprit des doctrines platoniciennes qu’il définit l’âme humaine comme « une substance douée de raison et apte à gouverner un corps » (De la grandeur de l’âme,XIII, 22). De la tradition chrétienne, il retient une conception de l’âme individuelle – « moi, l’âme » (animus, Confessions,X, 9, 6) – caractérisée essentiellement par son rapport au Dieu créateur: l’âme est capax Dei « capable de Dieu » (La Trinité,XIV, 4, 6, 8, 11), porteuse de ce Dieu à l’image duquel elle a été créée. Aussi est-elle le point d’accès essentiel à Dieu « plus intime à moi-même que moi-même ». C’est pourquoi enfin Augustin déclare « ne vouloir connaître que Dieu et l’âme » (Soliloques, I, 2, 7) et que le bonheur recherché dans le traité La vie heureuse est bien celui de l’âme qui ne trouve son repos et son souverain bien qu’en Dieu.

Amour/Charité

L’amour est au centre de l’oeuvre d’Augustin. Il désigne ce qui met l’âme en mouvement, ce qui lui donne force et vie, en la conduisant vers son « lieu naturel »: « Ma pesanteur, c’est mon amour » (pondus meum amor meus, Confessions,XIII, 9). Il est aussi au principe de toutes les vertus et de la perfection à laquelle elles tendent. Contrairement aux auteurs qui distinguent entre la dilectio (positive) et l’amor (négatif), Augustin les identifie et les fait culminer dans la charité (caritas), forme suprême de l’amour puisque, se donnant sans réserve, la charité s’assure la possession du Bien suprême. La charité s’exprime dans le commandement du Christ: « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jean, 13, 34) et, bien sûr, dans l’Incarnation. Parmi les quatre objets susceptibles d’être aimés, il y a Dieu bien sûr, nous-mêmes, notre prochain et le corps (cela étant rappelé pour ceux qui ne voient dans le christianisme que contemption du corps). Cependant il faut distinguer entre l’amour et ses contre-images: le véritable amour de soi consiste à aimer Dieu, ce soi plus intime que soi, qui est le Bien suprême et non un bien parmi d’autres. L’amour de soi devient source d’iniquité quand, oublieux de sa destination naturelle, il est cultivé pour lui-même. Il faut donc fermement opposer la dilectioau désir concupiscent (cupiditas, libido) hérité du péché originel. C’est bien sa soif de l’amour véritable qu’évoque la célèbre formule: « Je n’aimais pas encore, mais j’aimais aimer » (Nondum amabam sed amare amabam, Confessions,XIII, 9). En revanche la formule « La mesure de l’amour de Dieu, c’est de l’aimer sans mesure », souvent attribuée à Augustin, est en fait de saint Bernard de Clairvaux dans son Traité de l’amour de Dieu.

Civitas, Cité

Le thème des « deux cités », motivé par le sac de Rome et à l’origine élaboré par Tyconius, un adversaire donatiste, permet de préciser les relations entre l’ordre temporel et l’ordre spirituel. L’idée est que, sans renoncer à leur appartenance à une société temporelle, les chrétiens appartiennent toujours en même temps à une autre société universelle: « Deux amours ont donc fait deux cités, l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu, la cité terrestre, l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi, la Cité céleste. L’une se glorifie en elle-même, l’autre dans le Seigneur. L’une demande sa gloire aux hommes; l’autre tire sa plus grande gloire de Dieu, témoin de sa conscience. » (La cité de Dieu, XIV, 2) La doctrine d’Augustin implique la tension interne chez le chrétien entre l’orientation de la volonté vers Dieu ou vers soi-même. Elle interdit de sacraliser les institutions temporelles, y compris l’Eglise en tant que puissance temporelle, mais pas de défendre sa patrie. Même si elles sont distinctes essentiellement, les cités n’en sont pas moins mêlées dans les faits et la Rome des papes n’est pas le paradis, ni celle des Césars, l’enfer.

Cogito

Les historiens de la philosophie ont appelé cogito l’argument de Descartes qui consiste à affirmer l’évidence de l’existence du sujet pensant comme première vérité ainsi que sa séparation essentielle d’avec le corps. On a dit que Descartes avait emprunté son cogito à Augustin jusque dans son détail (argument du rêve, argument de la folie, argument du si fallor sum, « si je me trompe je suis »). Les premières formulations augustiniennes de l’argument se trouvent dans La vie heureuse et dans le Traité du libre arbitre, mais c’est dans La Trinité (XV, 12.21) et dans La cité de Dieu(XI, 26) que le parallèle est le plus manifeste. Si les deux démarches conduisent de l’épreuve du doute à la certitude de l’existence du sujet pensant et, de là, à la démonstration de l’existence de Dieu, le projet cartésien – établir quelque chose de ferme et de constant dans les sciences, autrement dit assurer une solide assise métaphysique aux sciences – diffère de celui d’Augustin – quête spirituelle de Dieu. La différence conceptuelle essentielle tient à ce que Descartes confère de l’être ou de la substantialité à la pensée en tant que telle – c’est la fameuse res cogitans- tandis que, pour Augustin, l’être de la pensée tient en un « je suis » – un sum – qui doit toute sa substantialité à Dieu.

Etre

La doctrine augustinienne de l’être s’inscrit dans une perspective indissociablement philosophique et religieuse: conformément à l’exégèse la plus courante d’Exode, 3, 14 : « Je suis Celui qui suis » – Dieu y est l’être par excellence, la source parfaite de toutes les existences créées par lui ex nihilo et Celui vers qui toutes les créatures tendent. Mais l’Augustin de la maturité (Homélies sur l’Evangile de Jean,38, 8 ) insiste sur la difficulté qu’il y a à comprendre la teneur de ce verset. Dans sa jeunesse, Augustin ne concevait l’être (et donc Dieu) que de manière matérielle. Sous l’influence de la philosophie platonicienne, il a été conduit à considérer à envisager Dieu comme un être immatériel, immuable et spirituel dont l’activité créatrice, comprendre donatrice d’être et d’existence, est continue et gratuite. C’est par l’âme – elle aussi immatérielle – que l’on peut s’approcher de l’être immatériel et intelligible de Dieu. Du platonisme éclectique de son temps dérive aussi une conception hiérarchisée des niveaux de réalité : au niveau de réalité le plus élevé – en Dieu – il y a les rationes aeternae, raisons éternelles plus ou moins équivalentes aux Formes intelligibles platoniciennes, lois de la raison et prototypes de toutes les idées créées. Au niveau intermédiaire, il y a la ratio hominis (raison humaine), qui se situe à l’articulation de l’éternel et du temporel, la raison se subdivisant en ratio superiorqui regarde vers le hautet en ratio inferior, qui regarde vers le bas, vers le troisième niveau, celui des réalités périssables et corporelles. La compréhension augustinienne de l’être se raffine encore dans son usage proprement théologique, par exemple s’agissant des conséquences ontologiques de la doctrine trinitaire, il utilise le terme technique d’essence suprême (summa essentia) pour désigner l’unité de l’Etre de Dieu.

Foi

On a fait d’Augustin l’un des pères du « croire pour comprendre », si essentiel à la pensée chrétienne médiévale. Jusqu’à sa conversion finale, à travers ses adhésions au rationalisme baroque des manichéens, au scepticisme de Cicéron et à son antidote platonicien, Augustin a d’abord longtemps cherché à atteindre la vérité sans faire appel à la foi. Une fois converti, Augustin s’est par la suite souvent référé à la parole d’Isaïe (7, 9) « Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas ». La foi – ou la croyance, chez Augustin le substantif fides et le verbe crederesont équivalents – est en effet nécessaire à la compréhension de la vérité. Adhésion personnelle et consentement reconnu, elle est assentiment aux vérités révélées par l’Ecriture: « Même croire n’est pas autre chose que penser en donnant son assentiment […]. Quiconque croit pense, et en croyant il pense et en pensant il croit […]. Si elle n’est pas pensée, la foi n’est rien » (Sur la prédestination des saints, 2, 5). La foi diffère cependant de la connaissance au sens le plus élevé, car elle doit être complétée par la caritas, don et grâce divine.

Grâce

Le « docteur de la Grâce » – c’est ainsi que l’on désigne parfois Augustin – a fourni à l’exégèse et aux commentaires théologiques l’occasion d’innombrables discussions sur cette question difficile. Généralement, le terme désigne l’action divine sur les anges et les êtres humains qui les conduit à Le reconnaître et à L’aimer. Pour Augustin, la grâce est la condition essentielle et gratuite du salut. Cela implique – et c’est ce qui a choqué un Pélage et ses sectateurs – que les hommes, blessés dans leur condition par le péché, ne sauraient par leurs seuls efforts obéir aux ordres divins (et donc faire quelque chose de bien) et qu’ils doivent pour y parvenir libérer leur volonté en sollicitant les moyens divins, autrement dit la grâce. De là, les interminables débats sur la liberté de l’homme et sur la prédestination. Pour résumer grossièrement la chose : pas de salut sans grâce divine. Toutefois, la grâce n’annule pas le libre arbitre des hommes. Condition nécessaire mais non suffisante, elle ne garantit pas le salut de celui qui, bien qu’en ayant reçu le don, fait un mauvais usage de sa liberté.

Liberté

Sous prétexte qu’elle refuse de proportionner la grâce aux mérites – ce qui alimenterait le péché d’orgueil – la doctrine augustinienne ne réduit pas pour autant les êtres humains à n’être que des « marionnettes dans la main de Dieu » (De la grâce et du libre arbitre). La volonté libre n’est en effet pas détruite par la prévalence de la grâce, mais elle ne concourt qu’au péché si elle n’est pas secondée par la grâce divine. Par ailleurs, Augustin distingue soigneusement la liberté politique de la liberté religieuse.

Mal/Péché

L’une des thèses fondamentales d’Augustin, peu audible si on ne la met pas en perspective avec la réfutation du manichéisme dont Augustin avait été un adepte, est que le mal n’existe pas. Le mal n’est rien en lui-même, sinon la privation du bien, sa mutilation: c’est la nature déchue en tant que viciée par les péchés, au premier desquels il faut compter le péché originel qui a eu pour conséquence la rébellion du corps contre l’âme, d’où sont issues la concupiscence et l’ignorance. Le mal n’est donc pas pensable, sinon justement par référence au bien dont il est privation et, pour ce qui concerne le mal moral, il est l’effet du mésusage par l’homme de son libre arbitre.

Rétractations

Rétractations est d’abord le titre d’un traité d’Augustin (achevé en 427) assez unique en son genre puisqu’il s’agit de la révision par Augustin de l’ensemble de son oeuvre. C’est aussi la marque de l’humilité du penseur, l’aveu de la faillibilité de tout penseur et du caractère ouvert de sa pensée. C’est aussi un exemple sans équivalent de relecture, chez un auteur ancien, de sa propre oeuvre.

Sagesse

La sapientia,ou sagesse, se distingue de la scientia, ou science, en ce que la première a pour objet le monde éternel et immuable, tandis que la seconde est connaissance du monde temporel et muable. La sagesse étant acquise par la raison supérieure (voir « être ») et la science par la raison inférieure. Le péché affecte la capacité humaine d’atteindre la sagesse et donc le bonheur. Augustin distingue par ailleurs entre sagesse immédiate- que les âmes bienheureuses pourront atteindre dans la vision béatifique (La cité de Dieu,XXII, 29), cette contemplation remplaçant dans la vie à venir la foi – et sagesse médiate qui suppose la médiation de l’Incarnation, de l’enseignement du Christ, de la Bible et de l’Eglise.

Temps

« Tant qu’on ne me le demande pas, je sais [ce qu’est le temps], dès qu’on me demande de l’expliquer, je ne le sais plus », lit-on dans les Confessions(XI, 14). Augustin analyse cependant dans ce même livre la question du temps de manière extrêmement suggestive, l’insérant dans une réflexion plus générale sur la création. Distinguant d’abord le temps relatif à l’existence des choses créées et l’éternité de leur créateur, il conclut qu’il n’y a pas de sens à se demander ce qu’il y avait avant la Création puisque le temps lui-même, avec la distinction de ses trois dimensions, commence avec la Création. Mais c’est certainement la description de la conscience intime du temps et de son essence fragmentaire du point de vue de l’âme humaine qui témoigne le mieux du génie d’Augustin. Rien n’est plus caractéristique de la relation de l’âme au temps que la métaphore de la distentio animi qui, en rendant possible la coexistence du futur et du passé dans le présent vécu par l’âme, explique qu’on puisse percevoir la durée et en effectuer la mesure.

Vérité

La vie d’Augustin est une quête constante de la vérité comme l’attestent les Confessions. Des Ecritures, il tire un « concept » de vérité identifié à Dieu – « le vrai […] c’est ce qui est » (id est quod est, Soliloques,II, 5, 8) -, de l’idée du bien platonicienne, l’idée d’un Dieu qui éclaire de sa lumière le monde intelligible comme le soleil illumine le monde sensible. De cela ressort la doctrine spécifiquement augustinienne de l' »illumination divine ». La métaphore apparaît notamment dans les Soliloques, où il discute de la question de l’immortalité et dans La cité de Dieu,X, 2, 1) où s’opère une sorte de conciliation entre la doctrine platonicienne (ou plutôt plotinienne) de l’illumination et les lieux scripturaires qui ont conduit Augustin à identifier Dieu à une lumière intelligible. Il diffère de Platon en ce que cette lumière touche l’homme en entier et non seulement sa part intelligible. Aussi la quête de la vérité se confond-elle avec la recherche du bonheur et de la sagesse. Dieu est le « maître intérieur » qui fait que nous prenons conscience de la vérité d’un discours ou d’une démonstration. Ainsi n’est-ce pas le maître qui enseigne au disciple la vérité, mais ils sont l’un et l’autre soumis à la vérité intérieure qui réside dans l’âme même, « c’est-à-dire le Christ vertu immuable et Sagesse éternelle de Dieu » (Du Maître, XII, 38). Enfin, de même que le mal n’est rien qu’une privation du bien, le faux n’est qu’une déviation du vrai.

Posted in Lu sur la toile, philosophe, philosophie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Entre éros et agapè, étendre l’attachement

Posted by Hervé Moine sur 31 octobre 2011

L’attachement (éros et agapè)

par Yvon Brès

samedi 26 novembre 2011, à 16:00,

Sorbonne, amphi Michelet

 

« Le but de cet exposé est de montrer que le concept d’attachement mériterait d’être, dans les sciences humaines, mais également en philosophie, en théologie, en littérature, d’un usage beaucoup plus étendu que celui dont il a bénéficié jusqu’ici. L’idée de cette extension m’est venue à la lecture de la réédition du livre de Nygren, Érôs et agapé, et aussi d’un ouvrage sur l’acédie qui développe la thèse bien connue de Nietzsche sur l’amour chrétien comme Eros empoisonné.

L’origine de la notion d’attachement se situe dans la psychologie animale, avec la notion d’empreinte (Prägung). Elle est depuis longtemps d’un usage courant en psychologie et psychiatrie de l’enfant et a été adoptée, il y a bientôt quarante ans, comme concept psychanalytique dans les pays de langue anglaise (cf. Bowlby). Un certain nombre de psychanalystes français (par ex. Anzieu, Wildlöcher) en font eux aussi un usage ferme mais discret, car ils n’insistent pas sur le fait que Freud l’a totalement méconnue.

Il serait intéressant de reprendre l’œuvre de Freud dans son ensemble pour montrer comment, chaque fois qu’il rencontre des faits d’attachement, il s’efforce, de manière souvent contournée, d’esquiver le concept en tant que tel et d’en donner une interprétation  » érotique « , ce qui aboutit à mettre en avant une sorte d’Eros élargi (à partir, d’ailleurs, du rapprochement avec Platon) qui n’aura plus d’autre partenaire que la pulsion de mort.

C’est à cet Eros, même élargi, que le Nouveau Testament oppose l’agapé comme l’amour qui vient de Dieu, opposition qui sera atténuée dans la tradition catholique (Saint Augustin, Saint Thomas, Benoit XVI) mais affirmée avec force par le luthérien Nygren, ce qui expliquerait dans une certaine mesure, par réaction, la thèse nietzschéo-lacanienne de l’éros empoisonné.

Je voudrais au contraire simplement suggérer que, si l’on voulait absolument trouver un concept psychologique permettant de se représenter l’agapé, on aurait pu, au lieu de s’en tenir à Érôs et à la pulsion de mort, utiliser aussi la notion d’attachement.

Celle-ci permettrait peut-être, en outre, de relire le Banquet sans avoir à considérer comme  » théorie platonicienne de l’amour  » le seul discours de Diotime. La prise en considération de celui d’Eryximaque et de certains passages du Phèdre conduirait de surcroît à remettre sérieusement en question l’interprétation freudienne de la dualité empédocléenne philotès-neikos et de comprendre à partir de l’attachement les passages les plus connus de l’Antigone de Sophocle.

Il n’est pas jusqu’à la notion japonaise d’amae qui ne s’éclaire d’une certaine manière comme correspondant, dans un contexte bouddhiste, à ce concept occidental né dans la psychologie animale, mais dont l’utilisation pourrait être plus large. »

Yvon Brès

Posted in annonces, conférence, philosophie | Tagué: , , , , , | Leave a Comment »

Le baiser à la loupe d’Alexandre Lacroix

Posted by Hervé Moine sur 1 octobre 2011

Alexandre Lacroix

Contribution à la théorie du baiser

Editions Autrement

L’auteur voyage dans ses souvenirs et s’interroge sur le rôle que jouent les baisers dans une vie, de l’adolescence à l’amour conjugal. Cette enquête l’amène aussi à parcourir l’Histoire, de la Rome Antique au cinéma hollywoodien, des poètes de la Renaissance à Freud, pour trouver la clé de cet acte si courant qu’on oublie d’y penser : le baiser.

« Kierkegaard, l’inépuisable penseur danois, songeait à écrire une « Contribution à la théorie du baiser », livre qu’il aurait dédié à tous les tendres amants. Il s’étonnait qu’il n’existe pas un seul traité sur le sujet et se demandait si la cause n’était pas que les philosophes n’entendent rien en la matière. Ce qui, de toute évidence, est le cas.

Ce dont Kierkegaard a rêvé, Alexandre Lacroix l’a fait avec brio, mêlant des souvenirs intimes à des considérations plus générales. Sa double casquette de romancier et d’essayiste lui a permis de relever le défi consistant à mettre un peu d’histoire et beaucoup de philosophie dans la vie amoureuse. Afin de la rendre plus excitante encore.

Alexandre Lacroix tient qu’il n’y a pas de meilleure baromètre du couple que le baiser. Le sexe, avec un peu d’entraînement, peut se prolonger sans amour. Le baiser, non. Pour mesurer la force du lien sentimental entre deux êtres, il suffit d’observer l’intensité de leurs baisers. « Rien n’est plus destructeur à la longue, écrit Lacroix, que l’oubli du baiser » . C’est un gel insidieux, pire que de prendre un(e) amant(e). Encore que les deux aillent souvent de pair.

Truffé d’anecdotes, passant allègrement de la littérature et du cinéma à la psychanalyse ou à la linguistique (qui, rappelons-le, n’est pas une technique du baiser), l’essai d’Alexandre Lacroix est porté par une allégresse qui sied à son sujet. Il s’achève néanmoins sur quelques pages d’une noirceur inattendue et prophétique. « Ne sentez-vous pas qu’un vent glacé souffle sur les relations humaines ? », demande l’auteur qui n’est pas loin de penser que l’humanité est en train d’être arrachée au canapé moelleux de la post-modernité pour être renvoyée directement à la préhistoire.

Une guerre sans merci s’annonce – guerre pour la survie, le territoire, l’hégémonie religieuse, la richesse, l’eau….- guerre qui renverra le temps des baisers à un paradis perdu. » Roland Jaccard, sur le site de Causeur.fr, le 7 aout 2011

Alexandre Lacroix, auteur d'une Contribution à la théorie du baiser

Qui est l’auteur ?

Né le 2 septembre 1975 à Poitiers, Alexandre Lacroix grandit à Paris. Il commence à écrire très tôt, dès l’enfance – une passion assidue et jamais démentie. Après un double cursus en Economie et en Philosophie à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, il est admis à Sciences-Po dont il est diplômé en 1998. La même année, il publie son premier roman, Premières volontés, chez Grasset, un récit autobiographique qui relate le deuil de son père et sa propre éducation sentimentale.

Depuis 1999, il est chargé d’un enseignement de littérature à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris. Après avoir donné au bout de quelques mois sa démission à un poste de « planneur stratégique » dans une agence de publicité, il quitte Paris juste après ses études pour habiter dans un village de Bourgogne. Jusqu’en 2005, il se consacre presque exclusivement à l’écriture. Il anime occasionnellement des ateliers d’écriture et publie des articles dans un journal disparu et inclassable intitulé L’Imbécile, dirigé par Frédéric Pajak.

A l’été 2005, Alexandre Lacroix revient à Paris avec le projet de lancer le premier magazine français de philosophie, à l’invitation du jeune « patron de presse » Fabrice Gerschel. Le premier numéro de Philosophie magazine paraît en avril 2006. Le titre remporte le Prix du Meilleur Nouveau Magazine 2007 et celui du Magazine de l’année 2010.

Aujourd’hui, Alexandre Lacroix est rédacteur en chef de Philosophie Magazine et continue à enseigner l’écriture créative à Sciences Po.

Ci-dessous, trois articles, rédigées par trois femmes à propos de la la Contribution de la théorie du baiser d’Alexandre Lacroix.

Contribution à la théorie du baiser, Alexandre Lacroix

Article de Virginie Troussier, publié dans ActuaLitté.com, le 19 septembre 2011

http://www.actualitte.com/dossiers/1637-contribution-theorie-baiser-alexandre-lacroix.htm

C’est un livre qui s’aspire, qui se goûte, organique et sensuel.

Depuis quand n’avait-on trouvé pareille langue à se mettre sous la dent ? Suffisamment longtemps pour en avoir oublié la saveur.

Toujours intrigué par la signification tangible des apparences, Alexandre Lacroix sonde le corps. Avec ce dernier livre, le voilà qu’il passe le doigt sur nos lèvres, closes, puis ouvertes. Il capture les baisers et les regarde vibrionner sous son microscope, comme s’ils étaient porteurs de vie, de symboles, révélations, chargés de cellules en mouvement incessant. Les corps cachent les pensées. Tout l’art de l’auteur philosophe est de réconcilier ces deux entités, pour que chacune retrouve son sens.

Alexandre Lacroix écrit à fleur de peau, ce qui donne une sensation de limpidité évidente. Le sentiment amoureux, sa grâce éphémère, sa durée, son intermittence, rien d’autre ne compte. Capiteuse, la langue de l’auteur raconte le cycle de floraison et de fanaison, les tremblements d’effroi, les effusions d’amour, à travers les baisers qui marquent une vie.

L’histoire est bâtie sur des chapitres personnels et collectifs, entrecoupés de passages plus documentés sur l’histoire du baiser. Il aurait pu écrire « de l’utilité du baiser », puisque au-delà de l’histoire de l’occident qui se cache derrière celle du baiser, il prouve avant tout qu’il n’a rien d’anodin.

Que met-on derrière un bisou, un baiser, une bise ? Il livre au fil des pages, non pas en marge de ses fictions mais intrinsèquement liées à elles, ses réflexions sur le baiser comme moyen de « connaissance » de l’amour et de l’homme. Le baiser, son histoire, son élasticité formelle, son efficacité à sonder le réel ou à en saisir les ambiguïtés et les incertitudes.

Les livres d’Alexandre Lacroix sont une inlassable auscultation de la matière humaine. L’individu complexe, versatile et contradictoire, occupé à aimer, à agir parfois à rebours de ses désirs, ou par eux, égaré et trompé.

Pour l’auteur, on ne choisit apparemment pas les livres qu’on écrit. Un jour, l’un s’impose, ne laissant aucune place pour autre chose.

Il en a déjà fait cette expérience : revenir, se souvenir, transformer en littérature ses années, succomber au récit, raconter son vécu tout en privilégiant la distance. Mettre en mots et en mémoire le temps qui s’effiloche, lui donner corps, vie.

Et Alexandre Lacroix, en écrivant « je » réinvente le récit autobiographique, il lui offre une valeur universelle. Ici, en attrapant une pique de Kierkegaard qui dans le Journal du séducteur souhaitait écrire ce traité, l’auteur avance à tâtons, redoublant d’acuité, développant une extra-lucidité toujours sidérante.

On aimerait toujours rester dans ses livres, tant il parvient à passer du monde réel au monde cérébral en deux trois mots, d’une mémoire (corporelle) inépuisable à un présent de la plénitude. On en ressort toujours différent.

Ces hommes qui n’embrassent pas

Article de Laurence Liban, publié dans l’Express le 16 septembre 2011

http://www.lexpress.fr/styles/psycho/ces-hommes-qui-n-embrassent-pas_1030941.html

Auteur d’une Contribution à la théorie du baiser, Alexandre Lacroix appartient à cette catégorie d’hommes. Et si on tentait de le récupérer? Notre journaliste Laurence Liban s’y est employée.

C’est l’histoire d’un homme, d’une femme et d’un baiser. Baiser absent, chaînon manquant dans le cours d’un amour, indice de désamour… Qui sait? On regarde.

Scène I. Intérieur nuit. Le salon. Neige par la fenêtre. Elle: « Tu ne m’embrasses pas assez! Tu es aride. Mais pourquoi est-ce que tu ne penses jamais à me prendre dans tes bras, juste pour me donner des baisers ? » Lui ne répond rien, hausse les épaules. Ainsi commence Contribution à la théorie du baiser, d’Alexandre Lacroix, jeune directeur de Philosophie Magazine, apparemment moins porté sur le divin bouche-à-bouche que sur la recherche scientifique.

Croyant vite désabusé d’un art qu’il expérimenta dès l’adolescence lors d’un séjour doublement linguistique, Alexandre Lacroix aurait pu composer un « Art du baiser pour les nuls » (le titre est vacant dans la collection concernée) ou encore s’attaquer à la rédaction d’un « Petit Recueil de leçons illustrées à l’usage des empotés », dont il aurait été le premier bénéficiaire immédiat et son épouse la seconde. Mais pas du tout. Voyons donc la suite du film, telle que la suggère notre héros à la page 10 de son ouvrage.

Scène II. Intérieur nuit. La chambre. Il est 5 heures, Paris s’éveille et Madame dort encore tandis que Monsieur se brûle la rétine sur l’écran de son ordinateur ouvert à la page « baiser » de Google. Chacun sa langue dans sa poche. Elle, rêvant peut-être à de « cinéphiliques » étreintes dans les bras de George Clooney. Lui, éludant le vif et le délicieux du sujet en remontant jusqu’aux premiers chrétiens pour nous raconter l’histoire philosophique et physiologique de ce qu’il nomme « une épiphanie de la viande ». C’est son boucher qui va être content…

« Pas sur la bouche, ça m’effarouche! »

Mais ne faisons pas la fine bouche et voyons un peu, nous aussi, de quoi il tourne et retourne. Un baiser, dit le Petit Robert, qui en sait long, c’est « l’action de poser ses lèvres sur le visage, la main ou une autre partie du corps d’une personne »… Pauvre définition pour ce fragment d’infini. Une chanson de Pierre Perret nous revient : « Y a dans mon dictionnaire usé/La définition du mot baiser/ Ceux qui ont écrit ça me font de la peine/ Braves gens, je vais vous dire la mienne. » Et d’évoquer les souvenirs brûlants qui lui viennent au palais pour revenir sans cesse à son ardente amie : « Et puis y a le baiser d’Zézette/Le plus salé le plus sucré c’est le plus chouette […] » Baisers volés, bancs publics bien sympathiques… Baisers mordants, baisers mordus… Des synonymes? Vous n’y pensez pas! La chose est trop bonne pour qu’on la sépare du mot. Les dérivés, succédanés et autres excipients valent pour le sucre sans sucre et le sel sans sel, mais pas pour la bouche à Zézette! Regardez-le s’envoler, ce mot ailé dans sa version substantivée! Et rappelez-vous le film d’Alain Resnais où le choeur des femmes amoureuses d’un Lambert Wilson affolé exigeaient de lui « Un baiser! Un baiser! » tandis que le malheureux, double de notre auteur, suppliait: « Pas sur la bouche, ça m’effarouche ! » Mais ne le conjuguez surtout pas sous prétexte qu’il se termine à la façon d’un verbe en « er ». Vous essayez quand même ? Voyez comme il s’écrase alors, vantard au mode actif (« On a baisé comme des dingues »), colère au mode passif (« On s’est sacrément fait baiser »). Romantique, nous? Oh que oui! Et sans complexe ni prétexte.

Scène III. Intérieur crépuscule. La chambre, encore la chambre. Tandis que Madame se love dans des songes ineffables, son mari, qui ne se doute de rien, ou consent, s’interroge sur la durée du baiser, « aussi insaisissable que celle du rêve » (bien vu, ça, pour un qui n’embrasse pas !). Prudemment encordé aux fils de ses expériences passées sur les lèvres des femmes, ici racontées dans le détail, il se laisse aller au vertige du savoir qui s’offre à lui. Avec Marcel Proust pour guide, ou Gustav Klimt, ou Marguerite Duras, qui dans L’Amant laissa tout entendre en quelques mots : « Dans le baiser, il pleurait. »

La suite du film ne dit pas s’il y eut des croissants au réveil de l’aimée, ni si l’aimé alla cueillir des miettes au beurre sur ses lèvres. Mais peut-être, au matin, à l’heure où l’on éteint l’ordinateur, une voix suave lui aura glissé cette phrase pascalienne: « Tu ne me chercherais point si tu ne m’avais trouvé. » Alors, d’un seul baiser, d’un seul, Alexandre Lacroix enverra balader la théorie et les théoriciens. Et le mot FIN s’inscrira dans le plus long baiser du cinéma imaginaire.

Quand un philosophe décrypte le baiser

Article de Julie Dubois paru dans le magazine Elle, le 30 septembre 2011

http://www.elle.fr/Love-Sexe/News/Quand-un-philosophe-decrypte-le-baiser-1742964

Dans « Contribution à la théorie du baiser », le philosophe et directeur de la rédaction de Philosophie Magazine, Alexandre Lacroix réfléchit au rôle initiatique du baiser dans une vie et notamment, au sein du couple. En entremêlant ses souvenirs aux enquêtes historiques, il souhaite comprendre le reproche récurrent de sa compagne : « Tu ne m’embrasses pas assez ! » et élucider le secret qui plane sur le baiser.

Le baromètre du couple

Le baiser a une visée sensuelle car il est tactile. Il est l’équivalent d’une caresse mais dépasse la simplicité de l’acte de cette dernière car il révèle l’équilibre d’un couple. En effet, il est riche de sens. Le baiser est le baromètre du couple, il en indique les hauts et les bas. Comme il peut concrétiser une relation ou être une preuve d’amour. Chaque forme du baiser est un symptôme indiquant la santé du couple. Lorsque la régularité des baisers ralentit, c’est un mauvais signe. En effet, « rien n’est plus destructeur, à la longue, que l’oubli du baiser. »Le baiser est physiquement inutile. Ce n’est pas une pratique nécessaire contrairement à l’acte sexuel qui est dirigé par une pulsion. Le baiser n’a pas d’enjeu vital. En définitive, l’humanité pourrait s’abstenir d’embrasser.

Pour la beauté du geste

En embrassant, on sollicite trois notions : la reconnaissance, la croyance en l’amour et la beauté du geste.Le baiser est de l’ordre du sacré. En effet, en remontant le temps jusqu’à l’Antiquité romaine, le « basium », baiser partagé entre les membres d’une même famille, comme l’ « osculum », baiser partagé entre membre d’un même corps social, est un signe de respect et du partage d’une même foi. Ce fait de l’Antiquité romaine perdure encore aujourd’hui. Le baiser est une forme de reconnaissance qui affirme qu’autrui est son égal.Outre le respect, avec le baiser, « on proclame qu’on croit en l’amour ». Et d’autant plus, en le revendiquant. On aime se montrer donner un baiser en public afin d’afficher aux yeux du monde son amour. Le baiser revêt également une dimension esthétique. La beauté du baiser a été maintes fois reproduite. Elle se retrouve, par exemple, dans les instants captés par les photographes tel que Robert Doisneau et son baiser de l’Hôtel de ville ou bien par les cinéastes.

Se procurer Contribution à la théorie du baiser

Posted in Les parutions | Tagué: , , , , , , , | 1 Comment »

Un avant goût de Saint Valentin

Posted by Hervé Moine sur 12 février 2011

 

Amour, couple et philosophie

Publié dans la Dépèche Rozès et sa région

 

Dans le cadre du week-end littéraire organisé par les quatre associations culturelles de Bonas, Bezolles, Rozès et Valence, « Confluences » était hébergé par le charmant village de Lagardère. Plus de 60 personnes ont assisté à une très intéressante et passionnante conférence-débat de Patrick Dupouey, professeur de philosophie. Elle a porté sur le thème : « L’amour, le couple, le mariage », s’inspirant des écrits des philosophes Alain et Sartre. La clôture de ce week-end littéraire autour du verre de l’amitié a ensuite été l’occasion de remercier tous les bénévoles qui se sont investis sans compter pour la réussite de ce premier rendez-vous et plus particulièrement Fabienne Corby, la coordinatrice de ce week-end, qui ne demande qu’à être renouvelé. Les coprésidents de « Confluences », Bernard Delor et Christelle Thiriet, peuvent être satisfaits de leur initiative.

Posted in conférence, débat, philosophe, philosophie | Tagué: , , , , , | Leave a Comment »

12 octobre 2009 – Conférence philosophique : L’amour – la mort – Notre Dame du Lac, Rueil-Malmaison (92)

Posted by Hervé Moine sur 7 septembre 2009

Dans le cadre du cycle « Ethique et Soins : Accueillir, accompagner, soigner »,

3e conférence-débat de la Maison médicale Notre- Dame du Lac :

l’amour – la mort


  • Eric Fiat, sera l’intervenant de cette conférence ; il est philosophe et maître de conférence à l’Université de Marne-la-Vallée
  • L’accès est libre et est ouvert à tous.
  • La conférence a lieu à la Maison Médicale Notre- Dame du Lac, 2 rue de Zurich,92500 Rueil-Malmaison

RENSEIGNEMENTS

Secrétariat : 01 47 14 84 40 (répondeur)

Posted in Actualité, Evénement, Lu sur la toile, philosophie | Tagué: , , , , | Leave a Comment »

Qu’est-ce qui fait qu’il est si difficile d’aimer véritablement quelqu’un ?

Posted by Hervé Moine sur 16 mars 2009

Dans le cadre de notre apprentissage à l’étude philosophique de texte philosophique, je vous propose de reprendre le beau texte d’Alain sur l’amour, et, à défaut d’une correction entièrement achevée, je vous donne des éléments assez détaillés pour justement construire cette étude de texte dans sa version définitive.

Alain, Emile Chartier

Alain, Emile Chartier

« AMOUR. Ce mot désigne à la fois une passion et un sentiment. Le départ de l’amour, et à chaque fois qu’on l’éprouve, est toujours un genre d’allégresse lié à la présence ou au souvenir d’une personne. On peut craindre cette allégresse et on la craint toujours un peu, puisqu’elle dépend d’autrui. La moindre réflexion développe cette terreur, qui vient de ce qu’une personne peut à son gré nous inonder de bonheur et nous retirer tout bonheur. D’où de folles entreprises par lesquelles nous cherchons à prendre pouvoir à notre tour sur cette personne ; et les mouvements de passion qu’elle éprouve elle-même ne manquent pas de rendre encore plus incertaine la situation de l’autre. Les échanges de signes arrivent à une sorte de folie, où il entre de la haine, un regret de cette haine, un regret de l’amour, enfin mille extravagances de pensée et d’action. Le mariage et les enfants terminent cette effervescence. De toute façon le courage d’aimer (sentiment du libre arbitre) nous tire de cet état de passion, qui est misérable, par le sentiment plus ou moins explicite d’être fidèle, c’est-à-dire de juger favorablement dans le doute, de découvrir en l’objet aimé de nouvelles perfections, et de se rendre soi-même digne de cet objet. Cet amour, qui est la vérité de l’amour, s’élève comme on voit du corps à l’âme, et même fait naître l’âme… »

ALAIN, Les Arts et les Dieux, Définitions

Travail préparatoire à l’étude de texte

Lecture du texte.

Il convient de rappeler que la lecture du texte est primordiale et ce qu’il faut entendre par lecture n’est pas un simple survol destiné à simplement repérer de quoi parle le texte pour ensuite pouvoir « broder » comme on dit. Repérer que le thème du texte est l’amour et ensuite développer sur ce thème ne peut évidemment donner lieu à l’étude philosophique de texte attendue.

Il faut lire le texte crayon en main et se mettre en mesure de répondre aux questions qui constituent ce que nous avons appelé le travail préparatoire.

Ajoutons une remarque qui n’est pas sans importance, des copies manifestent encore cette fâcheuse confusion : il ne faut pas confondre travail préparatoire à l’étude de texte et la version définitive de l’étude de texte, celle-ci étant rédigée dans les règles, le travail préparatoire étant évidemment de l’ordre de la recherche et de l’organisation alors que la version définitive de l’étude de l’ordre de l’exposition.

  • Points de méthode concernant le travail préparatoire à l’étude de texte.
  • Points de méthode concernant la version définitive de l’étude de texte

Pour notre part, et pour le texte d’Alain ici proposé, nous élaborerons notre travail de lecture et de préparation à l’étude de texte à travers les deux questions suivantes :

a)      Quel est le point de départ de l’amour ?

b)      Trouvez les oppositions « passion/sentiment en faisant un tableau.

Une première lecture nous donne à voir un texte qui nous parle de la notion d’amour. Tel est apparemment le thème du texte. En effet, Alain commence par nous donner une définition du terme (« AMOUR. Ce mot désignant à la fois une passion et un sentiment ») pour ensuite, nous dresser une sorte de généalogie de l’amour. Si le mot désigne à la fois passion et sentiment, cela ne veut pas dire que l’analyse doit nous montrer un mélange, une mixture de sentiment et de passion dans l’amour. Alain, dans ce texte, fait une distinction conceptuelle rigoureuse entre l’amour-passion et l’amour-sentiment, tout en décrivant une évolution possible de l’un vers l’autre. Autrement dit, Alain n’en reste pas à une analyse de vocabulaire mais s’intéresse à la réalité même de l’amour dans la vie, en montrant comment en matière d’amour les « choses » s’engendrent.

Pour en rendre compte, nous devons, pour notre part, commencer par étudier le point de départ à partir duquel l’amour se déclenche et évolue.

Quel est le point de départ de l’amour ?

« Le départ de l’amour » c’est l’amour à sa naissance. Et, l’amour à sa naissance est amour indifférencié qui ni passion, ni sentiment. Si nous nous en tenons à la définition du mot donné par Alain lui-même, peut-être n’est-ce pas encore l’amour, mais ce à partir de quoi l’amour naît. C’est la rencontre. Une rencontre particulière. Elle a la particularité de provoquer de la « l’allégresse ». L’allégresse, le mot employé par Alain est fort, et il nous faudra d’ailleurs l’analyser, il s’agit d’un « genre d’allégresse » mais allons jusqu’au bout de l’idée de notre auteur, à cette allégresse peut s’ajouter une légère crainte. L’amour qui débute par une rencontre est toujours un genre d’allégresse que l’on peut craindre et que l’on craint toujours un peu. Rencontre = genre d’allégresse + légère crainte : idée qui peut nous sembler étrange qui ne peut manquer de nous étonner et qu’il convient d’étudier au plus près.

Tout d’abord, que signifie allégresse ? L’allégresse est une joie, une grande joie. Il s’agit d’une joie très vive. Elle se manifeste extérieurement. Il s’agit donc de quelque chose qui nous augmente. Et quelle en est la raison ? Parce qu’il s’agit d’une joie liée à l’existence d’autrui, à la rencontre avec l’autre. Rien à voir avec l’obtention d’un objet matériel qui peut susciter un contentement ! Grâce à la rencontre, je ne suis plus seul, c’est donc grâce à l’autre que je ressens cette joie. Cette joie est en sorte une grâce, un cadeau quasi-divin qui me vient d’autrui.

Mais alors pourquoi Alain parle-t-il de cette crainte qui accompagne toujours un peu l’allégresse ? Si je ressens cette joie vive et intense grâce à l’autre, je suis certes heureux, mais ce bonheur, justement en tant qu’il vient de l’autre, il est imparfait. Cette joie est quelque peu entachée. Elle n’est pas pleine, complète. Elle est certes un bien, mais ce bien je le trouve hors de moi ; autrement dit, je sais qu’un rien peut me l’enlever. Je peux craindre que cette allégresse s’échappe car, en fait, je suis à la merci de l’autre.

Il convient de remarquer que la crainte, pour Alain, est neutre, elle n’est ni bonne ni mauvaise : elle est, c’est un fait. Inutile et vain alors de dire qu’il ne faut pas avoir peur. La crainte est une émotion, un « pathos » au sens aristotélicien. Cela dit, si la crainte est un fait, toute idée qui va graviter autour de celle-ci va la faire évoluer vers quelque chose qui risque de ne plus être neutre.

En effet, pour Alain, l’amour implique un risque de crainte. Et, ajoute-t-il, lorsque cette crainte devient terreur par le fait de la réflexion, naît la passion. A force de réfléchir, de « gamberger » comme on dit familièrement, de faire retour sur l’imperfection de cette joie, de la dépendance de cette joie à l’autre, la crainte de la voir s’échapper… cette émotion de crainte tout à fait « naturel » et neutre se transforme en terreur.

La terreur est une peur d’une extrême intensité qui bouleverse, voire paralyse. L’esprit se terrorise lui-même en réfléchissant en ressassant cette crainte. Cette terreur peut donc se comprendre comme la peur de la peur, et, en cela, elle est une évolution non naturelle de l’amour. Il s’agit d’une peur panique face au danger de perdre le bonheur. C’est à partir de cette terreur que naît, selon notre auteur, l’amour-passion. Et quelle est donc l’évolution naturelle de l’amour ? Le véritable amour c’est le sentiment : l’amour-sentiment.

Alain, dans ce texte oppose la passion qui est la « mauvaise » réaction face à la rencontre avec l’autre alors que le sentiment est la « bonne » réaction.

La distinction passion / sentiment

Proposons-nous de lire le texte en relevant les oppositions, puisque c’est sur celle-ci que se construit la suite de l’argumentation d’Alain.

PASSION

SENTIMENT

Est une « mauvaise » réaction au danger, celui de perdre le bonheur reçu par la rencontre avec l’autre ; il s’agit de la peur d’aimer : « terreur » ; « d’où de folles entreprises » Est la bonne réaction, et si comme on dit la peur n’évite pas le danger, l’amour sentiment est, contrairement à la passion amoureuse est « courage d’aimer ».
Le but de ces « folles entreprises » est de chercher à « prendre pouvoir » sur l’autre ; l’amour-passion est amour-possession ou amour qui fait de la prise de pouvoir sur l’autre son objectif, son délire. Ce courage d’aimer s’exprime par l’acte du don, du don de soi : donner et se donner, « se rendre soi-même digne de cet objet » (de l’autre aimé)
L’amour-passion est un état : je suis amoureux. « état de passion qui est misérable » L’amour-sentiment est un acte : j’aime.
Quelle est la cause de la passion ? La réflexion = calcul, défiance… Je me méfie de l’autre. La réflexion transforme la crainte en terreur. Jalousie. L’amour-sentiment fait serment inconditionnel : j’aime l’autre sans poser de condition. La confiance à son égard est totale. J’accorde toute ma confiance à l’autre.
Comment se manifeste la passion ? J’interprète tout chez l’autre. Il s’agit d’un délire d’interprétation : « échanges de signes ». Ici, on tombe dans une sorte d’engrenage. Absence de liberté, sorte d’esclavage. Aucune interprétation dans l’amour sentiment. Je juge favorablement dans le doute (même dans le doute !) ; je découvre en l’objet aimé de nouvelles perfections.
La passion amoureuse se cantonne au niveau du corps ; le corps, ici, étant l’équivalent de la machine, la liberté est devenue impossible. L’amour sentiment est « sentiment du libre-arbitre « ; la volonté est non-contrainte. Ce sentiment de libre-arbitre fait naître l’âme.
Le pôle de la passion c’est MOI

Je veux être aimé ; je veux séduire « folles entreprises » => prise de pouvoir sur cette personne ; elle est prise comme moyen…

Amour qui tue l’amour.

Le pôle du sentiment c’est l’AUTRE

C’est l’autre que j’aime : « cet amour qui est la vérité de l’amour ».

Ici amour véritable.

Cette lecture du texte, nous permet de voir que pour Alain, la passion est un désordre égoïste alors que le sentiment est amour noble, et qu’il est plus facile de tomber dans le piège de la passion amoureuse par peur d’aimer que d’avoir le courage d’aimer véritablement.

Nous pouvons ainsi formuler le problème que soulève cet extrait de la manière suivante : qu’est-ce qui fait qu’il est si difficile d’aimer véritablement quelqu’un ?

Sans doute pour compléter ce travail préparatoire il conviendrait de reprendre chacune des notions importantes et de les analyser, cependant, nous ferons ici, l’économie de ce travail pour passer directement à l’élaboration de la version définitive de l’étude philosophique de ce texte et éviter trop de redites. Pour terminer, ce travail préparatoire nous devrions travailler notre jugement à l’égard des idées de l’auteur, à sa position face au problème. Pour la même raison, nous l’évoquerons dans la version définitive de notre étude. Nous pouvons tout de même affirmer que nous pouvons comprendre le texte comme critique de la passion amoureuse, or, n’est-ce pas elle qui fait rêver ou qui donne les plus belles histoires d’amour ?

Exemple d’introduction possible.

Qu’est-ce qui fait qu’il est difficile d’aimer véritablement quelqu’un ? C’est le problème traité par Alain dans ce texte. Selon lui, aimer véritablement quelqu’un, c’est avoir le « courage » de donner, or on préfère, d’ordinaire, avant tout, recevoir. Ce qui fait alors la difficulté d’aimer c’est une réaction purement passionnelle qui n’est autre que l’égoïsme, l’égocentrisme, alors que c’est, selon les termes de l’auteur, « le courage d’aimer qui nous tire de l’état de passion, qui est misérable». En définissant l’amour comme un mot désignant « à la fois une passion et un sentiment », Alain nous explique que la « passion » étant anti-amour (je veux être aimé) s’oppose au « sentiment », le véritable amour (c’est l’autre que j’aime). Pourtant, les plus belles histoires d’amour ne sont-elles pas les histoires de passions amoureuses ?

Proposition d’une base de travail pour la rédaction de l’analyse du texte.

Définir « aimer »

Partons de la définition d’aimer. Comment définir ce verbe ? On peut le définir d’une part par la bienveillance, aimer c’est vouloir le bien de l’autre, et, d’autre part, c’est trouver un bien en l’autre, c’est-à-dire hors de soi.

Une contradiction.

Cela dit, définir ainsi aimer ne va pas sans poser problème. N’y a-t-il pas là, en effet, une contradiction ? Comment puis-je vouloir le bien de ce dont je dépends ? Alain, dans ce texte, nous donne à voir, tour à tour, les deux positions possibles par rapport à cette contradiction : la passion et le sentiment :

La passion résout la contradiction.

Tout d’abord, la passion résout la contradiction en ne voulant plus le bien de l’autre, mais seulement le sien propre. On pourrait dire qu’il s’agit du refus de la pauvreté et faire référence au thème platonicien d’Eros. Dans le cas de la passion, comme dirait Sartre « aimer, c’est vouloir être aimer », on le voit la bienveillance disparaît : c’est l’amour possessif.

Le sentiment accepte la contradiction.

Ensuite, le sentiment quant à lui, qui semble tenir du miracle étant, au contraire, la pauvreté acceptée, ne résout pas la contradiction. En fait, il n’y a pas de contradiction pour cet amour, qui est le véritable amour : le bien suprême étant celui de l’être aimé. Cet amour est altruiste contrairement à l’amour-passion, égoïste, égocentrique.

  • La joie que procure la rencontre
  • La crainte qui accompagne cette joie

La naissance de la passion.

La légère crainte évoquée précédemment devient terreur par le fait de la réflexion. La terreur étant la peur de la peur. Il s’agit là d’une évolution non naturelle de l’amour. Qui dit réflexion dit hésitation, résolution, retour sur soi. C’est la réflexion qui fait naître la passion, et, ce qui en ressort c’est l’égoïsme, l’égocentrisme. En effet, on ne s’intéresse pas vraiment à l’autre, on recherche bien davantage son bonheur, on est plutôt préoccuper de conserver coûte que coûte cette joie que procure la rencontre avec l’autre.

Caractère de la passion.

Le caractère essentiel de la passion souligné par Alain dans ce texte est la folie. La folie est la perte du sens de la réalité. Cette folie s’exprime, selon l’auteur, sous forme d’un double délire : le délire de la possession et le délire de l’interprétation. Et, par là on comprend bien que cette folie caractéristique de la passion amoureuse est en fait anti-amour.

Le délire de la possession.

Ici, l’amour s’énonce en terme de pouvoir, donc, forcément en termes de conflit, de guerre : je découvre que l’autre a un pouvoir, pouvoir de me laisser ou de me reprendre ma joie. Je comprends que ma joie ne m’appartient pas. Donc, pour faire cesser cette peur de voir se volatiliser cette joie, il faut que je prenne moi-même le pouvoir si l’autre, il faut que je parte à la conquête de ce territoire ! Mais comment ? Par la séduction !

(une question, implicite pour l’instant mais qui pourra faire l’objet d’une réflexion ultérieurement lors de l’évaluation critique de l’étude de texte : si la séduction arrive à ses fins, pourrai-je alors être certain que j’aime vraiment ? N’aimerai-je pas plutôt une image ? Un objet ? Avec Sartre, on peut penser que par la séduction, l’autre devient un objet.)

Le délire de l’interprétation.

Dans la relation amoureuse, il y a naturellement des échanges de signes, comme les gestes et les paroles. Mais, dans les conditions que l’on vient de décrire, on comprend immédiatement que ces signes deviennent signes à interpréter. Vouloir tout interpréter revient à avoir peur d’aimer, pour notre philosophe. Selon lui, la passion correspond à la peur d’aimer. En effet, on veut être sûr et certain de l’autre. Autrement dit, le passionné veut bien se donner à condition que l’autre se donne. On est en quelque sorte dans cette politique du « toi d’abord ! ». La passion dans ces conditions est bel et bien anti-amour : le passionné prête alors que le véritable amour est, en principe, un véritable don.

Dans le délire d’interprétation, on observe l’autre, il ne peut en ressortir qu’une ambivalence d’amour et de haine. Tout devient signe : tout comportement devient raison et non cause.

Ne suis-je pas capable d’interpréter le comportement de l’autre (une mauvaise humeur par exemple) comme m’étant directement adressé et en déduisant qu’aujourd’hui il ne m’aime pas. Une remarque en passant à ce propos, Raymond Ruyer, dans son art d’être toujours content, disait qu’il faut cesser d’interpréter la mauvaise humeur de l’autre et de la considérer comme mauvaise volonté.

Toujours est-il, dans cet état de passion, l’amour n’est que solitude à deux. En fait, on ne connaît pas l’autre. On n’a jamais cherché à le connaître. Le pôle de la passion étant soi.

« Le mariage et les enfants terminent cette effervescence (…) »

Notons le verbe « terminer » qui, indique dans le contexte la fin du rêve. Rêve, ici est à prendre par opposition à réalité. Dans certaines histoires d’amour, on termine ainsi « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfant », pour signifier qu’il n’y a plus rien à raconter. Dans la passion amoureuse, nous pouvons bien nous l’imaginer, à partir de ce double délire décrit précédemment, qu’il se passe toujours quelque chose. Quand se termine la passion amoureuse, il n’y a plus rien à dire : « fin de l’histoire ». D’un point de vue littéraire et romanesque c’est quand Tristan et Iseult ne sont plus intéressants.

Cela dit, il ne faut sans doute pas accorder trop d’importance à cette phrase, en affirmant que le philosophe Alain fait une apologie moralisatrice ou moralisante du mariage. Disons que l’auteur veut nous montrer que c’est par un retour à la réalité, loin de cette folie que l’on aime véritablement. Avec le mariage et les enfants on est obligé par la force des choses de faire face à la réalité. Il y a une exigence de responsabilité qui s’impose. Par exemple, l’enfant oblige à être plus attentif au conjoint. On renonce à dire moi.

Le courage d’aimer.

  • Renoncer à prendre => fin du délire de possession
  • Faire confiance => fin du délire de l’interprétation
  • Renoncer à dire moi => fin de l’incommunicabilité

Ces trois points supposent du courage. Il s’agit en effet là, à la fois, d’un acte de liberté et de prise de conscience de cette liberté. L’amour n’est pas un état mais un acte, car il s’agit d’une relation vraie, une ouverture à l’autre, aux projets ensemble et à la vie.

Explication du serment.

La notion de serment n’est peut-être pas facile à cerner. Un angle possible pour la comprendre et de l’opposer à un autre acte qui semble être du même genre : la prophétie. Alors que la prophétie se conjugue sur le mode de la prédiction : « je serai », le serment lui est plutôt sur le mode de l’engagement : « je ferai ». Il s’agit d’une promesse forte, d’une parole qui engage, d’une parole qui est déjà un acte (cf. Austin). Par le serment on jure de faire et non pas d’être, en cela, le serment implique une parole efficace.

On comprend dès lors, dans ces conditions, que l’amour n’est pas chose faite mais chose à faire. (Nous sommes ici dans une perspective anti-Gidienne si l’on peut dire. Nourriture terrestre : je m’enchaîne par le serment.) Le serment pour Alain, loin de m’enchaîner, est un acte de liberté qui me rend libre car je fais en sorte que je sois l’auteur de ma vie, en refusant par exemple de « vivre comme une girouette ». Par le serment, ma parole sera plus forte que les évènements.

Mais quelle est la teneur de ce serment ?

Un serment de fidélité.

Ce serment est un serment de fidélité. Et, qu’est-ce qu’être fidèle ? Alain répond : c’est « juger favorablement dans le doute », même dans le doute. On est bien loin ici des échanges de signe, des folles entreprises, des extravagances de toute sorte et du délire de l’interprétation qui caractérisent la folie passionnelle d’une manière générale, la jalousie, plus particulièrement. Etre fidèle, c’est bien sûr ne pas tromper, ne pas trahir l’autre, mais c’est aussi faire confiance à l’autre de manière inconditionnelle. Faire ainsi confiance à l’autre, c’est peut-être prendre un risque, mais nous dit Alain, c’est un risque qui grandit.

Découvrir en l’autre aimé de nouvelles perfections

Faire confiance à l’autre c’est découvrir en l’autre aimé de nouvelles perfections. La fidélité est un enrichissement en ce que cela change tout le temps en profondeur. Chez Don Juan, ce qui change n’est que la surface, le superficiel, d’où sa pauvreté en définitive. Don Juan qui a cherche sans cesse à enrichir son tableau de chasse se retrouve bien pauvre et dans une grande misère affective.

« Découvrir » c’est susciter en l’autre ce qu’il y a de meilleur, pour qu’il tire ce meilleur qu’il a en lui ; c’est croire en l’embellissement de l’autre, c’est croire qu’il n’est pas tel pour l’éternité mais qu’il peut s’améliorer.

La contradiction est résolue.

Ici, se trouve la réconciliation entre l’amour bienveillance et trouver son bien.

Le véritable amour fait naître l’âme. Il conviendrait d’expliciter cette idée…

Etude à poursuivre… Ensemble si vous le voulez bien !

Posted in Etude de texte, LPO Pointe-Noire, Philo net, Sujet texte, Term. ES, Term. L, Term. S, Term. STI | Tagué: , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Un sujet de saint Valentin : l’amour peut-il être un devoir?

Posted by Hervé Moine sur 14 février 2009

La Goulue et Valentin lithographie de Toulouse Lautrec

La Goulue et Valentin lithographie de Toulouse Lautrec

Outre le texte d’Alain extrait des Arts et des Dieux, qui fait l’objet d’une étude déjà commencée, ayant pour thème l’amour, voici pour poursuivre notre travail d’apprentissage à la dissertation philosophique, un autre sujet sur ce thème tant célébré le 14 février. Libre à vous de faire votre déclaration d’amour à l’être aimé. En ce qui nous concerne, tentons de travailler ce sujet. Ce serait bien d’arriver au moins à une ébauche de dissertation philosophique.

Réflexe face à un sujet ? Son analyse. Dans quel but ? Pour lui donner du sens !

Partons de cette idée qu’un sujet de dissertation n’a pas de sens et qu’il convient de lui en donner un. Cela passe par une analyse du sujet lui-même afin d’être en mesure de formuler une question qui pose un problème philosophique. Ce problème, il s’agira ensuite de le creuser et de construire la problématique, interrogation qui jalonnera la réflexion, le dialogue entre différentes thèses. Ceci vaut pour tous les sujets de dissertation. Et c’est cette méthode qu’il convient d’acquérir par l’expérience et l’entrainement. Gageons que cette classe virtuelle de philosophie puisse autant qu’il est possible vous donner l’occasion de vous exercer à cet art difficile, mais ô combien enrichissant, de la dissertation philosophique.

L’amour peut-il être un devoir?

Je vous propose quelques pistes afin d’effectuer le travail préparatoire à l’étude de texte.

A. Tout d’abord un première remarque :

Le sujet met en rapport deux notions : amour et devoir. Sans doute voit-on dès le départ que ces deux notions ne sont pas du même registre et du coup ne semble pas faire bon ménage ensemble. On ne manquera pas d’être surpris par la formulation même du sujet. Faire son devoir c’est suivre une règle imposée, or il semble que l’amour n’est pas chose qui se décrète qui peut être imposer. Pourtant, nul ne méconnaît cette injonction « aime ton prochain! » Cette double remarque peut dors et déjà nous mettre sur la voie du problème que soulève le sujet.

B. Qu’est-ce que l’amour ? Qu’est-ce que le devoir? Il ne faudra pas omettre le « peut-il être »

1. Tout d’abord à quoi la notion d’amour peut-elle bien renvoyer? L’équivocité du terme peut renvoyer à des réalités différentes : amour maternel, amour filial, désir charnel, la charité au sens chrétien, l’amour du prochain, l’amour de la patrie, l’amour de la sagesse…

On peut remarquer le sujet évoque dans sa formulation, par l’article défini, l’amour dans un sens général. La question est alors de savoir à quoi peut bien renvoyer ces réalités différentes de manière générale?

Il est important à la fois de conceptualiser la notion d’amour afin d’en saisir un sens général permettant de penser les diverses réalités. Cependant il ne conviendra pas pour autant de les oublier dans le traitement même du sujet.

2. Un devoir est ce qui doit être. Un devoir est dans sa particularité même ce qui correspond au devoir comme forme ou idée. Qu’est-ce que le devoir? Le devoir est à distinguer du simple conseil. Il y a dans cette notion quelque chose de catégorique, d’impératif. Sur quoi se fonde sur le devoir? Le sentiment?

Une fois que la notion de devoir sera bien circonscrite, il s’agira de penser un devoir.

3. peut-il a deux sens. Lesquels ?

C. Une fois que ce travail de définition sera effectué, il s’agira d’interroger le sujet dans sa globalité, afin de ne pas en rester à une vision parcellaire, découpée. La question à laquelle on doit être en mesure de répondre c’est celle des présupposés du sujet. Si on interroge le sujet, quels sont les présupposés ?

On a déjà précédemment pressenti un présupposé lorsque nous avons remarqué une incompatibilité entre amour et devoir. Que signifie cette incompatibilité ?

D. Quel est le problème que soulève le sujet ? Travail délicat mais très important pour éviter tout hors-sujet. Mais avant d’en arriver là nous avons déjà de quoi travailler.

Ce serait bien de se mettre à plusieurs à cette tâche.

Hervé Moine

Posted in Dissertation, Entr'aide, LPO Pointe-Noire, Philo bac, Sujet de dissertation, Term. ES, Term. L, Term. S, Term. STI | Tagué: , , , , , , | 6 Comments »

Etude de texte : Alain, à propos de l’amour

Posted by Hervé Moine sur 1 février 2009

Devoir Maison : Etude de texte

Term. L : Pour lundi 16 février 2009

Term. ES : Pour jeudi 19 février 2009

Alain, Emile Chartier

Alain, Emile Chartier

« AMOUR Ce mot désigne à la fois une passion et un sentiment. Le départ de l’amour, et, à chaque fois qu’on l’éprouve, est toujours un genre d’allégresse lié à la présence ou au souvenir d’une personne. On peut craindre cette allégresse et on la craint toujours un peu, puisqu’elle dépend d’autrui. La moindre réflexion développe une terreur, qui vient de ce qu’une personne peut à son gré nous inonder de bonheur ou nous retirer tout bonheur. D’où de folles entreprises par lesquelles nous cherchons à prendre pouvoir à notre tour sur cette personne ; et les mouvements de passion qu’elle éprouve elle-même ne manquent pas de rendre encore plus incertaine la situation de l’autre. Les échanges de signes arrivent à une sorte de folie, où il entre de la haine, un regret de cette haine, un regret de l’amour, enfin mille extravagances de pensée et d’action. Le mariage et les enfants terminent  cette effervescence. De toute façon le courage d’aimer (sentiment du libre arbitre) nous tire de cet état de passion, qui est misérable, par le serment plus ou moins explicite d’être fidèle, c’est-à-dire de juger favorablement dans le doute, de découvrir en l’objet aimé de nouvelles perfections, et de se rendre soi-même digne de cet objet. Cet amour, qui est la vérité de l’amour, s’élève comme on voit du corps à l’âme, et même fait naître l’âme. »

Alain, Les arts et les dieux, Définitions.

On pourra si, vous le souhaitez, utiliser la fonction commentaire pour travailler le texte ensemble. Ce qui suppose de ne pas s’y prendre au dernier moment.

Posted in Entr'aide, LPO Pointe-Noire, Philo bac, Term. L | Tagué: , , , , , , | 22 Comments »