Actuphilo

Actualité philosophique et réflexion philosophique sur l'actualité

Posts Tagged ‘autrui’

Revenir au face-à-face, délaisser quelque peu les écrans, les relations « virtuelles » de type Facebook

Posted by Hervé Moine sur 9 novembre 2011

Paul-Marcel Lemaire

Communiquer

Pour quoi faire ?

Cerf

Présentation de l’ouvrage de Paul-Marcel Lemaire : Communiquer : Pour quoi faire ?

« La communication a été dépouillée de ses traits propres, pour mieux envahir la culture collective ».

Cette observation, apparemment banale, provient d’une longue expérience de l’auteur, vécue au Canada surtout, puis en France, où il a enseigné les sciences sociales, fréquenté les milieux sociaux, religieux, politiques, celui des médias traditionnels, et approché celui des nouvelles technologies. Cette observation est ici décortiquée scrupuleusement, avec les instruments des sciences humaines, ceux de la psychologie, de la sociologie et de la philosophie, principalement. L’enquête se développe librement, sur des terrains aussi variés que la filmographie de Bergman, la communication interculturelle ou des textes de Paul Ricoeur… Trois appréhensions complémentaires président à cette recherche : les pratiques rhétoriques de la parole ont supplanté celles du dialogue ; l’information et la transmission ont prévalu depuis longtemps sur la communication proprement dite ; les technologies récentes ont favorisé les télécommunications, c’est-à-dire les rencontres à distance, au détriment du « corps-à-corps » que constitue la communication interpersonnelle, premier facteur constitutif du lien social et de la personnalité elle-même. Les divers abus de la « communication » contemporaine, notamment en politique et dans les technologies de réseaux, nous invitent à revenir au face-à-face, à délaisser un peu les écrans, les relations « virtuelles » créées par Facebook (ou n’importe quel autre réseau social), pour le réinventer. Il s’agit en quelque sorte de repartir de zéro, de s’initier de nouveau à l’élémentaire commerce humain, qui ne va plus de soi aujourd’hui, même s’il a toujours été exigeant.

Né en 1928, Paul-Marcel Lemaire est spécialiste de la philosophie du langage. Il  a été professeur au Département de Communication de l’Université d’Ottawa.

Pour se procurer l’ouvrage de Paul-Marcel Lemaire : Communiquer : Pour quoi faire ?

L'actualité du livre et du DVD

Il y a communiquer et communiquer…

A la fin des années 1960, le philosophe Marshall McLuhan théorisait ce qu’il appelait «le village planétaire» (Global Village). Il s’agissait alors de rendre compte des effets du développement de la mondialisation et des progrès des médias et des technologies de l’information et de la communication sur la vie des hommes. Ceux-ci vivraient dans un monde unifié. Il n’y aurait plus qu’une culture. Le monde ne serait qu’un seul et unique village, une seule et même communauté, «où l’on vivrait dans un même temps, au même rythme et donc dans un même espace».

Cette façon de considérer le monde parait optimiste à bien des égards. D’aucuns n’hésitent pas à brocarder son excessive naïveté, son caractère bel et bien utopique. C’est notamment le cas de Paul-Marcel Lemaire, qui dans son récent ouvrage Communiquer. Pour quoi faire ? défend l’idée que «la communication a été dépouillée de ses traits propres, pour mieux envahir la culture collective». Car si la communication, dans son acceptation la plus large et la plus sibylline, est l’un des domaines les plus labourés et retournés en tous sens, un certain nombre de questions essentielles sont rarement traitées.

C’est cette sorte d’érème, ce territoire délaissé à la fois par les études savantes et par les manuels de confection rapide que Paul-Marcel Lemaire aborde dans cet essai. Les grandes interrogations auxquelles l’enseignant s’efforce de répondre relèvent tant des sciences humaines que de la philosophie. En effet, l’auteur combine diverses perspectives, si bien que son approche est multidisciplinaire. Toutefois, prévient l’essayiste au cours de son propos introductif, il répugne à employer franchement cette épithète tant elle a été galvaudée. «Plus modestement, écrit-il, nous nous rattachons à l’écriture d’essai, à l’école des grands maîtres de ce genre littéraire, comme Montaigne, Pascal et d’autres, avec tous les risques de l’engagement personnel que comporte cette décision».

Suivant cette méthode, Paul-Marcel Lemaire consacre son ouvrage à la préoccupation constante de desserrer les liens des langages spécialisés. Il s’agit au surplus de retourner à l’usage du langage courant et ordinaire pour l’amener à exprimer des questions capitales. En cela, l’auteur entend se situer dans la continuité de Ludwig Wittgenstein. Au fil des pages, sont abordés de nombreux thèmes comme les ailleurs de la communication, l’indépassable principe d’incertitude, les enseignements à tirer de la féconde réflexion de Paul Ricœur, les liens entre relation(s) et communication ainsi que la place finalement très résiduelle de la communication dans le monde actuel.

Si le constat parait sombre, Paul-Marcel Lemaire esquisse quelques pistes éthiques afin de retrouver la communication, laquelle se fonde entre autre sur une sage modération, sur la reconnaissance de l’altérité et de «la transcendance de l’autre». P.-M. Lemaire recommande en sus de «privilégier la parole chercheuse de sens». L’auteur affirme d’autre part qu’il n’est pas de communication «sans sensibilité spirituelle» ni «courage de l’espérance». Il s’agit finalement de résoudre les tensions inhérentes à l’insociable sociabilité des hommes. Pour ce faire, indique l’auteur, il importe de se replonger dans la Bible et plus spécialement dans les textes du Livre de la Genèse…

Jean-Paul Fourmont ( Mis en ligne le 08/11/2011 )

Droits de reproduction et de diffusion réservés © Parutions 2011

www.parutions.com

Pour se procurer l’ouvrage de Paul-Marcel Lemaire : Communiquer : Pour quoi faire ?

Publicités

Posted in Les parutions, philosophie | Tagué: , , , , , | Leave a Comment »

La morale une histoire entre adultes consentants ou la quête de la réalisation de soi comme citoyen du monde

Posted by Hervé Moine sur 21 septembre 2011

Ruwen Ogien

L’influence de l’odeur des croissants chauds

sur la bonté humaine

et autres questions de philosophie morale expérimentale

Grasset

« La plupart des philosophes prétendent que, si l’on s’intéresse à la pensée morale, il faut commencer par lire et relire les grands textes de l’histoire des idées pour avoir des « bases solides ». Il n’est pourtant pas évident que le meilleur moyen d’inviter le lecteur à la réflexion éthique soit de lui donner le sentiment qu’il peut se reposer tranquillement sur les doctrines élaborées par les « géants de la pensée ».

Partant de ce principe, Rowen Ogien propose, dans un livre qui se présente comme une sorte d’antimanuel de philosophie, une série de problèmes concrets, de dilemmes, de paradoxes, afin de mettre à l’épreuve les jugements du lecteur. Nous y trouvons des expériences de pensée dont les conclusions nous font douter de la robustesse ou de l’universalité de nos intuitions morales.
Ces matériaux forment le corpus d’une philosophie morale expérimentale qui nous aide à comprendre que rien dans les concepts et les méthodes de la philosophie morale n’est à l’abri de la contestation et de la révision. Pourquoi en effet faudrait-il « fonder la morale » sur un principe unique et inaltérable ? Qui a besoin d’une telle « sécurité » ? Telle est la question que ce livre alerte, drôle et profond, nous invite à poser. »

Marc Escola pour fabula.org http://www.fabula.org/

Présentation de l’ouvrage de Ruwen Ogien par l’éditeur

Vous trouverez dans ce livre des histoires de criminels invisibles, de canots de sauvetage  qui risquent de couler si on ne sacrifie pas un passager, des machines à donner du plaisir que personne n’a envie d’utiliser, de tramways fous qu’il faut arrêter par n’importe quel moyen, y compris en jetant un gros homme sur la voie.

Vous y lirez des récits d’expériences montrant qu’il faut peu de choses pour se comporter comme un monstre, et d’autres expériences prouvant qu’il faut encore moins de choses pour se comporter quasiment comme un saint : une pièce de monnaie qu’on trouve dans la rue par hasard, une bonne odeur de croissants chauds qu’on respire en passant.
Vous y serez confrontés à des casse-tête moraux. Est-il cohérent de dire : « ma vie est digne d’être vécue, mais j’aurais préféré de ne pas naître » ? Est-il acceptable de laisser mourir une personne pour transplanter ses organes sur cinq malades qui en ont un besoin vital ? Vaut-il mieux vivre la vie brève et médiocre d’un poulet d’élevage industriel ou ne pas vivre du tout ?
Cependant, le but de ce livre n’est pas de montrer qu’il est difficile de savoir ce qui est bien ou mal, juste ou injuste. Il est de proposer une sorte de boîte à outils intellectuels pour affronter le débat moral sans se laisser intimider par les grands mots (« Dignité », « vertu », « Devoir », etc.), et les grandes déclarations de principe (« Il ne faut jamais traiter une personne comme un simple moyen », etc.).
C’est une invitation à faire de la philosophie morale autrement, à penser l’éthique librement.

« L’Influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine et autres questions de philosophie morale expérimentale« , de Ruwen Ogien : loufoque éthique

Article de Roger-Pol Droit, paru dans le Monde du 15 septembre 2011

http://www.lemonde.fr/livres/

Un matin, au réveil, curieuse surprise. Non seulement il y a un inconnu dans votre lit – ce sont des choses qui arrivent -, mais il est branché dans votre dos par un réseau de tubes qui, entre vous et lui, font circuler du sang et d’autres liquides – ce qui est quand même plus rare. L’homme est un grand violoniste, un génie absolu. Il est atteint d’une maladie des reins, et vous étiez le seul organisme compatible. Ses admirateurs vous ont donc kidnappé, endormi, opéré. Vous en avez pour neuf mois. Si vous le débranchez, le violoniste mourra. Mais, après tout, vous n’avez vraiment rien demandé. En un sens, c’est même un cas de légitime défense. Si vous exigiez qu’on le débranche, seriez-vous moralement monstrueux ? Quelle que soit votre réponse, sachez qu’elle sera transposable à la question de l’avortement…

Ne vous croyez pas trop vite sorti d’affaire. En effet, si vous résolvez ce dilemme, dix-huit autres vous attendent. Celui du tramway fou, qui va écraser cinq traminots, sauf si vous déviez la machine sur une voie où ne travaille qu’un seul homme. Celui du type qui pique le parapluie d’un inconnu à la sortie du restaurant, juste parce qu’il n’a pas envie de se mouiller. Celui des adolescents, frère et soeur, qui font l’amour un soir d’été en étant sûrs de n’avoir pas d’enfant et que personne n’en saura rien. Chaque fois, les questions sont : que faire ? Au nom de quoi approuver ou condamner ? Quel genre de règles, de raisonnements et d’évidences mettez-vous en oeuvre pour vous prononcer ?

C’est échevelé, mais seulement en apparence. Ruwen Ogien, spécialiste de philosophie morale, chercheur au CNRS, auteur d’une douzaine d’essais incisifs, est un délirant méthodique. Les machineries mentales qu’il construit sont des expériences de pensée, des praticables destinés à vous faire réfléchir. Dire qu’on ne trouve jamais de violoniste branché dans son dos le matin serait donc la meilleure façon de montrer qu’on n’a rien compris. Car ce qui est réel, dans ces loufoques histoires, ce ne sont évidemment pas les circonstances, mais les problèmes qu’elles posent. Ce sont des casse-tête, mais à solutions multiples, avec presse-évidences intégré.

But du jeu : montrer que tout, en morale, peut et doit être questionné. Que les intuitions dont on se réclame ne sont jamais si claires qu’on croit ni si assurées qu’on dit. Que les doctrines se contredisent toujours, les principes parfois. Et que l’entraide et la bénévolence tiennent à peu de chose : dans un centre commercial, montre une étude savante, les gens exposés aux effluves du four du boulanger rendent significativement plus de menus services que les autres. On pourrait en tirer cette conclusion économique : ne donnez pas de croissants aux gens bons, l’odeur suffit à les moraliser. On attend l’aérosol.

Roger-Pol Droit

Se procurer l’ouvrage de Ruwen Ogien : L’influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine

La morale introuvable de Ruwen Ogien

Article de Philippe Chevallier, paru dans l’Express le 20 septembre 2011

http://www.lexpress.fr/culture/livre/l-influence-de-l-odeur-des-croissants-chauds-sur-la-bonte-humaine_1031744.html

Le philosophe français Ruwen Ogien confronte les théories aux expériences sur la morale. L’américaine Martha Nussbaum, elle, recherche ce que peut bien être la « vie bonne ».

Ruwen Ogien, spécialiste de philosophie morale et de philosophie des sciences sociales

Il doit y avoir de bonnes raisons de faire ceci plutôt que cela. Même s’ils se chamaillent depuis des siècles, les philosophes qui croient à l’existence d’un bien absolu et ceux qui préfèrent évaluer au cas par cas les gains et les pertes en termes de bonheur collectif sont d’accord sur un point : les problèmes moraux ont leur solution. Les premiers sont majoritairement issus d’une tradition européenne, avec Kant en figure tutélaire ; les seconds, plus pragmatiques, parlent l’anglais de John Stuart Mill. A ces deux approches traditionnelles Ruwen Ogien, chercheur au CNRS, oppose une philosophie expérimentale.

Pas de grands principes, juste des petits faits têtus permettant de répondre le plus concrètement possible. Existe-t-il des intuitions morales universelles ? La culture ou l’éducation influent-elles sur nos jugements ? Sa conviction : la philosophie morale, obnubilée par ce que l’on doit faire, a oublié de regarder ce que les gens faisaient. Kant marchait confiant dans les rues de Königsberg, la loi morale dans son coeur et le ciel étoilé au-dessus de sa tête ; Ogien avance à tâtons, ses contemporains devant les yeux.

« Frankenstein ministre de la Santé »

Démonstration par l’exemple, avec 19 casse-tête moraux ayant fait l’objet d’études statistiques, simples enquêtes d’opinion ou véritables reality-shows scientifiques. Ogien revient sur l’expérience de Milgram, débutée en 1960, au cours de laquelle de bons pères de famille américains acceptèrent d’administrer des décharges de 450 volts à leur concitoyen – en fait un excellent acteur, capable d’imiter les hurlements de l’agonisant. Moins sensationnelles, les enquêtes d’opinion n’en sont pas moins raffinées dans leurs scénarios : Tueriez-vous un homme pour en sauver 10 ? 100 ? Et si cet homme était un salaud ? Et s’il vous fallait le tuer de vos propres mains ?

Voici le premier livre de philosophie adaptable au cinéma, catégorie série Z, comme l’indiquent les titres de chapitres : « Le tramway qui tue », « Frankenstein ministre de la Santé ». Au final : non seulement tous les raisonnements moraux volent en éclats, mais l’humanité se révèle veule, lâche, inconséquente.

Avec un sérieux implacable, Ogien découpe nos morales au scalpel, cherchant leur plus petit commun dénominateur, cet atome de certitude qu’il ne trouve pas. Finalement, entre adultes consentants, tout serait moralement acceptable.

Fichier:Nussbaum Martha2.jpg

Martha Naussbaum par Jerry Bauer

D’autres approches restent possibles, comme en témoigne l’oeuvre déjà riche de Martha Nussbaum, professeure de droit et d’éthique à Chicago, dont l’avant-dernier ouvrage vient d’être traduit (« La connaissance de l’amour » paru aux éditions du Cerf note d’ActuPhilo) : la morale n’est pas seulement une question d’actes permis ou défendus, mais également de réalisation de soi comme citoyen du monde.

Une vie bonne n’a pas seulement besoin de savoirs rationnels pour se développer, mais également d’émotions et d’imagination. Son plaidoyer en faveur d’une éducation qui réhabilite les arts et les humanités convainc, et permet de ne pas désespérer de la créativité en philosophie morale.

Philippe Chevallier pour l’Express

Le 20 septembre 2011

________________________________

Martha C. Nausbaum

La connaissance de l’amour

Essai sur la philosophie et la littérature

Cerf

Sur certains sujets, la quête de connaissance ne peut se passer de la littérature. Quand il s’agit de réfléchir sur ce qu’est la vie bonne pour un être humain, sur ce que les émotions – et l’amour tout particulièrement – peuvent avoir de déconcertant et d’éclairant, la philosophie ne peut se satisfaire d’un style plat et analytique. Elle doit se mettre à l’école d’une forme littéraire qui cherche à capturer, dans son mouvement même, la surprise, la confusion, l’illumination propre à une vie humaine et à la richesse des sentiments qui y trouvent place. Dans La Connaissance de l’amour, Martha Nussbaum entreprend ainsi un double exercice. Il s’agit d’abord de défendre une thèse de philosophie morale. Une thèse qui insiste sur la complexité irréductible des situations, sur l’importance des choses et des êtres particuliers, sur le fait que la vie humaine bonne n’est ni réductible à un critère unique du bien, ni exempte de vulnérabilité et de conflits. La  » connaissance de l’amour  » consiste à la fois à tenter de comprendre quelle place occupe l’amour dans une vie humaine accomplie, mais également à être attentif à l’enseignement propre de l’amour, parce qu’il est sensible à ce que les choses et les êtres ont d’irréductiblement singulier. Mais il s’agit, ensuite, de mettre en lumière l’importance du style pour la connaissance philosophique : au fil de ces essais, qui interrogent successivement les oeuvres de Platon et d’Aristote, les romans de Henry James. de Proust ou encore de Beckett, se dessine une philosophie attentive à la narration, à la pluralité des voix, à la diversité de leur adresse au lecteur.

Pour se procurer l’ouvrage de Martha C. Naussbaum La connaissance de l’amour : Essais sur la philosophie et la littérature

Posted in débat, Les parutions, Lu sur la toile, philosophie | Tagué: , , , , , , , | Leave a Comment »

Nicolas Grimaldi : « Etre un homme, c’est sans cesse s’efforcer de l’être ».

Posted by Hervé Moine sur 1 mars 2011

Nicolas Grimaldi

L’inhumain

PUF (2011)

Présentation de l’éditeur

Qu’y a-t-il de plus semblable à un homme qu’un autre homme ? Mais qu’y a-t-il de plus irréductible à l’humain que l’inhumain ? Or, il n’y a qu’un homme pour être inhumain. L’un des plus singuliers paradoxes de l’inhumain est qu’il n’est pas en dehors de l’humain. Pour être inhumain, il n’est pas besoin d’avoir perdu tout sens de l’humain. Tout au contraire, l’inhumain est une des manières fort communes qu’ont les hommes d’assumer leur humanité. Quoique notre conscience morale s’en révolte et quoique notre logique s’en scandalise, il nous faut donc en reconnaître le fait : l’inhumain est une catégorie de l’humain.

Rien ne paraît plus monstrueux. Rien nest pourtant plus banal. Il suffit à chaque fois de ne pas reconnaître son semblable dans l’autre.

« Indéfiniment perpétré, le massacre des innocents n’a jamais cessé. Aussi l’histoire de l’inhumain est-elle coextensive à celle de l’humanité. Or le paradoxe de l’inhumain est que chacun croit bien faire en faisant aux autres tout le mal possible.
Il suffit pour cela de ne pas reconnaître son semblable dans l’autre. Car seul est notre semblable celui qui appartient au même monde que nous.
Propre à l’imaginaire de chacun, de chaque parti, de chaque religion, de chaque secte, ce monde intérieur est celui de nos croyances. Quiconque ne les partage pas en est exclu.
Comment aurait-on alors conscience d’être inhumain envers des êtres dont l’humanité ne nous paraît qu’une dérision, une provocation, ou un malentendu de plus?
Rien ne paraît plus monstrueux. Rien n’est pourtant plus banal. » En quatrième de couverture Presse Université de France

Pour se procurer l’ouvrage de Nicolas Grimaldi L’inhumain

Table des matières

I. — Un laboratoire de l’inhumain
II. — Banalité de l’inhumain
III. — Irrationalité de l’inhumain. Mal empirique et mal radical
IV. — La déshumanisation
V. — Quel autre est mon semblable ? L’ennemi ; Le barbare ; L’étranger
VI. — La guerre des mondes : Différentes humanités ou des espèces différentes ; Des mondes incompatibles ; La tolérance : une communauté de différences


“Comment un être humain peut-il sombrer dans l’inhumain ?”, interroge le philosophe Nicolas Grimaldi.

Article de Jean-Marie Durand paru dans le site des InRocks le 27 février 2011

http://www.lesinrocks.com/livres-arts-scenes/livres-arts-scenes-article/t/60476/date/2011-02-27/article/linhumain-un-essai-essentiel-sur-les-fondements-de-lhumanite/

De Robert Antelme (L’Espèce humaine) à Primo Levi (Si c’est un homme), l’expérience concentrationnaire nourrit les réflexions les plus fortes sur la définition de l’humanité et de son envers, l’inhumanité. Pour le philosophe français Nicolas Grimaldi, rien n’est en fait plus humain que l’inhumain. C’est ce paradoxe apparent qu’il soulève et interroge.

« Comment des hommes ont-ils jamais pu agir envers des hommes comme s’ils n’en étaient pas ? », se demande-t-il dans une riche digression philosophique nourrie de ses lectures d’Antelme, Levi, Hannah Arendt, Christopher Browning, Sebastian Haffner (Allemand antinazi) et Stendhal.

L’autre au fondement de la question de l’humanité

Il n’y a qu’une seule cause de l’inhumain, avance Grimaldi : « Elle consiste dans le fait d’être si insensible à l’autre qu’il nous devient indifférent. » Il y a à l’origine de l’inhumain « une sorte d’aveuglement ». En ne reconnaissant pas son semblable dans l’autre, en refusant la possibilité d’un monde commun, l’homme ouvre la voie de l’inhumanité.

Car ce qui est humain dans l’homme, c’est de se sentir profondément uni à tous les autres, ne serait-ce que « par la pathétique détresse qui leur est commune ». Pour Grimaldi, « l’humanité consiste à porter la vie des autres comme une partie de la sienne et à leur communiquer la sienne comme une partie de la leur ».

Mais pourquoi et comment naît parfois en l’homme ce sentiment d’appartenir à une espèce différente qui le rendrait incompatible, au point de vouloir éliminer l’autre ? A l’origine d’une personnalité, avance Grimaldi, « il est vraisemblable qu’il y ait un choix originaire, secret, implicite, informulé, peutêtre même aussi inconscient qu’inavoué, par lequel chacun définit le type d’homme qu’il voudrait être, en l’ayant imaginé ». Chacun d’entre nous se forme en effet « l’image d’un type humain » qui oriente et détermine la plupart de ses attitudes.

Nos réactions restent orientées et réglées par ce choix originel d’une certaine tonalité. Ce choix se construit notamment à travers la lecture, qui « nous fait vivre mille fois, avant que la vie nous y invite, les attitudes par lesquelles s’exprime l’humanité ».

A chacun d’inventer sa propre humanité

Car l’humanité n’est donnée à aucun homme, il revient à chacun de l’inventer pour soi ; à la différence des autres espèces, l’humanité est « une tâche » : « Etre un homme, c’est sans cesse s’efforcer de l’être (…). C’est en imaginant ce qu’elle pourrait être que chacun choisit le modèle de la sienne. »

Il existe donc autant d’humanités que d’individus : les diverses manières que chacun a d’envisager les rapports amoureux ou sociaux sont la trace de cette multitude. La grande question non élucidée, qui est aussi un défi politique, reste de savoir comment maintenir une communauté possible entre des individus « qui récusent d’avoir en commun aucune sorte d’humanité ».

Dans une langue à la fois dépouillée et habitée, ouverte au doute de la pensée autant qu’à l’affirmation d’attentes vitales, Nicolas Grimaldi nous souffle que l’humanité, « c’est l’horizon sur lequel se profile la façon singulière qu’a chacun d’improviser la sienne ». Cette articulation entre nos libertés et nos obligations, entre nos indifférences et nos reconnaissances, forme le coeur de la tension entre l’humain et l’inhumain, cet horizon flottant dont il appartient à chacun de conjurer les menaces.

Pour se procurer l’ouvrage de Nicolas Grimaldi L’inhumain

Nicolas Grimaldi, l’enquêteur de nos expériences de la subjectivité.

Né en 1933, Nicolas Grimaldi est philosophe, auteur de nombreux ouvrages et essais philosophiques. Agrégé de philosophie et docteur es-lettres, il enseigna d’abord en Khâgne à Janson de Sailly et à Jules Ferry à Paris puis à l’université de 1971 à 1983 successivement à Brest, Poitiers et Bordeaux. Il est actuellement professeur émérite à l’université Paris IV-Sorbonne où il a enseigné de 1983 à 1994. Il y a occupé successivement les chaires d’histoire de la philosophie moderne et de métaphysique.

Spécialiste de Descartes, Nicolas Grimaldi, il publie sur l’auteur du Discours de la Méthode, en 1978, L’Expérience de la pensée dans la philosophie de Descartes, en 1988, Six études sur la volonté et la liberté chez Descartes, en 1992, Descartes. La morale, et en 2006 Descartes et ses fables.

Nicolas Grimaldi ne s’en tient pas à l’étude de l’illustre philosophe ni ne révèle un esprit de système. Au contraire, sa réflexion apparaît plutôt libre et les sujets qu’il aborde divers et variés, ceux-ci portant, en effet aussi bien sur l’imaginaire, le désir, la solitude, le temps, le travail, le jeu, la liberté, le religieux, que l’amour et la jalousie, le moi et à présent l’inhumain c’est-à-dire l’humain. La plupart de ses ouvrages cherche à élucider nos expériences de la subjectivité comme le montre l’Ontologie du temps en 1993, le Traité des solitudes en 2003, l’Essai sur la jalousie. L’enfer proustien en 2010, ou encore les récentes Métamorphoses de l’amour en 2011.

On remarquera une réflexion nourrie de nombreuses références tant philosophiques que littéraires. En effet, des présocratiques et Socrate aux existentialistes et Hannah Arendt en passant par Descartes évidemment et Marx, les philosophes côtoient dans son œuvre Kafka, Baudelaire, Proust, Simenon ou Tolstoï pour ne citer qu’eux.

Hervé Moine, ActuPhilo

Les oeuvres de Nicolas Grimaldi

  • L’inhumain, PUF, 2011
  • Les métamorphoses de l’amour, Grasset, 2011
  • Essai sur la jalousie. L’enfer proustien, PUF, 2010
  • Une démence ordinaire, PUF, 2009
  • Proust, les horreurs de l’amour, PUF, 2008
  • Préjugés et paradoxes, PUF, 2007
  • Descartes et ses fables, PUF, 2006
  • Le Livre de Judas, PUF, 2006
  • Traité de la banalité, PUF, 2005
  • Bref traité du désenchantement, Livre de Poche, 2004 (réédition)
  • Socrate, le sorcier, PUF, 2004
  • Traité des solitudes, PUF, 2003
  • L’Homme disloqué, PUF, 2001
  • Ambiguïtés de la liberté, PUF, 1999
  • Bref Traité du désenchantement, PUF, 1998
  • Le Travail, communion et excommunication, PUF, 1998
  • Etudes cartésiennes: Dieu, le temps, la liberté, Vrin, 1996
  • Le Souffre et le Lilas. Essai sur l’esthétique de Van Gogh, La Versanne, 1995
  • L’ardent sanglot, La Versanne, 1995
  • Partie réservée à la correspondance, La Versanne, 1995
  • Ontologie du temps, PUF, 1993
  • La Jalousie, étude sur l’imaginaire proustien, Acte Sud, 1993
  • Le Désir et le temps, Vrin, 1992 (réédition)
  • Descartes. La morale, Vrin, 1992
  • Six études sur la volonté et la liberté chez Descartes, Vrin 1988
  • Introduccion a la filosofia de la historia de K. Marx, Dossat, 1986
  • L’Art ou la feinte passion. Essai sur l’expérience esthétique, 1983
  • L’Expérience de la pensée dans la philosophie de Descartes, Vrin, 1978
  • Aliénation et Liberté, Masson, 1972
  • Le Désir et le temps, PUF, 1971

Posted in annonces, Les parutions, philosophie | Tagué: , , , , , , , , | 1 Comment »

Un avant goût de Saint Valentin

Posted by Hervé Moine sur 12 février 2011

 

Amour, couple et philosophie

Publié dans la Dépèche Rozès et sa région

 

Dans le cadre du week-end littéraire organisé par les quatre associations culturelles de Bonas, Bezolles, Rozès et Valence, « Confluences » était hébergé par le charmant village de Lagardère. Plus de 60 personnes ont assisté à une très intéressante et passionnante conférence-débat de Patrick Dupouey, professeur de philosophie. Elle a porté sur le thème : « L’amour, le couple, le mariage », s’inspirant des écrits des philosophes Alain et Sartre. La clôture de ce week-end littéraire autour du verre de l’amitié a ensuite été l’occasion de remercier tous les bénévoles qui se sont investis sans compter pour la réussite de ce premier rendez-vous et plus particulièrement Fabienne Corby, la coordinatrice de ce week-end, qui ne demande qu’à être renouvelé. Les coprésidents de « Confluences », Bernard Delor et Christelle Thiriet, peuvent être satisfaits de leur initiative.

Posted in conférence, débat, philosophe, philosophie | Tagué: , , , , , | Leave a Comment »

Philosophie hors les murs : se construire une réflexion personnelle

Posted by Hervé Moine sur 9 février 2011

 « La pause philo » attire la foule.  photo J.-A. B.

Libourne : La philo hors les murs

La médiathèque Condorcet proposait mardi la deuxième « pause philo » sur le thème «Comment bien vivre ? ».

Article de Jules Antoine Bourgeois paru le 9 février dans Sud-Ouesthttp://www.sudouest.fr/2011/02/09/la-philo-hors-les-murs-313663-2966.php

La médiathèque Condorcet organisait mardi, en partenariat avec le GEM (Groupe d’entraide mutuelle), sa deuxième « pause philo ». La trentaine de personnes présentes a confirmé le succès de ce rendez-vous, autour du thème « Comment bien vivre ? »

Lumières tamisées et fauteuils confortables, petite collation prévue par le GEM : tout était fait pour rendre le moment convivial. L’invité, Hervé Parpaillon, semble ravi d’être là et salue les arrivants sans perdre le fil de la discussion. « La pause philo n’est ni un cours ni une conférence, insiste-t-il. c’est un échange autour du thème proposé. Toutes les questions et remarques sont les bienvenues, et même nécessaires. On s’écoute, se répond, on avance comme ça dans la réflexion. » À sa charge d’introduire au moment opportun des bouts de textes, dont il amorce la lecture, avant de laisser aux participants le soin de poursuivre. Un exercice particulier dans lequel le quadra semble à l’aise. « J’ai l’habitude des publics non-initiés », confie-t-il.

Une autre philosophie

Professeur de philosophie, mais aussi conseiller d’éducation dans un Centre de formation d’apprentis (CFA Aquitaine), Hervé Parpaillon se revendique de ce mouvement né dans les années 90 avec les cafés-philo de Marc Sautet. Une philosophie hors les murs, qui se saisit des débats contemporains et se pratique dans un esprit de tolérance et d’ouverture. Il est vrai que, même avec de la bonne volonté, les cours ou conférences proposés lors d’universités libres et d’événements dédiés restent difficilement accessibles au quidam.

Parmi ces événements, le Festival Philosophia de Saint-Émilion, dont la quatrième édition s’est tenue en mai 2010. « C’est à cette occasion que j’ai rencontré Hervé Parpaillon, se rappelle Marie-Thérèse Pellerin, directrice de la médiathèque. Je lui ai expliqué mon intention d’organiser ces « pauses philo », et lui ai proposé d’être notre invité. » Attentive aux attentes de ses adhérents, Marie-Thérèse Pellerin constate un regain d’intérêt pour ce genre littéraire souvent boudé. Un phénomène qui ne doit pas être étranger aux apparitions médiatiques répétées de personnalités telles Bernard-Henri Lévy ou Michel Onfray, qui ramènent la philosophie et le philosophe au goût du jour.

Dans les étals des librairies aussi, la tendance est évidente. Ils sont nombreux à publier des ouvrages accessibles au plus grand nombre. Une démarche critiquée par quelques-uns, saluée par beaucoup d’autres. « Il y a de vraies richesses dans la philosophie, assure Marie-Thérèse Pellerin, et une volonté de ces philosophes de les partager. »

Du plaisir des deux côtés

À Libourne, en tout cas, ils en redemandent. Pour cette deuxième rencontre avec Hervé Parpaillon, la timidité n’est plus de mise. Les questions fusent, on se confronte, on s’explique. Certains restent silencieux, plus à l’aise dans le rôle de spectateurs, mais n’en perdent pas une miette pour autant.

« Les questions en appellent d’autres, explique le philosophe, il arrive qu’on aille très en profondeur dans un sujet ou qu’on en survole plusieurs. Le but n’est pas de trouver des réponses, mais de se construire une base de réflexion personnelle ».

Le choix des thèmes n’est d’ailleurs pas innocent. « Comment bien vivre ? », proposé lors de ces deux premiers rendez-vous, appelle certainement davantage à la participation de tout un chacun que les traditionnels sujets du baccalauréat.

Le 22 mars, une troisième pause philo est prévue pour traiter de « Vivre avec autrui ».

 

Posted in Café Philo, compte-rendu, philosophie | Tagué: , , , , , , | Leave a Comment »

L’éclectique Albert Jacquard kantien

Posted by Hervé Moine sur 9 février 2011

L'humanisme selon Albert Jacquard

L’humanisme selon Albert Jacquard

Article paru dans Sud-Ouest : http://www.sudouest.fr/2011/02/09/l-humanisme-selon-albert-jacquard-313826-4344.php

Dans le cadre des Rendez-vous de la connaissance, le Groupe ESC Pau recevait hier soir, dans un amphithéâtre comble (300 personnes et retransmission dans une seconde salle de 200 personnes), l’humaniste mondialement reconnu Albert Jacquard.

Ancien directeur de l’Institut national de la démographie, généticien, mathématicien, philosophe, Albert Jacquard a développé la question de « l’importance de reconnaître l’autre comme un être humain porteur de ses propres désirs, et de l’importance de ne pas le prendre comme un objet ou moyen pour satisfaire nos désirs ».

Ci-contre Albert Jacquard photo de Guillaume Bonnaud

Pouvons-nous rapprocher le propos d’Albert Jacquard de celui d’Emmanuel Kant qui exprime ce célèbre impératif catégorique : « Agis de telle manière que tu traites l’humanité de ta personne dans la personne de tout autre non simplement comme un moyen mais toujours en même temps comme une fin » ? Fondements de la métaphysique des moeurs.

Posted in compte-rendu, conférence, philosophie | Tagué: , , , , , , | Leave a Comment »

Penser et tisser autrement les liens de l’individu et de la société

Posted by Hervé Moine sur 6 février 2011

Tarnos, médiathèque, conférence philo, Christophe Lamoure, individualisme,

Jeudi 10 février 2011

Médiathèque de Tarnos

Conférence de Christophe Lamoure

Au-delà de l’individualisme ?

Christophe Lamoure donnera une conférence le jeudi 10 février à la médiathèque.

Ci contre Christophe Lamoure, photo de J.-Y. I. Sud-Ouest



La médiathèque de Tarnos a programmé une nouvelle conférence philosophique jeudi 10 février, à 20 heures. Christophe Lamoure, professeur de philosophie, traitera le thème : « Au-delà de l’individualisme ? ».

Selon Christophe Lamoure, « ne convient-il pas, une fois prise la mesure de l’ambiguïté liée au développement de l’individualisme, de le repenser à nouveaux frais ? Les précieux acquis obtenus peuvent être conservés sans que l’on dérive nécessairement dans les formes contemporaines du narcissisme. Cela suppose de penser et de tisser autrement les liens de l’individu et de la société.

« Dans cette perspective, l’interdépendance, la solidarité, le lien social, le bien commun n’apparaissent plus comme des obstacles à l’épanouissement individuel mais comme ses conditions mêmes. » L’entrée est gratuite. Renseignements : 05 59 64 34 43.



Posted in annonces, conférence, philosophe, philosophie | Tagué: , , , , , | Leave a Comment »

Bac Philo 2010 Pondichéry ouvre le feu

Posted by Hervé Moine sur 24 avril 2010

Décompression pour les uns, la pression monte pour les autres

Les vacances d’avril sont pratiquement terminées et mai pointera déjà bientôt son nez, une année scolaire s’achève et pour les candidats au baccalauréat, il est temps, si cela n’est pas encore fait, d’entamer sérieusement les révisions. Hormis pour les élèves candidats de Pondichéry, pour qui les épreuves du baccalauréat sont déjà de l’ordre du passé et qui sont en attente des résultats, c’est, pour la plupart des élèves de terminale, la dernière ligne droite qui mène à l’examen.

Les sujets de philosophie de Pondichéry donne en quelque sorte le « la » et il peut être de bon ton de se laisser aller à les travailler. Difficile de dire s’ils sont de bons indicateurs pour les sujets à venir dans la session de juin, mais ils couvrent le programme de manière suffisamment large que les étudier ne peut être évidemment que conseillé.

Pour l’heure, il nous manque les sujets de la série L. Ils seront donc mis en ligne ultérieurement.

Hervé Moine

________________________________

Bac ES : le sujet de philosophie – Pondichéry

Le candidat traitera, au choix, l’un des trois sujets suivants :

Sujet 1 : Y a-t-il des vérités définitives ?

Sujet 2 : Le travail nous rend-il plus humain ?

Sujet 3 : Expliquer le texte suivant :

“Le respect s’applique toujours uniquement aux personnes, jamais aux choses. Les choses peuvent exciter en nous de l’inclination et même de l’amour, si ce sont des animaux (par exemple des chevaux, des chiens, etc.), ou aussi de la crainte, comme la mer, un volcan, une bête féroce, mais jamais du respect. Une chose qui se rapproche beaucoup de ce sentiment, c’est l’admiration et l’admiration comme affection, c’est-à-dire l’étonnement, peut aussi s’appliquer aux choses, aux montagnes qui se perdent dans les nues, à la grandeur, à la multitude et à l’éloignement des corps célestes, à la force et à l’agilité de certains animaux, etc. Mais tout cela n’est point du respect. Un homme peut être aussi pour moi un objet d’amour, de crainte ou d’une admiration qui peut même aller jusqu’à l’étonnement et cependant n’être pas pour cela un objet de respect. Son humeur badine, son courage et sa force, la puissance qu’il a d’après son rang parmi ses semblables, peuvent m’inspirer des sentiments de ce genre, mais il manque toujours encore le respect intérieur à son égard. Fontenelle dit : Devant un grand seigneur, je m’incline, mais mon esprit ne s’incline pas. Je puis ajouter : Devant un homme de condition inférieure, roturière et commune, en qui je perçois une droiture de caractère portée à un degré que je ne me reconnais pas à moi-même, mon esprit s’incline, que je le veuille ou non, et si haut que j’élève la tête pour ne pas lui laisser oublier ma supériorité.”

KANT, Critique de la raison pratique.

_______________________________

Bac S : le sujet de philosophie – Pondichéry

Le candidat traitera, au choix, l’un des trois sujets suivants :

Sujet 1 : Pour agir moralement, faut-il ne pas se soucier de soi ?

Sujet 2 : La politique est-elle l’affaire de tous ?

Sujet 3 : Expliquez le texte suivant :


Un credo1 religieux diffère d’une théorie scientifique en ce qu’il prétend exprimer la vérité éternelle et absolument certaine, tandis que la science garde un caractère provisoire : elle s’attend à ce que des modifications de ses théories actuelles deviennent tôt ou tard nécessaires, et se rend compte que sa méthode est logiquement incapable d’arriver à une démonstration complète et définitive. Mais, dans une science évoluée, les changements nécessaires ne servent généralement qu’à obtenir une exactitude légèrement plus grande;  les vieilles théories restent utilisables quand il s’agit d’approximations grossières, mais ne suffisent plus quand une observation plus minutieuse devient possible. En outre, les inventions techniques issues des vieilles théories continuent à témoigner que celles-ci possédaient un certain degré de vérité pratique, si l’on peut dire. La science nous incite donc à abandonner la recherche de la vérité absolue, et à y substituer ce qu’on peut appeler la vérité « technique », qui est le propre de toute théorie permettant de faire des inventions ou de prévoir l’avenir. La vérité « technique » est une affaire de degré : une théorie est d’autant plus vraie qu’elle donne naissance à un plus grand nombre d’inventions utiles et de prévisions exactes. La « connaissance » cesse d’être un miroir mental de l’univers, pour devenir un simple instrument à manipuler la matière.

RUSSELL, Science et religion.

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

1 credo : affirmation d’une croyance

_________________________________

Bac STG : le sujet de philosophie – Pondichéry

Le candidat traitera l’un des sujets suivants au choix.

Sujet 1 : La liberté consiste-t-elle à n’obéir à personne?

Sujet 2 : L’expérience est-elle source de vérité?

Sujet 3 : Pour expliquer ce texte, vous répondrez aux questions suivantes, qui sont destinées principalement à guider votre rédaction. Elles ne sont pas indépendantes les unes des autres et demandent que le texte soit d’abord étudié dans son ensemble.

Ce qui est complètement insensé, c’est de considérer comme étant ({ juste » tout ce qui figure dans les institutions et les lois des peuples, ou même, les lois (en admettant qu’il en soit !) portées par des tyrans. Si les Trente d’Athènes* avaient eu la volonté d’imposer des lois ou si leurs lois tyranniques avaient plu au peuple athénien tout entier, serait-ce une raison pour les considérer comme « justes» ? A aucun titre, je crois, – pas plus que cette loi que porta chez nous un interroi** donnant à un dictateur le pouvoir de tuer nominativement et sans procès celui des citoyens qu’il voudrait. Il n’y a en effet qu’un droit unique, qui astreint la société humaine et que fonde une Loi unique : Loi, qui est la juste raison dans ce qu’elle commande et dans ce qu’elle défend. Qui ignore cette loi est injuste, qu’elle soit écrite quelque part ou non.
Mais si la justice n’est que la soumission à des lois écrites et aux institutions des peuples, et si […] tout se doit mesurer à l’intérêt, celui qui pensera avoir intérêt à mépriser et violer ces lois le fera, s’il le peut. Il en résulte qu’il n’y a absolument plus de justice, si celle-ci n’est pas fondée sur la nature, et si la justice établie en vue de l’intérêt est déracinée par un autre intérêt.

Cicéron

Notes

* les Trente d’Athènes : les « Trente Tyrans », gouvernement imposé par Sparte à la suite de sa victoire sur Athènes (404 avant J.-C.).

** interroi : chef exerçant le pouvoir entre deux règnes. Allusion à un épisode de l’histoire romaine.

Questions :

1. Formulez la thèse de ce texte et montrez comment elle est établie.

2.      a) En vous appuyant sur les exemples du texte, montrez pourquoi il serait insensé « de considérer comme étant « juste » tout ce qui figure dans les institutions et les lois des peuples».

b) Expliquez: « une Loi unique: Loi, qui est la juste raison dans ce qu’elle commande et
dans ce qu’elle défend ».

c) Expliquez: « si […] tout se doit mesurer à l’intérêt, […] il n’y a absolument plus de justice ».

3. La justice est-elle fondée sur la raison?

Posted in Actualité, Dissertation, enseignement, Etude de texte, LPO Pointe-Noire, Philo bac, philosophe, philosophie, Term. ES, Term. L, Term. S, Term. STI | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

La question de l’altérité

Posted by Hervé Moine sur 17 février 2010

Les Rencontres de Sophie 2010

du 5 au 7 mars

à Nantes

Les autres

“Les autres” ne se peuvent nommer qu’en référence à un “nous” ou un “moi”, en tout cas à un homme qui a mis des millénaires à s’identifier comme “animal raisonnable”, situé entre le tout autre (l’être minéral, végétal et animal) et le Grand Autre (Dieu). Mais la modernité démocratique, du fait même de sa tentative de faire vivre ensemble des hommes déclarés “semblables” et donc d’égale dignité, a déplacé au sein même de l’humanité la question de l’altérité : les hommes ne diffèrent-ils pas plus qu’ils ne se ressemblent ? Aujourd’hui, la rencontre des cultures due à la mondialisation, les controverses politiques, morales et religieuses, l’évolution des sciences et des techniques mais aussi de la littérature et des arts, tout comme la libéralisation des moeurs, réactivent ces questions en déplaçant nombre de lignes de démarcation entre “les autres”, “eux et nous”, “toi et moi”, aussi bien dans la vie publique (discrimination, exclusion, choc des civilisations…) que dans la vie privée (jusqu’en amour et en amitié).

C’est à l’examen de ces questions que la dixième édition des Rencontres de Sophie invite le public, lors de conférences et débats, d’un abécédaire, d’un atelier philo-enfants, de cinés-philo et de projections vidéo.

Avec Michel Agier, Jean-Marc Ferry, Gilles Geneviève,  Sylvain George, Patrick Lang, Michela Marzano, Robert Misrahi, Catherine Portevin, Ollivier Pourriol, Joëlle Proust, Marie-Hélène Prouteau, Myriam Revault d’Allonnes, Christian Ruby, Jean Schneider, Paul Thibaud, Yves Touchefeu…

En partenariat avec

Télérama Arte RadioPhilosophie TV

Posted in philosophie, rencontre | Tagué: , , , , , , | Leave a Comment »

Bac philo 2009 : Sujets nationaux des séries Technologiques 2009

Posted by Hervé Moine sur 18 juin 2009

Sujet 1

Peut-on être sûr d’avoir raison ?

Sujet 2

La technique s’oppose-t-elle à la nature ?

Sujet 3

Pour expliquer ce texte, vous répondrez aux questions suivantes, qui sont destinées principalement à guider votre rédaction. Elles ne sont pas indépendantes les unes des autres et demandent que le texte soit d’abord étudié dans son ensemble.

« La loi ne consiste pas tant à limiter un agent libre et intelligent qu’à le guider vers ses propres intérêts, et elle ne prescrit pas au-delà de ce qui conduit au bien général de ceux qui sont assujettis à cette loi. S’ils pouvaient être plus heureux sans elle, la loi s’évanouirait comme une chose inutile ; et ce qui nous empêche seulement de tomber dans les marais et les précipices mérite mal le nom de contrainte. De sorte que, quelles que soient les erreurs commises à son propos, la finalité de la loi n’est pas d’abolir ou de restreindre mais de préserver et d’élargir la liberté ; et dans toutes les conditions des êtres créés qui sont capables de vivre d’après des lois, là où il n’y a pas de loi, il n’y a pas de liberté. Car la liberté consiste à être délivré de la contrainte et de la violence exercées par autrui, ce qui ne peut être lorsqu’il n’y a point de loi ; mais la liberté n’est pas ce que l’on nous dit, à savoir une liberté, pour tout homme, de faire ce qui lui plaît (car qui peut être libre quand n’importe quel homme peut nous imposer ses humeurs ?). Mais c’est une liberté de disposer et d’ordonner comme on l’entend sa personne, ses actions, ses biens et l’ensemble de sa propriété, dans les limites de ce qui est permis par les lois auxquelles on est soumis ; et, dans ces limites, de ne pas être assujetti à la volonté arbitraire de quiconque, mais de suivre librement sa propre volonté. »

Locke

Questions :

1. Dégagez la thèse de ce texte et mettez en évidence les étapes de son argumentation.

2.

a. Précisez la conception de la liberté à laquelle Locke s’oppose dans ce texte.

b. En vous appuyant sur l’image de la ligne 4, expliquez : « guider [un agent libre et intelligent] vers ses propres intérêts ».

c. Comment Locke définit-il la liberté ? Expliquez cette définition en vous appuyant précisément sur le texte.

3. La loi est-elle la condition de la liberté ?

Posted in Dissertation, Etude de texte, Philo bac, Sujet de dissertation, Sujet texte, Term. STI | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »