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Et si des territoires palestiniens devenaient patrimoine mondial de l’humanité

Posted by Hervé Moine sur 31 octobre 2011

 Peut-on gagner la paix avec la culture ?

M. Abbas à l'ONU

Il y a quelques semaines, Monsieur Mahmoud Abbas, le président palestinien apportait à l’ONU le projet de la création d’un Etat palestinien, projet légitime. Mais cette démarche a suscité de vives réactions comme on pouvait s’en douter par Israël et a été accueilli avec tiédeur par la communauté internationale et notamment par la France, taxée d’inopportune, de dangereuse notamment par les Etats Unis. « Je suis convaincu qu’il n’y a pas de raccourci vers l’issue d’un conflit qui dure depuis des décennies. La paix ne viendra pas avec des communiqués et des résolutions de l’Onu », a déclaré le président Obama devant l’Assemblée générale.

Mais la situation peut-elle être pire que celle que connaît la région ? Plus de 60 ans de conflit !

Aujourd’hui, nous apprenons que les Palestiniens viennent d’obtenir en ce lundi 30 octobre 2011 le statut de membre à part entière de l’Unesco (1). Il s’agit là pour eux, à n’en pas douter d’une avancée diplomatique significative dans la cadre de la reconnaissance de leur Etat. Les Etats membres de l’Unesco ont majoritairement choisi de leur donner le statut de membre à part entière de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture de l’ONU, lors d’un vote à Paris.

Nous ne pouvons que nous réjouir et pourtant pour de nombreux diplomate cette adhésion est « prématurée » et  les Américains et les Israéliens veulent exprimer leur total désaccord en menaçant leur financement aux activités de l’Unesco.

A défaut d’un réel face à face Israël / Palestine, peut-être peut-on penser que c’est par la voie de la culture que la Palestine sera enfin reconnue, les autres voies politiques, diplomatiques et militaires, ayant toutes aboutis à une impasse. Mais la voie culturelle est éminemment politique et très sensibles. En effet, ce changement de statut à l’Unesco devrait permettre à la Palestine de déposer des demandes de reconnaissance au Patrimoine mondial de l’Humanité pour des sites dans les territoires palestiniens occupés par Israël. Les Palestiniens comptent notamment présenter au Patrimoine mondial les candidatures de Bethléem, lieu de naissance du Christ, Hébron, pour le Caveau des Patriarches – la mosquée d’Ibrahim (nom musulman d’Abraham) – un site révéré à la fois par les juifs et les musulmans, et Jéricho.

Et si les territoire palestiniens devenaient patrimoine mondial de l’humanité ? La paix par la culture : et si on se donnait les moyens pour que ce rêve devienne réalité.

Pour alimenter notre réflexion, nous pourrons lire ci-dessous, un article de Bernard Henri-Lévy, paru dans Le Point du 27 septembre 2011, à propos de la démarche palestinienne de reconnaissance à l’ONU, qui selon lui ne sert pas la cause de la paix.

Hervé Moine

Note 1 : La Palestine devient membre à part entière de l’Unesco : la conférence générale de l’organisation s’est prononcée lundi 31 octobre en faveur de son adhésion. « La Conférence générale (qui réunit l’ensemble des Etats-membres, NDLR) décide de l’admission de la Palestine comme membre de l’Unesco », selon la résolution adoptée par 107 voix pour, 52 abstentions et 14 voix contre, parmi les pays présents. La France a voté pour, en dépit de ses mises en garde ces derniers jours contre une démarche qu’elle jugeait prématurée. La quasi-totalité des pays arabes, africains et latino-américains se sont prononcés pour l’adhésion. Les Etats-Unis, l’Allemagne et le Canada ont voté contre, tandis que l’Italie et le Royaume Uni se sont abstenus.

Sur une demande palestinienne qui ne sert pas la cause de la paix

Le Point, 29 septembre 2011

Je suis partisan depuis plus de quarante ans de l’avènement d’un Etat palestinien viable et de la solution « deux peuples, deux Etats ».

Je n’ai cessé, toute ma vie, ne serait-ce qu’en parrainant le plan israélo-palestinien de Genève et en accueillant à Paris, en 2003, Yossi Beilin et Yasser Abed Rabbo, ses principaux auteurs, de dire et répéter que c’est l’unique solution conforme à la morale non moins qu’à la cause de la paix.

Aujourd’hui, pourtant, je suis hostile à l’étrange demande de reconnaissance unilatérale qui doit être discutée ces jours prochains par le Conseil de sécurité des Nations unies à New York et je me dois de dire pourquoi.

Cette demande repose, d’abord, sur une prémisse fausse qui est celle d’une prétendue « intransigeance » israélienne ne laissant d’autre recours à la partie adverse que celui de ce coup de force. Je ne parle même pas de l’opinion publique d’Israël dont un sondage de l’Institut Truman pour la paix, à l’Université hébraïque de Jérusalem, vient encore de rappeler qu’elle est massivement acquise (70 %) à l’idée du partage de la terre. Je parle du gouvernement israélien lui-même et du chemin parcouru depuis le temps où son chef croyait encore aux dangereuses chimères du Grand Israël. Reste aujourd’hui, bien sûr, la question des « implantations » en Cisjordanie. Mais le désaccord, sur cette affaire, oppose ceux qui, derrière Mahmoud Abbas, exigent qu’elles soient gelées avant que l’on revienne à la table des négociations et ceux qui, avec Netanyahou, refusent que l’on pose en préalable ce qui devra être l’un des objets de la négociation il ne porte ni la question elle-même, ni sur la nécessité de parvenir à un accord. Chacun, moi le premier, a son avis sur le sujet. Mais présenter ce différend comme un refus de négocier est une contre-vérité.

Cette demande repose, ensuite, sur une idée reçue qui est celle d’un Mahmoud Abbas miraculeusement et intégralement converti à la cause de la paix. Loin de moi l’idée de nier le chemin qu’il a fait, lui aussi, depuis le temps où il commettait une « thèse », à forts relents négationnistes, sur la « collusion entre sionisme et nazisme ». Mais j’ai lu son discours à New York. Et, si j’y trouve de vrais accents de sincérité, si je suis ému, comme chacun, par l’évocation du trop long calvaire palestinien, si je devine même, entre les lignes, comment l’homme qui l’a prononcé pourrait en effet devenir, pour peu qu’il le veuille et qu’on l’y encourage, un Sadate palestinien, un Gorbatchev, je ne peux m’empêcher d’y entendre, aussi, des signaux plus inquiétants. Cet hommage appuyé à Arafat, par exemple… L’évocation, à cette occasion, et dans cette enceinte, du « rameau d’olivier » que vint y brandir celui qui, ensuite, une fois au moins, à Camp David, en 2000, refusa la paix concrète, à portée de main, qui lui était offerte… Et puis l’assourdissant silence sur l’accord qu’il a conclu, lui, Abbas, il y a cinq mois, avec un Hamas dont la seule charte suffirait, hélas, à lui fermer les portes d’une Onu censée n’accepter que des « Etats pacifiques » et refusant le terrorisme. C’est avec cet homme, bien sûr, qu’Israël doit faire la paix. Mais pas là. Pas comme ça. Pas sur ce coup de bluff, ces silences, ces demi-vérités.

Et puis cette demande suppose enfin, que dis-je ? elle exige que soit tranché d’un coup de paraphe magique le nœud d’intérêts antagonistes, d’apories diplomatiques, de contradictions géopolitiques, le plus inextricable de la planète – est-ce bien sérieux ? Cela fait quarante ans que l’on discute, souvent de mauvaise foi, mais pas toujours, de la question des frontières justes entre les deux peuples et de leur capitale. Quarante ans que l’on débat, entre gens qui jouent leur vie et leur destin, de la moins mauvaise manière d’assurer la sécurité d’Israël dans une région qui ne lui a jamais reconnu, à ce jour, sa pleine légitimité. Cela fait soixante-trois ans que le monde se demande comment prendre en compte le tort fait aux réfugiés de 1948 sans, pour autant, compromettre le caractère juif de l’Etat d’Israël. Et l’on prétendrait régler tout cela, arbitrer ces presque insolubles dilemmes, emballer ce paquet de complexités où tout est dans les détails, par un geste spectaculaire, expéditif, sur fond d’emballement rhétorique et lyrique ? Allons ! Quelle légèreté ! Et quel mauvais théâtre !

Qu’il faille aider les protagonistes de cet interminable drame à se hisser au-dessus d’eux-mêmes et à aller au bout de la démarche qu’ils n’ont fait, ces dernières années, qu’esquisser, c’est sûr.

Que la communauté internationale doive les amener à s’entendre ou, comme dit Amos Oz, mais cela revient au même, à divorcer, c’est l’évidence et c’est d’ailleurs tout le sens de la récente proposition française et des contraintes de calendrier qu’elle impose.

Mais rien ne pourra leur éviter le douloureux et coûteux face-à-face sans lequel il n’y a jamais, nulle part, de vraie reconnaissance ; rien ni personne ne pourra leur faire faire l’économie de ce mouvement apparemment simple mais qui sera, pour tous deux, le plus long des voyages : le premier pas vers l’autre, la main tendue, la négociation directe.

Bernard-Henri Lévy

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