Actuphilo

Actualité philosophique et réflexion philosophique sur l'actualité

Posts Tagged ‘citoyenneté’

Journée mondiale contre le racisme. Peut-on encore croire à la citoyenneté du monde ?

Posted by Hervé Moine sur 23 mars 2011

Vincent Cespedes

Vincent Cespedes : « Eric Zemmour ou Nicolas Sarkozy sont lepénistes sans même le revendiquer »

http://www.streetpress.com/sujet/2200-vincent-cespedes-eric-zemmour-ou-nicolas-sarkozy-sont-lepenistes-sans-meme-le-revendiquer

Interview. Pour le philosophe Vincent Cespedes nous sommes « au stade final d’une phase de lepénisation accélérée ». Ça tombe mal pour La journée mondiale contre le racisme. Mais le philosophe croit encore au « citoyen du monde ».

Que pensez-vous de l’initiative de faire du 21 mars la journée mondiale contre le racisme ?

Il s’agit d’une journée symbolique qui nous oblige à réfléchir sur le thème du racisme qui reste un problème omniprésent et indolore. Commémorer certains évènements historiques afin de diffuser des idées est judicieux au même titre que d’autres fêtes telles que la journée de la femme ou la Saint-Valentin.

Y a-t-il un nouveau racisme aujourd’hui en France ?

On peut parler d’une forme de microracisme qui résulte d’un enclenchement du mouvement de lepénisation en 2002. Des individus tels qu’Eric Zemmour ou Nicolas Sarkozy sont lepénistes sans même le revendiquer, et le discours du gouvernement en est affecté. Bien évidemment, submergés par les médias de masse, on finit par assister à une lepénisation des esprits dont la logique est l’image dorée du français « blanc » tandis qu’on pointe du doigt « l’étranger ». Inversement, certaines chaînes de télévision, préétablissent un critère qui est d’avoir par exemple, une présentatrice de JT maghrébine. Un choix fondé sur l’apparence et non pas sur les compétences est discriminatoire.

Les débats sur l’identité nationale, « la laïcité », sont-ils utiles ?

Ce genre de débat est obscène et ne contribue aucunement à la cohésion de la société. Il s’agit surtout de recadrer les populations noires et arabes en remettant en question leur légitimité à être français. Une telle question ne devrait même pas avoir lieu, et ne devrait pas poser débat car le fait d’être français se résume au simple fait d’avoir une carte d’identité française. Ce raisonnement peut être qualifié de raciste car on substitue à la grille de lecture sociale, une grille de lecture ethno-raciale. On ne tient plus compte des disparités sociales et économiques mais seulement de l’origine ethnique pour expliquer la délinquance.

Peut-on être français sans ressentir une appartenance à la nation ?

Rien ne nous oblige à soumettre notre âme à un pays. Un français peut être très critique envers la France, et avoir une attitude désinvolte en sifflant la marseillaise ou en évoquant le déclin de la puissance française. D’ailleurs, les enfants d’immigrés nés sur le territoire français sont généralement intégrés puisqu’ils baignent dans la culture française. Lorsqu’on parle de communautarisme, le terme est inapproprié. Le regroupement de certaines communautés, s’explique par un système d’entraide et de solidarité qui se justifie lorsqu’on regarde l’accueil qu’on leur réserve en France.

Que vous inspire la bonne santé du FN ?

Depuis 10 ans, nous sommes entrés dans une phase de lepénisation accélérée et aujourd’hui nous en sommes au stade final car les gens n’ont même plus conscience d’avoir une logique lepéniste. De plus, les débats médiatiques sur l’Islam, la burqa, où l’identité nationale, ainsi que l’ébranlement économique, ont de toute évidence encouragé la lepénisation des esprits et le cliché que l’étranger vole le travail du français.

Le citoyen du monde, vous y croyez ?

Je pense que cela existe déjà, et ça s’appelle être instruit. Dans la communauté scientifique, il y a une fusion des idées scientifiques ; une découverte profite à tous les membres sans exclusion. Internet qui sera le premier vecteur des médias, renverse les barrières et on peut le constater dans des forums d’échanges à l’échelle internationale. En plus, avec la mondialisation, on sait très bien qu’il y a une forte acculturation puisqu’on mange chinois, on part en vacances en Tunisie, on regarde des films américains etc…

Cela dit, une nation unique et uniforme au monde me paraît dangereuse si on était tous dirigé par un « Kadhafi ». Il faut préserver les nations mais ouvrir les frontières comme avant 1974, afin d’avoir des flux humains qui circulent librement avec une régulation modérée de l’Etat pour éviter les dictatures économiques. Je ne pense pas qu’un homme qui vivait sous le soleil et qui s’installe loin de sa famille à envie de se sédentariser définitivement en France, avec des gens qui lui font la gueule et qui le traitent de bougnoul. Pour résumer je citerai Socrate qui disait : « Je ne suis ni Athénien, ni Grec, mais un citoyen du monde. »

Ornella Dullelari StreetPress

Lu dans le Blog de Vincent Cespedes à propos du débat sur l’identité nationale

http://www.vincentcespedes.net/blog/index.php?2009/12/08/30-tremble-francite#co

Tremble, francité !

On aurait tort de voir dans l’appel au débat sur l’identité nationale une invitation à une grand-messe fraternisante : ce genre de débat-là, tombé d’en haut et encadré par les préfets, est fait pour déchirer. Le concept même d’identité (ce qui reste toujours le même) est d’essence défensive et offensive. Conçu pour agiter mille menaces et résister aux identités adverses, il réaffirme la victoire de Parménide sur Héraclite, de l’Être absolu sur le Flux changeant. Et l’identité nationale étend cette paranoïa à la nation. Comment garder son calme ? Faut-il trouver à tout prix un consensus sous peine d’être taxés d’« antinationaux » par le front des anti-antiracistes, des déclinologues et les adeptes du « Nous » contre « Eux » ?

Problème. À l’instar de l’arabité, de l’ivoirité ou de la belgitude, la francité reste introuvable dans les souches généalogiques, les patrimoines génétiques et les pedigrees. Malgré les efforts d’un Brice Hortefeux, nul n’a réussi à ce jour à distinguer un bon Français d’un Auvergnat. Et près d’un tiers des mariages contractés en France sont mixtes, qu’ils soient « roses » (d’amour), « blancs » (truqués) ou « gris » (extorqués), cette nouvelle catégorie étant qualifiée « d’escroquerie sentimentale à but migratoire » par le ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale, Éric Besson.

Solutions ? S’agit-il de brandir fièrement les valeurs de la République (indivisible, laïque, démocratique et sociale, d’après la Constitution) ? De fait, les paniqués du péril multiculturaliste-communautariste mettent bien peu de zèle pour faire le grand écart entre un jeune à capuche et Sarkozy Jr. Faut-il en outre jeter en prison notre Renaud national pour avoir chanté « la Marseillaise même en reggae, ça m’a toujours fait dégueuler… et votre République, moi, j’la tringle » ?
Il y a deux mille ans, le géographe Strabon critiquait les Gaulois pour leur morgue et leur obsession de la parure. Si l’identité nationale verse inévitablement dans la caricature, laissons donc aux étrangers le soin de nous brosser le cliché ! Certains nous voient cartésiens, d’autres sensuels et rouleurs de pelles, d’autres encore, arrogants, gonflés d’un anarchisme de pacotille que contredisent des tendances foncièrement bourgeoises.

Cauchemar. L’historien Fernand Braudel démontre que l’identité de la France se nourrit historiquement de sa diversité foisonnante. Or, celle-ci a toujours été le cauchemar des administrations. Dans son abstraction militante, la phraséologie française de l’universalisme sert avant tout de paravent à un nationalisme gallocentré qui refuse de dire son nom. Mais la langue françoise ? Ailleurs, elle se dit « québécoise » ; et Aimé Césaire en exprime bien la nature polymorphe lorsqu’il parle « des francophonies » au pluriel. Et l’histoire de France ? Elle justifie ce que l’on veut, dit pertinemment Paul Valéry : « Elle n’enseigne rigoureusement rien, car elle contient tout, et donne des exemples de tout. »
Dès lors, si l’on boudait le débat anxiogène sur l’identité nationalepour laisser à chacun le choix de définir sa propre identité ? Le 8 décembre, quand l’Assemblée s’empêtrera à son tour, que les députés pensent bien à Nathalie Sarraute, Française juive d’origine russe : « Vu de l’intérieur, l’identité n’est rien. »

Vincent Cespedes

Vincent Cespedes

Mélangeons-nous

Enquête sur l’alchimie humaine

Libella Maren Sell (2006)

 

Présentation de l’éditeur

 » Se mélanger socialement, ce n’est pas prendre un bain de foule, c’est prendre un bain d’autres, ayant chacun un visage, un nom, une dignité « . Rompant avec l’individualisme crispé sur les faux bonheurs de la culture de masse, Mélangeons-nous invite à une rencontre respectueuse et créative avec cet homme, cette femme, cet étranger, capables de nous transformer et de nous conduire jusqu’à des versants ignorés de nous-mêmes.

Plus encore qu’un hymne à l’ouverture, Mélangeons-nous est un Manifeste pour les années à venir. Il s’agit de faire du XXe siècle le premier siècle  » mixophile  » de l’Histoire. Une ère d’entraide, d’hospitalité et de disponibilité assez puissante pour dépasser la volonté d’assujettir, le management des névroses, et les terrorismes de démence ou d’Etat. Rendre les relations plus fécondes et fluidifier les identités, tel est l’horizon qui s’offre à nous. C’est sur ce nouveau territoire que nous convie Vincent Cespedes, nous frayant un passage entre les pensées, sagesses et auteurs auxquels il s’est lui-même mélangé. Au cours d’un voyage passionnant dans l’alchimie des rapports humains, où pointent les dérives fusionnelles du sécuritaire et du repli sur soi, Mélangeons-nous réinvente des formes de mixité intime, culturelle et sociale. Au-delà du simple essai philosophique, ce livre propose de vivre autrement.

Pour se procurer l’ouvrage de Vincent Cespedes Mélangeons-nous : Enquête sur l’alchimie humaine

 

 

Posted in Actualité, philosophe, Point de vue | Tagué: , , , , , , | Leave a Comment »

Face au chaos, que peut la philosophie ?

Posted by Hervé Moine sur 27 février 2011

« La philosophie ne doit point mourir car sa mort entraînera inévitablement la mort de l’Homme… » telle est la dernière phrase de l’article intitulé « La philosophie aujourd’hui », d’Atmane Bissani, professeur à la faculté des Etudes Françaises Faculté Polydisciplinaire Errachidia, paru dans le journal marocain Libération le 24 février dernier.

Le chercheur universitaire qui a dernièrement publié « L’altérité à travers La Nausée et Huis clos de Jean-Paul Sartre« , pose ici la question de savoir si la philosophie peut encore jouer un rôle aujourd’hui dans un monde qui est proche du chaos. Par un retour à la fonction de la philosophie et notamment l’étude de son rapport à la citoyenneté, il montre qu’elle développe des comportements civiques. Les déroutes que connait le monde aujourd’hui seraient consécutifs justement au recul de la pratique de la philosophie dans la cité. Et plus particulièrement dans le cas du monde arabe, la philosophie est devenue une urgence, aujourd’hui plus que jamais, car elle purifie les esprits et cultive le raisonnement cosmopolite.

Hervé Moine, ActuPhilo

La philosophie aujourd’hui

Article d’Atmane Bissani paru le 24 février 2011 paru dans Libération-Maroc

http://www.libe.ma/Fenetre-La-philosophie-aujourd-hui_a17284.html?print=1

Face au chaos qui commence à régner dans le monde actuel, face à la montée en spirale de la violence de part et d’autre, face aux défis de la mondialisation et face à la logique de la technique qui a participé, d’une part, au/du soulèvement des peuples arabes (Internet) et qui, d’autre part, participe au massacre du peule libyen en ce moment que peut la philosophie ? Quelle leçon peut-elle avancer aux citoyens du monde ?

Fille de la cité, la philosophie avait pour leçon primordiale la civilisation des gens. Elle avait une fonction pédagogique visant la création d’une culture fondée essentiellement sur l’éthique de la discussion. A cet effet, la philosophie apprenait aux Athéniens que la seule et unique manifestation de la civilité de l’individu était sa capacité de débattre de différents sujets dans un climat de controverses garantissant aux orateurs le droit à la différence et à la distinction. Les Athéniens avaient, dès lors, le sentiment d’une citoyenneté sans laquelle leur existence aurait été superfétatoire. Comportement raffiné et civilisé, la citoyenneté était ce miroir au fond duquel se reflétait la maturité de la pensée athénienne et, de là, sa mise en pratique dans les différents contextes de la vie. Aussi le sens de citoyenneté se concrétisait-il chez les Athéniens grâce aux apports de la pensée libre et responsable que déployait la leçon philosophique. De là, à Athènes, la philosophie était pour la citoyenneté ce que l’âme est toujours pour le corps.

S’il en est ainsi, la réflexion sur la leçon de la philosophie, fondement de toute pratique citoyenne, est tellement vaste que nous allons nous contenter de rappeler ici ce qui urge pour notre situation actuelle dans le monde en tant qu’entités radicalement différentes.

Pratiquement, la philosophie, telle qu’elle se conçoit aujourd’hui, est l’art de déconstruire le quotidien, c’est dire le saisir dans son dessaisissement, dans ses lignes de fuites, dans ses métaphysiques, dans ses détails et dans ses contradictions afin de le re-penser et, ipso facto, participer à sa refonte. Un tel re-penser et une telle refonte du quotidien doivent se faire fondamentalement dans un cadre instauré sur le principe de l’espace public qui permet à tout un chacun de contribuer au devenir non seulement de son être, mais aussi de sa cité et de sa communauté à partir de la vision du monde qu’il adopte. Etre citoyen, donc, revient à dire appartenir à une communauté assurant au sujet le droit au dire et au faire loin de toute idéologie de ressentiment ou d’exclusion, c’est pouvoir mettre en exercice son droit d’être tout en reconnaissant le droit d’être des autres. Ce comportement civique doit pratiquement s’apprendre aux citoyens depuis les débuts de leur scolarisation, moment où ils commencent à apprendre leurs différences et leurs particularités. La philosophie, suivant cette logique, apprend aux petites comme aux grandes gens que la citoyenneté est avant tout la dichotomie droit/devoir, certes. Mais, la citoyenneté est aussi la promotion de la culture de pluralité, de diversité et de mansuétude.

La philosophie développe chez les individus un comportement civique qui libère leurs potentialités imaginatives et leur permet de les exposer sans crainte d’autrui. Elle a le mérite de cultiver chez eux la culture de l’Agora et par conséquent la culture de la citoyenneté qui pose que toutes les opinions sont discutables car elles sont humaines et donc leurs vérités, la logique le stipule, sont relatives. La culture de l’Agora, comme comportement policé, tend à rendre universel le sens noble que recèle l’affinité philosophie/citoyenneté. Il s’agit là de réhabiliter les déroutes et les aberrations introduites dans les sociétés humaines suite au malheureux recul qu’a connu la pratique de la philosophie dans la cité actuelle.

Cet état des lieux traduit une exclusive vérité : la récupération de l’essence de la citoyenneté est inhérente à la re-naissance de la leçon de la philosophie. Dans le cas du monde arabe, il faut dire que la philosophie est devenue une urgence aujourd’hui plus que jamais car elle purifie les esprits et cultive le raisonnement cosmopolite. Aucune autre discipline n’est habilitée à remplacer la philosophie. Par contre toutes les autres disciplines ont besoin de la trace de la philosophie pour mieux rayonner. En peu de mots disons ceci : politique, économie, littérature, histoire, etc. en tant que disciplines ne sont possibles que si elles sont fondées sir la logique de la philosophie. La philosophie ne doit point mourir car sa mort entraînera inévitablement la mort de l’Homme…

Jeudi 24 Février 2011 Atmane Bissani Source : http://www.libe.ma

 

L’altérité à travers

La Nausée et Huis clos de

Jean-Paul Sartre

étude analytique

Editions Universitaires Europeennes (décembre 2010)

Pour se procurer L’Altérité à travers la Nausée et Huis Clos de Jean-Paul Sartre

 

Le nouvel ouvrage d’Atmane Bissani : L’Altérité selon l’œuvre sartrienne

« L’altérité à travers La Nausée et Huis clos de Jean-Paul Sartre », est l’intitulé du dernier ouvrage d’Atmane Bissani, enseignant de la littérature française à la faculté polydisciplinaire d’Errachidia, paru fin 2010, en langue française, aux éditions Universitaires Européennes.

L’ouvrage, décliné en 360 pages en format moyen, se propose de revenir sur la philosophie sartrienne, son existentialisme, et ce à partir de l’étude du roman « La Nausée » et de la pièce de théâtre « Huis Clos » du philosophe et écrivain français.

Thème philosophique majeur dans ces deux œuvres, l’Altérité est abordée dans toutes ses facettes. Sartre, étant un adepte de la phénoménologie, y examine l’existence humaine dans ce qu’elle a de plus compliqué et de plus abscons, en l’occurrence son incompréhensibilité et sa complexité. Il s’agit ainsi de repérer les ingrédients de la théorie de l’altérité tels qu’ils étaient étalés, expliqués et analysés par le père de l’existentialisme Jean-Paul Sartre, mais aussi tels qu’ils sont dégagés par l’auteur, à travers une lecture profonde d’une réflexion philosophique singulière.

Jean-Paul Sartre qui se positionne, tour à tour, comme philosophe et écrivain, réunissant ainsi le raisonnement de Spinoza et l’imagination littéraire de Stendhal, est incontestablement l’un des seuils épistémologiques incontournables dans la compréhension des grands tournants ayant traversé et fait l’Histoire du XXe siècle.

Son œuvre, diffuse et confuse, est fondée principalement sur la question de l’être en tant que conscience responsable de sa quiddité et de son devenir. En effet, Sartre interroge la condition d' »être » à partir de la mise en scène de la conscientisation comme moteur de fonctionnement.

« L’on parle de plus en plus de dialogue de cultures et de civilisations, et je pense personnellement que cette thématique relève d’abord d’une réflexion philosophique avant tout, d’où l’impérieuse nécessité de revenir aux sources de cette thématique devant régir les relations entre membres de l’espèce humaine », estime l’auteur de « L’altérité à travers La Nausée et Huis clos de Jean-Paul Sartre ». Atman Bissani n’est pas à son premier jet en la matière, il avait déjà publié en 2009 un ouvrage intitulé « De la Rencontre, essai sur le possible », où il décline, sur une centaine de pages, plusieurs notions liées à l’altérité telles le dialogue, l’entretien, l’échange et l’acculturation, et engageant nécessairement une volonté de s’ouvrir sur l’Autre, « comme il est et non comme on souhaite le voir ».

MAP Samedi 1 Janvier 2011

Source : http://www.libe.ma

 

Posted in Actualité, Les parutions, philosophe, philosophie | Tagué: , , , | 1 Comment »

Décès de Jean-Paul Dollé. L’infatigable philosophe de la ville s’en est allé.

Posted by Hervé Moine sur 5 février 2011

Jean-Paul Dollé philosophe, essayiste et romancier est décédé le 2 février 2011, à l’âge de 71 ans apprenait-on hier par la presse. Figure touchante, il fut l’un des premiers philosophes à s’intéresser à la ville et est devenu un militant de la citadinité et de la citoyenneté.

Né en 1940, Jean-Paul Dollé enseignait depuis 1969 à l’École d’architecture de Paris-la Villette. Il fut très actif lors des événements de Mai 68. Il s’était d’ailleurs fait connaître avec un livre inspiré par mai 1968, Le Désir de révolution.

Devenu l’un des animateurs du débat public sur la ville, sur la question de l’urbanité et de la citoyenneté, il fut cofondateur de Banlieue 1989, et a été un militant de la citadinité, l’essentiel étant pour lui que la citadinité devienne un enjeu fondamental de la recherche philosophique et de la scène politique démocratique. En outre, il animait le réseau architecture-philosophie composé d’architectes, de chercheurs et de philosophes.

Aux Éditions Lignes, il a publié Le Territoire du rien (ou la contre-révolution patrimonialiste) en 2005 et L’Inhabitable capital, en 2010. D’autre part, Il avait publié il y a peu une biographie de son ami Pierre Goldman : L’Insoumis, vies et légendes de Pierre Goldman,

Jean Paul Dollé est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages :

  • Le Désir de révolution, Grasset, 1972
  • Voie d’accès au plaisir : la métaphysique, Grasset, 1974
  • Le Myope, Grasset, 1975
  • L’Odeur de la France, Grasset, 1977
  • Haine de la pensée : en ces temps de détresse, Denoël, 1978
  • Danser maintenant, Grasset, 1981
  • Véra Sempère, Grasset, 1983
  • Monsieur le Président, il faut que je vous dise, Lieu Commun, 1983
  • Fureurs de ville, Grasset, 1990
  • L’Insoumis : vies et légendes de Pierre Goldman, Grasset, 1997
  • L’Ordinaire n’existait plus, L. Scheer, 2001
  • Métropolitique, Éd. de la Villette, 2002
  • Le Territoire du rien ou La contre-révolution patrimonialiste, Lignes, 2005
  • Conversation sur la Chine entre un philosophe et un architecte (avec Philippe Jonathan), L’Aube, 2007
  • La Joie des barricades, Germina, 2009
  • L’Inhabitable capital, Lignes, 2010

Hervé Moine

Posted in Actualité, Carnet, philosophe, philosophie | Tagué: , , , , , | Leave a Comment »

Comment la philosophie hellénique conçoit-elle le citoyen ?

Posted by Hervé Moine sur 19 février 2010

Congrès philosophique du 4 au 6 mars 2010

à Alexandrie en Grèce

La conception du citoyen dans la philosophie hellénique


Stèle représentant la Démocratie couronnant le Peuple (Athènes, musée de l'Agora)

C’est sous l’égide du patriarche d’Alexandrie et d’Afrique, Théodoros II, et de l’Académie d’Athènes qu’aura lieu du 4 au 6 mars 2010 à Alexandrie en Grèce, le 2ème Congrès Philosophique dans la Bibliothèque patriarcale sur le thème « La conception du citoyen dans la philosophie hellénique ».

Ce congrès est organisé par le Centre de recherches de la Philosophie hellénique de l’Académie d’Athènes, avec le soutien de la Banque nationale de Grèce (BNG) et de la Société foncière de l’Etat.

Des professeurs d’universités du monde entier (Athènes, Sorbonne, Bruxelles, Rome, Le Caire) présenteront leurs positions sur la question.

Posted in Colloque, conférence, congrès | Tagué: , , , | Leave a Comment »

« Comprendre les inégalités » le mardi 17 novembre 2009 à Paris

Posted by Hervé Moine sur 20 septembre 2009

www.inegalites.fr
Pour nous soutenir, faites en don
« Comprendre les inégalités »
Journée de formation de l’Observatoire des inégalités

Quel diagnostic porter sur l’état des inégalités et des discriminations en France ? Comment s’articulent les différentes problématiques ? Quelles réponses y apporter ?

Fort de ses six années d’expérience de recherche dans le domaine des inégalités et des discriminations, le département formation* de l’Observatoire des inégalités propose son module :

« Comprendre les inégalités » le mardi 17 novembre 2009 à Paris

Cette formation, dispensée par les membres de l’Observatoire, s’adresse à tous les acteurs de l’entreprise, des associations ou des collectivités locales qui cherchent à mieux comprendre les transformations du monde contemporain et définir des pistes pour réduire les écarts qui séparent les citoyens.

L’Observatoire des inégalités s’appuie sur un réseau d’experts reconnus dans leurs différents domaines de compétence. La formation reposera sur les éléments quantitatifs et les analyses collectés sur notre site www.inegalites.fr.

Les axes de travail qui seront abordés :
– Les inégalités : un problème social, éthique et politique. Une approche philosophique du débat public.
– Les outils : comment définir les inégalités ? Quels indicateurs utiliser ? Quelles représentations.
– La France inégale : panorama synthétique de la situation actuelle, des discriminations aux inégalités de revenus, en passant par l’école, la santé ou le logement.
– Inégalités et discriminations : où en est-on aujourd’hui en France ? Comment les mesurer ?

Vous trouverez tous les détails de cette formation sur notre site Internet :
-> Voir le programme détaillé
-> Voir les modalités d’inscription

Renseignements et contacts :
Observatoire des inégalités
Département formation
35 rue du Canal
37000 Tours
Tél. : 02 47 44 63 08
info-formation@inegalites.fr

*enregistré sous le n° 24 37 02526 37 auprès du préfet de la région Centre

Posted in Evénement, Lu sur la toile, philosophie | Tagué: , , , , , , | Leave a Comment »

Semaine d’éducation contre le racisme

Posted by Hervé Moine sur 15 mars 2009

Du 16 mars au 21 mars, le Semaine d’éducation contre le racisme est marquée par de nombreuses manifestations organisées par le collectif pour la Semaine. L’occasion pour nous de réfléchir sur ce thème, pour comprendre certainement mais aussi pour trouver le moyen de lutter efficacement contre ce qui ne devrait plus être.

semracisme

Posted in Actualité, LPO Pointe-Noire, Term. ES, Term. L, Term. S, Term. STI | Tagué: , , , | Leave a Comment »

Etude du Livre I du Contrat Social de Rousseau Cours n°12

Posted by Hervé Moine sur 11 février 2009

Jean Jacques Rousseau

Jean Jacques Rousseau

Analyse du chapitre VII « Du souverain »

Dans le §1. de ce chapitre, Rousseau nous dit que les rapports entre les particuliers et la communauté reposent sur la réciprocité. Cependant un problème se pose. L’individu aliène tous ses droits au profit de la communauté et se soumet à la volonté générale. En échange, la communauté lui garantit sa sécurité et sa liberté. Cependant il appartient à cette communauté, c’est donc un peu comme si le particulier s’était engagé envers lui-même. Or, juridiquement, l’engagement envers soi-même est nul car la personne est une et ne peut se dédoubler. En revanche, moralement, on peut estimer qu’il y a en tout homme une dualité. Nous sommes à la fois un être sensible et un être de raison. Et l’être sensible que nous sommes peut s’engager envers l’être de raison que nous constituons. L’être sensible, soumis aux caprices changeants des sens, peut décider qu’il obéira à la raison qui est en lui et qui, elle, ne change pas. Par exemple, il peut s’engager à ne plus boire d’alcool, Rousseau, en moraliste transporte dans le domaine politique un dédoublement de l’individu. Tout membre de la communauté, dans la mesure où il relève à la fois de l’État et du souverain, apparaît dans le même temps comme sujet et comme législateur. Le sujet peut s’engager à obéir au législateur. Mais comme il est législateur, le sujet s’engage donc vis-à-vis de lui-même ou, plus exactement, engage la partie la plus impulsive de lui-même vis-à-vis de la plus raisonnable. Il y a bien deux parties contractantes.

La souveraineté absolue du peuple

Dans le §2., Rousseau poursuit sa réflexion, il dit qu’« il est contre la nature du corps politique que le souverain s’impose une loi qu’il ne puisse enfreindre ». Le peuple est souverain dans la mesure où il élabore les lois auxquelles il se soumet. Cependant, le souverain peut renoncer à une loi qu’il a instituée pour en adopter une nouvelle. S’il ne pouvait changer les lois aussi souvent qu’il le désire, il ne serait plus libre mais dominé par des lois immuables, et perdrait sa souveraineté. Le souverain doit pouvoir entreprendre à chaque instant ce qu’il juge le meilleur.

Le peuple peut décider de renoncer au contrat social. Il a donc le pouvoir de se dissoudre en tant que peuple pour redevenir la multitude, l’agrégation gouvernée par des rapports de force qu’il était autrefois. Il est clair, cependant, que le peuple n’a pas intérêt à défaire le contrat auquel il doit son existence. Mais Rousseau entend affirmer la souveraineté absolue du peuple et la pousse jusqu’à ses plus extrêmes limites.

le pouvoir du souverain est destiné à protéger la liberté des sujets, non à l’aliéner

Dans le §3. Les citoyens ont aliéné tous leurs droits à la communauté afin qu’elle protège leur liberté, en particulier, contre une puissance étrangère. Aussi le pacte social est-il contredit, violé, si l’obéissance à une telle puissance est imposée par le souverain au sujet. Car le pouvoir du souverain est destiné à protéger la liberté des sujets, non à l’aliéner. Sinon, il perdrait sa raison d’être. De plus, le contrat social n’est pas simplement un acte matériel qui crée une communauté matérielle. Il est également un acte spirituel fondé sur une croyance quasi religieuse en un être que l’on croit tout puissant, juste et « sacré » : la communauté, le souverain. Si cet être trahit la confiance que l’on a mise en lui, s’il ne respecte plus son engagement d’assurer la liberté de ses membres, s’il les fait esclaves d’une puissance étrangère, alors il perd leur confiance et, du même coup, son caractère « sacré » s’anéantit.

En revanche, le souverain peut bien passer avec d’autres souverains des accords et s’obliger à les respecter. Mais ces accords doivent présenter un double caractère : ils doivent d’une part procurer au souverain certains avantages et d’autre part être compatibles avec le respect de la liberté des sujets.

Les « membres » s’engagent à défendre le « corps » et le « corps » à défendre les « membres »

Dans le §4. Rousseau dit’ « on ne peut offenser un des membres sans attaquer le corps… » : « Le corps », c’est-à-dire l’État, la communauté tout entière, a le devoir de se porter au secours de l’un de ses « membres » attaqué dans ses intérêts légitimes. Il s’agit en effet d’un engagement réciproque. Les « membres » s’engagent à défendre le « corps » et le « corps » à défendre les « membres ». Rousseau estime même qu’il n’est pas besoin d’obliger le souverain à se porter au secours des membres de la communauté car, guidé par la seule raison, il respecte son engagement automatiquement.

Remarque sur la notion de « raison d’Etat »

En fait l’État, pour des raisons qui lui sont propres, peut sacrifier l’intérêt légitime de ses membres. Il est arrivé que des citoyens lésés par une puissance étrangère ne trouvent pas dans l’État le défenseur attendu. Ils ont été sacrifiés à ce que l’on appelle « la raison d’État », c’est-à-dire à des intérêts généraux dont la défense implique malheureusement le renoncement aux intérêts légitimes des membres spoliés. Il existe dans le monde plus d’un personnage officiel de l’État qui n’hésite pas à sacrifier ces intérêts au nom d’une prétendue raison d’État, comme s’il y avait pour l’État une raison plus forte que l’intérêt de ses membres. Evoquer une prétendue « raison d’État », c’est laisser entendre qu’il a des intérêts supérieurs à ceux de ses membres, alors qu’il n’existe que pour les protéger. Lorsque le moyen (l’État) devient fin, il y a perversion. Dans le monde de multiples ambassadeurs, lorsqu’ils ont à défendre leurs concitoyens, appliquent le principe opportuniste bien connu : « pas de vagues ! » et, pour préserver des relations commerciales, politiques ou même leur carrière personnelle, abandonnent leurs concitoyens agressés à leur triste sort. Mais lorsque le corps est attaqué, les membres n’ont pas d’autre possibilité que de se porter au secours de l’État (en temps de guerre les déserteurs sont fusillés). En revanche, lorsque les membres sont attaqués, nombreux sont les États qui n’hésitent pas à les sacrifier, violant ainsi les principes qui ont institué la communauté. Par ailleurs, indépendamment d’une agression étrangère, l’État peut négliger ses devoirs, violer la loi, léser les particuliers qu’il devrait protéger. Il peut demander à ses agents de voler, mentir, dissimuler, tuer,… Dans les démocraties modernes, des institutions (Tribunal administratif, Conseil d’État) permettent aux particuliers de porter plainte contre les abus de l’État qui est souvent condamné. Cet aspect semble avoir échappé à Rousseau. Il précise cependant que, peu nombreuse, la magistrature est plus efficace, mais que plus elle s’accroît, moins elle devient dangereuse. Une petite cité pourrait se contenter de quelques magistrats et même, dans la démocratie directe, le corps politique tout entier pourrait s’en passer. Dans un grand État, l’efficacité requiert une concentration du pouvoir entre leurs mains. Toutefois, la magistrature contient un risque dans son esprit de corps, sa volonté propre et sa tendance à confondre ses intérêts avec ceux de l’État, à « usurper la souveraineté » (livre III).

La solidarité du corps politique

Selon Rousseau, il y a solidarité entre les membres du corps politique et le corps politique dans son ensemble. Cette solidarité doit être distinguée de la solidarité familiale, classique ou tribale. Cette dernière, d’ordre affectif, repose sur des croyances plus ou moins mystiques et irrationnelles que l’on peut illustrer par la pratique de la vendetta aujourd’hui en voie de disparition. La solidarité du corps politique a pour principe le contrat social. Elle n’est pas affective mais rationnelle. « Ainsi, dit Rousseau, le devoir et l’intérêt obligent également les deux parties contractantes à s’entraider mutuellement, et les mêmes hommes doivent chercher à réunir sous ce double rapport tous les avantages qui en dépendent. » On voit bien l’intérêt qui en résulte pour les membres du corps politique : leur liberté est protégée par la force commune. Mais quel intérêt le corps politique lui-même trouve-t-il dans la solidarité qu’il manifeste à l’égard de ses membres ? Le corps politique est un être moral qui repose sur la confiance de ses membres. S’il ne défend pas leur liberté, cette confiance disparaît et avec elle le corps politique. Donc, en défendant ses membres, le corps politique défend sa propre existence.

Dans le §5., Rousseau ajoute qu’ « il est impossible que le corps veuille nuire à tous ses membres » : Pour lui, le souverain, étant constitué par l’ensemble des membres et agissant selon des lois générales, ne peut « nuire à tous ses membres », ni d’ailleurs « à aucun en particulier ». Il n’a donc « nul besoin de garant envers ses sujets ». En fait, on constate parfois que la bureaucratie totalitaire a subordonné à ses propres intérêts l’intérêt des membres de l’État, si bien que la liberté individuelle a fini par être aliénée. Nous ne sommes donc jamais assurés du respect par l’État de l’intérêt de ses membres.

Engagements du citoyen

Dans le §6., Rousseau, fait allusion à la répression. Dans le §7. il affirme que dans et par le contrat l’individu devenu citoyen s’engage et il est tenu de tenir ses engagements. Et si tel n’était pas le cas, on peut avoir recours à la répression. Comme membre du corps politique, l’existence de l’individu est conditionnée par celle de tous. L’existence absolue est l’existence de l’individu avant le contrat, lorsque chaque homme n’existait que pour lui-même. Après le contrat, il n’existe que par et pour la communauté. Il a une existence relative. Tout membre de la communauté s’engage à soumettre sa volonté particulière à la volonté générale et accepte à l’avance l’utilisation de la force pour le contraindre à respecter son engagement.

Avantages et inconvénients du contrat ; droits et devoirs du citoyen

Tout contrat implique à la fois des avantages et des inconvénients. Les uns ne vont pas sans les autres. Mais certains individus s’accommodent fort bien de jouir des avantages sans assumer les inconvénients. Ils veulent bénéficier de la sécurité et de la liberté que procure la vie dans une société démocratique, sans s’acquitter de leurs obligations (impôts, service militaire, respect des lois,…) à l’égard de leur société. En bref, évoquant toujours leurs droits, ils ne parlent jamais de leurs devoirs. Rousseau estime que de tels individus doivent être contraints par la force publique à respecter leurs devoirs. Sans cela, ceux qui se conduisent correctement se sentiront lésés et perdront leur confiance dans l’État. Or, un État qui a perdu cette confiance est moribond, au bord de la « ruine ». Tout citoyen doit avoir la garantie que, lorsqu’il obéit aux lois, les autres sont aussi tenus de le faire et que s’ils désobéissent ils seront châtiés, le châtiment pouvant aller jusqu’à la peine capitale. C’est à cette condition que le contrat qu’il a souscrit n’est pas un marché de dupes.

Forcer l’individu à être libre

Forcer l’individu à être libre telle est l’idée sur laquelle se termine ce chapitre, §8.. Pour Rousseau, les citoyens avaient tacitement souscrit à une loi fondamentale en acceptant les avantages de la vie en communauté. En contraignant les récalcitrants à accomplir leurs devoirs, on les contraint à se soumettre à cette loi. On leur permet ainsi d’échapper à leurs passions individuelles asservissantes et donc d’être libres. C’est la raison de chacun qui exige que « quiconque refuse d’obéir à la volonté générale y sera contraint par tout le corps ». Ceux qui violent la loi occultent la raison. C’est à la patrie que le citoyen se donne, non à une autre personne. Dès lors, « la dépendance personnelle » disparaît et la liberté est préservée.

Posted in Etude d'une oeuvre, LPO Pointe-Noire, Philo bac, philosophe, philosophie, Rousseau, Term. ES, Term. L, Term. S, Term. STI | Tagué: , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Etude du Livre I Contrat Social de Rousseau Cours n°11

Posted by Hervé Moine sur 10 février 2009

Jean Jacques Rousseau

Jean Jacques Rousseau

Analyse de la suite du chapitre VI « Du pacte social »

(cf. §1 à §7)

Reprenons notre étude au §8 du chap.VI.

Mais rappelons le contenu du chapitre précédent. Rousseau nous expliquait que l’aliénation des droits au profit de la communauté doit être, d’une part, totale, absolue. Nous avions dit, qu’en cela, Rousseau s’opposait à la fois à Spinoza et à Locke. D’après l’auteur du Contrat Social, si cette aliénation doit être absolue c’est dans le but d’éviter les risques de conflits. En effet, selon lui, s’il restait quelques droits aux membres de la communauté, ils pourraient les exercer contre la communauté et il y aurait ainsi risque de conflit. Cette aliénation des droits au profit de la communauté doit, d’autre part, se faire au profit de « toute » la communauté.

Aucun droit ne doit être conservé.

Si cette « aliénation totale » doit se faire au profit de « toute » la communauté, cela signifie qu’elle se fait au profit de soi-même, étant donné que chacun fait partie de cette communauté. Pour Hobbes l’aliénation doit se faire au profit d’un homme et non de tous. D’autre part, elle ne concernait pas « chaque associé » puisque l’un d’eux, le souverain, n’aliénait rien, celui-ci conservant l’intégralité de son droit naturel sur toutes choses et contre tous les hommes. Or, renoncer à tous ses droits au profit d’une communauté dont on fait partie n’est pas y renoncer au profit d’un seul ou de quelques-uns. Dans le premier cas, (thèse de Rousseau) on préserve sa liberté ; dans le second, (thèse de Hobbes) on la perd.

Problème : N’y a-t-il pas inégalité dans cette aliénation des droits ?

Rousseau affirme que la condition de cette aliénation « est égale pour tous ». Dès lors un problème se pose, problème qu’on peut énoncer de la manière suivante : Si le contrat, pour être juste, doit être le même pour tous cela signifie que tous aliènent leurs droits, leur puissance, or, il se trouve que la puissance des individus n’est pas la même. En effet, les plus puissants ou les plus riches, en sacrifiant la totalité de leurs droits, de leur puissance et de leur richesse, n’alièneraient-ils pas davantage que les autres ? Par conséquent, la situation ne semble pas la même pour tous.

Pour Rousseau, il est vrai que les riches et les plus puissants sont bien plus menacés que les pauvres aussi bien dans leur vie que dans leurs richesses. En effet, d’une part, les pauvres, possédant évidemment peu, comment susciteraient-ils la convoitise ? Ils semblent qu’ils soient bel et bien à l’abri du danger. Et, d’autre part, les riches, possédant beaucoup, ne courent-ils pas, en revanche, un grand danger ? Or celui-ci disparaît grâce justement au contrat, les riches trouvant ainsi la sécurité. Certes, il est vrai qu’ils apportent bien plus que les autres, cependant, ils reçoivent davantage, le risque, pour eux, étant plus grand. Ainsi, tout compte fait, on peut bien dire que la condition est bien « égale pour tous », puisque tous reçoivent au moins autant que ce qu’ils donnent. On gagne proportionnellement à ce que l’on perd.

On peut remarquer d’ailleurs, que l’apport du pauvre est non-négligeable, celui-ci apportant sa caution morale, nécessaire à l’institution du corps politique. Par conséquent, le riche apporte moins que ce que l’on pense et le pauvre plus que ce que l’on croit, et de ce fait, on peut dire que leurs apports respectifs peuvent être considérés comme équivalents.

On gagne l’équivalent de ce que l’on perd

Dans le §8. Rousseau précise sa pensée en affirmant que si les particuliers avaient conservé un quelconque droit, ceux-ci estimeraient, en ce qui concerne ce droit, être les seuls juges. Dès lors, lorsque des conflits relatifs à ces droits surgiraient, ils auraient tendance à se faire justice eux-mêmes. (Nous savons ce que pense Rousseau de cette idée !) Et, si ce comportement devait devenir habituel, la société se résoudrait à l’état social dans lequel règne la loi du plus fort. C’est pourquoi, aucun droit ne doit, en aucun cas être conservé. Ce n’est que de cette manière que les conflits pourront être jugés non par les individus eux-mêmes, mais par un « supérieur commun » (juges, tribunaux, …) qui offrira les garanties nécessaires de justice et d’impartialité.

Dans le §9. Rousseau reprend une de ses intuitions fondamentales : il ne faut en aucun cas remettre ses droits et sa liberté entre les mains d’une autre personne ; il faut éviter à tout prix de dépendre d’autrui. En effet, dépendre d’un quelconque particulier, ce que proposent les absolutistes, c’est perdre sa liberté. En revanche, dépendre d’une communauté régie par la raison est compatible avec la liberté individuelle. Lorsque nous renonçons à tous nos droits au profit de la communauté, autrui, qui en fait partie, les acquiert. Et quand autrui à son tour aliène ses droits au profit d’une communauté dont nous faisons partie, nous acquérons ses droits. C’est pourquoi « on gagne l’équivalent de ce qu’on perd ».  Dans l’état social, caractérisé par l’injustice et la guerre de tous contre tous, chacun ne peut compter que sur lui-même pour défendre ses droits. En revanche, dans la société instituée par le contrat, chacun peut également compter sur ce que Rousseau appelle « la force commune ». Ainsi, dans la société démocratique, nos droits, nos biens, étant protégés par tous, sont beaucoup moins menacés que dans l’état social.

« la volonté générale »

Dans le paragraphe suivant, §10. la notion de « volonté générale » prend une place importante. « Chacun de nous, dit rousseau, met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale ; et nous recevons en corps chaque membre comme partie indivisible du tout ».

Selon Rousseau, la volonté est générale lorsqu’elle est raisonnable. En effet, en se plaçant sous sa direction, chacun se place sous la direction de la raison et donc de soi-même, puisque chacun est doté de raison. En chaque homme coexistent une volonté générale, expression des exigences de sa raison, et une volonté particulière reflétant ses passions. Toutefois, il faut bien distinguer la volonté générale de la « volonté de tous ». Celle-ci est simplement une coalition provisoirement majoritaire d’intérêts particuliers, ou si l’on veut « une somme de volontés particulières ». Contrairement à la volonté de tous, la volonté générale « ne regarde qu’à l’intérêt commun » dira Rousseau au livre II, chapitre III de l’ouvrage. Rousseau explique que lorsque les « associations partielles », c’est-à-dire les groupes de pression, « les brigues », les factions se substituent aux citoyens, l’exercice de la démocratie ne peut-être que perturbé. En effet, « les différences deviennent moins nombreuses et donnent un résultat moins général » (livre II, chapitre III). Parfois une association trop influente s’impose et un « avis particulier » l’emporte sur la volonté générale. Aussi faut-il soit interdire les associations, soit les multiplier pour que leurs différences finissent par se neutraliser.

Quant à l’élection de représentants, elle est inacceptable : Rousseau dira  au livre III, chapitre XV, « Toute loi que le peuple en personne n’a pas ratifiée est nulle ; ce n’est point une loi. » Et il ajoutera « le peuple anglais pense être libre ; il se trompe fort, il ne l’est que durant l’élection des membres du parlement ; sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien. » C’est dire qu’un parlement votant des lois viole la volonté générale. Ainsi, on le voit, Rousseau n’admet que la démocratie directe, car, selon lui, « la souveraineté ne peut être représentée ».

Ce don que chacun d’entre nous, fait à la communauté n’est pas un don unilatéral. En effet, les autres membres, se donnant à la communauté à laquelle nous appartenons, se donnent d’une certaine manière à nous-même. Ainsi « nous recevons chaque membre », qui est une « partie indivisible du tout », comme nous sommes nous-mêmes une « partie indivisible » de ce « tout » qu’est la communauté. Nous nous donnons à tous et tous se donnent à nous.

« l’acte d’association produit un corps moral et collectif »

Rousseau, dans le dernier paragraphe du chapitre, §11. développe une thèse qui sera d’ailleurs reprise par Durkheim, le fondateur de la sociologie. Par le pacte social la société, en tant que telle, est créée. Dès lors, elle devient indépendante de ses créateurs. Les membres fondateurs peuvent disparaître, sans que disparaissent la société et ses institutions. Tout se passe donc comme si le contrat social avait engendré un être collectif ayant sa personnalité propre, son moi propre, une volonté commune, et échappant au pouvoir de ceux qui l’ont institué. Il peut même arriver que ce « corps moral et collectif » s’oppose par la suite à ses fondateurs et qui plus est les détruise s’ils bafouent la loi commune. Par conséquent, bien qu’issue de la volonté de chaque membre, la communauté présente une autonomie et une spécificité que rien ne pourra réduire.

Distinctions conceptuelles : « État, souverain, puissance, citoyen, sujet »

L’État est le peuple en tant qu’il observe les lois, et le souverain est le peuple en tant qu’il élabore les lois. La puissance est le peuple comparé aux autres peuples, la force que la communauté représente par rapport aux autres communautés qui ne reconnaissent que la force physique de l’État. Celui-ci n’a de légitimité morale que pour les seuls membres de la communauté. Ceux qui lui sont extérieurs ne se sont pas engagés à son égard. C’est pourquoi ils le considèrent comme une simple force, une « puissance ». Alors que les membres de la communauté ont des relations conventionnelles, contractuelles, les différentes communautés ont des relations naturelles et leurs rapports sont régis par la loi du plus fort.

Le « citoyen », c’est l’aspect actif de chaque membre de la communauté en tant qu’il élabore les lois; le « sujet », son aspect passif en tant qu’il s’y soumet. Dans le système démocratique, tout homme est donc à la fois citoyen et sujet, alors que dans le système absolutiste, il n’est que sujet. « Quiconque est maître ne peut être libre. » Le maître, pour Rousseau, en acceptant d’être maître, ne suit plus les recommandations de la raison, qui condamne l’asservissement d’autrui, et s’abandonne à ses passions, au plaisir illégitime de commander. Dès lors, il n’est plus maître de lui-même, il ne n’appartient plus et perd sa liberté.

Posted in Etude d'une oeuvre, LPO Pointe-Noire, Philo bac, philosophe, philosophie, Rousseau, Term. ES, Term. L, Term. S, Term. STI | Tagué: , , , , , , , | Commentaires fermés sur Etude du Livre I Contrat Social de Rousseau Cours n°11

Etude du livre 1 du Contrat Social de Rousseau Cours n°4

Posted by Hervé Moine sur 4 février 2009

Dans ce premier paragraphe, on voit chez Rousseau une double préoccupation : souci de légitimité et souci de réalisme. Nous envisagerons cette double préoccupation en suivant le plan suivant :

1°) Recherche de règles d’administration légitimes et sûres

a.       La notion de règle d’administration

b.      Légitimité et fiabilité de ces règles

c.       Rapport de la Morale et de la Politique

2°) Les exigences de cette recherche

a.       Nécessité de prendre les hommes tels qu’ils sont

b.      Nécessité de prendre les lois telles qu’elles peuvent être

c.       Nécessité d’allier toujours justice et utilité

3°) Légitimité de cette recherche

a.       Prérogatives de l’homme politique

b.      Citoyenneté et liberté

c.       Droits et devoirs du citoyen

1°) Recherche de règles d’administration légitimes et sûres

a) La notion de règle d’administration

Une première distinction conceptuelle doit être faite pour éviter toute confusion, entre la notion de « règle d’administration » et celle de « règle et de gouvernement ».

Les règles d’administration concernent la constitution et l’établissement de l’Etat ainsi que ses lois fondamentales.  En effet, le gouvernement ne peut exister que lorsque l’Etat est déjà instauré. Si la question que se pose Rousseau est celle des conditions de possibilités d’un état social légitime, il s’agit pour lui d’envisager l’Etat à la racine, de penser les fondements même de l’Etat, ce qui le constitue et l’établit, ses lois. Ou si l’on veut dire les choses autrement, le but de sa recherche, c’est l’examen des principes du droit public, de l’ordre civil, ceux-là même qui fondent toute société. Ainsi, Rousseau n’est pas ici concerné par ce que l’on appelle le « droit positif », c’est-à-dire des différentes formes de gouvernement qui existent mais par la justice idéale, celle-ci étant valable pour toute société quel qu’en soit le gouvernement. Que ce dernier soit aristocratique, monarchique, démocratique ou autre, la justice idéale est universelle et ne connaît pas de versions particulières.

b) Légitimité et fiabilité de ses règles

–          Ces règles doivent donc être légitimes.

On l’aura compris, là aussi il faut opérer une distinction conceptuelle. Il faut distinguer ce qui est légitime et ce qui est légal. Légitime en effet s’oppose à légal, en ce que la légitimité c’est la justice définit en rapport aux principes du droit valable partout et de tout temps, la légalité quant à elle c’est la justice établie, le droit positif. Dire que les règles doivent être légitimes c’est dire qu’elles doivent être en accord avec la morale.

–          En même temps ces règles doivent être sûres

En même temps ces règles doivent être sûres.  Ce « en même temps » ne va pas sans poser de problème. La difficulté en effet c’est de pouvoir allier la morale et l’efficacité. Dire que les règles d’administrations doivent être en même temps sûres, c’est dire qu’elles doivent être également politiquement efficaces, stables, fiables, et par ce fait, nécessairement durables. En effet, des règles sûres sont des règles ayant quelque garantie de durabilité.

c) Rapport de la morale et de la politique

–          Le problème d’une politique à la fois morale et efficace

Rousseau joint les préoccupations morales et politiques. Il convier, selon lui, d’élaborer une politique morale et une morale politique, inscrite dans la réalité. Rousseau n’entend pas rêver une politique idéale parfaite, mais de penser une politique réaliste, mais le réalisme ne doit pas pour autant tourner le dos aux exigences de la morale. Dans le livre IV de l’Emile, Rousseau écrit à ce propos ceci : « ceux qui voudront traiter séparément la politique et la morale n’entendront jamais rien à aucune des deux ».

–          Une bonne politique doit être morale

Ainsi, pour le philosophe, une politique est une bonne politique, si et seulement si, celle-ci se fonde sur des critères moraux. L’interrogation morale doit dominer et accompagner l’interrogation politique. Toutes les deux sont interdépendantes, la politique doit apporter à la morale son efficacité et le retentissement qui font défaut à la morale et cette dernière doit donner les directions à la politique. Rousseau cherche à concilier l’être et le devoir-être. Autrement dit, c’est sur ce qui doit être que l’on peut se prononcer sur ce qui est et non l’inverse, comme le pense en particulier Nicolas Machiavel et son réalisme politique. Ce dernier, au XVIème siècle, excluait cette possibilité : une politique morale a toutes les chances d’être inefficace ; une politique immorale a bien plus de chance d’être efficace.

Telle est la recherche que se fixe Rousseau dans le Contrat Social. La question est maintenant de savoir ce qu’exige cette recherche, autrement dit qu’exige la recherche de l’établissement d’une politique réaliste et d’une politique en même temps morale.

2°) Les exigences de cette recherche

a) Nécessité de prendre les hommes tels qu’ils sont

Lorsque nous avions abordé la vie de Rousseau, nous avons pu observer que la vie, peut-être plus que ses études intellectuelles a instruit Rousseau. Que lui a-t-elle enseigné ? La vie a révélé à Rousseau que toutes les tentatives de changer la nature de l’homme sont vaines, que l’on ne peut lutter que contre ce qu’il est.

–          Mais l’homme, qu’est-il ?

La question est bien de savoir si cette expression « les hommes tels qu’ils sont » désigne les hommes à l’état de nature ou les hommes à l’état social. Dans le Contrat Social, Rousseau envisage les hommes tels qu’ils sont devenus dans l’état social.

–          L’homme social = homme corrompu

Les hommes sont ce qu’ils sont devenus dans l’injuste état social, c’est-à-dire ; des hommes corrompus à jamais par le système de la propriété privée ; des hommes se déchirant pour extorquer aux autres les biens dont ils ont réussi à s’emparer. Les hommes tels qu’ils sont, sont les hommes égoïstes, poussés par leurs appétits, ayant perdu leur innocence originelle. Les hommes tels qu’ils sont, constituent le point de départ de la réflexion de Rousseau dans sa recherche.

–          L’homme social, corrompu mais susceptible de se conduire moralement

Cet homme, est, selon l’auteur du Contrat Social, un être de raison et plus exactement un être qui a acquis la raison et ainsi un être capable de comprendre et susceptible de se conduire moralement. Cet homme, irrémédiablement attaché à la propriété privée, ne pourra changer ; en revanche, il est possible, et c’est, justement ce que se propose de faire Rousseau, de modifier ce qui est encore possible d’améliorer, à savoir les lois, les institutions. Ce n’est que par ce biais que l’on peut penser la possibilité de fonder un Etat juste.

b) Les lois telles qu’elles peuvent être

Quand Rousseau affirme qu’il entend prendre les lois telles qu’elles peuvent être, il n’entend pas les lois injustes rendant l’état social injuste en tant qu’elles se fondent sur les égoïsmes particuliers et font le jeu des riches. Au contraire, il s’agit, pour lui, de considérer les lois justes, fondées sur la raison et qui ne sont pas jusqu’à présent établi dans l’état social mais qui pourrait pourtant l’être.

De telles lois devront contraindre les intérêts particuliers à se soumettre à la volonté générale. Cette notion de volonté générale fera l’objet d’une analyse ultérieurement.

Selon Rousseau, il est possible de créer un monde meilleur en changeant les lois à défaut des hommes. Ce qui importe de faire c’est d’adapter les lois à des conditions devenues incontournables depuis le passage de l’état de nature à l’état civil.

On voit bien quel est le souci réaliste qu’anime Rousseau : d’une part, il faut prendre en compte la réalité humaine, celle-ci étant ce sur quoi la justice va porter ; d’autre part, les lois doivent pouvoir exister, elles doivent être définies selon leurs possibilités d’existence. Rousseau rejette toute utopie.

c) Nécessité d’allier toujours justice et utilité

Il convient selon Rousseau d’allier le droit et l’intérêt, la justice et l’utilité, de trouver des règles non seulement conforme au droit, à la justice, mais aussi aux intérêts. En d’autres termes, il s’agit de concilier ces deux nécessités, de chercher une harmonie entre elles deux, d’allier les exigences de la raison, c’est-à-dire la justice et les exigences de la nature humaine, c’est-à-dire leurs passions.

Reprenons les notions importantes ici évoquées.

–          « ce que le droit permet »

Il s’agit ici de ce que l’on appelle le droit naturel qui est un droit moral et non le droit positif. Rousseau évoque non pas ce qui est mais ce qui doit être. « Je cherche le droit et la raison et ne dispute pas des faits ».

–          « la justice »

Ici, il ne s’agit pas de la justice sociale, celle-ci étant souvent l’injustice masquée, instituée. Il s’agit, au contraire, de la justice morale. Selon notre philosophe, la justice morale est une exigence de la raison universelle. Celle-ci se trouve en germe dans la conscience des hommes et ne peut se développer que dans l’état civil. A l’état de nature, l’homme est sans raison. Une société est légitime si elle est conforme à la raison universelle.

–          « l’utilité »

Nous savons que pour Rousseau les lois morales (le droit naturel) doivent s’adapter aux conditions concrètes qui définissent telle ou telle société. Une justice qui négligerait les besoins de la société, l’intérêt resterait au stade de l’idéal et ne serait par conséquent pas utile. Et d’un autre côté, un utilitarisme sans borne qui ne tiendrait pas compte de la nécessité d’accomplir la justice serait condamnable. Pour Rousseau, la justice doit prendre en compte le critère de l’utilité ; il faut faire en sorte que ce qui est juste soit utile et que ce qui est utile soit juste. Une petite remarque en passant : Kant se séparera de Rousseau sur ce point, selon lui en effet, la justice ne doit aucune se préoccuper de l’avantageux ou de l’intérêt.

Rousseau recherche une constitution susceptible de réconcilier les lois sociales et les exigences morales, de réconcilier l’utilité et la justice, de réconcilier l’idéal moral et la nature humaine. C’est bien là un point capital, l’enjeu est d’importance En effet, si une conciliation entre le droit et la nature s’avèrerait impossible, il faudrait alors sacrifier ou bien la politique à la morale et ainsi sombrer dans l’angélisme et dans une bonne volonté dépourvue d’efficacité, ou bien, à l’inverse, sacrifier la morale à la politique et ainsi sombrer dans un cynique réalisme. Et, c’est dans le but d’éviter ce double écueil que Rousseau propose le contrat social, contrat social dans lequel les hommes pourront poser l’ordre social se fondant sur leur prise de conscience que leur véritable intérêt coïncide avec la justice morale.

3°) Légitimité de cette recherche

Après avoir montré l’objet de sa recherche, les exigences de celle-ci, Rousseau entend à présent, justifier sa démarche. Qu’est-ce qui légitime donc sa recherche ?

a) Prérogatives de l’homme politique

On pourrait à Rousseau de s’occuper de penser politique et parler de politique alors qu’il n’est pas lui-même homme politique. En quoi un homme qui n’est pas aux affaires publiques peut-il être au fait de la res publica ? Rousseau affirme qu’un homme politique doit se préoccuper d’action et non de beaux discours. Et lorsqu’on n’est pas au pouvoir, c’est-à-dire lorsqu’on n’a pas la possibilité matérielle de pratiquer ses idées, ce qui est le cas de Rousseau, on est obligé de les exposer.

b) Citoyenneté et liberté

citoyen libre

Rousseau s’affirme de part sa naissance comme citoyen libre d’un Etat libre. Un citoyen n’est pas un sujet, dans le sens d’un être assujetti à un maître. Ceci est une façon pour lui de récuser l’absolutisme. Un citoyen, à la différence des sujets qui n’ont que des devoirs, a des droits. Un citoyen est nécessairement un être libre.

–          Etat libre

Faisons cependant une remarque : la République de Genève peut être considéré à l’époque comme une île démocratique dans l’immense océan de la monarchie absolue qu’est l’Europe. Cela dit, cet Etat libre auquel fait référence ici l’auteur du Contrat Social est largement idéalisé. En effet, les institutions de Genève ne sont pas conformes au Contrat Social. On pourra s’en rendre compte.

–          « membre du Souverain »

Rousseau dit qu’il est « membre du Souverain ». Qu’est-ce que cela signifie exactement ? Le Souverain est le Conseil Général, c’est-à-dire, l’assemblée souveraine de la république de Genève. Mais, dans le langage rousseauiste, le Souverain c’est le peuple. Ici, il s’agit d’une allusion à la démocratie, régime qui a la faveur de Rousseau ; « membre de Souverain » signifie donc membre du peuple. Selon lui, le peuple détient la souveraineté, le prince n’est quant à lui qu’un particulier, provisoirement chargé de gouverner. Le peuple a le pouvoir de renvoyer le Prince, si celui-ci ne donne pas satisfaction. Remarquons que la République de Genève condamnera le Contrat Social de Rousseau, celui-ci devant fuir la cité genevoise. On le voit bien, le Gouvernement de cette République n’est pas celui du Contrat Social. Il n’empêche  qu’il garde la faveur de Rousseau car il est le plus éloigné de la monarchie absolue. C’est en quelque sorte une démocratie tempérée car le peuple a accès au vote et la volonté générale a la possibilité de s’exprimer par suffrage, chaque votant ayant le pouvoir législatif et faisant partie du Souverain.

c) Droits et devoirs du citoyen

–          Le droit de vote

Dans les dernières lignes de ce préambule, Rousseau affirme sa préférence pour sa patrie. S’il aime son pays raisonnablement c’est parce que la forme de son gouvernement est proche de la conception du gouvernement juste. Cela lui permet d’évoquer le droit qui caractérise tout système démocratique. Le peuple élabore les lois et participe à la gestion des affaires publiques à l’occasion des votes.

–          Le devoir de s’informer

Le droit de vote est un thème fondamental de la philosophie du Contrat Social de Rousseau. Le droit de vote n’a de sens que si les individus participant au vote se sont au préalable informés. Les campagnes électorales sont là précisément dans ce but. En effet, les campagnes électorales qui précèdent le vote permettent de faire connaitre les opinions des candidats à tous ceux qui le désirent. Par conséquent, voter sans s’être auparavant informé est une absurdité, une faute. Autrement dit, la démocratie suppose que le peuple soit « éclairé ». L’absence d’informations peut aboutir à toutes les manipulations démagogiques et manœuvres technocratiques. Les démagogues ne sont-ils pas ceux qui flattent les passions du peuple ? Et les technocrates ne sont-ils pas ceux qui l’asservissent par leur décision éloignée de la réalité même du peuple.

C’est pourquoi, sachant qu’à un droit correspond un devoir, au droit de voter qui est celui de choisir correspond le devoir de s’informer et de s’instruire afin de bien choisir, en fonction de la volonté générale.

Ainsi s’achève l’étude du Préambule. Au prochain cours nous étudierons le premier chapitre, dans lequel il s’explique sur une des idées plus connues du philosophe « l’homme est né libre, partout il est dans les fers ».

Hervé Moine

Posted in Etude d'une oeuvre, LPO Pointe-Noire, Philo bac, philosophe, philosophie, Term. ES, Term. L, Term. S, Term. STI | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »