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Echanges de savoirs euro-méditerranéens

Posted by Hervé Moine sur 17 septembre 2012

Le Laboratoire d’Histoire des Sciences et de Philosophie – Archives Henri Poincaré vous convie au colloque international sur les échanges de savoirs dans l’espace euro-méditerranéen organisé conjointement par Yamina Bettahar, Maître de Conférence à l’Université de Lorraine, membre des Archives Henri Poincaré, et le Goethe-Institut Nancy.Ce colloque aura lieu les 1er et 2 octobre 2012.
Le 1er octobre dans la salle Internationale de la MSH Lorraine (3e étage – 91 avenue de la Libération à Nancy),
le 2 octobre dans les locaux du Goethe-Institut Nancy (39 rue de la Ravinelle à Nancy).
L’inscription est gratuite mais obligatoire : merci pour cela d’envoyer un courriel en indiquant votre intention de venir assister au colloque ainsi que vos prénom, nom et adresse électronique à cette adresse : info@nancy.goethe.org

COLLOQUE INTERNATIONAL
SAVANTS, ARTISTES, ÉCRIVAINS… ÉCHANGES DE SAVOIRS EURO-MÉDITERRANÉENS
Comment se sont constitués et développés les savoirs et les sciences dans l’espace méditerranéen depuis la Renaissance européenne? Comment ont-ils été perçus et reçus en Europe et dans l’univers méditerranéen? Quelle est, aujourd’hui, leur portée universelle? Quels sont les principaux acteurs de ces échanges? Ce colloque international se propose d’une part de revisiter les lignes de force qui structurent les évolutions de cet espace, sous l’angle de nouvelles problématiques et à la lumière des récents « printemps arabes ». Il s’agira d’autre part d’examiner la perception réciproque que l’Orient et l’Occident ont l’un de l’autre pour aborder ensuite les différentes formes d’appropriations auxquelles a mené, au niveau de l’espace euro-méditerranéen, le transfert de cultures dans les différents médias (musique, musées, bande dessinée). 
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Vers une culture éthique à l’école publique

Posted by Hervé Moine sur 9 novembre 2011

Colloque Ethique à l’Ecole publique

25 et 26 novembre 2011

Au Salon de l’Education

Porte de Versailles. Paris. Pavillon 7 niveau 3 Salle Véga.

Pourquoi et comment faut-il développer une culture éthique à l’école publique ?

 

Vendredi 25 novembre 2011 

  • Valeurs républicaines en questions, avec Jean Paul Delahaye, inspecteur général de l’éducation nationale. auteur de « L’autonomie de l’établissement public local d’enseignement » ; Pierre Ognier, docteur en sciences de l’éducation, auteur de « Une école sans Dieu ? L’invention d’une morale laïque sous la III° République» et Jean Baubérot, professeur émérite d’histoire et sociologie de la laïcité, auteur de « Laïcités et sociétés » (avec Micheline Milot).
  • Acteurs de l’éducation face aux questions éthiques, avec Philippe Joutard, Historien, professeur à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), auteur de « Réussir l’école », avec Claude Thélot ; Pierre Funk, conseiller principal d’éducation dans un collège parisien ; Marie-Noëlle Mercier, inspectrice de l’Education nationale, auteure de « Cent idées pour former la conscience morale » et Nicolas Renard, proviseur vie scolaire, ex principal d’un collège ambition-réussite.

Samedi 26 novembre 2011

  • Comment accorder une culture éthique commune avec les diversités ? avec Martine Pretceille, professeure des universités, auteure de nombreux ouvrages dont « L’éducation interculturelle » ; Hugues Derycke, ex secrétaire général adjoint de l’enseignement catholique, coordinateur du livre « Pour l’éducation et pour l’école » ; Nicole Mosconi, professeure émérite en sciences de l’éducation à l’Université de Paris Ouest La Défense, spécialiste des rapports sociaux de sexe et de la mixité, auteure de « Femmes et savoir, La société, l’école et la division sexuelle des savoirs ».
  • Le refus de l’éthique dans l’enseignement : comment en sortir ? avec Marcel Gauchet, philosophe, historien, directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales ; Marie-Claude Blais, professeure à l’université de Rouen, auteure de « La solidarité : Histoire d’une idée »

 

Présentation du Colloque

Pour une culture éthique à l’école publique ?

Faut-il, et comment, développer une culture éthique à l’école publique ? Cette question fait partie de celles qui fâchent. Et pourtant, quand on interroge les citoyens sur l’importance de l‘éthique dans l’éducation, ils sont nombreux à reconnaître qu’il s’agit là d’un problème important. Cette question entre dans le programme d’un grand débat nécessaire sur l’éducation dans ce pays, et particulièrement sur l’éducation scolaire.

Un véritable débat sur l’éthique à l’école peut-il être lancé en France ? Une comparaison doit être faite avec ce qui s’est passé pour l’étude des faits religieux à l’école. Quand au début des années 80 la Ligue de l’enseignement engagea le débat sur cette question, on pouvait également penser que c’était là toucher à un thème tabou. Pourtant, l’opinion publique se montra très vite favorable. Un grand débat eut lieu, si l’on en juge par le nombre des colloques, des conférences, des dossiers, des articles traitant de cette présence d’une étude des religions à l’école. La richesse du débat eut quelque chose d’exceptionnel et contribua à une prise de conscience qui ne fut pas sans effet sur l’évolution de l’école.

Même si l’on estime que la présence de l’étude des faits religieux dans la culture scolaire n’est pas encore ce qu’elle devrait être, c’est un fait que le débat a gagné : l’accord sur sa nécessité est largement acquis. On peut souhaiter la réédition de l’expérience vécue en ce qui concerne les religions pour la culture éthique à l’école. Cependant, l’actualité montre bien que la question est bien de celles qui fâchent. Avant même l’ouverture du débat il ne manque pas de gens pour penser, et le dire, qu’avant de « faire la morale » à l’école il faudrait que les responsables de cette société balaient d’abord devant leur porte. En clair : ce ne sont pas les enfants qu’il faut « moraliser » mais le monde adulte. L’objection est parfaitement justifiée quand elle évoque l’état de la société du point de vue moral. Elle est juste également quand elle suggère que l’état de la société au regard de la morale et des valeurs est susceptible d’avoir les effets les plus désastreux dans le système éducatif.

Mais pour l’essentiel, le refus, a priori, d’examiner la question d’un développement de la culture éthique à l’école repose sur un malentendu et sur une vue restrictive de l’enjeu. Car dans l’esprit de ceux qui plaident pour un grand débat sur cette question, il ne s’agit pas de « faire la morale aux enfants » ou de les inciter à se conformer dans leur vie à une morale particulière. Là remonte à la surface l’image que l’on se fait souvent de ce que fut au début de l’école laïque l’éducation morale à l’école. Du coup c’est le fantasme du « retour » des leçons de morale qui bloque la réflexion. Mais cette image qui résulte d’ailleurs d’une vision très déformée de ce que fut la morale laïque de Jules Ferry ou celle de Ferdinand Buisson, est aux antipodes de l’enjeu d’une culture éthique aujourd’hui.

La culture éthique à l’école devrait avoir pour premier enjeu non pas de conditionner les enfants à un conformisme moral mais de leur donner les moyens de construire, librement, une capacité de réfléchir sur les enjeux moraux dans leur vie personnelle et sociale. Loin de viser à imposer des jugements tout faits il s’agit de développer chez les écoliers et collégiens l’aptitude à choisir de manière raisonnée une option d’ordre éthique. Il importe qu’ils apprennent que leur vraie liberté suppose, pour s’exercer, une culture de la conscience morale, et que celle-ci est nécessaire à leur liberté, dans une société où les conditionnements sont puissants. L’aptitude à l’autonomie morale est la forme accomplie de la liberté. La culture éthique est une arme indispensable du citoyen pour l’exercice de ses responsabilités en démocratie, à l’heure où elles se complexifient du fait par exemple des techno sciences et s’exercent dans des espaces nouveaux, plus étendus et interdépendants.

Cette culture suppose une réflexion sur les critères d’une action moralement légitime. Elle implique une élucidation de la question des valeurs éthiques, et une maîtrise du vocabulaire de base de la réflexion éthique. Elle passe notamment par des échanges, des dialogues, des lectures empruntées à la littérature et à la philosophie morale, par des études des cas, et des débats. Cependant la culture éthique comporte un second volet : dans la mesure où la société laïque doit chercher sa cohésion dans des repères communs et dans la reconnaissance simultanée de la diversité des cultures et de l’unité de la condition humaine, il est indispensable d’inventorier et d’approfondir les valeurs communes, celles dont il importe qu’un maximum de citoyens puissent les partager, pour éviter que la vie sociale se dégrade en cynisme voire en déchaînement de violence. Cet aspect de la culture éthique est déjà présent de manière implicite dans la réflexion sur les droits de l’homme, dans les cursus concernant la citoyenneté. Mais la solidité de la réflexion sur les droits de l’homme serait renforcée si elle s’adossait à une réflexion éthique. Il en va de même de toute l’initiation à la citoyenneté. Notons le, ce second aspect de la culture éthique sera d’autant mieux assumé s’il peut s’appuyer sur une culture éthique personnelle.

L’ampleur de la tâche proposée est telle que dans ce domaine, des initiatives précipitées pourraient compromettre le résultat recherché. C’est un vaste débat citoyen qui serait susceptible de faire apparaître un consensus le plus large. Et celui-ci est indispensable à l’instauration d’une culture éthique à l’école. L’initiative récente du ministre de l’éducation nationale sur « l’instruction » morale, dans les conditions où elle a été lancée, est contre productive, apparaissant comme essentiellement normative. De plus elle se restreint à l’école élémentaire et émerge quand disparaît la formation des enseignants. Or, un effort de formation des enseignants est un préalable à la mise en place d’une culture éthique à l’école.

On peut craindre qu’une telle initiative précipitée, peu compréhensible, ait pour effet de développer le malentendu sur le sens de la culture éthique à l’école. On peut imaginer qu’avant de propulser des initiatives nationales, sans prise en compte des conditions d’application, il faille passer par une phase d’expérimentation. Il reste que cette initiative est une raison de plus d’ouvrir un vaste débat. Car même critiquable, elle est le signe de la perception d’un réel problème. C’est pourquoi l’initiative de la Ligue de l’enseignement et de Confrontations dans le cadre du prochain salon de l’éducation est d’une brûlante actualité. Elle consiste à mener pendant deux jours un travail de réflexion sur une seule question : faut-il et comment développer une culture éthique à l’école publique ? Cette question fait problème, il est d’autant plus urgent d’y réfléchir. C’est de la compétence de tout citoyen d’avoir à se prononcer sur ce sujet.

Eric Favey, secrétaire général adjoint de la Ligue de l’enseignement

Guy Coq, philosophe. Auteur de « La laïcité, principe universel » (Éditions Le Félin)

=> Inscriptions au colloque auprès de Charles Conte : cconte@laligue.org

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La culture contemporaine hantée par Cyborg

Posted by Hervé Moine sur 1 novembre 2011

Thierry Hoquet

Cyborg philosophie

Penser contre les dualismes

Aux éditions du Seuil

Présentation de l’ouvrage 

Cyborg hante la culture contemporaine, au cinéma (Robocop, Terminator) ou dans les mangas. Il s’incarne dans les sportifs dopés, dans les prothèses médicales et dans les fantasmes d’« humanité augmentée », voire immortelle. Mais Cyborg est aussi, et surtout, une figure philosophique. Cet hybride d’organisme et de machine bouleverse en effet les dichotomies fondamentales de notre pensée : nature / artifice ; humain / non-humain ; nature / culture ; masculin / féminin ; normal / pathologique, etc.

À partir d’une lecture personnelle des travaux de Georges Canguilhem et de Donna Haraway, Thierry Hoquet explore, dans ce texte très original par sa forme et son style l’énigme de cette figure : Cyborg est-il un instrument susceptible de nous conduire vers une humanité libérée des dualismes, colombe platonicienne rêvant d’un ciel sans air, où elle pourrait voler plus librement ? Ou, au contraire, marque-t-il notre asservissement à un système technique de contrôle et d’oppression, est-il l’incarnation d’une humanité perdue dans le cliquetis mécanique de l’acier ? Penser philosophiquement Cyborg, c’est réfléchir sur les rapports de la machine et de l’organisme et sur la possibilité de les composer. Mais Cyborg invite aussi à penser la différence des sexes en rapport avec la nature et la technique : Cyborg est-il le neutre ou l’androgyne, ou propose-t-il une autre manière d’articuler le masculin et le féminin ? On l’a compris, Cyborg vient troubler la philosophie. Il décrit notre condition et ses, insolubles ? contradictions.

Les sept visages de Cyborg

Article paru dans le Nouvel Observateur du 27 octobre 2011, propos du philosophe Thierry Hoquet recueillis par par Eric Aeschimann

De la prothèse à la manipulation génétique, l’homme contemporain marie l’organique et le technique. Pour y trouver plus de puissance ou y perdre sa liberté ? Réponses de Thierry Hoquet, auteur de «Cyborg philosophie».

Inventé en 1960 par deux scientifiques américains à partir de l’expression «cybernetic organism , le cyborg est un «organisme auquel on a ajouté un dispositif mécanique qui lui permet de vivre dans un milieu auquel l’organisme seul ne serait pas adapté». Mais c’est aussi une façon de désigner une expérience qui ne cesse de se répéter et de nous troubler: la présence dans notre chair d’une dimension non humaine. De Frankenstein au transsexuel, du mutant aux héros de films de science-fiction, Cyborg revêt mille figures. Pour «le Nouvel Observateur», Thierry Hoquet nous en présente sept.


Fichier:Robocop.jpg

RoboCop

«Sorti en 1987, « RoboCop » raconte l’histoire d’un flic grièvement blessé que des chirurgiens sauvent en le dotant d’un corps d’acier. Le deuxième bras, valide, est remplacé par un bras artificiel, tandis que les souvenirs du cerveau sont gommés. Avec RoboCop, la technique se retourne: elle assure la survie de l’organisme, mais en prend le contrôle. L’humain lui sacrifle sa liberté, pour devenir la machine servile du techno-capitalisme et de ses experts. Si, à la fin, RoboCop retrouve ses souvenirs et sa liberté, la question reste: la technologie est-elle démocratique?»

 Fichier:Landon-IcarusandDaedalus.jpg

Icare

«Icare est l’homme que l’amour de la technique fait courir à sa perte. C’est la figure de l’excès, de l’hubris : celui qui se croit tout-puissant finit par se brûler les ailes. Mais que serait le monde sans les ingénieurs? Icare montre à l’humanité qu’elle peut devenir autre chose que ce qu’elle est, il l’invite à sortir de la vie banale, à se dépasser, au sens hégélien: prendre le risque de la destruction pour créer de nouvelles formes.»

Fichier:Oscar Pistorius 2 Daegu 2011.jpg

Pistorius

«Oscar Pistorius est ce coureur sud-africain handicapé dont les tibias ont été remplacés par des lames de carbone et qui participe désormais aux compétitions de haut niveau. La prothèse était un pis-aller: elle devient une adjonction désirable. Les lames de carbone font courir plus vite qu’un organisme « bio », elles se transforment en avantage. Pistorius fera-il des émules? Les futurs athlètes abandonneront-ils leur corps organique? Les cyclistes qui se détruisent la santé en prenant des hormones ont déjà ouvert la voie.»

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Bébé-éprouvette

«Cela fait longtemps que l’espèce humaine ne se reproduit plus naturellement. L’accouchement est médicalisé, l’échographie donne au foetus une existence prénatale, il reçoit un sexe, un prénom, on peut le déclarer à l’état civil. Si les techniques médicales existent depuis toujours, nous sommes maintenant parvenus à une symbiose de l’humain et de la technique, sans laquelle l’avenir de l’espèce serait menacé.»

Extrait de couverture de l’ouvrage de Q. Delaunay

Femme

«En 1985, dans son « Manifeste cyborg », la philosophe américaine Donna Haraway établit la jonction entre féminisme et technologie. L’idéologie néolibérale veut que l’homme soit du côté de la technique et la femme de la nature. Or, dans la maternité, le monde du travail, la consommation, la vie domestique, les femmes participent pleinement aux systèmes techniques. Simplement, elles y sont dominées. Etre « féminisé », dit Haraway, c’est être exploité par la technique. Pour combattre le machisme, les femmes doivent admettre qu’elles mêlent l’organique et le technique, qu’elles sont hybrides.»

Fichier:Frankenstein's monster (Boris Karloff).jpg

Frankenstein

Clone

«En constituant des réserves remplies d’organes vivants où l’on pioche en cas de pépin de santé, le clonage prend acte du caractère faillible de nos corps. A l’instar de Frankenstein, le clone est né du désir de la science d’engendrer sans passer par la femme. Mais il atteste qu’à un certain stade technologique notre survie va nécessiter – ou nécessite déjà – la transformation d’autrui en objet, voire en marchandise. L’existence des uns suppose l’exploitation des autres.»

Fichier:Isus.jpg

Jesus Christ the Pantocrator

Jésus

«Avec sa Croix, il formait un dispositif technique qui a suscité beaucoup de polémiques. On ne sait pas comment il est né. Il est humain mais pas vraiment… A maints égards, Jésus illustre la condition Cyborg. Tous deux ont une double nature. En Jésus, Dieu se fait humain ; en Cyborg, la technologie se connecte au corps. Je ne crois pas au cerveau dans une cuve, le téléchargement d’une personne sur une puce : comme Jésus, Cyborg a besoin de l’incarnation.»

Propos recueillis par Eric Aeschimann

Cyborg philosophie, par Thierry Hoquet, Seuil, 360 p.

Source : « Le Nouvel Observateur » du 27 octobre 2011.

Thierry Hoquet

L’auteur de « Cyborg philosophie »

Thierry Hoquet est ancien élève de l’ENS Ulm, et maître de conférences au département de philosophie de l’université Paris X Nanterre.

Secrétaire de rédaction de Corpus, revue de philosophie, il est directeur scientifique du site http://www.cnrs.buffon.fr et membre du conseil d’administration de la Société française d’histoire des sciences et des techniques (SFHST).

Champ de recherche

Son champ de recherche croise la philosophie des Lumières et les sciences de la vie du XVIIIe siècle à nos jours. Il a publié divers ouvrages sur Buffon et Linné et dirigé un numéro spécial « Mutants » de la revue Critique (juin-juillet 2006). Ses travaux portent sur Darwin, les cyborgs et la virilité ; sur la philosophie des sciences naturelles et biologiques, ainsi que sur les questions de genre et de sexualités. Il co-dirige en particulier avec Elsa Dorlin un projet sur le concept de « sexe » dans les sciences bio-médicales au XXe siècle.

Ses oeuvres

  • La Vie, Paris, Flammarion, 1999
  • Buffon, histoire naturelle et philosophie, Paris, Honoré Champion, 2005.
  • Buffon/Linné: éternels rivaux de la biologie?, Paris, Dunod, 2007.
  • Darwin contre Darwin : comment lire l’origine des espèces ?, Paris, Seuil, 2009.
  • La Virilité. À quoi rêvent les hommes ?, Paris, Larousse, coll. « Philosopher », 2009.
  • Cyborg philosophie : Penser contre les dualismes, Paris, Le Seuil, coll. « L’ordre philosophique », 2011

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Et si des territoires palestiniens devenaient patrimoine mondial de l’humanité

Posted by Hervé Moine sur 31 octobre 2011

 Peut-on gagner la paix avec la culture ?

M. Abbas à l'ONU

Il y a quelques semaines, Monsieur Mahmoud Abbas, le président palestinien apportait à l’ONU le projet de la création d’un Etat palestinien, projet légitime. Mais cette démarche a suscité de vives réactions comme on pouvait s’en douter par Israël et a été accueilli avec tiédeur par la communauté internationale et notamment par la France, taxée d’inopportune, de dangereuse notamment par les Etats Unis. « Je suis convaincu qu’il n’y a pas de raccourci vers l’issue d’un conflit qui dure depuis des décennies. La paix ne viendra pas avec des communiqués et des résolutions de l’Onu », a déclaré le président Obama devant l’Assemblée générale.

Mais la situation peut-elle être pire que celle que connaît la région ? Plus de 60 ans de conflit !

Aujourd’hui, nous apprenons que les Palestiniens viennent d’obtenir en ce lundi 30 octobre 2011 le statut de membre à part entière de l’Unesco (1). Il s’agit là pour eux, à n’en pas douter d’une avancée diplomatique significative dans la cadre de la reconnaissance de leur Etat. Les Etats membres de l’Unesco ont majoritairement choisi de leur donner le statut de membre à part entière de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture de l’ONU, lors d’un vote à Paris.

Nous ne pouvons que nous réjouir et pourtant pour de nombreux diplomate cette adhésion est « prématurée » et  les Américains et les Israéliens veulent exprimer leur total désaccord en menaçant leur financement aux activités de l’Unesco.

A défaut d’un réel face à face Israël / Palestine, peut-être peut-on penser que c’est par la voie de la culture que la Palestine sera enfin reconnue, les autres voies politiques, diplomatiques et militaires, ayant toutes aboutis à une impasse. Mais la voie culturelle est éminemment politique et très sensibles. En effet, ce changement de statut à l’Unesco devrait permettre à la Palestine de déposer des demandes de reconnaissance au Patrimoine mondial de l’Humanité pour des sites dans les territoires palestiniens occupés par Israël. Les Palestiniens comptent notamment présenter au Patrimoine mondial les candidatures de Bethléem, lieu de naissance du Christ, Hébron, pour le Caveau des Patriarches – la mosquée d’Ibrahim (nom musulman d’Abraham) – un site révéré à la fois par les juifs et les musulmans, et Jéricho.

Et si les territoire palestiniens devenaient patrimoine mondial de l’humanité ? La paix par la culture : et si on se donnait les moyens pour que ce rêve devienne réalité.

Pour alimenter notre réflexion, nous pourrons lire ci-dessous, un article de Bernard Henri-Lévy, paru dans Le Point du 27 septembre 2011, à propos de la démarche palestinienne de reconnaissance à l’ONU, qui selon lui ne sert pas la cause de la paix.

Hervé Moine

Note 1 : La Palestine devient membre à part entière de l’Unesco : la conférence générale de l’organisation s’est prononcée lundi 31 octobre en faveur de son adhésion. « La Conférence générale (qui réunit l’ensemble des Etats-membres, NDLR) décide de l’admission de la Palestine comme membre de l’Unesco », selon la résolution adoptée par 107 voix pour, 52 abstentions et 14 voix contre, parmi les pays présents. La France a voté pour, en dépit de ses mises en garde ces derniers jours contre une démarche qu’elle jugeait prématurée. La quasi-totalité des pays arabes, africains et latino-américains se sont prononcés pour l’adhésion. Les Etats-Unis, l’Allemagne et le Canada ont voté contre, tandis que l’Italie et le Royaume Uni se sont abstenus.

Sur une demande palestinienne qui ne sert pas la cause de la paix

Le Point, 29 septembre 2011

Je suis partisan depuis plus de quarante ans de l’avènement d’un Etat palestinien viable et de la solution « deux peuples, deux Etats ».

Je n’ai cessé, toute ma vie, ne serait-ce qu’en parrainant le plan israélo-palestinien de Genève et en accueillant à Paris, en 2003, Yossi Beilin et Yasser Abed Rabbo, ses principaux auteurs, de dire et répéter que c’est l’unique solution conforme à la morale non moins qu’à la cause de la paix.

Aujourd’hui, pourtant, je suis hostile à l’étrange demande de reconnaissance unilatérale qui doit être discutée ces jours prochains par le Conseil de sécurité des Nations unies à New York et je me dois de dire pourquoi.

Cette demande repose, d’abord, sur une prémisse fausse qui est celle d’une prétendue « intransigeance » israélienne ne laissant d’autre recours à la partie adverse que celui de ce coup de force. Je ne parle même pas de l’opinion publique d’Israël dont un sondage de l’Institut Truman pour la paix, à l’Université hébraïque de Jérusalem, vient encore de rappeler qu’elle est massivement acquise (70 %) à l’idée du partage de la terre. Je parle du gouvernement israélien lui-même et du chemin parcouru depuis le temps où son chef croyait encore aux dangereuses chimères du Grand Israël. Reste aujourd’hui, bien sûr, la question des « implantations » en Cisjordanie. Mais le désaccord, sur cette affaire, oppose ceux qui, derrière Mahmoud Abbas, exigent qu’elles soient gelées avant que l’on revienne à la table des négociations et ceux qui, avec Netanyahou, refusent que l’on pose en préalable ce qui devra être l’un des objets de la négociation il ne porte ni la question elle-même, ni sur la nécessité de parvenir à un accord. Chacun, moi le premier, a son avis sur le sujet. Mais présenter ce différend comme un refus de négocier est une contre-vérité.

Cette demande repose, ensuite, sur une idée reçue qui est celle d’un Mahmoud Abbas miraculeusement et intégralement converti à la cause de la paix. Loin de moi l’idée de nier le chemin qu’il a fait, lui aussi, depuis le temps où il commettait une « thèse », à forts relents négationnistes, sur la « collusion entre sionisme et nazisme ». Mais j’ai lu son discours à New York. Et, si j’y trouve de vrais accents de sincérité, si je suis ému, comme chacun, par l’évocation du trop long calvaire palestinien, si je devine même, entre les lignes, comment l’homme qui l’a prononcé pourrait en effet devenir, pour peu qu’il le veuille et qu’on l’y encourage, un Sadate palestinien, un Gorbatchev, je ne peux m’empêcher d’y entendre, aussi, des signaux plus inquiétants. Cet hommage appuyé à Arafat, par exemple… L’évocation, à cette occasion, et dans cette enceinte, du « rameau d’olivier » que vint y brandir celui qui, ensuite, une fois au moins, à Camp David, en 2000, refusa la paix concrète, à portée de main, qui lui était offerte… Et puis l’assourdissant silence sur l’accord qu’il a conclu, lui, Abbas, il y a cinq mois, avec un Hamas dont la seule charte suffirait, hélas, à lui fermer les portes d’une Onu censée n’accepter que des « Etats pacifiques » et refusant le terrorisme. C’est avec cet homme, bien sûr, qu’Israël doit faire la paix. Mais pas là. Pas comme ça. Pas sur ce coup de bluff, ces silences, ces demi-vérités.

Et puis cette demande suppose enfin, que dis-je ? elle exige que soit tranché d’un coup de paraphe magique le nœud d’intérêts antagonistes, d’apories diplomatiques, de contradictions géopolitiques, le plus inextricable de la planète – est-ce bien sérieux ? Cela fait quarante ans que l’on discute, souvent de mauvaise foi, mais pas toujours, de la question des frontières justes entre les deux peuples et de leur capitale. Quarante ans que l’on débat, entre gens qui jouent leur vie et leur destin, de la moins mauvaise manière d’assurer la sécurité d’Israël dans une région qui ne lui a jamais reconnu, à ce jour, sa pleine légitimité. Cela fait soixante-trois ans que le monde se demande comment prendre en compte le tort fait aux réfugiés de 1948 sans, pour autant, compromettre le caractère juif de l’Etat d’Israël. Et l’on prétendrait régler tout cela, arbitrer ces presque insolubles dilemmes, emballer ce paquet de complexités où tout est dans les détails, par un geste spectaculaire, expéditif, sur fond d’emballement rhétorique et lyrique ? Allons ! Quelle légèreté ! Et quel mauvais théâtre !

Qu’il faille aider les protagonistes de cet interminable drame à se hisser au-dessus d’eux-mêmes et à aller au bout de la démarche qu’ils n’ont fait, ces dernières années, qu’esquisser, c’est sûr.

Que la communauté internationale doive les amener à s’entendre ou, comme dit Amos Oz, mais cela revient au même, à divorcer, c’est l’évidence et c’est d’ailleurs tout le sens de la récente proposition française et des contraintes de calendrier qu’elle impose.

Mais rien ne pourra leur éviter le douloureux et coûteux face-à-face sans lequel il n’y a jamais, nulle part, de vraie reconnaissance ; rien ni personne ne pourra leur faire faire l’économie de ce mouvement apparemment simple mais qui sera, pour tous deux, le plus long des voyages : le premier pas vers l’autre, la main tendue, la négociation directe.

Bernard-Henri Lévy

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La culture et la politique destinées aux élèves de classes préparatoires littéraires, aux étudiants en IEP comme aux candidats au CAPES

Posted by Hervé Moine sur 26 octobre 2011

Cours particuliers de philosophie

Culture et politique

Charles-Eric de Saint Germain

Aux éditions Ellipses

Au sommaire de ce volume 1 à paraître en novembre 2011 :

  • La culture
  • L’art
  • Technologie et écologie
  • Le travail
  • Dieu et la religion
  • L’Etat et le pouvoir politique
  • La politique
  • Le droit et la justice.

Destinées aux élèves de Classes préparatoires littéraires, aux étudiants en IEP comme aux candidats au CAPES, ces leçons offrent une présentation globale et complète de l’ensemble des questions philosophiques du programme sous une forme pédagogiquement claire et accessible.

L’auteur propose dans ce premier volume consacré à la Culture et la Politique un traitement  » exhaustif  » des grandes notions (La Culture, l’Art, Technique et Ecologie, le Travail, Dieu et la Religion, l’Etat et le Pouvoir politique, la Politique, le Droit et la Justice). Pour cela, il a mobilisé quasiment l’intégralité des philosophes de la longue tradition qui est celle de la philosophie, depuis les présocratiques jusqu’à ses développements les plus contemporains.

Outre les philosophes  » classiques « , qui nourrissent la substance de ces cours, il mobilise des sociologues dont l’étude est désormais un  » passage obligé  » pour tout candidat un peu sérieux mais aussi des philosophes contemporains dont la connaissance s’impose aujourd’hui à tous ceux qui souhaitent se familiariser avec les enjeux de la réflexion contemporaine.

Leçons Particulières de Philosophie Volume 1 Culture & Politique (Culture Art Technique Ecologie)

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Reprise des activités de l’Atelier Simondon : « Culture et Invention »

Posted by Hervé Moine sur 3 septembre 2011

Reprise des Activités de l’Atelier Simondon

Programme 2011/2012

L’Atelier Simondon est heureux de vous annoncer le redémarrage de ses activités.

Le cycle de séminaires de cette année, toujours organisé en partenariat avec la MSH Paris-Nord, sera intitulé « Culture et Invention« . Il s’agira ainsi de prolonger Simondon sur le terrain socio-politique, mais sans délaisser non plus les dimensions épistémologique et esthétique de la notion d’invention, ici mise en jeu comme centre d’une nouvelle culture et préférentiellement à la notion d' »innovation » – mot d’ordre dont il faudra montrer le contenu technocratique illusionnant. Dans cette perspective on proposera plusieurs confrontations de la pensée simondonienne à celles d’autres philosophes.

En voici une présentation et le programme des dix séances.

Présentation du programme de l’atelier

« Le devenir-technique de la culture est-il ce qui peut nous faire passer de la « culture du travail » à une « culture de l’invention » ? Et si oui, selon quelles modalités? Telles sont les deux questions, de type socio-politique, que ce nouveau séminaire entend prioritairement traiter, en prolongeant pour cela les pistes tracées par Simondon dans « Du mode d’existence des objets techniques » (1958) mais aussi dans le Cours de 1965-66 intitulé « Imagination et invention ». L’ère de l’information qu’anticipait Simondon est aujourd’hui devenue l’ère des réseaux numériques : la technique peut y entretenir une nouvelle relation à l’homme favorisant ce que Simondon appelait la « transindividualité ». Mais cela ne pourra se faire qu’en renonçant à une certaine « culture du travail », qui rendait impossible la compréhension de la nature profonde de la réalité technique : la transindividualité, dont l’invention technique fournit le « support », s’oppose en effet à l' »inter-individualité » mise en œuvre par les relations du travail dominées par l’organisation productiviste. C’est déjà ce qu’annonçait la très longue « Note complémentaire » à « L’individuation à la lumière des notions de forme et d’information » (ILFI, 2005) ».

  • 27 septembre 2011 : Vincent Bontems : « L’éthique des techniques chez Simondon et Gonseth« 
  • 11 octobre 2011 : Jean-Hugues Barthélémy : « Les anti-substantialismes de Bachelard, Merleau-Ponty et Simondon« 
  • 8 novembre 2011 : Christian de Ronde : « Potentiality in Quantum Mechanics : a Simondonian Interpretation« 
  • 6 décembre 2011 : Bernard Stiegler : « L’invention et la bêtise. Simondon ou l’oubli de Derrida lisant Deleuze« 
  • 17 janvier 2012 : Gilles Hiéronimus : « L’imagination du mouvement chez Bachelard et Simondon« 
  • 7 février 2012 : Sarah Margairaz et Julien Rabachou : « La puissance et le préindividuel : Simondon et Aristote« 
  • 6 mars 2012 : André Tosel : « Simondon et Marx : technique et politique » (journée d’étude avec la participation probable d’Andrea Bardin, Jean-Hugues Barthélémy, Vincent Bontems, Giovanni Carrozzini, et Andrea Cavazzini)
  • 3 avril 2012 : Sacha Loeve : « Figures de la technique dans l’oeuvre de Simondon« 
  • 15 mai 2012 : Baptiste Morizot et Brice Poreau : « L’individuation biologique. Simondon, Lamarck et Darwin« 
  • 5 juin 2012 : Arne de Boever : « Simondon et Baudrillard« 

Les séances auront lieu de 18h à 20h30, pour la plupart, en Salle des Actes, au 45, rue d’Ulm.

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Avènement prometteur et périlleux d’une véritable modernité planétaire

Posted by Hervé Moine sur 23 mars 2011

Jean-Claude Guillebaud Photo J.R.

Débat à Jarnac avec Jean-Claude Guillebaud

Le Commencement d’un monde

Vendredi 1er avril 2011

« Le Commencement d’un monde » fera débat

Article de Jacques Rullier paru dans Sud-Ouest mercredi 23 mars 2011 06h00

http://www.sudouest.fr/2011/03/23/le-commencement-d-un-monde-fera-debat-350767-937.php

Chaque année, le groupe œcuménique du Pays de Jarnac invite une grande pointure du journalisme, philosophe ou essayiste pour « nous aider à réfléchir », confie un de ses membres.

Sont déjà venus l’académicien René Raymond, Jean-Claude Guillebaud une première fois, Olivier Roy, spécialiste de l’Islam, Jean Boissonnat et Jacques Duquesne, ou encore François Soulage, président du Secours catholique.

« Modernité métisse »

Le vendredi 1er avril, à 20 h 30, au premier étage de la mairie de Jarnac, Jean-Claude Guillebaud reviendra partager, cette-fois, une réflexion engagée dans « Le commencement d’un monde : Vers une modernité métisse », paru en 2008, rendez-vous inéluctable et sans équivalent dans l’histoire humaine. Sous-titré « Vers une modernité métisse », cet ouvrage, a nécessité trois années de préparation à son auteur.

Alarmé par l’immensité des changements auxquels nous devons faire face, Jean-Claude Guillebaud écrit : « Nous, Occidentaux, nous ne sommes plus devant le vaste monde, comme nous le fûmes pendant des siècles ». La globalisation ne se résume pas à la simple ouverture des frontières.

« On annonce un choc de civilisation alors que c’est une rencontre progressive. On s’inquiète d’une aggravation des différences quand les influences n’ont jamais été aussi fortes », confie Jean-Claude Guillebaud en décrivant l’avènement prometteur – et périlleux – d’une véritable modernité planétaire.

Né à Alger en 1944, journaliste au quotidien « Sud Ouest », puis au journal « Le Monde » et au « Nouvel Observateur », il a également dirigé « Reporters sans frontières ». Lauréat du prix Albert-Londres en 1972, il est membre du comité de parrainage de la coordination française pour la « décennie de la culture de paix et de non-violence ». Il signe chaque semaine l’édito politique du « Nouvel Observateur » et une chronique d’observation de la société et de la vie politique françaises dans l’hebdomadaire catholique « La Vie ». Dans les colonnes du « Sud Ouest dimanche », il assure la chronique Paris-Province.

Au printemps 2007, il parraine l’agence de presse associative « Reporters d’espoirs ». Depuis juin 2008, il est membre du conseil de surveillance du groupe de presse Bayard Presse.

Jean Claude Guillebaud

Le commencement d’un monde

Vers une modernité métisse

Seuil broché 2008

ou

Seuil Points Essais 2010

Présentation de l’éditeur

Nous sommes au commencement d’un monde. Vécu dans la crainte, ce prodigieux surgissement signe la disparition de l’ancien monde, celui dans lequel nous sommes nés. Pourtant, la sourde inquiétude qui habite nos sociétés doit être dépassée.

Le monde « nouveau » qui naît sous nos yeux est sans doute porteur de menaces mais plus encore de promesses. Il correspond à l’émergence d’une modernité radicalement « autre « . Elle ne se confond plus avec l’Occident comme ce fut le cas pendant quatre siècles. Nous sommes en marche vers une modernité métisse. Deux malentendus nous empêchent de prendre la vraie mesure de l’événement.

On annonce un  » choc des civilisations », alors même que c’est d’une rencontre progressive qu’il s’agit. On s’inquiète d’une aggravation des différences entre les peuples, quand les influences n’ont jamais été aussi fortes. De l’Afrique à la Chine et de l’Inde à l’Amérique latine, Jean-Claude Guillebaud examine posément l’état des grandes cultures en mouvement, pour décrire l’avènement prometteur – et périlleux – d’une véritable modernité planétaire.

Un rendez-vous inéluctable et sans équivalent dans l’histoire humaine.

Résumé de l’ouvrage de Jean-Claude Guillebaud

Nous sommes au commencement d’un monde.

Vécu dans la crainte, ce prodigieux surgissement signe la disparition de l’ancien monde, celui dans lequel nous sommes nés. Pourtant, la sourde inquiétude qui habite nos sociétés doit être dépassée. Le monde  » nouveau » qui naît sous nos yeux est sans doute porteur de menaces mais plus encore de promesses. Il correspond à l’émergence d’une modernité radicalement « autre ». Elle ne se confond plus avec l’Occident comme ce fut le cas pendant quatre siècles.

Une longue séquence historique s’achève et la stricte hégémonie occidentale prend fin. Nous sommes en marche vers une modernité métisse. Deux malentendus nous empêchent de prendre la vraie mesure de l’événement. On annonce un « choc des civilisations « , alors même que c’est d’une rencontre progressive qu’il s’agit. On s’inquiète d’une aggravation des différences entre les peuples, quand les influences réciproques n’ont jamais été aussi fortes.

Le discours dominant est trompeur. En réalité, au-delà des apparences, les « civilisations » se rapprochent les unes des autres. De l’Afrique à la Chine et de l’Inde à l’Amérique latine, Jean-Claude Guillebaud examine posément l’état des grandes cultures en mouvement, pour décrire l’avènement prometteur – et périlleux – d’une véritable modernité planétaire. Ce rendez-vous pourrait connaître des revers et engendrer des violences.

Il est pourtant inéluctable et sans équivalent dans l’histoire humaine.

Se procurer l’ouvrage de Jean-Claude Guillebaud Le commencement d’un monde : Vers une modernité métisse Seuil 2008 OU Le commencement d’un monde : Vers une modernité métisse Points Seuil 2010

Interview : Jean-Claude Guillebaud et « le commencement d’un monde »: en route vers une modernité métisse

Propos recueillis par Joel Aubert pour aqui.fr

http://www.aqui.fr/cultures/interview-jean-claude-guillebaud-et-le-commencement-d-un-monde-en-route-vers-une-modernite-metisse,1337.html

Après avoir mis à nu sa foi dans « Comment je suis redevenu chrétien »? publié en 2007, Jean-Claude Guillebaud, dans la lignée de « La Trahison des Lumières » de « la Refondation du Monde » de « La Force de conviction » nous entraîne, au fil de son dernier ouvrage, sur les chemins escarpés mais qui méritent d’être empruntés, de ce qu’il appelle « une modernité métisse ». Le « commencement d’un monde : Vers une modernité métisse » ne règle pas son compte à l’Occident; il le remet à sa place comme « une province du monde » avec des accents de vérité dont nos gouvernants pourraient parfois s’inspirer- on pense à certain discours prononcé à Dakar- et il propose à la délibération de tous, citant le philosophe allemand Habermas, la vision qu’on se fait de l’universel.

@qui! : La venue de Benoît XVI en France, l’empressement du pouvoir français à son égard, cette revendication des valeurs de la chrétienté participent-ils, selon vous, de » cette réapparition de la religion comme sujet d’avenir »? Singulier acte de foi alors que la « fille aînée de l’Eglise » s’éloigne chaque jour un peu plus de la pratique religieuse.

La question religieuse est devant nous

Jean-Claude Guillebaud : Une chose est sûre : la « question religieuse » est devant nous, et non derrière. Cela peut être pour le pire avec la virulence des fondamentalismes de tous ordres qui prennent, aujourd’hui, le relais de fondamentalismes idéologiques (et athées) du siècle dernier. Mais cela peut-être aussi pour le meilleur, c’est-à-dire une exigence de sens, de transcendance et de bienveillance partagée. Pour prendre un exemple américain, le candidat démocrate Barack Obama est sûrement plus fermement chrétien que son adversaire républicain. On avait trop pris l’habitude, chez nous, de monter en épingle la « droite chrétienne » en Amérique. Le succès d’Obama nous rappelle qu’il y a aussi, en Amérique, des chrétiens résolument « à gauche », du moins selon les critères américains. Concernant la France, c’est vrai que la pratique a beaucoup diminué. Mais d’une part cette diminution semble bien avoir cessé; la pratique est désormais stationnaire. Et puis, surtout, il faut perdre l’habitude d’évaluer la sensibilité chrétienne d’un pays comme on compte les entrées dans les cinémas. Crise de la pratique et des vocations ne signifie pas disparition annoncée du christianisme.

Des formes nouvelles se cherchent, dans l’Église comme ailleurs. Enfin, je suis frappé par le fait que la Russie, soumise pendant trois quarts de siècle à une éradication volontaire et parfois violente du religieux, la Russie où la plupart des Églises avaient été désaffectées ou transformées en étables dans les années 1920 et 1930, s’est rechristianisée à très grande vitesse depuis 1980. Il y a aujourd’hui 400 monastères en activité et les églises sont pleines.

@qui! : Votre analyse se fonde, à la fois, sur la fin du primat de l’Occident et le constat qu’un monde nouveau et multiple émerge de façon irrésistible…

Jean-Claude Guillebaud : Pendant quatre siècles, la culture européenne, puis euro-américaine, a été hégémonique. Vers la fin du XVIe siècle, elle a commencé à rattraper le grand retard qu’elle avait par rapport aux autres grandes civilisations, par exemple chinoise ou indienne. Les Chinois ont inventé l’imprimerie huit siècles avant nous et les astronomes indiens ont découvert la réalité du mouvement des astres plusieurs siècles avant Galilée. Dès le milieu du XVIIe siècle la culture européenne avait effacé ce retard et même distancé les civilisations concurrentes. Ainsi a-t-elle pu devenir la véritable « organisatrice » du monde. Elle a régné par la conquête coloniale, la supériorité économique et militaire, mais aussi par le rayonnement culturel. De ce point de vue, on peut dire que le monde entier est déjà bien plus occidentalisé qu’on ne le croit. Même la Chine. Même l’Inde. Mais ce qui s’achève aujourd’hui, c’est cette « séquence » purement occidentale. Les autres civilisations se réveillent et accède, à leur façon, à la modernité. Cette dernière ne pourra plus se confondre avec le seul « Occident ». La modernité devra intégrer ces apports venus d’ailleurs.

C’est d’ailleurs ce qui se passe dans les faits.

L’Occident ne devra pas renoncer à ses valeurs mais…

@qui! : Vous nous proposez en quelque sorte d’entrer joyeusement et de façon volontariste vers cette « modernité métisse » qui correspond au »commencement d’un monde ». Et de le faire par le biais de la délibération de tous. Faut-il comprendre, quand on considère l’état de la démocratie dans le monde, qu’il y faudra beaucoup de temps encore et que ce sera au prix d’inévitables et graves convulsions?

Jean-Claude Guillebaud : Quand je parle de modernité métisse, je ne veux pas dire par là que l’Occident devra renoncer aux valeurs qu’il porte (droits de l’homme, démocratie, etc.), même s’il est souvent le premier à les trahir. Cela veut dire que ces valeurs, ces concepts, ce rapport au monde seront désormais « pluriels », pourront être enrichis, complétés, transformés par des approches venues de la périphérie. Prenons un exemple simple. Au milieu des années 1980, l’Afrique a élaboré une « Charte africaine des droits de l’homme » qui reprend à son compte le concept occidental de « droits individuels » mais lui ajoute une valeur trop négligée chez nous : la solidarité. Je vois cela comme un enrichissement. Deuxième remarque. Ce que j’appelle une modernité « métisse », ne signifie pas que le monde va s’uniformiser, bien au contraire. Nous devons garder nos racines particulières, notre identité mais apprendre à l’ouvrir au reste du monde, à refuser la clôture angoissée, le barricadement. Je pense souvent à cette très belle phrase du Portugais Miguel Torga, aujourd’hui disparu : l’universel, c’est le « local » moins les murs. Et puis, voyez comme chez nous, les plus jeunes ont déjà pris l’habitude d’évoquer la « world music » ou la « world littérature », c’est-à-dire des formes « métisses » de création. Dernière remarque : quand je parle de « modernité métisse », cela ne doit pas être confondu avec « société métisse ». Si vous prenez le cas du Japon, il s’agit d’une société non métissée, ou très peu, mais d’une modernité qui, elle, l’est beaucoup. Le Japon a su concilier ses traditions avec une modernité venue d’Occident, et qui s’en est trouvée transformée.

Pour répondre à la fin de votre question, je suis optimiste sur le long terme mais je ne suis ni irénique ni béat. Dans le court terme, cette marche des civilisations les unes vers les autres, cette « rencontre » inévitable, va continuer à susciter des réactions de replis, des refus, des crispations identitaires et fondamentalistes. Autrement dit, en passant ce « cap des tempêtes », nous devrons certainement affronter des violences, des menaces dont le terrorisme est un bon exemple. Il faudra faire face, mais avec sang froid.


Se procurer l’ouvrage de Jean-Claude Guillebaud Le commencement d’un monde : Vers une modernité métisse Seuil 2008 OU Le commencement d’un monde : Vers une modernité métisse Points Seuil 2010

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Charles Taylor. Qu’en est-il de la liberté individuelle dans nos sociétés modernes ?

Posted by Hervé Moine sur 16 mars 2011

Charles Taylor, philosophe très influent sur la scène internationale mais assez méconnu en France. Photo d'après Landov / Maxppp

Charles Taylor : « La société moderne se fonde de plus en plus sur la discipline »

Entretien avec Charles Taylor, propos recueillis par François Gauvin, publié par le Point le 15 mars 2011

http://www.lepoint.fr/grands-entretiens/charles-taylor-la-societe-moderne-se-fonde-de-plus-en-plus-sur-la-discipline-15-03-2011-1306784_326.php

Selon cette figure emblématique de l’éthique communautariste, le libéralisme implique de laisser l’individu organiser sa vie comme il le désire tant qu’il n’entrave pas celle des autres. Quitte à choquer.

Comment un individu se définit-il aujourd’hui ? Par sa langue, son pays, sa religion ? Par son pays, son équipe de football, ou ses orientations sexuelles ? Ces questions sur « l’identité moderne » sont au coeur des recherches que mène le Canadien Charles Taylor, aujourd’hui professeur émérite de l’université McGill (Montréal). Le philosophe, peu connu en France, et pourtant très influent sur la scène internationale, a un parcours atypique : en 1961, sitôt son doctorat d’Oxford en poche, ce catholique pratiquant se présente à quatre reprises aux élections nationales sous la bannière du Nouveau parti démocratique, le plus à gauche de l’échiquier canadien. Éconduit par les électeurs, il retourne à ses premières amours, et publie, en 1975, un volumineux Hegel, (Hegel et la société moderne aux éditions du Cerf 1998 note d’ActuPhilo) qui présente sous un jour favorable les thèses éthiques et politiques de cet idéaliste maudit en terres anglo-américaines. Ce sera l’un des rares best-sellers philosophiques du XXe siècle.

Il s’impose dès lors comme une figure emblématique de l’éthique communautariste outre-Atlantique, qui allie les principes de la société libérale avec un sens aigu de l’appartenance à la communauté. À la fois critique et interlocuteur privilégié du philosophe libéral américain John Rawls et de l’Allemand Jürgen Habermas, il publie en 1989 The sources of self : the making of modern identity (Les sources du moi pour la traduction française en 1999, note d’ActuPhilo), qui retrace l’évolution de la notion de « soi » (self) depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours. Puis, dans A Secular Age (2007), (L’âge séculier, traduction française aux édition Boréal en mars 2011, note d’ActuPhilo) il approfondit sa lecture de l’évolution des fondements de la société depuis la Renaissance. Salué par la critique, ce livre lui vaut en 2007 le prestigieux prix britannique Templeton. Spécialiste du multiculturalisme, il accepte la même année de diriger, avec le sociologue Gérard Bouchard, une commission commandée par le gouvernement québécois sur les adaptations possibles aux différences culturelles (dite Commission Bouchard-Taylor). Rencontre avec un philosophe de terrain.

Le Point.fr : Vous passez pour un apôtre du communautarisme. En France, autant parler du diable… À quoi attribuez-vous cette allergie française ?

Charles Taylor : D’abord à un fâcheux contresens, qui vient du mot lui-même. En anglais, il a en effet deux sens, qu’on ne retrouve pas en français. On peut être communautarian, au sens où l’est par exemple le sociologue américain Amitai Etzioni, et cela équivaut pratiquement au républicanisme français. C’est une philosophie de la communauté nationale envers laquelle ses membres ont des responsabilités et des devoirs. L’autre sens, le seul retenu en français, renvoie plutôt aux communautés qui existent à l’intérieur d’un pays, les « communautés culturelles », comme on les appelle au Québec. En français, l’idée d’une « philosophie communautariste » pourrait laisser entendre que cette philosophie cherche à favoriser les replis communautaires. Mais que les Français se rassurent : aucun philosophe, ni aucun pays, dans le monde occidental, ne prône cette forme-là de communautarisme. C’est un mythe tenace, mais rien qu’un mythe ! Je me considère plutôt communautariste au sens où l’entend Amitai Etzioni : je crois que la société est davantage qu’un ensemble d’individus isolés, et qu’il existe dans les sociétés libérales modernes des normes universelles, comme les droits de l’homme, que tout le monde doit respecter.

Mais vous êtes plutôt conciliant envers la politique multiculturelle du Canada. Dans le rapport de la commission que vous avez codirigée avec le sociologue Gérard Bouchard, vous préconisez même un « interculturalisme »…

Ces termes n’ont rien à voir avec une politique favorable à la création des ghettos, et il faut absolument les replacer dans leur contexte. Le Canada est depuis la fin du XIXe siècle un pays d’immigration, et qui se définit en fonction de celle-ci. Ce n’est pas le cas de pays européens comme la France qui, même si elle accueille des étrangers, ne se définit pas en premier lieu à partir de l’immigration.

Le multiculturalisme canadien est tout simplement une politique d’intégration, qui vise justement à décloisonner les communautés d’immigrants. Cette politique se soucie d’enseigner à tous les immigrants les deux langues nationales (anglais et français) ; elle veut favoriser une politique de contact, d’ouverture et de dialogue culturel, pour éviter les replis communautaires. Quant à l’interculturalisme, ce n’est pas bien différent. À cette différence près qu’au Québec, il fallait que la politique d’intégration puisse tenir compte d’un élément fondamental aux yeux de la population : la survie de la langue française. L’interculturalisme souligne cette spécificité. Mais le multiculturalisme et l’interculturalisme ne diffèrent pas fondamentalement – ce n’est certainement pas la différence entre une politique qui favoriserait l’immigration et une autre qui ne le ferait pas.

La laïcité n’est-elle pas une façon plus simple de gérer les différences ?

L’histoire de la laïcité est très riche et complexe, y compris en France. Il y a plusieurs traditions, certaines tendances sont plus ouvertes, d’autres plus fermées. On ne peut pas ramener toutes ces tendances à la laïcité, comme on le fait aujourd’hui en France.

Que pensez-vous du débat sur l’identité nationale tel qu’il s’est posé en France au cours des derniers mois ?

C’est un débat empoisonné, dont les motivations politiques sont extrêmement suspectes. Il porte surtout sur l’Autre, et non pas d’abord sur les Français. Car il ne faut pas se voiler la face: au fond, la question soulevée est de savoir si les étrangers sont compatibles ou non avec « l’identité française ». Ce n’est pas vraiment une réflexion sur les normes auxquelles tiennent les Français, mais une tentative de tirer une ligne de démarcation. Le problème, c’est que des immigrants se trouvent ainsi soupçonnés de communautarisme (ici, au mauvais sens du terme), même s’ils ne recherchent pas nécessairement ce but-là. On cherche à les mettre dans une position de minorisation pour pouvoir ensuite justifier des mesures à leur encontre. C’est donc un débat qui divise, qui crée des tensions énormes dans la société, et une société libérale doit éviter ce genre de dérapage.

Vous êtes contre l’interdiction totale de la burqa telle que l’envisage le gouvernement français. Mais son principe est pourtant de préserver la liberté de la femme.

Le projet de loi français est à mon avis très problématique dans la perspective d’une société moderne libérale, et même d’une société de droit. On ne peut évidemment pas porter la burqa dans certaines situations, à l’école, et pour des raisons de sécurité ou d’identification de la personne, par exemple. Mais de là à interdire de pouvoir sortir de sa maison avec une burqa ! C’est une mesure farouchement antilibérale. Invoquer l’idée qu’il s’agit de protéger la liberté individuelle des femmes ne suffit pas : on ne connaît pas leurs motivations. Les recherches sociologiques montrent d’ailleurs que celles-ci sont variées. De jeunes femmes vont, par exemple, porter le voile ou la burqa pour se révolter contre leurs parents, une motivation bien occidentale ! Au fond, la vraie question est de savoir qui doit décider de la signification du port de ce type de vêtement. Le gouvernement ? Ou l’individu lui-même ? Il me semble qu’en l’absence de preuve probante, le principe de liberté, au fondement de notre société, exige qu’on opte pour la dernière réponse. Il faut accepter que les autres décident librement de leur vie tant qu’ils n’entravent pas la nôtre, et même quand cela nous choque. Sinon, on revient au bon vieux paternalisme d’autrefois, à la Genève de Calvin, ou à l’Iran de Mahmoud Ahmadinejad.

C’est ainsi que vous définissez l’identité moderne dans votre livre Les sources du moi ?

En effet, un individu peut se définir lui-même. C’était différent à d’autres époques, au Moyen Âge par exemple. Le fait d’accorder autant d’importance à l’identité individuelle est quelque chose de récent. Aujourd’hui, on reconnaît que les individus ont un rôle à jouer dans la définition de leur propre identité. Évidemment, personne ne peut se définir totalement, et chacun s’inscrit dans un contexte et des traditions spécifiques. Mais il est admis que les individus peuvent, dans une certaine mesure, choisir parmi ces traditions celles qui leur conviennent, ou tenter de les redéfinir, comme l’ont fait les mouvements féministes ou gays ces dernières années. Ce phénomène s’est d’ailleurs accentué dans la deuxième moitié du XXe siècle, avec ce que j’appelle « l’ère de l’authenticité ». C’est l’époque où fleurissent, par exemple, les théories et les pratiques du « développement personnel ». Il faut prendre la mesure de ce fait : la quête de soi est un aspect fondamental de l’identité moderne.

Ne vient-elle pas naturellement du déclin de la religion ?

C’est une vision trop simpliste. Nos sociétés modernes occidentales n’ont certes plus de fondation unique philosophico-religieuse. Mais on a longtemps associé ce processus de sécularisation à une marginalisation de la religion qui conduirait finalement à sa disparition. J’ai montré dans A Secular Age que la sécularisation est un phénomène beaucoup plus complexe, qui d’ailleurs résiste à toute généralisation. Prenez, dans l’ancien bloc de l’Est, le cas de l’ancienne RDA. L’athéisme y est majoritaire. Mais dans la Pologne voisine, anciennement communiste elle aussi, c’est tout le contraire. Et aux États-Unis, pays capitaliste et libéral, des sondages ont révélé que 90% de la population croit en Dieu ou en une force spirituelle supérieure. Alors, certes, on ne légifère plus dans les pays occidentaux en fonction des autorités religieuses, mais l’évolution vers la sécularisation va de pair avec des niveaux de participation religieuse très différents. Quand Nietzsche annonce, au chapitre 125 de son livre Le gai savoir, avec une image poétique très forte, que « Dieu est mort », certains s’y retrouveront, d’autres pas. Il y a certainement une part de vrai dans ce qu’il déclare, mais on se trompe si on y voit une vérité valable pour tous.

C’est donc une autre approche de l’histoire que je propose. Je pense, en effet, que nous allons vers davantage de diversification dans le rapport à la religion et, plus généralement, dans la façon de penser les critères d’une vie bonne. J’ai employé le concept d’hyper-nova pour illustrer ce phénomène de diversification toujours plus complexe. C’est là un autre trait de notre monde sécularisé, à savoir qu’il faut fonctionner avec une pluralité de fondements. Les assises de notre société sont plurielles, ou pluralistes, ce qui n’était pas le cas dans le passé. Si vous reculez de deux siècles, vous aurez des sociétés qui étaient entièrement fondées sur le christianisme. Nous n’en sommes plus là : nous cherchons à nous sentir en accord avec des principes qui reflètent nos convictions intimes.

La sécularisation marque-t-elle pour vous un progrès? Un brin de nostalgie semble percer dans vos propos…

C’est une tendance générale vers le mieux. Les droits de l’homme, la possibilité laissée à chacun de se définir, etc., marquent des progrès, et il n’est pas question de revenir à l’Ancien Régime ! Mais il y a aussi des éléments négatifs dans cette évolution, entre autres le fait que la société moderne se fonde de plus en plus sur la discipline, comme l’a très bien montré Foucault. Ce qui entraîne aussi le refoulement de pans entiers de la vie humaine.

Nous sommes refoulés ?

À certains égards, oui. Prenez le carnaval qui, au Moyen Âge, permettait d’inverser en public les rôles sociaux, de marquer une pause l’espace d’un jour, de rappeler le sens de la communauté humaine par-delà les divisions de la vie courante. Ce genre de festivités publiques ̶- on pourrait citer aussi les bals ̶-, a pratiquement disparu. Dans le privé, on se permet tout, mais dans le public, nous restons très disciplinés. Nous avons du mal à prendre contact avec certains de nos désirs profonds.

Le Point du 15 mars 2011

Quelques dates repères à propos de Charles Taylor

Sélection bibliographique de l’oeuvre de Charles Taylor par ActuPhilo

Charles taylor

Hegel et la société moderne

Cerf

 

Présentation de Hegel et la société moderne

D’abord paru au Québec aux Presses de l’Université de Laval, Hegel et la société moderne parait aux éditions du Cerf en 1998. Ce livre est la traduction française de l’ouvrage de Charles Taylor, Hegel and modem society, dont on apprend incidemment qu’il a été publié en 1979 mais sans que soient mentionnés ni le lieu ni la date d’édition. Il ne s’agit pas simplement d’une présentation de plus de la pensée politique de Hegel, comme pourrait le faire croire le titre.

Constituant d’une part «un exposé plus court et plus accessible» du Hegel que Charles Taylor a fait paraître en 1975 au Cambridge University Press, il a toutefois pour principal enjeu de «démontrer la pertinence et l’importance de cette philosophie pour les penseurs contemporains». La conviction de Taylor est en effet «que Hegel a puissamment contribué à former des concepts et des manières de penser qui sont indispensables à une perception claire de certains problèmes et dilemmes propres à notre époque». En quoi consiste donc cette actualité de Hegel ? Non pas, estime Taylor, dans l’ontologie de l’Esprit qui soutient son système qu’il juge au contraire, sans à vrai dire étayer avec beaucoup de soin son jugement, quasi invraisemblable (p. 69) : l’argumentation dialectique sur laquelle se fonde cette ontologie — en particulier celle relative à la catégorie de Dasein dans la Science de la logique que Taylor semble tenir pour particulièrement décisive — lui paraît incapable de «persuader» le penseur contemporain (p. 67); cela «ressemble davantage, écrit-il, à une expression pénétrante de sa vision qu’à une preuve rigoureuse» (p. 68).

Reste que s’il convient ainsi, selon Taylor, de prendre acte de l’ «échec» de l’ontologie hégélienne, son entreprise correspond toutefois à une tentative de synthèse qui, tant par son ampleur que par ses modalités, garde pour nous toute son importance et sa pertinence dans la mesure où la tension qu’elle affronte et cherche à résoudre continue de caractériser au plus haut point notre époque et notre civilisation. Voir la présentation de Gérard Gilbert

Pour se procurer l’ouvrage de Charles Taylor Hegel et la société moderne

Extrait de Hegel et la société moderne

Penser l’être humain dans sa communauté culturelle

« Penser à un être humain (…) c’est évoquer davantage qu’un simple organisme vivant ; c’est voir un être capable de penser, d’agir, de décider, d’être ému, de réagir et d’entrer en rapport avec les autres ; tout cela sous-entend un langage, un mode d’appréhension du monde, d’interprétations des sentiments, de compréhension de la relation aux autres, au passé, à l’avenir, à l’absolu, etc. L’identité d’un individu est faite de sa manière particulière de se situer dans son univers culturel.

Or, un langage, ainsi que l’ensemble des distinctions qui sous-tendent notre expérience et notre mode d’interprétation du monde ne peuvent naître et grandir que par la communauté. En ce sens, ce que nous sommes, en tant qu’être humains, nous le sommes seulement dans une communauté culturelle. » (p. 87.)

La notion hégélienne d’esprit objectif

« Une certaine conception de l’homme et de la société est implicite dans certaines pratiques et institutions sociales que nous pouvons voir, dès lors, comme l’expression de certaines idées. Et il arrive effectivement, lorsque la société ne s’est pas donnée d’elle-même une théorie cohérente et précise, que pratiques et expressions soient l’expression la plus adéquate, et parfois même la seule, de ces idées. Ces idées sous-jacentes, qui font de certaines pratiques ce qu’elles sont (…) ne sont pas forcément définies de façon cohérente en plusieurs propositions sur la nature humaine, la volonté, la société, etc. Il se peut même qu’un langage théorique adéquat reste à élaborer.

En ce sens, nous pouvons penser les pratiques et les institutions propres à une société comme une sorte de langage qui en exprime les idées fondamentales. Mais ce qui est « dit » par ce langage ce ne sont pas les idées qui pourraient n’exister que dans l’esprit de certains individus; il s’agit plutôt des idées communes à une société parce qu’elles sont inscrites dans la vie collective, dans les pratiques et les institutions enchâssées dans cette société. En elles, l’esprit de la société est en un sens objectivé. Elles sont « esprit objectif » (Hegel). » (p. 89.)

Pour se procurer l’ouvrage de Charles Taylor Hegel et la société moderne

Charles Taylor

Les sources du moi

La formation de l’identité moderne

Seuil

Les idées clés Des sources du moi par Business Digest

Cet ouvrage dresse un tableau saisissant de l’identité moderne sans en taire ni la grandeur ni la misère. Il s’agit de comprendre cette révolution inouïe qui a fait que les modernes se voient comme des êtres doués d’intériorité, comme des «moi» ayant une profondeur. Loin de pouvoir se ramener à l’essor de l’individualisme libéral, cette histoire est celle d’une longue quête pour définir et atteindre le bien. Au coeur de cette définition, on trouve ce que l’auteur appelle «l’affirmation de la vie ordinaire». La montée en puissance de cette valeur, retracée ici de ses origines dans la Réforme jusqu’à ses formes actuelles, a profondément transformé notre conception de la Raison. Ce livre d’histoire des idées ne saurait être séparé du combat, philosophique et politique, que mène l’auteur depuis de nombreuses années au nom du communautarisme. Il s’agit de défendre la modernité, moins contre ses détracteurs, que contre la philosophie libérale qui prétend seule en porter les couleurs. Trouvant son apogée dans l’oeuvre majeure de John Rawls (Théorie de la justice, seuil 1987), celle-ci est accusée de faire bon marché de l’exigence de cohésion sociale et de ne s’intéresser qu’à la liberté des individus et à la justice dans la répartition des richesses.

Description Des sources du moi

Les Sources du moi est un ouvrage magistral sur l’identité moderne. Il en dresse un tableau saisissant sans en taire ni la grandeur ni la misère, et il tente de la définir en retraçant la genèse. Cette généalogie remonte à saint Augustin, passe par Descartes et Montaigne et se prolonge jusqu’à aujourd’hui. Il s’agit de comprendre cette révolution inouïe qui a fait que les modernes se voient comme des êtres doués d’intériorité, comme des  » moi  » ayant une profondeur. Loin de pouvoir se ramener à l’essor de l’individualisme liberal, cette histoire est celle d’une très longue quête pour définir et atteindre le bien. Au coeur de cette définition, on trouve ce que l’auteur appelle l’affirmation de la vie ordinaire. La montée en puissance de cette valeur, retracée ici de ses origines dans la Réforme jusqu’aux formes qu’elle prend de nos jours, aura profondément transformé notre conception de la Raison. Ce livre d’histoire des idées, d’une grande érudition, ne saurait être séparé du combat, philosophique et politique, que mène l’auteur depuis de nombreuses années au nom du communautarisme. Il s’agit de défendre la modernité, moins contre ses détracteurs, que contre la philosophie libérale qui prétend seule en porter les couleurs. Trouvant son apogée dans l’oeuvre majeure de John Rawls, Théorie de la justice (Seuil, 1987), celle-ci est accusée de faire bon marché de l’exigence de cohésion sociale et de ne s’intéresser qu’à la liberté des individus et à la justice dans la répartition des richesses. A cette abstraction du libéralisme, Taylor oppose une démarche qui fait fond sur le monde de l’expérience, l’analyse des faits, l’autoconception de la société telle qu’elle est vécue par les gens, leur imaginaire social.

Pour se procurer l’ouvrage de Charles taylor Les sources du moi

 

Charles Taylor

L’âge séculier

Boréal (mars 2011)

 

Présentation de l’éditeur

Il est d’usage de dire que nous, modernes Occidentaux, appartenons à un « âge séculier ». Comment est-on passé d’un temps, encore proche, où il était inconcevable de ne pas croire en Dieu, à l’époque actuelle, où la foi n’est plus qu’une option parmi d’autres et va jusqu’à susciter la commisération ?

L’explication la plus courante consiste à affirmer qu’à la faveur des progrès de la connaissance, la vérité aurait triomphé de l’illusion, nous poussant à ne chercher qu’en nous-mêmes notre raison d’être et les conditions de notre épanouissement ici-bas.

En révélant les impensés de ce récit classique de la victoire des Lumières qui fait du « désenchantement du monde » la seule clé de l’énigme, Charles Taylor entreprend une enquête philosophique et historique monumentale qui renoue les liens entre l’humanisme et l’aspiration à la transcendance. Loin d’être une « soustraction » de la religion, la sécularisation est un processus de redéfinition de la croyance qui a vu se multiplier les options spirituelles. Si plus aucune n’est en mesure de s’imposer, les impasses du « matérialisme » et les promesses déçues de la modernité continuent d’éveiller un besoin de sens.

Pour se procurer l’ouvrage de Charles Taylor L’âge séculier

Charles Taylor

Le Malaise de la modernité

Cerf (2002)

 

Etre sincère avec moi-même signifie être fidèle à ma propre originalité, chose que je suis le seul à pouvoir découvrir : tel est le fondement de l’idéal moderne d’authenticité ainsi que des objectifs d’épanouissement de soi. Apparemment, un véritable tournant s’opère au XVIIIe siècle avec Rousseau, Goethe et les Romantiques, Taylor pense qu’il s’agit d’un moment décisif des transitions à la faveur desquelles le sujet est devenu un pôle d’expérience privilégié. Certes, le tournant ne s’est pas accompli indépendamment d’un processus d’émancipation de la raison dont il étudie aussi les principaux moments. Mais le sens nouveau que donne au moi la révolution romantique, « l’expressionnisme » qui y trouve ses racines, le constituent durablement comme la référence privilégiée, voire exclusive, de toute morale et de toute valeur. Mais, pour Taylor, une intériorité, une subjectivité qui ne communiquerait pas avec un horizon ou un langage commun sont proprement impensables comme l’ont montré des penseurs aussi différents que Hegel et Wittgenstein.

En fait, il s’agit d’éviter ce qu’il appelle un « dérapage du subjectivisme », une sorte de « culture du narcissisme » qui fait de l’épanouissement de soi la principale valeur de la vie et ne reconnait que peu d’exigences morales extérieures ou d’engagements profonds avec les autres. L’explication de cette déviation de la culture de l’authenticité est certainement liée à l’enracinement de l’individualisme dans la vie quotidienne, le monde du travail et la vie politique. Mais le danger que met en lumière Taylor à propos de cette promotion exclusive du moi, facilité par les transformations sociales de la culture moderne est que ces exigences de sincérité envers soi aille jusqu’à nier l’exigence de justice que nous devons aux autres.

Quatrième de couverture

« Raison instrumentale », « désenchantement du monde », « narcissisme contemporain » : le philosophe Charles Taylor reprend ces trois thèmes dominants du malaise de la modernité. A l’écart des redondances de la mode et des facilités de la critique, il montre pourquoi l’éthique de la réalisation de soi, noyau consistant de l’individualisme, recèle une aspiration dont les présupposés bien compris seraient en fait incompatibles avec l’instrumentalisme et l’égoïsme possessif.
Pour se procurer l’ouvrage de Charles Taylor Le Malaise de la modernité

 

Charles Taylor

Multiculturalisme

Différence et démocratie

Flammarion Champs Essais

Présentation de l’éditeur

Une société démocratique doit traiter tous ses membres comme des égaux. Mais jusqu’où peut-elle aller dans la reconnaissance de leur spécificité culturelle, jusqu’à quel point peut-elle admettre leur différence pour permettre à leur identité de s’exercer librement et de s’épanouir ? Doit-elle veiller à garantir et à maintenir cette spécificité ? Cette reconnaissance politique est-elle nécessaire à la dignité des individus ? Telles sont quelques-unes des questions qui sont au coeur de la controverse sur le multiculturalisme.

Charles Taylor nous propose une réflexion historique et une perspective philosophique concernant l’enjeu fondamental de la demande de reconnaissance par tous les groupes « ethniques » – communautés religieuses, associations féministes, minorités culturelles, etc. – qui coexistent au sein d’une même communauté étatique. La démocratie doit garantir les droits et le bien-être de ses citoyens.

Doit-elle privilégier une culture, celle qui la fonde, ou s’accommoder de toutes ?

Pour se procurer l’ouvrage de Charles Taylor Multiculturalisme : Différence et démocratie


Jocelyn Maclure

Charles Taylor

Laïcité et liberté de conscience

La Découverte (2010)

Présentation de l’éditeur

 

Présentation de l’éditeur

Ce n’est que récemment que le modèle d’une société politique fondée sur le respect de la pluralité des perspectives philosophiques, religieuses et morales s’est imposé comme le plus susceptible de conduire à une vie harmonieuse du corps social et à l’épanouissement de ceux qui le composent. Un large consensus s’est établi autour de l’idée que la  » laïcité  » est une composante essentielle de toute démocratie libérale.

Mais qu’est-ce au juste qu’une société laïque ?

Bien que des travaux récents en sciences sociales, en droit et en philosophie aient permis des avancées majeures sur le plan de la compréhension de la laïcité comme mode de gouvernance, une analyse conceptuelle des principes constitutifs de la laïcité manquait toujours à l’appel. Ce livre vient remédier à une telle lacune. Pour les auteurs, les deux grandes finalités de la laïcité sont le respect de l’égalité morale des individus et la protection de la liberté de conscience et de religion. C’est pourquoi la laïcité doit aujourd’hui se comprendre dans le cadre plus large de la diversité des croyances et des valeurs (religieuses ou non) auxquelles adhèrent les citoyens. Depuis près de vingt ans, la France ne cesse de débattre (et de légiférer) sur la place et la visibilité des minorités culturelles et religieuses, comme en témoignent les controverses passionnées sur le foulard islamique et aujourd’hui de la burqa. Cet ouvrage de philosophie, qui prend appui sur l’expérience originale et passionnante du Québec en matière de politique multiculturelle, constitue une contribution forte au débat sur les rapport entre religion et politique.

Jocelyn Maclure, coauteur de l’ouvrage Laïcité et liberté de conscience, est professeur agrégé à la Faculté de philosophie de l’Université Laval. Il est également l’auteur de « Récits identitaires ». Le Québec à l’épreuve du pluralisme. Il a contribué, en tant qu’analyste-expert, à la rédaction du rapport final de la commission Bouchard-Taylor sur les  » accommodements raisonnables « .

Pour se procurer l’ouvrage de Jocelyn Maclure et Charles Taylor Laïcité et liberté de conscience

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Les manuscrits du père du situationnisme entrent à la Bibliothèque Nationale de France

Posted by Hervé Moine sur 25 février 2011

Les collections du département des manuscrits de la BnF s’enrichissent de ceux de Guy Debord (1931-1994) du père fondateur du situationnisme et auteur de la célèbre « Société du Spectacle » apprend-t-on dans un communiqué de l’AFP du 24 février 2011.

Une exceptionnelle acquisition

Ces précieuses archives, classés depuis plus de deux ans « trésor national » comportent toutes les versions de ses écrits et de ses films, sa correspondance, ses papiers personnels, dossiers de presse et éditoriaux, des carnets et fiches de lecture, les notes préparatoires à ses œuvres cinématographiques ainsi que des archives photographiques, des objets personnels et sa bibliothèque. En outre, elles comprennent également des documents de travail de l’Internationale situationniste, des coupures de presse et des publications de groupes d’avant-garde politique ou artistique contemporains de l’auteur.

Benoît Forgeot, le libraire parisien qui avait inventorié les archives disait  que « cet ensemble exceptionnel regroupe tous les manuscrits de Guy Debord, à commencer par celui de La Société du spectacle, une collection incroyable de notes de lectures sur des fiches bristol classées par thème, deux cahiers assez émouvants dans lesquels il a noté ses rêves, tout ce qui concerne le Jeu de la guerre, avec un des cinq exemplaires du jeu, le manuscrit de son dernier projet de livre, toutes ses notes concernant le cinéma, de très gros dossiers concernant l’édition, et l’ensemble de sa correspondance. » Il apparaît assez rare de pouvoir disposer ainsi d’archives aussi complètes. Et Benoît Forgeot d’ajouter qu' »En volume, la partie la plus importante, et la plus intéressante, touche au cinéma (brouillons, idées, scénarios, notes de montage). Les fiches de lecture composent à elles seules un livre inédit. »

Si les archives du père du surréalisme, André Breton n’ont pu résister au « saucissonnage » dont elles furent hélas victimes, celles du père du situationnisme n’ont pas reçu le même sort, et, la préservation de l’intégrité du fonds est due à Mme veuve Alice Debord.

On comprendra dès lors très aisément les propos du Président de la BnF, Bruno Racine à propos de cette bien belle acquisition : « Nous nous réjouissons d’accueillir au sein des collections patrimoniales un penseur dont l’œuvre théorique et poétique a profondément influencé le dernier demi-siècle. La générosité de nos mécènes et le soutien du ministère de la Culture nous permettent de faire aujourd’hui cette exceptionnelle acquisition ».

La Bnf en concurrence avec l’Université de Yale

Pour l’histoire disons que ces archives conservées et mises en ordre par Guy Debord lui-même, avaient fait l’objet d’un avis d’appel au mécénat d’entreprise par le ministère de la Culture pour devenir la propriété de notre Bibliothèque nationale alors que depuis 2009, était en cours, une demande d’exportation vers l’Université américaine de Yale désireuse de s’en porter acquéreur. Le trésor ira vers le plus offrant.

« Ces archives [qui] témoigne, par leur richesse, leur diversité artistique et leur quasi exhaustivité, du travail de l’auteur et de son insertion dans l’intense activité artistique et politique de son époque » selon Bruno Racine sont désormais propriété de la Bnf.

Guy Debord 1931-1994

Guy Debord, le révolutionnaire qui envisageait le monde comme spectacle

Guy Debord né en 1931 est un autodidacte. Sa culture n’a cependant rien à envier aux universitaires. Il fut poète, cinéaste, philosophe, essayiste, théoricien de la société et du pouvoir. En accord avec ses idées révolutionnaires, – il a joué un rôle majeur dans la révolution étudiante et ouvrière de mai 1968 -, il a vécu en marge de la société. Il refusait de se soumettre aux conditions de vie imposées par ce qu’il appelait « la société spectaculaire ».

Guy Debord fonde et anime successivement l’Internationale lettriste de 1952 à 1957 puis l’Internationale situationniste de 1957 à 1972.

Pour évoquer son œuvre, on ne peut pas ne pas commencer par évoquer la plus célèbre et la plus édifiante, paru en 1967, « La société du spectacle » œuvre dans laquelle il a conceptualisé la notion de spectacle, et qui s’érige comme une critique intransigeante des conditions modernes d’existences engendrées par le capitalisme : la consommation, les loisirs, la publicité, l’urbanisme, etc. Dans son œuvre maîtresse, ses théories se doublent de pratiques visant à la construction de situations, dont le fin annoncée est la mise en échec de tout ce qui s’interpose entre l’homme et sa vie. Il publiera en 1988, les commentaires sur la société du spectacle.

Citons entre autres parmi ses ouvrages l’Internationale situationniste, revue qu’il fonde en 1958, In girum imus nocte et consumimur igni en 1977, les Panégyrique en 1989.

« Guy Debord s’est donné la mort le 30 novembre 1994. En France, où il vivait, toute la presse a parlé de ce suicide car Debord, bien qu’il ait toujours limité ses apparitions publiques, était un person­nage connu. » Revue internationale  2006

La pensée originale de Guy Debord a largement influencé des penseurs par son approche de la société actuelle et l’opinion publique par son concept de spectacle.

Hervé Moine, ActuPhilo

Les archives de Guy Debord à la BnF

Article du Magazine Littéraire du 23 février 2011

Les documents relatifs à l’œuvre du philosophe situationniste ont failli partir pour les États-Unis. Elles entrent cette année à la Bibliothèque nationale de France.

Ceci conclut un feuilleton international à multiples rebondissements. Longtemps (jusqu’au début de l’année 2009) l’université américaine de Yale a souhaité acquérir les archives de Guy Debord (1931-1994) afin qu’elles rejoignent son centre de recherche sur les avant-gardes. Alice Debord, veuve de l’écrivain détentrice des droits moraux de son oeuvre, considérait alors très sérieusement l’éventualité de les faire exporter : pour elle, ces documents devaient être conservés en un seul lieu, à disposition des chercheurs. Après classification de ces archives comme «trésor national», l’exportation avait été refusée par le Ministère de la culture par arrêté du 29 janvier 2009. L’État disposait alors d’un délai de trente mois pour parvenir à un accord avec Alice Debord et acquérir le fonds. C’est à présent chose faite.

Dans un communiqué du 24 février 2011, le président de la Bibliothèque nationale de France, Bruno Racine, se réjouit d’accueillir «au sein des collections patrimoniales un penseur dont l’œuvre théorique et poétique a profondément influencé le dernier demi-siècle». Ces archives comprennent la quasi-totalité des documents de travail du philosophe, dont le manuscrit de La Société du spectacle (texte critique des conditions d’existence engendrées par le capitalisme moderne et fondateur de l’Internationale situationniste), toutes les versions de ses écrits et de ses films, une importante correspondance, des papiers personnels, des fiches de lectures et des archives photographiques témoins des activités engagées de l’auteur.

Guy Debord

Oeuvres

Quarto Gallimard

Présentation de l’éditeur

Ce volume, présenté dans l’ordre chronologique, contient : Tous les livres de Guy Debord : Rapport sur la construction des situations, Mémoires, La Société du spectacle, La Véritable Scission dans l’Internationale, Préface à la quatrième édition italienne de  » La Société du spectacle « , Considérations sur l’assassinat de Gérard Lebovici, Commentaires sur la société du spectacle, Panégyrique tome premier et second, In girum imus nocte et consumimur igni, édition critique,  » Cette mauvaise réputation… « , Des contrats.

Des tracts, manifestes et textes introuvables ou inédits : Manifeste pour une construction de situations, 1e partie chronologique de la conférence Histoire de l’Internationale lettriste, Projet pour un labyrinthe éducatif, Ecologie, psycho-géographie et transformation du milieu humain, Projet d’une anthologie de la revue  » Internationale situationniste « , etc. Des textes extraits des revues : Internationale lettriste, La Carte d’après nature, Potlatch, Les Lèvres nues, Internationale situationniste.

Les scénarios de ses films : Hurlements en faveur de Sade, Sur le passage de quelques personnes à travers une assez courte unité de temps, Critique de la séparation, La Société du spectacle, Réfutation de tous les jugements, tant élogieux qu’hostiles, qui ont été jusqu’ici portés sur le film  » La Société du spectacle « , In girum i mus nocte et consumimur igni, Guy Debord, son art et son temps. Des traductions, un choix de lettres et de nombreux documents iconographiques rares ou inconnus.

Pour se procurer le volume contenant les Oeuvres de Guy Debord

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Guy Debord

La Société du Spectacle

Folio

Quatrième de couverture

Guy Debord (1931-1994) a suivi dans sa vie, jusqu’à la mort qu’il s’est choisie, une seule règle. Celle-là même qu’il résume dans l’Avertissement pour la troisième édition française de son livre La Société du Spectacle« Il faut lire ce livre en considérant qu’il a été sciemment écrit dans l’intention de nuire à la société spectaculaire. Il n’a jamais rien dit d’outrancier. »

Pour se procurer l’ouvrage de Guy Debord « La société du spectacle »

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L’essence du spectacle

Extraits de la Société du Spectacle de Guy Debord

« Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une immense accumulation de spectacles. Tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation. (…)

Le spectacle, compris dans sa totalité, est à la fois le résultat et le projet du mode de production existant. Il n’est pas un supplément au monde réel, sa décoration surajoutée. Il est le coeur de l’irréalisme de la société réelle. Sous toute ses formes particulières, information ou propagande, publicité ou consommation directe de divertissements, le spectacle constitue le modèle présent de la vie socialement dominante. Il est l’affirmation omniprésente du choix déjà fait dans la production, et sa consommation corollaire. Forme et contenu du spectacle sont identiquement la justification totale des conditions et des fins du système existant. Le spectacle est aussi la présence permanente de cette justification, en tant qu’occupation de la part principale du temps vécu hors de la production moderne. (…)

L’aliénation du spectateur au profit de l’objet contemplé (qui est le résultat de sa propre activité inconsciente) s’exprime ainsi : plus il contemple, moins il vit ; plus il accepte de se reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir. L’extériorité du spectacle par rapport à l’homme agissant apparaît en ce que ses propres gestes ne sont plus à lui, mais à un autre qui les lui représentent. C’est pourquoi le spectateur ne se sent chez lui nulle part, car le spectacle est partout. »

Dans ces extraits du début de l’ouvrage, Guy Debord pose, sous forme de thèses, les fondements de sa conception du monde actuel. Si le spectacle renvoie évidemment à ce que nous connaissons tous à travers la télévision ou la publicité et les images en générale, il renvoie également à l’ensemble du fonctionnement des sociétés capitalistes actuelles. La question est donc de savoir ce qu’est devenu dans une telle société ? Quels sont les effets sur les individus de ce spectacle ? Selon Guy Debord, les individus sont devenu tout simplement des spectateurs qui se contente de contempler des images de la vie au lieu de la vivre vraiment. En effet, selon lui, nos sociétés accumulent des représentations d’elles-même, si bien qu’elles forment un spectacle omniprésent et permanent qui aliènent les hommes, ceux-ci se perdant dans une réalité étrangère et se trouvant dépouillés de leur propre existence.

A noter que Guy Debord ouvre son ouvrage par une citation de Feuerbach : « Et sans doute notre temps… préfère l’image à la chose, la copie à l’original, la représentation à la réalité, l’apparence à l’être… Ce qui est sacré pour lui, ce n’est que l’illusion, mais ce qui est profane, c’est la vérité. Mieux, le sacré grandit à ses yeux à mesure que décroît la vérité et que l’illusion croît, si bien que le comble de l’illusion est aussi pour lui le comble du sacré. » (Préface à la deuxième édition de L’Essence du christianisme)

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La culture fait-elle partie de l’identité nationale ?

Posted by Hervé Moine sur 9 février 2011

Finkielkraut : La culture de l’identité nationale

Article de Clémence Arthur, paru dans non-fiction, mardi 08 février : http://www.nonfiction.fr/article-4229-finkielkraut__la_culture_de_lidentite_nationale.htm

Alain Finkielkraut était invité par les Etats généraux du renouveau samedi 29 janvier à Grenoble, pour discuter du thème « Culture et identité nationale : des concepts dépassés ? » Le philosophe a fait un exposé engagé en faveur d’une culture élitiste, au service de l’identité nationale.

Alain Finkielkraut ne surprend personne en dénonçant l’abandon de la culture et le refus du récit national. Le sujet lui est familier, sa position reste inchangée. Plus surprenante est cependant son entrée en la matière contre « l’inculture militante du président de la République », qui fait de la Princesse de Clèves un livre « subversif ». Avec la suppression de l’épreuve de culture générale dans les filières techniques, et le communiqué du CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires) se félicitant d’une telle décision au nom de la lutte contre les discriminations, le philosophe s’inquiète que l’enseignement de cette discipline puisse être jugé discriminatoire.

« La culture nous rappelle notre médiocrité »

Pour lui, c’est en créant une école à la carte que l’on crée les inégalités : l’école républicaine doit être la promotion de la culture pour tous et non pour chacun comme Francis Lacloche le préconise dans son rapport. « La culture pour chacun n’est pas l’élitisme pour tous, c’est la culture de chacun promue à la dignité de culture » argumente Finkielkraut. Un concept qui ouvre grand la porte au relativisme.

Ce relativisme qui constitue, pour le philosophe, le plus grand danger auquel est confrontée la culture. Le savoir que doit enseigner l’école est par essence exigeant, élitiste et intimidant. « La grande culture ne vous rend pas fier, elle nous rappelle notre médiocrité » lance-t-il, sentencieux. La culture qui ne prescrit pas, la culture sans hiérarchie, n’est plus la culture. « Ce qui tue la culture, c’est l’anti élitisme » continue-t-il. Et de regretter cette impasse du « tout culturel » dans laquelle nous sommes engouffrés, ces pages « culture » des magazines où « l’on ne parle que de la fashion week », la substitution, finalement, d’un sens par un autre. « La culture n’est pas périmée », reprend-il, « mais sa nouvelle définition  risque de la rendre obsolète ».

« La nation est un plébiscite de tous les jours »

« Alors comment peut-on se réclamer de l’identité nationale et faire si peu de cas de la culture ? » enchaîne Alain Finkielkraut, dans une nouvelle attaque au président. La culture fait partie de l’identité nationale, affirme-t-il. Il est normal que ce débat effraie, qu’il crée des « suspicions ». Mais il est anormal que les suspicions se portent sur le terme même d’identité nationale. « Quand j’entends Peillon parler de l’ignoble débat, je suis stupéfait » s’emporte Finkielkraut. « Il faut que la France s’interroge sur son identité dans une période de forte immigration. »

Pour lui, le danger n’est pas le débat sur l’identité nationale, le danger est dans l’appropriation de l’histoire. C’est l’idée de propriété de l’identité nationale qui fait le lit de la xénophobie. Il ne faut ni s’approprier, ni renier le récit national. « Pour être accueillante, on dit que la France devrait se séparer de son histoire, c’est symptomatique » dénonce-t-il, avant de nous inciter à relire Renan : « La nation est un plébiscite de tous les jours, un héritage de gloire et de regrets à partager. »

Céline fait-il partie de l’héritage national ? Ce qui est sûr, c’est qu’il ne sera pas plébiscité cette année. Sur cette décision de Frédéric Mitterrand, Finkielkraut se fait nettement moins catégorique : « Il y a un conflit entre le bien moral et le bien esthétique. Il faut savoir jusqu’où va notre défense de la littérature ».

rédacteur : Clémence ARTUR, Critique à nonfiction.fr

Illustration : flickr gaston phoebus

=> Cet article fait suite ou complète celui Arthur Bayon paru dans Libération le 29 janvier dernier Finkielkraut: «La culture c’est unplugged!», que nous avons publié dans ActuPhilo : Les dérives xénophobes doivent-elles museler la discussion nationale

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