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Posts Tagged ‘économie’

La crise européenne comme mise à l’épreuve de la démocratie ?

Posted by Hervé Moine sur 19 juillet 2012

La constitution de l'EuropeJürgen Habermas

La constitution de l’Europe

Gallimard

Présentation de l’éditeur de La constitution de l’Europe

L’union européenne est-elle désormais contre la démocratie ? Avec l’épisode du référendum grec et l’effroi qui saisit tous les dirigeants de voir un peuple, auquel on avait imposé une cure problématique. entrer en résistance, la crise de la dette a révélé le déficit démocratique des institutions européennes. Jürgen Habermas nous alerte sur les risques que prend l’Europe à s’engager dans une voie « postdémocratique » pour régler la question de la dette des pays de la zone euro. L’union monétaire européenne ne disposant pas d’un contrôle supra-national à sa mesure, les dirigeants allemand et français veulent une collaboration intergouvernementale renforcée. Le Conseil européen doit s’employer à la mettre en place. Ce changement en apparence minimal devrait se traduire par une perte progressive de contrôle des Parlements nationaux sur les lois de finances : cette réforme insidieuse asphyxierait petit à petit le poumon de la démocratie à l’échelle nationale, sans que cette perte soit compensée au niveau européen. Le processus grec ouvre-t-il le passage d’une Europe de gouvernement à une Europe de la  » gouvernance  » – joli euphémisme pour désigner une forme dure de domination politique. qui ne repose que sur le fondement faiblement légitimé des traités internationaux ? La « démocratie d’un seul pays » n’est plus à même de se défendre contre les injonctions d’un capitalisme forcené, qui franchissent, elles, les frontières nationales. Il faut avancer vers et dans la constitution de l’Europe, pour que les peuples regagnent des latitudes d’action au niveau supranational, sans pour autant sacrifier la démocratie. La crise de l’Europe des gouvernements doit conduire à la constitution d’une Europe des peuples. Telle est la conviction de Jürgen Habermas dans ce petit traité de démocratie, vif, tonique et constructif.

Pour se procurer l’ouvrage de Jürgen Habermas, La constitution européenne

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L’économie et la morale : Les justifications morales des inégalités économiques sont-elles fondées ?

Posted by Hervé Moine sur 15 juillet 2012

Ruwen Ogien

Les inégalités économiques ont-elles un sens moral ?

« Je ne m’intéresse pas aux causes des inégalités économiques, mais à ses justifications morales. Ce sont ces justifications que je trouve toutes infondées. » Ruwen Ogien

Lire l’excellent article de Ruwen Ogien paru le 13 juillet 2012 sur le site iphilo  à propos de la généralisation de justifications des inégalités économiques par des raisons apparemment morales : à droite, comme à gauche, n’a-t-on pas tendance en effet à sanctionner la paresse et au contraire à vouloir récompenser le mérite ?

Ruwen Ogien part de l’observation à propos de la représentation de la pauvreté en Europe faite par le sociologue Nicolas Duvoux, celle selon laquelle « l’explication par des phénomènes macro-économiques » ont cédé le pas en 20 ans à « l’explication de la pauvreté par la paresse », explication qui serait certainement la cause des attaques contre la fraude sociale, qui touche évidemment les « petits », considérés souvent comme des parasites ou des fainéants.

Et l’auteur L’éthique aujourd’hui de dire que « ce n’est pas la « fraude sociale » (…) infiniment moins importante que l’évasion fiscale des riches, qu’il faudrait combattre en priorité, mais le non recours massif aux aides sociales auxquelles les plus pauvres ont droit. »

Toute la question est de savoir si ces opinions populaires trouvent des justifications plus théoriques, philosophiques.

Pour réfléchir sur cette question nous pourrons lire avec profit l’éditorial de Ruwen Ogien donné sur iphilo, http://iphilo.fr/2012/07/13/…, l’ouvrage de Nicolas Duvoux, Le nouvel âge de la solidarité : Pauvreté, précarité et politiques publiques La république des idées, Paris, Seuil, 2012) ainsi que les deux livres de Jean-Fabien Spitz, Abolir le hasard ? Responsabilité individuelle et justice sociale, Paris, Vrin, 2008) Pourquoi lutter contre les inégalités ? ainsi que L’éthique aujourd’hui : Maximalistes et minimalistes de Ruwen Ogien lui-même.

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Nicolas Duvoux

Le nouvel âge de la solidarité

Pauvreté, précarité et politiques publiques

Collection la République des idées

aux édition du seuil

Présentation de l’ouvrage par l’éditeur

Les dispositifs de lutte contre la pauvreté sont souvent accusés d’entretenir l’oisiveté des  » privilégiés  » qui en bénéficient. Non seulement il est scandaleux de présenter les plus vulnérables comme des paresseux, mais l’assistance ne saurait être confondue avec l’Etat social. Au contraire, elle résulte de la décomposition de ses protections collectives. Son extension continue marque le passage du système de protections universalistes érigé après-guerre à des politiques ciblées, centrées sur la pauvreté et l’exclusion. Le développement de l’assistance, que la crise amplifie encore, est un choix de société non explicité et non assumé. Il conduit à un délitement progressif de la solidarité, à l’indifférence envers la pauvreté, mais aussi à un double mouvement de responsabilisation de l’individu, d’un côté, et de justification des inégalités, de l’autre. Ce livre vise à conjurer l’engrenage de la stigmatisation des assistés et du recours croissant à l’assistance dans lequel notre pays s’est engagé. Pour éviter que ce cercle vicieux n’aboutisse à un démantèlement délibéré des droits sociaux, il faut repartir des héritages historiques et sociaux de la gauche et chercher les voies d’une articulation nouvelle entre la responsabilité de la collectivité et celle de l’individu.

Qui est Nicolas Duvoux ?

Nicolas Duvoux, maître de conférences en sociologie à l’université Paris Descartes, a récemment publié L’Autonomie des assistés. Sociologie des politiques d’insertion (PUF, 2009). Il est par ailleurs personnalité qualifiée du Comité national d’évaluation du RSA.

Abolir le hasard? Responsabilité individuelle et justice socialeJean-Fabien Spitz

Abolir le hasard ?

Responsabilité individuelle et justice sociale

Chez Vrin

Jean Fabien Spitz, enseignant à l’Université de Paris, spécialiste de philosophie politique, traducteur de nombreux textes de John Locke, a publit chez Bayard un autre ouvrage qui pose un problème qui devrait dans cette même thématique nous intéresser : Pourquoi lutter contre les inégalités ?

Vivons-nous la fin de la justice sociale ? Est-il devenu contre-productif de demander à ceux qui ont accumulé des richesses de payer pour ceux qui n’en ont pas assez pour subsister ? Comment refonder la nécessité de la redistribution des richesses dans un monde où certains ont réussi par leurs seuls efforts et d’autres échoué par leur imprudence ? De quel droit borner le droit de profiter des biens que l’on a eu la chance ou le talent d’accumuler ? En quelques mots, pourquoi faut-il lutter contre les inégalités ?

Pour en savoir davantage sur la philosophie morale de Ruwen Ogien

Ruwen Ogien

L’éthique aujourd’hui

Maximalistes et minimalistes

Gallimard Folio Essais

Pour obtenir l’ouvrage de Ruwen Ogien : L’éthique aujourd’hui : Maximalistes et minimalistes

Imaginez un monde dans lequel vous pourriez être jugé « immoral » pour vos actions non seulement à l’égard des autres, mais aussi de vous-même. Qui aimerait vivre dans un tel monde, où rien de ce qu’on est, pense ou ressent, où aucune de nos activités, fut-elle la plus solitaire, n’échapperait au jugement moral ?

C’est pourtant ce que propose aujourd’hui l’éthique, largement ralliée aux thèses maximalistes d’un Aristote, qui nous recommande tout un art de vivre et pas seulement un code de bonne conduite en société, et de Kant, pour qui nous avons des devoirs moraux à l’égard d’autrui comme de nous-même.

C’est oublier les éthiques alternatives,minimalistes, pour lesquelles le monde moral, moins envahissant, se limite au souci d’éviter de nuire délibérément à autrui.

Toute l’histoire de l’éthique aujourd’hui est l’histoire de l’opposition entre maximalistes et minimalistes. »

Ruwen Ogien, L’éthique aujourd’hui : Maximalistes et minimalistes

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Révolutions arabes, Fukushima, dette des Etats, affaire DSK comme symptômes de notre monde en crise

Posted by Hervé Moine sur 31 octobre 2011

Une civilisation en crise

Article de Dany-Robert Dufour, philosophe, paru dans Le Monde des idées, le 29 octobre 2011

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/10/29/une-civilisation-en-crise_1596021_3232.html

L’actualité de ces derniers mois a été très riche : outre les « révolutions arabes », il y eut Fukushima, la dette des Etats, l' »affaire DSK »… On traite en général de ces trois derniers faits séparément. Notre pari sera de tenter de les penser ensemble comme des symptômes de notre temps. Autrement dit, bien décryptés, ils seraient susceptibles de dire certaines vérités de notre époque. Quelle vérité ? Celle d’un monde en profonde crise.

En effet, la civilisation occidentale, entraînant avec elle le reste du monde, est emportée par un nouveau démon où se mélangent en proportions diverses l’ultra et le néolibéralisme. Ce diagnostic, partagé, est cependant un peu trompeur : il porte à croire que la crise est d’abord économique et financière. De sorte que, pour la résoudre, on aurait avant tout besoin de la science des économistes. On aurait tort de le croire. Pour plusieurs raisons. La première est triviale : la science des économistes est au moins aussi versatile que celle du marc de café. La seconde est plus sérieuse : nous ne vivons pas seulement une crise économique et financière, mais aussi politique, écologique, morale, subjective, esthétique, intellectuelle… Ce sont les fondements sur lesquels repose notre civilisation qui sont atteints.

D’où vient donc cette courte vue qui pousse à croire que les remèdes à la crise sont économiques ? D’une illusion d’optique dont il serait temps de nous dépendre. Cette illusion émane des théories ultra et néolibérales elles-mêmes qui prennent l’économie marchande et financière pour référence unique. Du coup, ce sont les autres grandes économies humaines qui sont oubliées, avant d’être mises au pas : les économies politique, symbolique, sémiotique et psychique. Nous vivons en quelque sorte dans un nouveau totalitarisme sans le savoir, découlant de l’impérialisme théorique de l’économisme néo et ultralibéral faisant l’impasse sur tous les autres secteurs où les hommes échangent entre eux : qu’il s’agisse des règles pour gouverner la cité, des valeurs dont ils tirent des principes, des discours porteurs de signes à la recherche du sens, des intensités et des flux pulsionnels mis en jeu.

Dans la pensée libérale, en effet, la société des hommes, dans sa richesse et sa diversité, n’apparaît plus que comme une auxiliaire du marché. Comme l’a montré l’historien de l’économie Karl Polanyi dans son maître ouvrage écrit en 1944, La Grande Transformation (Gallimard, 1983), dans cette perspective, au lieu que l’économie soit encastrée dans les relations sociales, ce sont les relations sociales qui sont déstructurées et restructurées afin d’être réencastrées de force dans le système économique. Bref, le marché oublie que les relations marchandes n’ont de sens qu’à s’intégrer dans des rapports plus vastes où les hommes échangent non seulement des produits manufacturés, mais aussi et surtout des formes symboliques, morales, juridiques, linguistiques, esthétiques, psychiques dont l’échange les constitue comme sujets.

La simple « économie économique » oublie que chacune de ces autres grandes économies humaines possède ses lois propres et qu’aucune n’est réductible à la loi de l’économie marchande, le gain, résultant de l’égoïsme des acteurs, en vue d’un accroissement infini des richesses censé profiter à tous. S’il est un symptôme révélant cette réduction de toutes les activités humaines au marché, c’est l’obsession contemporaine pour des indicateurs statistiques comme le PIB ou le PNB, même si quelques économistes, de préférence non occidentaux (comme Amartya Sen), luttent pour que d’autres indicateurs relatifs à ces autres grandes économies humaines soient pris en compte.

On commence à comprendre comment cette grande transformation a été mise en oeuvre. En effet, si ces économies sont différentes, elles n’en sont pas moins articulées entre elles. Autrement dit, si un changement survient dans l’une, il se produit des effets dans les autres. Ainsi, des changements dans l’économie marchande (la dérégulation en vue de maximiser le gain) entraînent des effets dans l’économie politique (l’obsolescence du gouvernement, le déni de son rôle interventionniste et l’apparition, à leur place, de la « gouvernance »). Ce qui, à son tour, provoque des mutations dans l’économie symbolique (la disparition de l’autorité du pacte républicain et l’apparition de « troupeaux » de consommateurs où chacun est attrapé par des objets manufacturés ou des services marchands qui lui promettent la satisfaction pulsionnelle).

De même, surgissent alors des transformations profondes dans l’économie sémiotique (la désuétude de la recherche de la vérité par le jeu de la pensée critique au profit de la recherche permanente de coups discursifs gagnants). Cette réaction en chaîne peut enfin produire des effets considérables dans une économie a priori à l’abri parce que bien enfouie en chacun, l’économie psychique.

C’est en effet le sujet moderne caractérisé, outre sa dimension critique (qui le rend apte, selon Kant, à penser par lui-même), par la dimension névrotique (résultant, selon Freud, de la culpabilité) qui disparaît. Il est remplacé par un autre sujet, naviguant dans une autre région psychique qu’on peut représenter par un triangle dont les trois pointes seraient constituées de l’instrumentalisation de l’autre caractéristique de la perversion, de la recherche effrénée de la satisfaction pulsionnelle jusqu’à l’addiction aux objets et de la dépression comme ultime refuge.

Le terme qui nous semble convenir pour décrire ce phénomène de propagation d’une économie à l’autre est celui de transduction, introduit par le philosophe Gilbert Simondon dans L’Individu et sa genèse physico-biologique (PUF, 1964). On parle de propagation transductive lorsque chaque région constituée sert à la région suivante de principe, de modèle et d’amorce, si bien qu’une modification peut s’étendre et qu’une mutation générale peut apparaître après s’être propagée de proche en proche.

Au terme de cette réaction en chaîne où les différents changements se renforcent l’un l’autre, ce que nous percevons, c’est le passage d’une culture à une autre, d’une cité à une autre… dont on s’aperçoit qu’à peine installée elle se trouve déjà en sérieuse crise. Ajoutons que ce sont non seulement les autres grandes économies humaines que l’économie ultra et néolibérale altère, mais aussi l’économie du vivant. Il existe en effet, comme Fukushima le montre, une contradiction majeure entre le fantasme de la richesse infinie et le réel caractérisé par la limite et la finitude des ressources offertes par la terre. La nature n’est-elle pas en train d’émettre d’inquiétants symptômes de dérèglement et d’épuisement ?

Pourtant, la civilisation occidentale dispose de ressources exceptionnelles. Sa spécificité, nous semble-t-il, c’est d’avoir su viser, au travers de nombreuses vicissitudes, la réalisation de l’individu. Il faut reprendre ce projet abandonné, car notre époque, contrairement à l’opinion courante, n’est pas à l’individualisme, mais à l’égoïsme. De sorte qu’on se trouve dans une troisième impasse historique en un siècle.

En effet, après l’impasse du fascisme qui a fait disparaître l’individu dans les foules fanatisées et après celle du communisme qui a interdit à l’individu de parler tout en le collectivisant, est venue celle de l’ultra et du néolibéralisme qui réduit l’individu à son fonctionnement pulsionnel en le gavant d’objets – n’est-ce pas un symptôme parfait de notre temps que l’économiste en chef de la plus grande institution monétaire internationale, Dominique Strauss-Kahn, ait fait preuve d’un sérieux dérèglement pulsionnel jusqu’au point de se faire prendre en flagrant délit ?

Il faut relancer le projet philosophique occidental, car l’individu n’a jamais encore véritablement existé, pas plus aujourd’hui qu’hier. Plusieurs fois déjà, la civilisation occidentale a su se sortir d’impasses historiques tragiques en se réinventant un avenir possible visant la pleine réalisation de l’individu.

Pensons à l' »esprit de Philadelphie » qui s’est imposé au sortir de la seconde guerre mondiale. Fondé sur le principe de dignité, cet esprit présidait alors à la reconstruction complète d’un monde mené à sa ruine en grande partie à cause du chaos de 1929 provoqué par l’ultralibéralisme d’avant-guerre, sur lequel le nazisme avait surgi. Il suffit de relire des textes aussi fondateurs que le programme du Conseil national de la Résistance adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944 sous le titre Les Jours heureux, la déclaration internationale des droits à vocation universelle de Philadelphie proclamée le 10 mai 1944, l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1948, pour sentir qu’un souffle nouveau était à l’oeuvre.

Plus loin de nous, il faut se souvenir que la civilisation occidentale a su se sortir de dogmes obscurs en inventant l’esprit de ce qu’on allait connaître ensuite sous le nom de Renaissance. Esprit de l’humanisme qui s’est mis à souffler à Florence à partir du cercle des néoplatoniciens réuni autour de Politien, de Landino, de Pic de La Mirandole et de Marcile Ficin, traducteur de Platon, dans la villa des Médicis où les Leonardo, Brunelleschi et Botticelli étaient invités. Ne pourrait-on mettre à profit la campagne présidentielle qui s’ouvre pour (re)commencer à penser à un avenir possible ?

Dany Robert-Dufour

Dany Robert-Dufour

Dany-Robert Dufour

Dany-Robert Dufour est professeur de philosophie de l’éducation à l’université Paris-VIII, ex-directeur de programme au Collège international de philosophie.

Il a notamment publié une anthropologie critique du libéralisme en trois volumes chez Denoël

L’Art de réduire les têtes,

Le Divin Marché,

La Cité perverse

et, récemment, L’individu qui vient… après le libéralisme toujours chez Denoël.

Dany-Robert Dufour

L’Art de réduire les têtes

Sur la nouvelle servitude

de l’homme libéré

à l’ère du capitalisme total

Chez Denoël

Après l’enfer du nazisme et la terreur du communisme, il est possible qu’une nouvelle catastrophe se profile à l’horizon. Cette fois, c’est le néo-libéralisme qui veut fabriquer à son tour un  » homme nouveau « .

Tous les changements en cours, aussi bien dans l’économie marchande que dans l’économie politique, l’économie symbolique ou l’économie psychique, en témoignent. Le sujet critique de Kant et le sujet névrotique de Freud nous avaient fourni à eux deux la matrice du sujet de la modernité. La mort de ce sujet est déjà programmée par la grande mutation du capitalisme contemporain. Déchu de sa faculté de jugement, poussé à jouir sans entrave, cessant de se référer à toute valeur absolue ou transcendantale, le nouvel  » homme nouveau  » est en train d’apparaître au fur et à mesure que l’on entre dans l’ère du  » capitalisme total  » sur la planète. C’est cette véritable mutation anthropologique, et les conséquences pour le moins problématiques sur la vie des hommes qu’elle implique, autrement dit ce que l’auteur appelle  » l’art de réduire les têtes « , qu’analyse cet ouvrage.

L’auteur traite ainsi, en philosophe, des questions pratiques auxquelles sont confrontés aujourd’hui les sociologues, les psychanalystes ou les spécialistes de l’éducation. En s’interrogeant très concrètement sur l’avenir des jeunes générations aux prises avec de nouvelles façons de consommer, de s’informer, de s’éduquer, de travailler ou, plus généralement, de vivre avec les autres.

Dany-Robert Dufour

Le Divin Marché

La révolution culturelle libérale

Chez Denoël

Présentation de l’ouvrage

 » Les vices privés font la fortune publique « 

Cette formule aujourd’hui banale scandalisa l’Europe des Lumières lorsqu’elle fut énoncée pour la première fois en 1704 par Bernard de Mandeville. Pourtant. Ce médecin, précurseur trop méconnu du libéralisme, ne faisait qu’énoncer la morale perverse qui, au-delà de l’Occident, régit aujourd’hui la planète. Elle est au cœur d’une nouvelle religion qui semble désormais régner sans partage, celle du marché : si les faiblesses individuelles contribuent aux richesses collectives, ne doit-on pas privilégier les intérêts égoïstes de chacun ?

En philosophe, Dany-Robert Dufour poursuit dans cet ouvrage ses interrogations sur les évolutions radicales de notre société. En présentant, en autant de chapitres. les  » dix commandements  » inquiétants qui résultent de la morale néolibérale aujourd’hui dominante. il analyse les ébranlements qu’elle provoque dans tous les domaines : le rapport de chacun à soi et à l’autre, à l’école. au politique, à l’économie et à l’entreprise, au savoir, à la langue, à la Loi, à l’art, à l’inconscient, etc. Et il démontre ainsi qu’une véritable révolution culturelle est en cours.

Qui nous mènera jusqu’où ?

Se procurer l’ouvrage de Dany-Robert Dufour : Le Divin Marché : La révolution culturelle libérale

« Les critiques du libéralisme ne manquent pas. L’ouvrage de Dany-Robert Dufour s’en distingue pour deux raisons principales. La première tient au fait que son travail est celui d’un philosophe qui pense le monde comme une totalité, à savoir comme un système qui interagit en permanence et qui exprime une circulation du sens. D’où, d’autre part, son analyse qui embrasse les nouveaux rapports qu’instaure le libéralisme : le rapport à soi, à l’autre, à la politique, à la religion, à la langue, à l’art, voire à l’inconscient. Mais cette vision d’ensemble ne vaut que par la radicalité de son questionnement qui permet de tisser le fil conducteur d’une critique lucide.

Revenant sur la prétendue sortie du religieux, D.‑R. Dufour montre que nous assistons plutôt au remplacement d’une divinité par une autre, en l’occurrence un divin marché sadien dont le principal commandement – « Jouissez ! » – conduit à un comportement de consommateur pulsionnel.

Dans un rapport dialectique permanent, le marché parvient ainsi à intégrer jusqu’à ses opposés pour les transformer en une arme nouvelle pour ses propres fins. Ainsi de la critique soixante-huitarde, la critique artiste, digérée jusqu’à devenir une composante du soft-management et de la créativité marketing infinie.

La langue elle-même est investie (puisque tout fait sens et que rien n’est innocent) ; mieux vaut parler de gouvernance que de pouvoir, de genre plutôt que de sexe… Cette progressive création d’une « novlangue » accompagne celle d’un « novmonde » technologique qui, sous couvert d’un progrès permanent, ne résout les problèmes qu’en créant de nouveaux dangers incontrôlés dans un cercle parfaitement vicieux.

Enfin, et c’est l’aspect le plus inquiétant, le monde du marché conduit, selon l’auteur, à une modification de l’économie libidinale et pulsionnelle elle-même. L’inconscient, au lieu d’être d’une essence intemporelle et infrangible, subirait les effets du dérèglement généralisé auquel conduit le libéralisme (« Laissez faire ! »).

On le voit, le livre de D.‑R. Dufour porte loin le questionnement. On peut ne pas partager ses conclusions. Espérons qu’elles susciteront au moins le débat. »

Thierry Jobard pour Sciences Humaines

Dany-Robert Dufour

La Cité perverse

Libéralisme et pornographie

Chez Denoël

Présentation de l’ouvrage

La crise, qui n’est pas seulement économique et financière, a mis à nu ces mécanismes pervers qui régissent aujourd’hui le fonctionnement de la Cité. S’il faut s’empresser de les révéler, c’est parce qu’il est fort possible que bientôt, en attendant une nouvelle crise de plus grande ampleur encore, tout redevienne comme avant.

Entre-temps, nous aurons mesuré l’ampleur des dégâts. Nous vivons dans un univers qui a fait de l’égoïsme, de l’intérêt personnel, du self love, son principe premier. Ce principe commande désormais tous les comportements, ceux de l' » hyperbourgeoisie  » ou des bandes de jeunes délinquants comme ceux des classes intermédiaires. Destructeur de l’être-ensemble et de l’être-soi, il nous conduit à vivre dans une Cité perverse. Pornographie, égotisme, contestation de toute loi, acceptation du darwinisme social, instrumentalisation de l’autre : notre monde est devenu sadien. Il célèbre désormais l’alliance d’Adam Smith et du marquis de Sade. A l’ancien ordre moral qui commandait à chacun de réprimer ses pulsions, s’est substitué un nouvel ordre incitant à les exhiber, quelles qu’en soient les conséquences.

Revisitant l’histoire de la pensée, jusqu’à saint Augustin et Pascal, Dany-Robert Dufour éclaire notre parcours. Afin de mieux savoir comment sortir de ce nouveau piège (a) moral.

La Cité perverse. Libéralisme et pornographie de Dany-Robert Dufour

Notre monde est de plus en plus sadien.

C’est le régime postmoderne de la « pornocratie », explique le philosophe Dany-Robert Dufour.

Au-delà de la distinction augustinienne des trois concupiscences (passion de la chair, libido sentiendi ; de la domination, libido dominandi ; du savoir, libido sciendi), il montre que la dimension sexuelle n’est pas la seule à travers laquelle se réalise l’impératif de la jouissance : la crise de la civilisation et ses pratiques obscènes, l’indécence des moeurs financières (avec ses « patrons voyous », véritables « scélérats » au sens sadien), révèlent un monde postpornographique du « plus-de-jouir », selon l’expression de Lacan. Déjà, le divin marquis associait nécessairement éthique, politique et économie. De son côté, La Cité perverse met en évidence le lien étroit entre pratiques pornographiques et activités marchandes, entre sadisme et libéralisme. Comment lutter contre la nouvelle normativité (l’incitation pornographique de masse), où le collectif menace le privé, au nom d’une libération sexuelle libertaire ? « Tyrannie sans tyran », dit Hannah Arendt. Règne du libéralisme triomphant. Du xviiie siècle aux années 1960, de Sade à Bataille et à Blanchot, en passant par la montée de la « perversion ordinaire » du capitalisme depuis 1929, Dany-Robert Dufour dégage les aspects de la Cité perverse dans laquelle nous vivons aujourd’hui.

Aliocha Wald Lasowski pour le Magazine Littéraire

Dany-Robert Dufour

L’individu qui vient

… après le libéralisme

Chez Denoël

Présentation de l’ouvrage
Après avoir surmonté en un siècle différents séismes dévastateurs – le nazisme et le stalinisme au premier rang -, la civilisation occidentale est aujourd’hui emportée par le néolibéralisme. Entraînant avec elle le reste du monde. Il en résulte une crise générale d’une nature inédite : politique, économique, écologique, morale. subjective, esthétique, intellectuelle… Une nouvelle impasse ? Il n’y a là nulle fatalité.
En philosophe, mais dans un langage accessible à tous, Dany-Robert Dufour s’interroge sur les moyens de résister au dernier totalitarisme en date. Une fois déjà, lors de la Renaissance, la civilisation occidentale a su se dépasser en mobilisant ses deux grands récits fondateurs : le monothéisme venu de Jérusalem et le Logos et la raison philosophique venus d’Athènes. Pour sortir de la crise, il convient aujourd’hui de reprendre cet élan humaniste. Ce qui implique de dépoussiérer, réactualiser et laïciser ces grands récits.
L’auteur propose donc de faire advenir un individu qui, rejetant les comportements grégaires sans pour autant adopter une attitude égoïste, deviendrait enfin « sympathique » c’est-à-dire libre et ouvert à l’autre.
Une utopie de plus ? Plutôt une façon souhaitable mais aussi réalisable, face à la crise actuelle, de se diriger vers une nouvelle Renaissance, qui tiendrait les promesses oubliées de la première.

Se procurer l’ouvrage de Dany-Robert : L’individu qui vient : … Après le libéralisme

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Jürgen Habermas : L’Europe en danger. La crise requiert la plus grande attention

Posted by Hervé Moine sur 26 octobre 2011

Nous reproduisons ici le texte, traduit de l’allemand par Denis Trierweiler, extrait de la conférence que Jürgen Habermas donnera à l’université Paris-Descartes le 10 novembre prochain dans le cadre d’un colloque organisé, , par l’équipe PHILéPOL (philosophie, épistémologie et politique) dirigée par le philosophe Yves Charles Zarka. L’intégralité du texte sera publiée dans le numéro de janvier 2012 de la revue Cités (PUF).

Vers une Europe court-circuitée et un idéal européen bafoué

L'Europe vers la post-démocratie ?

Dans ce texte, le philosophe allemand, chef de file de l’école de Francfort, craint que le vieux continent, mais récente institution politique, l’Europe, n’entre dans une ère « post-démocratique ».  Jürgen Habermas redoute que le Président français, Nicolas Sarkozy et la Chancelière allemande, Angela Merkel aboutissent aboutissent finalement à un compromis entre le « l’étatisme français » et le « libéralisme économique allemand », et  ce, au détriment de la légitimité démocratique.

En effet, l’Europe politique ne court-elle pas un grand risque, celui d’un très fâcheux court-circuit ? Celui des gouvernements des différents Etats européens de décider à la place des représentants des citoyens européens des attributions des budgets nationaux par le Conseil de l’Europe.

Mais c’est de surcroît l’idéal européen qui serait affecté : « Les chefs de gouvernement transformeraient de la sorte le projet européen en son contraire : la première communauté supranationale démocratiquement légalisée deviendrait l’organe d’une domination post-démocratique. »

Jürgen Habermas en appelle aux élites européennes à « se retrousser les manches » et à se hâter de rendre l’Europe enfin plus populaire.

Un impératif : Rendre l’Europe davantage démocratique

Jürgen Habermas par Wolfram Huke

A court terme, la crise requiert la plus grande attention. Mais par-delà ceci, les acteurs politiques ne devraient pas oublier les défauts de construction qui sont au fondement de l’union monétaire et qui ne pourront pas être levés autrement que par une union politique adéquate : il manque à l’Union européenne les compétences nécessaires à l’harmonisation des économies nationales, qui connaissent des divergences drastiques dans leurs capacités de compétition.

Le « pacte pour l’Europe » à nouveau renforcé ne fait que renforcer un vieux défaut : les accords non contraignants dans le cercle des chefs de gouvernements sont ou bien sans effets ou bien non démocratiques, et doivent pour cette raison être remplacés par une institutionnalisation incontestable des décisions communes. Le gouvernement fédéral allemand est devenu l’accélérateur d’une désolidarisation qui touche toute l’Europe, parce qu’il a trop longtemps fermé les yeux devant l’unique issue constructive que même la Frankfurter Allgemeine Zeitung a décrit entre-temps par la formule laconique : « Davantage d’Europe ». Tous les gouvernements concernés se retrouvent désemparés et paralysés face au dilemme entre d’une part les impératifs des grandes banques et des agences de notation et d’autre part leur crainte face à la perte de légitimation qui les menace auprès de leur population frustrée. L’incrémentalisme écervelé trahit le manque d’une perspective plus large.

Depuis que le temps de l’embedded capitalism est révolu et que les marchés globalisés de la politique s’évanouissent, il devient de plus en plus difficile pour tous les Etats de l’OCDE de stimuler la croissance économique et de garantir une répartition juste des revenus ainsi que la Sécurité sociale de la majorité de la population. Après la libération des taux de change, ce problème a été désamorcé par l’acceptation de l’inflation. Etant donné que cette stratégie entraîne des coûts élevés, les gouvernements utilisent de plus en plus l’échappatoire des participations aux budgets publics financées par le crédit.

La crise financière qui dure depuis 2008 a aussi figé le mécanisme de l’endettement étatique aux frais des générations futures ; et en attendant, on ne voit pas comment les politiques d’austérité – difficiles à imposer en politique intérieure – pourraient être mises en accord sur la longue durée avec le maintien du niveau d’un Etat social supportable. Les révoltes de la jeunesse sont un avertissement des menaces qui pèsent sur la paix sociale. Au moins a-t-on reconnu, dans ces circonstances, comme étant le défi véritable le déséquilibre entre les impératifs du marché et la puissance régulatrice de la politique. Au sein de la zone euro, un « gouvernement économique » espéré devrait redonner une force neuve au pacte de stabilité depuis longtemps évidé.

Les représentations d’un « fédéralisme exécutif » d’un type particulier reflètent la crainte des élites politiques de transformer le projet européen, jusque-là pratiqué derrière des portes closes, en un combat d’opinion bruyant et argumenté, obligeant à se retrousser les manches, et qui serait public. Au vu du poids des problèmes, on s’attendrait à ce que les politiciens, sans délai ni condition, mettent enfin les cartes européennes sur table afin d’éclairer de manière offensive la population sur la relation entre les coûts à court terme et l’utilité véritable, c’est-à-dire sur la signification historique du projet européen.

Ils devraient surmonter leur peur des sondages sur l’état de l’opinion et faire confiance à la puissance de persuasion de bons arguments. Au lieu de cela, ils s’acoquinent avec un populisme qu’ils ont eux-mêmes favorisé par l’obscurcissement d’un thème complexe et mal-aimé. Sur le seuil entre l’unification économique et politique de l’Europe, la politique semble retenir son souffle et rentrer la tête dans les épaules. Pourquoi cette paralysie ? C’est une perspective engluée dans le XIXe siècle qui impose la réponse connue du demos : il n’existerait pas de peuple européen ; c’est pourquoi une union politique méritant ce nom serait édifiée sur du sable. A cette interprétation, je voudrais en opposer une autre : la fragmentation politique durable dans le monde et en Europe est en contradiction avec la croissance systémique d’une société mondiale multiculturelle, et elle bloque tout progrès dans la civilisation juridique constitutionnelle des relations de puissance étatiques et sociales.

Etant donné que jusque-là l’UE a été portée et monopolisée par les élites politiques, une dangereuse asymétrie en a résulté – entre la participation démocratique des peuples aux bénéfices que leurs gouvernements « en retirent » pour eux-mêmes sur la scène éloignée de Bruxelles, et l’indifférence, voire l’absence de participation des citoyens de l’UE eu égard aux décisions de leur Parlement à Strasbourg. Cette observation ne justifie pas une substantialisation des « peuples ». Seul le populisme de droite continue de projeter la caricature de grands sujets nationaux qui se ferment les uns aux autres et bloquent toute formation de volonté dépassant les frontières. Après cinquante ans d’immigration du travail, les peuples étatiques européens, au vu de leur croissant pluralisme ethnique, langagier et religieux, ne peuvent plus être imaginés comme des unités culturelles homogènes. Et Internet rend toutes les frontières poreuses.

Dans les Etats territoriaux, il a fallu commencer par installer l’horizon fluide d’un monde de la vie partagé sur de grands espaces et à travers des relations complexes, et le remplir par un contexte communicationnel relevant de la société civile, avec son système circulatoire d’idées. Il va sans dire que cela ne peut se faire que dans le cadre d’une culture politique partagée demeurant assez vague. Mais plus les populations nationales prennent conscience, et plus les médias portent à la conscience, à quelle profondeur les décisions de l’UE influent sur leur quotidien, plus croîtra l’intérêt qu’ils trouveront à faire également usage de leurs droits démocratiques en tant que citoyens de l’Union.

Ce facteur d’impact est devenu tangible dans la crise de l’euro. La crise contraint aussi, à contrecoeur, le Conseil à prendre des décisions qui peuvent peser de façon inégale sur les budgets nationaux. Depuis le 8 mai 2009, il a outrepassé un seuil par des décisions de sauvetage et de possibles modifications de la dette, de même que par des déclarations d’intentions en vue d’une harmonisation dans tous les domaines relevant de la compétition (en politique économique, fiscale, de marché du travail, sociale et culturelle).

Au-delà de ce seuil se posent des problèmes de justice de la répartition, car avec le passage d’une intégration « négative » à une intégration « positive », les poids se déplacent d’une légitimation de l’output à une légitimation de l’input. Il serait donc conforme à la logique de ce développement que des citoyens étatiques qui doivent subir des changements de répartition des charges au-delà des frontières nationales, aient la volonté d’influer démocratiquement, dans leur rôle de citoyen de l’Union, sur ce que leurs chefs de gouvernement négocient ou décident dans une zone juridique grise.

Au lieu de cela nous constatons des tactiques dilatoires du côté des gouvernements, et un rejet de type populiste du projet européen dans son ensemble du côté des populations. Ce comportement autodestructeur s’explique par le fait que les élites politiques et les médias hésitent à tirer des conséquences raisonnables du projet constitutionnel. Sous la pression des marchés financiers s’est imposée la conviction que, lors de l’introduction de l’euro, un présupposé économique du projet constitutionnel avait été négligé. L’UE ne peut s’affirmer contre la spéculation financière que si elle obtient les compétences politiques de guidage qui sont nécessaires pour garantir au moins dans le coeur de l’Europe, c’est-à-dire parmi les membres de la zone monétaire européenne, une convergence des développements économiques et sociaux.

Tous les participants savent que ce degré de « collaboration renforcée » n’est pas possible dans le cadre des traités existants. La conséquence d’un « gouvernement économique » commun, auquel se complaît aussi le gouvernement allemand, signifierait que l’exigence centrale de la capacité de compétition de tous les pays de la communauté économique européenne s’étendrait bien au-delà des politiques financières et économiques jusqu’aux budgets nationaux, et interviendrait jusqu’au ventricule du coeur, à savoir dans le droit budgétaire des Parlements nationaux.

Si le droit valide ne doit pas être enfreint de façon flagrante, cette réforme en souffrance n’est possible que par la voie d’un transfert d’autres compétences des Etats membres à l’Union. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont conclu un compromis entre le libéralisme économique allemand et l’étatisme français qui a un tout autre contenu. Si je vois juste, ils cherchent à consolider le fédéralisme exécutif impliqué dans le traité de Lisbonne en une domination intergouvernementale du Conseil de l’Europe contraire au traité. Un tel régime permettrait de transférer les impératifs des marchés aux budgets nationaux sans aucune légitimation démocratique propre.

Pour ce faire, il faudrait que des accommodements conclus dans l’opacité, et dépourvus de forme juridique, soient imposés à l’aide de menaces de sanctions et de pressions sur les Parlements nationaux dépossédés de leur pouvoir. Les chefs de gouvernement transformeraient de la sorte le projet européen en son contraire : la première communauté supranationale démocratiquement légalisée deviendrait un arrangement effectif, parce que voilé, d’exercice d’une domination post-démocratique. L’alternative se trouve dans la continuation conséquente de la légalisation démocratique de l’UE. Une solidarité citoyenne s’étendant à l’Europe ne peut pas se former si, entre les Etats membres, c’est-à-dire aux possibles points de rupture, se consolident des inégalités sociales entre nations pauvres et riches.

L’Union doit garantir ce que la Loi fondamentale de la République fédérale allemande appelle (art. 106, alinéa 2) : « l’homogénéité des conditions de vie ». Cette « homogénéité » ne se rapporte qu’à une estimation des situations de vie sociale qui soit acceptable du point de vue de la justice de répartition, non pas à un nivellement des différences culturelles. Or, une intégration politique appuyée sur le bien-être social est nécessaire pour que la pluralité nationale et la richesse culturelle du biotope de la « vieille Europe » puissent être protégées du nivellement au sein d’une globalisation à progression tendue.

Jürgen Habermas, traduit de l’allemand par Denis Trierweiler

On pourra lire ou relire un ouvrage déjà ancien de Jürgen Habermas, ancien mais ô combien actuel. Le philosophe qui s’intéressait déjà à la crise et formulait déjà le danger de la mise hors course des citoyens.

Jürgen Habermas

Raison et légitimité

Problème de légitimation dans le capitalisme avancé, 1988

Critique de la politique Chez Payot

Sous la direction de Miguel Abensour et traduit de l’allemand par Jean Lacoste

Face à la complexité croissante des sociétés du capitalisme avancé, J. Habermas élabore une nouvelle figure de la théorie critique qui se définit dans l’affrontement, d’une part, avec le marxisme dogmatique, de l’autre, avec la théorie technocratique des systèmes. Est-ce que la contradiction fondamentale de la formation sociale capitaliste est toujours à l’oeuvre sans changement, ou est-ce que la logique de la crise a changé ? Pour Habermas, on n’assiste pas tant à un dépassement de la crise économique qu’à son déplacement, à travers le système politique vers le système socio-culturel. L’antagonisme des classes plutôt que d’être résolu n’est que temporairement refoulé ; aussi la crise économique ne peut-elle être amortie qu’en engendrant une série d’autres tendances à la crise, un véritable faisceau de crises : crise économique, crise de la rationalité, crise de légitimation, crise de motivation. De par l’insistance sur le déplacement de la crise et la mise en lumière des problèmes de légitimation du système social, une nouvelle question surgit : la reproduction de la vie sociale est-elle liée comme auparavant à la raison ? Relève-t-elle encore d’une discussion qui consisterait à déterminer des intérêts universalisables et à fonder les normes en vérité ?

Contre toute réduction de la légitimité à la légalité, contre l’empirisme, contre le décisionnisme, Habermas pose la possibilité de la constitution d’une pratique rationnelle, en recourant aux normes fondamentales du discours rationnel que nous supposons dans chaque décision, ouvrant ainsi la voie à une éthique communicationnelle. Aufklärer pour qui la raison est raison décidée, Habermas fait appel à la partialité pour la raison : « On a déjà accepté le point de vue de l’adversaire lorsqu’on renonce devant les difficultés de l’Aufklärung et qu’en formulant le projet d’une organisation rationnelle de la société on se réfugie dans l’actionnisme, autrement dit lorsqu’on choisit un point de départ décisionniste… La partialité pour la raison ne justifie pas plus le repli dans une orthodoxie chamarrée de marxisme qui ne peut conduire aujourd’hui, dans le meilleur des cas, qu’à l’établissement sans arguments de sous-cultures protégées et politiquement sans conséquence. » La situation présente « ne découragerait pas la tentative critique pour soumettre les limites de la résistance du capitalisme avancé à des examens concrets, et cela ne paralyserait certes pas la résolution de reprendre le combat contre la stabilisation d’un système social pseudo-naturel qui s’effectuerait par dessus la tête des citoyens. »

Raison et légitimité : Problèmes de légitimation dans le capitalisme avancé

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Comment principe de gratuité et logique du don peuvent et doivent-ils trouver leur place dans l’activité économique ?

Posted by Hervé Moine sur 10 avril 2011

Caritas in Veritate

La logique du don dans l’économie

Le 30 avril 2011

Paroisse St-Pierre-du-Gros-Caillou,14h-18h30

L’encyclique Caritas in Veritate a ouvert de nombreuses pistes de réflexion et d’engagement. Pour Benoît XVI, « le grand défi est de montrer que le principe de gratuité et la logique du don peuvent et doivent trouver leur place dans l’activité économique normale ».
Cette « question décisive », nous avons voulu l’aborder dans le cadre de notre colloque annuel consacré à l’actualité de la doctrine sociale de l’Eglise, avec l’Association des économistes catholiques.
C’est l’objet de cette demi-journée de travail de comprendre ce que veut dire le pape, et d’explorer les voies ouvertes par son encyclique.
Ce colloque est ouvert à tous. Vous y êtes cordialement invité et je serai heureux de vous y retrouver.

Philippe de Saint-Germain
Délégué général de l’Association
pour la Fondation de Service politique

 

Avec Mgr Alain Castet, évêque de Luçon, chancelier de l’Institut catholique d’études supérieures (ICES, La Roche-sur-Yon)
Francis Jubert, président de l’Association pour la Fondation de Service politique
Jean-Yves Naudet, président de l’Association des Economistes catholiques, professeur à l’université Paul-Cézanne d’Aix-Marseille
Gérard Thoris, professeur à Sciences Po Paris
Jean-Didier Lecaillon, professeur à l’Université Panthéon-Assas
Jacques Bichot, économiste, professeur honoraire à l’Université de Lyon III
Nicolas Masson, consultant en ressources humaines, directeur-associé de Pragma-Management (Paris)
Thierry Boutet, Association pour la Fondation de Service politique

Un cocktail sera proposé à la fin du colloque

 

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Quand un philosophe et un banquier se rencontrent, qu’est-ce qu’ils se disent sur la crise ?

Posted by Hervé Moine sur 24 février 2010

Parution d’un ouvrage sur la crise financière entre

un énarque, banquier de Rothschild & Cie

et

un normalien agrégé et docteur de philosophie…

Pour vous procurer Le banquier et le philosophe : Ou La double paire d’yeux de Roger Pol-Droit et de François Henrot

Ci-dessous un entretien-débat entre les deux auteurs de cet ouvrage, Roger Pol-Droit et François Henrot paru le 24 février dans les Echos, http://www.lesechos.fr/info/france/020379319182-le-banquier-et-le-philosophe-une-nouvelle-lecture-de-la-crise.htm

UN DÉBAT ENTRE ROGER-POL DROIT ET FRANÇOIS HENROT

Le banquier et le philosophe : une nouvelle lecture de la crise

Dans un livre à paraître ce jeudi 25 février, François Henrot et Roger-Pol Droit éclairent la crise financière de 2008-2009 d’un jour nouveau : selon eux, elle est la manifestation d’un désarroi social plus profond et d’une perte générale de repères. Ils ont le sentiment commun que les explications données jusqu’ici étaient sans doute trop courtes. Un dialogue décapant.

« Le Banquier et le Philosophe », c’est le titre de votre livre, c’est aussi une rencontre inédite.

Roger-Pol Droit : François Henrot et moi, nous nous connaissons de longue date. Au cours de nos conversations, nous nous sommes aperçus que nous avions à la fois, à propos de cette crise, une approche semblable et des divergences de fond. Nous partageons l’idée que la crise n’est pas seulement financière, mais aussi politique, sociale, éthique, intellectuelle, qu’elle prend sa source dans une perte globale de repères. Nous avons eu aussi le sentiment commun que les explications données jusqu’ici étaient sans doute trop courtes. Nous n’avons évidemment pas la prétention de donner les ultimes clefs de compréhension de cette crise. Mais nous espérons apporter au lecteur de nouvelles incitations à la penser.

François Henrot : Jusqu’ici, j’avais refusé de m’exprimer sur cette crise, sous quelque forme que ce soit. Mais la situation, son évolution, m’ont incité à franchir le pas. Comme Roger-Pol Droit, j’ai eu en effet le sentiment que l’analyse de cette situation hors normes manquait de profondeur de champ. Elle passait notamment sous silence tout ce qui, dans ses mécanismes déclencheurs, relevait de l’impensé, de croyances. Or, depuis des années, j’avais le sentiment que, derrière la rationalité apparente des chiffres, des modèles mathématiques, ce sont en réalité ces croyances qui avaient structuré les pratiques de mes confrères banquiers, des pratiques que les financiers du monde entier ont partagées pendant les années d’euphorie 2000-2007.

Ces croyances, quelles sont-elles ?

F. H. Je les résumerais en disant que, durant les années que je viens d’évoquer, s’est développée dans le secteur financier l’idée que l’on avait définitivement réussi à s’affranchir de tout aléa. Ceci est le résultat de plusieurs innovations majeures, et notamment la titrisation et les dérivés de crédit, qui ont permis aux banques de sortir de leurs bilans les crédits qu’elles consentaient ou le risque de défaillance des emprunteurs. Cette pratique, que le grand public a découverte en 2007 avec l’éclatement de la crise des « subprimes », consiste à assembler des crédits et à les structurer pour les revendre au marché. Cette innovation a eu deux conséquences : la première est de répartir le risque de crédit sur un grand nombre d’acteurs, le plus souvent non bancaires, ce qui a donné l’illusion de le faire disparaître. Ce faisant, on a ouvert la porte à une production de crédit de plus en plus abondante et de plus en plus risquée. L’autre conséquence est que cette abondance de crédit a donné un formidable coup d’accélérateur à une prospérité, qui, par son existence même, semblait valider le modèle adopté.

C’était, finalement, l’idée que l’on avait atteint la prospérité éternelle.

R-P. D. Effectivement, dans ce fonctionnement du système financier, on s’est persuadé que l’on avait engendré le meilleur des mondes. Le plus extraordinaire est qu’on l’a fait en toute bonne foi, muni de tous les outils de la raison que sont les modèles mathématiques, les ordinateurs, les tableaux statistiques. Loin de nous éclairer, ces outils nous ont au contraire aveuglés, ils ont rendu invisible l’emballement général. Les philosophes de l’Antiquité grecque pensaient que seule la pensée rationnelle pouvait nous permettre d’atteindre le vrai et de faire preuve de tempérance. Nous sommes aux antipodes : une confiance démesurée dans l’hyperrationalité nous a entraîné dans cette crise. Le paradoxe actuel, c’est que la raison elle-même est devenue démesure.

F. H. Je rejoins sur ce point Roger-Pol Droit. Je peux témoigner que, pendant toute ces années récentes, la transgression continuelle des limites était perceptible. Un homme normal ne pouvait plus suivre l’accélération des processus financiers, ni leur complexification extrême ni la globalisation à l’échelle du monde des produits et outils financiers..

R-P. D. Ce constat fait me paraît éclairer un phénomène marquant de notre époque : l’homme d’aujourd’hui semble de plus en plus dépourvu de la faculté d’analyse des limites et des perspectives que lui confère normalement la raison. C’est ce que l’historien François Hartog a nommé le « présentisme » : le moment présent devient le seul horizon. L’histoire pas plus que le futur ne sont suffisamment convoqués pour comprendre les événements en cours. Or notre humanité est précisément fondée sur cette continuité, cette conscience de transmettre, qui paraît aujourd’hui faire défaut. C’est ce qui explique, par exemple, que nous soyons aussi indifférents aux générations futures.

Roger-Pol Droit, il y a un point, dans le livre, peut-être le seul, sur lequel vous semblez en désaccord profond avec François Henrot. Il s’agit de la façon de surmonter cette crise, de faire en sorte qu’elle ne soit plus jamais possible .

R-P. D. Dans l’analyse de cette crise, nous sommes d’accord pour éviter deux tentations : l’une consiste à penser que nous sommes en face d’un simple accident de parcours, comme en a déjà vécu le capitalisme, et qu’il s’en remettra pour peu qu’on le laisse fonctionner. L’autre tentation, aussi simpliste que la première, consiste à profiter de cet épisode pour annoncer, une fois de plus, la fin du capitalisme. Pour ma part, je crois en sa longévité, mais à condition qu’il soit soumis à des règles. C’est là que nous divergeons…

F. H. Je ne nie pas le fait qu’il existe une résistance naturelle du milieu bancaire à entrer dans une discussion avec l’Etat sur davantage de réglementation ou sur un contrôle spécifique des rémunérations. Il y a, dans nos milieux, cette idée très vivace que l’Etat est illégitime à se mêler de la gestion de nos établissements. J’accepte, pour ma part, l’intervention publique pour établir des règles du jeu afin de prévenir, de surveiller et, le cas échéant, de punir. Mais encore faut-il identifier les règles nouvelles pertinentes à élaborer après cette crise. Il faut rappeler ici que nos métiers se sont globalisés. Nous pouvons traiter dans n’importe quelle capitale du monde des opérations pour le compte de nos clients français. De ce fait, nous ne nous battons plus seulement contre nos concurrents locaux, mais contre ceux de tous les pays développés. Alors de deux choses l’une : ou bien l’on prend le pari que tous les régulateurs bancaires du monde s’entendront pour fixer des règles communes, ce qui est du domaine du rêve, ou bien nous empruntons une voie de régulation européenne de façon à éviter des limitations autoritaires, pays par pays, qui nous conduiraient à une impasse.

Quelle est votre solution ?

F. H. Je pense que nous pouvons trouver dans les anciennes sagesses financières une partie des matériaux nécessaires pour reconstruire des systèmes efficaces. Il existait par exemple la très vieille pratique de la « double paire d’yeux » qui imposait à un banquier, dès lors qu’il procédait à un engagement important, de le soumettre à aux moins deux personnes de même niveau hiérarchique mais de culture différente, l’un plus commercial, l’autre plus focalisé sur le risque. Plus généralement, il existait un ensemble de contrôles qui ont été frappés d’obsolescence par la globalisation. J’en donne le détail dans notre livre. Nous pouvons tout à fait y revenir.

Roger-Pol Droit, êtes-vous d’accord ?

R-P. D. Non. Je ne crois guère que le monde financier, soudain saisi par la vertu, parvienne dans son ensemble à s’autoréguler. Ce qui met l’opinion en colère et suscite les imprécations excessives que nous dénonçons dans ce livre, c’est d’abord l’impression que la sanction n’existe pas.

F. H. Mais il y a eu sanction ! Beaucoup de banques ont disparu ou ont été absorbées comme Lehman Brothers, Merrill Lynch, Bear Stearns, de nombreux états-majors ont été décapités, des procédures judiciaires sont toujours en cours qui déboucheront elles aussi sur des sanctions. J’ajoute que, en dépit des débats passionnels sur le sujet, les bonus sont en baisse très sensible, de l’ordre de 50 %, dans les échelons les plus élevés des banques, et l’on constate une baisse de 30 % chez les juniors. En outre, ces mêmes bonus ne sont plus payés en cash mais en actions bloquées sur une certaine durée, ce qui, au passage, est un bon moyen de lutter contre ce phénomène de « présentisme » que critique Roger-Pol Droit. Je rappelle enfin que les futures règles prudentielles négociées à Bâle joueront un rôle considérable dans le futur des banques.

N’est-ce pas, précisément, la complexité de la matière financière, qui rend la régulation si faillible ?

R-P. D. Cet argument ne me paraît pas tenable. Je suis membre du Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie. La complexité des biotechnologies n’a rien à envier à celle de la finance. Il n’empêche que l’on parvient à proposer des règles, sans brider pour autant l’effort de recherche des laboratoires. Peut-être est-ce une solution pour la régulation financière : la mise en place de comités d’éthique.

F. H. Il faut certes revoir la supervision du système financier. Il faut notamment remédier au fractionnement de cette supervision, qui, à mon sens, a précipité la crise. Je souhaite en revanche qu’on soit attentif aux effets pervers de toute régulation. Une fois que le régulateur trace une ligne de bon comportement, cela amène naturellement les opérateurs, dont l’instinct grégaire est en quelque sorte légitimé, libéré par la règle obligatoire, à rouler tous le long de cette ligne. Si l’on ne régule pas, on constate au contraire une dispersion des comportements du plus audacieux au plus prudent. On repère plus facilement et plus vite les « têtes brûlées » et cette dispersion des comportements aboutit très souvent à un moindre risque systémique.

Finalement, au terme de ce livre, que vous êtes-vous apporté l’un à l’autre dans le champ de vos réflexions ?

R-P. D. Ce qui m’a fait le plus réfléchir, c’est la sévérité implacable avec laquelle François Henrot critique la réglementation ainsi que sa foi inébranlable dans la vitalité du système capitaliste.

F. H. De mon côté, j’ai pris conscience que la méfiance de ma profession à l’égard de la régulation était une position inaudible vis-à-vis de l’opinion. Je pense, du coup, qu’il serait sage que, pendant un temps, la sphère financière se souvienne que la puissance publique l’a sauvée, qu’elle évite les provocations et qu’elle se force à la modestie. Et cette modestie devra aller, je crois, jusqu’à la diminution de son prélèvement sur la richesse nationale.

PROPOS RECUEILLIS PAR DANIEL FORTIN ET JEAN-CLAUDE HAZERA, Les Echos

Lire un extrait du livre sur   lesechos.fr/documents

François Henrot

Banquier vedette de Rothschlid & Cie, dont il préside la banque d’affaires, cet énarque de soixante ans, éphémère patron de France Télécom pendant une semaine, en septembre 1995, a toujours préféré l’ombre à la lumière. Impliqué dans les plus gros deals de l’histoire du business français, il est l’un des hommes les plus influents de France et l’un des financiers hexagonaux les plus respectés à l’étranger. Longtemps silencieux sur la crise actuelle, il accepte, pour la première fois, de la commenter.

Roger-Pol Droit

Normalien, agrégé et docteur en philosophie, Roger-Pol Droit, soixante ans, enseigne à Sciences po. Il tient également une chronique régulière aux « Echos »  (lire également « L’OEil du philosophe ») et au « Monde ». Chercheur au CNRS, il est également membre du Comité national consultatif d’éthique pour les sciences de la vie. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages, dont « Les héros de la sagesse », paru chez Plon en 2009, ce philosophe affable a su toucher le grand public.

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Spectacle : introduction à la philosophie et à la morale économique

Posted by Hervé Moine sur 8 février 2010

Du 9 au 20 février 2010

Une (micro)histoire économique du monde, dansée

Spectacle de Pascal Rambert

Théâtre de Gennevilliers (Seine-Saint-Denis)

© P. Grosbois

C’est quoi ? Causerie savante entrecoupée de sketchs (ou comment s’instruire en s’amusant), le spectacle est une sorte d’introduction à la philosophie et à la morale économique.

Par qui ? Une cinquantaine de personnes, membres des ateliers d’écriture du théâtre ou choristes, accompagnent, par le chant ou le geste, le philosophe Eric Méchoulan, micro en main et sweat à capuche. Le tout se joue sur un immense plateau, immaculé.

Alors ? Vue dans une salle dramatiquement clairsemée, cette « installation théâtrale » ne manque ni de charme, ni d’intérêt, ni de couleur.

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Le prochain débat d’Ars Industrialis

Posted by Hervé Moine sur 1 décembre 2009

Pour une économie de la contribution

samedi 5 décembre 2009 de 13h30 à 17h30

salle Jean Dame – 17, rue Léopod Bellan  – Paris 2° (métro Sentier, ligne 3)

entrée libre

Conférences de Jean Marie Monnier, de Carlo Vercellone, Franck Cormerais, Michel Deguy et Bernard Stiegler suivies d’un débat avec la salle (cette rencontre prendra la même forme que les débats au Théâtre de La Colline qui reprendront début 2010).

L’économie de la contribution se caractérise principalement par trois traits :

  • les acteurs économiques n’y sont plus séparés en producteurs d’un côté et consommateurs de l’autre,
  • la valeur produite par les contributeurs n’y est pas intégralement monétarisable – elle constitue une externalité positive,
  • c’est une économie des existences (productrice de savoir vivre) autant qu’une économie des subsistances.

Enchaînant sur les travaux que nous avons synthétisés dans « Pour en finir avec la mécroissance ». Quelques réflexions d’Ars Industrialis, cette séance examinera les possibilités de valorisation des externalités positives par la voie fiscale avec Jean-Marie Monnier et Carlo Vercelone, poursuivra les analyses macro-économiques avancées au cours de séances précédentes avec Franck Cormerais et Bernard Stiegler, et accueillera Michel Deguy pour un débat sur la critique de l’économie politique.

Association Ars Industrialis
http://www.arsindustrialis.org | contact@arsindustrialis.org

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« Colloque pour le bicentenaire de la naissance de Proudhon » à Besançon du 15 au 17 octobre 2009

Posted by Hervé Moine sur 24 septembre 2009

Le« Colloque pour le bicentenaire de la naissance de Proudhon » aura lieu les 15 et 16 octobre prochain à l’Opéra-théâtre de Besançon et le 17 octobre au Petit Kursaal,

Il est organisé par la ville de Besançon, l’Université de Franche-Comté (Laboratoire Logiques de l’agir), la MSH Claude Nicolas Ledoux, le Conseil Régional de Franche-Comté, Le Conseil Général du Doubs.

Pour plus de détails sur le colloque, voir l’article publié dans la Revue du MAUSS permanente, le 23 septembre 2009 :

http://www.journaldumauss.net/spip.php?article549

Pierre Joseph Proudhon (1809-1865)« Pierre-Joseph Proudhon, né le 15 janvier 1809 à Besançon dans le Doubs et mort le 19 janvier 1865 à Passy, était un polémiste, publiciste, économiste, et sociologue français, le premier à se qualifier d’anarchiste. Proudhon est célèbre pour sa fameuse formule « la propriété, c’est le vol ! » dans son mémoire Qu’est ce que la propriété ? Ou recherches sur le principe du droit et du gouvernement qui fut son premier ouvrage majeur, publié en 1840.

La publication de Qu’est-ce que la propriété ? attire l’attention des autorités françaises mais aussi de Karl Marx qui entame une correspondance avec Proudhon. Les deux hommes s’influencent mutuellement ; ils se rencontrent à Paris où Marx est en exil. Leur amitié s’achève quand, en réponse à La Philosophie de la misère de Proudhon, Marx écrit La Misère de la philosophie. Au sein de l’Association internationale des travailleurs (première Internationale), il y eut une scission entre les anarchistes de Bakounine et ceux de Proudhon. Les mutualistes proudhoniens pensaient que la propriété collective était indésirable et que la révolution sociale pouvait être atteinte pacifiquement.

Proudhon donna dans son Système des contradictions économiques publié en 1846 une explication de la société fondée sur l’existence de réalités contradictoires. Ainsi la propriété manifeste l’inégalité mais est l’objet même de la liberté, le machinisme accroît la productivité mais détruit l’artisanat et soumet le salarié, in fine la liberté elle-même est à la fois indispensable mais cause de l’inégalité. Ces contradictions sont éternelles et n’annoncent nullement l’autodestruction du capitalisme qu’aurait annoncée Marx.

Dans son livre Les Confessions d’un révolutionnaire pour servir à l’histoire de la Révolution de Février, Proudhon écrit entre autres choses la fameuse phrase « l’anarchie c’est l’ordre sans le pouvoir ». Il tenta de créer une banque nationale qui donne des prêts sans intérêts, similaire d’une certaine façon aux mutuelles d’aujourd’hui. » Wikipedia

Pour en savoir davantage sur Pierre-Joseph Proudhon voir notamment la page qui lui est consacrée dans Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre-Joseph_Proudhon

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