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Posts Tagged ‘environnement’

Les éthiques de la nature

Posted by Hervé Moine sur 1 novembre 2013

Gérard Hess

Ethique de la nature

Collection « Ethique et philosophie morale »

2013, PUF

Pour se procurer l’ouvrage de Gérard Hess, Ethiques de la nature

Cet ouvrage constitue une synthèse du débat en éthique de l’environnement. Il s’efforce de structurer la discussion qui s’est développée en philosophie à partir des années 1970 en réaction à la crise écologique que le développement économique et techno-scientifique du monde occidental a générée après la Seconde Guerre mondiale.

Vouée à dégager les grandes articulations conceptuelles de ce champ de recherche, l’étude s’attèle d’abord à examiner les représentations sous-jacentes à l’idée de nature telle qu’elle a cours en Occident.

Elle recense ensuite les divers concepts de valeur de la nature et les cinq postures morales qui définissent les attitudes possibles de l homme à l’égard de la nature : théo-, anthropo-, patho-, bio- et écocentrisme.

Dans la seconde partie, le livre aborde les principales théories morales élaborées au cours de ces quarante dernières années au sein de l’éthique environnementale. En vue de clarifier le débat, il propose de les classer selon une typologie inédite.

Pour se procurer l’ouvrage de Gérard Hess, Ethiques de la nature

L’auteur

Philosophe et juriste de formation, Gérald Hess est maître d’enseignement et de recherche (depuis mars 2013) en éthique et philosophie environnementales à la Faculté des géosciences et de l’environnement à l’Université de Lausanne. Auteur de plusieurs articles en philosophie environnementale et en épistémologie.

Pour se procurer l’ouvrage de Gérard Hess, Ethiques de la nature

Les éthiques de la nature aujourd’hui

Article de Hicham-Stéphane AFEISSA paru dans Non-Fiction, le 31 octobre 2013

Pour lire l’article dans Non-Fiction

Un ouvrage d’introduction aux éthiques de la nature appelé à devenir l’outil pédagogique indispensable des prochaines décennies.

Le remarquable ouvrage que vient de publier Gérald Hess comble une lacune importante dans le domaine de la philosophie environnementale française, laquelle souffrait de ne disposer d’aucune étude synthétique et systématique présentant les diverses éthiques de la nature élaborées au cours du XXe siècle.

Si un privilège est très nettement accordé par l’auteur, comme sans doute il se doit, aux entreprises théoriques conduites par les penseurs anglo-américains, en ce que ces dernières se distinguent par le haut degré de raffinement qu’elles ont reçu depuis plus d’une trentaine d’années, une attention soutenue est également portée aux propositions avancées par des penseurs européens de premier plan, tels que Hans Jonas, Michel Serres, Martin Seel ou Augustin Berque. Le titre que l’auteur a choisi de donner à son ouvrage, dont il se justifie en Introduction (p. 16-17), permet de rendre compte de cet élargissement bienvenu de la perspective : en substituant le mot de  » nature  » à celui d’  » environnement « , lequel est trop souvent entendu au sens de l’environnement de l’homme, il devient loisible de prendre en considération les relations que les humains soutiennent avec la nature non humaine, en entendant par là aussi bien les animaux que les entités du monde naturel telles que des écosystèmes ou des biocénoses. Les éthiques de la nature dont il sera question ici concerneront donc non seulement les éthiques environnementales qui ont été élaborées sur le vieux continent et dans les pays anglo-saxons, mais aussi les éthiques animales, qui ont un titre à figurer dans la  » cartographie conceptuelle  » que s’efforce de tracer l’auteur, même si ce dernier prévient qu’elles font généralement l’objet d’une réflexion à part du reste de l’éthique environnementale.

L’ouvrage se subdivise en deux parties. La première propose, en une série de cinq chapitres, des analyses fort utiles et parfaitement claires, valant introduction générale à l’éthique environnementale, consacrées à l’examen des concepts de  » nature  » (ch. 1) et de  » valeurs naturelles  » (ch. 2), à une typologie des diverses théories morales disponibles (ch. 3), à une élucidation du concept de  » communauté morale  » (ch. 4), et enfin à un essai brillant de  » typologie des profils éthiques  » distinguant entre éthique naturaliste non extensionniste ou extensionniste, et éthique holiste (ch. 5). La seconde partie est dévolue aux principales théories éthiques de la nature élaborées au sein de chacune des postures morales recensées. Après l’examen des conceptions de la posture anthropocentrée (ch. 6), vient celui de la posture pathocentrée (ch. 7), puis celui de la posture biocentrée (ch. 8), et enfin celui de la posture écocentrée (ch. 9-10). Précisons que l’ouvrage n’ambitionne pas de présenter une quelconque histoire de l’éthique environnementale (même s’il n’est pas dépourvu de certaines indications éclairantes sur ce point, montrant que l’auteur n’en ignore rien), mais qu’il vise principalement à illustrer le débat théorique concernant l’engagement moral à l’égard de la nature.

Et, sous ce rapport, il n’est pas douteux que l’ouvrage remplit parfaitement son office, et qu’il s’imposera dans les années à venir comme l’outil de référence. Les sections de chapitres consacrées à Bryan Norton, Paul Taylor, Robin Attfield, Holmes Rolston, J. Baird Callicott et Val Plumwood offrent à ce jour les meilleures présentations disponibles en français (et parfois, les seules) des idées avancées par ces auteurs. La typologie des profils éthiques contenue dans le ch. 5 nous semble également l’une des plus claires et des plus rigoureuses jamais avancée, aussi bien en France que dans les pays anglo-saxons. La richesse de la culture mobilisée et les exceptionnelles qualités pédagogiques dont fait preuve l’auteur recommandent – et recommanderont pour longtemps – son ouvrage.

Les limites du projet que l’auteur a poursuivi tiennent peut-être essentiellement à la (trop) grande ambition qui l’anime. Car l’inclusion au sein d’un même ouvrage des éthiques de la nature (éthiques environnementales et éthiques animales) ne se fait pas sans la sous-évaluation, voire l’effacement, des différences philosophiques profondes, et parfois irréconciliables, qui opposent les théoriciens des deux bords. En fait d’éthique animale, il n’est question ici que de Peter Singer, Tom Regan et de Martha Nussbaum, dont les idées sont trop brièvement présentées pour que l’on puisse véritablement en apprécier la portée. Les effets dommageables de la typologie des profils éthiques se font ici doublement sentir, en ce que cette typologie exclut de prendre en compte les entreprises théoriques qui n’ont pas pu y trouver place, et ce qu’elle a parfois tendance à forcer à faire rentrer dans la même case (celle que l’auteur appelle  » pragmatique « ) des pensées différentes. On ne s’explique pas bien non plus pourquoi, du point de vue même de l’auteur, le courant d’esthétique environnementale fait l’objet de si peu d’attention de sa part, à l’exception des pages qu’il consacre à Martin Seel et à Eugene Hargrove. Inversement, la place qui est réservée dans l’ouvrage à des penseurs majeurs tels qu’Arne Naess et Hans Jonas (mais la même chose pourrait être dite au sujet de Michel Serres) est problématique, en ce qu’elle a tendance, en les incluant sous le chef général d’éthiques de la nature, à gommer les différences et à sous-estimer l’irréductibilité de la deep ecology et de l’éthique du principe responsabilité aux éthiques environnementales.

Hicham-Stéphane AFEISSA, agrégé et docteur en philosophie

Lire la fiche personnelle de Hicham-Stéphane Afeissa

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Le monde contemporain a-t-il rompu le contrat moral tacite entre l’homme et l’animal ?

Posted by Hervé Moine sur 19 mars 2011

La question animale

Entre science, littérature et philosophie

Presses Universitaires de Rennes

Sous la direction de Jean-Paul, Lucie Campos, Catherine Coquio et Georges Chapouthier

Présentation de l’ouvrage

Y a-t-il eu un jour entre les animaux et les hommes un contrat moral implicite que l’homme aurait détruit ? Ici, l’articulation de la littérature et des sciences fait problème, tandis que les philosophes sont loin de s’accorder entre eux : les débats internes à l’éthique animale anglo-saxonne reposent sur des prémisses étrangers à la déconstruction que radicalise aujourd’hui la philosophie continentale de l’animalité. Réouvrir la question de l’animal, longtemps sacrifiée au primat d’un logos anthropocentrique, c’est comme l’a dit Derrida réouvrir la « question du pathos » pour se diriger ailleurs : un ailleurs reconnu et parcouru déjà en littérature.

Quatrième de couverture

Une « question animale » se pose avec insistance aujourd’hui : découvertes majeures en éthologie, avec la mise en évidence de cultures animales ; prolifération de discours philosophiques, d’essais littéraires, de récits consacrés aux bêtes, multipliant les protocoles de relecture qui questionnent les rapports entre la raison et le sensible ; développement d’une « éthique animale » et « environnementale ». Car cet intérêt se dessine sur fond de catastrophe écologique et d’extinction des espèces. Alors que les avancées scientifiques font apparaître des mondes perceptifs communs aux animaux et aux hommes, que l’imagination littéraire avait sondés autrement, leurs communautés vécues reculent, voire disparaissent, produisant une inquiétude nouvelle. L’idée surgit d’un « contrat » moral entre humains et animaux que l’époque moderne aurait rompu. Faut-il construire un tel contrat pour notre présent, et avec quels instruments ? Ou faut-il repenser de fond en comble nos rapports avec le monde animal ? Sur ces questions se confrontent utilitarisme anglosaxon et déconstruction continentale, les uns parlant de droits, de devoirs et d’intérêts mutuels, les autres oeuvrant à « rouvrir la question du pathos » et faisant entendre le « silence des bêtes », tandis qu’une nouvelle littérature, fictionnelle ou non, requestionne les pouvoirs et les limites de l’empathie et de la compassion. Au risque d’alimenter un nouveau mythe : celui de l’animal victime, témoin muet d’une faute humaine universelle, qui viendrait rejoindre et représenter les victimes des catastrophes historiques du XXe siècle. Ce livre tente d’accompagner ces questions et ce mythe sur un mode critique, qui nous invite à penser à nouveaux frais nos similitudes et nos différences.

Pour se procurer La question animale : Entre science, littérature et philosophie

Les auteurs

5 philosophes, parmi 19 auteurs, ont participé à La question animale : Entre science, littérature et philosophie et en particulier Georges Chapouthier pour lequel nous avions notamment dresser un portrait à l’occasion d’une de ses interventions  Jusqu’où sommes-nous des singes philosophes ? en février dernier.

Georges Chapouthier, de double formation biologiste et philosophe, est directeur de recherches au CNRS.

Georges Chapouthier a notamment publié L’homme, ce singe en mosaïque (Odile Jacob, 2001) et Kant et le chimpanzé. Essai sur l’être humain, la morale et l’art, (Belin, 2009).

dans La question animale : Entre science, littérature et philosophie, Georges Chapouthier à écrit l’article qui s’intitule En morale, sommes-nous des philosophes ou des chimpanzés ?

Florence Burgat est directrice de recherche en philosophie (INRA-RITME/Paris I-ExeCo). Elle travaille actuellement sur les approches phénoménologiques de la vie animale et a publié sur ce thème Liberté et inquiétude de la vie animale (Kimé, 2006) ainsi qu’un volume collectif Comment penser le comportement animal ? Contribution à une critique du réductionnisme (Paris MSH/Quæ, 2010).Article dans La question animale : Entre science, littérature et philosophieLa disparition

Catherine Larrère est professeur à l’université de Paris I-Panthéon Sorbonne et spécialiste de philosophie morale et politique. Elle s’intéresse aux questions éthiques et politiques liées à la crise environnementale et aux nouvelles technologies (protection de la nature, prévention des risques, développement des biotechnologies). Elle a publié notamment Les Philosophies de l’environnement (PUF, « Philosophies », 1997), Du bon usage de la nature, Pour une philosophie de l’environnement, (en collaboration avec Raphael Larrère), Aubier, 1997 (rééd. Champs-Flammarion, 2009) et co-dirigé La Crise environnementale (en collaboration avec Raphael Larrère, Éditions de l’INRA, 1997) et ature vive (MNHN Fernand Nathan, 2000).

Article dans La question animale : Entre science, littérature et philosophieEthique environnementale et éthique animale avec Raphaël Larrère

Lucie Campos, docteur en littérature comparée, enseigne à l’université de Poitiers. Ses travaux portent sur le traitement de la conscience historique dans la pensée contemporaine, sur l’histoire de la critique et de la théorie littéraire aux XIX e et XX e siècles, et sur la relation entre littérature et philosophie. Elle a publié divers articles portant sur la politique de la mémoire et du patrimoine, sur W. G. Sebald, I. Kertész, et J. M. Coetzee, sur la pensée de G. Agamben, sur les questions de l’interprétation et de la traduction, ainsi que sur différents aspects de la pensée postcoloniale.

Article dans La question animale : Entre science, littérature et philosophie : Poétiques philosophiques de l’animal avec W. G. Sebald & J. M. Coetzée

Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, philosophe et juriste, est maître de conférences en relations internationales au département de War Studies du King’s College de Londres. Il est l’auteur d’Éthique animale (PUF, 2008, préfacé par Peter Singer), L’éthique animale (PUF, Que sais-je ?, 2011) et Apologies des bêtes. Anthologie historique d’éthique animale (PUF, 2011).

Article dans lLa question animale : Entre science, littérature et philosophieLes principaux courants en éthique animale

 

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Hans Jonas, une éthique fondée dans la vie et portant sur la vie

Posted by Hervé Moine sur 9 février 2011

L’Ethique de la vie chez Hans Jonas

colloque international

25 et 26 février 2011

Organisé par PhiCo, laboratoire de philosophie contemporaine de Paris I,

Catherine Larrère et Eric Pommier


Vendredi 25 salle 1 panthéon de 13h à 17h45

Samedi 26 amphithéâtre 2B Panthéon de 9h à 18h

Centre Panthéon, 12 place du Panthéon – 75005 Paris


L’Ethique de la vie chez Hans Jonas

Alors que l’humanisme dans sa dimension pratique instaure une opposition entre l’ordre de la vie et celui du devoir, au point que seul l’homme puisse être considéré comme sujet de respect, Hans Jonas s’efforce de définir une responsabilité de l’homme, en tant que vivant et pour la vie. S’il y a « une éthique de la vie chez Hans Jonas, c’est bien à la fois dans le sens où c’est par la vie que l’homme acquiert son statut de sujet moral et à la vie qu’il montre le respect auquel, en tant qu’objet éthique, elle a droit. C’est ainsi que Hans Jonas entend réconcilier la morale et la vie dans l’impératif éthique qu’il énonce, entre autres, de la manière suivante : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre ». On peut en effet se demander si la crise environnementale sans précédent que nous connaissons aujourd’hui, ainsi que les risques de « dévalorisation » que l’homme court, notamment dans le domaine des nouvelles techniques « médicales » ne résultent pas de la forme anthropocentrique que l’éthique a prise depuis l’avènement de la modernité, en faisant de la nature et de la vie un type d’être dépourvu de valeur. Ce colloque a donc pour objectif d’interroger la pertinence du dispositif jonassien qui propose une éthique fondée dans la vie et portant sur la vie. Une des pièces centrales de cette démarche, la question de la relation au nourrisson, sera examinée ainsi que ses conséquences au plan bioéthique.

Au programme de la première journée du colloque, 4 interventions sur le thème du fondement de l’éthique jonassienne :

Jeudi 24 février 2011

M. Regenaldo Da Costa, professeur à l’Université de l’Etat du Ceara au Brésil : « L’éthique de la responsabilité comme défense morale de la vie dans le contexte de la crise écologique du XXIème siècle (A ética da responsabilidade como defesa moral da vida no contexto da crise ecologica do Século XXI). »

M. Roberto Franzini Tibaldeo, Docteur et associé scientifique de l’Université de Turin : « From Dualism to the preservation of Ambivalence. Hans Jonas « ontological revolution » as the background for his ethics of responsability. »

M. Frédérick Bruneault, Docteur en philosophie : « Fondement de la valeur et de la finalité chez Hans Jonas. Le passage du bien au devoir-être dans le Principe de responsabilité peut-il faire l’économie d’une déduction transcendantale ? »

M. Etienne Bimbenet, Maître de Conférence à l’Université de Lyon III : « Reductio ad absurdum : la structure de l’argumentation antiréductionniste chez Hans Jonas. »

Vendredi 25 février 2011

Deux thématiques partageront la deuxième journée du colloque consacré à Hans Jonas, la première intitulée « Du soin du nouveau-né au respect envers les générations futures » et la seconde, « Dans le prolongement du Principes responsabilité : cosmogonie et bioéthique ». Pas moins de 8 intervenants se succèderont :

M. Philippe Descamps, Post-doctorant au CERSES : «  Le paradigme du nouveau-né chez Jonas ».

M. Hicham-Stéphane Afeissa, Directeur de programme au CIPh : « Nos enfants nous accuseront. Négligence coupable, repantance préventive et inversion de la flèche du temps ».

Mme Sylvie Courtine-Denamy, Docteur en philosophie de l’Université de Paris IV, chercheure associée au Centre Alberto Benveniste pour les études séraphades et au CEVIPOF : Natalité chez Hans Jonas et Hannah Arendt ».

Eric Pommier, Docteur en philosophie : « Le Principe responsabilité est-il un humanisme ? »

M. Jean-Claude Gens, Professeur à l’Université de Bourgogne : « Du Principe responsabilité aux conjectures de Matière, esprit et création ».

Mme Marie-Geneviève Pinsart, Professeur à l’Université libre de Bruxelles : « Mise en perspective bioéthique de la relation entre le « bio » et la « technique » chez Hans Jonas ».

M. Jacques Dewitte, Philosophe : « La critique existentielle du clonage de Hans Jonas ».

Mme Laura Bossi, Neurologue : « Hans Jonas et la polémique sur les critères de la mort à l’ère des greffes d’organes ».

Les deux journées du colloque s’achèveront chacune par une discussion générale.

Le programme complet du colloque international sur Hans Jonas (fichier PDF)

Contacts :

L’intérêt de Hans Jonas aujourd’hui

Philosophe d’envergure paradoxalement peu étudié en France et non-inscrit au programme de philosophie des classes de terminale, une lacune à combler. Eric Pommier, spécialiste du philosophe insiste sur l’intérêt de Jonas aujourd’hui.

« Hans Jonas est l’un des premiers, et même peut-être le premier philosophe de cette envergure, à avoir mis au cœur de sa pensée le souci de la nature et de la vie, souci qui occupe désormais une place de premier choix au sein des enjeux sociaux, économiques et politiques du moment. Sans lui nous ne parlerions probablement pas de la même façon du respect que nous devons aux générations futures, de la responsabilité que nous avons à l’égard de l’environnement ou des espèces, des précautions qu’il nous faut prendre en vue d’éviter des catastrophes qui affecteraient aussi bien l’homme que la possibilité de la vie en général.

Mais Hans Jonas est aussi paradoxalement un des philosophes qui reste assez peu étudié et assez peu travaillé en France. Il n’est d’ailleurs pas inscrit au programme de philosophie des classes de Terminale, lors même qu’il nous propose une analyse de premier plan du phénomène gnostique, une ontologie, une éthique générale et appliquée, des perspectives cosmogoniques et théologiques.

C’est cette lacune que ce colloque international, consacré à la dimension pratique de sa pensée, voudrait contribuer à combler.  » Eric Pommier

La lecture même du Principe responsabilité, convaincra assurément de l’intérêt de la pensée de Hans Jonas aujourd’hui.

En couverture : Paul Klee, Angelus Dubiosus, 1939

 

Hans Jonas

Le Principe responsabilité

Une éthique pour la civilisation technologique

Collection Champs essai chez Flammarion

En quatrième de couverture de l’édition Flammarion

Les morales traditionnelles sont devenues inopérantes en particulier pour les décideurs politiques. Hans Jonas propose une reformulation de l’éthique autour de l’idée de responsabilité, sous ses différents (naturelle et contractuelle), et voit dans les parents et les hommes d’Etat deux modèles essentiels ; il discute les idéaux de progrès et les utopies (d’où le titre qui rappelle Le Principe espérance d’Ernst Bloch) et dessine une philosophie de l' »espérance responsable » fondée sur le respect. L’accueil réservé à cette grande oeuvre – des philosophes aux décideurs politiques et des pédagogues aux scientifiques – témoigne de l’actualité d’une telle réflexion.

Présentation de Paul Klein, référence à l’édition reliée du Principe responsabilité du Cerf

L’homme moderne est désormais conscient que ses technologies peuvent aboutir à l’extinction de toute vie sur Terre. Cette éventualité n’est bien sûr qu’un possible, mais elle n’est pas improbable et la peur qu’elle provoque peut fonder une nouvelle éthique de la précaution qui invite l’humanité à empêcher que le pire ne se réalise.

Dans cet ouvrage, qui a participé au renouveau de la pensée éthique contemporaine, Hans Jonas approfondit une réflexion qui s’inscrit sans doute dans le courant écologiste, mais qui invite surtout à penser les devoirs qui nous lient aux générations futures. Si le monde nous a été prêté par nos petits-enfants, comme le rappelle un proverbe indien, il faut donc tout mettre en oeuvre pour que les conditions d’une vie future authentiquement humaine sur Terre ne soient pas compromises. Paul Klein

Extrait de la Préface

« Le Prométhée définitivement déchaîné, auquel la science confère des forces jamais encore connues et l’économie son impulsion effrénée, réclame une éthique qui, par des entraves librement consenties, empêche le pouvoir de l’homme de devenir une malédiction pour lui. La thèse liminaire de ce livre est que la promesse de la technique moderne s’est inversée en menace, ou bien que celle-ci s’est indissolublement alliée à celle-là. Elle va au-delà du constat d’une menace physique. La soumission de la nature destinée au bonheur humain a entraîné par la démesure de son succès, qui s’étend maintenant également à la nature de l’homme lui-même, le plus grand défi pour l’être humain que son faire ait jamais entraîné. (…) Ce que l’homme peut faire aujourd’hui et ce que par la suite il sera contraint de continuer à faire, dans l’exercice irrésistible de pouvoir, n’a pas son équivalent dans l’expérience passée. Toute sagesse héritée, relative au comportement juste, était taillée en vue de cette expérience. Nulle éthique traditionnelle ne nous instruit donc sur les normes du « bien » et du « mal » auxquelles doivent être soumises les modalités entièrement nouvelles du pouvoir et de ses créations possibles. La terre nouvelle de la pratique collective, dans laquelle nous sommes entrés avec la technologie de pointe, est encore une terre vierge de la théorie éthique. (…) La conscience croissante d’une crise qui nous menace suscite des livres tels que celui-ci. Quelle que soit la faiblesse de la parole face à la contrainte des choses et face à la poussée des intérêts, elle peut néanmoins contribuer à ce que cette conscience franchisse le pas de la crainte vers la responsabilité pour l’avenir menacé et que nous devenions ainsi un peu plus disponibles pour ce que la cause de l’humanité exigera de nous avec une urgence croissante. » Hans Jonas, Préface au Principe responsabilité, pp.15-16 et pp. 19-20 de l’édition Flammarion.

Pour se procurer l’ouvrage de Hans Jonas Le Principe responsabilité chez Flammarion ou Le principe responsabilité aux éditions du Cerf (édition relié)

 

 



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Environnement : pragmatisme écologique ou l’émergence de nouvelles pratiques morales et politiques

Posted by Hervé Moine sur 4 février 2011

Emilie Hache

Ce à quoi nous tenons

Propositions pour une écologie pragmatique

Les empêcheurs de tourner en rond : La Découverte

Présentation de l’éditeur

La crise écologique est tout à la fois une crise scientifique, politique et morale. Il suffit de penser à la réaction suscitée chez des millions de gens par les abattages d’animaux d’élevages lors de la maladie de la vache folle, ou à la crainte partagée par de plus en plus de monde à l’égard des générations futures concernant l’état du monde que nous sommes en train de leur laisser. C’est dire aussi que l’eau que nous buvons, l’air que nous respirons, les forêts qui nous entourent ne sont plus des ressources inépuisables parce qu’ils ne sont plus non plus des ressources tout court, au sens de simples moyens mais exigent aujourd’hui d’être traités comme des fins. Comment définir alors notre responsabilité morale dans cette recomposition du monde ? Il nous faut pour cela apprendre à parler aussi bien (aussi sérieusement) de l’hypothèse Gaïa que de l’effet de serre, des OVNI que des trous noirs, mais aussi du Gange, mère sacrée des Indiens que d’une manifestation sociale. Une des façons d’y arriver passe par la construction d’une différence entre des propositions morales et des positions moralistes, les premières cherchant à prendre soin de ce à quoi nous tenons, tandis que les secondes au contraire justifient les pires décisions sous couvert de bonnes intentions. La philosophie pragmatique est ici un recours car elle est une pensée du monde en train de se faire. Face à cette crise, il ne s’agit pas en effet de dire ce qu’il faudrait faire mais d’essayer de décrire au mieux ce que les gens font, non de prescrire ce qu’il faut changer dans nos modes de vie, mais d’accompagner les changements en train de se produire.

De fait, ce livre cherchera à rendre compte de l’émergence de nouvelles pratiques indissociablement morales et politiques. Et ces expérimentations, amenant les acteurs concernés à « se mêler de ce qui n’est pas censé nous regarder », nous donnent quelques raisons d’espérer.

Pour se procurer l’ouvrage d’Emilie Hache Ce à quoi nous tenons : Propositions pour une écologie pragmatique

Table des matières

Introduction

Crises écologiques / Hériter d’une histoire européenne / Une responsabilité écologique pragmatique

I / Faire une différence

1. Changer de question : Une responsabilité morale « écologisée » – Réouvrir la question des fins – Répondre à des appels – Changer de question

2. Comment répondre ? Une nouvelle figure du philosophe moral – Relativiser – Faire appel à l’expérience – Élaborer des compromis /Maintenir « portes et fenêtres ouvertes »

II / Se mêler de ce qui n’est pas censé nous regarder

3. « Crise des valeurs ? Non, crise des faits ! » Qui compose notre collectif ? – Un compromis moral à inventer – Une figure de la nature imprévisible et indifférente : Gaïa – Une insurmontable faute logique ?

4. Moraliser l’économie ? « Pas en son nom », mais pas sans elle – Internaliser l’écologie = moraliser l’économie ? – Évaluer le « prix juste » – Le calcul de la surpopulation – Annexe. Shallow /deep ecology : une polémique française

Une situation tragique

III / Composer un monde commun

5. Changer de temporalité : (re)faire attention à l’avenir / Éthique de la responsabilité versus éthique du progrès – Réexpérimenter un souci pour l’avenir – Les scénarios : un lieu de cohabitation entre les générations ? – Une responsabilité morale hyperbolique

6. Écologies politiques : Réarticuler la politique et la morale – L’émergence de nouveaux publics – La proposition de responsabilité partagée face à l’épidémie de sida – Cultiver une intelligence collective – Reclaiming Commons

Ralentir / Dogville, ou le récit d’une hospitalité ratée

Bibliographie

Pour se procurer l’ouvrage d’Emilie Hache Ce à quoi nous tenons : Propositions pour une écologie pragmatique

 

Biographie de l’auteur

Emilie Hache est philosophe, maître de conférences à l’université Paris Ouest-Nanterre.

Pour se procurer l’ouvrage d’Emilie Hache Ce à quoi nous tenons : Propositions pour une écologie pragmatique

 

Critique

« Ce à quoi nous tenons Propositions pour une écologie pragmatique », d’Emilie Hache : pour une morale écologique

Article de Hervé Kempf paru dans le Monde des Livres, le 3 février 2011

http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/02/03/ce-a-quoi-nous-tenons-propositions-pour-une-ecologie-pragmatique-d-emilie-hache_1474363_3260.html

Comment penser la morale en temps de crise écologique – qui est à la fois scientifique, politique et morale – sans verser dans le moralisme ? Est-il même possible de définir une morale écologique ? La philosophe Emilie Hache tente de répondre à ces questions, dans un travail rapprochant les inspirations du philosophe allemand Hans Jonas (1903-1993) et du sociologue Bruno Latour.

Le premier, rappelle l’auteur, « a découvert une autre dimension de la morale », en explorant les nouvelles responsabilités que la puissance de l’action humaine générait à l’égard des générations futures. Quant à Bruno Latour, il a montré que l’écologie n’était pas un problème de « nature », parce que ce que les Occidentaux appellent, depuis Descartes, la nature, ne peut pas être pensé indépendamment des relations que les humains établissent avec les non-humains.

Le propos d’Emilie Hache est de se dégager de la « deep ecology » (écologie profonde), qui présente la nature comme une valeur en soi, sans retomber dans la schizophrénie moderniste, qui oppose humains et nature, et ne pense celle-ci que de façon utilitaire. Pour ce faire, l’auteur « emprunte » à l’écologie « son idée centrale de relation entre les êtres » et entreprend une « écologisation de la morale », soit une morale qui cherche à prendre en compte les associations d’êtres qui composent notre collectif .

Ainsi, ceux qui composent ce que nous appelons encore « nature » trouvent leur valeur par la relation qu’ils nouent avec les humains. De cette relation – dans laquelle les humains écoutent les non-humains, mais où ceux-ci se manifestent aussi à l’entendement humain – découle la responsabilité morale, puisque « selon l’étymologie de ce mot, on devient responsable en répondant à quelqu’un/quelque chose ».

La démarche d’Emilie Hache est intéressante. Pourtant, elle peine à convaincre. Sans doute parce que, impressionnée par les auteurs sur lesquels elle s’appuie – Jonas, Latour, mais aussi John Dewey, Jacques Derrida, Jean-Pierre Dupuy, Donna Haraway, etc. -, Emilie Hache ne forme pas une pensée achevée.

Elle évite aussi les questions que suscitent les thèmes abordés ici : on attendrait par exemple d’une philosophe qu’elle explique pourquoi elle récuse l' » opposition entre les éthiques animale et environnementale », ou qu’elle évoque la question métaphysique que suggère « l’hypothèse Gaïa » développée par James Lovelock, et qui considère la biosphère comme un tout maintenant spontanément la vie.

Des maladresses affaiblissent aussi le propos, comme de noter qu’on trait les vaches cinq fois par jour, que « c’est lors d’un voyage spatial pour chercher la vie sur Mars que Lovelock s’est intéressé à la vie sur Terre », ou quand les externalités économiques sont présentées comme « notamment composées de ce qu’on appelle communément les ressources naturelles ».

Ce livre n’en demeure pas moins suggestif, quoique modeste dans sa démarche, s’il est vrai que « la tâche du philosophe moral est (…) d’accompagner, de rendre compte des événements moraux ».

Hervé Kempf

Pour se procurer l’ouvrage d’Emilie Hache Ce à quoi nous tenons : Propositions pour une écologie pragmatique

 

 

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Rhétorique de la peur et du malheur

Posted by Hervé Moine sur 21 septembre 2010

Conférence de Pascal Bruckner

La société occidentale et la peur de l’avenir

Soirée des étoiles de l’Union-Economie

Jeudi 16 septembre 2010

La tyrannie de la pénitence : Essai sur le masochisme occidental

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Romancier, essayiste, philosophe, Pascal Bruckner était l’invité de la soirée des étoiles de l’union-Economie. Et en préambule à cette cérémonie, il a décrypté « la rhétorique de la peur et du malheur ».

L’auteur, notamment de « Tyrannie de la pénitence : Essai sur le masochisme Occidental », a disserté sur les travers de notre société occidentale, marquée par la peur de l’avenir et par une vision parfois pessimiste de son destin, notamment portée par un discours écologique radical.

Morceaux choisis par l’Union l’Ardennais.

http://www.lunion.presse.fr/article/economie-region/la-soiree-des-etoiles-de-lunion-economie

• « Le paradoxe de la fin de la guerre froide, c’est que c’est une victoire qui nous laisse démunis. Comme l’ont dit certains écrivains américains : ‘‘ Ce qui commence après 1989, c’est un nouveau cauchemar. Nous entrons dans un monde que nous ne comprenons pas ’’. C’est là que fut relancée la question : quel est mon nouvel ennemi ? Il ne faut donc pas s’étonner que le 11 septembre 2001 ait été accueilli avec enthousiasme par certains commentateurs. »

• « Un ennemi c’est une provision d’avenir. C’est la garantie que vous ne serez jamais oublié. On est beaucoup plus sûr de ses ennemis que de ses amis. Vos amis peuvent vous aimer et vous oublier. Tandis qu’un ennemi reste en permanence acharné à votre perte. »

• « Les rhétoriques de la peur me semblent prédominer. On confond le possible et le réel. Si on expose un risque de catastrophe, c’est à titre d’hypothèse. Mais voilà que l’hypothèse devient, dans le discours dominant, non pas une chose qui peut arriver mais une chose qui est probable. En d’autres termes, le pire est déjà pratiquement sûr. »

• « Nous sommes bombardés chaque jour par l’artillerie bruyante d’une panique qui est distillée, jour et nuit, dans les médias. »

• « Il y a deux sortes de peurs. Celle qui nous mobilise, qui nous pousse à l’action. Et celle qui terrorise, qui nous plonge dans la panique et j’ai l’impression que c’est cette peur-là qui domine aujourd’hui. […] Elle tend à dire, quelle planète allons-nous laisser à nos enfants ? Pourtant nous n’avons jamais aussi bien vécu en Occident qu’aujourd’hui. »

• « La rhétorique de la peur se construit sur la compression du temps et de l’espace. Demain est déjà là, c’est déjà trop tard, le présent est déjà infesté par un futur qui va nous détruire. Il ne nous reste d’autre solution que de faire pénitence. La terre est devenue une minuscule entité. Il y a une contamination rapide des virus, des catastrophes, ce qui se passe à 10 000 kilomètres peut m’arriver. Nous ne sommes plus protégés nulle part. Nous sommes fautifs, nous sommes perdus, il n’y a plus grand-chose à faire. »

• « Pour l’écologie radicale, le dernier coupable, c’est l’homme. Nous sommes arrivés au terme ultime de la désignation des boucs émissaires. Il y avait la bourgeoise, il y avait l’Occident, maintenant c’est l’humanité elle-même en tant qu’espèce vivante qui menace la totalité du globe. Et donc, c’est à l’humanité qu’il faut s’en prendre notamment dans la prolifération démographique anarchique. […] »

• « Désormais le châtiment est en quelque sorte corrélatif de notre attitude. Chaque jour en laissant la lumière allumée, en mangeant de la viande, en prenant des bains, le train, le métro, l’ascenseur, nous creusons notre propre tombe et nous devons nous en sentir responsables. »

• « On nous propose des veilles recettes, de revenir à la précarité choisie. Le mot d’ordre d’un certain nombre de camps politiques, c’est l’abondance frugale. Voilà un bel oxymore. »

• « Les pays occidentaux ont été dépossédés de la conduite de l’histoire. Quand (Francis) Fukuyama annonce la fin de l’histoire (peu avant la chute du mur de Berlin), il s’est juste trompé de continent. C’est la fin de l’histoire européenne. Nous ne faisons plus la pluie et le beau temps sur les quatre continents. L’Amérique, un colosse aux pieds d’argile, est en train de perdre la guerre en Afghanistan, la réussite en Irak n’est pas si évidente que cela, elle a des problèmes de chômage et que voyons-nous émerger ? C’est le retour des anciens colonisés, des pays du sud que l’on a l’habitude de considérer comme à jamais voués à la misère et au dénuement. Je me demande, au fond, si le discours catastrophiste n’est pas une manière pour les Occidentaux de dire, et bien puisque si nous n’avons plus la maîtrise du monde, autant dire que tous les progrès que nous avons initiés ne valent rien, que tout cela doit être réduit en poussière. »

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Construire un monde plus digne de notre intelligence

Posted by Hervé Moine sur 25 janvier 2010

Pierre Rabhi

L’humanité doit changer ou elle disparaîtra

Le philosophe Pierre Rabhi*, un des pionniers de l’agriculture biologique, revient sur l’échec de Copenhague et plus globalement sur l’incapacité des « grands sommets » à prendre des décisions rationnelles pour le bien collectif. Il rappelle que le temps n’est plus à l’aménagement de notre modèle, mais bien à un changement plus radical pour construire un monde plus digne de notre intelligence.

La grande déconvenue de Copenhague est à la mesure de l’espoir que cette rencontre avait suscité. Après les grandes cérémonies précédentes, il fallait être singulièrement naïf pour croire qu’une quelconque décision – que la gravité des enjeux nécessite absolument – allait surgir d’une ambiance de hall de gare, où chaque nation veille avant tout sur ses intérêts propres. L’enjeu, lui, est des plus simples. Suite à des transgressions de l’espèce humaine, il se pose comme un ultimatum. L’humanité doit changer de comportement à l’égard de la planète qui l’héberge, si elle ne veut pas disparaître.

Sur une planète une et indivisible – et dont la diversité et la cohésion renforcent la vie et la survie -, notre espèce, en dépit de sa nature également unitaire, est fragmentée. L’avénement très récent du phénomène humain a instauré un vivre ensemble fondé sur l’antagonisme. Certains font appel aux théories de M. Darwin pour le justifier. Quoi qu’il en soit, contrairement aux autres espèces, il n’a pas pour seul mobile la lutte pour la survie – relativement facile à solutionner -, mais des causes plus subtiles : les mythes, les croyances, les symboles pour exorciser une sorte de peur primale. Ces paramètres sont omniprésents dans toutes les concertations lorsqu’il s’agit de résolutions communes.

La rivalité issue de l’insécurité est allée jusqu’à apposer un ordre cloisonné, fait de morceaux de planète appelés territoires, à l’origine de grands conflits. Ces territoires sont comme les éléments d’un puzzle mais qui, au lieu de rendre intelligible le tout, en exacerbent la confusion. C’est ainsi que les questions factuelles, censées être examinées à l’occasion de ces rencontres, se posent en occultant les mécanismes subjectifs qui les sous-tendent et les déterminent. Le sort commun est guidé par des préjugés, alors qu’il devrait au contraire transcender les intérêts particuliers des nations.

C’est aussi la même irrationalité qui fait que, au lieu d’exalter la splendeur d’une planète vivante et unique, elle est ravalée à un simple gisement de ressources à exploiter jusqu’à leur épuisement. Pour ce faire, un ordre anthropophagique mondial s’est imposé insidieusement, avec une règle du jeu qui permet aux plus voraces de dévorer légalement les plus démunis. Pire encore, des Etats corrompus vont même jusqu’à confisquer à leurs populations les biens légitimes indispensables à leur survie. Comme nous ne sommes pas à une perversion près, le tiers-monde suscite, comme contrepartie de son appauvrissement programmé, des dispositifs internationaux à caractère compassionnel, pour lui allouer quelques subsides. Par une sorte de cynisme moralisé, la politique du pompier pyromane devient un mécanisme normal, banalisé, comme l’humanitaire est devenu le moyen compensatoire aux défaillances de l’humanisme, seul en mesure de le rendre sans objet.

Le plus extraordinaire encore, c’est d’avoir réussi à donner le noble vocable d' »économie » – à savoir la régulation des échanges pour la satisfaction des besoins de tous – à ce qui est le déni même de l’économie. La croissance économique fondée sur la prédation et la dissipation des ressources provoque une multitude d’effets directs et collatéraux négatifs parmi lesquels, justement, le réchauffement climatique, objet de Copenhague.

Bien des problématiques, comme la faim dans le monde, mériteraient autant d’effervescence, mais on sait que les priorités sont définies, au-delà même de l’autorité politique, par la puissance insidieuse de l’argent. On entend souvent dire que ces rencontres permettent néanmoins de sensibiliser l’opinion aux grands enjeux écologiques. Cela est indéniable, comme est indéniable la sincérité de nombreuses personnes qui aspirent au changement de l’aventure humaine. Mais il faut cesser d’être naïf, car le temps n’est pas à l’aménagement de notre modèle de société, mais à un changement radical pour qu’enfin, en plaçant l’humain et la nature au cœur de nos préoccupations, nos talents et nos moyens puissent être mobilisés pour construire un monde digne de la vraie intelligence.

Nous en avons les moyens matériels, il ne nous manque que l’audace et la détermination. Ce qui donne de l’espoir, c’est que la société civile planétaire semble déjà s’être engagée activement pour que ce changement de paradigme puisse advenir.

*Pierre Rabhi, fondateur de Colibris, mouvement pour la terre et l’humanisme.

http://www.latribune.fr/opinions/20100125trib000466475/l-humanite-doit-changer-ou-elle-disparaitra.html

En savoir plus sur Pierre Rabhi :

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Comment comprendre les enjeux actuels de l’urbanisme ?

Posted by Hervé Moine sur 7 novembre 2009

Aménagement du territoire et impacts sur l’humain

Comment s’organise notre société ? Souvent les réponses à cette question se situent au niveau des structures sociales elles-mêmes. Une autre manière d’aborder la société et de l’envisager au niveau de l’aménagement du territoire. Celui-ci est assurément significatif et en l’étudiant il peut révéler l’humain et la société ou plus précisément le sens que prend la société humaine, dans tous ses aspects, sens tant sur le plan de la signification que celui de l’orientation. D’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Et où allons-nous ? Une attention particulière au développement du territoire, son histoire, les formes qu’il prend actuellement et vers quoi il s’oriente peut permettre de répondre à cette triple question chère à Gauguin.

Il n’est pas très difficile de constater que le développement actuel du territoire est une urbanisation, au point qu’on a peine parfois, pour ne pas dire souvent, de dire où se trouve, d’une part, le véritable centre (de la ville, du bourg ou du village) à un point tel qu’on nous inonde de panneaux indicateur de centre de toute sorte, et, d’autre part, la limite entre l’urbain et la ville. Le néologisme de « rurbanisation » est sur ce point particulièrement éloquent. L’urbanisation et la rurbanisation, urbanisation de l’environnement rural, ne sont aucunement anodines et ont un impact multiple sur la population, les relations sociales, les modes de vie, le travail, les loisirs, le sens de l’esthétique, la culture, les échanges et l’économie.., également sur l’environnement et l’écologie.

Thierry Paquot, philosophe spécialiste de l’urbain est intervenu dans le cadre d’un cycle conférence sur l’urbanisme au Havre, le but étant de mieux comprendre les enjeux de l’urbanisme. Ci-dessous, nous reprenons l’article de Paris Normandie qui rend compte de cette séance.

Hervé Moine

logo paris normandie

L’urbanisme et ses enjeux


Conférences. Une première introduction au concept a eu lieu mardi soir, dans les grands salons de hôtel de ville.

Thierry Paquot a ouvert le cycle de six conférences tous publics. Philosophe de l’urbain, éditeur d’Urbanisme, auteur de nombreux livres de référence, il a évoqué d’abord l’historique du terme. Le néologisme catalan urbanizacion attribué à Idelfonso Cerdà apparaît en 1867. Considéré à l’origine plus comme l’art de bâtir les villes dans le sens esthétique que comme l’art d’y vivre, l’urbanisme fait aujourd’hui le constat d’une urbanisation galopante et de la disparition de la culture rurale, sans que personne n’ai mesuré les répercussions démographiques, économiques, environnementales.

Des carences
Les « non-villes » prolifèrent, souvent sans recours aux urbanistes. Le philosophe en profite pour critiquer les tours, les villes sécuritaires. Pour lui, « il est temps d’imaginer un urbanisme sensoriel, avec une architecture valorisant les cinq sens, car l’humain est un être charnel qui ressent les ambiances. Pour cela, il faut éviter ce qui est anxiogène, monumental et agressant. L’urbanisme doit tenir compte des usages temporels des lieux aménagés, avec un réaménagement des horaires de transport et une meilleure harmonisation des temporalités et des rythmes des institutions. L’urbanisme doit être plus participatif, car il y a une grande carence dans ce domaine. Enfin, l’urbanisme doit être décroissant c’est-à-dire plus écologique : il ne faut pas mettre en avant la croissance mais la décroissance. Ce n’est pas le développement qu’il faut rendre durable, mais le durable qu’il faut développer. »

Article paru sur Paris Normandie le 6 novembre 2009 : http://www.paris-normandie.fr/index.php/cms/13/article/251539/L_urbanisme_et_ses_enjeux#

Prochaine conférence : Olivier Mongin. « Logiques des flux, logiques des lieux à l’heure du glocal », 1er décembre de 18 h à 20 h. Salons de l’hôtel de ville : www.aurh.asso.fr

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L’écologie dans la pensée contemporaine : enjeux philosophiques et politiques

Posted by Hervé Moine sur 27 septembre 2009

CIPh

Séminaire au Collège International de Philosophie

L’écologie dans la pensée contemporaine : enjeux philosophiques et politiques

Antonioli Manola

  • Les lundis 9,  16,  23,  30 novembre, 7 et 14 décembre
  • de 18h30 à 20h30
  • à la Salle JA05,
  • Carré des Sciences, 1 rue Descartes, 75005 Paris

Tous les idéaux de la modernité (le progrès, la croissance, la technique, la maîtrise de l’homme sur la Nature) ont contribué à imposer pendant plusieurs siècles un humanisme non écologique et un développement techno-économico-scientifique peu soucieux de la préservation des ressources naturelles de la planète. L’urgence environnementale et les débats autour du « développement durable » ont mis récemment l’écologie au cœur de l’actualité. Mais la question écologique ne peut se cantonner à la sphère restreinte des experts et des savants ni s’énoncer exclusivement dans un vocabulaire technocratique ; elle implique une nouvelle philosophie des rapports entre l’homme, la technique et la Nature, mais aussi de nouvelles orientations dans tous les champs de l’activité humaine (politique, économie et culture). Le séminaire se propose d’exposer les axes principaux de cette problématique transversale, à partir de l’analyse des travaux des philosophes (Félix Guattari, Edgar Morin, Bernard Stiegler, Peter Sloterdjik, Thierry Paquot), des économistes (Serge Latouche), des sociologues (Bruno Latour), des paysagistes (Gilles Clément) qui nous invitent depuis longtemps à bâtir une relation riche de sens avec toutes les composantes (naturelles, sociales, techniques, urbaines) de notre environnement.

Intervenants :

  • Lundi 30 novembre : Alain Milon (philosophe, professeur à l’Université Paris Ouest Nanterre) : Aux fondements de l’écologie urbaine : Georg Simmel
  • Lundi 7 décembre : Thierry Paquot (philosophe, professeur à l’IUP de Créteil) : Retour sur Emerson et Thoreau
  • Lundi 14 décembre : Benoît Goetz (philosophe, professeur à l’Université de Metz) : Toucher Terre : Nietzsche, Deleuze, les Straub

=> Pour connaître le programme des séminaires

=> Le site du Collège International de Philosophie

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Symposium international : Le vivant en ville 2, 3 et 4 octobre 2009

Posted by Hervé Moine sur 10 septembre 2009

Affiche du symposium Le vivant en ville
Les 2,3 et 4 octobre 2009, le Grand Lyon et l’École Nationale Vétérinaire de Lyon organisent la seconde édition des échanges : « le VIVANT en VILLE ».
Un événement international qui explore les nouvelles relations qui se créent entre humains, animaux et végétaux dans la ville.

Comment partager l’espace urbain entre tous les vivants ?

La deuxième édition des Echanges le vivant en ville soulève la notion de l’interdépendance entre l’homme, l’animal et le végétal, en mettant en évidence des initiatives qui expérimentent d’autres manières d’habiter la ville et de la ré-humaniser.
Ouverte à tous et gratuite, cette manifestation se déroule successivement à l’École Normale Supérieure (les 2 et 3 octobre) et à l’École Nationale Vétérinaire de Lyon, le lendemain pour la Fête mondiale des animaux, une journée festive faite de découvertes ludiques, de rencontres, de mises en situation, d’approches nouvelles et de contacts.
Le sujet relevant aussi bien de la science que de la philosophie ou de l’environnement, l’éventail des intervenants est en conséquence, avec le concours et l’éclairage de scientifiques de renom, dont Vinciane Despret, Conseillère Scientifique de ce 2e Symposium, psychologue et philosophe, maître de conférence au département de philosophie de l’université de Liège et Gilles Clément, ingénieur agronome, jardinier, paysagiste, botaniste, entomologiste et écrivain, sans oublier Lorette Coen, Lucienne Strivay, César Ades….
L’objectif est surtout de partager des expériences : une douzaine d’agglomérations – de Barcelone à Sao Paulo en passant par Genève, Nanterre et Stockholm – présentera des expérimentations et initiatives locales basées sur le « bien vivre ensemble » qui réinventent de nouveaux espaces communs.
A l’instar des balades canines urbaines, l’ambition est de montrer que des actions simples sont à la portée de tous.

Le programme des trois jours :

2 journées de conférences, discussions, partage d’expériences et visites de terrain : pôle expériences

  • 2 octobre 2009 : Vivre ensemble dans les villes : problèmes nouveaux, solutions inédites à l’ENS Sciences
  • 3 octobre 2009 : Quand bêtes et plantes relient les citadins à l’ENS Sciences
  • 2 et 3 octobre : Expositions et visites de terrain de 14h à 17h30 à l’ENS Lettres et Sciences Humaines

1 journée d’interactions directes hommes et animaux, démonstrations et expérimentations : pôle expérimentations

  • 4 octobre 2009 : Des hommes, des animaux et des végétaux se découvrent, se rencontrent et apprennent comment vivre ensemble sur le Campus de l’École Nationale Vétérinaire de Lyon – ENVL

Adresses :
ENS Sciences
46, allée d’Italie 46, allée d’Italie
69007 Lyon
Tél. 04 72 72 80 00
www.ens-lyon.fr
École Normale Supérieure Lettres et Sciences Humaines (ENS LSH)
15, Parvis René Descartes
69007 Lyon
Tél. 04 37 37 60 16
www.ens-lsh.fr
École Nationale Vétérinaire de Lyon (E.N.V.L.)
1, avenue Bourgelat
69280 Marcy L’Étoile
Tél. 04 78 87 25 25
www.vet-lyon.fr

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Mort du philosophe et militant pacifiste Arne Naess

Posted by Hervé Moine sur 14 janvier 2009

Nous apprenons le décès du philosophe norvégien Arne Naess.

A venir un article sur ce philosophe trop méconnu.

En attendant cet article j’ai pu lire sur la toile, un article , écrit par Charles Ruelle. En voici un extrait.

« (Re)lire Arne Næss (1912-2009): écologie, métaphysique et action

Par Charles Ruelle •

L’écologie est née science, elle est devenue politique. Mais si la politique est la science des fins, il semble bien que l’écologie ait été vidée de sa substance, utilisée comme elle l’est actuellement en tant que slogan ou moyen marketing. Mais à quoi sert-il de prétendre vouloir protéger la nature, dès lors que le seul but recherché est la poursuite d’objectifs contradictoires sans cesse reconduits – ceux de la croissance et l’enrichissement matériel – ou la transformation radicale de nos modes de vie sans véritablement connaître ou sans s’en donner les vrais moyens ?

Une question fondamentale se pose donc à nous : que voulons-nous donc vraiment ? Quelles sont les valeurs qui, selon nous, doivent gouverner nos actions ? La question n’appelle pas seulement une analyse en termes de critique sociale, mais elle demande une réponse métaphysique. Car il ne peut y avoir d’écologie politique ou de politique de l’écologie sans une profonde interrogation sur nos principes et nos valeurs ultimes, sur ce qui fait que nous agissons aujourd’hui, dans nos sociétés industrielles, de manière contraire à nos intuitions premières, et sur les conditions d’harmonisation de ces intuitions avec les fins de nos actions. »

Charles Ruelle est le traducteur d’Ecologie, communauté et de vie d’Arne Naess aux Editions MF, 2008.

Vous pouvez vous y référer à l’intégralité de l’article en vous rendant sur 24 heures Philo

Hervé Moine

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