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Posts Tagged ‘histoire de la philosophie’

Rhétorique et langage : l’usage commun de la vie » chez Sextus Empiricus

Posted by Hervé Moine sur 5 mars 2012

Conférence sur Sextus Empiricus

Le 7 mars 2012

à l’Université d’Aix-en-Provence

Par Emidio SPINELLI

(Università degli Studi di Roma « La Sapienza », Italie)

« Rhétorique et langage : l’usage commun de la vie » chez Sextus Empiricus »

Cette conférence a lieu à 18 heures à la salle des professeurs au deuxième étage. Elle est organisée par l’Institut d’histoire de la philosophie (EA 3276), le Centre d’études sur la pensée antique « kairos kai logos » et le Séminaire d’Histoire de la philosophie ancienne.

Emidio SPINELLI

Emidio SPINELLI

Le Conférencier en bref

Emidio Spinelli, est spécialiste de la philosophie antique et en particulier du Pyrrhonisme et de la pensée de Sextus Empiricus, sur laquelle a porté sa thèse. En outre, iIl a publié de nombreux articles et monographies sur divers sujets de la philosophie antique, les prrésocratiques, les atomistes, Socrate, Platon, les stoïciens, épicuriens. Il s’est particulièrement concentré sur le courant scepticisme néo-pyrrhonien.

 

Adresse :

Université d’Aix-Marseille

Centre des Lettres et Sciences humaines

29, avenue Robert-Schuman

13621 Aix-en-Provence cedex 1

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Platon et la técknè : la voie des pratiques techniques

Posted by Hervé Moine sur 9 mars 2011

Platon et la técknè

Vendredi 25 mars 2011

Université de Franche-Comté à Besançon

Dans le cadre du séminaire de la Société d’Etudes Platoniciennes, « Platon et ses prédécesseurs », sous la direction de Luc Brisson, Arnaud Macé et Olivier Renaut est organisé une séance sur le thème « Platon et la técknè : la voie des pratiques techniques », vendredi 25 mars à l’Université de Franche-Comté à Besançon de 10h30 à 17h UFR LLPHI, Bâtiment L, salle R15.

Les intervenants de la journée sont : Rudolf Löbl de Darmstadt, Anne-Gabrielle Wersinger de l’Université de Reims Champagne-Ardenne, David Bouvier de l’Université de Lausanne et Tosca LYNCH de l’Université de St Andrews.

Au programme de la séance : « la voie des pratiques techniques »

  • Anne Gabrièle Wersinger : « Techniques et schématismes cognitifs : quelques exemples chez les anciens Grecs »
  • David Bouvier : « Quand Platon confisque son nom au poète : remarques sur le verbe poiein et l’intelligence poïétique, d’Homère à Platon »
  • Tosca Lynch : « A Sophist `in disguise’: a reconstruction of Damon of Oa and his role in Plato’s dialogues »

La société d’Etudes Platoniciennes

La Société d’Études Platoniciennes, fondée en 2001 par Luc Brisson, Francesco Fronterotta et Jean-François Pradeau, s’efforce de promouvoir les études platoniciennes de différentes façons. Elle a créé une publication annuelle, les Études platoniciennes, qui paraît à Paris aux éditions des Belles Lettres et rassemble dans chacun de ses numéros des études en cinq langues consacrées à l’œuvre de Platon et à l’ensemble de la tradition platonicienne.

Dans cette revue, les membres de la Société d’Études Platoniciennes rédigent chaque année un « Bulletin Platonicien » international, composé de comptes rendus qui tentent de couvrir au mieux les publications récemment consacrées au platonisme, en France comme à l’étranger. Chaque numéro des Études Platoniciennes comporte en outre une « Bibliographie Platonicienne », qui pour sa part s’attache à donner la liste presque exhaustive de toutes les publications platoniciennes.

La Société d’Études Platoniciennes organise une « Journée d’Études Platoniciennes », qu’elle consacre le plus souvent à la présentation d’un ouvrage marquant, en compagnie de son auteur.

Enfin, la Société s’attache à promouvoir les colloques et séminaires consacrés à la tradition platonicienne, et c’est à ce titre qu’elle promeut l’organisation d’un « Séminaire de la Société d’Etudes Platoniciennes », mis en oeuvre par le CNRS, l’Université de Paris Ouest Nanterre-La Défense et l’Université de Franche-Comté.

 

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Comment doit-on vivre ?

Posted by Hervé Moine sur 1 décembre 2010

Jean-François Balaudé,

Le savoir-vivre philosophique :

Empédocle, Socrate, Platon,

Editions Grasset, 2010

Présentation de l’éditeur

« Une vie sans examen ne vaut pas d’être vécue », telle est l’illustre formule socratique sous l’égide de laquelle s’inscrit cet ouvrage savant. Jean-François Balaudé y interroge ce projet de vie – c’est-à-dire une vie avec de la pensée, et visant à la réalisation de soi – sans lequel toute philosophie antique semblait vaine aux contemporains d’Empédocle, de Socrate, de Platon. La « theôria », qu’elle ambitionne ou non d’atteindre la vérité sur toutes choses, eut ainsi pour visée d’éclairer l’homme sur lui-même, de lui faire connaître les voies de son perfectionnement moral et existentiel, de lui permettre de les mettre en œuvre.

Empédocle, le premier, détacha de façon décisive la question de l’homme et de sa « bonne vie » de l’étude générale de la nature. Il problématisa ainsi l’écart entre ce que cet homme est et ce qu’il devrait être. Le mérite lui revient d’avoir su penser les voies de la réconciliation de l’individu avec l’ensemble du devenir, grâce à un savoir et une pratique harmonisée avec ce qu’il appelait « l’amitié cosmique ».

Socrate, lui, orientera de façon radicale l’exercice de la pensée vers l’exigence du Bien, à travers la pratique du dialogue qui est une activité désintéressée et une mise à l’épreuve de soi.
Platon prolongera enfin l’exigence socratique en articulant au plus près la recherche totale de la vérité et la transformation individuelle et collective de la vie humaine.

A travers cette triade fondatrice, Jean-François Balaudé traverse ainsi diverses dimensions – épistémologique, ontologique, ethico-politique – d’une investigation philosophique constamment soucieuse de conjuguer theôria et praxis. »

De la connaissance à la vie, et de la vie à la connaissance : en s’installant dans cette circularité radicale, les initiateurs grecs de la philosophie ont tâché de répondre à la difficulté que résume la question lancée par Socrate à ses contemporains : « Comment doit-on vivre ? ». Pour ceux-là, connaître est tout sauf une activité désincarnée, et la vie humaine ne peut atteindre sa perfection propre qu’en se forgeant dans la quête d’un savoir sur soi, sur les autres et sur le monde.

En ce sens, c’est un savoir-vivre fondamental qui s’élabore dans les démarches contrastées, mais à bien des égards convergentes, des trois penseurs liminaires de la réflexion éthique que sont Empédocle, Socrate et Platon.

Dans cette perspective, le présent essai se donne pour objet d’explorer de multiples facettes du projet philosophique, tel qu’il s’est affirmé entre les Vème et IVème siècles, interrogeant la visée de perfection individuelle et collective, la dimension réflexive et l’exigence pratique constitutives du mode de vie poursuivi.

Pour se procurer l’ouvrage de Jean-François Balaudé, Le savoir-vivre philosophique

Extraits de livres

Extrait de l’introduction

La quête philosophique du savoir-vivre

«Ils me suivent par milliers, me demandant où est la voie du salut.» Empédocle, B 112, 14-15 DK

«Pour un homme, une vie sans examen ne vaut pas d’être vécue.» Platon, Apologie de Socrate, 38a

«Notre propos ne concerne pas n’importe quel sujet, mais la manière dont il faut vivre.» Platon, République I, 352d

L’ambition du présent essai est de dégager quelques aspects remarquables du projet philosophique, tel qu’il s’est forgé en Grèce ancienne à la charnière des Ve et IVe siècles av. J.-C. Il défend résolument une thèse touchant la nature fondamentale de ce projet philosophique, et soutient que la recherche de savoir, dont on fait classiquement le trait définitionnel de la philosophie, est en réalité totalement indissociable de la recherche d’un bien agir et d’un bien vivre – ce que je désigne comme la quête d’un savoir-vivre. Ce savoir-vivre ne renvoie pas à un ensemble de règles existantes, préétablies : il se constitue dans et par l’activité philosophique, comme un savoir-vivre singulier, distinct des modes de vie installés, qui voit le vivre constamment redéfini par le savoir, ou plus exactement par le mouvement indéfini vers le savoir.

Dès le départ, c’est à la fusion du bien vivre et du bien penser que le projet philosophique a tendu, et la philosophie s’est présentée à la fois comme une réflexion sur les conditions générales de possibilité d’une vie humaine accomplie, dans le cadre d’une investigation large de la nature des choses, et comme la plus haute forme de vie, en tant qu’elle permet l’épanouissement de nos capacités de questionnement et de connaissance. En parlant de savoir-vivre, je renvoie ainsi à l’implication existentielle que suppose la pratique de la philosophie, et dont le plus proche correspondant est le concept d’épistrophè, c’est-à-dire de «conversion». Ainsi que l’écrit Pierre Hadot : «Plus et mieux qu’une théorie sur la conversion, la philosophie est toujours restée elle-même essentiellement un acte de conversion.»

Pour se procurer l’ouvrage de Jean-François Balaudé, Le savoir-vivre philosophique

Article de Philippe Gauthier, source : froggydelight

http://www.froggydelight.com/article-9673-Le_savoir_vivre_philosophique_Empedocle_Socra

Bien que les siècles et les millénaires aient passé, que les systèmes philosophiques se soient amoncelés, que la philosophie profite aujourd’hui d’un effet de mode (pour le meilleur et pour le pire), on ne cesse de revenir à ses fondamentaux. La Grèce antique est toujours pour les philosophes objet de fascination et de dévotion. Les années passant n’épuisent pas la fraîcheur et la pertinence des premières réflexions philosophiques, alors même que la matière se découvrait un nom et éloignait irrémédiablement de nous la notion de sagesse pour l’abîmer dans une recherche en perpétuel dépassement d’elle-même.

Jean-François Balaudé ne déroge pas à la règle. Ce Savoir-vivre philosophique qu’il met en exergue de son livre était la véritable originalité grecque, alors que les philosophes postérieurs se sont focalisés sur une recherche théorique désincarnée. S’il est question dans le titre du livre de trois auteurs, il faut reconnaître que l’attention de Balaudé est surtout retenue par Socrate. Ce dernier est devenu, les élèves de terminale le savent bien, un marqueur chronologique divisant les penseurs grecs en pré et post-socratiques (Empédocle et Platon entrent respectivement dans l’une et l’autre catégorie). Socrate incarnerait un moment inaugural d’un nouveau mode de pensée. Moment problématique cependant puisque l’on sait que Socrate n’a jamais rien écrit, partisan d’une pratique exclusivement orale de la philosophie. Les connaissances que l’on a de sa « doctrine » nous ont été principalement transmises par Platon (ainsi que par un ouvrage de Xénophon : Les mémorables). Une grande partie de l’ouvrage s’attelle à démêler à travers une étude rigoureuse ce qui, dans le fatras  textuel de l’œuvre de Platon, est proprement socratique de ce qui est platonicien.

Mais si Empédocle est également sollicité, c’est pour ne pas exagérer la fracture socratique, mettre en évidence que la question du « comment dois-je vivre ? » commençait à avoir un sens avant Socrate. Empédocle, qui est reconnu par la tradition philosophique pour avoir conçu l’Amour et la Haine comme les principes structurants du Monde, n’est pas un simple physiologue (comme Socrate nomme dans le Phédon, ceux qui s’intéressent plus aux lois de la nature qu’à la connaissance de soi). Son questionnement de ces principes ouvre celui de l’homme et esquisse une pensée éthique que l’on fait généralement remonter au seul Socrate. Balaudé tord le cou à nombre de présupposés des interprètes classiques, et son pari de traquer le Socrate originel dans les textes de Platon peut paraître osé à ceux qui auront abandonné ce projet par manque de références autres que celle du fondateur de l’Académie. Elle représente toutefois un Graal pour tous ceux dont la curiosité ne ce satisfait pas de la résignation usuelle.

En contrepoint, ce travail permet également d’interroger l’apport propre de Platon dont la doctrine réelle ne fait pas moins mystère. S’effaçant derrière le personnage de Socrate qu’il met en scène dans la quasi-totalité des dialogues écrits de sa main, on ne sait s’il avance masqué ou s’il disparaît derrière le texte, d’autant que rien n’a filtré de l’enseignement dispensé par l’auteur à ses élèves dans son école. Balaudé est particulièrement attentif à la pensée politique de Platon, puisque la question du « savoir-vivre », si elle est prioritairement éthique, ne s’y réduit pas et entraîne logiquement la question du « vivre ensemble ».

Ce livre de Jean-François Balaudé est un travail d’universitaire, et non un travail de vulgarisation. Ceux qui l’utiliseraient pour découvrir la pensée des trois auteurs en seront pour leurs frais. Ceux, en revanche, qui ont lu les dialogues de Platon et qui veulent approfondir leur questionnement y trouveront un outil précieux.

Philippe Gauthier

Pour se procurer l’ouvrage de Jean-François Balaudé, Le savoir-vivre philosophique

L’auteur

Jean-François Balaudé est né en 1963. Ancien élève de l’ENS Ulm, il a enseigné aux Universités de Lille III, Reims Champagne-Ardenne, Fribourg (Suisse), ainsi qu’à l’Ecole Normale Supérieure, et il est actuellement professeur de philosophie à l’Université Paris Ouest Nanterre. Spécialiste de philosophie ancienne, il a dans plusieurs ouvrages traduit et commenté Platon, Aristote, Epicure, Diogène Laërce et Plotin. Ses recherches portent en particulier sur la question du mode de vie philosophique, et sur les diverses formes prises par l’articulation entre praxis et theôria dans les écoles philosophiques antiques.

Pour se procurer l’ouvrage de Jean-François Balaudé, Le savoir-vivre philosophique

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Une nouvelle traduction des « Academia » de Cicéron

Posted by Hervé Moine sur 20 septembre 2010

Vient de paraître le 15 septembre dernier, une nouvelle traduction française des « Academia » de Cicéron, par José Kany-Turpin, l’introduction est de Pierre Pellegrin. A noter que la traduction française de cette édition bilingue est la première traduction complète depuis celle de M. Nisard 1936.

En outre, Les Académiques de Cicéron sont au programme de l’Agrégation externe 2011 de philosophie pour la troisième épreuve, dite d’histoire de la philosophie.

Pour vous procurer Les Académiques de Cicéron dans cette édition billingue chez Flammarion

D’autre part, il est possible de vous procurer en version numérisé deux traductions anciennes des Académiques :

Cicéron, Académiques, Premières Académiques, livre II (= Lucullus), hypertexte, avec la trad. de Ch. Appuhn, Paris, 1936 ; Académiques Secondes, livre I, hypertexte, avec le traduction de M. Nisard, Paris, 1840.

Résumé des Académiques :

Ce traité de Cicéron est le manifeste le plus talentueux que l’Antiquité nous ait légué en faveur de l’Académie sceptique.
Il est en effet une source indispensable pour l’histoire de la philosophie grecque : sans lui, nous ne saurions presque rien de philosophes aussi importants qu’Arcésilas, Carnéade, Philon de Larissa et Antiochus d’Ascalon. Mais il est non moins intéressant par l’acribie, et parfois la passion, avec laquelle Cicéron défend le ‘scepticisme » de la Nouvelle Académie face aux arguments des dogmatiques en faveur de la « perception » objective des phénomènes.
Loin de se contenter d’exposer le statut des diverses questions d’après des doxographics. Cicéron tente de cerner les véritables enjeux philosophiques et scientifiques des positions académiciennes face à celles des Stoïciens.

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Bientôt un essai de Pierre Guenancia sur l’idée de cosmopolitisme

Posted by Hervé Moine sur 24 avril 2010

Rompre avec la complicité envers soi-même

Article de Roger Pol-Droit, publié dans le Monde des Livres

http://www.lemonde.fr/livres/article/2010/04/23/rompre-avec-la-complicite-envers-soi-meme_1341434_3260.html

Dans la famille des philosophes, il en est de discrets. Peu soucieux de tapages, sérieux en besogne, solides, certains, comme Pierre Guenancia, n’oublient pas pour autant d’être inventifs et singuliers. Dans cette catégorie rare, peut-être en voie de disparition, il trace son sillon de pensée depuis déjà longtemps. En 1976, il publiait un premier livre, vite remarqué et estimé par les cercles savants, Du vide à Dieu. Essai sur la physique de Pascal (Ed. François Maspero), qui fut suivi de nombreuses études sur Descartes, dont plusieurs sont rassemblées dans un beau volume récemment publié par les éditions Encre Marine, Descartes chemin faisant (302 p., 29 euros).

On aurait tort, malgré tout, de ranger hâtivement ce philosophe dans la cohorte des historiens et des commentateurs érudits. Certes, il est d’abord professeur, rôle aujourd’hui décrié, mais qu’il revendique avec fierté : « Mon métier, dit-il, c’est vraiment d’enseigner aux étudiants, à tous les niveaux, les grands auteurs et les grandes philosophies du passé. » Rien d’étonnant, du coup, à ce que cet agrégé, normalien de l’ENS de Saint-Cloud, élève du grand maître que fut Jean-Toussaint Desanti, ait beaucoup enseigné : une vingtaine d’années en khâgne à Dijon, puis une grande dizaine d’années à l’université de Bourgogne, où il est notamment responsable du master de philosophie.

Malgré tout, l’histoire de la pensée ne l’intéresse qu’à une condition simple : qu’elle permette d’avoir une prise sur les questions du présent. Sur ce point, son diagnostic est sans ambiguïté : « Aujourd’hui, la philosophie, dans son enseignement comme dans sa production, est plus ou moins dans une ornière. Elle est immobilisée par un rapport écrasant à sa propre histoire, qui l’enferme dans un commentaire indéfini. Je crois au contraire qu’il est indispensable de marier l’étude rigoureuse des systèmes et l’attention aux problèmes actuels, y compris évidemment ceux qui se posent dans d’autres domaines que la philosophie. »

« MON BUT EST ÉTHIQUE »

Montrer comment des questions que notre époque croit neuves possèdent un arrière-plan historique considérable, ou bien faire voir combien demeurent ouvertes, actives, ou toujours réactivables, les interrogations d’auteurs anciens que l’on pensait figées ou caduques, telles sont pour Pierre Guenancia les tâches premières du travail philosophique. C’est pourquoi il n’a cessé, en particulier, de souligner la nécessité de lire Descartes dans ce qu’il a d’imprévu, d’inventif, de vivant – quand il s’agit pour lui de répondre à des objections qui le surprennent, ou aux questions de la princesse Elisabeth de Bohème qui le déconcertent.

En fait, qu’il s’intéresse à « l’ordre politique » dans la pensée de Descartes, à « l’intelligence du sensible » (Gallimard, 1998), à la représentation de soi ou au cosmopolitisme, c’est toujours pour répondre à une question de notre époque que ce philosophe rédige ses essais. Ainsi, c’est bien contre le repli des individus sur eux-mêmes, et contre le mépris dangereux pour le travail intellectuel, qu’il a publié récemment Le Regard de la pensée. Il y combat les illusions de l’intuition et de l’authenticité et défend la nécessité de se faire, si l’on peut dire, une idée de ce que l’on est. « Mon but est éthique : il s’agit de rompre avec la complicité envers soi-même, afin de passer du registre de la compréhension à celui de l’intellection. Se voir « comme un autre », c’est finalement se voir en tant qu’homme plutôt qu’en tant que soi. C’est donc passer du soi, très privatif, à une aventure commune que chacun partage évidemment de son point de vue, à partir de son lieu et de son époque, mais qu’il partage malgré tout. En ce sens, la représentation de soi ouvre sur l’horizon du partage de l’existence humaine avec les autres. »

Dès lors, on ne s’étonne pas d’apprendre que Pierre Guenancia travaille actuellement à un prochain essai sur l’idée de cosmopolitisme. A ses yeux, on aplatit trop souvent cette notion cruciale. « Cosmopolitisme ne signifie pas réunion de tous les hommes dans un Etat mondial, ni même dépassement des nations. C’est trop réaliste, trop empirique. L’idée du cosmopolitisme désigne une ouverture à l’extérieur, aux autres cultures, qui renvoie en fait à l’essence toujours ouverte de l’homme. » On comprend donc mieux, au fil de ses explications, comment se conjuguent pour lui les préoccupations de notre époque et la réflexion philosophique.

En fait, il ne s’agit nullement d’une démarche forcée ni même d’une nouveauté. « La philosophie a toujours été constituée d’une attention tous azimuts au monde et aux hommes. Jamais, en fait, elle ne se désintéresse de la façon dont les hommes vivent, gouvernent et se gouvernent, se soignent ou se racontent des histoires. Sans doute le fait-elle sous une forme rigoureuse, car une démonstration philosophique n’a rien d’une simple opinion. Mais, en fait, rien n’est étranger aux philosophes. Ce sont toutes les questions humaines qu’ils doivent pouvoir aborder. » Si c’est le cas, pourquoi donc les philosophes seraient-ils dotés d’une pareille omnicompétence ? Quelle qualification les rend ainsi capables de traiter de tout ? « La pratique quotidienne des grands systèmes de la pensée fait connaître comment les concepts sont construits, comment les démonstrations s’organisent et comment la pensée se met en place. »

D’un moment passé en compagnie de Pierre Guenancia, pourquoi a-t-on l’impression de sortir ragaillardi ? Un professeur qui poursuit une oeuvre originale, un homme qui ne méprise ni l’université ni le monde qui l’entoure, un penseur qui n’abandonne pas plus la rigueur des analyses que les réalités de ses contemporains, cela devrait être fréquent chez les philosophes – mais en fait ça ne court pas les rues. Somme toute, on a l’impression de rencontrer un homme libre, qui se tient résolument à l’écart des modes et des tourbillons, pour mieux s’efforcer d’être au coeur de son temps. Voilà, comme eût dit Montaigne, qui éjouit.

Roger-Pol Droit

Article paru dans l’édition du 24.04.10

Le regard de la pensée. Philosophie de la représentation

L’ouvrage

Par le terme de représentation on désigne le plus souvent ce qu’il y a dans l’esprit de manière vague et générale, comme lorsque l’on dit que nous n’avons affaire qu’à nos représentations, ou, selon une célèbre expression, que le monde est notre représentation. Cette conception commune aplatit et méconnaît le caractère dynamique de l’acte ou de l’activité de se représenter, opération par laquelle l’esprit fait venir au-devant de lui quelque chose qui n’est pas réellement présent mais qui le devient grâce à l’effort pour se donner un modèle, une figure, un schéma de ce qui ne peut être directement saisi. Trop de lumière éblouit, dit Pascal qui avait parfaitement compris qu’il fallait un peu d’ombre pour représenter la lumière, et du recul pour voir ce qui est représenté sur un tableau. Il est aujourd’hui essentiel de souligner l’importance de la médiation dans le rapport que l’homme établit avec la réalité présente, avec les autres hommes comme aussi et surtout avec lui-même.

Table des matières

Avant-propos

Introduction. — Les trois caractéristiques de la représentation

Section I. — Pourquoi se représenter la réalité ?
La représentation comme acte de se représenter
La représentation comme réflexion
La représentation comme figuration
La représentation comme attention
La représentation et l’imaginaire
La représentation comme passion de l’admiration

Section II. — Les deux formes de la représentation
Idée générale, figure et conscience d’exemple
Le souvenir, l’humour
La représentation n’est pas une imagination (Pascal)…
… mais une intellection
L’image, le portrait (Husserl)
Le regard, le spectacle, l’espace

Section III. — La représentation de soi
Exposition du thème de cette section
Le moi peut-il être représenté ?
Le moi et les qualités (Pascal)
La représentation de soi versus l’image de soi
Moi représenté – moi réel
Le moi comme acteur et personnage
Ce que c’est qu’être soi (Pascal, encore)
Vers l’estime de soi
Du Je au Nous : élargissement de la question de la représentation

Conclusion. — Le pouvoir de la représentation

Se procurer l’ouvrage : Le regard de la pensée. Philosophie de la représentation

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Mort de Jacques Brunschwig

Posted by Hervé Moine sur 24 avril 2010

Né en 1929, Jacques Brunschwig, professeur de philosophie ancienne à l’université Paris-I-Sorbonne est mort le 16 avril d’une maladie pulmonaire. Cet érudit discret a publié essentiellement des articles, plus proches dans leur manière des travaux anglo-saxons et de la philosophie analytique, dont il fut le premier en France à l’appliquer à des textes antiques, que des habitudes hexagonales.

Car ce qui intéressait principalement Jacques Brunschwig, dans les œuvres d’Aristote, les écrits des stoïciens ou les traités d’Epicure, c’étaient les modes d’argumentation, les démonstrations et leur pertinence. Dans ce domaine, il a ouvert des voies nouvelles aux études anciennes et renouvelé l’approche de textes que l’on croyait connaître, en opérant au moyen d’analyses d’une minutie extrême, dont la précision et la cohérence faisaient apparaître des données inaperçues.

Sur des fragments de textes grecs, il n’est pas excessif de dire que Jacques Brunsch-wig procédait, mutatis mutandis, comme Cuvier, au début du XIXe siècle, avec une dent de dinosaure : de proche en proche, il reconstituait les arguments absents.

Ancien élève de l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, il a fréquemment enseigné hors de France, d’Abidjan à Princeton, de Berlin à Padoue, Austin ou Cambridge. Si l’essentiel de son travail demeure disséminé dans une multitude de publications, revues savantes ou volumes collectifs, on peut toutefois se reporter au recueil paru en 1995 dans la collection « Epiméthée » (Presses universitaires de France) sous le titre Etudes sur les philosophies hellénistiques, épicurisme, stoïcisme, scepticisme. Il avait également dirigé, avec Geoffrey Lloyd, l’important volume collectif Le Savoir grec, paru en 1996 chez Flammarion.

D’autres facettes de cet homme ne doivent pas demeurer dans l’ombre. Cousin de l’historien Pierre Vidal-Naquet (1930-2006), avec qui il commença à s’intéresser à la pensée antique, Jacques Brunschwig était également un excellent connaisseur de la philosophie des temps modernes. Il fut traducteur de Descartes (Les Règles pour la direction de l’esprit) ou éditeur de Leibniz, avec les Nouveaux essais sur l’entendement humain.

L’aspect le moins connu de la personnalité de Jacques Brunschwig était son talent musical : il fut un pianiste de grande classe, connaisseur et interprète passionné de Bach, Schumann ou Fauré. Il avait travaillé avec une célèbre interprète, Yvonne Lefébure, proche amie de sa mère. Il avouait avoir hésité longtemps entre la musique et l’université.

Roger-Pol Droit

http://www.lemonde.fr/carnet/article/2010/04/23/jacques-brunschwig_1341720_3382.html

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Les Stoïciens et leur logique

La logique des Stoïciens, longtemps méprisée, a fait l’objet, depuis un demi-siècle, d’une réhabilitation spectaculaire, rendue possible par les développements de la logique moderne, et réalisée principalement par des logiciens. Ceux-ci ont étudié isolément les questions de leur compétence, et se sont généralement peu souciés de se souvenir que leurs collègues du Portique étaient aussi des Stoïciens, c’est-à-dire des physiciens, des moralistes, à la fois solidaires de leur temps et préoccupés de systématicité. L’unilatéralité de ce point de vue a souvent été soulignée par les chercheurs de formation classique.

Mais ceux-ci, rebutés par l’appareil de la logique symbolique, paraissaient hésiter sur la meilleure manière d’intégrer à leurs propres travaux les perspectives ouvertes par les logiciens. Le colloque de Chantilly, qui réunissait en 1976 quelques spécialistes français et étrangers, s’était efforcé de dépasser cette situation en faisant le point sur les relations qui unissent la logique stoïcienne et le système stoïcien dans son ensemble.

Il ne pouvait être question de reproduire à l’identique la première édition de 1978, et l’on ne pouvait évidemment pas non plus tout refaire de fond en comble; pourtant cette réédition peut se présenter comme revue, corrigée et mise à jour.

Ont contribué à ce volume : J. Barnes, H. Barreau, J. Bertier (†), J. Brunschwig(†), F. Caujolle-Zaslawsky, M. Daraki, J.-P. Dumont(†), U. Egli, V. Goldschmidt(†), R. Goulet, A. Graeser, Cl. Imbert, G. Kerferd(†), I.G. Kidd, A.C. Lloyd (†), A.A. Long, M. Mignucci(†), J. Moreau(†), P. Pachet, P. Pasquino, J.M. Rist et G. Verbeke (†)

Pour vous procurer l’ouvrage dirigé par J. Brunschwig : Les Stoïciens et leur logique

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Barbara Cassin : Les deux faces perméables de la philosophie

Posted by Hervé Moine sur 24 avril 2010

De la mesure critique du quotidien à l’histoire de la philosophie

Barbara Cassin La philosophie et l’offre de culture

philologue, philosophe, directrice de recherche au CNRS.

La philosophie, sous nos cieux du moins, a toujours eu deux faces, perméables l’une à l’autre.

La première face, c’est la mesure critique du quotidien, un regard distancié, plus ou moins armé conceptuellement, sur ce qui est et ce qui arrive. Ce regard est susceptible du meilleur et du pire. Le pire ? Un mélange d’hyperconformisme (« moraline » docte) et de provoc (Freud démasqué ?) qui peut faire mouche, ou mousse, médiatique, mais dont on a du mal à se passer. Le meilleur ? « Tous les hommes désirent naturellement savoir », grand fleuve tranquille par lequel commence ce qu’on appelle la Métaphysique d’Aristote  ; mais aussi, pour moi, Arendt chroniquant le procès Eichmann à rebours des attentes, ou l’Unesco créant un réseau mondial de femmes philosophes pour relier celles qui tentent de poser des questions en Europe, en Afrique ou sous les talibans – avec comme première question impertinente  : qu’est-ce que le genre a à voir avec 
la vérité  ?

La seconde face, liée, c’est l’histoire de la philosophie. Je sais pourquoi j’ai décidé de « faire » de la philosophie : j’ai trouvé stupéfiant, en classe de philosophie, que l’on puisse se demander si Dieu/des dieux existent, ou qu’est-ce que penser. Encore plus stupéfiant que l’on instruise ces questions à partir de la manière dont les autres, ceux d’ailleurs et ceux d’avant, des présocratiques à la triade d’alors Nietzsche-Marx-Freud, les ont posées et travaillées. Et définitivement magnifique que lire et penser ainsi avec d’autres puisse devenir une profession – avoir pour métier sa passion, disait Merleau-Ponty.

La culture, c’est ce que l’on offre. C’est ce qui vous intéresse sans que vous puissiez vous y attendre. C’est parce que l’on offre du théâtre ou de la philosophie que le théâtre ou la philosophie peuvent déterminer la vie de quelques jeunes gens qui n’en ont jamais entendu parler. L’offre, et non la demande, voilà évidemment ce qui définit une politique culturelle (Souligné par Actu Philo).

Paru dans l’Humanité le 23 avril 2010

http://www.humanite.fr/2010-04-23_Idees-Tribune-libre-Histoire_Barbara-Cassin-La-philosophie

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Faut-il la vérité ? Quelle vérité ?

Macadam Philo Émission de François Noudelmann qui reçoit Barbara Cassin, elle y évoque notamment la question des crimes contre l’humanité : Ne faut-il distinguer vérité et châtiment ?

Pour écouter ou réécouter l’émission :

http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/macadam-philo/

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Déterminisme et action humaine

Posted by Hervé Moine sur 10 avril 2010

Cycle de Conférences Léon-Robin 2009-2010

vendredi 16 Avril 2010

Déterminisme et action humaine

de 14h00 à 17h30

  • Vladimir MIKEŠ du Centre Léon Robin : « La signification de l’assentiment pour l’action humaine »
  • Ricardo SALLES de l’Université Nationale Autonome de Mexico : « La contribution d’Épictète aux théories stoïciennes de la responsabilité morale. Le cas d’Entretiens, I,11 »

Le séminaire a lieu à l’Ecole Normale Supérieure, bâtiment annexe, 46, rue d’Ulm, 75005 Paris, salle de Conférences (Rez de Chaussée)

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De la responsabilité à la décision et au mal

Posted by Hervé Moine sur 8 avril 2010

Journées d’études

Stoïciens et Augustin


Michel FATTAL organise à l’Université de Grenoble II, dans le cadre des Séminaires de Master, du Groupe de Recherches « Philosophie, Langages et Cognition », et des échanges européens Erasmus, deux Journées d’Etudes :

Professeur invité : Stefano MASO, de l’Université Ca’Foscari de Venise, présentera les deux conférences suivantes :

  • Le jeudi 22 avril de 14 h à 17 h, à l’Amphi de l’ARSH 1, du Domaine Universitaire : « Le problème de la responsabilité dans la philosophie stoïcienne ».
  • Le vendredi 23 avril de 14 h à 17 h, à l’Amphi de l’ARSH 1, du Domaine Universitaire : « Augustin et le De libero arbitrio : le problème de la décision et du mal ».

L’entrée est libre

Arrêt du Tramway : « Bibliothèque Univesitaire »

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Lecture du Contre Colotès de Plutarque

Posted by Hervé Moine sur 30 mars 2010

Rencontres internationales de philosophie ancienne

Lecture du Contre Colotès de Plutarque

les 8 et 9 avril 2010

ENS de LYON, Site René Descartes, Salle F 08

Ces rencontres internationales, consacrées à la lecture du Contre Colotès de Plutarque, sont organisées par Pierre-Marie Morel, Thomas Bénatouïl et Valéry Laurand; avec le soutien du CERPHI (UMR 5037), du Cluster 14 (Clusters de Recherche de la région Rhône-Alpes), de l’Institut Universitaire de France, des Universités Bordeaux 3 et Nancy 2.

Au programme de ces rencontres

Jeudi 8 avril 2010

  • Pierre-Marie Morel de l’ENS Lyon : L’épicurisme et ses ennemis, le cas du Contre Colotès
  • Luca Castagnoli de Durham : Démocrite et la question du scepticisme d’Epicure
  • Alain Gigandet de Paris Est-Créteil : Empédocle
  • Mauro Bonazzi de Milano: Parménide et Platon
  • Jan Opsomer de Köln : Socrate

Vendredi 9 avril 2010

  • James Warren de Cambridge : Les cyrénaïques
  • Carlos Lévy de Paris Sorbonne : Arcésilas
  • Geert Roskam de Leuven : Philosophie, lois et usages
  • Thomas Bénatouïl de Nancy 2 / IUF : Conclusions et discussion générale

Participeront également aux discussions: Aurora Corti, Daniel Delattre, Joëlle Delattre, Louis-André Dorion, Jean-Baptiste Gourinat, José Kany-Turpin, Valéry Laurand, Emidio Spinelli, Christelle Veillard, Francesco Verde.

Pour consulter en ligne le Contre Colotes de Plutarque cliquez ci-dessous

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