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J’ai bien travaillé, je veux une Rolex !

Posted by Hervé Moine sur 11 octobre 2009

Yves Michaud Qu'est-ce que le mérite.Si à 50 ans on n’a pas de Rolex, on a quand même raté sa vie ?

A l’occasion de la parution du livre d’Yves Michaud, Qu’est-ce que le mérite ?,  intéressons-nous à la notion de mérite.

J’ai bien travaillé, je veux une Rolex !

Article d’Hervé Moine

On ne peut pas ne pas remarquer l’omniprésence du mérite. Que ce soit dans le milieu scolaire ou celui de l’entreprise, on demande la réhabilitation du mérite. Nombreux sont les discours des hommes politiques qui portent sur cette demande. Ce vieil adage « toute peine mérite salaire » n’a pas pris une ride. La question est de savoir ce que signifie exactement le mérite. C’est ce à quoi Yves Michaud s’attache à répondre dans son dernier ouvrage, Qu’est-ce que le mérite ? Il y montre les contradictions de notre société actuelle : Les revendications égalitaires pour tous les citoyens semblent se réduire à une revendication sur les salaires, un juste salaire étant une rémunération correspondant à la dose d’efforts fournis. Or, doit-on confondre mérite et rémunération par l’effort? N’y-a-t-il pourtant pas là une distinction conceptuelle importante à opérer ?

Le mérite ne doit pas se réduire au bien de l’individu.

Rappelons-nous le fameux « Travailler plus pour gagner plus ! » de Mr. Nicolas Sarkozy, lors de la dernière campagne présidentielles dans laquelle le thème du mérite était central. Mise à part Marie-Georges Buffet, tous les candidats à l’élection de 2007 prônaient « l’effort individuel ». Il fallait donc comprendre ce phénomène.  Ce fut là l’origine de la recherche d’Yves Michaud qui aura mis deux ans pour aboutir à la publication de cet ouvrage.

Il s’agit bel et bien d’un ouvrage d’actualité. En 2009, le mérite a pris une forme importante, mais il s’agit selon son auteur d’une forme devenue aplatie, elle est trop schématique. Il y a une sorte de réductionnisme, celui du mérite à la simple rémunération. Doit-on mesurer comme il est fait partout le mérite en fonction du salaire de l’individu et donc de l’individualisme ?

Selon l’expression d’Yves Michaud le mérite est caricaturé sous une « forme Rolex ». On aura compris, en passant, l’allusion, le clin d’œil ! Selon le philosophe, c’est au bien de la communauté que le mérite devrait contribuer.

Et à la récente question de la rétribution des élèves de certains établissements en fonction de leurs comportements, Yves Michaud répond de manière surprenante en affirmant qu’il y est favorable. On aurait pu penser qu’il soit farouchement opposé à cette mesure en ce que cette rémunération induirait dans l’esprit des élèves l’idée que tout effort fournit, y compris scolaire, exige salaire. « Il s’agit de récompenser collectivement la classe en cas de bon comportement. C’est une bonne idée, on retrouve le sens de la communauté. Je ne comprends pas pourquoi les gens sont contre alors qu’ils ne cessent de donner de l’argent de poche à leurs enfants. »

C’est l’idée de collectif qui est donc essentiel.

Aujourd’hui, affirme Yves Michaud, « beaucoup de personnes sont méritantes (…), celles qui s’occupent d’enfants handicapés par exemple, les infirmiers en soins palliatifs ou encore les pompiers. » Dans ces exemples que l’on pourrait prolonger aisément la liste, on retrouve bien cette idée d’un mérite qui dépasse le salaire de l’effort et de l’individualisme. En effet, on retrouve dans tous ces exemples bien plus l’idée de dévouement collectif dans le mérite. « Cette idée de collectif semble être essentielle. » La contribution à la collectivité semble effectivement quelque chose d’important, selon Yves Michaud.

Au regard de l’histoire, la notion de mérite n’est pas récente, elle est même un thème récurrent pendant la Révolution. En effet, les capacités des uns et des autres étaient utiles à la République. Ensuite, la société est devenue plus matérialiste et de ce fait, le mérite est devenu une caricature de lui-même et s’est matérialisé. Il n’est pas difficile de comprendre ce phénomène puisque nous le savons tous, dans notre société actuelle, chacun revendique un mérite personnel. Yves Michaud nous montre le comble de ce réductionnisme du mérite à l’individualisme dans le fait que « même les démérités connaissent le mérite ». Les émissions de téléréalité n’illustrent-elles pas en effet ce phénomène ? » Tous les candidats de ces programmes méritent de passer à la télévision. »

Vers une société de plus en plus individualiste ?

Mais quel regard doit-on porter sur l’avenir ? N’y a-t-il pas un risque société de tomber dans un individualisme dangereux pour la démocratie ? Ou bien le mérite garde la finalité qui est la sienne à savoir le bien de la communauté ou bien on la réduit à une fonction individualiste, utilitaire et matérialiste. Finalement, toute la question est de savoir que l’on mettra au centre des préoccupations : les relations humaines ou l’individualisme. « Si on conserve les relations humaines au centre des préoccupations futures, la notion de mérite sera présente. Si le mérite finit par avoir une fonction uniquement utilitaire, il n’en sera plus question, on sera en plein cauchemar. »

Ainsi, il nous appartient à faire en sorte que la fiction d’Aldous Huxley, Le meilleur des mondes, (1932), ne devienne pas, dans un avenir (proche) prophétie qui se réalise, à savoir, « une société dictatoriale avec toutes les apparences de la démocratie. »

Saluons cet ouvrage d’Yves Michaud, méritant, dans le sens où il fait du bien à toute la communauté.

Hervé Moine, « J’ai bien travaillé, je veux une Rolex », d’après notamment l’article de Julie Philippe, Entretien avec Yves Michaud, auteur de l’essai « Qu’est-ce que le mérite ? » (Bourin Éditeur), paru sur dijonscope.

=> voir le site dijonscope : http://www.dijonscope.com/001084-mediter-le-merite

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Bac philo juin 2009 : Les sujets nationaux

Posted by Hervé Moine sur 18 juin 2009

Je viens de recevoir par mes collègues métropolitains, les sujets de l’épreuve de philosophie du baccalauréat sur les quels ont planché, aujourd’hui, les candidats de la France hexagonale. Aussi, je vous les soumets, avant d’aller chercher mon lot de copies à corriger. C’est la 20ème session de bac que je corrige : ça se fête !

Je n’ai pas les sujets des séries technologiques.

Hervé Moine

Série L

Sujet 1

Le langage trahit-il la pensée ?

Sujet 2

L’objectivité de l’histoire suppose-t-elle l’impartialité de l’historien ?

Sujet 3

Un extrait du «Monde comme volonté et comme représentation» de SCHOPENHAUER.

Il n’y a pas de satisfaction qui d’elle-même et comme de son propre mouvement vienne à nous ; il faut qu’elle soit la satisfaction d’un désir. Le désir, en effet, la privation, est la condition préliminaire de toute jouissance. Or avec la satisfaction cesse le désir et par conséquent la jouissance aussi. Donc la satisfaction, le contentement ne sauraient être qu’une délivrance à l’égard d’une douleur, d’un besoin ; sous ce nom, il ne faut pas entendre en effet seulement la souffrance effective, visible, mais toute espèce de désir qui, par son importunité, trouble notre repos, et même cet ennui qui tue, qui nous fait de l’existence un fardeau.

Or c’est une entreprise difficile d’obtenir, de conquérir un bien quelconque ; pas d’objet qui ne soit séparé de nous par des difficultés, des travaux sans fin ; sur la route, à chaque pas, surgissent des obstacles. Et la conquête une fois faite, l’objet atteint, qu’a-t-on gagné ? Rien assurément, que de s’être délivré de quelque souffrance, de quelque désir, d’être revenu à l’état où l’on se trouvait avant l’apparition de ce désir.

Le fait immédiat pour nous, c’est le besoin tout seul c’est-à-dire la douleur. Pour la satisfaction et la jouissance, nous ne pouvons les connaître qu’indirectement ; il nous faut faire appel au souvenir de la souffrance, de la privation passée, qu’elles ont chassées tout d’abord. Voilà pourquoi les biens, les avantages qui sont actuellement en notre possession, nous n’en avons pas une vraie conscience, nous ne les apprécions pas ; il nous semble qu’il n’en pouvait être autrement ; et, en effet, tout le bonheur qu’ils nous donnent, c’est d’écarter de nous certaines souffrances. Il faut les perdre pour en sentir le prix ; le manque, la privation, la douleur, voilà la chose positive, et qui sans intermédiaire s’offre à nous.

Série ES

Sujet 1

Que gagne-t-on à échanger ?

Sujet 2

Le développement technique transforme-t-il les hommes ?

Sujet 3

Un extrait d’ «Essai sur l’entendement humain» de John LOCKE

Quant à savoir s’il existe le moindre principe moral qui fasse l’accord de tous, j’en appelle à toute personne un tant soit peu versée dans l’histoire de l’humanité, qui ait jeté un regard plus loin que le bout de son nez. Où trouve-t-on cette vérité pratique universellement acceptée sans doute ni problème aucun, comme devrait l’être une vérité innée ? La justice et le respect des contrats semblent faire l’accord du plus grand nombre ; c’est un principe qui, pense-t-on, pénètre jusque dans les repaires de brigands, et dans les bandes des plus grands malfaiteurs ; et ceux qui sont allés le plus loin dans l’abandon de leur humanité respectent la fidélité et la justice entre eux.

Je reconnais que les hors-la-loi eux-mêmes les respectent entre eux ; mais ces règles ne sont pas respectées comme des lois de nature innées : elles sont appliquées comme des règles utiles dans leur communauté ; et on ne peut concevoir que celui qui agit correctement avec ses complices mais pille et assassine en même temps le premier honnête homme venu, embrasse la justice comme un principe pratique.

La justice et la vérité sont les liens élémentaires de toute société : même les hors-la-loi et les voleurs, qui ont par ailleurs rompu avec le monde, doivent donc garder entre eux la fidélité et les règles de l’équité, sans quoi ils ne pourraient rester ensemble. Mais qui soutiendrait que ceux qui vivent de fraude et de rapine ont des principes innés de vérité et de justice, qu’ils acceptent et reconnaissent ?

Série S

Sujet 1

Est-il absurde de désirer l’impossible ?

Sujet 2

Y a-t-il des questions auxquelles aucune science ne répond ?

Sujet 3

Un extrait de «De la démocratie en Amérique» de TOCQUEVILLE

Les affaires générales d’un pays n’occupent que les principaux citoyens. Ceux-là ne se rassemblent que de loin en loin dans les mêmes lieux ; et, comme il arrive souvent qu’ensuite ils se perdent de vue, il ne s’établit pas entre eux de liens durables. Mais quand il s’agit de faire régler les affaires particulières d’un canton par les hommes qui l’habitent, les mêmes individus sont toujours en contact, et ils sont en quelque sorte forcés de se connaître et de se complaire.

On tire difficilement un homme de lui-même pour l’intéresser à la destinée de tout l’État, parce qu’il comprend mal l’influence que la destinée de l’État peut exercer sur son sort. Mais faut-il faire passer un chemin au bout de son domaine, il verra d’un premier coup d’œil qu’il se rencontre un rapport entre cette petite affaire publique et ses plus grandes affaires privées, et il découvrira, sans qu’on le lui montre, le lien étroit qui unit ici l’intérêt particulier à l’intérêt général.

C’est donc en chargeant les citoyens de l’administration des petites affaires, bien plus qu’en leur livrant le gouvernement des grandes, qu’on les intéresse au bien public et qu’on leur fait voir le besoin qu’ils ont sans cesse les uns des autres pour le produire.

On peut, par une action d’éclat, captiver tout à coup la faveur d’un peuple ; mais, pour gagner l’amour et le respect de la population qui vous entoure, il faut une longue succession de petits services rendus, de bons offices obscurs, une habitude constante de bienveillance et une réputation bien établie de désintéressement. Les libertés locales, qui font qu’un grand nombre de citoyens mettent du prix à l’affection de leurs voisins et de leurs proches, ramènent donc sans cesse les hommes les uns vers les autres, en dépit des instincts qui les séparent, et les forcent à s’entraider.

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