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Posts Tagged ‘Kant’

Hermann Cohen, l’idéalisme critique aux prises avec le matérialisme

Posted by Hervé Moine sur 17 mars 2011

Revue de Métaphysique et de Morale

Janvier 2011

Hermann Cohen

L’idéalisme critique aux prises avec le matérialisme

PUF

Au sommaire du numéro

« Hermann Cohen, L’idéalisme critique aux prises avec le matérialisme »

Numéro dirigé par Myriam Bienenstock

Les articles :

Myriam Bienenstock, Présentation

Helmut Holzhey, Idéalisme et matérialisme. Hermann Cohen, sur Friedrich Albert Lange

Pierfrancesco Fiorato, La fiction d’un équilibre labile : à propos de la méthode d’« idéalisme juridique » défendue par Hermann Cohen

Myriam Bienenstock, Hermann Cohen et le panthéisme. Sens et usages du terme dans sa réception de Spinoza

Norbert Waszek, Un sujet de dissension entre Cohen et Rosenzweig : Heinrich Heine

Marc Bonnemaison, Sur la réception en France de l’Histoire du matérialisme, par Friedrich Albert Lange

Bulletin de philosophie antique

Bulletin de philosophie morale et politique

Pour se procurer la Revue de métaphysique et de morale 2011 – N° 1 consacrée à Hermann Cohen

Hermann Cohen 1942 - 1918

Hermann Cohen spécialiste de la théorie kantienne

Hermann Cohen né en 1842 Coswig en Anhalt et mort à Berlin en 1918 fut un des grands philosophes allemands de la fin du 19ème siècle et début 20ème. Il enseigna à l’Université de Marburg entre 1875 et 1912 puis à « l’académie des sciences du judaïsme » (Lehranstalt für die Wissenschaft des Judentums) à Berlin de 1913 à 1918. Ayant été un des principaux représentants du néo-kantisme ainsi que d’une tradition philosophique des « sciences du judaïsme », il contribua éminemment à l’élaboration d’une orientation théorique et éthique de la civilisation à l’âge de la technique et des sciences.

Depuis la première édition de son ouvrage Kants Theorie der Erfahrung (1871) (La théorie kantienne de l’expérience traduction française aux éditions du Cerf) qui le rendit célèbre, Cohen comprit l’interprétation et l’adaptation et de l’héritage kantien non seulement comme une entreprise historique et philologique, mais aussi comme une réflexion critique des défis culturels de son temps. Cette attitude marqua également son œuvre System der Philosophie, dont il présenta trois des quatre parties prévues au début du 20ème siècle (1902-1912). Grâce à son père, il disposa dès son enfance d’une grande familiarité avec la tradition juive, une familiarité qui fut encore approfondie par à ses études au « séminaire juif de théologie » de Breslau. Sur la base de ces connaissances, il exposa dans ses écrits sa vision d’une religion rationnelle à partir des sources du judaïsme, vision d’un monothéisme humaniste sans compromis, excluant catégoriquement tout fondamentalisme.

Ni le courant philosophique de son temps – allant longtemps à l’envers de l’œuvre de Cohen – ni le national-socialisme ne purent empêcher l’influence durable de sa pensée. Très tôt, des penseurs aussi divergents comme Schmuel Hugo Bergman, Ernst Cassirer, Jacob Gordin, Nicolai Hartmann, Heinz Heimsoeth, Jacob Klatzkin, David Neumark, Franz Rosenzweig, Josef D. Soloveitchik, Max Wiener et d’autres développèrent leurs positions dans une large mesure en confrontation critique avec Hermann Cohen. Ainsi, ils devinrent des sources d’inspiration influentes des générations suivantes à la fois en Europe, en Israël ou aux Etats-Unis.

D’après hermann-cohen-gesellschaft.org/ site de la fondation des «archives Hermann Cohen», initiée en 1969 par Helmut Holzhey, spécialiste de la philosophie de Cohen et l’un des rédacteurs de la revue.

Hermann Cohen

La théorie kantienne de l’expérience

Cerf

« La Théorie kantienne de l’expérience », publiée pour la première fois en 1871, est le premier livre de Hermann Cohen. L’auteur ne cessera d’approfondir ses analyses, puisqu’il fait paraître une troisième édition – celle traduite ici – l’année de sa mort, en 1918. Il s’agit de l’acte de naissance du néokantisme de l’école de Marbourg, fondé par Cohen et auquel appartiennent aussi Ernst Cassirer et Paul Natorp.

Ce commentaire de la « Critique de la raison pure » a profondément bouleversé les études kantiennes à la fin du XIXème. Cohen s’y oppose à la lecture traditionnelle de la « Critique », qui réduit l’ « a priori » kantien à l’inné en l’assimilant à des cadres subjectifs au travers desquels le sujet connaissant appréhenderait le monde extérieur.

Cohen introduit une exigence philologique qui manquait jusque-là aux interprétations de la « Critique », en suivant de près le texte de Kant et en s’attachant à donner un sens à toutes les ambiguïtés du discours kantien (d’où l’attention aux moindres différences dans les formulations entre la première édition de la « Critique » et la deuxième).

L’hypothèse de lecture qu’il propose permet d’instaurer une interprétation radicalement novatrice qui non seulement est confirmée dans sa mise à l’épreuve à l’aune du texte kantien, mais possède une force conceptuelle incontestable, c’est-à-dire un intérêt et une fécondité pour nous permettre de poser, aujourd’hui, le problème de la connaissance.

Ce n’est pas seulement la compréhension de Kant qui est en jeu dans ce livre que Cohen n’a cessé de revoir toute sa vie, mais le dépassement de Kant au moyen de la méthode rigoureuse qu’il a su mettre en place – dépassement que, pour sa part, Cohen a effectué en écrivant son propre « système de philosophie », dans lequel la « Logique de la connaissance pure » achève ce que la « Critique de la raison pure » avait initié. Éric Dufour – Julien Servois

Pour se procurer l’ouvrage de Hermann Cohen La théorie kantienne de l’expérience

Myriam Bienenstock

Cohen face à Rosenzweig

Débat sur la pensée allemande

Vrin 2009

Présentation de l’éditeur

Surtout perçus aujourd’hui comme de grands penseurs juifs, Hermann Cohen (1842-1918) et Franz Rosenzweig (1886-1929) avaient aussi été des spécialistes de tout premier plan de la pensée idéaliste allemande : Cohen fut l’un des fondateurs de l’école néokantienne de Marbourg, Rosenzweig écrivit sur Hegel et l’Etat un ouvrage de référence, qui n’a rien perdu de son actualité. Intimement familiers du monde culturel dans lequel s’était formée la philosophie idéaliste allemande, ces connaisseurs nous donnent des clés d’accès à un héritage impressionnant, qui court le risque de se perdre si on le prive de leur médiation.

Ce livre est consacré à un examen des démarches et stratégies dont usèrent Hermann Cohen et Franz Rosenzweig pour appréhender la pensée des grands philosophes de l’idéalisme allemand et pour s’approprier leurs idées. Il examine la pertinence de leurs interprétations – plus particulièrement en esthétique, ou encore en éthique – et l’impact de leurs thèses sur leurs contemporains et successeurs. Il montre que Cohen et Rosenzweig différèrent : ils furent en désaccord non pas seulement dans leur interprétation de la pensée allemande moderne, ou en histoire et en politique, mais dans beaucoup d’autres domaines encore, sur des principes de fond – et pour ce qui concerne la religion, sur le judaïsme. C’est aussi leur différend, c’est le débat entre leurs conceptions que ce livre entend présenter, dans toute son intensité et ses conséquences.

L’auteur

Myriam Bienenstock, Professeur à l’Université François Rabelais de Tour, Présidente de la Société internationale Franz Rosenzweig et membre du bureau de la Société Hermann Cohen, s’est consacrée à l’étude de la philosophie allemande moderne, plus particulièrement celle de Hegel, et de la pensée juive moderne.

Pour se procurer l’ouvrage de Myriam Bienenstock Cohen face à Rosenzweig. Débat sur la pensée allemande

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L’éclectique Albert Jacquard kantien

Posted by Hervé Moine sur 9 février 2011

L'humanisme selon Albert Jacquard

L’humanisme selon Albert Jacquard

Article paru dans Sud-Ouest : http://www.sudouest.fr/2011/02/09/l-humanisme-selon-albert-jacquard-313826-4344.php

Dans le cadre des Rendez-vous de la connaissance, le Groupe ESC Pau recevait hier soir, dans un amphithéâtre comble (300 personnes et retransmission dans une seconde salle de 200 personnes), l’humaniste mondialement reconnu Albert Jacquard.

Ancien directeur de l’Institut national de la démographie, généticien, mathématicien, philosophe, Albert Jacquard a développé la question de « l’importance de reconnaître l’autre comme un être humain porteur de ses propres désirs, et de l’importance de ne pas le prendre comme un objet ou moyen pour satisfaire nos désirs ».

Ci-contre Albert Jacquard photo de Guillaume Bonnaud

Pouvons-nous rapprocher le propos d’Albert Jacquard de celui d’Emmanuel Kant qui exprime ce célèbre impératif catégorique : « Agis de telle manière que tu traites l’humanité de ta personne dans la personne de tout autre non simplement comme un moyen mais toujours en même temps comme une fin » ? Fondements de la métaphysique des moeurs.

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Kant : L’homme ne peut devenir homme que par l’éducation ?

Posted by Hervé Moine sur 23 mars 2009

Emmanuel Kant

Emmanuel Kant

« L’homme ne peut devenir homme que par l’éducation. Il n’est que ce que l’éducation fait de lui. Il faut bien remarquer que l’homme n’est éduqué que par des hommes et par des hommes qui ont également été éduqués. C’est pourquoi le manque de discipline et d’instruction (que l’on remarque) chez quelques hommes fait de ceux-ci de mauvais éducateurs pour les éléves. Si seulement un être d’une nature supérieure se chargeait de notre éducation, on verrait alors ce que l’on peut faire de l’homme.

Mais comme l’éducation d’une part ne fait qu’apprendre certaines choses aux hommes et d’autre part ne fait que développer en eux certaines qualités, il est impossible de savoir jusqu’où vont les dispositions naturelles de l’homme. Si du moins avec l’appui des grands de ce monde et réunissant les forces de beaucoup d’hommes on faisait une expérience, cela nous donnerait déjà beaucoup de lumières pour savoir jusqu’où il est possible que l’homme s’avance? »

Kant Traité de pédagogie

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Penser, c’est d’abord penser par soi-même !

Posted by Hervé Moine sur 19 février 2009

Je vous propose d’abord un texte de Marc Bloch qui affirme en substance que penser c’est d’abord penser par soi-même.

Marc Bloch : Penser c’est d’abord penser par soi-même

« Qui se fie seulement au train de la représentation ne va pas bien loin.Bientôt le voilà arrêté, assis au milieu d’un groupement général de façons de dire aussi plates elles-mêmes qu’immuables. Le chat retombe sur ses pattes, mais l’homme qui n’a point appris à penser, qui ne sort pas des brèves, des usuelles associations de représentations, celui-là retombe sur ce qui éternellement est d’hier. Il répète ce que d’autres ont répété, ses phrases vont à la queue leu leu.

Penser, au contraire, à la différence d’un déroulement de représentations toutes faites, c’est d’abord penser par soi-même. Pensée en mouvement comme l’homme qui, derrière, la met en branle. Elle apprend à savoir où  nous en sommes, elle rassemble du savoir pour orienter la conduite. Bien formée, cette pensée n’admet rien de fixe, rien d’achevé, ni faits accommodés ni formulations universelles ayant perdu toute vie, ni moins encore des mots d’ordre pleins d’un virus cadavérique. Bien plutôt une pareille pensée par soi se voit, elle et ce qui est sien, dans un flot ; comme un pionnier elle se trouve devant des frontières qui ne cessent de reculer. Il faut que l’apprentissage même soit activement touché par sa matière, car aucun savoir ne se doit tenir pour valable que s’il vit en devenir, s’il fait éclater les croûtes. Apprendre passivement et dodeliner seulement de la tête, c’est bientôt s’assoupir. Mais qui travaille à sa cause en marchant avec elle, en dehors des sentiers battus, celui-là devient majeur, peut finalement distinguer l’ami de l’ennemi, sait où ce qui est droit se fraye la voie. Il est commode de trotter en lisières mais concevoir énergiquement est signe de courage (…). »

Marc Bloch : Sujet-objet, éclaircissements sur Hegel p 15-16

J’ajoute à ce texte un extrait de l’opuscule « qu’est-ce que les lumières ? » de Kant à propos du courage de penser vraiment et un extrait de l’introduction à l’opuscule de Kant de Jean-Michel Muglioni.

Kant : sortir de la minorité

« Accéder aux Lumières consiste pour l’homme à sortir de la minorité où il se trouve par sa propre faute. Etre mineur, c’est être incapable de se servir de son propre entendement sans la direction d’un autre. L’homme est par sa propre faute dans cet état de minorité quand ce n’est (…) penser par soi-même ne va pas de soi et présente une difficulté essentielle. En effet, nous nous imaginons généralement que nos pensées sont nécessairement les nôtres et que nos croyances nous appartiennent en propre. (…) Mais comment admettrions-nous que la plupart de nos pensées, celles-là mêmes que nous disons personnelles, ne sont pas vraiment nos pensées ? Qu’elles sont en nous des préjugés, c’est-à-dire des croyances dont nous ne sommes pas les maîtres et qui proviennent de notre histoire ou de notre tempérament ? Qu’elles viennent de causes extérieures et non de notre propre jugement ? Nous leur avons donné notre assentiment, nous y avons acquiescé, nous leur avons dit oui – c’est cela croire-. Mais nous avons dit oui avant d’en avoir vraiment jugé, de telle sorte qu’elles sont en nous sans pourtant avoir été réellement pensées par nous.

Voilà une idée fort difficile à comprendre ; et le comprendre, c’est ouvrir la porte de la philosophie. »

Jean-Michel Muglioni, Introduction de Qu’est-ce que les Lumières, Hatier.

« Qu’est-ce que les Lumières ? La sortie de l’homme de sa minorité dont il est lui-même responsable. Minorité, c’est-à-dire incapacité de se servir de son entendement (pouvoir de penser) sans la direction d’autrui, minorité dont il est lui-même responsable (faute) puisque la cause en réside non dans un défaut de l’entendement mais dans un manque de décision et de courage de s’en servir sans la direction d’autrui. Sapere aude ! (Ose penser) Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.
La paresse et la lâcheté sont les causes qui expliquent qu’un si grand nombre d’hommes, après que la nature les a affranchi depuis longtemps d’une (de toute) direction étrangère, reste cependant volontiers, leur vie durant, mineurs, et qu’il soit facile à d’autres de se poser en tuteur des premiers. Il est si aisé d’être mineur ! Si j’ai un livre qui me tient lieu d’entendement, un directeur qui me tient lieu de conscience, un médecin qui décide pour moi de mon régime, etc., je n’ai vraiment pas besoin de me donner de peine moi-même. Je n’ai pas besoin de penser pourvu que je puisse payer ; d’autres se chargeront bien de ce travail ennuyeux. Que la grande majorité des hommes (y compris le sexe faible tout entier) tienne aussi pour très dangereux ce pas en avant vers leur majorité, outre que c’est une chose pénible, c’est ce à quoi s’emploient fort bien les tuteurs qui très aimablement (par bonté) ont pris sur eux d’exercer une haute direction sur l’humanité. Après avoir rendu bien sot leur bétail (domestique) et avoir soigneusement pris garde que ces paisibles créatures n’aient pas la permission d’oser faire le moindre pas, hors du parc ou ils les ont enfermé. Ils leur montrent les dangers qui les menace, si elles essayent de s’aventurer seules au dehors. Or, ce danger n’est vraiment pas si grand, car elles apprendraient bien enfin, après quelques chutes, à marcher ; mais un accident de cette sorte rend néanmoins timide, et la frayeur qui en résulte, détourne ordinairement d’en refaire l’essai.
Il est donc difficile pour chaque individu séparément de sortir de la minorité qui est presque devenue pour lui, nature. Il s’y est si bien complu, et il est pour le moment réellement incapable de se servir de son propre entendement, parce qu’on ne l’a jamais laissé en faire l’essai. Institutions (préceptes) et formules, ces instruments mécaniques de l’usage de la parole ou plutôt d’un mauvais usage des dons naturels, (d’un mauvais usage raisonnable) voilà les grelots que l’on a attachés au pied d’une minorité qui persiste. Quiconque même les rejetterait, ne pourrait faire qu’un saut mal assuré par-dessus les fossés les plus étroits, parce qu’il n’est pas habitué à remuer ses jambes en liberté. Aussi sont-ils peu nombreux, ceux qui sont arrivés par leur propre travail de leur esprit à s’arracher à la minorité et à pouvoir marcher d’un pas assuré. »

Kant, Qu’est-ce que les Lumières?

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Bonheur : question de la finalité de l’existence…

Posted by Hervé Moine sur 16 février 2009

Je vous propose ici un travail personnel afin d’étudier cette question de la finalité de l’existence humaine en rapport avec la notion de bonheur. Cette dernière notion est une notion commune aux programmes de philosophie.

Hervé Moine

Quelle est la finalité de la vie ?

Le bonheur peut-il être considéré comme la fin de la vie ?

  • Vous traiterez le texte d’Epicure et le texte de Kant ci-dessous proposés.
  • Un avant-propos vous est proposé ci-dessous pour vous aider à situer ces deux textes dans une problématique particulière.
  • Il conviendra de faire une étude philosophique en règle des deux textes.

Avant-propos :

Quelle est la finalité de l’existence humaine? Le bonheur peut-il, oui ou non, être considéré comme la fin de la vie?

Pour Epicure, « le plaisir est le commencement et la fin d’une vie bienheureuse ». Mais ce plaisir doit être un plaisir constant, stable, ce qu’Epicure nomme le « plaisir en repos», car si le plaisir est « en mouvement », c’est-à-dire si l’absence de plaisir ou la peine lui succèdent, le plaisir n’est pas complet ni parfait. Le bonheur consistera donc à éviter les plaisirs des sens, éphémères et causes de troubles, pour jouir de ce plaisir parfait qu’est la sérénité de l’âme délivrée de tout désordre et de toute crainte: l’ataraxie(1).

La morale d’Epicure qui est hédoniste(2), comme la plupart des morales de l’Antiquité, est un eudémonisme(3), c’est-à-dire qu’elle tient le bonheur pour le Souverain Bien(4) et la fin ultime de 1 ‘homme.

Selon le philosophe Kant, en revanche, on ne saurait fonder une morale sur le désir d’atteindre le bonheur(5) mais sur le seul devoir(6): on doit se rendre digne du bonheur, en subordonnant sa quête au respect des lois morales dictées par la raison.

Notes

1 L’ataraxie est chez les épicuriens comme chez les stoïciens, l’état d’absence complète de trouble, donc de tranquillité, de sérénité et de paix absolue de l’âme.

2 L’hédonisme est une doctrine qui voit dans le plaisir et fait de la recherche du plaisir le fondement de la morale.

3 Eudémonisme vient du grec « eudaimon » qui signifie «heureux»; l’Eudémonisme est un système de morale considérant que le bonheur constitue le but final de l’existence humaine, le souverain Bien.

4 Traduction du latin « summum bonum », le Souverain Bien signifie dans l’Antiquité, la finalité ultime qui doit être poursuivi par l’homme, autrement-dit, il est le bien supérieur à tous les autres biens. Pour Epicure, le souverain Bien est le bonheur et la vertu est ce qui conduit au bonheur.

5 Pour Kant, le désir d’atteindre le bonheur étant un idéal de l’imagination et non de la raison, ne peut être défini de manière précise.

6 La notion de devoir doit être prise au sens strict ici, à savoir comme l’obligation morale considérée en elle-­même. En d’autres termes, pour Kant, le devoir est l’intention et la volonté de bien faire, exigence purement désintéressée, simplement motivée par le respect de la loi universelle. Le devoir se fonde sur la raison et s’oppose au désir, au penchant.

TEXTE 1 Epicure, Lettre à Ménécée

epicure

« Quand nous disons que le plaisir est la fin de la vie, nous ne parlons pas des plaisirs des hommes débauches ni de ceux qui consistent dans la jouissance, comme l’imaginent certaines gens, mais nous entendons le plaisir comme l’absence de douleur pour le corps, l’absence de trouble pour l’âme. Car ce ne sont ni des beuveries et des festins à n’en plus finir, ni la jouissance de jeunes garçons ou de femmes, ni la dégustation de poissons et de toute la bonne chère que comporte une table somptueuse, qui engendrent la vie heureuse, mais c’est un entendement sobre et sage, qui sache rechercher les causes de tout choix et de toute aversion et chasser les opinions fausses, d’où provient pour la plus grande part le trouble qui saisit les âmes. Or le principe de tout cela, et par conséquent le plus grand bien, c’est la prudence? Et voilà pourquoi la prudence est une chose plus précieuse que la philosophie elle-même; car c’est elle qui donne naissance à toutes les autres vertus, en nous enseignant qu’il est impossible de vivre heureusement sans vivre avec prudence, honnêteté et justice, comme il est impossible de vivre avec prudence, honnêteté et justice sans vivre par là même heureusement. »

Epicure, Lettre à Ménécée

(Prudence = sagesse)

TEXTE 2 Kant, Métaphysique des moeurs

Emmanuel Kant

Emmanuel Kant

«Le maître: ce qui en toi tend au bonheur, c’est le penchant; ce qui restreint ce penchant à la condition d’être préalablement digne de ce bonheur, c’est ta raison, et que tu puisses limiter et dominer ton penchant par ta raison, c’est là la liberté de ta volonté.

Afin de savoir comment tu dois t’y prendre pour participer au bonheur et aussi pour ne pas t’en rendre indigne, c’est dans ta raison seulement que tu trouveras la règle et l’initiation; ce qui signifie qu’il ne t’est pas nécessaire de dégager cette règle de ta conduite de l’expérience, ou de l’apprendre par l’enseignement des autres; ta propre raison t’enseigne et t’ordonne exactement ce que tu as à faire. Par exemple, si un cas survient en lequel tu peux te procurer à toi ou à un de tes amis un grand avantage grâce à un mensonge finement médité, qui même ne t’oblige pas à faire tort à qui que ce soit, que dit ta raison?

L’élève: Je ne dois pas mentir, si grand que puisse être l’avantage qui peut être le mien ou celui de mon ami. Mentir est avilissant et rend l’homme indigne d’être heureux.»                                                                 

Kant, Métaphysique des moeurs

Exercices :

1° ) A partir de l’étude de ces deux textes, faire une synthèse afin d’établir une réponse à la question de savoir si le bonheur est la fin de la vie.

Quelques éléments pour la synthèse :

L’eudémonisme épicurien répond que le plaisir est le commencement et la fin de la vie heureuse, il tient le bonheur pour le souverain bien et la fin ultime de l’homme. La morale kantienne répond quant à elle que le bonheur ne peut être la finalité de la vie de l’humaine. Une vie bonne est une vie morale qui se fonde sur le devoir qui vient de la raison. Proposons-nous de parcourir les idées de ces conceptions différentes à partir des deux extraits de textes proposés.

Dans le texte extrait de la Lettre à Ménécée, Epicure commence par énoncer une thèse générale, à savoir que « « le plaisir est la fin de la vie ». Il y apporte aussitôt une précision pour éviter tout contresens. Ce plaisir n’est le plaisir des sens, mais le plaisir parfait qui consiste dans l’absence de douleur dans le corps, l’aponie, et l’absence de trouble dans l’âme, l’ataraxie. Il doit être en effet constant est stable, autrement-dit en repos. La luxure, la bonne chère etc… ne peuvent engendrer qu’une illusion de bonheur, seules la sobriété et la simplicité peuvent permettre d’atteindre une vie sereine et heureuse. Le bonheur ne peut se trouver dans la débauche mais dans la sagesse. En effet, Epicure observe que c’est  par la sagesse, dans le texte « la prudence » que l’on peut atteindre cette absence de trouble. La prudence, phronêsis en grec, consistant dans la force de l’esprit et dans la connaissance de la vérité, « c’est elle qui donne naissance à toutes les autres vertus, en nous enseignant qu’il est impossible de vivre heureusement sans vivre avec prudence, honnêteté et justice ». En cela, et c’est ainsi que se termine cet extrait de la Lettre à Ménécée pour Epicure, la prudence est la condition nécessaire au bonheur ?

Si pour la morale d’Epicure, le bonheur est tenu pour la fin suprême de l’existence humaine, selon Kant en revanche, on ne peut fonder une morale sur le désir d’atteindre le bonheur. En effet, pour le philosophe Kant, le bonheur est un idéal de l’imagination et non de la raison et celui-ci ne peut être défini de manière précise. Selon le philosophe de la Métaphysique des Mœurs, c’est sur le devoir qu’il convient de fonder la morale. On doit se rendre digne du bonheur, en subordonnant sa quête au respect des lois morales dictées par la raison.

Dans cet extrait de la Métaphysique des Mœurs, Kant analyse trois points importants chez l’homme, le penchant, la raison et la liberté. Tout d’abord, le penchant aspire au bonheur ; le bonheur étant la satisfaction complète de nos besoins et de nos désirs, qui relèvent de notre affectivité et de notre appartenance au monde sensible. Ensuite la raison, limite et contient ce penchant en nous faisant valoir que le bonheur n’est pas une fin par lui-même, mais que notre fin est d’être dignes du bonheur en faisant notre devoir, qui est notre fin véritable. Enfin la liberté consiste dans la possibilité d’accepter ou de refuser cette limitation du penchant.

Finalement pour Kant, la raison nous enseigne exactement et immédiatement comment nous rendre dignes du bonheur. En effet, les lois morales, les impératifs catégoriques qui forment ce devoir dont l’accomplissement  seul nous rend dignes du bonheur, nous sont dictées par la raison et elle seule, indépendamment de toute expérience. Si l’on prend par exemple le mensonge, nous n’avons pas besoin d’en avoir fait l’expérience pour savoir qu’en soi le mensonge est blâmable, avilissant, que notre devoir est de ne pas mentir.

2°) Pour aller plus loin…

a)       faire des recherches sur la doctrine stoïcienne et en particulier sur le philosophe Epictète ;

b)       comparer le stoïcisme et l’épicurisme ;

c)       étudier le texte proposé ci-dessous extrait du Manuel d’Epictète, dans lequel l’auteur énonce le principe de la sagesse qui consiste à proposer une certaine attitude face aux évènements et aux choses, à tout ce qui arrive, attitude qui soit en mesure de neutraliser et d’annuler tous les effets négatifs, tristesse, désespoir, emportement, colère…, qu’ils peuvent causer à notre âme, principe de la sagesse propre à nous fournir la clef de la liberté et du bonheur philosophique.

Texte 3 Epictète, Manuel

Epictète

Epictète

« 1. Il y a des choses qui dépendent de nous et d’autres qui ne dépendent pas de nous. Ce qui dépend de nous, c’est la croyance, la tendance, le désir, le refus, bref tout ce sur quoi nous pouvons avoir une action. Ce qui ne dépend pas de nous, c’est la santé, la richesse, l’opinion des autres, les honneurs, bref tout ce qui ne vient pas de notre action.

2. Ce qui dépend de nous est, par sa nature même, soumis à notre libre volonté ; nul ne peut nous empêcher de le faire, ni nous entraver dans notre action. Ce qui ne dépend pas de nous est sans force propre, esclave d’autrui ; une volonté étrangère peut nous en priver.

3. Souviens-toi donc de ceci : si tu crois soumis à ta volonté ce qui est par nature, esclave d’autrui, si tu crois que dépende de toi ce qui dépend d’un autre, tu te sentiras entravé, tu gémiras, tu auras l’âme inquiète, tu t’en prendras aux dieux et aux hommes. Mais si tu penses que seul dépend de toi ce qui dépend de toi, que dépend d’autrui ce qui réellement dépend d’autrui, tu ne te sentiras jamais contraint à agir, jamais entravé dans ton action, tu t’en prendras à personne, tu n’accuseras personne, tu ne feras aucun acte qui ne soit volontaire ; nul ne pourra te léser nul ne sera ton ennemi, car aucun malheur ne pourra t’atteindre. »

Epictète, Manuel

3°) A partir de l’étude de texte de Bergson,

Extrait de l’Energie spirituelle, qui affirme que la finalité de l’existence réside dans le fait de créer, compléter la réflexion sur la question du sens de l’existence.

Voir le texte de Bergson

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Term. STI Etude de texte de KANT

Posted by Hervé Moine sur 1 février 2009

Term STI : pour le 17 février 2009

Emmanuel Kant

Emmanuel Kant

Texte

« On pose la question de savoir si l’homme est par nature moralement bon ou mauvais. Il n’est ni l’un ni l’autre, car l’homme par nature n’est pas du tout un être moral , il ne devient un être moral que lorsque sa raison s’élève jusqu’aux concepts du devoir et de la loi. On peut cependant dire qu’il contient en lui-même à l’origine des impulsions menant à tous les vices, car il possède des penchants et des instincts qui le poussent d’un côté, bien que la raison le pousse du côté opposé. Il ne peut donc devenir moralement bon que par la vertu, c’est-à-dire en exerçant une contrainte sur lui-même, bien qu’il puisse être innocent s’il est sans passion. La plupart des vices naissent de ce que l’état de culture fait violence sur la nature et cependant notre destination en tant qu’hommes est de sortir du pur état de nature où nous ne sommes que des animaux. »

Emmanuel Kant

Questions

1. Dégager l’idée principale et les étapes de son argumentation.

2. Expliquer ce qui signifie :

a. « l’homme par nature n’est pas du tout un être moral »;

b. « il possède des penchants et des instincts qui le poussent d’un côté, bien que la raison le pousse du côté opposé »;

c. « l’état de culture fait violence à la nature »;

d. « innocent » dans le contexte

3. Etre moral, est-ce contrarier ou suivre la nature?

Rappel des consignes :

  • La première question consiste à décrire le texte et à montrer dans le détail comme le texte est construit, quelles sont ses articulations. Y répondre c’est formuler la thèse de l’auteur, comme réponse à un problème philosophique.

  • La deuxième question demande que l’on entre dans le détail du texte. Il s’aagit ici d’une véritable analyse des idées de l’auteur. Attention au piège de la paraphrase.

  • La dernière question doit faire l’objet d’une réflexion à partir de la connaissance du texte préalablement étudié. Il convient de procéder à une véritable dissertation philosophique.

  • Barème : questions 1 et 2 : x/20 & question 3 : x/20

Vous pouvez utiliser la fonction commentaire pour entamer un dialogue sur cette étude proposée.

Hervé Moine

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