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Posts Tagged ‘matérialisme’

Hermann Cohen, l’idéalisme critique aux prises avec le matérialisme

Posted by Hervé Moine sur 17 mars 2011

Revue de Métaphysique et de Morale

Janvier 2011

Hermann Cohen

L’idéalisme critique aux prises avec le matérialisme

PUF

Au sommaire du numéro

« Hermann Cohen, L’idéalisme critique aux prises avec le matérialisme »

Numéro dirigé par Myriam Bienenstock

Les articles :

Myriam Bienenstock, Présentation

Helmut Holzhey, Idéalisme et matérialisme. Hermann Cohen, sur Friedrich Albert Lange

Pierfrancesco Fiorato, La fiction d’un équilibre labile : à propos de la méthode d’« idéalisme juridique » défendue par Hermann Cohen

Myriam Bienenstock, Hermann Cohen et le panthéisme. Sens et usages du terme dans sa réception de Spinoza

Norbert Waszek, Un sujet de dissension entre Cohen et Rosenzweig : Heinrich Heine

Marc Bonnemaison, Sur la réception en France de l’Histoire du matérialisme, par Friedrich Albert Lange

Bulletin de philosophie antique

Bulletin de philosophie morale et politique

Pour se procurer la Revue de métaphysique et de morale 2011 – N° 1 consacrée à Hermann Cohen

Hermann Cohen 1942 - 1918

Hermann Cohen spécialiste de la théorie kantienne

Hermann Cohen né en 1842 Coswig en Anhalt et mort à Berlin en 1918 fut un des grands philosophes allemands de la fin du 19ème siècle et début 20ème. Il enseigna à l’Université de Marburg entre 1875 et 1912 puis à « l’académie des sciences du judaïsme » (Lehranstalt für die Wissenschaft des Judentums) à Berlin de 1913 à 1918. Ayant été un des principaux représentants du néo-kantisme ainsi que d’une tradition philosophique des « sciences du judaïsme », il contribua éminemment à l’élaboration d’une orientation théorique et éthique de la civilisation à l’âge de la technique et des sciences.

Depuis la première édition de son ouvrage Kants Theorie der Erfahrung (1871) (La théorie kantienne de l’expérience traduction française aux éditions du Cerf) qui le rendit célèbre, Cohen comprit l’interprétation et l’adaptation et de l’héritage kantien non seulement comme une entreprise historique et philologique, mais aussi comme une réflexion critique des défis culturels de son temps. Cette attitude marqua également son œuvre System der Philosophie, dont il présenta trois des quatre parties prévues au début du 20ème siècle (1902-1912). Grâce à son père, il disposa dès son enfance d’une grande familiarité avec la tradition juive, une familiarité qui fut encore approfondie par à ses études au « séminaire juif de théologie » de Breslau. Sur la base de ces connaissances, il exposa dans ses écrits sa vision d’une religion rationnelle à partir des sources du judaïsme, vision d’un monothéisme humaniste sans compromis, excluant catégoriquement tout fondamentalisme.

Ni le courant philosophique de son temps – allant longtemps à l’envers de l’œuvre de Cohen – ni le national-socialisme ne purent empêcher l’influence durable de sa pensée. Très tôt, des penseurs aussi divergents comme Schmuel Hugo Bergman, Ernst Cassirer, Jacob Gordin, Nicolai Hartmann, Heinz Heimsoeth, Jacob Klatzkin, David Neumark, Franz Rosenzweig, Josef D. Soloveitchik, Max Wiener et d’autres développèrent leurs positions dans une large mesure en confrontation critique avec Hermann Cohen. Ainsi, ils devinrent des sources d’inspiration influentes des générations suivantes à la fois en Europe, en Israël ou aux Etats-Unis.

D’après hermann-cohen-gesellschaft.org/ site de la fondation des «archives Hermann Cohen», initiée en 1969 par Helmut Holzhey, spécialiste de la philosophie de Cohen et l’un des rédacteurs de la revue.

Hermann Cohen

La théorie kantienne de l’expérience

Cerf

« La Théorie kantienne de l’expérience », publiée pour la première fois en 1871, est le premier livre de Hermann Cohen. L’auteur ne cessera d’approfondir ses analyses, puisqu’il fait paraître une troisième édition – celle traduite ici – l’année de sa mort, en 1918. Il s’agit de l’acte de naissance du néokantisme de l’école de Marbourg, fondé par Cohen et auquel appartiennent aussi Ernst Cassirer et Paul Natorp.

Ce commentaire de la « Critique de la raison pure » a profondément bouleversé les études kantiennes à la fin du XIXème. Cohen s’y oppose à la lecture traditionnelle de la « Critique », qui réduit l’ « a priori » kantien à l’inné en l’assimilant à des cadres subjectifs au travers desquels le sujet connaissant appréhenderait le monde extérieur.

Cohen introduit une exigence philologique qui manquait jusque-là aux interprétations de la « Critique », en suivant de près le texte de Kant et en s’attachant à donner un sens à toutes les ambiguïtés du discours kantien (d’où l’attention aux moindres différences dans les formulations entre la première édition de la « Critique » et la deuxième).

L’hypothèse de lecture qu’il propose permet d’instaurer une interprétation radicalement novatrice qui non seulement est confirmée dans sa mise à l’épreuve à l’aune du texte kantien, mais possède une force conceptuelle incontestable, c’est-à-dire un intérêt et une fécondité pour nous permettre de poser, aujourd’hui, le problème de la connaissance.

Ce n’est pas seulement la compréhension de Kant qui est en jeu dans ce livre que Cohen n’a cessé de revoir toute sa vie, mais le dépassement de Kant au moyen de la méthode rigoureuse qu’il a su mettre en place – dépassement que, pour sa part, Cohen a effectué en écrivant son propre « système de philosophie », dans lequel la « Logique de la connaissance pure » achève ce que la « Critique de la raison pure » avait initié. Éric Dufour – Julien Servois

Pour se procurer l’ouvrage de Hermann Cohen La théorie kantienne de l’expérience

Myriam Bienenstock

Cohen face à Rosenzweig

Débat sur la pensée allemande

Vrin 2009

Présentation de l’éditeur

Surtout perçus aujourd’hui comme de grands penseurs juifs, Hermann Cohen (1842-1918) et Franz Rosenzweig (1886-1929) avaient aussi été des spécialistes de tout premier plan de la pensée idéaliste allemande : Cohen fut l’un des fondateurs de l’école néokantienne de Marbourg, Rosenzweig écrivit sur Hegel et l’Etat un ouvrage de référence, qui n’a rien perdu de son actualité. Intimement familiers du monde culturel dans lequel s’était formée la philosophie idéaliste allemande, ces connaisseurs nous donnent des clés d’accès à un héritage impressionnant, qui court le risque de se perdre si on le prive de leur médiation.

Ce livre est consacré à un examen des démarches et stratégies dont usèrent Hermann Cohen et Franz Rosenzweig pour appréhender la pensée des grands philosophes de l’idéalisme allemand et pour s’approprier leurs idées. Il examine la pertinence de leurs interprétations – plus particulièrement en esthétique, ou encore en éthique – et l’impact de leurs thèses sur leurs contemporains et successeurs. Il montre que Cohen et Rosenzweig différèrent : ils furent en désaccord non pas seulement dans leur interprétation de la pensée allemande moderne, ou en histoire et en politique, mais dans beaucoup d’autres domaines encore, sur des principes de fond – et pour ce qui concerne la religion, sur le judaïsme. C’est aussi leur différend, c’est le débat entre leurs conceptions que ce livre entend présenter, dans toute son intensité et ses conséquences.

L’auteur

Myriam Bienenstock, Professeur à l’Université François Rabelais de Tour, Présidente de la Société internationale Franz Rosenzweig et membre du bureau de la Société Hermann Cohen, s’est consacrée à l’étude de la philosophie allemande moderne, plus particulièrement celle de Hegel, et de la pensée juive moderne.

Pour se procurer l’ouvrage de Myriam Bienenstock Cohen face à Rosenzweig. Débat sur la pensée allemande

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Des pourceaux quittent le Jardin pour la Pléiade, les épicuriens dans la cour des grands

Posted by Hervé Moine sur 26 février 2011

Vous prononcez le mot « épicurien », et aussitôt un mur de clichés et de préjugés s’interpose. Par définition, un « épicurien » est un individu sensuel grossier, une sorte de notable bourgeois de province qui ne pense qu’à manger, boire et baiser. Ce matérialiste borné est incapable de voir plus loin que son propre corps. Il faut croire que la philosophie d’Épicure (IIIe siècle avant notre ère) a fait, et fait encore, l’effet d’une bombe atomique dont il faut à tout prix se protéger. Un penseur profond dans un « Jardin » ? Quelqu’un qui vous dévoile, en toute sérénité, la nature des choses ? Qui accepte près de lui n’importe qui sans tenir compte de ses origines sociales ? Qui va même jusqu’à s’entourer de femmes ? Horreur. Lisez, et vous comprendrez pourquoi tous les systèmes de pensée tant vénérés, comme tous les pouvoirs, ont de sérieuses raisons de discréditer cette vision prophétique. Épicure, Lucrèce, deux noms qu’il vaut mieux éviter.

Philippe Sollers, Le Nouvel Observateur n°2398 du 21 octobre 2010 (voir ci-dessous)

Les Epicuriens

Bibliothèque de la Pléiade Gallimard nrf

Edition publiée sous la direction de Daniel Delattre et de Jackie Pigeaud

Présentation de l’éditeur

Débauché, flagorneur, pilleur des théories d’autres écoles, « diseur d’obscénités » pour Épictète, « pourceau » pour d’autres, Épicure a suscité des débats acharnés, c’est le moins que l’on puisse dire. Appel à la libération individuelle vis-à-vis des craintes et des illusions, mise en cause des institutions qui diffusent la superstition, sa philosophie était peut-être trop novatrice. Son projet : supprimer la douleur, et nous combler de joie ; son but : rechercher le bien-être, en d’autres termes la paix de l’âme. Un tel programme ne pouvait laisser indifférent.

La philosophie d’Épicure passa à la postérité grâce au De rerum natura de Lucrèce — un des plus grands poèmes de la langue latine—, et à la Vie d’Épicure de Diogène Laërce qui retranscrit les Abrégés philosophiques du maître (ses Lettres à Hérodote, Pythoclès et Idoménée) et ses Maximes capitales. Il aura fallu une circonstance improbable pour que les écrits des épicuriens de l’Antiquité nous parviennent : la découverte à Herculanum de la bibliothèque philosophique, unique en son genre, de Philodème de Gadara, disciple d’Épicure, conservée par la lave de l’irruption du Vésuve en 79. Outre les écrits de Philodème, ardent défenseur de la cause épicurienne auprès des nobles romains, cette bibliothèque renfermait plusieurs exemplaires de la somme du fondateur du Jardin : La Nature, ainsi que de nombreux écrits de ses disciples.

Ce volume s’ouvre sur l’indispensable témoignage de Diogène Laërce, puis il offre, pour la première fois en français, une traduction aussi complète que possible des fragments retrouvés de La Nature d’Épicure. Suivent les recueils de témoignages et de fragments relatifs aux disciples de la première génération (Métrodore, Hermarque, Idoménée, Polyène), dans une présentation identique à celle du volume que la Pléiade a consacré aux Présocratiques. Des disciples du Jardin qui fleurirent au tournant des IIe-Ier siècles avant notre ère, on donne les quelques textes, de Zénon de Sidon, de Démétrios Lacon et de Philodème, qui nous sont parvenus, sans oublier, bien sûr, le poème de Lucrèce, ici publié dans une nouvelle traduction. En contrepoint s’impose le témoignage de Cicéron, un des principaux détracteurs de l’épicurisme. Enfin, on s’attache à l’épicurisme des Ier-IIIe siècles, connu surtout à travers des témoignages (Plutarque, Sénèque, Galien) : peu de textes épicuriens de cette époque ont été retrouvés. Mais la polémique autour des doctrines du Jardin reste vive. Le volume se clôt sur Diogène d’Œnoanda qui voulut donner à lire aux habitants de sa cité — tous les jours et pendant des siècles — les préceptes épicuriens en les gravant sur un mur. Ainsi nous est restituée la philosophie épicurienne, avec laquelle s’est constituée toute une dimension de la modernité.

Pour se procurer le volume « Les Epicuriens » dans la Bibliothèque de la Pléiade

Les Epicuriens : traduction francaise en Pléiade

http://www.zetesis.fr/spip.php?article468

Le volume propose un regroupement de textes antiques, grecs et latins, couvrant l’espace de quelque sept siècles. Il s’ouvre sur le témoignage de Diogène Laërce et les abrégés et maximes d’Epicure qu’il a transmis ; puis il offre, pour la première fois en français, une traduction des fragments de La Nature d’Épicure retrouvés, à Herculanum, dans la bibliothèque de la Villa des papyrus.

Les recueils de témoignages et de fragments relatifs aux disciples de la première génération (Métrodore, Hermarque…) sont ensuite donnés, dans une présentation semblable à celle du volume de la Pléiade consacré aux Présocratiques. Suit un écrit peu banal de Polystrate, inédit en français. Des disciples du Jardin de la fin du IIe et du Ier siècles avant notre ère, on découvrira les témoignages et fragments de Zénon de Sidon, la traduction de quelques textes qui nous sont parvenus de Démétrios Lacon, un choix important de fins de rouleaux, parmi les mieux conservées, de Philodème de Gadara, pour la première fois accessibles en français, et le magnifique poème de Lucrèce, dans une nouvelle traduction. A quoi s’ajoute le témoignage incontournable de Cicéron, critique particulièrement bien informé de l’épicurisme.

L’épicurisme des Ier-IIIe s. de notre ère est ensuite présenté à travers le témoignage de Plutarque dont trois traités sont ici traduits en entier, puis un choix de lettres de Sénèque et de passages de Cléomède, Galien et Sextus Empiricus. Le volume se clôt par l’inscription monumentale que Diogène d’Œnoanda avait fait graver pour donner à lire aux habitants de sa cité lydienne les préceptes du Maître et d’autres textes épicuriens – dont une grande partie, encore enterrée, reste à découvrir.

Une Introduction générale à l’épicurisme, des Repères chronologiques, une carte des sites antiques et un Vocabulaire de l’épicurisme complètent avantageusement l’ensemble des textes traduits.

Édition sous la direction de Jackie Pigeaud avec la collaboration de Agathe Antoni, Clara Auvray-Assayas, Jacques Boulogne, Jacques Brunschwig, Christophe Darras, Daniel Delattre, Joelle Delattre-Biencourt, Tiziano Dorandi, Julie Giovacchini, José Kany-Turpin, Carlos Levy, Annick Monet, Pierre-Marie Morel, Robert Muller, Laurent Pernot, Jean-Louis Poirier, David N. Sedley, Voula Tsouna Traducteur : un collectif de traducteurs

Edition paru le 21 Octobre 2010, dans la Bibliothèque de la Pléiade, n° 564, 1552 pages , rel. Peau, 105 x 170 mm

Pour se procurer le volume « Les Epicuriens » dans la Bibliothèque de la Pléiade

On trouvera dans ce volume

  • Diogène Laërce : Vies et doctrines des philosophes illustres, X ;
  • Épicure : La Nature – [Sur la piété et le culte populaire] ;
  • Métrodore ;
  • Hermarque ;
  • Idoménée ;
  • Polyène ;
  • Polystrate : Le Mépris irraisonné des opinions répandues dans la multitude ;
  • Zénon de Sidon ;
  • Démétrios Lacon : Difficultés rencontrées dans la lecture des textes épicuriens – La Forme du dieu – Les Poèmes ;
  • Lucrèce : La Nature des choses ;
  • Philodème : Les [Phénomènes] et les Inférences – [Les Choix et les Rejets] – La Colère – [L’Économie] (Les Vices, IX) – [L’Arrogance] (Les Vices, X) – La Mort, IV – La Rhétorique, III – Les Poèmes, V – La Musique, IV – Les Stoïciens – À l’adresse des … ;
  • Cicéron : La Nature des dieux, I – Les Fins ultimes des biens et des maux, I et II ;
  • Sénèque : Lettres à Lucilius (choix) ;
  • Plutarque : Contre Colotès pour défendre les autres philosophes – Si l’on se conforme à Épicure, il n’est même pas possible de vivre plaisamment – Si l’expression «Vis caché» est bien dite ;
  • Cléomède : Théorie élémentaire du monde céleste, II ; Claude Galien : [Passages choisis] ;
  • Sextus Empiricus : Contre les philosophes (passages choisis) – Contre les professeurs (passages choisis) ;
  • Diogène d’Œnoanda

Ci dessous deux articles à propos de la sortie des épicuriens dans la Pléiade, celui de Philippe Sollers et de Georges Leroux…

Scandaleux Épicure

Article de Philippe Sollers paru dans le Nouvel Observateur, le 21 octobre 2010

http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20101027.BIB5861/scandaleux-epicure-par-philippe-sollers.html

Vous prononcez le mot « épicurien », et aussitôt un mur de clichés et de préjugés s’interpose. Par définition, un « épicurien » est un individu sensuel grossier, une sorte de notable bourgeois de province qui ne pense qu’à manger, boire et baiser. Ce matérialiste borné est incapable de voir plus loin que son propre corps. Il faut croire que la philosophie d’Épicure (IIIe siècle avant notre ère) a fait, et fait encore, l’effet d’une bombe atomique dont il faut à tout prix se protéger. Un penseur profond dans un « Jardin » ? Quelqu’un qui vous dévoile, en toute sérénité, la nature des choses ? Qui accepte près de lui n’importe qui sans tenir compte de ses origines sociales ? Qui va même jusqu’à s’entourer de femmes ? Horreur. Lisez, et vous comprendrez pourquoi tous les systèmes de pensée tant vénérés, comme tous les pouvoirs, ont de sérieuses raisons de discréditer cette vision prophétique. Épicure, Lucrèce, deux noms qu’il vaut mieux éviter.

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Epicure DR Nouvel Obs

Personne n’a été plus injurié et censuré qu’Épicure (mais Platon brûlait déjà les livres de Démocrite, son prédécesseur). Ces atomes qui tombent éternellement dans le vide sont abominables. Pire : un petit saut de côté sans cause (le « clinamen »), et voilà l’origine de tout ce qui existe, vous compris. Pas de Dieu créateur, donc, pas de Big-Bang Father, pas de Jugement dernier, aucun au-delà. Nihilisme? Pas du tout, glorification de la vie et de la sensation, négation de la mort, apologie du plaisir. Penser et sentir sont une même substance, ce qui explique d’ailleurs que ceux qui ne sentent pas grand-chose pensent peu. Athéisme ? Mais non, il y a bel et bien des dieux, mais ils vivent, indestructibles et bienheureux, dans des « intermondes ». Ils ne s’occupent pas des humains, mais les mortels peuvent arriver, par la pensée, jusqu’à eux. Cet Épicure se prend donc pour un dieu? Il va jusqu’à soutenir cette fanfaronnade, cette insupportable rodomontade? Écoutez-le, il va décidément très mal : « Souviens-toi que, tout en ayant une nature mortelle et disposant d’un temps limité, tu t’es élevé, grâce aux raisonnements sur la nature, jusqu’à l’illimité et l’éternité, et que tu as observé ce qui est, ce qui sera et ce qui a été. »

Ici, les philosophes se déchaînent: Épicure (dont nous ne connaissons l’œuvre qu’en partie) est scandaleux, ignare, débauché, voleur, menteur, immoral, bâfreur, dépensier, plagiaire, habitué des prostituées, mégalomane. Le christianisme ira jusqu’à le traiter de porc, ce qui est tout à son honneur. « Les pourceaux d’Épicure » reste une formule célèbre. Diogène Laërce, dans ses Vies et doctrines des philosophes illustres, grâce à qui nous lisons ce grand dérangeur, rapporte ces insultes, et conclut sobrement : « Voilà ce que des écrivains ont osé dire d’Épicure, mais tous ces gens-là sont des fous. »

Les fous, apparemment normaux mais totalitaires en puissance, veulent que nous soyons soumis à la peur de la mort. Or : « Habitue-toi à penser que la mort n’est rien pour nous, puisque le bien et le mal n’existent que dans la sensation. D’où il suit qu’une connaissance exacte de ce fait que la mort n’est rien pour nous nous permet de jouir de cette vie mortelle, en évitant d’y ajouter une idée de durée éternelle et en nous enlevant le regret de l’immortalité. Car il n’y a rien de redoutable dans la vie pour qui a compris qu’il n’y a rien de redoutable dans le fait de ne plus vivre. Celui qui déclare craindre la mort non pas parce qu’une fois venue elle est redoutable, mais parce qu’il est redoutable de l’attendre est donc un sot. » Plus net : « La nécessité est un mal, mais il n’y a aucune nécessité de vivre avec la nécessité. »

La grande chance d’Épicure est d’avoir suscité un poète de génie : Lucrèce, et son De natura rerum. Là encore, que d’histoires ! Saint Jérôme nous assure qu’il est devenu fou sous l’effet d’un philtre d’amour, et qu’il s’est suicidé à l’âge de 43 ans. C’était fatal : Lucrèce fait d’Épicure le vainqueur de la religion, cette surveillance du haut du ciel, cette fausse tête « horrible » qui ne peut qu’entraîner des crimes. Il dédie ses vers à Vénus, « plaisir des hommes et des dieux ». Son charme agit partout, dans les fleurs, le rire de la mer, les oiseaux, la musique, « les semences innombrables dans l’univers profond». Épicure a, le premier, brisé les verrous serrés des portes de la nature, et « a parcouru le tout immense par l’âme et par l’esprit ». C’est donc le libérateur par excellence, un vrai dieu, incompatible avec une petite monnaie « hédoniste ». Lucrèce dit et redit son enthousiasme, tout en déroulant les lois qui règlent tous les phénomènes, des astres à l’ouïe ou à la vue. Il finira, sans trembler, par décrire la peste d’Athènes, les ravages de la maladie, l’amoncellement public des cadavres : «Alors la religion des dieux et leur puissance n’étaient pas d’un grand poids. Car la douleur présente dépassait tout. » La connaissance du plaisir n’est rien s’il n’y a pas, aussi, une connaissance de la douleur. Mais voici le quadruple remède : rien à craindre de la divinité, rien à redouter de la mort, on peut atteindre le bonheur, on peut supporter la douleur. Si la douleur est trop vive, la mort y met fin, et, de toute façon, la porte du suicide est ouverte.

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Lucrèce DR Nouvel Obs

Lucrèce a des accents inouïs, sa certitude est entière (on retrouve cette même fièvre chez Dante ou Lautréamont) : « Je marche là où personne n’a jamais marché, joie d’approcher aux sources inviolées, joie de cueillir des fleurs neuves pour en faire ma couronne. » Épicure a fait jaillir la lumière des ténèbres, c’est le découvreur du monde, ses écrits sont «des paroles d’or», grâce à elles, les terreurs de l’âme s’enfuient. « Je vois à travers le vide tout entier s’accomplir les choses. »La puissance des dieux apparaît dans les forces du temps immense, apparaissent aussi les «séjours de paix». Cette grande paix de la vraie pensée, au milieu des tourbillons et dans l’oeil des cyclones, est finalement un mystère éprouvé.

Malgré la censure, Épicure et Lucrèce ont pénétré dans l’Histoire. On les retrouve, plus ou moins sous le manteau, à la Renaissance. Il suffit ensuite de citer les noms de Montaigne, de Molière (qui aurait traduit le De natura), de Sade et, logique, du jeune Marx. Épicure aujourd’hui, sur une planète envahie par le contrôle constant des simulacres ? On peut penser qu’il serait un spectateur impassible devant ce déluge d’images et qu’il ferait même un pacte faustien méprisant, en connaissance de cause, avec l’illusion. Par-delà le bien et le mal, donc, comme Nietzsche, grand admirateur d’Épicure. Qu’est-ce que Généalogie de la morale sinon un acte suprême d’affranchissement ? Le Spectacle n’est rien, il n’y a pas lieu de s’en indigner le moins du monde. Restons maintenant avec La Fontaine, dans ce fervent hommage à Épicure : « Volupté, volupté, qui fut jadis maîtresse / Du plus bel esprit de la Grèce, / Ne me dédaigne pas, viens-t’en loger chez moi, / Tu n’y seras pas sans emploi. »

Philippe Sollers, Le Nouvel Observateur n°2398 du 21 octobre 2010

Site de Philippe Sollers : http://www.philippesollers.net/

Philosophie – «Tel un dieu parmi les hommes…»

Les épicuriens entrent dans la Bibliothèque de la Pléiade

Article de Georges Leroux paru dans le Devoir, le 26 février 2011

http://www.ledevoir.com/culture/livres/317620/philosophie-tel-un-dieu-parmi-les-hommes

La collection de la Pléiade répare aujourd’hui une injustice : les écrits des philosophes stoïciens y figurent depuis 1962, dans une édition dirigée par Pierre-Maxime Schuhl, à côté des présocratiques, dans la belle édition de Jean-Paul Dumont et des dialogues de Platon dans la traduction de Léon Robin, mais ni Aristote ni Plotin n’y sont encore. On peut donc se réjouir d’y trouver maintenant les épicuriens.

À ceux qui seraient tentés de croire que les textes de cette école se réduisent à quelques lettres et maximes, cette édition apporte un superbe démenti: les responsables de la publication, Daniel Delattre et Jackie Pigeaud, n’ont ménagé aucun effort pour tout rassembler, retraduire, présenter, annoter, et tout semble frais comme au premier jour.

Le résultat impressionne, qu’on en juge: les écrits doxographiques côtoient les textes transmis directement, de sorte qu’on peut lire aussi bien le livre X des Vies et doctrines de Diogène Laërce, à qui on doit d’avoir les trois lettres (à Hérodote, à Pythoclès, à Ménécée), et les Maximes capitales que les Sentences vaticanes, un recueil découvert à l’époque moderne dans un manuscrit du Vatican.

La grande nouveauté de cette édition est l’assemblage des textes anciens, comme ce fragment de son traité De la nature sur la piété ou les fragments doxographiques de Métrodore ou Hermarque. Ce premier morceau, joliment intitulé par les éditeurs «Le jardin d’Épicure», est suivi par un important recueil de textes du moyen épicurisme, une tradition qui va du second au premier siècle avant Jésus-Christ. La pièce de résistance est ici le poème de Lucrèce La nature des choses (De natura rerum), dans une magnifique traduction de Jackie Pigeaud: hommage au maître aimé, mais surtout hymne lyrique au cosmos, ce texte retrouve ici son rythme somptueux et presque une jeunesse oubliée. Il est suivi par le corpus de Philodème, cher aux logiciens: on y trouve tout, des fragments sur la mort et les poèmes au traité sur la musique.

Tradition romaine

Est-ce vraiment tout ? Non, les éditeurs ont étendu leur générosité à la tradition romaine, incluant une riche section sur le dernier épicurisme, celui que nous font connaître Plutarque, Galien, Sextus Empiricus. Chacun à sa manière, dans le pour et le contre, témoigne de la vitalité de l’école du Jardin.

Mais cela ne saurait être complet sans ce chef-d’oeuvre inusité que sont les fragments de Diogène d’Oenanda, présentés et traduits ici par Pierre-Marie Morel. Ce qu’on sait de ce disciple tardif ne nous permet pas vraiment de l’identifier, mais la vénération du maître dont il témoigne montre que, jusque tard dans l’Empire, la réputation d’Épicure demeurait sans tache. Chose stupéfiante, Diogène d’Oenanda fit graver sur un mur de près de quatre mètres de haut l’ensemble de ses lectures et de son interprétation. Hélas détruit dès l’Antiquité, ce mur ne saurait être reconstitué avec précision, mais environ le quart des inscriptions a pu être restauré par une équipe de l’École française d’Athènes! Un exploit sans précédent, encore inachevé puisqu’on ne cesse de retrouver des morceaux.

Les modernes ont lié le nom d’Épicure à la recherche de la jouissance, mais rien n’est moins épicurien que les délices qu’on imagine sous ce nom. Le maître avait certes présenté une doctrine des plaisirs, mais d’abord pour disqualifier ceux qui sont vains et inutiles et proposer ensuite une sagesse fondée sur un idéal de sérénité et de détachement. Sa physique met en question les fondements matériels de la liberté, qu’Épicure souhaitait protéger, et elle débouche sur une éthique d’une extraordinaire rigueur.

Au coeur de cet édifice complexe, on trouve une doctrine de l’amitié et de la communauté morale qui n’a pas d’équivalent dans la tradition philosophique: adopter le mode de vie philosophique, c’était non seulement se consacrer à la méditation sur les lois universelles de la nature, comme Lucrèce ne cesse de le rappeler, mais inscrire sa vie dans un réseau de soutien et d’amour (comment traduire autrement cet idéal de la philia?). C’est ce lien, de tous le plus précieux, qui rend possible pour le philosophe une communion avec la nature: «L’amitié danse autour du monde, nous ordonnant à tous, comme un héraut, de nous éveiller à ce qui constitue la béatitude» (Sentences vaticanes, 52).

Le matérialisme d’Épicure a fait le sujet de la thèse de doctorat de Marx, qui avait entrepris de le comparer à celui de Démocrite : qu’on soit le partisan de l’un ou de l’autre, l’important demeure dans la pensée épicurienne la priorité de la contemplation de l’univers matériel, seule source de la sérénité. Cicéron, qu’on retrouvera également ici, ne savait trop comment juger les dieux d’Épicure, ces êtres lointains, matériels et indifférents, mais il avait reconnu la force de cette théologie qui désamorçait la crainte et invitait d’abord à la piété. Tout cela, on le lira dans ce volume admirable, qui une fois encore nous fait saluer le travail des équipes de savants réunies par la collection.

Pour se procurer le volume « Les Epicuriens » dans la Bibliothèque de la Pléiade

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Dieu et la science ou Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

Posted by Hervé Moine sur 23 février 2011

Stephen Hawking

et Leonard Mlodinow

Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

Odile Jacob

 

Présentation de l’éditeur

Pourquoi et comment l’Univers a-t-il commencé ? Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Quelle est la nature de la réalité ? Comment expliquer que les lois naturelles soient aussi finement ajustées ? Et nous, pourquoi donc existons-nous ?

Longtemps réservées aux philosophes et aux théologiens, ces interrogations relèvent désormais aussi de la science. C’est ce que montrent ici avec brio et simplicité Stephen Hawking et Leonard Mlodinow, s’appuyant sur les découvertes et les théories les plus récentes, qui ébranlent nos croyances les plus anciennes.

Pour eux, inutile d’imaginer un plan, un dessein, un créateur derrière la nature. La science explique bel et bien à elle seule les mystères de l’Univers.

Des réponses nouvelles aux questions les plus élémentaires : lumineux et provocateur !

Le premier ouvrage important de Stephen Hawking depuis dix ans.

Stephen Hawking a écrit Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ? avec Leonard Mlodinow qui est physicien au California Institute of Technology.

 

Au sommaire de Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

– Le Mystère de l’existence

– Le règne de la loi

– Qu’est-ce que la réalité ?

– Des histoires alternatives

– La théorie du Tout

– Choisissons notre Univers

– Le miracle apparent

– Le grand Dessein

    L’auteur

    Fils du Dr Frank Hawking, un chercheur biologiste, et d’Isobel Hawking, une activiste politique, Stephen Hawking est né le 8 janvier 1942.

    Stephen Hawking est actuellement professeur à l’Université de Cambridge.

    Il est l’auteur d’ « Une brève histoire du temps« , de « Trous noirs et Bébés univers » et de « l’Univers dans une coquille de noix« .

    Les principaux domaines de recherches de Hawking sont la cosmologie et la gravité quantique.

    « À la fin des années 1960, lui et son ami et collègue de Cambridge, Roger Penrose, ont appliqué un nouveau modèle mathématique complexe, qu’ils ont créé à partir de la théorie d’Albert Einstein sur la relativité générale. Cela a conduit Hawking à prouver en 1970 le premier de nombreux théorèmes sur les singularités ; tels les théorèmes capables de fournir un ensemble de conditions suffisantes à l’existence d’une singularité dans l’espace-temps. Ce travail a montré que, loin d’être une curiosité mathématique qui ne figure que dans des cas particuliers, les singularités sont assez génériques dans la relativité générale. » source wikipedia

    Se procurer l’ouvrage de Stephen Hawking et de Leonard Mlodinow Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

     

    Dieu et la science

    Article de Christian Doré à propos de la sortie du livre de Stephen Hawking Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ? paru dans le Figaro le 18 février 2011

    http://www.lefigaro.fr/sciences/2011/02/19/01008-20110219ARTFIG00010-dieu-et-la-science.php

    Y a-t-il un grand architecte dans l’Univers ? Non, répond le célèbre astrophysicien Stephen Hawking dans un livre événement (Odile Jacob) dont Le Figaro Magazine publie des extraits en exclusivité. Une théorie très contestée. Scientifiques, philosophes et croyants lui répondent.

    Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?» La question du philosophe et mathématicien Gottfried Wilhelm Leibniz fera l’actualité dès jeudi prochain avec la sortie en France du dernier livre de l’astrophysicien Stephen Hawking, Y a-t-il un grand architecte dans l’Univers? (Odile Jacob).

    Ce retour sur le devant de la scène d’une interrogation métaphysique remontant au XVIIe siècle peut paraître surprenant. Au-delà d’élever le débat face à nos tracasseries quotidiennes, la fin des soldes ou le casting de la saison 2 de «Masterchef» (TF1), la question s’inscrit dans une tendance qui se fait jour dans la communauté scientifique.

    Stephen Hawking a aujourd’hui une double conviction. Les chercheurs doivent non seulement répondre à la question «Comment l’Univers évolue?» mais aussi à celle-ci: «Pourquoi il y a un Univers?» Il n’est pas le seul à penser ainsi.

    Le pacte qui voulait que les sciences répondent au «comment», laissant les religions régler le problème du «pourquoi», n’aurait plus de raison d’être tant la recherche se frotte aujourd’hui à l’essence même de notre monde. La frontière longtemps respectée est en train de céder en laissant sur le bas-côté les philosophes. Dès le deuxième paragraphe de son introduction, Stephen Hawking leur règle leur compte: «La philosophie est morte, faute d’avoir réussi à suivre les développements de la science moderne, en particulier de la physique»… «Donc… Ça c’est fait!» diraient des ados. Mais le célèbre astrophysicien britannique qui occupe à Cambridge la chaire historique d’Isaac Newton n’en reste pas là. «C’est à la question ultime de la vie, de l’Univers et de Tout, à laquelle nous essaierons de répondre dans cet ouvrage», résume-t-il. On se doutait qu’Hawking n’avait pas pris la plume pour expliciter l’art difficile de trier son linge avant lavage, mais l’entreprise est pour le moins ambitieuse.

    Lors de sa parution dans sa version anglaise (The Grand Design), l’ouvrage a provoqué une levée de boucliers impressionnante. Archevêques anglicans et grand rabbin, évêque catholique ou imam, mais aussi athées intègres lui sont tombés dessus à propos raccourcis. «La physique ne peut pas répondre à elle seule à la question « Pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien »», reprochent certains au cosmologiste cloué par une maladie dégénérative dans un fauteuil roulant depuis ses années universitaires. «Le discours métaphysique vers lequel glisse Hawking n’est pas sérieusement étayé», critiquent d’autres.

    Ses collègues astrophysiciens ne l’épargnent pas non plus. Selon eux, Hawking n’apporte pas de choses nouvelles par rapport à l’un des plus grands succès de la littérature scientifique, Une brève histoire du temps, ouvrage de vulgarisation qu’il a publié en 1989. Voire, il se contredit.

    Il n’empêche, en donnant une réponse intellectuellement séduisante à la création du monde, le livre de Stephen Hawking trouve une résonance toute particulière sur cette éternelle question qui oppose Dieu et les sciences. Selon lui, l’Univers – ou plutôt les Univers – n’ont pas besoin de créateur puisque les lois de la gravitation et celles de la physique quantique fournissent un modèle d’Univers qui se créent eux-mêmes. Cette théorie, appelée M-Théorie, présente tout de même un défaut majeur : elle reste à prouver, ce que reconnaît Stephen Hawking. Autre nuance: elle n’est pas la seule théorie aujourd’hui défendue par les cosmologistes sérieux.

    Dans son Discours sur l’origine de l’Univers (Flammarion), le physicien Etienne Klein rappelle que, à bien les examiner, «les perspectives que nous offre la cosmologie contemporaine sont plus vertigineuses que ce que nous avons imaginé». Il raconte aussi cette anecdote selon laquelle le pape Jean-Paul II, en recevant Stephen Hawking au Vatican, lui aurait déclaré: «Nous sommes bien d’accord, monsieur l’astrophysicien. Ce qu’il y a après le big bang c’est pour vous, et ce qu’il y a avant, c’est pour nous.» C’était sans doute oublier que la curiosité des hommes est sans limite. Dieu n’est dorénavant plus tabou chez les scientifiques, qu’il s’agisse de l’effacer des possibles ou de prouver son existence. Jean Staune est un grand défenseur de ce débat. Ce catholique, professeur et directeur de la collection «Science et religion» des Presses de la Renaissance, a le sens du slogan et affirme que «Dieu revient très fort!» Loin de tuer l’idée d’un dieu, les sciences modernes et les questions qu’elles soulèvent se confrontent de plus en plus à l’hypothèse d’un grand créateur, affirme-t-il. S’il n’adhère pas aux conclusions de Stephen Hawking, il respecte la démarche du savant.

    Les frères Bogdanov, auteurs du best-seller Le Visage de Dieu, surfent aussi sur cette thématique. Le titre de leur ouvrage, inspiré d’un mot de l’astrophysicien George Smoot (prix Nobel) lorsqu’il découvrit les premières images du fond de l’Univers, est explicite. Ces croyants affirment déceler, dans le rayonnement cosmique et le réglage fin de l’Univers, l’existence d’un créateur. Pour son second volet, cette théorie est en partie empruntée à l’astrophysicien américain Trinh Xuan Thuan. Bouddhiste, il défend l’idée d’un principe créateur se manifestant dans les lois physiques de la nature. Cette vision panthéiste est proche de celle de Spinoza ou d’Einstein. «Je crois au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l’ordre harmonieux de ce qui existe, et non en un dieu qui se préoccupe du sort et des actions des êtres humains», écrivait ce dernier en avril 1929 au rabbin Herbert Goldstein de New York.

    Dans les propos, nous voilà bien loin des principes du père du déterminisme scientifique, Laplace. Celui-ci répondit à Napoléon, qui l’interrogeait sur la question de Dieu et de l’Univers: «Sire, je n’ai pas besoin de cette hypothèse.» S’interdisant de s’interdire, des scientifiques du XXIe siècle lui répondent aujourd’hui: une hypothèse plutôt que rien. Stephen Hawking en fait partie.

    Se procurer l’ouvrage de Stephen Hawking et de Leonard Mlodinow Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

    Extraits de Stephen Hawking et de Leonard Mlodinow Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

     

    L’Univers n’a pas besoin de Dieu pour exister

    Extraits choisis par Christophe Doré, article paru dans le Figaro le 18 février 2011

    http://www.lefigaro.fr/sciences/2011/02/19/01008-20110219ARTFIG00001-l-univers-n-a-pas-besoin-de-dieu-pour-exister.php

    Stephen Hawking défend l’idée d’une théorie justifiant une création spontanée de l’Univers.

    Nous ne vivons chacun que pendant un bref laps de temps au cours duquel nous ne visitons qu’une infime partie de l’Univers. Mais la curiosité, qui est le propre de l’homme, nous pousse à sans cesse nous interroger, en quête permanente de réponses. Prisonniers de ce vaste monde tour à tour accueillant ou cruel, les hommes se sont toujours tournés vers les cieux pour poser quantité de questions : comment comprendre le monde dans lequel nous vivons? Comment se comporte l’Univers ? Quelle est la nature de la réalité? D’où venons-nous? L’Univers a-t-il eu besoin d’un créateur? Même si ces questions ne nous taraudent pas en permanence, elles viennent hanter chacun d’entre nous à un moment ou un autre.

    Ces questions sont traditionnellement du ressort de la philosophie. Mais la philosophie est morte, faute d’avoir réussi à suivre les développements de la science moderne, en particulier de la physique. Ce sont les scientifiques qui ont repris le flambeau dans notre quête du savoir. Cet ouvrage a pour but de présenter les réponses que nous suggèrent leurs découvertes récentes et leurs avancées théoriques. L’image qu’elles nous dessinent de l’Univers et de notre place dans ce dernier a radicalement changé ces dix ou vingt dernières années, même si ses premières esquisses remontent à près d’un siècle.

    Dans la conception classique de l’Univers, les objets se déplacent selon une évolution et des trajectoires bien définies si bien que l’on peut, à chaque instant, spécifier avec précision leur position. Même si cette conception suffit pour nos besoins courants, on a découvert, dans les années 1920, que cette image «classique» ne permettait pas de rendre compte des comportements en apparence étranges qu’on pouvait observer à l’échelle atomique ou subatomique. Il était donc nécessaire d’adopter un cadre nouveau: la physique quantique. Les prédictions des théories quantiques se sont révélées remarquablement exactes à ces échelles, tout en permettant de retrouver les anciennes théories classiques à l’échelle du monde macroscopique usuel. Pourtant, les physiques quantique et classique reposent sur des conceptions radicalement différentes de la réalité physique.

    Le libre arbitre

    C’est à Laplace (1749-1827) que l’on attribue le plus souvent la préformulation claire du déterminisme scientifique : si l’on connaît l’état de l’Univers à un instant donné, alors son futur et son passé sont entièrement déterminés par les lois physiques. Cela exclut toute possibilité de miracle ou d’intervention divine. C’est, en fait, le fondement de toute la science moderne et l’un des principes essentiels qui sous-tendent cet ouvrage. Une loi scientifique n’en est pas une si elle vaut seulement en l’absence d’une intervention divine. On rapporte que Napoléon, ayant demandé à Laplace quelle était la place de Dieu dans son schéma du monde, reçut cette réponse: «Sire, je n’ai pas besoin de cette hypothèse.»

    Les hommes vivant dans l’Univers et interagissant avec les autres objets qui s’y trouvent, le déterminisme scientifique doit également s’appliquer à eux. Nombreux sont cependant ceux qui, tout en admettant que le déterminisme scientifique régit les processus physiques, voudraient faire une exception pour le comportement humain en raison de l’existence supposée du libre arbitre. Ainsi Descartes, afin de préserver ce libre arbitre, affirmait-il que l’esprit humain différait du monde physique et n’obéissait pas à ses lois. Selon lui, toute personne était composée de deux ingrédients, un corps et une âme. Tandis que les corps n’étaient rien d’autre que des machines ordinaires, les âmes échappaient, elles, à la loi scientifique. Descartes, féru d’anatomie et de physiologie, tenait un petit organe situé au centre du cerveau, la glande pinéale, pour le siège de l’âme. Selon lui, toutes nos pensées prenaient naissance dans cette glande qui était la source de notre libre arbitre.

    Les hommes possèdent-ils un libre arbitre ? Si c’est le cas, à quel moment est-il apparu dans l’arbre de l’évolution? Les algues vertes ou les bactéries en possèdent-elles ou bien leur comportement est-il automatique, entièrement gouverné par les lois scientifiques ? Ce libre arbitre est-il l’apanage des seuls organismes multicellulaires ou bien des seuls mammifères? On peut croire que le chimpanzé fait preuve de libre arbitre lorsqu’il choisit d’attraper une banane, ou encore le chat quand il lacère votre divan, mais qu’en est-il du ver nématode Caenorhabditis elegans, créature rudimentaire composée de 959 cellules ? (…)

    Bien que nous pensions décider de nos actions, notre connaissance des fondements moléculaires de la biologie nous montre que les processus biologiques sont également gouvernés par les lois de la physique et de la chimie, et qu’ils sont par conséquent aussi déterminés que les orbites des planètes. Des expériences menées récemment en neurosciences viennent nous conforter dans l’idée que c’est bien notre cerveau physique qui détermine nos actions en se conformant aux lois scientifiques connues, et non quelque mystérieuse instance qui serait capable de s’en affranchir. Une étude réalisée sur des patients opérés du cerveau en restant conscients a ainsi pu montrer qu’on peut susciter chez ceux-ci le désir de bouger une main, un bras ou un pied, ou encore celui de remuer les lèvres et de parler. Il est difficile d’imaginer quel peut être notre libre arbitre si notre comportement est déterminé par les lois physiques. Il semble donc que nous ne soyons que des machines biologiques et que notre libre arbitre ne soit qu’une illusion.

    La théorie ultime du Tout

    On peut formuler les théories quantiques de bien des façons, mais celui qui en a donné la description la plus intuitive est sans doute Richard (Dick) Feynman, personnage haut en couleur qui travaillait au California Institute of Technology le jour et jouait du bongo dans une boîte à strip-tease la nuit. D’après lui, un système n’a pas une histoire unique, mais toutes les histoires possibles. Pour tenter de répondre aux questions formulées plus haut, nous expliciterons l’approche de Feynman et nous l’utiliserons afin d’explorer l’idée selon laquelle l’Univers lui-même n’a pas une seule et unique histoire ni même une existence indépendante. Elle peut sembler radicale même pour nombre de physiciens et, de fait, elle va, comme beaucoup de notions courantes aujourd’hui en science, à l’encontre du sens commun. (…)

    On dispose aujourd’hui d’une prétendante au titre de théorie ultime du Tout, si elle existe. Baptisée «M-Théorie», elle peut apporter des réponses à la question de la création. Pour elle, non seulement notre Univers n’est pas unique, mais de nombreux autres ont été créés à partir du néant, sans que leur création ne requière l’intervention d’un être surnaturel ou divin. Ces Univers multiples dérivent de façon naturelle des lois de la physique. Ils représentent une prédiction scientifique. Chaque Univers a de nombreuses histoires possibles et peut occuper un grand nombre d’états différents longtemps après sa création, même aujourd’hui. Cependant, la majorité de ces états ne ressemblent en rien à l’Univers que nous connaissons et ne peuvent contenir de forme de vie. Seule une poignée d’entre eux permettraient à des créatures semblables à nous d’exister. Ainsi, notre simple présence sélectionne dans tout l’éventail de ces Univers seulement ceux qui sont compatibles avec notre existence. Malgré notre taille ridicule et notre insignifiance à l’échelle du cosmos, voilà qui fait de nous en quelque sorte les seigneurs de la création.

    L’origine des temps

    La question de l’origine des temps est en quelque sorte analogue à celle du bord du monde. A l’époque où on pensait que le monde était plat, certains ont dû se demander si la mer tombait en arrivant au bord. L’expérience a permis de répondre à cette question: il était possible de faire le tour du monde sans tomber. La question du bord du monde a en réalité été résolue lorsqu’on a compris que la Terre n’était pas une assiette plate, mais une surface courbée. Le temps, en revanche, nous apparaissait comme une voie de chemin de fer. Si commencement il y avait, il avait bien fallu quelqu’un (autrement dit Dieu) pour lancer les trains. Même après que la relativité générale eut unifié temps et espace en une seule entité appelée espace-temps, le temps continuait de se distinguer de l’espace : soit il avait un commencement, soit il existait depuis toujours. En revanche, dès qu’on incorpore les effets quantiques dans la théorie relativiste, dans certains cas extrêmes la courbure peut être si intense qu’elle amène le temps à se comporter comme une dimension supplémentaire d’espace.

    Dans l’Univers primordial si concentré qu’il était régi à la fois par la relativité générale et la physique quantique coexistaient effectivement quatre dimensions d’espace et aucune de temps. Cela signifie que, lorsque nous parlons de « commencement » de l’Univers, nous éludons habilement un subtil problème: aux premiers instants de l’Univers, le temps tel que nous le connaissons n’existait pas! De fait, nous devons admettre que notre conception familière de l’espace et du temps ne s’applique pas à l’Univers primordial. Cela échappe peut-être à notre entendement ordinaire, mais pas à notre imagination ni à nos mathématiques. Pour autant, si les quatre dimensions se comportent dans cet Univers naissant comme des dimensions d’espace, qu’advient-il du commencement des temps? (…) Lorsqu’on combine relativité générale et physique quantique, la question de ce qu’il y avait avant le commencement de l’Univers perd tout sens. Ce concept consistant à voir les histoires possibles comme des surfaces fermées sans frontière porte le nom de condition sans bord.

    Au cours des siècles, nombreux ont été ceux qui, tel Aristote, ont cru que l’Univers était présent depuis toujours, évitant ainsi d’affronter l’écueil de sa création. D’autres au contraire ont imaginé qu’il avait eu un commencement, utilisant cet argument pour prouver l’existence de Dieu. Comprendre que le temps se comporte comme l’espace permet de proposer une version alternative. Celle-ci, écartant l’objection éculée qui s’oppose à tout commencement de l’Univers, s’en remet aux lois de la physique pour expliquer cette création sans recourir à une quelconque divinité.

    Extraits choisis par Christophe Doré, du Figaro

    Se procurer l’ouvrage de Stephen Hawking et de Leonard Mlodinow Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?


    Un peu de lecture sur Dieu et la Science

    On ne peut pas ne pas remarquer la multiplicité des ouvrages sur la question du débat entre Dieu et la Science aujourd’hui. L’ouvrage de Stephen Hawking et de Leonard Mlodinow Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ? nous donne justement d’évoquer les publications sur le sujet. Nous ne citerons que quelques ouvrages parmi bien d’autres. Nous commencerons par le plus ancien, celui de le l’échange entre Jean Guitton et les frères Bogdanov dans Dieu et la science (1991) réédité en format de poche en 2004, les frères Bogdanov ayant dernièrement en 2010 publié un Visage de Dieu. On évoquera un dialogue entre la science et la religion au sujet du créationnisme et du matérialisme que l’on retrouve dans un ouvrage de Bertrand Souchard et de Jean-Michel Maldamé paru également en 2010 Dieu et la science en questions, et, la même année, toujours ce même thème un ouvrage de la philosophe Véronique Le Ru La Science et Dieu La science et Dieu. Enfin dans un échange dans lequel se livrent un philosophe athée André Comte Sponville, un scientifique matérialiste Guillaume Lecointre et un théologien jésuite François Euvé sur la question de Dieu et la science (2011). Cette liste d’ouvrage est loin d’être exhaustive.

    Jean Guitton

    Grichka Bogdanov

    Igor Bogdanov

    Dieu et la science

    Grasset

    Présentation de l’éditeur

    A-t-on le droit, à la fin du XXe siècle, de penser ensemble Dieu et la science ? De dépasser le vieux conflit entre le croyant – pour qui Dieu n’est ni démontrable, ni calculable – et le savant – pour qui Dieu n’est même pas une hypothèse de travail ?

    Tel est, en tout cas, l’enjeu de ce livre qui, de ce fait, s’autorise d’une évidence : aujourd’hui, la science pose des questions qui, jusqu’à une date récente, n’appartenaient qu’à la théologie ou à la métaphysique.

    D’où vient l’univers ? Qu’est-ce que le réel ? Quels sont les rapports entre la conscience et la matière ? Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?

    De ce fait, tout se passe comme si l’immatérialité même d’une transcendance devenait l’un des objets possibles de la physique. Comme si les mystères de la nature relevaient, également, d’un acte de foi. Jean Guitton, Igor et Grichka Bogdanov ont ainsi voulu transformer l’ancien conflit du croyant et du savant en un débat essentiel.

    A travers l’échange de leurs arguments, de leurs interrogations, c’est bien de l’homme et de sa place dans l’univers qu’il est ici question.

    Se procurer l’ouvrage de Jean Guitton Dieu et la science

     

     

    Bertrand Souchard

    Jean-Michel Maldamé

    Dieu et la science en questions

    Ni créationnisme ni matérialisme

    Presses de la Renaissance

    Présentation de l’éditeur

    La science peut-elle tout expliquer ? Le big bang, est-ce la création ? L’animal a-t-il une conscience? La violence potentielle de l’homme. est-elle exacerbée par la religion? Pourquoi faudrait-il être contre le clonage humain ? Dans un langage accessible à tous, Bertrand Souchard, philosophe et théologien, répond avec précision et pédagogie à 28 questions fondamentales sur Dieu, la science et la nature, les classant selon cinq grands thèmes: La nature physique : la création et l’univers; La nature vivante : Dieu et Darwin ; La connaissance de la nature: la foi et la science; La nature de l’homme: image de Dieu et descendant du singe; La nature du bien humain: l’éthique et la technique. La science, la théologie et la philosophie ont leur autonomie et leur légitimité propres dans l’explication du réel et du sens de la vie. L’auteur a pris soin d’éviter la confusion des genres et de respecter la spécificité de chacune tout en engageant un dialogue passionnant et passionné entre les trois, aussi éloigné du créationnisme que du matérialisme. Fruit de longues années d’études approfondies et de recherches validées par une dizaine de scientifiques et philosophes, cet ouvrage de fond est une somme objective et claire, essentielle au dialogue entre la science et la religion.

    Bertrand Souchard

    Bertrand Souchard, né en 1965, est docteur en philosophie et maître en théologie. Professeur de philosophie au lycée Ampère et à l’Université catholique de Lyon, chargé de cours de philosophie de la nature, il est notamment l’auteur d’Aristote, de la physique à la métaphysique (Editions universitaires de Dijon, 2003) et de 42 questions sur Dieu (Salvator, 2007).

    Se procurer l’ouvrage de Bertrand Souchard Dieu et la science en questions

     

    Igor et Grichka Bogdanov

    Robert W. Wilson

    Le visage de Dieu

     

    Présentation de l’éditeur

    Le « visage de Dieu » ? C’est l’expression qu’utilisa l’astrophysicien Georges Smoot (prix Nobel 2006) lorsque le 23 avril 1992, il réussit, grâce au satellite COBE, à prendre des photos de la naissance de l’univers tel qu’il émergeait des ténèbres cosmiques tout juste 380 000 ans après le Big Bang.

    Depuis, cette expression a fait le tour du monde, déclenché la fureur des scientifiques, et bouleversé les croyants. Mais, par delà ces quelques mots, quel est le fabuleux secret qui se cache derrière le « bébé univers » ? Pourquoi Smoot y a-t-il vu le « Visage de Dieu » ?

    Ce livre – nourri des formidable attentes suscitées par le nouveau satellite Planck lancé le 14 mai 2009 – s’approche, comme jamais, de ce mystère suprême : l’instant même de la Création.

    Trois des héros de cette fantastique aventure – Jim Peebles (prix Craaford d’Astronomie 2005), Robert W. Wilson (Prix Nobel 1978) et John Matters (Prix Nobel 2006) – ont postfacé cet ouvrage au fil duquel on s’avisera que la science, parfois, se confond avec la plus haute spiritualité.

    Se procurer l’ouvrage des frères Bogdanov Le visage de Dieu

     

     

     

     

    André Comte-Sponville

    François Euvé

    Guillaume Lecointre

    Dieu et la science (février 2011)

    Les Presses de l’ENSTA

     

    Présentation de l’éditeur

     » Qu’est-ce que la vie ? « 

     » Qu’est-ce que l’homme ? « 

     » D’où vient l’univers ? « 

    Il est longtemps allé de soi que ces questions, purement métaphysiques, relevaient de la religion. Mais la science ne cesse de repousser les limites du mystère… Certains y voient la preuve que Dieu n’existe pas – ou qu’au contraire, il se cache derrière les équations. Quelles questions est-on fondé à poser à la science ? Quelles interrogations ne concernent que la religion ? Quelles portes peut-on ouvrir entre les deux sans les dénaturer ?

    Plus qu’à un échange de points de vue, c’est à une mise au point nécessaire que se livrent ici un philosophe athée, un scientifique matérialiste et un théologien jésuite.

    Les auteurs

    André Comte-Sponville est philosophe.

    François Euvé est prêtre jésuite et théologien au Centre Sèvres.

    Guillaume Lecointre est systématicien au Muséum national d’Histoire naturelle.

    Se procurer l’ouvrage d’André Comte-Sponville Dieu et la science

     

    Véronique Le Ru

    La science et Dieu

    Entre croire et savoir (octobre 2010)

    Vuibert ADAPT-SNES

    Présentation de l’éditeur

    Pourquoi s’intéresser aujourd’hui au problème de la science et de Dieu ? Pourquoi revenir au moment où les savants ont remplacé la question traditionnelle des causes filiales – pourquoi tel phénomène ? – par la question des causes efficientes : comment se produit tel phénomène ? La nature est  » objective  » et non pas projective  » ; et c’est objectivement que la science doit enquêter. Tel est l’énoncé du postulat d’objectivité. Formulé par Galilée et Descartes au XVIIe siècle, il a libéré la science du joug de la théologie et de la religion.

    Si l’on considère l’ampleur du mouvement créationniste qui veut actuellement s’immiscer dans l’enseignement des sciences autant que dans la théorie et la pratique scientifiques, il est important de rappeler que la science d’un côté et, de l’autre, le domaine de la foi et de l’idéologie, ont des droits séparés.

    Revenir au moment de la formulation du postulat d’objectivité pour enquêter sur la manière dont la science s’est construite par l’affirmation de son autonomie et de son indépendance à l’égard de toute référence à Dieu, c’est là un moyen utile pour contrecarrer toute tentative de brouiller les cartes entre croire et savoir.

    L’auteur

    Ancienne élève de l’Ecole normale supérieure de Saint-Cloud, agrégée de philosophie, Véronique le Ru est maître de conférence habilitée en philosophie à l’Université de Reims.

    Elle est déjà l’auteur de plusieurs ouvrages publiés aux éditions du CNRS ainsi que chez Vrin, Vuibert et Larousse. Dans la collection GF-Flammarion « , elle a procuré l’édition critique du Philosophe ignorant de Voltaire.

    Se procurer l’ouvrage de Véronique Le Ru La science et Dieu


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    Changer sa vie plutôt que l’ordre du monde

    Posted by Hervé Moine sur 16 février 2011

    Peter Sloterdijk

    Tu dois changer ta vie

    Libella / Maren Sell

     

    Présentation de l’éditeur

    « Tu dois changer ta vie ! » La voix que Rilke entendit au Louvre émanant d’un torse antique s’est détachée aujourd’hui de son origine. En l’espace d’un siècle elle s’est amplifiée, mieux, elle est devenue l’impératif absolu qui résonne autour du globe. C’est indéniable : l’unique préoccupation dans le monde actuel est la compréhension croissante du fait que cela ne peut pas continuer ainsi. Et c’est la verticalité, opposée à l’horizontalité de la circulation matérialiste du système capitaliste, qui est le véritable défi. Pour sortir de la crise, l’homme doit se grandir. Seulement en haut, il n’y a aucun dieu, aucune métaphysique qui peut nous aider. Nous devons nous sauver nous-mêmes en devenant, par des exercices d’ascèse, par l’entraînement assidu des muscles du cerveau et du corps, par des disciplines artistiques que nous nous imposons, davantage maîtres de notre destin. La visée est un développement spirituel et personnel, afin d’inaugurer un nouveau cycle de comportements responsables. Pour survivre dignement, l’élaboration d’un système d’immunologie s’impose de plus en plus : un bouclier de protection pour l’individu, l’humanité, la terre et l’environnement technique. L’être humain est appelé à se débarrasser des fatalités et résignations réductrices, en se formant par lui-même, pour un autre mode d’existence. Tu dois changer ta vie propose, à travers la lecture de textes, un panorama des exercices requis pour être un homme et le rester. Bienvenue dans le fitness center de la pensée du maître Peter Sloterdijk qui fait passer la pilule du dur labeur de l’exercice permanent (la rigueur) par l’invention abondante et jubilatoire des concepts. Une réponse à la crise : au lieu d’attendre un miracle (divin), il faut que chacun, l’individu, le collectif, s’efforce de changer sa vie. Seul un exercice permanent peut (r)établir la dignité humaine.

    Pour se procurer l’ouvrage de Peter Sloterdijk, Tu dois changer ta vie !

    L’auteur

    Né le 26 juin 1947 à Karlsruhe, Peter Sloterdijk est philosophe et essayiste allemand. Professeur de philosophie et d’esthétique, il enseigne à la Hochschule für Gestaltung de Karlsruhe, il est également recteur (Rektor) du même établissement depuis 2001. Il enseigne aussi aux Beaux-Arts de Vienne.

    Bibliographie de Peter Sloterdijk

    Quelques autres ouvrages de Peter Sloterdijk parmi une longue liste :

    • Critique de la raison cynique, 1987 (Kritik der zynischen Vernunft, 1983)
    • Le penseur sur scène, 1990 (Der Denker auf der Bühne. Friedrich Nietzsches Materialismus, 1986)
    • Sphère I. Bulles, Pauvert, 2002, Pluriel, 2003, traduit par Olivier Mannoni (Sphären I. Blasen, Mikrosphärologie, 1998)
    • Règles pour le parc humain, Mille et Une Nuits, 2000, traduit par Olivier Mannoni (Regeln für den Menschenpark. Ein Antwortschreiben zu Heideggers Brief über den Humanismus, 1999)
    • L’heure du crime et le temps de l’œuvre d’art, 2000, traduit par Olivier Mannoni (Nicht gerettet. Versuche nach Martin Heidegger, 2000)
    • Sphères II. Globes, 2010, traduit par Olivier Mannoni, Sphären II. Globen, Makrosphärologie, 1999.
    • avec Alain Finkielkraut, Diagnostic sur le temps présent, 2003, Was zählt, kehrt wieder, 2004.
    • Sphère III. Écumes, Éditions Maren Sell, 2006, traduit par Olivier Mannoni (Sphären III. Schäume, Plurale Sphärologie, 2004).
    • Derrida, un Égyptien, Éditions Maren Sell, 2006, traduit par Olivier Mannoni.
    • Le Palais de Cristal. À l’intérieur du capitalisme planétaire, Éditions Maren Sell, 2006 (Im Weltinnenraum des Kapitals. Für eine philosophische Theorie der Globalisierung, Francfort/M., Suhrkamp, 2005), traduit par Olivier Mannoni.
    • Colère et Temps. Essai politico-psychologique, Éditions Maren Sell, 2007. Prix européen de l’essai Charles Veillon en 2008. Traduit par Olivier Mannoni.
    • Théorie des après-guerres, remarque sur les relations franco-allemandes depuis 1945, Éditions Maren Sell, 2008. Traduit par Olivier Mannoni.
    • La folie de Dieu. Du combat des trois monothéismes, Libella-Maren Sell, 2008. Traduit par Olivier Mannoni.
    • Jours de colère – L’esprit du capitalisme, Descartes et Cie, 2009 (en collaboration avec Pierre Dockès, Francis Fukuyama, Marc Guillaume).
    • Essai d’intoxication volontaire, suivi de L’Heure du crime et le temps de l’œuvre d’art, Éditions Fayard, 2010. Traduit par Olivier Mannoni.

     

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    Helvétius, ce philosophe avant-gardiste des Lumières à Thionville

    Posted by Hervé Moine sur 1 octobre 2009

    La philosophie matérialiste, la Libre Pensée et la laïcité

    Thionville, vendredi 16 octobre 2009 à 20h00 à la salle du Manège à Thionville

    Claude Adrien Helvétius


    Une nouvelle conférence “La philosophie matérialiste, la Libre Pensée et la laïcité” aura lieu à Thionville, vendredi 16 octobre 2009 à 20h00 à la salle du Manège. Après le Marquis de Sade, le mois dernier, c’est au tour de Claude Adrien Helvétius d’être le sujet du jour. Cette conférence aura pour intervenant Paul Klein qui est vice président de la Libre pensée de la Moselle.

    L’entrée est libre.

    Étrangement et injustement marginalisé par la critique officielle pendant deux siècles, ce philosophe avant-gardiste des Lumières, menacé du bûcher en 1758 et sommé de se rétracter (comme Galilée), a établi un système philosophique matérialiste ouvert qui jette les bases d’une science de l’homme lucide et féconde. Comment accorder notre égoïsme naturel à celui des autres ? Sur quels principes élémentaires s’appuyer afin que la raison et l’histoire se conjuguent pour le bonheur du plus grand nombre ?
    Dans sa triple dimension psychologique, sociale et politique, l’anthropologie d’Helvétius interpelle le lecteur contemporain quelque peu décontenancé par la tournure actuelle de la civilisation en nous montrant les premières voies à suivre.

    Claude-Adrien Helvétius (1715-1771)

    Helvétius (1715-1771) Gravure d'Augustin de Saint-Aubin d'après Michel van Loo.

    Helvétius (1715-1771) Gravure d'Augustin de Saint-Aubin d'après Michel van Loo.

    « Claude-Adrien Helvétius devient fermier général dès l’âge de vingt-trois ans puis, en 1751, il obtient la charge de maître d’hôtel de la reine. Au sein des matérialistes de son siècle, Helvétius (latinisation de Schweitzer) développe un sensualisme matérialiste, où l’intérêt seul dirige les jugements et considère l’éducation comme l’élément constitutif principal de l’esprit des humains, qui sont, selon lui, tous susceptibles de s’instruire également.

    Il est fortement inspiré par Locke, dont il lit très tôt l’Essai sur l’entendement humain. Ses idées sur la constitution de l’esprit humain en seront nettement influencées. Il veut dépasser cependant toute idée de Dieu en défendant un athéisme relatif. Il considère la croyance en Dieu et en l’âme comme le résultat de notre incapacité à comprendre le fonctionnement de la nature, et voit dans les religions, notamment la religion catholique, un despotisme n’ayant comme but que le maintien de l’ignorance pour une meilleure exploitation des hommes.

    Souvent présenté comme un physiocrate (il monte une manufacture, fait faillite, puis connait le succès) et un philosophe matérialiste, selon Michel Onfray, Helvétius est pourtant plus à rapprocher d’un philosophe nominaliste et déiste. On trouve dans ses textes plusieurs références à Dieu et à son existence : « l’être suprême », « l’éternel », « le législateur céleste » sont des expressions qui reviennent plusieurs fois dans son ouvrage De l’Homme ; il y définit même Dieu comme étant « la cause encore inconnue de l’ordre et du mouvement ». La raison de cet amalgame est en partie due à la récupération politique de ses textes, qu’il s’agisse de discréditer son œuvre (jésuites, jansénistes, le pape Clément XIII ou encore le pouvoir royal de Louis XV) ou d’en faire un penseur incontournable du socialisme scientifique (marxistes).

    Ainsi, si Helvétius est anti-chrétien, il ne nie pas l’existence d’une force dans la nature et il défend même l’idée d’une philosophie plutôt positive dans cette religion une fois épurée de son fanatisme, superstitions et institutions.

    Helvétius était à la fois matérialiste et sensualiste. Le matérialisme est un système philosophique qui n’admet pas d’autre substance que la matière : il s’oppose notamment à la religion et à la notion d’âme immatérielle. Selon le sensualisme, toutes nos connaissances et nos idées découlent des sensations, dont elles ne sont que la combinaison de plus en plus complexe. Le sensualisme s’oppose à l’activité spontanée de l’esprit»

    Wikipédia : voir la page de Wikipédia consacré à Helvétius

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    Philosophie cartésienne et matérialisme

    Posted by Hervé Moine sur 26 septembre 2009

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    Colloque international
    Flèche bleue Du 29 avril au 2 mai 2009, à la salle W-5215, UQAM

    Chaire de recherche du Canada en Mondialisation, Citoyenneté et Démocratie (Chaire MCD) Chaire UNESCO d’études des fondements philosophique de la justice et de la société démocratique Institut d’études internationales de Montréal (IEIM)

    Se proposant d’interroger les rapports de la philosophie cartésienne et du matérialisme, ce colloque souhaite apporter un nouvel éclairage tant sur les études cartésiennes que sur l’histoire du matérialisme. Il s’adresse à tous ceux qui s’intéressent aux transformations de la pensée moderne, d’un point de vue philosophique, historique ou scientifique. Colloque international, il réunira les contributions d’éminents spécialistes de la philosophie moderne comme de jeunes chercheurs prometteurs, et se tiendra en français et en anglais.

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