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Alès. Conférence de l’auteur de « C’est une chose étrange à la fin que le monde »

Posted by Hervé Moine sur 30 mars 2011

Jean d'Ormesson d'après une photo de Georges Seguin (Okki)

Une conférence animée par Jean d’Ormesson

Annonce paru dans  l’édition de Midi libre le mercredi 30 mars 2011

Le 1er avril à 17 h, dans l’amphithéâtre Pasteur de l’Ecole des Mines, en partenariat avec la librairie Sauramps-en-Cévennes, le normalien et agrégé de philosophie Jean d’Ormesson, de l’Académie française , traitera la question « La vie a-t-elle un sens ? » lors d’une conférence-débat.

Le tout nouveau parrain des deux promotions entrantes à l’EMA en 2011 a, en effet, ajouté à l’importante liste de sa production livresque un roman intitulé : C’est une chose étrange à la fin que le monde (août 2010, 314 pages, 21 , aux éditions Robert Laffont).

C’est dire qu’il réfléchit à la question posée, d’abord avec une autre interrogation précise : « Pourquoi y a-t-il quelque chose au lieu de rien ? », répondant dans une sorte de dialogue entre « le rêve du Vieux », créateur du monde (s’il existe), et le déroulement d’un fil du labyrinthe. Et de constater que le monde beau, inépuisable est une énigme où pensent les hommes dans un présent quasi éternel qui se déroule depuis des millions d’années, des savants ayant essayé de l’expliquer depuis relativement peu de temps, mais en accélération dans la modernité. Que de savoir a été apporté par des êtres pensants découvrant la vérité en détruisant les systèmes précédents, alors que ceux utilisant leur imagination créent de la beauté sans détruire les œuvres des prédécesseurs. Et il y en eut au cours du temps des scientifiques et des artistes dans maints domaines.

Et parce que le monde n’est pas seul, l’écrivain parle ensuite de l’histoire des hommes, dans : « La mort : un commencement ? », puisque naître, souffrir, mourir caractérise l’humaine condition. Alors, l’académicien français soulève l’idée « d’un bon livre qui change un peu les lecteurs ». Et lorsqu’on ajoute l’écoute de l’auteur à la lecture….

Réjouissons-nous de la venue alésienne de Jean d’Ormesson.

H. CH de Midi libre

Jean d’Ormesson

de l’Académie française

C’est une chose étrange à la fin que le monde

Robert Laffont

 

Présentation de l’éditeur

Qu’est-ce que la vie et d’où vient-elle ? Comment fonctionne l’univers ? Pourquoi y a-t-il quelque chose au lieu de rien ? Des mathématiciens aux philosophes grecs, à Einstein et à la théorie des quanta, en passant par Newton et Darwin, voilà déjà trois mille ans que les hommes s’efforcent de répondre à ces questions.

L’histoire s’est accélérée depuis trois ou quatre siècles. Nous sommes entrés dans l’âge moderne et postmoderne. La science, la technique, les chiffres ont conquis la planète. Il semble que la raison l’ait emporté. Elle a permis aux hommes de remplacer les dieux à la tête des affaires du monde. Où en sommes-nous aujourd’hui ? Dieu est-il à reléguer au musée des gloires étrangères et des puissances déchues ? La vie a-t-elle un sens ou est-elle une parenthèse entre deux néants? Est-il permis d’espérer quoi que ce soit au-delà de la mort ?

Avec les mots les plus simples et les plus clairs, avec une rigueur mêlée de gaieté, Jean d’Ormesson aborde de façon neuve ces problèmes de toujours et raconte au lecteur le roman fabuleux de l’univers et des hommes.

Pour se procurer l’ouvrage de Jean d’Ormesson C’est une chose étrange à la fin que le monde

 

« C’est une chose étrange à la fin que le monde« : Jean d’Ormesson, l’homme qui « doute en Dieu »

Article de Franz-Olivier Giesberg paru dans Le Point, le 26 août 2010

http://www.lepoint.fr/culture/c-est-une-chose-etrange-a-la-fin-que-le-monde-jean-d-ormesson-l-homme-qui-doute-en-dieu-26-08-2010-1228995_3.php

C’est toujours quand on croit l’avoir percé qu’on a cessé de le comprendre. Depuis des décennies, j’allais dire des siècles, Jean d’Ormesson est l’incarnation vivante de l’esprit français, sa quintessence exquise, qu’on lit comme on boit du champagne et qui pétille dans la tête. On l’a rangé à jamais dans la catégorie des écrivains joyeux, ce qui n’est pas tout à fait exact. Mais bon, c’est toujours mieux que d’être relégué dans le tiroir réservé aux rasoirs ou aux austères. Frappé de cette estampille, il poursuit avec son éternel sourire une conversation ininterrompue avec ses lecteurs. C’est l’avantage de l’écriture : personne ne peut vous couper le sifflet.

En l’espèce, on aurait bien tort de le lui couper. De livre en livre, Jean d’Ormesson se bonifie et prend de la hauteur. Son dernier opus, C’est une chose étrange à la fin que le monde, relève du tour de force. Il ose tout. Il se met dans la peau de Dieu, ni plus ni moins, et nous raconte carrément le roman du monde. Des idées, surtout, et puis aussi des sciences et des systèmes philosophiques. On pourrait y voir la marque d’une boursouflure terminale d’académicien statufié, mais non, l’auteur mène cette titanesque entreprise sans enflure ni moulinets, avec la vraie modestie des vrais érudits. Si la culture est ce qui reste quand on a tout oublié, alors il s’agit là d’un monument à sa gloire.

Démarche d’une vie

Chez l’homme, le bureau de travail dit tout : notre vérité est toujours dessus, impossible de se cacher derrière. Ainsi celui que Jean d’Ormesson a longtemps occupé à l’Unesco, où il officia comme secrétaire général du Conseil international de la philosophie et des sciences humaines : son foutoir a longtemps fait le bonheur des photographes. Il trahissait le lecteur boulimique, le dévoreur compulsif de livres et de revues comme l’exigeante Diogène, dont il fut le rédacteur en chef. Il y a donc quelque chose de profondément sincère dans la démarche de C’est une chose étrange à la fin que le monde, toute sa vie est là pour le prouver.

En exergue de son livre, il aurait pu mettre cette belle formule d’Oscar Wilde, qu’il cite : « Nous sommes tous dans le caniveau, mais certains d’entre nous regardent les étoiles. » Non seulement Jean d’Ormesson les regarde, mais en plus il voit les galaxies et même le big bang derrière. Il se sent donc infiniment petit et remet sans cesse l’humanité à sa place, manie de philosophe postsocratique. Certes, elle a entre 200 000 et 300 000 ans d’âge, mais qu’est-ce au regard des 3 milliards d’années de vie sur la Terre ou des 13 milliards et plus d’existence de l’Univers avant nous ? Il y a ceux qui ne veulent pas entendre parler de cela et ceux qui en ont conscience du matin au soir. D’un côté, les vaniteux, les imbéciles et, de l’autre, tous ceux dont ce livre entend élargir encore le cercle.

Ormessonismes

Jean d’Ormesson dit avoir eu envie d’écrire cet essai, présenté drôlement comme un roman, un jour d’été, sur une côte méditerranéenne : alors que, « fragment du paysage », il sortait de la mer, où il avait nagé « dans une espèce de ravissement », il s’est demandé, soudain, assis sur un tronc mort, ce qu’il fichait là. Le monde était devenu une question : pourquoi y a-t-il quelque chose au lieu de rien ?

Dans cette brève histoire de nos croyances, il répond par un credo, mais un credo à la saint Augustin, qu’il cite au demeurant trois fois, signe qui ne trompe pas : « credo quia absurdum » (« je crois parce que c’est absurde »). A la fin du livre, il résume sa pensée en deux magnifiques ormessonismes : « Je doute de Dieu parce que j’y crois. Je crois à Dieu parce que j’en doute. Je doute en Dieu. » Et cet autre : « A la fin de ce monde et du temps (…), il n’y aura plus que ce rien éternel qui se confond avec tout, dont le monde est sorti, où il retournera, et que nous appelons Dieu. »

Entre-temps, Jean d’Ormesson aura fait défiler tous ceux qui ont fait ce que nous sommes dans nos têtes : Homère, Socrate, Newton, Darwin, Einstein et quelques autres. Même si on peut regretter qu’il expédie Nietzsche un peu vite ou qu’il ne s’attarde pas trop sur Spinoza, il reste que son livre, plein de gaieté, de gratitude, de nostalgie, fait du bien et même, comme aurait dit Giono, un plein bon Dieu de bien. Jean Giraudoux, rappelle-t-il, affirmait : « Rien n’est plus vieux que le journal du matin et Homère est toujours jeune. » C’est pourquoi l’auteur de C’est une chose étrange à la fin que le monde est sans doute le plus vert de cette rentrée littéraire.

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L’étude de la philosophie aide le théologien à être conscient de ses préjugés philosophiques

Posted by Hervé Moine sur 23 mars 2011

Réforme des études ecclésiastiques de philosophie

Article de Guillaume de Thieulloy paru dans Chrétienté Info le 22 mars 2011

http://www.chretiente.info/201103223921/reforme-des-etudes-ecclesiastiques-de-philosophie/

Mgr Bruguès secretaire de la Congrégation pour l’éducation catholique

 

Présentant ce matin, avec le cardinal Zenon Grocholewski, Préfet de la Congrégation pour l’éducation catholique, le décret de réforme des études ecclésiastiques de philosophie, Mgr Jean-Louis Bruguès, secrétaire de la Congrégation, a déclaré : «  Les disciplines strictement philosophiques devront constituer au moins 60 % des cours de première et deuxième année. »

Le RP Charles Morerod, recteur de l’Université pontificale St Thomas d’Aquin, a ajouté que « L’étude de la philosophie aide le théologien à être conscient de ses préjugés philosophiques, à les évaluer en évitant d’imposer à sa théologie ou à sa prédication un cadre conceptuel incompatible avec la foi. Pour être juste, la réflexion critique sur les systèmes philosophiques doit rechercher la vérité au delà des apparences. »

Les futurs prêtres seront mieux formés à la philosophie

Article de Frédéric Mounier paru dans La Croix le 22 mars 2011

http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2459362&rubId=4078#

La Congrégation pour l’Éducation catholique, le «ministère» du pape en charge, notamment, des séminaires et de l’enseignement catholique supérieur, a publié hier une réforme visant à renforcer, tant sur le fond que sur la forme, les études de philosophie dans ces établissements

Dans quel contexte se situe cette réforme ?

«L’effondrement actuel de la culture générale, et plus précisément de la culture religieuse, impose de notre part un effort plus grand en direction des séminaristes. La plupart d’entre eux, avant d’entrer au séminaire, n’ont en effet jamais pu approcher la philosophie.» Mgr Jean-Louis Bruguès, secrétaire (numéro 2) de la Congrégation pour l’éducation catholique, motive en ces termes la réforme des études ecclésiastiques de philosophie annoncée mardi 22 mars à Rome, devant les recteurs et doyens des universités pontificales.

Pour sa part, le cardinal Zenon Grocholewski, préfet de la même congrégation, a lui aussi expliqué cette réforme, fruit d’une large réflexion entamée en 2004, par «la faiblesse de la formation philosophique dans de nombreuses institutions ecclésiastiques, avec l’absence de points de références précis, notamment en ce qui concerne les matières à enseigner et la qualité des enseignants.»

Il a poursuivi : «Cette faiblesse est accompagnée de la crise des études philosophiques en général, à une époque où la raison est menacée par l’utilitarisme, le scepticisme, le relativisme et l’abandon de la métaphysique, lui rendant difficile de prendre en compte la vérité sur les problèmes fondamentaux de la vie». L’idée est aussi de rééquilibrer un enseignement qui, selon les responsables romains, s’est ces dernières années trop orienté vers les sciences humaines.

Quelles en sont les modalités ?

Trois catégories d’établissements sont concernées. Les facultés ecclésiastiques de philosophie devront faire passer leur premier cycle de deux à trois ans. Les programmes devront inclure la métaphysique et la logique. Le corps enseignant en philosophie devra désormais être «stable», qualifié par des titres universitaires ecclésiastiques, et composé au minimum de sept enseignants.

Les premiers cycles des facultés ecclésiastiques de théologie et les instituts affiliés en théologie, par exemple les séminaires, devront veiller à ce que la philosophie constitue au moins 60% des crédits des deux premières années. Celles-ci doivent donc être «principalement dédiées à la philosophie».

Par ailleurs, afin d’éviter un corps enseignant trop externalisé, ou insuffisamment qualifié en philosophie car spécialiste d’autres disciplines, ces établissements devront compter au moins deux enseignants philosophes «stables». Enfin, le nombre des enseignants stables d’un institut affilié en philosophie (notamment les séminaires) doit être d’au moins cinq, avec les qualifications requises.

Quelles en seront les conséquences ?

Sur le fond, il s’agit pour la Congrégation de remédier au constat déjà dressé par Jean-Paul II dans son encyclique Fides et Ratio , qui stigmatisait «une fragmentation du savoir qui entrave l’unité intérieure de l’homme contemporain, parce qu’elle entraîne une approche parcellaire de la vérité et que, par conséquent, elle en fragmente le sens».

Sur la forme, les 50 facultés catholiques de philosophie et les 400 facultés de théologie présentes dans le monde devront, pour certaines d’entre elles, se livrer à un sérieux effort, notamment matériel, de mise en conformité.

Frédéric Mounier, de Rome

 

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Dieu et la science ou Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

Posted by Hervé Moine sur 23 février 2011

Stephen Hawking

et Leonard Mlodinow

Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

Odile Jacob

 

Présentation de l’éditeur

Pourquoi et comment l’Univers a-t-il commencé ? Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Quelle est la nature de la réalité ? Comment expliquer que les lois naturelles soient aussi finement ajustées ? Et nous, pourquoi donc existons-nous ?

Longtemps réservées aux philosophes et aux théologiens, ces interrogations relèvent désormais aussi de la science. C’est ce que montrent ici avec brio et simplicité Stephen Hawking et Leonard Mlodinow, s’appuyant sur les découvertes et les théories les plus récentes, qui ébranlent nos croyances les plus anciennes.

Pour eux, inutile d’imaginer un plan, un dessein, un créateur derrière la nature. La science explique bel et bien à elle seule les mystères de l’Univers.

Des réponses nouvelles aux questions les plus élémentaires : lumineux et provocateur !

Le premier ouvrage important de Stephen Hawking depuis dix ans.

Stephen Hawking a écrit Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ? avec Leonard Mlodinow qui est physicien au California Institute of Technology.

 

Au sommaire de Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

– Le Mystère de l’existence

– Le règne de la loi

– Qu’est-ce que la réalité ?

– Des histoires alternatives

– La théorie du Tout

– Choisissons notre Univers

– Le miracle apparent

– Le grand Dessein

    L’auteur

    Fils du Dr Frank Hawking, un chercheur biologiste, et d’Isobel Hawking, une activiste politique, Stephen Hawking est né le 8 janvier 1942.

    Stephen Hawking est actuellement professeur à l’Université de Cambridge.

    Il est l’auteur d’ « Une brève histoire du temps« , de « Trous noirs et Bébés univers » et de « l’Univers dans une coquille de noix« .

    Les principaux domaines de recherches de Hawking sont la cosmologie et la gravité quantique.

    « À la fin des années 1960, lui et son ami et collègue de Cambridge, Roger Penrose, ont appliqué un nouveau modèle mathématique complexe, qu’ils ont créé à partir de la théorie d’Albert Einstein sur la relativité générale. Cela a conduit Hawking à prouver en 1970 le premier de nombreux théorèmes sur les singularités ; tels les théorèmes capables de fournir un ensemble de conditions suffisantes à l’existence d’une singularité dans l’espace-temps. Ce travail a montré que, loin d’être une curiosité mathématique qui ne figure que dans des cas particuliers, les singularités sont assez génériques dans la relativité générale. » source wikipedia

    Se procurer l’ouvrage de Stephen Hawking et de Leonard Mlodinow Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

     

    Dieu et la science

    Article de Christian Doré à propos de la sortie du livre de Stephen Hawking Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ? paru dans le Figaro le 18 février 2011

    http://www.lefigaro.fr/sciences/2011/02/19/01008-20110219ARTFIG00010-dieu-et-la-science.php

    Y a-t-il un grand architecte dans l’Univers ? Non, répond le célèbre astrophysicien Stephen Hawking dans un livre événement (Odile Jacob) dont Le Figaro Magazine publie des extraits en exclusivité. Une théorie très contestée. Scientifiques, philosophes et croyants lui répondent.

    Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?» La question du philosophe et mathématicien Gottfried Wilhelm Leibniz fera l’actualité dès jeudi prochain avec la sortie en France du dernier livre de l’astrophysicien Stephen Hawking, Y a-t-il un grand architecte dans l’Univers? (Odile Jacob).

    Ce retour sur le devant de la scène d’une interrogation métaphysique remontant au XVIIe siècle peut paraître surprenant. Au-delà d’élever le débat face à nos tracasseries quotidiennes, la fin des soldes ou le casting de la saison 2 de «Masterchef» (TF1), la question s’inscrit dans une tendance qui se fait jour dans la communauté scientifique.

    Stephen Hawking a aujourd’hui une double conviction. Les chercheurs doivent non seulement répondre à la question «Comment l’Univers évolue?» mais aussi à celle-ci: «Pourquoi il y a un Univers?» Il n’est pas le seul à penser ainsi.

    Le pacte qui voulait que les sciences répondent au «comment», laissant les religions régler le problème du «pourquoi», n’aurait plus de raison d’être tant la recherche se frotte aujourd’hui à l’essence même de notre monde. La frontière longtemps respectée est en train de céder en laissant sur le bas-côté les philosophes. Dès le deuxième paragraphe de son introduction, Stephen Hawking leur règle leur compte: «La philosophie est morte, faute d’avoir réussi à suivre les développements de la science moderne, en particulier de la physique»… «Donc… Ça c’est fait!» diraient des ados. Mais le célèbre astrophysicien britannique qui occupe à Cambridge la chaire historique d’Isaac Newton n’en reste pas là. «C’est à la question ultime de la vie, de l’Univers et de Tout, à laquelle nous essaierons de répondre dans cet ouvrage», résume-t-il. On se doutait qu’Hawking n’avait pas pris la plume pour expliciter l’art difficile de trier son linge avant lavage, mais l’entreprise est pour le moins ambitieuse.

    Lors de sa parution dans sa version anglaise (The Grand Design), l’ouvrage a provoqué une levée de boucliers impressionnante. Archevêques anglicans et grand rabbin, évêque catholique ou imam, mais aussi athées intègres lui sont tombés dessus à propos raccourcis. «La physique ne peut pas répondre à elle seule à la question « Pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien »», reprochent certains au cosmologiste cloué par une maladie dégénérative dans un fauteuil roulant depuis ses années universitaires. «Le discours métaphysique vers lequel glisse Hawking n’est pas sérieusement étayé», critiquent d’autres.

    Ses collègues astrophysiciens ne l’épargnent pas non plus. Selon eux, Hawking n’apporte pas de choses nouvelles par rapport à l’un des plus grands succès de la littérature scientifique, Une brève histoire du temps, ouvrage de vulgarisation qu’il a publié en 1989. Voire, il se contredit.

    Il n’empêche, en donnant une réponse intellectuellement séduisante à la création du monde, le livre de Stephen Hawking trouve une résonance toute particulière sur cette éternelle question qui oppose Dieu et les sciences. Selon lui, l’Univers – ou plutôt les Univers – n’ont pas besoin de créateur puisque les lois de la gravitation et celles de la physique quantique fournissent un modèle d’Univers qui se créent eux-mêmes. Cette théorie, appelée M-Théorie, présente tout de même un défaut majeur : elle reste à prouver, ce que reconnaît Stephen Hawking. Autre nuance: elle n’est pas la seule théorie aujourd’hui défendue par les cosmologistes sérieux.

    Dans son Discours sur l’origine de l’Univers (Flammarion), le physicien Etienne Klein rappelle que, à bien les examiner, «les perspectives que nous offre la cosmologie contemporaine sont plus vertigineuses que ce que nous avons imaginé». Il raconte aussi cette anecdote selon laquelle le pape Jean-Paul II, en recevant Stephen Hawking au Vatican, lui aurait déclaré: «Nous sommes bien d’accord, monsieur l’astrophysicien. Ce qu’il y a après le big bang c’est pour vous, et ce qu’il y a avant, c’est pour nous.» C’était sans doute oublier que la curiosité des hommes est sans limite. Dieu n’est dorénavant plus tabou chez les scientifiques, qu’il s’agisse de l’effacer des possibles ou de prouver son existence. Jean Staune est un grand défenseur de ce débat. Ce catholique, professeur et directeur de la collection «Science et religion» des Presses de la Renaissance, a le sens du slogan et affirme que «Dieu revient très fort!» Loin de tuer l’idée d’un dieu, les sciences modernes et les questions qu’elles soulèvent se confrontent de plus en plus à l’hypothèse d’un grand créateur, affirme-t-il. S’il n’adhère pas aux conclusions de Stephen Hawking, il respecte la démarche du savant.

    Les frères Bogdanov, auteurs du best-seller Le Visage de Dieu, surfent aussi sur cette thématique. Le titre de leur ouvrage, inspiré d’un mot de l’astrophysicien George Smoot (prix Nobel) lorsqu’il découvrit les premières images du fond de l’Univers, est explicite. Ces croyants affirment déceler, dans le rayonnement cosmique et le réglage fin de l’Univers, l’existence d’un créateur. Pour son second volet, cette théorie est en partie empruntée à l’astrophysicien américain Trinh Xuan Thuan. Bouddhiste, il défend l’idée d’un principe créateur se manifestant dans les lois physiques de la nature. Cette vision panthéiste est proche de celle de Spinoza ou d’Einstein. «Je crois au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l’ordre harmonieux de ce qui existe, et non en un dieu qui se préoccupe du sort et des actions des êtres humains», écrivait ce dernier en avril 1929 au rabbin Herbert Goldstein de New York.

    Dans les propos, nous voilà bien loin des principes du père du déterminisme scientifique, Laplace. Celui-ci répondit à Napoléon, qui l’interrogeait sur la question de Dieu et de l’Univers: «Sire, je n’ai pas besoin de cette hypothèse.» S’interdisant de s’interdire, des scientifiques du XXIe siècle lui répondent aujourd’hui: une hypothèse plutôt que rien. Stephen Hawking en fait partie.

    Se procurer l’ouvrage de Stephen Hawking et de Leonard Mlodinow Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

    Extraits de Stephen Hawking et de Leonard Mlodinow Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

     

    L’Univers n’a pas besoin de Dieu pour exister

    Extraits choisis par Christophe Doré, article paru dans le Figaro le 18 février 2011

    http://www.lefigaro.fr/sciences/2011/02/19/01008-20110219ARTFIG00001-l-univers-n-a-pas-besoin-de-dieu-pour-exister.php

    Stephen Hawking défend l’idée d’une théorie justifiant une création spontanée de l’Univers.

    Nous ne vivons chacun que pendant un bref laps de temps au cours duquel nous ne visitons qu’une infime partie de l’Univers. Mais la curiosité, qui est le propre de l’homme, nous pousse à sans cesse nous interroger, en quête permanente de réponses. Prisonniers de ce vaste monde tour à tour accueillant ou cruel, les hommes se sont toujours tournés vers les cieux pour poser quantité de questions : comment comprendre le monde dans lequel nous vivons? Comment se comporte l’Univers ? Quelle est la nature de la réalité? D’où venons-nous? L’Univers a-t-il eu besoin d’un créateur? Même si ces questions ne nous taraudent pas en permanence, elles viennent hanter chacun d’entre nous à un moment ou un autre.

    Ces questions sont traditionnellement du ressort de la philosophie. Mais la philosophie est morte, faute d’avoir réussi à suivre les développements de la science moderne, en particulier de la physique. Ce sont les scientifiques qui ont repris le flambeau dans notre quête du savoir. Cet ouvrage a pour but de présenter les réponses que nous suggèrent leurs découvertes récentes et leurs avancées théoriques. L’image qu’elles nous dessinent de l’Univers et de notre place dans ce dernier a radicalement changé ces dix ou vingt dernières années, même si ses premières esquisses remontent à près d’un siècle.

    Dans la conception classique de l’Univers, les objets se déplacent selon une évolution et des trajectoires bien définies si bien que l’on peut, à chaque instant, spécifier avec précision leur position. Même si cette conception suffit pour nos besoins courants, on a découvert, dans les années 1920, que cette image «classique» ne permettait pas de rendre compte des comportements en apparence étranges qu’on pouvait observer à l’échelle atomique ou subatomique. Il était donc nécessaire d’adopter un cadre nouveau: la physique quantique. Les prédictions des théories quantiques se sont révélées remarquablement exactes à ces échelles, tout en permettant de retrouver les anciennes théories classiques à l’échelle du monde macroscopique usuel. Pourtant, les physiques quantique et classique reposent sur des conceptions radicalement différentes de la réalité physique.

    Le libre arbitre

    C’est à Laplace (1749-1827) que l’on attribue le plus souvent la préformulation claire du déterminisme scientifique : si l’on connaît l’état de l’Univers à un instant donné, alors son futur et son passé sont entièrement déterminés par les lois physiques. Cela exclut toute possibilité de miracle ou d’intervention divine. C’est, en fait, le fondement de toute la science moderne et l’un des principes essentiels qui sous-tendent cet ouvrage. Une loi scientifique n’en est pas une si elle vaut seulement en l’absence d’une intervention divine. On rapporte que Napoléon, ayant demandé à Laplace quelle était la place de Dieu dans son schéma du monde, reçut cette réponse: «Sire, je n’ai pas besoin de cette hypothèse.»

    Les hommes vivant dans l’Univers et interagissant avec les autres objets qui s’y trouvent, le déterminisme scientifique doit également s’appliquer à eux. Nombreux sont cependant ceux qui, tout en admettant que le déterminisme scientifique régit les processus physiques, voudraient faire une exception pour le comportement humain en raison de l’existence supposée du libre arbitre. Ainsi Descartes, afin de préserver ce libre arbitre, affirmait-il que l’esprit humain différait du monde physique et n’obéissait pas à ses lois. Selon lui, toute personne était composée de deux ingrédients, un corps et une âme. Tandis que les corps n’étaient rien d’autre que des machines ordinaires, les âmes échappaient, elles, à la loi scientifique. Descartes, féru d’anatomie et de physiologie, tenait un petit organe situé au centre du cerveau, la glande pinéale, pour le siège de l’âme. Selon lui, toutes nos pensées prenaient naissance dans cette glande qui était la source de notre libre arbitre.

    Les hommes possèdent-ils un libre arbitre ? Si c’est le cas, à quel moment est-il apparu dans l’arbre de l’évolution? Les algues vertes ou les bactéries en possèdent-elles ou bien leur comportement est-il automatique, entièrement gouverné par les lois scientifiques ? Ce libre arbitre est-il l’apanage des seuls organismes multicellulaires ou bien des seuls mammifères? On peut croire que le chimpanzé fait preuve de libre arbitre lorsqu’il choisit d’attraper une banane, ou encore le chat quand il lacère votre divan, mais qu’en est-il du ver nématode Caenorhabditis elegans, créature rudimentaire composée de 959 cellules ? (…)

    Bien que nous pensions décider de nos actions, notre connaissance des fondements moléculaires de la biologie nous montre que les processus biologiques sont également gouvernés par les lois de la physique et de la chimie, et qu’ils sont par conséquent aussi déterminés que les orbites des planètes. Des expériences menées récemment en neurosciences viennent nous conforter dans l’idée que c’est bien notre cerveau physique qui détermine nos actions en se conformant aux lois scientifiques connues, et non quelque mystérieuse instance qui serait capable de s’en affranchir. Une étude réalisée sur des patients opérés du cerveau en restant conscients a ainsi pu montrer qu’on peut susciter chez ceux-ci le désir de bouger une main, un bras ou un pied, ou encore celui de remuer les lèvres et de parler. Il est difficile d’imaginer quel peut être notre libre arbitre si notre comportement est déterminé par les lois physiques. Il semble donc que nous ne soyons que des machines biologiques et que notre libre arbitre ne soit qu’une illusion.

    La théorie ultime du Tout

    On peut formuler les théories quantiques de bien des façons, mais celui qui en a donné la description la plus intuitive est sans doute Richard (Dick) Feynman, personnage haut en couleur qui travaillait au California Institute of Technology le jour et jouait du bongo dans une boîte à strip-tease la nuit. D’après lui, un système n’a pas une histoire unique, mais toutes les histoires possibles. Pour tenter de répondre aux questions formulées plus haut, nous expliciterons l’approche de Feynman et nous l’utiliserons afin d’explorer l’idée selon laquelle l’Univers lui-même n’a pas une seule et unique histoire ni même une existence indépendante. Elle peut sembler radicale même pour nombre de physiciens et, de fait, elle va, comme beaucoup de notions courantes aujourd’hui en science, à l’encontre du sens commun. (…)

    On dispose aujourd’hui d’une prétendante au titre de théorie ultime du Tout, si elle existe. Baptisée «M-Théorie», elle peut apporter des réponses à la question de la création. Pour elle, non seulement notre Univers n’est pas unique, mais de nombreux autres ont été créés à partir du néant, sans que leur création ne requière l’intervention d’un être surnaturel ou divin. Ces Univers multiples dérivent de façon naturelle des lois de la physique. Ils représentent une prédiction scientifique. Chaque Univers a de nombreuses histoires possibles et peut occuper un grand nombre d’états différents longtemps après sa création, même aujourd’hui. Cependant, la majorité de ces états ne ressemblent en rien à l’Univers que nous connaissons et ne peuvent contenir de forme de vie. Seule une poignée d’entre eux permettraient à des créatures semblables à nous d’exister. Ainsi, notre simple présence sélectionne dans tout l’éventail de ces Univers seulement ceux qui sont compatibles avec notre existence. Malgré notre taille ridicule et notre insignifiance à l’échelle du cosmos, voilà qui fait de nous en quelque sorte les seigneurs de la création.

    L’origine des temps

    La question de l’origine des temps est en quelque sorte analogue à celle du bord du monde. A l’époque où on pensait que le monde était plat, certains ont dû se demander si la mer tombait en arrivant au bord. L’expérience a permis de répondre à cette question: il était possible de faire le tour du monde sans tomber. La question du bord du monde a en réalité été résolue lorsqu’on a compris que la Terre n’était pas une assiette plate, mais une surface courbée. Le temps, en revanche, nous apparaissait comme une voie de chemin de fer. Si commencement il y avait, il avait bien fallu quelqu’un (autrement dit Dieu) pour lancer les trains. Même après que la relativité générale eut unifié temps et espace en une seule entité appelée espace-temps, le temps continuait de se distinguer de l’espace : soit il avait un commencement, soit il existait depuis toujours. En revanche, dès qu’on incorpore les effets quantiques dans la théorie relativiste, dans certains cas extrêmes la courbure peut être si intense qu’elle amène le temps à se comporter comme une dimension supplémentaire d’espace.

    Dans l’Univers primordial si concentré qu’il était régi à la fois par la relativité générale et la physique quantique coexistaient effectivement quatre dimensions d’espace et aucune de temps. Cela signifie que, lorsque nous parlons de « commencement » de l’Univers, nous éludons habilement un subtil problème: aux premiers instants de l’Univers, le temps tel que nous le connaissons n’existait pas! De fait, nous devons admettre que notre conception familière de l’espace et du temps ne s’applique pas à l’Univers primordial. Cela échappe peut-être à notre entendement ordinaire, mais pas à notre imagination ni à nos mathématiques. Pour autant, si les quatre dimensions se comportent dans cet Univers naissant comme des dimensions d’espace, qu’advient-il du commencement des temps? (…) Lorsqu’on combine relativité générale et physique quantique, la question de ce qu’il y avait avant le commencement de l’Univers perd tout sens. Ce concept consistant à voir les histoires possibles comme des surfaces fermées sans frontière porte le nom de condition sans bord.

    Au cours des siècles, nombreux ont été ceux qui, tel Aristote, ont cru que l’Univers était présent depuis toujours, évitant ainsi d’affronter l’écueil de sa création. D’autres au contraire ont imaginé qu’il avait eu un commencement, utilisant cet argument pour prouver l’existence de Dieu. Comprendre que le temps se comporte comme l’espace permet de proposer une version alternative. Celle-ci, écartant l’objection éculée qui s’oppose à tout commencement de l’Univers, s’en remet aux lois de la physique pour expliquer cette création sans recourir à une quelconque divinité.

    Extraits choisis par Christophe Doré, du Figaro

    Se procurer l’ouvrage de Stephen Hawking et de Leonard Mlodinow Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?


    Un peu de lecture sur Dieu et la Science

    On ne peut pas ne pas remarquer la multiplicité des ouvrages sur la question du débat entre Dieu et la Science aujourd’hui. L’ouvrage de Stephen Hawking et de Leonard Mlodinow Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ? nous donne justement d’évoquer les publications sur le sujet. Nous ne citerons que quelques ouvrages parmi bien d’autres. Nous commencerons par le plus ancien, celui de le l’échange entre Jean Guitton et les frères Bogdanov dans Dieu et la science (1991) réédité en format de poche en 2004, les frères Bogdanov ayant dernièrement en 2010 publié un Visage de Dieu. On évoquera un dialogue entre la science et la religion au sujet du créationnisme et du matérialisme que l’on retrouve dans un ouvrage de Bertrand Souchard et de Jean-Michel Maldamé paru également en 2010 Dieu et la science en questions, et, la même année, toujours ce même thème un ouvrage de la philosophe Véronique Le Ru La Science et Dieu La science et Dieu. Enfin dans un échange dans lequel se livrent un philosophe athée André Comte Sponville, un scientifique matérialiste Guillaume Lecointre et un théologien jésuite François Euvé sur la question de Dieu et la science (2011). Cette liste d’ouvrage est loin d’être exhaustive.

    Jean Guitton

    Grichka Bogdanov

    Igor Bogdanov

    Dieu et la science

    Grasset

    Présentation de l’éditeur

    A-t-on le droit, à la fin du XXe siècle, de penser ensemble Dieu et la science ? De dépasser le vieux conflit entre le croyant – pour qui Dieu n’est ni démontrable, ni calculable – et le savant – pour qui Dieu n’est même pas une hypothèse de travail ?

    Tel est, en tout cas, l’enjeu de ce livre qui, de ce fait, s’autorise d’une évidence : aujourd’hui, la science pose des questions qui, jusqu’à une date récente, n’appartenaient qu’à la théologie ou à la métaphysique.

    D’où vient l’univers ? Qu’est-ce que le réel ? Quels sont les rapports entre la conscience et la matière ? Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?

    De ce fait, tout se passe comme si l’immatérialité même d’une transcendance devenait l’un des objets possibles de la physique. Comme si les mystères de la nature relevaient, également, d’un acte de foi. Jean Guitton, Igor et Grichka Bogdanov ont ainsi voulu transformer l’ancien conflit du croyant et du savant en un débat essentiel.

    A travers l’échange de leurs arguments, de leurs interrogations, c’est bien de l’homme et de sa place dans l’univers qu’il est ici question.

    Se procurer l’ouvrage de Jean Guitton Dieu et la science

     

     

    Bertrand Souchard

    Jean-Michel Maldamé

    Dieu et la science en questions

    Ni créationnisme ni matérialisme

    Presses de la Renaissance

    Présentation de l’éditeur

    La science peut-elle tout expliquer ? Le big bang, est-ce la création ? L’animal a-t-il une conscience? La violence potentielle de l’homme. est-elle exacerbée par la religion? Pourquoi faudrait-il être contre le clonage humain ? Dans un langage accessible à tous, Bertrand Souchard, philosophe et théologien, répond avec précision et pédagogie à 28 questions fondamentales sur Dieu, la science et la nature, les classant selon cinq grands thèmes: La nature physique : la création et l’univers; La nature vivante : Dieu et Darwin ; La connaissance de la nature: la foi et la science; La nature de l’homme: image de Dieu et descendant du singe; La nature du bien humain: l’éthique et la technique. La science, la théologie et la philosophie ont leur autonomie et leur légitimité propres dans l’explication du réel et du sens de la vie. L’auteur a pris soin d’éviter la confusion des genres et de respecter la spécificité de chacune tout en engageant un dialogue passionnant et passionné entre les trois, aussi éloigné du créationnisme que du matérialisme. Fruit de longues années d’études approfondies et de recherches validées par une dizaine de scientifiques et philosophes, cet ouvrage de fond est une somme objective et claire, essentielle au dialogue entre la science et la religion.

    Bertrand Souchard

    Bertrand Souchard, né en 1965, est docteur en philosophie et maître en théologie. Professeur de philosophie au lycée Ampère et à l’Université catholique de Lyon, chargé de cours de philosophie de la nature, il est notamment l’auteur d’Aristote, de la physique à la métaphysique (Editions universitaires de Dijon, 2003) et de 42 questions sur Dieu (Salvator, 2007).

    Se procurer l’ouvrage de Bertrand Souchard Dieu et la science en questions

     

    Igor et Grichka Bogdanov

    Robert W. Wilson

    Le visage de Dieu

     

    Présentation de l’éditeur

    Le « visage de Dieu » ? C’est l’expression qu’utilisa l’astrophysicien Georges Smoot (prix Nobel 2006) lorsque le 23 avril 1992, il réussit, grâce au satellite COBE, à prendre des photos de la naissance de l’univers tel qu’il émergeait des ténèbres cosmiques tout juste 380 000 ans après le Big Bang.

    Depuis, cette expression a fait le tour du monde, déclenché la fureur des scientifiques, et bouleversé les croyants. Mais, par delà ces quelques mots, quel est le fabuleux secret qui se cache derrière le « bébé univers » ? Pourquoi Smoot y a-t-il vu le « Visage de Dieu » ?

    Ce livre – nourri des formidable attentes suscitées par le nouveau satellite Planck lancé le 14 mai 2009 – s’approche, comme jamais, de ce mystère suprême : l’instant même de la Création.

    Trois des héros de cette fantastique aventure – Jim Peebles (prix Craaford d’Astronomie 2005), Robert W. Wilson (Prix Nobel 1978) et John Matters (Prix Nobel 2006) – ont postfacé cet ouvrage au fil duquel on s’avisera que la science, parfois, se confond avec la plus haute spiritualité.

    Se procurer l’ouvrage des frères Bogdanov Le visage de Dieu

     

     

     

     

    André Comte-Sponville

    François Euvé

    Guillaume Lecointre

    Dieu et la science (février 2011)

    Les Presses de l’ENSTA

     

    Présentation de l’éditeur

     » Qu’est-ce que la vie ? « 

     » Qu’est-ce que l’homme ? « 

     » D’où vient l’univers ? « 

    Il est longtemps allé de soi que ces questions, purement métaphysiques, relevaient de la religion. Mais la science ne cesse de repousser les limites du mystère… Certains y voient la preuve que Dieu n’existe pas – ou qu’au contraire, il se cache derrière les équations. Quelles questions est-on fondé à poser à la science ? Quelles interrogations ne concernent que la religion ? Quelles portes peut-on ouvrir entre les deux sans les dénaturer ?

    Plus qu’à un échange de points de vue, c’est à une mise au point nécessaire que se livrent ici un philosophe athée, un scientifique matérialiste et un théologien jésuite.

    Les auteurs

    André Comte-Sponville est philosophe.

    François Euvé est prêtre jésuite et théologien au Centre Sèvres.

    Guillaume Lecointre est systématicien au Muséum national d’Histoire naturelle.

    Se procurer l’ouvrage d’André Comte-Sponville Dieu et la science

     

    Véronique Le Ru

    La science et Dieu

    Entre croire et savoir (octobre 2010)

    Vuibert ADAPT-SNES

    Présentation de l’éditeur

    Pourquoi s’intéresser aujourd’hui au problème de la science et de Dieu ? Pourquoi revenir au moment où les savants ont remplacé la question traditionnelle des causes filiales – pourquoi tel phénomène ? – par la question des causes efficientes : comment se produit tel phénomène ? La nature est  » objective  » et non pas projective  » ; et c’est objectivement que la science doit enquêter. Tel est l’énoncé du postulat d’objectivité. Formulé par Galilée et Descartes au XVIIe siècle, il a libéré la science du joug de la théologie et de la religion.

    Si l’on considère l’ampleur du mouvement créationniste qui veut actuellement s’immiscer dans l’enseignement des sciences autant que dans la théorie et la pratique scientifiques, il est important de rappeler que la science d’un côté et, de l’autre, le domaine de la foi et de l’idéologie, ont des droits séparés.

    Revenir au moment de la formulation du postulat d’objectivité pour enquêter sur la manière dont la science s’est construite par l’affirmation de son autonomie et de son indépendance à l’égard de toute référence à Dieu, c’est là un moyen utile pour contrecarrer toute tentative de brouiller les cartes entre croire et savoir.

    L’auteur

    Ancienne élève de l’Ecole normale supérieure de Saint-Cloud, agrégée de philosophie, Véronique le Ru est maître de conférence habilitée en philosophie à l’Université de Reims.

    Elle est déjà l’auteur de plusieurs ouvrages publiés aux éditions du CNRS ainsi que chez Vrin, Vuibert et Larousse. Dans la collection GF-Flammarion « , elle a procuré l’édition critique du Philosophe ignorant de Voltaire.

    Se procurer l’ouvrage de Véronique Le Ru La science et Dieu


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    Les manipulations génétiques, la traçabilité, le spam, l’égalité des sexes, le créationnisme, les jeux vidéos…

    Posted by Hervé Moine sur 21 février 2011

    Michael LaBossiere

    Provocations Philosophiques

    éditions Yago

    La philosophie provoquante

    Marx regrettait que la philosophie ne fasse qu’interpréter le monde. Mais la philosophie n’est pas et n’a jamais été simplement proposition de représentation du réel confortable pour l’esprit conformiste, bien au contraire, elle a toujours été un excellent stimulant pour penser autrement, pour rompre avec la manière ordinaire de penser, laquelle se contentant de préjuger et d’adhérer aux opinions ambiantes. Cette rupture critique avec l’opinion, ce combat contre l’adhésion facile, cette inlassable remise en question de ce qui pourtant semble aller de soi, caractérisant si bien l’effort philosophique a toujours su jouer la provocation.

    La philosophie est provocation : elle agace, agressive, elle attaque, par bravade, elle défie et pour finir elle incite. En effet, elle agace, à l’instar de Socrate, ceux qui s’installent dans l’illusion des croyances qui bercent ou ceux qui ont tout intérêt à l’immobilisme, elle ne s’arrête pas à l’idée qui plaît ou qui peut plaire ; agressive pour ceux qui suivent la mode ou ce qui est dans l’air du temps en se positionnant à contre courant, agressive également en ne lâchant pas si facilement le mors, elle attaque comme l’acide peut attaquer et s’attaque avec courage aux évidences, aux dogmes et à toute forme de certitude ; Par bravade, elle défie les bien-pensants, les trop sûrs d’eux ainsi ceux qui ont le pouvoir, elle est défi pour l’esprit et l’intelligence en posant les bonnes questions, celles qui posent problème. Provocante, elle n’est pas un laisser-être ni un laisser-penser ou faire. Elle réduit à néant toute ambition de ceux qui ont intérêt à fournir et diffuser un prêt-à-penser. En tout cela, elle incite à aller plus loin et donc à refuser la facilité et à se laisser provoquer pour provoquer à son tour.

    Cependant, si la provocation philosophique peut impressionner par sa force, elle peut toutefois se faire dans le plaisir, la bonne humeur. Et c’est notamment avec son sens de l’humour décalé, que Michel LaBossiere, provoque dans son stimulant ouvrage le questionnement des thèmes les plus graves ou plus légers des problèmes les plus classiques aux moindres faits du quotidien. Provocations philosophiques de Michel LaBossiere parait le 24 février 2011 aux éditions Yago.

    Hervé Moine,  ActuPhilo, le 19 février 2011

    Un livre pour populariser la philosophie

    Les Éditions Yago publient ce mois-ci un ouvrage de philosophie à destination du grand public. David König, des éditions Yago vante les mérites d’ « un livre qui montre qu’il est possible d’appliquer la philosophie à des questions actuelles et quotidiennes ».

    Propos recueillis par Hervé Moine, pour ActuPhilo

    Hervé Moine : Vous publiez ce mois-ci un ouvrage de philosophie à destination du grand public. Tout d’abord peut-on savoir pourquoi un ouvrage de philosophie alors que les éditions Yago semblent s’être cantonnées pour l’instant dans des domaines qui sont ceux plutôt du roman, du polar et des essais ? et pourquoi cette destination « grand public » ?

    David König : Le but des éditions Yago est celui de rejoindre celui de nombreux « professionnels », chercheurs et professeurs : populariser la philosophie, afin qu’elle sorte des cercles étroits où elle se trouve cantonnée. Ceux qui sont concernés par la recherche philosophique, qui savent à quel point elle est passionnante, « utile » et salvatrice, constatent chaque jour son absence du champ du quotidien. Hors de l’école et de l’université, point de philosophie…

    HM : Pour quelles raisons votre choix s’est-il porté sur l’ouvrage de Michael LaBossiere, intitulé « Provocations philosophiques », traduit de l’anglais « Philosophical Provocations, what don’t you know ? » ?

    DK : Dans son ouvrage, Michael LaBossiere applique à des thèmes actuels et variés l’esprit de curiosité et de questionnement propre au philosophe, auquel se mêle un humour parfois décapant. Nous avons décidé de publier cet essai, car nous pensons que son style est suffisamment attractif pour gagner à la philosophie un nouveau public. D’une lecture légère et agréable, ce livre peut introduire à la philosophie de nombreux lecteurs.

    HM : Même aux élèves qui se préparent à l’épreuve de philosophie du baccalauréat ?

    DK : Effectivement peut-être peut-il intéresser les élèves de terminales.

    HM : Mais alors est-ce à dire que l’ouvrage de Michael LaBossiere est un ouvrage de vulgarisation de la philosophie ? Un de plus donc !

    DK : En fait, il ne s’agit pas d’un ouvrage de vulgarisation. Des ouvrages de vulgarisation, oui c’est vrai, il y en a déjà beaucoup. Mais avec « Provocations philosophiques » il s’agit d’un livre qui montre qu’il est possible d’appliquer la philosophie à des questions actuelles et quotidiennes, telles que le spam, la discrimination, la nourriture, l’information, Internet, etc.

    Hervé Moine, pour ActuPhilo


    Le livre

    En bon philosophe Michael LaBossiere s’intéresse aux grands thèmes classiques, comme la valeur du scepticisme ou la nature de l’esprit, mais aussi aux questions les plus actuelles : les manipulations génétiques, la traçabilité, le spam, l’égalité des sexes, le créationnisme, les jeux vidéos… Et il le fait avec humour !

    Du foie gras à l’existence de Dieu, en passant par la pornographie et le clonage humain, ses Provocations Philosophiques abordent les sujets les plus sérieux comme les plus anecdotiques.

    Véritable appel à la philosophie, ce livre montre qu’il est possible d’appliquer notre réflexion à tous les sujets, avec sérieux et ironie. Cet ouvrage s’adresse à des lecteurs curieux et joueurs, aux passionnés de philosophie et jusqu’aux professeurs de philo qui désespèrent de captiver leurs élèves.

    L’auteur

    Originaire du Maine, professeur de Philosophie à l’Université A&M de Floride, Michael LaBossiere est connu pour être un champion de la dérision et de la course à pied.

    Il pratique plusieurs arts martiaux (qu’il avoue être utiles lorsqu’il est à cours d’arguments), est un grand admirateur de Socrate et de Robocop, et s’intéresse tout aussi bien à la Critique de la raison pure de Kant qu’au dernier Star Wars.

    Il écrit une chronique régulière dans Philosopher’s Magazine et dans le populaire Talking Philosophy.

    Table des matières

    Introduction

    Première partie Métaphysique et épistémologie. Ce qui existe et ce que vous (ne) savez (pas)

    • L’esprit
    • L’esprit dans tous ses états
    • Le clonage et l’esprit
    • Fantômes et esprits
    • L’esprit et la médecine
    • La politique et l’opinion

    Les bonnes (et mauvaises) intentions de Dieu

    • Dieu éprouve-t-il de la haine ?
    • Évolution, analogie et complexité
    • D’abord Dieu, ensuite l’esprit
    • Science et intelligent design
    • Un dessein menaçant ?
    • L’inefficacité de la prière

    Le scepticisme

    • L’imbattable sceptique
    • La valeur du scepticisme extrême

    L’amour

    • Qui aimez-vous ?
    • Un argument transcendant en faveur de l’amour vrai

    Le temps et le hasard

    • Se rencontrer soi-même
    • Pas de chance pour le hasard
    • L’improbable secret

    Seconde partie L’éthique et la pensée politique et sociale. Bien, Mal, Politique et tutti quanti

    • L’éthique et l’identité sexuelle
    • Du genre et du nombre dans le sport et l’éducation
    • De (bien) vilaines filles
    • Le cerveau féminin
    • La question de la mixité dans la scolarité
    • Le prince charmant et le porno
    • Moralité du mariage homosexuel

    Éthique et technologie

    • Spams et « pourriels » nuisibles
    • L’Internet, espace de neutralité
    • V comme jeux Vidéo… et Violence
    • Violence virtuelle et Valeurs éthiques
    • Encore plus de jeux violents ?
    • Un cerveau plus performant
    • Mémoire et morale
    • L’avantage des armes nanotechnologiques
    • IRF et vie privée
    • La thérapie génique et le sport
    • La sélection du sexe
    • Droits de propriété et gènes baladeurs
    • Le biomimétisme est-il condamnable ?

    L’éthique médicale

    • Les acides gras, les bactéries et l’État
    • Le mensonge… le meilleur remède ?

    Les médias et l’éthique

    • Un million de (pas si) petits mensonges
    • Éthique anonyme
    • La question des sources anonymes
    • Des meurtres, de l’argent et des médias
    • Le secret immoral

    Les animaux

    • Laissons périr les espèces. En faveur de l’extinction
    • Foie gras et philosophie

    L’art et l’éthique

    • Lumières, caméras et hémoglobine
    • Les droits des artistes

    Philosophes, athées, fines bouches et imposteurs

    • La pratique de la philosophie est-elle immorale ?
    • Dieu, l’éthique et l’athéisme
    • Est-il mauvais de choisir ?
    • L’imposture, la science et l’éthique

    Réflexions politiques et sociales

    • Moteurs (de recherche) de répression
    • Solidarité
    • Bizutage et dissuasion
    • Liberté forcée
    • John Locke et l’auto-défense informatique
    • Terrorisme et torture
    • L’intrusion, rançon de la sécurité ?
    • Jeux patriotiques
    • Terrorisme et médecine
    • Sauver ou non les apparences

    Conclusion

    Pour commander l’ouvrage de Michael LaBossiere rdv sur http://www.editions-yago.com/




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    Le rapport de l’être à l’homme et de l’homme à l’être

    Posted by Hervé Moine sur 19 février 2011

    Martin Heidegger

    Parménide

    Traduit de l’allemand et annoté par Thomas Piel

    Editions Gallimard nrf

    Présentation de l’éditeur

    « Notre pensée d’aujourd’hui a pour tâche de penser de manière encore plus grecque ce qui fut pensé de manière grecque », confiait Heidegger dans son dialogue avec un interlocuteur japonais.

    Cet effort livre à l’ensemble de ce cours sur Parménide son itinéraire propre, au fil d’une méditation de la pensée grecque qui fait appel autant à Homère, Hésiode, Pindare, Sophocle et Platon qu’au Poème de Parménide. Réaccomplissant le voyage du penseur jusqu’à la demeure de la déesse qui l’accueille, au seuil du Poème, il introduit en même temps à ce qui forme le coeur de la pensée de Heidegger, c’est-à-dire le rapport de l’être à l’homme et de l’homme à l’être.

    « Le dialogue avec Parménide ne prend pas fin », notait Heidegger au terme du texte consacré au penseur grec dans les Essais et conférences,  » non seulement parce que, dans les fragments conservés de son Poème, maintes choses demeurent obscures, mais aussi parce que ce qu’il dit mérite toujours d’être pensé. Mais que le dialogue soit sans fin n’est nullement un défaut. C’est le signe de l’illimité qui préserve, en lui-même et pour la pensée qui revient vers lui, la possibilité d’une mutation du destin. »

    Pour se procurer « Parménide », de Martin Heidegger

    _________________

    Parménide,

    de M. Heidegger

    Article de Patrice Bollon paru dans Magazine Littéraire le 18 février 2011

    En 1942-1943, Martin Heidegger, alors enseignant à l’université de Fribourg-en-Brisgau, livrait une longue réflexion sur le philosophe Parménide, penseur « initial », selon lui, proche de « l’essence » et inspirateur de Platon. Les éditions Gallimard font reparaître ces conférences dans la collection de la Nrf.

    Dans les manuels, Parménide (né à la fin du VIe siècle av. J.-C. dans la colonie grecque italienne d’Élée, et mort au milieu du Ve siècle), l’auteur du célèbre Poème didactique en fragments, qu’évoque un tout aussi célèbre dialogue de Platon (1), est invariablement classé parmi les présocratiques. Cette façon de le présenter comme le prédécesseur d’un autre penseur, bien qu’indéniable d’un point de vue chronologique (Socrate, né vers 470 av. J.-C., avait 20 ans, Parménide 65, quand ils se seraient rencontrés à Athènes), occulte ou menace d’occulter la singularité de sa propre pensée. Elle la « rabat » sur une pensée – en l’occurrence celle de Platon – qui, certes, en dérive, mais ne lui est pas forcément identique. Du moins la question doit-elle être posée.

    Cette interrogation devient essentielle si l’on considère la pensée de Platon non seulement comme un commencement – celui de la métaphysique occidentale – mais aussi comme la fin, en forme tout à la fois de synthèse et d’inflexion par rapport à cette synthèse, d’une époque antérieure et de la manière d’être au monde que cette époque avait développée. Si tel est le cas, on entrevoit ce que l’on risque de perdre à faire de Parménide un simple présocratique, un socratique en devenir, en quelque sorte non encore « abouti ». Retrouver sa parole singulière sous le recouvrement qu’en a effectué une autre parole peut même sembler vital, si l’on pense que s’est perdu dans cette évolution ce qui donnait à notre pensée sa valeur la plus insigne – autrement dit : si l’on pense que Parménide était au sens propre du terme un penseur « initial », proche de l’« essence », depuis barrée ou oubliée, de notre manière d’être la plus profonde ou authentique. Tel est le parti pris adopté par Heidegger quand, durant le semestre d’hiver 1942-1943, il entreprend de mener à l’université de Fribourg-en-Brisgau une longue réflexion – dont la traduction paraît aujourd’hui en France sous le titre de Parménide – sur dix vers du Poème de Parménide, et même seulement sur deux ou trois expressions contenues dans ces vers. Des expressions, il est vrai, essentielles dans notre philosophie, puisqu’elles ne se réfèrent à rien de moins qu’à une de ses notions cardinales, sinon la plus centrale de toutes : ce que nous nommons « vérité ». Or le premier constat que fait Heidegger – et sur lequel il reviendra plusieurs fois (2) – est que ce que nous avons décidé d’appeler « vérité », selon la racine latine veritas, n’entretient qu’un lointain rapport avec ce que les Grecs d’avant Platon nommaient, eux, alèthéia.

    Là où la veritas latine se définit positivement comme une correspondance, uneadequaetio , des mots aux choses, et une conformité, une certitudo, par rapport à la raison, l’ alèthéia évoquée par Parménide s’annonce d’emblée, par sa formation sémantique (« a-lèthéia », avec un a privatif, suppose une opposition avec la « lèthé »ainsi désignée), comme de nature conflictuelle, « adversative ». Littéralement,alèthéia se traduit par le « hors retrait ». Mais, si l’on tient ici un équivalent sémantique du mot, reste à comprendre de quelle épreuve il rend compte et en quoi cette épreuve diffère de la nôtre. Tout le mouvement du cours de Heidegger consistera à tenter de se défaire de notre expérience moderne des choses afin d’entrevoir s’il n’en est pas une plus originelle, que nous aurions délaissée et dont nous nous serions même, à la longue, « coupés » plus ou moins sans retour.

    Si la tâche est difficile, c’est que nous avons ainsi à comprendre une expérience du monde avec des mots, nos mots, qui résultent d’une expérience différente, la contiennent de part en part et sans cesse nous ramènent à elle. C’est toute la question, épineuse, de la traduction : comment faire en sorte qu’elle ne soit pas une simple projection de notre propre univers sur un autre ? Ce qui impose un long examen dont rien ne garantit qu’il réussisse. De fait, on aura compris que Heidegger chemine ici vers ce qui est au coeur de son oeuvre, la notion d’« oubli de l’être » ; mais, ce qui est passionnant dans ce cours, c’est que Heidegger ne fait justement pas de cette antienne une « notion » au sens doctrinal du terme, mais l’épreuve d’un autre rapport au monde. Réussit-il, au bout du compte, à définir cette attitude ? C’est selon. Parce que l’on se trouve ici en présence d’un cours, c’est-à-dire d’une exploration lente, malaisée et répétitive, on perçoit mieux à la fois la grandeur et les impasses de la tentative. Cette tentative est admirable par son exigence de rigueur et sa définition du travail philosophique non comme un savoir mais comme une méditation acharnée à modifier – ce qu’il est de plus difficile à faire dans la pensée, mais est peut-être justement la pensée même – notre « regard » sur les choses. Son exploration n’évite en même temps qu’à grand-peine le raisonnement circulaire, du type : l’ alèthéia est une autre expérience du monde, parce qu’elle est différente de la nôtre…

    À partir de ce constat, il serait loisible de tirer la conclusion, souvent faite, que Heidegger s’annonce ici plus comme une sorte de « gourou » qu’un penseur au sens rationnel du terme. Ce serait aller vite en besogne et très injuste. D’abord, parce qu’il y a tout ce que Heidegger établit en chemin – sur la question de la traduction, sur la définition de la philosophie, etc. -, les interrogations qu’il nous amène à soulever sur l’évolution de notre pensée, sur ce avec quoi elle a rompu à notre désavantage mais aussi, indirectement et à l’encontre de ses propres positions, à notre avantage. La seconde raison est que ce cours peut se lire comme une formidable réflexion sur la difficulté de comprendre, à partir de nous, ce qui se meut dans un autre champ d’expérience. Or il s’agit là d’une interrogation tout autre que théorique ou nostalgique. C’est au contraire un de nos enjeux les plus contemporains, dans un monde devenu ontologiquement pluriel, un monde dont nous n’occupons plus le centre, mais, au mieux, un des centres. Bref, Heidegger nous met ici sur la voie d’une « méthode » pour envisager ce que pourrait être un véritable « dialogue » entre les peuples (3). Enfin, il ne faudrait pas oublier le plaisir esthétique que diffuse un texte par instants d’une grande beauté littéraire. Pour toutes ces raisons, le Parménide de Heidegger est l’une des lectures les plus urgentes en ce début d’année.

    Patrice Bollon, Magazine Littéraire

    Illustration : Montage d’ActuPhilo à partir de Parménide de Raphael et d’un portrait de Martin Heidegger de Herbert Wetterauer

    Pour se procurer « Parménide », de Martin Heidegger

     


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    Le « care ». La vie vaut-elle la peine d’être vécue ?

    Posted by Hervé Moine sur 11 février 2011

    Bernard Stiegler

    Ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue

    De la pharmacologie

    Flammarion

    Présentation de l’éditeur

    Qu’on l’admette ou qu’on le dénie, chacun sent bien qu’à présent l’avenir de la vie terrestre se trouve mis en jeu dans une urgence inouïe. Et chacun sait que, depuis la séquence historique qui s’est engagée en 2007 et qui paraît avoir déclenché ce qu’on appellerait en physique nucléaire une réaction en chaîne, chaque pas compte et semble se surcharger systémiquement de conséquences très difficilement réversibles – sinon absolument irréversibles. Cette crise est sans précédent d’abord en cela. Si krisis signifie bien et d’abord décision, elle est critique comme jamais : elle révèle que le destin humain – qui est un destin inéluctablement technique et technologique – est pharmacologique au sens où, en grec, le pharmakon est à la fois le remède et le poison. Le pharmakon est à la fois ce qui permet de prendre soin et ce dont il faut prendre soin – au sens où il faut y faire attention: c’est une puissance curative dans la mesure et la démesure où c’est une puissance destructrice. Tel est aussi le feu dans la mythologie grecque. Devenu technologie industrielle, le pharmakon est de nos jours hégémoniquement contrôlé par l’économie, c’est-à-dire par le marketing, et c’est une calamité. Cet état de fait, qui a installé une économie de l’incurie génératrice d’une bêtise systémique, signifie que la question du soin – que l’on appelle aussi le care – est une affaire d’économie politique, et non seulement d’éthique.

    En Quatrième de couverture

    Qu’on l’admette ou qu’on le dénie, chacun sent bien qu’à présent l’avenir de la vie terrestre se trouve mis en jeu dans une urgence inouïe. Et chacun sait que, depuis la séquence historique qui s’est engagée en 2007 et qui paraît avoir déclenché ce qu’on appellerait en physique nucléaire une réaction en chaîne, chaque pas compte et semble se surcharger systémiquement de conséquences très difficilement réversibles – sinon absolument irréversibles. Cette crise est sans précédent d’abord en cela. Si krisis signifie bien et d’abord décision, elle est critique comme jamais : elle révèle que le destin humain – qui est un destin inéluctablement technique et technologique – est pharmacologique au sens où, en grec, le pharmakon est à la fois le remède et le poison. Le pharmakon est à la fois ce qui permet de prendre soin et ce dont il faut prendre soin – au sens où il faut y faire attention : c’est une puissance curative dans la mesure et la démesure où c’est une puissance destructrice. Tel est aussi le feu dans la mythologie grecque. Devenu technologie industrielle, le pharmakon est de nos jours hégémoniquement contrôlé par l’économie, c’est-à-dire par le marketing, et c’est une calamité. Cet état de fait, qui a installé une économie de l’incurie génératrice d’une bêtise systémique, signifie que la question du soin – que l’on appelle aussi le care – est une affaire d’économie politique, et non seulement d’éthique.

    Pour se procurer l’ouvrage de Bernard Stiegler Ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue : De la pharmacologie

     

    Présentation de l’ouvrage de Bernard Stiegler sur France Culture

    Bernard Stiegler était l’invité de l’émission de Philippe Petit, la Fabrique de l’humain du jeudi 27 janvier 2011.

    Qu’est-ce que le soin ? Que veut dire prendre soin ? Quelle différence établir entre le soin thérapique et le soin thérapeuthique ? Existe-t-il une obligation de soin ? Sur quoi reposent les enjeux d’une politique de soin ? Le soin est-il une relation intégrale ? On n’en finirait pas d’énoncer les multiples dimensions du soin. Prendre soin de soi et des autres ne relèvent pas d’une quelconque vertu morale transcendant les siècles et les civilisations telle la pitié primitive ou l’amour de soi dans l’état de nature chez Rousseau. La question du soin – que l’on appelle aussi le care – est une affaire d’économie politique, et non seulement d’éthique selon le philosophe Bernard Stiegler. Elle s’inscrit au cœur des alternatives économico-politiques. Elle requiert la mise en œuvre d’une politique d’adoption capable de promouvoir une véritable écologie de l’esprit. Bernard Stiegler est de ceux qui anticipé la crise économique et financière de 2008. Il a tiré les leçons de l’effondrement du modèle industriel fondé sur l’automobile et la télévision. À ceux qui ne voient pas que le consumérisme est menacé par sa limite propre du fait que le désir du consommateur s’épuise en même temps que son savoir vivre s’émousse, il répond que la domination du court terme sur le long terme a assez duré. À la morgue du marketing irresponsable, il préfère contribuer à la formation d’un nouvel âge industriel. Face à une économie de l’incurie génératrice de bêtise sytémique, il préfère se demander ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue. C’est le titre de son dernier livre. Ce n’est pas un livre de plus sur le soin. Mais un livre qui prend soin de la vie humaine. Il est venu à La Fabrique de l’Humain pour nous en parler…. http://www.franceculture.com/player?p=reecoute-3732621#reecoute-3732621

    Pour se procurer l’ouvrage de Bernard Stiegler Ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue : De la pharmacologie

    Critique

    Deux choses à la fois

    article de Manola Antonioli paru dans nonfiction.fr  lundi 7 février 2011

    http://www.nonfiction.fr/article-4224-deux_choses_a_la_fois.htm

    Dans son dernier ouvrage, issu des cours qu’il a donnés dans plusieurs universités durant l’hiver 2010, le philosophe Bernard Stiegler tente de penser l’indécidabilité qui règne autour du développement à la fois de la technique et des technologies industriels.

    Depuis la publication du premier tome de sa thèse sur La Technique et le temps en 19941, le philosophe Bernard Stiegler élabore une pensée originale de la technique nourrie des influences décisives d’Husserl, Heidegger, Derrida, Foucault, Deleuze, Leroi-Gourhan et Simondon. Auteur très prolifique, il a publié un grand nombre d’ouvrages qui explorent les conséquences sociales, culturelles, politiques et économiques des mutations technologiques en cours, et notamment leurs conséquences sur le « processus d’individuation » de l’individu et de l’ensemble de la société. Grand inventeur de néologismes, Stiegler a ainsi analysé, au fil des années, la « misère symbolique » de l’ »époque hyperindustrielle », la constitution de l’Europe, la « mécréance » du capitalisme contemporain, la « télécratie », le « psychopouvoir », la « mécroissance ». Son dernier ouvrage est issu des cours qu’il a donnés dans plusieurs universités durant l’hiver 2010 et il est axé sur le devenir techno-industriel du pharmakon.

    Pharmakon

    Stiegler reprend la notion de pharmakon au commentaire de Phèdre de Platon donné par Jacques Derrida dans « La pharmacie de Platon » en 1972. 2 Platon parle de pharmakon à propos de l’écriture comme hypomnématon, support artificiel de la mémoire, à laquelle il attribue un caractère dangereux et « empoisonnant » pour la pensée, en lui opposant l’anamnésis, la pensée et la mémoire dans leur autonomie. Derrida a montré que l’autonomie de la pensée est toujours intimement liée à une forme d’hétéronomie technique (l’écriture, dans le dialogue de Platon) et que, là où le philosophe grec les opposait, autonomie et hétéronomie composent toujours, dans la logique propre au pharmakon (le poison et le remède, ce qui permet de prendre soin et ce dont il faut se méfier, la puissance curative et la puissance destructrice, toujours les deux à la fois). La « pharmacologie » que Stiegler développe dans ces pages est fondée sur cet à la fois qui lui permet d’interpréter l’évolution de la technique et de la technologie industrielle. L’aspect pharmacologique de la prothéticité technique qui caractérise le processus d’hominisation aurait été ignoré par tous les philosophes qui l’ont précédé, et surtout par Jacques Derrida lui-même : « Pour autant que je sache, Derrida n’aura jamais envisagé ne serait-ce que la possibilité d’une telle pharmacologie – c’est-à-dire d’un discours sur le pharmakon appréhendé du même geste dans ses dimensions curatives et dans ses dimensions toxiques. » (p. 16)

    On comprend aisément le désir de « meurtre du père » philosophique qui anime Stiegler, mais cette critique réitérée est profondément inexacte et infondée. Toute la pensée de Derrida peut être en effet interprétée comme une  réflexion sur la portée vertigineuse de cet à la fois qui émerge de son commentaire de Platon (qu’il l’appelle pharmakon, indécidabilité ou aporie), et il a toujours fait de la technique (comme télé-technologie, télé-technoscience ou télé-vision) le lieu privilégié de manifestation de toutes ses possibilités créatrices comme de tous ses dangers. Stiegler s’attribue donc visiblement à tort la paternité philosophique d’une « pharmacologie de la technique », en flagrante contradiction avec le « soin » qu’il nous invite par ailleurs à prêter au fragile équilibre de la transmission et des générations (soin qui devrait concerner également, à notre avis, les généalogies et les générations philosophiques).

    Pour Stiegler, la question du pharmakon et de sa puissance curative et destructrice à la fois, n’est plus seulement un enjeu de controverses philosophiques et savantes, mais une question qui nous concerne tous, face aux crises sans précédents auxquelles nous sommes confrontés au niveau planétaire, crise financière, crise écologique et crise de l’esprit, indissolublement liées. La crise économique qui s’est révélée au grand jour entre 2007 et 2008 n’a fait que mettre définitivement en lumière la « nature profondément destructrice du système industriel planétarisé », d’un monde engagé dans une vraie « guerre » économique, où les technologies industrielles sont devenues des armes de destruction des écosystèmes, des structures sociales et des appareils psychiques. L’élément essentiel de cette analyse est, de nouveau, le à la fois qu’il s’agit de comprendre dans toute sa portée : contrairement à ce que veulent nous faire croire des discours politiques et médiatiques souvent dénués de toute ambition de pensée, aucune de ces crises ne pourra être résolue isolément. Ce qu’il s’agit de penser et de bâtir est désormais un rapport à la technique et aux technologies qui permettrait de penser la reconstruction d’un avenir mondial, au niveau écologique, social, économique et psychique.

    Relisant « La crise de l’esprit » et les Regards sur le monde actuel de Valéry, Stiegler affirme donc qu’on ne pourra plus considérer isolément l’économie spirituelle et l’économie matérielle, lenegotium et l’otium, deux économies inséparables et pourtant contradictoires qui appellent une nouvelle pharmacologie. La technique joue un rôle essentiel dans ces deux économies, puisqu’elle forme depuis l’âge industriel un nouveau système d’organes artificiels qui ouvrent d’immenses possibilités créatrices mais qui entraînent également des effets destructeurs contraires et systémiques, comme Sigmund Freud le soulignait déjà dans Malaise dans la civilisation.

    Au cours du XXe siècle, la technique est devenue technoscientifique et industrielle et les industries culturelles et le marketing ont mis en œuvre des psychotechnologies, dont Adorno et Horkheimer ont amorcé la critique à partir de l’analyse de l’imagination artificielle hollywoodienne. Dans l’horizon technoscientifique, industriel et psychotechnologique qui est désormais définitivement le nôtre, le projet philosophique de Stiegler est d’identifier le rôle des pharmaka dans la formation du désir et de la raison et de constituer une thérapeutique de cette pharmacologie. C’est là le point de départ qu’il assigne à une nouvelle théorie critique, qui serait nécessairement aussi une critique de l’inconscient et une économie politique de l’esprit.

    Prolétarisation des esprits

    Dans le diagnostic de Stiegler, le devenir industriel de la technique entre le XXe  et le XXIe siècle a produit une perte globale des savoirs sous toutes leurs formes, un processus massif dedésapprentissage et une société de plus en plus addictive, perte comparable à une « prolétarisation généralisée » de l’esprit. On a depuis longtemps identifié cette perte des savoirs dans le domaine culturel, en essayant de s’en protéger par des réformes du système éducatif, par les mesures françaises sur l’ »exception culturelle » ou par des stratégies internationales de protection de la « diversité culturelle », jusqu’aux formes extrêmes des intégrismes et du terrorisme. Mais on a largement sous-estimé une perte des savoirs beaucoup plus générale, qui s’étend à toutes les formes traditionnelles des savoir-vivre et des savoir-faire, perte devenue de plus en plus massivement toxique parce qu’elle nous rend incapables de « prendre soin » de nous-mêmes et des autres.

    Nous sommes ainsi confrontés à une vaste problématique écologique, qui ne concerne pas exclusivement l’environnement naturel, mais aussi notre environnement psychique et social, le tissu de relations qui constitue notre cerveau et l’espace transitionnel qui permet une individuation psychique ou collective (une transindividuation), sans laquelle « la vie ne vaut pas la peine d’être vécue » et le désir s’effondre dans un monde fait de sujets et d’objets également « jetables » et consommables.

    Le destin des appareils psychiques et celui des appareils sociaux apparaissent désormais étroitement liés dans un modèle économique fondé sur un « psychopouvoir » qui vise à capter l’attention des individus pour les transformer en consommateurs passifs, processus commencé avec la radio et la télévision et qui s’est ensuite disséminé sur toute la planète à travers la multiplication des réseaux de communication. Cette « perte d’attention » généralisée a déterminé également l’énorme crise financière que nous connaissons, déterminée par une vision de l’économie axée sur le court terme et qui se caractérise par une perte généralisée des capacités de projection dans le long terme (c’est le fonctionnement même du spéculateur : « le spéculateur est typiquement celui qui ne prête aucune attention aux objets de sa spéculation – qui n’en prend aucun soin. » (p. 131)).

    Il s’agit donc de changer de modèle économique, pour sortir du modèle actuel, fondé sur une confusion entre système technique et système économique dans laquelle la nature pharmacologique propre aux deux systèmes ne fait qu’exacerber et démultiplier leurs tendances toxiques et autodestructrices. Lutter contre la « tendance incurieuse » propre au capitalisme contemporain ne peut plus passer par la « relance de la consommation » ; mais Stiegler refuse également d’explorer les pistes ouvertes par une perspective de « décroissance », pour prôner ce qu’il appelle une véritable croissance et qu’il oppose à la « mécroissance » du consumérisme. Dans la logique propre au pharmakon, les puissances curatives et thérapeutique coexistent avec le potentiel de destruction. C’est ainsi dans l’évolution de la technique elle-même, dont le développement orienté exclusivement vers la recherche du profit à court terme a produit la prolétarisation des esprits dénoncée par Stiegler, qu’on pourra puiser les ressources d’une réorientation générale de l’économie et de la société.

    Les nouvelles technologies numériques forment un effet un « nouveau milieu technologique, réticulaire et relationnel », susceptible de reconfigurer le processus d’individuation psychique et collectif. Les technologies relationnelles  mettent progressivement en place de nouvelles dynamiques sociales, qui permettent la constitution des « réseaux sociaux ». Susceptibles d’agir comme des instruments de destruction des relations sociales prénumériques, ces réseaux possèdent cependant un grand potentiel politique, culturel et économique. C’est dans les réseaux socio-numériques que s’inventent les formes futures du collectif, mais c’est là aussi qu’elles peuvent s’effondrer, faute d’une radicale réorientation du système économique actuel.

    À en juger par cet ouvrage, on pourrait dire que la logique des deux choses à la fois décrite par Stiegler a fini par envahir toute sa pensée : il se montre à la fois trop enthousiaste et trop catastrophiste dans son approche de l’évolution des réseaux techniques et sociaux, il souhaite sauvegarder à la fois le capitalisme et la « valeur esprit ». Se réclamant souvent de Marx, il espère réorienter le capitalisme vers une croissance « vertueuse », créatrice de « soin » et de nouvelles possibilités pour l’esprit. Mais il oublie trop vite, à notre avis, dans une sorte d’aveuglement volontaire, que la « schizophrénie » qu’il décrit est l’essence même du capitalisme, que la « valeur esprit » n’a jamais été cotée en bourse et ne le sera probablement jamais et que le court-termisme et la recherche du profit immédiat seront très difficilement abandonnés pour la temporalité longue du savoir et de l’espace relationnel dans le modèle économique actuel. C’est l’idée même de « croissance » qui devra probablement être mise radicalement en question (et pas simplement réorientée) pour que le changement radical de culture et de société qu’il appelle de ses voeux puisse au moins s’amorcer dans les années à venir.

    L’urgence de la mission réformatrice de la pensée, de l’action, de l’économie et de la culture que  Stiegler s’attribue frôle souvent le ton prophétique et se traduit dans l’accumulation des références et des citations, dans les renvois systématiques à d’autres passages de ses livres, dans les notes qui renvoient à des ouvrages qu’il n’a pas encore publiés (et très probablement pas encore écrits). Même le lecteur le plus motivé et intéressé par les thématiques traités dans l’ouvrage, risque d’avoir l’impression d’être confronté à des textes disparates, collectés et publiés trop vite, comme si l’auteur avait fini par être pris dans la même dynamique folle d’accélération du temps médiatique et économique, dans le même court-termisme dont il montre par ailleurs si bien les travers et le potentiel de destruction.

    Une telle pensée, potentiellement si utile pour comprendre le monde actuel et ses transformations, mériterait justement plus de « soin » et exigerait de s’inscrire dans la temporalité longue des savoirs et de la pensée dont cet ouvrage fait un si bel éloge : publier moins pour penser plus (ou plus lentement) .

    rédacteur : Manola ANTONIOLI, Critique à nonfiction.fr
    Illustration : wikipedia

    Notes :
    1 – La Technique et le temps 1. La faute d’Épiméthée, Galilée, 1994 ; La Technique et le temps 2. La désorientation, Galilée, 1996 et La Technique et le temps 3. Le temps du cinéma, Galilée, 2001
    2 – Jacques Derrida, « La pharmacie de Platon », in La Dissémination, Paris, Seuil, 1972

     

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    Philo-Théâtre. Une question simple et abyssale : « qu’est-ce que le temps ? »

    Posted by Hervé Moine sur 8 février 2011

    Du 10 au 12 février 2011 au Centre dramatique régional de Haute-Normandie / Théâtre des deux rives à Rouen

    Qu’est-ce que le temps ?

    d’après Le Livre XI des Confessions d’Augustin

    mise en scène Denis Guénoun

    création / coproduction du Centre dramatique régional de Haute-Normandie / Théâtre des deux rives

    – avec Stanislas Roquette

    – nouvelle traduction Frédéric Boyer

    – direction technique Patrick Delacroix et l’équipe technique du Centre dramatique

    Retour aux textes fondateurs dans un monde où les repères vacillent. La question posée est à la fois simple et abyssale : qu’est-ce que le temps ?

    Fidèles complices, Denis Guénoun et Stanislas Roquette se de la pensée et son incarnation sur scène. Les Confessions, de Saint Augustin, sont un des écrits les plus célèbres de la culture occidentale. Augustin y invente le genre de l’autobiographie, livre des souvenirs bouleversants sur son enfance, sa mère, sa conversion, dans une prose très intense. Dans un langage contemporain qui restitue toute sa verdeur à la première autobiographie de tous les temps, Frédéric Boyer en propose une remarquable traduction.

    À travers les mots, dits, montrés, portés, Denis Guénoun et Stanislas Roquette nous font suivre avec humour le cheminement philosophique de Saint Augustin et donnent corps à sa réflexion. L’épure de cette expérience théâtrale invite à un voyage intime dans le temps et la mémoire de soi.

    production Artépo ; coproduction Centre dramatique régional de Haute-Normandie / Théâtre des deux rives, avec l’aide du TNP de Villeurbanne et des Rencontres de Brangues.

    Ce spectacle a été présenté en avant-première dans le cadre des Rencontres de Brangues, à l’invitation de Christian Schiaretti.

    Les Aveux, nouvelle traduction des Confessions de Saint Augustin (2008, P.O.L) a obtenu le Prix Jules Janin de l’Académie française.

    Fichier:AugustineLateran.jpg« Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; mais que je veuille l’expliquer à la demande, je ne le sais pas ! Et pourtant – je le dis en toute confiance – je sais que si rien ne sepassait, il n’y aurait pas de temps passé, et si rien n’advenait, il n’y aurait pas d’avenir, et si rien n’existait, il n’y aurait pas de temps présent.

    Mais ces deux temps, passé et avenir, quel est leur mode d’être alors que le passé n’est plus et que l’avenir n’est pas encore ? Quant au présent, s’il était toujours présent sans passer au passé, il ne serait plus le temps mais l’éternité. Si donc le présent, pour être du temps, ne devient tel qu’en passant au passé, quel mode d’être lui reconnaître, puisque sa raison d’être est de cesser d’être, si bien que nous pouvons dire que le temps a l’être seulement parce qu’il tend au néant. […] Enfin, si l’avenir et le passé sont, je veux savoir où ils sont. Si je ne le puis, je sais du moins que, où qu’ils soient, ils n’y sont pas en tant que choses futures ou passées, mais sont choses présentes. Car s’ils y sont, futur il n’y est pas encore, passé il n’y est plus. Où donc qu’ils soient, quels qu’ils soient, ils n’y sont que présents. Quand nous racontons véridiquement le passé, ce qui sort de la mémoire, ce n’est pas la réalité même, la réalité passée, mais des mots, conçus d’après ces images qu’elle a fixées comme des traces dans notre esprit en passant par les sens. Mon enfance par exemple, qui n’est plus, est dans un passé qui n’est plus, mais quand je me la rappelle et la raconte, c’est son image que je vois dans le présent, image présente en ma mémoire.

    En va-t-il de même quand on prédit l’avenir ? Les choses qui ne sont pas encore sont-elles pressenties grâce à des images présentes ? Je confesse, mon Dieu, que je ne le sais pas. Mais je sais bien en tout cas que d’ordinaire nous préméditons nos actions futures et que cette préméditation est présente, alors que l’action préméditée n’est pas encore puisqu’elle est à venir. Quand nous l’aurons entreprise, quand nous commencerons d’exécuter notre projet, alors l’action existera mais ne sera plus à venir, mais présente. […]

    Il est dès lors évident et clair que ni l’avenir ni le passé ne sont et qu’il est impropre de dire: il y a trois temps, le passé, le présent, l’avenir, mais qu’il serait exact de dire: il y a trois temps, un présent au sujet du passé, un présent au sujet du présent, un présent au sujet de l’avenir. Il y a en effet dans l’âme ces trois instances, et je ne les vois pas ailleurs: un présent relatif au passé, la mémoire, un présent relatif au présent, la perception, un présent relatif à l’avenir, l’attente. Si l’on me permet ces expressions, ce sont bien trois temps que je vois et je conviens qu’il y en a trois ».

    Saint Augustin, Confessions (vers 400), trad. E Khodoss, livre XI, § XIV, XVIII et XX.

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    Le programme du mois de février 2011 du centre Léon Robin de Paris Sorbonne

    Posted by Hervé Moine sur 2 février 2011

    Actualités du Centre Robin de Paris Sorbonne

    Vendredi 4 février 2011 : Séminaire Travaux en cours

    Jean-Louis Labarrière (CNRS, Centre Léon Robin) : « L’homme apolitique dans les Politiques (I, 2) d’Aristote. »

    ENS, 45, rue d’Ulm, 75005 Paris

    Salle Beckett

    Jeudi 10 février 2011, 14h30-18h30 : Séminaire : l’âme et ses discours

    Marie-Hélène Congourdeau (CNRS, Paris) : « L’animation de l’embryon, de l’Antiquité au VIe siècle byzantin. »

    Antoine Pietrobelli (Univ. de Reims) : « Une conception médicale de l’âme : le De propriis placitis de Galien. » Université Paris-Sorbonne, Salle des Actes

    Vendredi 25 février 2011, 14h00-17h30 : Conférences Léon-Robin : Le Stoïcisme, Politique et cosmopolitisme

    Suzanne Husson (Université Paris-IV, Centre Léon Robin) : « Le cosmopolitisme : du Cynisme au Stoïcisme »

    Valéry Laurand (Université Bordeaux III, EA SPH – IUF) : « Loi universelle et loi de la cité »

    Ecole Normale Supérieure, salle de Conférence, 46, rue d’Ulm, 75005 Paris

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    De Hölderling à Proust en passant par Sartre et Lacan…

    Posted by Hervé Moine sur 2 février 2010

    Littérature et métaphysique

    Séminaire de l’Ecole Normale Supérieure d’Ulm 2010

    _____________________

    E.N.S. – 45, rue d’Ulm – Paris 5e

    En 2010 les séances ont lieu les jeudis 4 février, 4 et 18 mars, 1 er avril, 6 et 27 mai

    de 18h30 à 20h30 mais les horaires restent à préciser

    On assiste au séminaire sans inscription ni frais.

    Programme

    • 1ère séance le 4 février 2010

    Marc Goldschmit « Hölderlin dans l’absolu romantique hors de lui »

    • 2ème séance le 4 mars 2010

    Thomas Dutoit « Les romantiques anglais et les taches du temps (spots of time) »

    • 3ème séance le 18 mars 2010

    Marc Goldschmit « Maladresses de Sartre » à propos de Qu’est-ce que la littérature ?

    • 4ème séance le 1er avril 2010

    Clotilde Leguil « Lacan avec Sartre, une reprise de l’existentialisme au service de la réinvention de la psychanalyse »

    • 5ème séance le 6 mai 2010

    Thomas Dutoit « Tristram Shandy ou les trous de l’histoire de Laurence Sterne »

    • 6ème séance le 27 mai 2010

    Sara Guindani La « Recherche » de Proust : une écriture de l’ombre

    Argument du séminaire littérature et Métaphysique

    Être, inconscient, écriture : la part de pensée de notre héritage, non sans testament, mais dont le légataire reste peut-être encore à venir. Sans nier les différences entre les travaux qui ont permis de dégager et d’élaborer les pensées de l’être, de l’inconscient et de l’écriture, on peut dire que le travail de ces trois pensées, et de leur dépassement dans l’écriture, a produit un profond déplacement : le sens (de l’histoire, du sujet, du discours) s’est trouvé, à partir de ce travail, n’être plus disponible, ni donné, ni constructible. Porté d’abord par trois noms (Heidegger, Freud, Derrida), cette élaboration a donné, en effet , lieu à un suspens du sens, à l’ouverture d’une béance dans l’histoire.

    Nous chercherons à nous demander, dans ce séminaire, comment l’écriture littéraire peut penser, panser et accompagner, voire provoquer ce déplacement et cette ouverture du sens, quand elle pense les transformations, y compris les déformations et les défigurations incompréhensibles, du monde, du sujet et du discours. Et comment la réinvention continue de la littérature, et l’interrogation sur sa forme et sur celle du monde, a été inséparable d’une pensée de la transformation sans forme, de repérages — performants, performatifs — de telles perforations.

    Nous nous demanderons donc comment ce qui a été laissé pour compte (l’être, l’inconscient, l’écriture) dans l’accomplissement du Savoir peut se frayer un avenir, un autre avenir, dans, par et contre le texte littéraire.

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    Descartes : Discours de la Méthode Cours n°6

    Posted by Hervé Moine sur 10 mars 2009

    Dans ce 6ème cours consacré à la lecture du Discours de la Méthode de Descartes, après avoir abordé les fondements de la connaissance, la morale provisoire, il nous faut maintenant envisager les fondements métaphysiques à travers la lecture de la quatrième partie. A la fin, de ce cours, vous trouverez des questions pour vous accompagner.

    René Descartes

    René Descartes

    III. LES FONDEMENTS METAPHYSIQUES

    D. La quatrième partie du Discours de la Méthode

    « En la quatrième, les raisons par lesquelles il prouve l’existence de Dieu et de l’âme humaine, qui sont les fondements de sa métaphysique. »

    Dans cette partie, Descartes nous présente un enchaînement serré et continu de raisons en huit paragraphes, dont on peut distinguer trois moments.

    1°) [para. 1 et 2] Ce premier moment montre que pour prouver quelque chose d’absolument certain, il faut douter de tout : le doute absolu fait découvrir une vérité et une existence : « je pense donc je suis ».

    Descartes pose d’abord cette entente préalable de l’existence (« je pense donc je suis ») à partir de l’expérience fondamentale du rêve, qui permet d’effectuer le mouvement fondamental du doute radical ; puis, il fait nettement réaliser que cette existence est celle d’un entendement pensant. Pour Descartes, la certitude de l’existence devient modèle pour penser toute vérité.

    2·) [para.3 à 5] Ce moment est un appel à Dieu.

    Descartes prend acte de cette existence pensante imparfaite, ce qui le renvoie à ce dont elle dépend, et qui existe donc aussi : une existence pensante parfaite, Dieu. Descartes énonce trois preuves de l’existence de Dieu.

    2·) [para.6 à 8] Ce dernier moment montre en particuliers que Dieu met fin au doute radical.

    Pour Descartes, Dieu garantit l’existence (la réalité du monde) et la vérité de notre idée du monde. Il assure que les idées des hommes (ou l’image qu’ i la ont en leur pensée) correspondent à ce qu’est le monde réel. Dieu met ainsi fin au doute.

    QUESTIONS

    1. Quelle différence Descartes reconnait-il exister entre les réflexions qui précèdent et celles qui commencent ici ? Que signifie l’expression « méditations métaphysiques » que l’on trouve au tout début de cette troisième partie ?
    2. Quel est l’argument qui autorise Descartes à s’éloigner des maximes provisoires fixées antérieurement et à rejeter toutes ses opinions, même probables ?
    3. Quelles sont les différentes entre la nature corporelle et notre vraie nature ?
    4. Comment Descartes parvient-il à concevoir ce qui fait que nos pensées sont vraies ou fausses ?
    5. Par quel raisonnement Descartes établit-il que l’idée d’un Dieu, être plus parfait que je ne suis, n’a pas sa cause en moi mais en Lui-même ? En quel sens est-ce une preuve ?
    6. S’il y a une « assurance morale » de l’existence des corps sensibles et s’il est extravagant d’en douter ? Pourquoi Descartes le fait-il ?
    7. Pourquoi n’est-il plus nécessaire de douter une fois le principe de la pensée établi ? Comment les arguments du début (le songe de l’erreur de raisonnement, les sens trompeurs) sont-ils réfutés à la fin ?
    8. Qu’est-ce que conduire ses pensées par ordre ?
    9. En quel sens le doute est-il une épreuve ?
    10. L’existence de Dieu a-t-elle besoin de preuves ? Et l’existence du monde ?
    11. La géométrie démontre-t-elle l’existence des êtres de raison ?

    Vous pouvez utiliser la fonction commentaire ci-dessous et y déposer vos contributions relatives à la lecture de cette première partie de l’ouvrage et concernant les réponses aux questions.

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