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Les éthiques de la nature

Posted by Hervé Moine sur 1 novembre 2013

Gérard Hess

Ethique de la nature

Collection « Ethique et philosophie morale »

2013, PUF

Pour se procurer l’ouvrage de Gérard Hess, Ethiques de la nature

Cet ouvrage constitue une synthèse du débat en éthique de l’environnement. Il s’efforce de structurer la discussion qui s’est développée en philosophie à partir des années 1970 en réaction à la crise écologique que le développement économique et techno-scientifique du monde occidental a générée après la Seconde Guerre mondiale.

Vouée à dégager les grandes articulations conceptuelles de ce champ de recherche, l’étude s’attèle d’abord à examiner les représentations sous-jacentes à l’idée de nature telle qu’elle a cours en Occident.

Elle recense ensuite les divers concepts de valeur de la nature et les cinq postures morales qui définissent les attitudes possibles de l homme à l’égard de la nature : théo-, anthropo-, patho-, bio- et écocentrisme.

Dans la seconde partie, le livre aborde les principales théories morales élaborées au cours de ces quarante dernières années au sein de l’éthique environnementale. En vue de clarifier le débat, il propose de les classer selon une typologie inédite.

Pour se procurer l’ouvrage de Gérard Hess, Ethiques de la nature

L’auteur

Philosophe et juriste de formation, Gérald Hess est maître d’enseignement et de recherche (depuis mars 2013) en éthique et philosophie environnementales à la Faculté des géosciences et de l’environnement à l’Université de Lausanne. Auteur de plusieurs articles en philosophie environnementale et en épistémologie.

Pour se procurer l’ouvrage de Gérard Hess, Ethiques de la nature

Les éthiques de la nature aujourd’hui

Article de Hicham-Stéphane AFEISSA paru dans Non-Fiction, le 31 octobre 2013

Pour lire l’article dans Non-Fiction

Un ouvrage d’introduction aux éthiques de la nature appelé à devenir l’outil pédagogique indispensable des prochaines décennies.

Le remarquable ouvrage que vient de publier Gérald Hess comble une lacune importante dans le domaine de la philosophie environnementale française, laquelle souffrait de ne disposer d’aucune étude synthétique et systématique présentant les diverses éthiques de la nature élaborées au cours du XXe siècle.

Si un privilège est très nettement accordé par l’auteur, comme sans doute il se doit, aux entreprises théoriques conduites par les penseurs anglo-américains, en ce que ces dernières se distinguent par le haut degré de raffinement qu’elles ont reçu depuis plus d’une trentaine d’années, une attention soutenue est également portée aux propositions avancées par des penseurs européens de premier plan, tels que Hans Jonas, Michel Serres, Martin Seel ou Augustin Berque. Le titre que l’auteur a choisi de donner à son ouvrage, dont il se justifie en Introduction (p. 16-17), permet de rendre compte de cet élargissement bienvenu de la perspective : en substituant le mot de  » nature  » à celui d’  » environnement « , lequel est trop souvent entendu au sens de l’environnement de l’homme, il devient loisible de prendre en considération les relations que les humains soutiennent avec la nature non humaine, en entendant par là aussi bien les animaux que les entités du monde naturel telles que des écosystèmes ou des biocénoses. Les éthiques de la nature dont il sera question ici concerneront donc non seulement les éthiques environnementales qui ont été élaborées sur le vieux continent et dans les pays anglo-saxons, mais aussi les éthiques animales, qui ont un titre à figurer dans la  » cartographie conceptuelle  » que s’efforce de tracer l’auteur, même si ce dernier prévient qu’elles font généralement l’objet d’une réflexion à part du reste de l’éthique environnementale.

L’ouvrage se subdivise en deux parties. La première propose, en une série de cinq chapitres, des analyses fort utiles et parfaitement claires, valant introduction générale à l’éthique environnementale, consacrées à l’examen des concepts de  » nature  » (ch. 1) et de  » valeurs naturelles  » (ch. 2), à une typologie des diverses théories morales disponibles (ch. 3), à une élucidation du concept de  » communauté morale  » (ch. 4), et enfin à un essai brillant de  » typologie des profils éthiques  » distinguant entre éthique naturaliste non extensionniste ou extensionniste, et éthique holiste (ch. 5). La seconde partie est dévolue aux principales théories éthiques de la nature élaborées au sein de chacune des postures morales recensées. Après l’examen des conceptions de la posture anthropocentrée (ch. 6), vient celui de la posture pathocentrée (ch. 7), puis celui de la posture biocentrée (ch. 8), et enfin celui de la posture écocentrée (ch. 9-10). Précisons que l’ouvrage n’ambitionne pas de présenter une quelconque histoire de l’éthique environnementale (même s’il n’est pas dépourvu de certaines indications éclairantes sur ce point, montrant que l’auteur n’en ignore rien), mais qu’il vise principalement à illustrer le débat théorique concernant l’engagement moral à l’égard de la nature.

Et, sous ce rapport, il n’est pas douteux que l’ouvrage remplit parfaitement son office, et qu’il s’imposera dans les années à venir comme l’outil de référence. Les sections de chapitres consacrées à Bryan Norton, Paul Taylor, Robin Attfield, Holmes Rolston, J. Baird Callicott et Val Plumwood offrent à ce jour les meilleures présentations disponibles en français (et parfois, les seules) des idées avancées par ces auteurs. La typologie des profils éthiques contenue dans le ch. 5 nous semble également l’une des plus claires et des plus rigoureuses jamais avancée, aussi bien en France que dans les pays anglo-saxons. La richesse de la culture mobilisée et les exceptionnelles qualités pédagogiques dont fait preuve l’auteur recommandent – et recommanderont pour longtemps – son ouvrage.

Les limites du projet que l’auteur a poursuivi tiennent peut-être essentiellement à la (trop) grande ambition qui l’anime. Car l’inclusion au sein d’un même ouvrage des éthiques de la nature (éthiques environnementales et éthiques animales) ne se fait pas sans la sous-évaluation, voire l’effacement, des différences philosophiques profondes, et parfois irréconciliables, qui opposent les théoriciens des deux bords. En fait d’éthique animale, il n’est question ici que de Peter Singer, Tom Regan et de Martha Nussbaum, dont les idées sont trop brièvement présentées pour que l’on puisse véritablement en apprécier la portée. Les effets dommageables de la typologie des profils éthiques se font ici doublement sentir, en ce que cette typologie exclut de prendre en compte les entreprises théoriques qui n’ont pas pu y trouver place, et ce qu’elle a parfois tendance à forcer à faire rentrer dans la même case (celle que l’auteur appelle  » pragmatique « ) des pensées différentes. On ne s’explique pas bien non plus pourquoi, du point de vue même de l’auteur, le courant d’esthétique environnementale fait l’objet de si peu d’attention de sa part, à l’exception des pages qu’il consacre à Martin Seel et à Eugene Hargrove. Inversement, la place qui est réservée dans l’ouvrage à des penseurs majeurs tels qu’Arne Naess et Hans Jonas (mais la même chose pourrait être dite au sujet de Michel Serres) est problématique, en ce qu’elle a tendance, en les incluant sous le chef général d’éthiques de la nature, à gommer les différences et à sous-estimer l’irréductibilité de la deep ecology et de l’éthique du principe responsabilité aux éthiques environnementales.

Hicham-Stéphane AFEISSA, agrégé et docteur en philosophie

Lire la fiche personnelle de Hicham-Stéphane Afeissa

Pour se procurer l’ouvrage de Gérard Hess, Ethiques de la nature

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John White. La philosophie comme ce qui nous prépare à mieux faire face à la vie

Posted by Hervé Moine sur 7 août 2012

John White 1945-2012

« Bonjour, je suis marié, père de trois enfants et deux petits enfants. J’ai été professeur de philosophie pendant 37 années dans un Cégep. Je vois la philosophie comme un moyen de s’attarder aux réalités de tous les jours avec un regard qui part de plus haut : en essayant de les comprendre, voir les principes sous-jacents qu’elles impliquent. De plus, la philosophie nous prépare à la vie, à mieux y faire face. Depuis toujours j’ai un grand désir de comprendre l’être humain et ses comportements. Vous avez là les grands thèmes de ma réflexion soit l’être humain, son comportement, les grandes idées sous-jacentes dans les débats de société. Je dois ajouter que suis un catholique sincère et éclairé (du moins je l’espère), très confortable avec sa foi. Dans les textes que je vous présente j’aime partir des faits, de l’expérience et non de théories philosophiques. J’apporte généralement quelques arguments simples pour appuyer ce que j’avance. Je ne prétends pas posséder la vérité, mais je crois cependant qu’elle existe. Elle s’impose d’elle-même avec autant de force que de douceur au terme d’une recherche sérieuse. Je vois les échanges comme un moyen de mettre en commun nos observations pour se rapprocher de cette vérité que nous cherchons tous. »

C’est ainsi que John White se présente sur son blog : http://philo-pratique.net/

John White est décédé le 15 janvier dernier, à l’âge de 77 ans des suite d’une longue maladie, une tumeur au cerveau. Il a laissé un ouvrage avant de mourir un ouvrage qui est « un héritage à la fois spirituel et positif qui fera du bien et mettra un peu plus de lumière sur le chemin de la vie » (note de l’éditeur).

Livre Volontairement bonJohn White

Volontairement bon

Petites histoires philosophiques

Chez Publistar

Un ouvrage contre la morosité

Volontairement bon, un titre qui transforme la formule socratique « nul n’est méchant volontairement »

C’est au moment de déposer son manuscrit final à l’éditeur que John White meurt. Cet ouvrage de philosophie pratique, destiné au grand public ou pour des lecteurs en quête de texte pouvant les inspirer à sortir de la pensée morose, constitue en quelque sorte son héritage.

Dans Volontairement bon, John White raconte les effets néfastes de s’attarder au mal, pour souligner ensuite l’élan fondamental de l’être humain vers le bien.

L’auteur mêle à des éléments philosophiques un retour sur les épisodes d’une vie bien menée, la sienne. Aujourd’hui, affirme-t-il, nous avons tendance à broyer du noir car nous faisons face à des idées reçues persistantes : l’égoïsme des uns, la paresse des autres.

Se sachant atteint d’une maladie incurable, John White aurait été en droit de sombrer dans la déprime. Il a écrit plutôt un témoignage qui prône la générosité, en reconnaissant qu’il ne verra probablement pas paraître son livre.

Volontairement bon est à paraîtreprochainement.

Un extrait de Volontairement bon de John White

Les effets de l’euthanasie sur les proches

Texte de John White, écrit sur son blog, le 25 mars 2011

http://philo-pratique.net/2011/03/les-effets-de-leuthanasie-sur-les-proches/

L’euthanasie est un sujet complexe qui peut être abordé sous différents angles. Il faut le considérer d’abord en soi au niveau des principes qui le sous tendent, dans son rapport avec celui qui en fait la demande. Il y a aussi l’angle plus secondaire quoique réel de son impact sur les proches. La mort est un acte ayant une portée sociale, on ne peut faire l’économie de cette dimension.

Bien que nous soyons certains de mourir, nous ne savons pas quand la mort se présentera. Nous ne sommes pas maîtres du moment de notre mort. Tant mieux! En ne choisissant pas le moment, nous ne sommes pas responsables de la peine que nous causons à nos proches. En effet, il est déjà difficile de voir partir un proche, il est encore plus difficile de l’accepter lorsque cette mort est volontaire. L’euthanasie va à l’encontre de l’amour naturel de la vie. Elle trouble les proches qui comme dans le cas du suicide se questionneront longtemps sur la pertinence de ce choix, sur ce qu’ils auraient pu faire pour l’éviter. Étant en contradiction avec l’amour naturel de la vie les proches ne peuvent s’empêcher d’y voir une forme d’abandon : «nous n’étions pas assez importants à ses yeux pour qu’il reste avec nous, sa douleur comptait plus que nous».

Émus par ce choix ils commenceront, même, à douter de leur propre capacité de surmonter les épreuves : «si lui n’a pas été capable, pourquoi moi je le serais». Voilà pour le plan individuel. Au plan social, d’observer les couples se faire et se défaire a engendré à la longue une génération doutant de sa capacité de réussir la vie de couple. Est-ce que de voir de plus en plus d’adultes faire appel à l’euthanasie, en plus de l’effet d’entraînement, ne risque pas d’ébranler la confiance que chacun se doit de posséder pour faire face aux grandes épreuves de la vie?

Le suicide est généralement causé par un mal de vivre. L’expérience nous apprend que ce type de peine est difficile à maîtriser, d’où un mélange de tristesse et de compassion envers le suicidé. L’euthanasie concerne davantage une douleur physique. Il existe plusieurs remèdes pour la soulager et un art de vivre pour l’apprivoiser. Si les proches peuvent compatir à la douleur, ils ont cependant beaucoup plus de difficulté à vivre avec l’image d’un des leurs qui a démissionné devant la souffrance. En plus de décevoir, il envoie le message qu’il ne vaut pas la peine de lutter. En contrepartie, lorsqu’un des leurs a lutté contre une longue maladie les proches affirment fièrement que c’était un battant, qu’il a combattu avec courage, qu’il s’est tenu debout jusqu’à la fin.

Celui qui a recours à l’euthanasie se rend-il compte qu’il met un fardeau supplémentaire sur les épaules de ses proches, alors que par sa mort naturelle il n’en n’est rien? Est-ce vraiment la façon la plus digne de mourir que de faire vivre cela à ceux qui restent? D’autre part, peut-on comme pays favoriser une législation qui aura pour effet de troubler, d’insécuriser et de nourrir le sentiment d’abandon de ses citoyens?

Pourquoi attendre sa mort naturelle même si c’est douloureux? Par amour pour les siens. Pour semer la paix plutôt que de les troubler par un choix en contradiction avec l’amour de la vie, par notre exemple conforter leur courage dans les épreuves qui les attendent et montrer à quel point on tient à eux.

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Agir pour le « care ». Liens entre philosophie et soin

Posted by Hervé Moine sur 6 août 2012

Des concepts pour penser le soin

La plateforme Ethique du Centre hospitalier Sainte-Anne et les animateurs de « Agir pour le care » poursuivent leur exploration des liens existant entre philosophie et soin. Chaque mois à partir de septembre se tiendront des moments de réflexion et d’échanges, ouverts à tous, dans l’esprit du séminaire « Approches philosophiques des figures du soin » organisé en 2010.

Agenda

19 septembre 2012 – L’ai-je bien techniqué ? Du système technicien au Gestell

  • Dominique FOLSCHEID, professeur émérite de philosophie, fondateur du master et doctorat de philosophie pratique – Université Paris-Est Marne-la-Vallée

31 octobre 2012 – Le dépistage relève t-il du soin ou du marché ?

  • Didier SICARD, professeur émérite, Université Paris Descartes

21 novembre 2012 – Le care, entre éthique et politique

  • Marie GARRAU, agrégée et docteure en philosophie

19 décembre 2012 – Littérature et vie morale

  • Solange CHAVEL, maître de conférences en philosophie à l’Université de Poitiers

16 janvier 2013 – La vulnérabilité : ces limites où tout s’inverse ?

  • Olivier ABEL, professeur de philosophie éthique à l’Institut protestant de théologie de Paris

Informations pratiques

Ces conférences se tiendront de 18 h à 20 h aux dates indiquées, sur le site de l’amphithéâtre Morel, pavillon Magnan

CHSA, 1, rue cabanis, 75014 Paris

L’inscription est obligatoire :

conference.plateforme.ethique@ch-sainte-anne.fr

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L’économie et la morale : Les justifications morales des inégalités économiques sont-elles fondées ?

Posted by Hervé Moine sur 15 juillet 2012

Ruwen Ogien

Les inégalités économiques ont-elles un sens moral ?

« Je ne m’intéresse pas aux causes des inégalités économiques, mais à ses justifications morales. Ce sont ces justifications que je trouve toutes infondées. » Ruwen Ogien

Lire l’excellent article de Ruwen Ogien paru le 13 juillet 2012 sur le site iphilo  à propos de la généralisation de justifications des inégalités économiques par des raisons apparemment morales : à droite, comme à gauche, n’a-t-on pas tendance en effet à sanctionner la paresse et au contraire à vouloir récompenser le mérite ?

Ruwen Ogien part de l’observation à propos de la représentation de la pauvreté en Europe faite par le sociologue Nicolas Duvoux, celle selon laquelle « l’explication par des phénomènes macro-économiques » ont cédé le pas en 20 ans à « l’explication de la pauvreté par la paresse », explication qui serait certainement la cause des attaques contre la fraude sociale, qui touche évidemment les « petits », considérés souvent comme des parasites ou des fainéants.

Et l’auteur L’éthique aujourd’hui de dire que « ce n’est pas la « fraude sociale » (…) infiniment moins importante que l’évasion fiscale des riches, qu’il faudrait combattre en priorité, mais le non recours massif aux aides sociales auxquelles les plus pauvres ont droit. »

Toute la question est de savoir si ces opinions populaires trouvent des justifications plus théoriques, philosophiques.

Pour réfléchir sur cette question nous pourrons lire avec profit l’éditorial de Ruwen Ogien donné sur iphilo, http://iphilo.fr/2012/07/13/…, l’ouvrage de Nicolas Duvoux, Le nouvel âge de la solidarité : Pauvreté, précarité et politiques publiques La république des idées, Paris, Seuil, 2012) ainsi que les deux livres de Jean-Fabien Spitz, Abolir le hasard ? Responsabilité individuelle et justice sociale, Paris, Vrin, 2008) Pourquoi lutter contre les inégalités ? ainsi que L’éthique aujourd’hui : Maximalistes et minimalistes de Ruwen Ogien lui-même.

_________________

Nicolas Duvoux

Le nouvel âge de la solidarité

Pauvreté, précarité et politiques publiques

Collection la République des idées

aux édition du seuil

Présentation de l’ouvrage par l’éditeur

Les dispositifs de lutte contre la pauvreté sont souvent accusés d’entretenir l’oisiveté des  » privilégiés  » qui en bénéficient. Non seulement il est scandaleux de présenter les plus vulnérables comme des paresseux, mais l’assistance ne saurait être confondue avec l’Etat social. Au contraire, elle résulte de la décomposition de ses protections collectives. Son extension continue marque le passage du système de protections universalistes érigé après-guerre à des politiques ciblées, centrées sur la pauvreté et l’exclusion. Le développement de l’assistance, que la crise amplifie encore, est un choix de société non explicité et non assumé. Il conduit à un délitement progressif de la solidarité, à l’indifférence envers la pauvreté, mais aussi à un double mouvement de responsabilisation de l’individu, d’un côté, et de justification des inégalités, de l’autre. Ce livre vise à conjurer l’engrenage de la stigmatisation des assistés et du recours croissant à l’assistance dans lequel notre pays s’est engagé. Pour éviter que ce cercle vicieux n’aboutisse à un démantèlement délibéré des droits sociaux, il faut repartir des héritages historiques et sociaux de la gauche et chercher les voies d’une articulation nouvelle entre la responsabilité de la collectivité et celle de l’individu.

Qui est Nicolas Duvoux ?

Nicolas Duvoux, maître de conférences en sociologie à l’université Paris Descartes, a récemment publié L’Autonomie des assistés. Sociologie des politiques d’insertion (PUF, 2009). Il est par ailleurs personnalité qualifiée du Comité national d’évaluation du RSA.

Abolir le hasard? Responsabilité individuelle et justice socialeJean-Fabien Spitz

Abolir le hasard ?

Responsabilité individuelle et justice sociale

Chez Vrin

Jean Fabien Spitz, enseignant à l’Université de Paris, spécialiste de philosophie politique, traducteur de nombreux textes de John Locke, a publit chez Bayard un autre ouvrage qui pose un problème qui devrait dans cette même thématique nous intéresser : Pourquoi lutter contre les inégalités ?

Vivons-nous la fin de la justice sociale ? Est-il devenu contre-productif de demander à ceux qui ont accumulé des richesses de payer pour ceux qui n’en ont pas assez pour subsister ? Comment refonder la nécessité de la redistribution des richesses dans un monde où certains ont réussi par leurs seuls efforts et d’autres échoué par leur imprudence ? De quel droit borner le droit de profiter des biens que l’on a eu la chance ou le talent d’accumuler ? En quelques mots, pourquoi faut-il lutter contre les inégalités ?

Pour en savoir davantage sur la philosophie morale de Ruwen Ogien

Ruwen Ogien

L’éthique aujourd’hui

Maximalistes et minimalistes

Gallimard Folio Essais

Pour obtenir l’ouvrage de Ruwen Ogien : L’éthique aujourd’hui : Maximalistes et minimalistes

Imaginez un monde dans lequel vous pourriez être jugé « immoral » pour vos actions non seulement à l’égard des autres, mais aussi de vous-même. Qui aimerait vivre dans un tel monde, où rien de ce qu’on est, pense ou ressent, où aucune de nos activités, fut-elle la plus solitaire, n’échapperait au jugement moral ?

C’est pourtant ce que propose aujourd’hui l’éthique, largement ralliée aux thèses maximalistes d’un Aristote, qui nous recommande tout un art de vivre et pas seulement un code de bonne conduite en société, et de Kant, pour qui nous avons des devoirs moraux à l’égard d’autrui comme de nous-même.

C’est oublier les éthiques alternatives,minimalistes, pour lesquelles le monde moral, moins envahissant, se limite au souci d’éviter de nuire délibérément à autrui.

Toute l’histoire de l’éthique aujourd’hui est l’histoire de l’opposition entre maximalistes et minimalistes. »

Ruwen Ogien, L’éthique aujourd’hui : Maximalistes et minimalistes

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Des mots pour les maux de la société : inégalités, injustices, violences sociales

Posted by Hervé Moine sur 20 mai 2012

Centre de Culture Scientifique, Technique et IndustrielleInégalités et violences sociales :

« Dire l’injustice »

Du 31 mai au 2 juin 2012

Université de Poitiers

En partenariat avec l’espace Mendès-France (Poitiers), L’Observatoire des inégalités et la revueRaison publique et avec le soutien de la Région Poitou-Charentes, du Grand Poitiers, de l’Université de Poitiers, du laboratoire Forell, de l’Équipe d’Accueil MAPP, et de l’Association culturelle de l’UFR Lettres et Langues. L’entrée est libre.

« À quoi reconnaît-on l’injustice d’une société ? Depuis le début des années 1980, un pan important de la recherche contemporaine et une part non moins significative des discours relayés ou construits par la littérature, l’art et les médias ont répondu à cette question essentiellement à travers le prisme de la misère et de l’exclusion. Tout en s’inscrivant dans la continuité de cette préoccupation éthique et politique, ce colloque tentera de penser dans un cadre plus vaste l’injustice sociale et ses représentations. Plutôt que la seule catégorie de l’exclusion, c’est la notion d’inégalité qui nous permettra d’interroger le caractère juste ou injuste de l’ordre social pris dans son ensemble. Plutôt que la figuration de l’opprimé en tant qu’exclu du champ social, ce sont les représentations de l’écart, de la cohabitation, des « misères de position » qui se trouveront au centre de la réflexion. L’ambition sera ici de saisir et de questionner, dans l’écriture et la forme elles-mêmes, telle que celles-ci se déploient en philosophie, en littérature, en art et dans le champ des sciences sociales, la diction de l’inégalité et le répertoire des perceptions, émotions, sentiments, représentations et idéaux à travers lequel elle se constitue comme injustice et comme violence. En proposant une analyse critique des représentations dominantes, des formes artistiques et des discours savants, on réfléchira ainsi autant aux mécanismes à travers lesquels se construisent des figurations communes de l’injustice qu’à la forme non pleinement figurée de la violence sociale (forme partielle, partiale, perverse, opaque, etc.). »

Contacts :

Au programme du colloque

Un colloque sur les inégalités et les injustices ne saurait se concevoir à l’écart du public. Toutes les communications seront donc conçues dans la mesure du possible dans un esprit d’ouverture au public non spécialiste et seront prolongées par un débat sous forme de table ronde.

Jeudi 31 mai 2012

  • 18h30-20h, conférence d’ouverture du colloque, Maison de la Région : Pierre Rosanvallon (Professeur au Collège de France), suivie d’un apéritif dînatoire.

Vendredi 1er juin 2012

  • Matinée, 9h-11h, Espace Mendès-France :

INJUSTICES ET SOUFFRANCES SOCIALES : REPENSER LES INEGALITES

Les représentations traditionnelles des inégalités associaient l’inégalité à la lutte des classes ou limitaient la souffrance sociale à l’expérience des exclus. Comment repenser les inégalités dans un cadre élargi, qui permette d’appréhender l’ensemble des expériences contemporaines de l’injustice ?

Président de séance : Patrick Savidan (Pr. de philosophie, Université de Poitiers)

Intervenants : Anne-Laure Bonvalot (doctorante en Littérature espagnole, Université Montpellier III), Nicolas Duvoux (MCF sociologie, Université Paris Descartes), Louis Maurin (directeur de l’observatoire des inégalités).

11h-12h30 : Représentations théâtrales des inégalités, espace Mendès-France : rencontre avec Didier Bezace (acteur, metteur en scène, directeur du Théâtre de la Commune d’Aubervilliers) animée par Monique Le Roux (MCF Littératures comparées à l’Université de Poitiers, critique théâtrale à La Quinzaine Littéraire).

  • Après-midi, 14h-16h30, Espace Mendès-France :

DE L’INEGALITE COMME INJUSTICE, CONSTRUCTIONS D’UN IMAGINAIRE COMMUN

Comment se construit l’imaginaire commun des violences sociales d’une époque ? Quels sont les instruments de légitimation qui participent à la reconnaissance d’une inégalité comme injustice, ou qui conduisent inversement à masquer certaines souffrances sociales ? Quels sont les rôles des écrivains, des artistes, des experts ou des témoins ?

Président de séance : Emmanuel Bouju (Pr de Littérature comparée, Université de Rennes II)

Intervenants : Christine Baron (Pr. de Littérature comparée, Université de Poitiers), Jean-Paul Engélibert (Pr. de Littérature comparée, Bordeaux 3), Sylvie Laurent (MCF Littérature américaine Sciences po, Harvard), Ruwen Ogien (philosophe, directeur de recherche CNRS, CERCES).

20h30, Filmer les inégalités, TAP Cinéma : projection du film de Sylvain George, Qu’ils reposent en révolte, suivie d’un débat avec le réalisateur animé par Marie Martin (MCF études cinématographiques, Poitiers).

Samedi 2 juin 2012

  • Matinée, 10h-12h30, Espace Mendès-France

OBSERVER LES INEGALITES

Quoi de commun entre l’expérience de la pauvreté dans un pays développé et dans un pays du tiers-monde ? Quels liens entre inégalités sociales et inégalités sexuelles, raciales, territoriales ? Quels instruments statistiques, rhétoriques ou artistiques pour appréhender l’écart et la similitude des situations de souffrance sociale ?

Président de séance : Cédric Rio (Observatoire des inégalités,  coordonnateur de Inequality Watch)

Intervenants : Vincent Bonnecase (historien, Chargé de recherche CNRS, section 40 Science politique et sociologie des organisations), Coline Cardi (MCF en sociologie, Université Paris 8), Raphaëlle Guidée (MCF en littérature comparée, Université de Poitiers), Wilfried Serisier (Institut français de géopolitique).

  • Après-midi, 14h30-17h, Espace Mendès-France

EPROUVER L’INJUSTICE SOCIALE

Quels sont les idées, les idéaux, les émotions qui peuvent nous conduire à voir dans un écart donné une forme inacceptable d’inégalité ? Comment articuler émotions et action, éthique et politique ?

Présidente de séance : Raphaëlle Guidée (Université de Poitiers)

Intervenants : Solange Chavel (MCF philosophie, Université de Poitiers), Lucie Campos (Docteure en littérature comparée, Paris 8), Inès Cazalas (Docteure en Littérature comparée, ATER à l’Université de Provence), Marie Martin (MCF Etudes cinématographiques, Université de Poitiers).

18h-20h, Vernissage de l’exposition « Photographier les inégalités » au Plan B (30-32, Blvd du Grand Cerf, Poitiers) : apéritif de clôture du colloque et remise des prix du concours photo.

Adresse : Université de Poitiers,15 rue de l’Hôtel Dieu86000 PoitiersEspace Mendès France1 place de la Cathédrale, 86000 POITIERS

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Ruwen Ogien visionnaire : Vers une profonde transformation de nos idées morales ?

Posted by Hervé Moine sur 28 octobre 2011

Ruwen Ogien, spécialiste de philosophie morale et de philosophie des sciences sociales

« Les innovations biomédicales peuvent seulement modifier nos conceptions de la vie bonne, pas de la vie juste. » Ruwen Ogien

Ci-dessous un article de Ruwen Ogien, titré « Ruwen Ogien, philosophe inquiet« , paru dans le blog des InRocks à l’occasion du 25ème anniversaire des Inrockuptibles, dans lequel il exprime sa vision du onde pour les 25 ans à venir.

Ruwen Ogien, philosophe inquiet

Si le génie génétique permet d’améliorer dans des proportions considérables notre taille, nos capacités athlétiques, notre vision, notre mémoire et notre intelligence, l’idée que nous nous faisons de ce qu’est un être humain « normal » pourra-telle rester la même ? S’il devient possible de surveiller et de manipuler les pensées à volonté, d’induire chimiquement dans les esprits toutes sortes de croyances, de désirs, de sensations, les notions d’expérience personnelle et de liberté de conscience intérieure pourront-elles résister ?

Si la transplantation d’organes naturels ou artificiels ne pose plus aucun problème technique, conserverons-nous l’idée que le corps humain est sacré, indivisible, hors commerce, ou finirons-nous par le voir comme un assemblage de pièces détachées qu’on peut librement vendre et acheter ? Si le clonage reproductif humain devient possible, pourrons-nous encore penser qu’un avenir personnel dont on ne sait presque rien est constitutif de notre identité ? Si le processus de vieillissement est mieux compris et mieux contrôlé, si nous vivons infiniment plus longtemps en bonne santé, nos conceptions de ce qu’est une vie « ratée » ou « réussie » pourront-elles être les mêmes ?

S’il devient possible de créer des êtres transhumains, posthumains, subhumains, cyborgs ou chimères, les idées que nous nous faisons des limites de la communauté morale, c’est-à-dire des êtres que nous avons choisi de ne pas traiter comme des choses, juste bonnes à exploiter et à consommer, ne risquent-elles pas d’être profondément transformées ? Si tout cela se réalise, nos idées morales seront-elles modifiées ? Il est probable que ces innovations biomédicales changeront nos idées de ce qu’est une vie bonne, heureuse, réussie, accomplie. Mais pourquoi devraient-elles changer nos idées de la justice sociale ? Pourquoi devraient-elles annuler l’exigence que chacun puisse avoir accès à ce que la technique propose, dans la mesure de ses désirs ou de ses besoins, sans discrimination selon l’âge, la condition sociale ou l’orientation sexuelle ? En fait, les innovations biomédicales peuvent seulement modifier nos conceptions de la vie bonne, pas de la vie juste. Elles ne seront donc pas très importantes du point de vue moral, tout au moins pour ceux qui, comme c’est mon cas, accordent une priorité à la vie juste sur la vie bonne.

Paru dans le 28 octobre : http://blogs.lesinrocks.com/25ans/2011/10/28/ruwen-ogien-philosophe-inquiet/

Dernier ouvrage de Ruwen Ogien

L’influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine

Klinde éditions

Vous trouverez dans ce livre des histoires de criminels invisibles, de canots de sauvetage  qui risquent de couler si on ne sacrifie pas un passager, des machines à donner du plaisir que personne n’a envie d’utiliser, de tramways fous qu’il faut arrêter par n’importe quel moyen, y compris en jetant un gros homme sur la voie.
Vous y lirez des récits d’expériences montrant qu’il faut peu de choses pour se comporter comme un monstre, et d’autres expériences prouvant qu’il faut encore moins de choses pour se comporter quasiment comme un saint : une pièce de monnaie qu’on trouve dans la rue par hasard, une bonne odeur de croissants chauds qu’on respire en passant.
Vous y serez confrontés à des casse-tête moraux. Est-il cohérent de dire : « ma vie est digne d’être vécue, mais j’aurais préféré de ne pas naître » ? Est-il acceptable de laisser mourir une personne pour transplanter ses organes sur cinq malades qui en ont un besoin vital ? Vaut-il mieux vivre la vie brève et médiocre d’un poulet d’élevage industriel ou ne pas vivre du tout ?
Cependant, le but de ce livre n’est pas de montrer qu’il est difficile de savoir ce qui est bien ou mal, juste ou injuste. Il est de proposer une sorte de boîte à outils intellectuels pour affronter le débat moral sans se laisser intimider par les grands mots (« Dignité », « vertu », « Devoir », etc.), et les grandes déclarations de principe (« Il ne faut jamais traiter une personne comme un simple moyen », etc.).
C’est une invitation à faire de la philosophie morale autrement, à penser l’éthique librement.

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La morale une histoire entre adultes consentants ou la quête de la réalisation de soi comme citoyen du monde

Posted by Hervé Moine sur 21 septembre 2011

Ruwen Ogien

L’influence de l’odeur des croissants chauds

sur la bonté humaine

et autres questions de philosophie morale expérimentale

Grasset

« La plupart des philosophes prétendent que, si l’on s’intéresse à la pensée morale, il faut commencer par lire et relire les grands textes de l’histoire des idées pour avoir des « bases solides ». Il n’est pourtant pas évident que le meilleur moyen d’inviter le lecteur à la réflexion éthique soit de lui donner le sentiment qu’il peut se reposer tranquillement sur les doctrines élaborées par les « géants de la pensée ».

Partant de ce principe, Rowen Ogien propose, dans un livre qui se présente comme une sorte d’antimanuel de philosophie, une série de problèmes concrets, de dilemmes, de paradoxes, afin de mettre à l’épreuve les jugements du lecteur. Nous y trouvons des expériences de pensée dont les conclusions nous font douter de la robustesse ou de l’universalité de nos intuitions morales.
Ces matériaux forment le corpus d’une philosophie morale expérimentale qui nous aide à comprendre que rien dans les concepts et les méthodes de la philosophie morale n’est à l’abri de la contestation et de la révision. Pourquoi en effet faudrait-il « fonder la morale » sur un principe unique et inaltérable ? Qui a besoin d’une telle « sécurité » ? Telle est la question que ce livre alerte, drôle et profond, nous invite à poser. »

Marc Escola pour fabula.org http://www.fabula.org/

Présentation de l’ouvrage de Ruwen Ogien par l’éditeur

Vous trouverez dans ce livre des histoires de criminels invisibles, de canots de sauvetage  qui risquent de couler si on ne sacrifie pas un passager, des machines à donner du plaisir que personne n’a envie d’utiliser, de tramways fous qu’il faut arrêter par n’importe quel moyen, y compris en jetant un gros homme sur la voie.

Vous y lirez des récits d’expériences montrant qu’il faut peu de choses pour se comporter comme un monstre, et d’autres expériences prouvant qu’il faut encore moins de choses pour se comporter quasiment comme un saint : une pièce de monnaie qu’on trouve dans la rue par hasard, une bonne odeur de croissants chauds qu’on respire en passant.
Vous y serez confrontés à des casse-tête moraux. Est-il cohérent de dire : « ma vie est digne d’être vécue, mais j’aurais préféré de ne pas naître » ? Est-il acceptable de laisser mourir une personne pour transplanter ses organes sur cinq malades qui en ont un besoin vital ? Vaut-il mieux vivre la vie brève et médiocre d’un poulet d’élevage industriel ou ne pas vivre du tout ?
Cependant, le but de ce livre n’est pas de montrer qu’il est difficile de savoir ce qui est bien ou mal, juste ou injuste. Il est de proposer une sorte de boîte à outils intellectuels pour affronter le débat moral sans se laisser intimider par les grands mots (« Dignité », « vertu », « Devoir », etc.), et les grandes déclarations de principe (« Il ne faut jamais traiter une personne comme un simple moyen », etc.).
C’est une invitation à faire de la philosophie morale autrement, à penser l’éthique librement.

« L’Influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine et autres questions de philosophie morale expérimentale« , de Ruwen Ogien : loufoque éthique

Article de Roger-Pol Droit, paru dans le Monde du 15 septembre 2011

http://www.lemonde.fr/livres/

Un matin, au réveil, curieuse surprise. Non seulement il y a un inconnu dans votre lit – ce sont des choses qui arrivent -, mais il est branché dans votre dos par un réseau de tubes qui, entre vous et lui, font circuler du sang et d’autres liquides – ce qui est quand même plus rare. L’homme est un grand violoniste, un génie absolu. Il est atteint d’une maladie des reins, et vous étiez le seul organisme compatible. Ses admirateurs vous ont donc kidnappé, endormi, opéré. Vous en avez pour neuf mois. Si vous le débranchez, le violoniste mourra. Mais, après tout, vous n’avez vraiment rien demandé. En un sens, c’est même un cas de légitime défense. Si vous exigiez qu’on le débranche, seriez-vous moralement monstrueux ? Quelle que soit votre réponse, sachez qu’elle sera transposable à la question de l’avortement…

Ne vous croyez pas trop vite sorti d’affaire. En effet, si vous résolvez ce dilemme, dix-huit autres vous attendent. Celui du tramway fou, qui va écraser cinq traminots, sauf si vous déviez la machine sur une voie où ne travaille qu’un seul homme. Celui du type qui pique le parapluie d’un inconnu à la sortie du restaurant, juste parce qu’il n’a pas envie de se mouiller. Celui des adolescents, frère et soeur, qui font l’amour un soir d’été en étant sûrs de n’avoir pas d’enfant et que personne n’en saura rien. Chaque fois, les questions sont : que faire ? Au nom de quoi approuver ou condamner ? Quel genre de règles, de raisonnements et d’évidences mettez-vous en oeuvre pour vous prononcer ?

C’est échevelé, mais seulement en apparence. Ruwen Ogien, spécialiste de philosophie morale, chercheur au CNRS, auteur d’une douzaine d’essais incisifs, est un délirant méthodique. Les machineries mentales qu’il construit sont des expériences de pensée, des praticables destinés à vous faire réfléchir. Dire qu’on ne trouve jamais de violoniste branché dans son dos le matin serait donc la meilleure façon de montrer qu’on n’a rien compris. Car ce qui est réel, dans ces loufoques histoires, ce ne sont évidemment pas les circonstances, mais les problèmes qu’elles posent. Ce sont des casse-tête, mais à solutions multiples, avec presse-évidences intégré.

But du jeu : montrer que tout, en morale, peut et doit être questionné. Que les intuitions dont on se réclame ne sont jamais si claires qu’on croit ni si assurées qu’on dit. Que les doctrines se contredisent toujours, les principes parfois. Et que l’entraide et la bénévolence tiennent à peu de chose : dans un centre commercial, montre une étude savante, les gens exposés aux effluves du four du boulanger rendent significativement plus de menus services que les autres. On pourrait en tirer cette conclusion économique : ne donnez pas de croissants aux gens bons, l’odeur suffit à les moraliser. On attend l’aérosol.

Roger-Pol Droit

Se procurer l’ouvrage de Ruwen Ogien : L’influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine

La morale introuvable de Ruwen Ogien

Article de Philippe Chevallier, paru dans l’Express le 20 septembre 2011

http://www.lexpress.fr/culture/livre/l-influence-de-l-odeur-des-croissants-chauds-sur-la-bonte-humaine_1031744.html

Le philosophe français Ruwen Ogien confronte les théories aux expériences sur la morale. L’américaine Martha Nussbaum, elle, recherche ce que peut bien être la « vie bonne ».

Ruwen Ogien, spécialiste de philosophie morale et de philosophie des sciences sociales

Il doit y avoir de bonnes raisons de faire ceci plutôt que cela. Même s’ils se chamaillent depuis des siècles, les philosophes qui croient à l’existence d’un bien absolu et ceux qui préfèrent évaluer au cas par cas les gains et les pertes en termes de bonheur collectif sont d’accord sur un point : les problèmes moraux ont leur solution. Les premiers sont majoritairement issus d’une tradition européenne, avec Kant en figure tutélaire ; les seconds, plus pragmatiques, parlent l’anglais de John Stuart Mill. A ces deux approches traditionnelles Ruwen Ogien, chercheur au CNRS, oppose une philosophie expérimentale.

Pas de grands principes, juste des petits faits têtus permettant de répondre le plus concrètement possible. Existe-t-il des intuitions morales universelles ? La culture ou l’éducation influent-elles sur nos jugements ? Sa conviction : la philosophie morale, obnubilée par ce que l’on doit faire, a oublié de regarder ce que les gens faisaient. Kant marchait confiant dans les rues de Königsberg, la loi morale dans son coeur et le ciel étoilé au-dessus de sa tête ; Ogien avance à tâtons, ses contemporains devant les yeux.

« Frankenstein ministre de la Santé »

Démonstration par l’exemple, avec 19 casse-tête moraux ayant fait l’objet d’études statistiques, simples enquêtes d’opinion ou véritables reality-shows scientifiques. Ogien revient sur l’expérience de Milgram, débutée en 1960, au cours de laquelle de bons pères de famille américains acceptèrent d’administrer des décharges de 450 volts à leur concitoyen – en fait un excellent acteur, capable d’imiter les hurlements de l’agonisant. Moins sensationnelles, les enquêtes d’opinion n’en sont pas moins raffinées dans leurs scénarios : Tueriez-vous un homme pour en sauver 10 ? 100 ? Et si cet homme était un salaud ? Et s’il vous fallait le tuer de vos propres mains ?

Voici le premier livre de philosophie adaptable au cinéma, catégorie série Z, comme l’indiquent les titres de chapitres : « Le tramway qui tue », « Frankenstein ministre de la Santé ». Au final : non seulement tous les raisonnements moraux volent en éclats, mais l’humanité se révèle veule, lâche, inconséquente.

Avec un sérieux implacable, Ogien découpe nos morales au scalpel, cherchant leur plus petit commun dénominateur, cet atome de certitude qu’il ne trouve pas. Finalement, entre adultes consentants, tout serait moralement acceptable.

Fichier:Nussbaum Martha2.jpg

Martha Naussbaum par Jerry Bauer

D’autres approches restent possibles, comme en témoigne l’oeuvre déjà riche de Martha Nussbaum, professeure de droit et d’éthique à Chicago, dont l’avant-dernier ouvrage vient d’être traduit (« La connaissance de l’amour » paru aux éditions du Cerf note d’ActuPhilo) : la morale n’est pas seulement une question d’actes permis ou défendus, mais également de réalisation de soi comme citoyen du monde.

Une vie bonne n’a pas seulement besoin de savoirs rationnels pour se développer, mais également d’émotions et d’imagination. Son plaidoyer en faveur d’une éducation qui réhabilite les arts et les humanités convainc, et permet de ne pas désespérer de la créativité en philosophie morale.

Philippe Chevallier pour l’Express

Le 20 septembre 2011

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Martha C. Nausbaum

La connaissance de l’amour

Essai sur la philosophie et la littérature

Cerf

Sur certains sujets, la quête de connaissance ne peut se passer de la littérature. Quand il s’agit de réfléchir sur ce qu’est la vie bonne pour un être humain, sur ce que les émotions – et l’amour tout particulièrement – peuvent avoir de déconcertant et d’éclairant, la philosophie ne peut se satisfaire d’un style plat et analytique. Elle doit se mettre à l’école d’une forme littéraire qui cherche à capturer, dans son mouvement même, la surprise, la confusion, l’illumination propre à une vie humaine et à la richesse des sentiments qui y trouvent place. Dans La Connaissance de l’amour, Martha Nussbaum entreprend ainsi un double exercice. Il s’agit d’abord de défendre une thèse de philosophie morale. Une thèse qui insiste sur la complexité irréductible des situations, sur l’importance des choses et des êtres particuliers, sur le fait que la vie humaine bonne n’est ni réductible à un critère unique du bien, ni exempte de vulnérabilité et de conflits. La  » connaissance de l’amour  » consiste à la fois à tenter de comprendre quelle place occupe l’amour dans une vie humaine accomplie, mais également à être attentif à l’enseignement propre de l’amour, parce qu’il est sensible à ce que les choses et les êtres ont d’irréductiblement singulier. Mais il s’agit, ensuite, de mettre en lumière l’importance du style pour la connaissance philosophique : au fil de ces essais, qui interrogent successivement les oeuvres de Platon et d’Aristote, les romans de Henry James. de Proust ou encore de Beckett, se dessine une philosophie attentive à la narration, à la pluralité des voix, à la diversité de leur adresse au lecteur.

Pour se procurer l’ouvrage de Martha C. Naussbaum La connaissance de l’amour : Essais sur la philosophie et la littérature

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Le désir d’enfant, entre intime et politique

Posted by Hervé Moine sur 6 avril 2011

« Le désir d’enfant, entre intime et politique »

Conférence de Marie Gaille

Mercredi 6 avril 2011

à l’Université de Bordeaux 2

La prochaine conférence « l’invité du mercredi » de Bordeaux Ségalen aura lieu ce mercredi 6 avril 2011, sur le thème : « Le désir d’enfant, entre intime et politique », par Marie Gaille, philosophe, Chargée de recherches au CNRS, l’auteur de La valeur de la vie. Du désir d’enfant au droit à l’enfant, de l’aspiration personnelle au débat public, les champs de réflexion se sont considérablement élargis ces dernières années. Les progrès de la procréation médicalement assistée se sont accompagnés d’un vaste débat sur la scène publique autour du sens à donner à ce désir d’enfant. Débats d’ordre éthique, juridique, philosophique, l’intime a rejoint le politique. Quel lien existe-t-il entre ce désir personnel et l’espace public? Quels sont les enjeux sociaux et politiques autour de ces débats ? C’est à ces questions sensibles que Marie Gaille nous apportera quelques éléments de réponse et sujets de réflexion.

Infos pratiques

La conférence « Le désir d’enfant, entre intime et politique » aura lieu à 18h30, sur le site de Carreire de Bordeaux Ségalen, dans l’amphi P.A Louis de l’ISPED, 146 rue Leo Saignat à Bordeaux.

Contact :

Françoise impérial, Médiatrice Culturelle, Vice Présidente communication des Carabins de Bordeaux: service.culturel@u-bordeaux2.fr

La valeur de la vie selon Marie Gaille

Marie Gaille, docteur en philosophie, chargée de recherche au CERSES (Centre de recherche sens, éthique et société, CNRS-Université Paris Descartes), travaille depuis 1998 sur la manière dont la philosophie politique et morale est investie par la question de ses rapports avec la médecine. Elle est l’auteur de plusieurs essais sur Machiavel, traductrice d’ouvrages politiques en langue italienne, elle a co-signé avec Claire Crignon, dans la collection Médecine & Sciences humaines, A qui appartient le corps humain ? Médecine, politique et droit (2004). Paraît en février 2010, toujours dans la collection Médecine et Sciences Humaines aux édition des Belles Lettres « La valeur de la vie » de Marie Gaille :

« Ce n’est plus une vie », « je veux encore vivre, même avec cette maladie », « ma vie n’a plus de valeur » : confronté à la maladie, à la déchéance physique, à la perte provisoire ou définitive de certaines capacités, chacun d’entre nous peut être conduit à énoncer de tels propos. Quoi de plus délicat cependant, que l’évaluation de la valeur de la vie ? Cet ouvrage aborde le sens et la portée de cette réflexion dans une situation où elle s’impose dans toute sa radicalité : celle des décisions de maintien ou d’interruption de la vie prises au chevet du patient dans les hôpitaux. En choisissant d’aborder ainsi la question de la valeur de la vie, ce livre fait le pari qu’une approche philosophique nourrie par une rencontre avec l’univers de la médecine contemporaine éclairera davantage le sens de cette notion, son fondement et ses limites, qu’une approche abstraite de tout contexte.

La démarche cherche aussi à établir un dialogue entre philosophes et médecins en proposant une analyse des différents contextes thérapeutiques où une décision de maintien ou d’interruption de la vie doit être prise. À la lumière de cette analyse, l’ouvrage propose une réflexion critique sur les usages de l’idée de valeur de la vie pour en désavouer la pertinence et en nier la légitimité éthique. Les patients, malades mais aussi citoyens, doivent forger en concertation avec les médecins d’autres critères pour fonder une décision aussi déterminante que celle de maintenir ou d’interrompre le cours d’une vie humaine.

La réflexion de Marie Gaille sur le « désir d’enfant » prolonge celle menée dans La valeur de la vie au sujet de la décision de maintien ou d’interruption de la vie et l’approfondir dans le cas spécifique de la procréation. Elle se situe sur le plan de la philosophie politique et morale sur le désir d’enfant, en prenant appui, du point de vue empirique, sur une observation de consultation de conseil génétique et, du point de vue théorique, en développant une analyse des discours anthropologiques et psychanalytiques et de leur place dans le débat social contemporain sur la procréation. Dans le cadre de ce travail, Marie Gaille s’intéresse également à l’argument de la souffrance, notamment celle des parents ou de l’enfant à naître, afin d’examiner de façon descriptive et normative le rôle qu’il joue dans la décision d’interruption de grossesse ou de renoncement au projet d’enfant.

Les 5 points importants de la réflexion de Mari Gaille à propos du désir d’enfant :

  • une interrogation sur la nature et la légitimité du « désir d’enfant » et le renoncement à réaliser ce désir face au risque ou à la certitude de la transmission d’une maladie génétique
  • une réflexion sur l’identité parentale (qu’est-ce qu’être mère ? qu’est-ce qu’être père ? qu’est-ce qu’être parent ?) (engendrer/porter/mettre au monde/élever)
  • une analyse des modalités de construction de la famille autour d’un individu atteint ou susceptible d’être atteint par une maladie génétique (dans le sens des ascendants et des descendants déjà nés ou à venir)
  • un examen de la question de « l’amélioration » et notamment de la pertinence de l’idée de « bébé parfait » pour penser la manière dont le diagnostic prénatal est pratiqué dans la société contemporaine
  • une analyse des effets du droit de la filiation dans le débat bioéthique.

Le livre de Marie Gaille « Désir d’enfant, entre intime et politique » va paraître prochainement aux PUF, nous en reparlerons sur ActuPhilo. En attendant, on pourra lire avec profit l’ouvrage de Marie Gaille La valeur de la vie.

 

Le désir d’enfant

Entretien avec Marie Gaille, paru dans Sud Ouest le 6 avril 2011

La philosophe Marie Gaille analyse le passage de cette question intime vers le politique et donc le public

« Sud Ouest ». Vous êtes philosophe chargée de recherche au CNRS. Et vous animez ce soir un débat sur le désir d’enfant. Allez-vous évoquer l’évolution du désir vers le droit à l’enfant ?

Marie Gaille. Je tiens à parler de désir et pas du tout de droit à l’enfant. Cette expression pour moi n’a pas de crédit. Juridiquement, elle ne veut pas dire grand-chose. En revanche, je travaille depuis longtemps sur ce désir d’enfant que l’on peut envisager sous l’angle biologique, social ou de parcours de vie. Souvent, les différents aspects se combinent, et les situations sont différentes pour chaque personne.

J’en ai discuté avec des généticiens, mais aussi avec des psychanalystes et des psychologues. Le désir d’enfant peut tenir à celui de fonder une famille, de s’inscrire dans une chaîne générationnelle. En revanche, je n’envisage pas l’enfant comme désir d’objet de consommation, en essayant de trancher si c’est bon ou mauvais. Ce type de débat me paraît douteux.

Et je comprends mal qu’il y ait des parents qui manifestent un désir d’enfant en exigeant carrément une garantie sur facture.

« Sud Ouest ». L’expression publique de ce désir d’enfant n’est-elle pas quelque chose de relativement récent ?

Marie Gaille. Dans un premier temps, dans les années 1960-1970, le mouvement féministe a exprimé un besoin d’émancipation, d’appropriation de son corps. On parlait alors d’un enfant si on voulait, quand on voulait. Le désir d’enfant est apparu suite à ce premier temps.

« Sud Ouest ». La question touche-t-elle n’importe quelle classe sociale ou certaines en particulier ?

Marie Gaille. Cela touche surtout les femmes qui ont fait des études longues et qui ont socialement réussi un parcours professionnel. Elles se sont tardivement posé la question de l’enfant. Mais nous ne possédons pas d’enquête sur ce sujet et je ne tiens pas à réduire la question par rapport à des classes sociales.

« Sud Ouest ». Le désir d’enfant est-il réservé aux femmes ?

Marie Gaille. Pendant longtemps, il n’a été évoqué et pris en compte que par rapport aux femmes. Mais depuis dix ou vingt ans, un certain nombre d’études ont évoqué clairement le désir de paternité. C’est le cas de « La Part du père », de Geneviève Delaisi de Parseval.

« Sud Ouest ». Comment la question intime est-elle devenue publique et politique ?

Marie Gaille. Pour comprendre l’articulation, il faut redéfinir la frontière entre vie privée et politique. C’est un choix de société qui a donné la priorité à la procréation et à un certain type de vie familiale. Les pouvoirs publics ont ainsi décidé d’accompagner trois tentatives d’aide à la procréation médicalement assistée. Mais ils favorisent aussi les couples hétérosexuels. Les décisions collectives sont prises en droit et sous un certain regard social.

« Sud Ouest ». Le choix des politiques est-il moral ?

Marie Gaille. Je parlerais plutôt de mœurs sociales de fermeture. Ce n’est pas un vrai travail de gouvernants capables d’introduire une grande variabilité dans le débat. Quant à la question du non-désir d’enfant, qui est aussi développée, celles qui ne souhaitent pas être mères sont soumises à la morale diffuse de la norme majoritaire.

Désir d’enfant et maladie génétique

Marie Gaille, participait, il y a quelques mois en novembre 2010 à l’état des lieux de bioéthique. Elle évoquait alors la notion du désir d’enfant. Nous publions les prises de notes de Caroline Laplace-Jourdain et de Patrice Fabre

La notion du désir d’enfant ne concerne qu’une très petite fraction de la population mondiale car cela suppose l’accès à la contraception et à l’assistance à la procréation. L’enfant devient un choix, l’absence d’enfant, peut donc aussi l’être. Ce discours sur le désir d’enfant a donc émergé dans les années 70 avec les techniques de contraception et elle est devenue une revendication. Le désir d’enfant s’inscrit dans le temps, succédant à un temps où il était inévitable d’avoir un enfant : il était naturel pour la femme de se réaliser dans la procréation, naturel pour le couple de procréer, naturel pour l‘espèce de se perpétuer. C’est une conception très naturaliste. Aujourd’hui le désir est mis au devant de la scène car ces notions de naturel ont partiellement vécu à travers la technique. On a la tendance aux désirs, recevables ou non.

Les objets du désir d’enfant sont multiples : une femme peut avoir le désir de l’expérience de la grossesse, de l’enfantement, d’avoir un enfant sans ces étapes (problématique des mères porteuses, voire de l’utérus artificiel si c’était possible) ; femme ou homme peuvent vouloir fonder une famille avec des variations très importantes dans la conception de ce qu’est la famille (seul, en couple homo ou hétérosexuel, avec un ou plusieurs enfants), que la famille soit le fruit de mes gènes et donc refuser l’adoption ou les donneurs génétiques ou encore peu importent les gènes et avoir recours à un donneur mais au moins un des deux du couple restant géniteur ou encore à travers l’adoption afin de garder une « transmission culturelle ». Bref tous les cas sont imaginables, cette énumération montre l‘extrême diversité des objets possibles du désir d’enfant. Quelques niveaux sont toutefois importants : la continuité génétique et l’appartenance sociale et psychique (situation de l‘individu dans le groupe d’appartenance).

Les fluctuations du désir d’enfant : si l’enfant est l’expression du narcissisme, comme le suggère Freud, le bébé peut se trouver dans un rapport de soi à soi et donc avoir la possibilité de décevoir les attentes narcissique du parent. Le désir peut donc varier selon le diagnostic établi pendant la grossesse. Sur des diagnostics prénataux spécifiques (liés à recherche de pathologie à cause d’histoires familiales) : l’annonce d’un diagnostic de problème génétique peut susciter un désinvestissement maternel et briser le rêve de maternité, cet état est réversible. Il y a ambivalence, un enfant oui… mais anormal… Blessure narcissique difficilement surmontable, incapacité à faire aussi bien que ce que sa propre mère a fait… miroir brisé. Divers cas possibles : le maintien du désir d’enfant aussi fort ; désir plus instable voire qui disparaît.

Pour se procurer l’ouvrage de Marie Gaille La valeur de la vie

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Comment la danse peut aborder les concepts de la philosophie morale de Spinoza

Posted by Hervé Moine sur 2 avril 2011

Danse – Philosophie

L’Ethique, d’après Baruch Spinoza

Pièce pour 20 danseurs

Conception de Benoît Baltus

Chorégraphie d’Anne Mayer

Mercredi 6 avril 2011

Théâtre Bernard Marie Koltès de Nanterre

 

C’est un bel édifice, quoi qu’un peu mystérieux, mais le travail et l’émotion sont bel et bien présents !

L’Ethique, pièce pour 20 danseurs est la dernière création de la Compagnie Maztek. L’évènement commence à 19h30 à la Faculté de Nanterre, toutefois comme c’est une soirée partagée, l’Ethique passera vers 20h30.

Épousant la structure du texte de Spinoza, l’Ethique invite à découvrir comment la danse peut aborder les concepts de sa philosophie morale : que faire des mots de « liberté », « moi », « je », dans un monde où « Dieu = la nature », où tout est « la nature » ? Au sein s’une foule de corps qui détourne et reproduit leurs gestes et leurs actions, trois individus sont confrontés à l’énigme du sens éthique de leur existence. Au fil de la danse, des mots, et des bribes d’une vie oubliée, leur identité se compose et se décompose sans cesse. Mais cette trame tissée sans relâche est un chemin qui les mène, au-delà d’eux-mêmes, à renouer avec « une sort d’éternité».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le monde contemporain a-t-il rompu le contrat moral tacite entre l’homme et l’animal ?

Posted by Hervé Moine sur 19 mars 2011

La question animale

Entre science, littérature et philosophie

Presses Universitaires de Rennes

Sous la direction de Jean-Paul, Lucie Campos, Catherine Coquio et Georges Chapouthier

Présentation de l’ouvrage

Y a-t-il eu un jour entre les animaux et les hommes un contrat moral implicite que l’homme aurait détruit ? Ici, l’articulation de la littérature et des sciences fait problème, tandis que les philosophes sont loin de s’accorder entre eux : les débats internes à l’éthique animale anglo-saxonne reposent sur des prémisses étrangers à la déconstruction que radicalise aujourd’hui la philosophie continentale de l’animalité. Réouvrir la question de l’animal, longtemps sacrifiée au primat d’un logos anthropocentrique, c’est comme l’a dit Derrida réouvrir la « question du pathos » pour se diriger ailleurs : un ailleurs reconnu et parcouru déjà en littérature.

Quatrième de couverture

Une « question animale » se pose avec insistance aujourd’hui : découvertes majeures en éthologie, avec la mise en évidence de cultures animales ; prolifération de discours philosophiques, d’essais littéraires, de récits consacrés aux bêtes, multipliant les protocoles de relecture qui questionnent les rapports entre la raison et le sensible ; développement d’une « éthique animale » et « environnementale ». Car cet intérêt se dessine sur fond de catastrophe écologique et d’extinction des espèces. Alors que les avancées scientifiques font apparaître des mondes perceptifs communs aux animaux et aux hommes, que l’imagination littéraire avait sondés autrement, leurs communautés vécues reculent, voire disparaissent, produisant une inquiétude nouvelle. L’idée surgit d’un « contrat » moral entre humains et animaux que l’époque moderne aurait rompu. Faut-il construire un tel contrat pour notre présent, et avec quels instruments ? Ou faut-il repenser de fond en comble nos rapports avec le monde animal ? Sur ces questions se confrontent utilitarisme anglosaxon et déconstruction continentale, les uns parlant de droits, de devoirs et d’intérêts mutuels, les autres oeuvrant à « rouvrir la question du pathos » et faisant entendre le « silence des bêtes », tandis qu’une nouvelle littérature, fictionnelle ou non, requestionne les pouvoirs et les limites de l’empathie et de la compassion. Au risque d’alimenter un nouveau mythe : celui de l’animal victime, témoin muet d’une faute humaine universelle, qui viendrait rejoindre et représenter les victimes des catastrophes historiques du XXe siècle. Ce livre tente d’accompagner ces questions et ce mythe sur un mode critique, qui nous invite à penser à nouveaux frais nos similitudes et nos différences.

Pour se procurer La question animale : Entre science, littérature et philosophie

Les auteurs

5 philosophes, parmi 19 auteurs, ont participé à La question animale : Entre science, littérature et philosophie et en particulier Georges Chapouthier pour lequel nous avions notamment dresser un portrait à l’occasion d’une de ses interventions  Jusqu’où sommes-nous des singes philosophes ? en février dernier.

Georges Chapouthier, de double formation biologiste et philosophe, est directeur de recherches au CNRS.

Georges Chapouthier a notamment publié L’homme, ce singe en mosaïque (Odile Jacob, 2001) et Kant et le chimpanzé. Essai sur l’être humain, la morale et l’art, (Belin, 2009).

dans La question animale : Entre science, littérature et philosophie, Georges Chapouthier à écrit l’article qui s’intitule En morale, sommes-nous des philosophes ou des chimpanzés ?

Florence Burgat est directrice de recherche en philosophie (INRA-RITME/Paris I-ExeCo). Elle travaille actuellement sur les approches phénoménologiques de la vie animale et a publié sur ce thème Liberté et inquiétude de la vie animale (Kimé, 2006) ainsi qu’un volume collectif Comment penser le comportement animal ? Contribution à une critique du réductionnisme (Paris MSH/Quæ, 2010).Article dans La question animale : Entre science, littérature et philosophieLa disparition

Catherine Larrère est professeur à l’université de Paris I-Panthéon Sorbonne et spécialiste de philosophie morale et politique. Elle s’intéresse aux questions éthiques et politiques liées à la crise environnementale et aux nouvelles technologies (protection de la nature, prévention des risques, développement des biotechnologies). Elle a publié notamment Les Philosophies de l’environnement (PUF, « Philosophies », 1997), Du bon usage de la nature, Pour une philosophie de l’environnement, (en collaboration avec Raphael Larrère), Aubier, 1997 (rééd. Champs-Flammarion, 2009) et co-dirigé La Crise environnementale (en collaboration avec Raphael Larrère, Éditions de l’INRA, 1997) et ature vive (MNHN Fernand Nathan, 2000).

Article dans La question animale : Entre science, littérature et philosophieEthique environnementale et éthique animale avec Raphaël Larrère

Lucie Campos, docteur en littérature comparée, enseigne à l’université de Poitiers. Ses travaux portent sur le traitement de la conscience historique dans la pensée contemporaine, sur l’histoire de la critique et de la théorie littéraire aux XIX e et XX e siècles, et sur la relation entre littérature et philosophie. Elle a publié divers articles portant sur la politique de la mémoire et du patrimoine, sur W. G. Sebald, I. Kertész, et J. M. Coetzee, sur la pensée de G. Agamben, sur les questions de l’interprétation et de la traduction, ainsi que sur différents aspects de la pensée postcoloniale.

Article dans La question animale : Entre science, littérature et philosophie : Poétiques philosophiques de l’animal avec W. G. Sebald & J. M. Coetzée

Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, philosophe et juriste, est maître de conférences en relations internationales au département de War Studies du King’s College de Londres. Il est l’auteur d’Éthique animale (PUF, 2008, préfacé par Peter Singer), L’éthique animale (PUF, Que sais-je ?, 2011) et Apologies des bêtes. Anthologie historique d’éthique animale (PUF, 2011).

Article dans lLa question animale : Entre science, littérature et philosophieLes principaux courants en éthique animale

 

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