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Posts Tagged ‘nature’

Les éthiques de la nature

Posted by Hervé Moine sur 1 novembre 2013

Gérard Hess

Ethique de la nature

Collection « Ethique et philosophie morale »

2013, PUF

Pour se procurer l’ouvrage de Gérard Hess, Ethiques de la nature

Cet ouvrage constitue une synthèse du débat en éthique de l’environnement. Il s’efforce de structurer la discussion qui s’est développée en philosophie à partir des années 1970 en réaction à la crise écologique que le développement économique et techno-scientifique du monde occidental a générée après la Seconde Guerre mondiale.

Vouée à dégager les grandes articulations conceptuelles de ce champ de recherche, l’étude s’attèle d’abord à examiner les représentations sous-jacentes à l’idée de nature telle qu’elle a cours en Occident.

Elle recense ensuite les divers concepts de valeur de la nature et les cinq postures morales qui définissent les attitudes possibles de l homme à l’égard de la nature : théo-, anthropo-, patho-, bio- et écocentrisme.

Dans la seconde partie, le livre aborde les principales théories morales élaborées au cours de ces quarante dernières années au sein de l’éthique environnementale. En vue de clarifier le débat, il propose de les classer selon une typologie inédite.

Pour se procurer l’ouvrage de Gérard Hess, Ethiques de la nature

L’auteur

Philosophe et juriste de formation, Gérald Hess est maître d’enseignement et de recherche (depuis mars 2013) en éthique et philosophie environnementales à la Faculté des géosciences et de l’environnement à l’Université de Lausanne. Auteur de plusieurs articles en philosophie environnementale et en épistémologie.

Pour se procurer l’ouvrage de Gérard Hess, Ethiques de la nature

Les éthiques de la nature aujourd’hui

Article de Hicham-Stéphane AFEISSA paru dans Non-Fiction, le 31 octobre 2013

Pour lire l’article dans Non-Fiction

Un ouvrage d’introduction aux éthiques de la nature appelé à devenir l’outil pédagogique indispensable des prochaines décennies.

Le remarquable ouvrage que vient de publier Gérald Hess comble une lacune importante dans le domaine de la philosophie environnementale française, laquelle souffrait de ne disposer d’aucune étude synthétique et systématique présentant les diverses éthiques de la nature élaborées au cours du XXe siècle.

Si un privilège est très nettement accordé par l’auteur, comme sans doute il se doit, aux entreprises théoriques conduites par les penseurs anglo-américains, en ce que ces dernières se distinguent par le haut degré de raffinement qu’elles ont reçu depuis plus d’une trentaine d’années, une attention soutenue est également portée aux propositions avancées par des penseurs européens de premier plan, tels que Hans Jonas, Michel Serres, Martin Seel ou Augustin Berque. Le titre que l’auteur a choisi de donner à son ouvrage, dont il se justifie en Introduction (p. 16-17), permet de rendre compte de cet élargissement bienvenu de la perspective : en substituant le mot de  » nature  » à celui d’  » environnement « , lequel est trop souvent entendu au sens de l’environnement de l’homme, il devient loisible de prendre en considération les relations que les humains soutiennent avec la nature non humaine, en entendant par là aussi bien les animaux que les entités du monde naturel telles que des écosystèmes ou des biocénoses. Les éthiques de la nature dont il sera question ici concerneront donc non seulement les éthiques environnementales qui ont été élaborées sur le vieux continent et dans les pays anglo-saxons, mais aussi les éthiques animales, qui ont un titre à figurer dans la  » cartographie conceptuelle  » que s’efforce de tracer l’auteur, même si ce dernier prévient qu’elles font généralement l’objet d’une réflexion à part du reste de l’éthique environnementale.

L’ouvrage se subdivise en deux parties. La première propose, en une série de cinq chapitres, des analyses fort utiles et parfaitement claires, valant introduction générale à l’éthique environnementale, consacrées à l’examen des concepts de  » nature  » (ch. 1) et de  » valeurs naturelles  » (ch. 2), à une typologie des diverses théories morales disponibles (ch. 3), à une élucidation du concept de  » communauté morale  » (ch. 4), et enfin à un essai brillant de  » typologie des profils éthiques  » distinguant entre éthique naturaliste non extensionniste ou extensionniste, et éthique holiste (ch. 5). La seconde partie est dévolue aux principales théories éthiques de la nature élaborées au sein de chacune des postures morales recensées. Après l’examen des conceptions de la posture anthropocentrée (ch. 6), vient celui de la posture pathocentrée (ch. 7), puis celui de la posture biocentrée (ch. 8), et enfin celui de la posture écocentrée (ch. 9-10). Précisons que l’ouvrage n’ambitionne pas de présenter une quelconque histoire de l’éthique environnementale (même s’il n’est pas dépourvu de certaines indications éclairantes sur ce point, montrant que l’auteur n’en ignore rien), mais qu’il vise principalement à illustrer le débat théorique concernant l’engagement moral à l’égard de la nature.

Et, sous ce rapport, il n’est pas douteux que l’ouvrage remplit parfaitement son office, et qu’il s’imposera dans les années à venir comme l’outil de référence. Les sections de chapitres consacrées à Bryan Norton, Paul Taylor, Robin Attfield, Holmes Rolston, J. Baird Callicott et Val Plumwood offrent à ce jour les meilleures présentations disponibles en français (et parfois, les seules) des idées avancées par ces auteurs. La typologie des profils éthiques contenue dans le ch. 5 nous semble également l’une des plus claires et des plus rigoureuses jamais avancée, aussi bien en France que dans les pays anglo-saxons. La richesse de la culture mobilisée et les exceptionnelles qualités pédagogiques dont fait preuve l’auteur recommandent – et recommanderont pour longtemps – son ouvrage.

Les limites du projet que l’auteur a poursuivi tiennent peut-être essentiellement à la (trop) grande ambition qui l’anime. Car l’inclusion au sein d’un même ouvrage des éthiques de la nature (éthiques environnementales et éthiques animales) ne se fait pas sans la sous-évaluation, voire l’effacement, des différences philosophiques profondes, et parfois irréconciliables, qui opposent les théoriciens des deux bords. En fait d’éthique animale, il n’est question ici que de Peter Singer, Tom Regan et de Martha Nussbaum, dont les idées sont trop brièvement présentées pour que l’on puisse véritablement en apprécier la portée. Les effets dommageables de la typologie des profils éthiques se font ici doublement sentir, en ce que cette typologie exclut de prendre en compte les entreprises théoriques qui n’ont pas pu y trouver place, et ce qu’elle a parfois tendance à forcer à faire rentrer dans la même case (celle que l’auteur appelle  » pragmatique « ) des pensées différentes. On ne s’explique pas bien non plus pourquoi, du point de vue même de l’auteur, le courant d’esthétique environnementale fait l’objet de si peu d’attention de sa part, à l’exception des pages qu’il consacre à Martin Seel et à Eugene Hargrove. Inversement, la place qui est réservée dans l’ouvrage à des penseurs majeurs tels qu’Arne Naess et Hans Jonas (mais la même chose pourrait être dite au sujet de Michel Serres) est problématique, en ce qu’elle a tendance, en les incluant sous le chef général d’éthiques de la nature, à gommer les différences et à sous-estimer l’irréductibilité de la deep ecology et de l’éthique du principe responsabilité aux éthiques environnementales.

Hicham-Stéphane AFEISSA, agrégé et docteur en philosophie

Lire la fiche personnelle de Hicham-Stéphane Afeissa

Pour se procurer l’ouvrage de Gérard Hess, Ethiques de la nature

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Héraclite pour aujourd’hui. La nature le critère ultime pouvant régir nos vies et nos pensées

Posted by Hervé Moine sur 14 novembre 2011

Fichier:Hendrik ter Brugghen - Heraclitus.jpg

Vient de paraître

Michel Fattal,

Paroles et actes chez Héraclite.

Sur les fondements théoriques de l’action morale,

Paris, L’Harmattan,

«Ouverture Philosophique», 2011.

L’originalité d’Héraclite ne réside-t-elle pas dans le fait d’élaborer, bien avant Socrate et Platon, une réflexion philosophique et théorique sur les fondements de l’action morale et politique ? De quelles manières Héraclite envisage-t-il les rapports du parler et de l’agir ? Le logos (discours) et l’epos (parole) du philosophe, véhiculant la doctrine de l’harmonie des contraires, n’offrent-ils pas une ligne de conduite à suivre, un critère et une norme stables à l’action individuelle et collective ?

Nos contemporains du XX e siècle, prenant acte de la « crise des valeurs » qui traverse nos sociétés occidentales, et soucieux de réfléchir sur les fondements rationnels de l’action morale et politique, seront peut-être surpris d’entrevoir le caractère stimulant de la proposition faite à ce sujet par un philosophe-poète situé à mi-chemin entre la poésie homérique et hésiodique d’une part et la philosophie de Platon et d’Aristote d’autre part. Ils seront peut-être étonnés de retrouver en deçà des préoccupations écologiques actuelles, une philosophie plaçant la nature (phusis) et le cosmos au centre de son interrogation, et faisant de cette nature le critère ultime pouvant régir nos vies et nos pensées.

L’auteur Michel Fattal

Né en 1954 à Alexandrie en Égypte, le philosophe et historien de la philosophie Michel Fattal est un universitaire français, spécialiste du Logos dans la philosophie grecque. Homère, Hésiode, Héraclite, Parménide,Platon, Aristote, Chrysippe, Plotin sont les principaux auteurs sur lequel il travaille. Michel est actuellement Maître de conférences habilité à diriger des recherches en philosophie ancienne et médiévale à l’Université Pierre Mendès-France de Grenoble.

Hormis ce dernier ouvrage sur Héraclite, il est é l’auteur de plusieurs ouvrages sur Platon, et sur Plotin et la tradition néoplatonicienne Augustin, Farâbî.

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La culture contemporaine hantée par Cyborg

Posted by Hervé Moine sur 1 novembre 2011

Thierry Hoquet

Cyborg philosophie

Penser contre les dualismes

Aux éditions du Seuil

Présentation de l’ouvrage 

Cyborg hante la culture contemporaine, au cinéma (Robocop, Terminator) ou dans les mangas. Il s’incarne dans les sportifs dopés, dans les prothèses médicales et dans les fantasmes d’« humanité augmentée », voire immortelle. Mais Cyborg est aussi, et surtout, une figure philosophique. Cet hybride d’organisme et de machine bouleverse en effet les dichotomies fondamentales de notre pensée : nature / artifice ; humain / non-humain ; nature / culture ; masculin / féminin ; normal / pathologique, etc.

À partir d’une lecture personnelle des travaux de Georges Canguilhem et de Donna Haraway, Thierry Hoquet explore, dans ce texte très original par sa forme et son style l’énigme de cette figure : Cyborg est-il un instrument susceptible de nous conduire vers une humanité libérée des dualismes, colombe platonicienne rêvant d’un ciel sans air, où elle pourrait voler plus librement ? Ou, au contraire, marque-t-il notre asservissement à un système technique de contrôle et d’oppression, est-il l’incarnation d’une humanité perdue dans le cliquetis mécanique de l’acier ? Penser philosophiquement Cyborg, c’est réfléchir sur les rapports de la machine et de l’organisme et sur la possibilité de les composer. Mais Cyborg invite aussi à penser la différence des sexes en rapport avec la nature et la technique : Cyborg est-il le neutre ou l’androgyne, ou propose-t-il une autre manière d’articuler le masculin et le féminin ? On l’a compris, Cyborg vient troubler la philosophie. Il décrit notre condition et ses, insolubles ? contradictions.

Les sept visages de Cyborg

Article paru dans le Nouvel Observateur du 27 octobre 2011, propos du philosophe Thierry Hoquet recueillis par par Eric Aeschimann

De la prothèse à la manipulation génétique, l’homme contemporain marie l’organique et le technique. Pour y trouver plus de puissance ou y perdre sa liberté ? Réponses de Thierry Hoquet, auteur de «Cyborg philosophie».

Inventé en 1960 par deux scientifiques américains à partir de l’expression «cybernetic organism , le cyborg est un «organisme auquel on a ajouté un dispositif mécanique qui lui permet de vivre dans un milieu auquel l’organisme seul ne serait pas adapté». Mais c’est aussi une façon de désigner une expérience qui ne cesse de se répéter et de nous troubler: la présence dans notre chair d’une dimension non humaine. De Frankenstein au transsexuel, du mutant aux héros de films de science-fiction, Cyborg revêt mille figures. Pour «le Nouvel Observateur», Thierry Hoquet nous en présente sept.


Fichier:Robocop.jpg

RoboCop

«Sorti en 1987, « RoboCop » raconte l’histoire d’un flic grièvement blessé que des chirurgiens sauvent en le dotant d’un corps d’acier. Le deuxième bras, valide, est remplacé par un bras artificiel, tandis que les souvenirs du cerveau sont gommés. Avec RoboCop, la technique se retourne: elle assure la survie de l’organisme, mais en prend le contrôle. L’humain lui sacrifle sa liberté, pour devenir la machine servile du techno-capitalisme et de ses experts. Si, à la fin, RoboCop retrouve ses souvenirs et sa liberté, la question reste: la technologie est-elle démocratique?»

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Icare

«Icare est l’homme que l’amour de la technique fait courir à sa perte. C’est la figure de l’excès, de l’hubris : celui qui se croit tout-puissant finit par se brûler les ailes. Mais que serait le monde sans les ingénieurs? Icare montre à l’humanité qu’elle peut devenir autre chose que ce qu’elle est, il l’invite à sortir de la vie banale, à se dépasser, au sens hégélien: prendre le risque de la destruction pour créer de nouvelles formes.»

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Pistorius

«Oscar Pistorius est ce coureur sud-africain handicapé dont les tibias ont été remplacés par des lames de carbone et qui participe désormais aux compétitions de haut niveau. La prothèse était un pis-aller: elle devient une adjonction désirable. Les lames de carbone font courir plus vite qu’un organisme « bio », elles se transforment en avantage. Pistorius fera-il des émules? Les futurs athlètes abandonneront-ils leur corps organique? Les cyclistes qui se détruisent la santé en prenant des hormones ont déjà ouvert la voie.»

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Bébé-éprouvette

«Cela fait longtemps que l’espèce humaine ne se reproduit plus naturellement. L’accouchement est médicalisé, l’échographie donne au foetus une existence prénatale, il reçoit un sexe, un prénom, on peut le déclarer à l’état civil. Si les techniques médicales existent depuis toujours, nous sommes maintenant parvenus à une symbiose de l’humain et de la technique, sans laquelle l’avenir de l’espèce serait menacé.»

Extrait de couverture de l’ouvrage de Q. Delaunay

Femme

«En 1985, dans son « Manifeste cyborg », la philosophe américaine Donna Haraway établit la jonction entre féminisme et technologie. L’idéologie néolibérale veut que l’homme soit du côté de la technique et la femme de la nature. Or, dans la maternité, le monde du travail, la consommation, la vie domestique, les femmes participent pleinement aux systèmes techniques. Simplement, elles y sont dominées. Etre « féminisé », dit Haraway, c’est être exploité par la technique. Pour combattre le machisme, les femmes doivent admettre qu’elles mêlent l’organique et le technique, qu’elles sont hybrides.»

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Frankenstein

Clone

«En constituant des réserves remplies d’organes vivants où l’on pioche en cas de pépin de santé, le clonage prend acte du caractère faillible de nos corps. A l’instar de Frankenstein, le clone est né du désir de la science d’engendrer sans passer par la femme. Mais il atteste qu’à un certain stade technologique notre survie va nécessiter – ou nécessite déjà – la transformation d’autrui en objet, voire en marchandise. L’existence des uns suppose l’exploitation des autres.»

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Jesus Christ the Pantocrator

Jésus

«Avec sa Croix, il formait un dispositif technique qui a suscité beaucoup de polémiques. On ne sait pas comment il est né. Il est humain mais pas vraiment… A maints égards, Jésus illustre la condition Cyborg. Tous deux ont une double nature. En Jésus, Dieu se fait humain ; en Cyborg, la technologie se connecte au corps. Je ne crois pas au cerveau dans une cuve, le téléchargement d’une personne sur une puce : comme Jésus, Cyborg a besoin de l’incarnation.»

Propos recueillis par Eric Aeschimann

Cyborg philosophie, par Thierry Hoquet, Seuil, 360 p.

Source : « Le Nouvel Observateur » du 27 octobre 2011.

Thierry Hoquet

L’auteur de « Cyborg philosophie »

Thierry Hoquet est ancien élève de l’ENS Ulm, et maître de conférences au département de philosophie de l’université Paris X Nanterre.

Secrétaire de rédaction de Corpus, revue de philosophie, il est directeur scientifique du site http://www.cnrs.buffon.fr et membre du conseil d’administration de la Société française d’histoire des sciences et des techniques (SFHST).

Champ de recherche

Son champ de recherche croise la philosophie des Lumières et les sciences de la vie du XVIIIe siècle à nos jours. Il a publié divers ouvrages sur Buffon et Linné et dirigé un numéro spécial « Mutants » de la revue Critique (juin-juillet 2006). Ses travaux portent sur Darwin, les cyborgs et la virilité ; sur la philosophie des sciences naturelles et biologiques, ainsi que sur les questions de genre et de sexualités. Il co-dirige en particulier avec Elsa Dorlin un projet sur le concept de « sexe » dans les sciences bio-médicales au XXe siècle.

Ses oeuvres

  • La Vie, Paris, Flammarion, 1999
  • Buffon, histoire naturelle et philosophie, Paris, Honoré Champion, 2005.
  • Buffon/Linné: éternels rivaux de la biologie?, Paris, Dunod, 2007.
  • Darwin contre Darwin : comment lire l’origine des espèces ?, Paris, Seuil, 2009.
  • La Virilité. À quoi rêvent les hommes ?, Paris, Larousse, coll. « Philosopher », 2009.
  • Cyborg philosophie : Penser contre les dualismes, Paris, Le Seuil, coll. « L’ordre philosophique », 2011

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Le marché mondialisé comme une grosse bête stupide et sans nerfs

Posted by Hervé Moine sur 20 mars 2011

Une catastrophe monstre

Article de Jean-Pierre Dupuy, paru dans dans l’édition du Monde le dimanche 20 mars 2011

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/03/19/une-catastrophe-monstre_1495592_3232.html

Günther Anders 1902-1992

En 1958, le philosophe allemand Günther Anders (1902-1992) se rendit à Hiroshima et à Nagasaki pour participer au 4e congrès international contre les bombes atomiques et les bombes à hydrogène. Il tint pendant tout ce temps un journal. Après de nombreux échanges avec les survivants de la catastrophe, il note ceci : « La constance qu’ils mettent à ne pas parler des coupables, à taire que l’événement a été causé par des hommes ; à ne pas nourrir le moindre ressentiment, bien qu’ils aient été les victimes du plus grand des crimes – c’en est trop pour moi, cela passe l’entendement. » Et il ajoute : « De la catastrophe, ils parlent constamment comme d’un tremblement de terre, comme d’un astéroïde ou d’un tsunami. »

Hannah Arendt 1906-1975

A peu près en même temps que Hannah Arendt (1906-1975), sa condisciple, qui fut aussi sa femme, Anders tentait d’identifier un nouveau régime du mal. Arendt parlait d’Auschwitz, Anders d’Hiroshima. Arendt avait diagnostiqué l’infirmité psychologique d’Eichmann comme un « manque d’imagination ». Anders montrait que ce n’est pas l’infirmité d’un homme en particulier, c’est celle de tous les hommes lorsque leur capacité de faire, qui inclut leur capacité de détruire, devient disproportionnée à la condition humaine.

Alors le mal s’autonomise par rapport aux intentions de ceux qui le commettent. Anders et Arendt pointaient ce scandale qu’un mal immense peut être causé par une absence complète de malignité ; qu’une responsabilité monstrueuse puisse aller de pair avec une absence totale de méchanceté. Nos catégories morales sont impuissantes à décrire et juger le mal lorsqu’il dépasse l’inconcevable. Il faut se résoudre à dire alors qu' »un grand crime est une offense contre la nature, de sorte que la terre elle-même crie vengeance ; que le mal viole l’harmonie naturelle que seul le châtiment peut rétablir ».

Le fait que les juifs d’Europe aient substitué au mot « holocauste » celui de Shoah, qui signifie catastrophe naturelle et, singulièrement, raz de marée, tsunami, atteste cette tentation de naturaliser le mal lorsque les hommes deviennent incapables de penser cela même dont ils sont victimes. Voici que la tragédie qui frappe le Japon semble inverser les termes de cette analyse et qu’un véritable tsunami, une onde on ne peut plus matérielle, vient réveiller le tigre nucléaire. Certes, il s’agit d’un tigre en cage : un réacteur électronucléaire n’est pas une bombe atomique. Il en est en un sens la négation puisqu’il consiste à brider une réaction en chaîne qu’il a lui même provoquée. Cependant, dans l’imaginaire, la dénégation affirme cela même qu’elle nie. Dans la réalité, et nous y sommes, il arrive que le tigre s’échappe de sa cage.

Au Japon plus qu’ailleurs, le lien entre le nucléaire militaire et le nucléaire civil est dans tous les esprits. On rapporte les propos du premier ministre Naoto Kan : « Je considère que la situation actuelle, avec le séisme, le tsunami et les centrales nucléaires, est d’une certaine manière la plus grave crise en soixante-cinq ans, depuis la seconde guerre mondiale. » Il y a soixante-cinq ans, il n’y avait pas de centrales nucléaires, mais deux bombes atomiques avaient déjà été lancées sur des civils. En prononçant le mot « nucléaire », c’est à cela sans doute que pensait le premier ministre.

C’est comme si la Nature se dressait face à l’Homme et lui disait, du haut de ses rouleaux déferlants de vingt mètres : « Tu as voulu dissimuler le mal qui t’habite en l’assimilant à ma violence. Mais ma violence est pure, en deçà de tes catégories de bien et de mal. Je te punis en prenant au mot l’assimilation que tu as faite entre tes instruments de mort et ma force immaculée. Péris donc par le tsunami ! »

Tandis que les destructions humaines et matérielles s’accroissent chaque jour, une grande partie du drame actuel se joue sur la scène des symboles et de l’imaginaire. Parmi les régions qui furent les premières à être évacuées figurent les îles Mariannes. Le nom de l’une d’entre elles, Tinian, évoque pour ceux qui se souviennent le lieu d’où décollèrent, au petit matin du 6 août 1945, les B29 qui allaient pulvériser Hiroshima en cendres radioactives suivis, trois jours plus tard, par la flottille qui allait faire de même à Nagasaki. Comme si la vague géante venait se venger de ces minuscules territoires qui avaient eu le tort d’abriter le feu sacré.

La tragédie japonaise a ceci de fascinant qu’elle mêle inextricablement trois types de catastrophes que l’analyse traditionnelle distingue soigneusement : la catastrophe naturelle, la catastrophe industrielle et technologique, la catastrophe morale. Ou encore le tsunami, Tchernobyl et Hiroshima. Cette indifférenciation, dont j’ai tenté de comprendre la genèse dans mes ouvrages de ces dernières années, résulte de deux mouvements en sens inverse qui viennent se heurter aujourd’hui dans l’archipel nippon.

Le plus récent, contemporain des horreurs du siècle précédent, est la naturalisation du mal extrême dont j’ai parlé en citant deux de ses plus grands théoriciens, Hannah Arendt et Günther Anders. Pour parler de l’autre, il faut remonter au premier grand tsunami de l’histoire de la philosophie occidentale, celui qui suivit le tremblement de terre de Lisbonne, le jour de la Toussaint de l’an 1755.

Jean-Jacques Rousseau

Des interprétations rivales qui tentèrent de donner sens à un événement qui frappa le monde de stupeur, celle qui devait l’emporter fut celle de Rousseau dans sa réponse à Voltaire. Non, ce n’est pas Dieu qui punit les hommes pour leurs péchés, oui, on peut trouver une explication humaine, quasi scientifique, en termes d’enchaînement de causes et d’effets. C’est dans L’Emile, en 1762, que Rousseau allait tirer la leçon du désastre : « Homme ne cherche plus l’auteur du mal : cet auteur c’est toi-même. Il n’existe point d’autre mal que celui que tu fais ou que tu souffres, et l’un et l’autre te vient de toi. »

 

Voltaire

Que Rousseau ait gagné est évident dans la manière dont le monde a réagi à deux des plus grandes catastrophes naturelles de ces dernières années : le cyclone Katrina et le tsunami asiatique de Noël 2004. C’est leur statut de catastrophe naturelle qui a été mis en doute. « A man-made disaster » (une catastrophe due à l’homme) titrait le New York Times à propos du premier ; la même chose avait été dite à propos du second avec de bonnes raisons. Si les récifs de corail et les mangroves côtières de Thaïlande n’avaient pas été impitoyablement détruits par l’urbanisation, le tourisme, l’aquaculture et le réchauffement climatique, ils auraient pu freiner l’avancée de la vague meurtrière et réduire significativement l’ampleur du désastre.

Quant à La Nouvelle-Orléans, on apprit que les jetées qui la protégeaient n’avaient pas été entretenues depuis de nombreuses années et que les gardes nationaux de Louisiane étaient absents parce qu’ils avaient été réquisitionnés en Irak. Et d’abord, qui avait eu l’idée saugrenue de construire cette ville dans un endroit aussi exposé ? On entend déjà dire que jamais le Japon n’aurait dû développer le nucléaire civil, puisque sa géographie le condamnait à le faire dans des zones sismiques exposées aux tsunamis. Bref, c’est l’homme, seulement l’homme, qui est responsable, sinon coupable, des malheurs qui l’accablent.

Entre les catastrophes morales et les catastrophes naturelles se trouvent les catastrophes technologiques et industrielles. Contrairement aux secondes, les hommes en sont de toute évidence responsables mais, contrairement aux premières, c’est parce qu’ils veulent faire le bien qu’ils produisent le mal. Ivan Illich appelait contre-productivité ce retournement tragique. Il affirmait que les plus grandes menaces viennent aujourd’hui moins des méchants que des industriels du bien.

On doit moins redouter les mauvaises intentions que les entreprises qui, comme l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA), se donnent pour mission d’assurer « la paix, la santé et la prospérité dans le monde entier ». Les antinucléaires qui se croient tenus pour mener leur combat de dépeindre leurs ennemis de la façon la plus noire ne comprennent pas qu’ils affaiblissent ainsi leur critique. Il est beaucoup plus grave que les opérateurs des méga-machines qui nous menacent soient des gens compétents et honnêtes. Ils ne peuvent comprendre qu’on s’en prenne à eux. J’ai réservé pour la fin la catastrophe la plus monstrueuse et la plus grotesque : la catastrophe économique et financière. Qu’est-ce que le marché mondialisé sinon une grosse bête stupide et sans nerfs, qui s’affole au moindre bruit et réalise cela même qu’elle anticipe avec terreur. Le monstre s’est déjà emparé du Japon. Il le connaît bien.

A la fin des années 1980, la capitalisation boursière nippone représentait la moitié de la capitalisation boursière mondiale. On en vint à croire que le pays du Soleil-Levant allait régner sur toute la planète. Le monstre ne le permit pas et il fallut deux décennies à sa victime pour redresser la tête. Aujourd’hui, il sent que l’industrie nucléaire, qui est peut-être la seule au monde à ne pouvoir se relever d’une catastrophe majeure, vacille sur ses bases. Il ne lâchera pas prise.

Jean Pierre Dupuy, professeur de français et chercheur au Centre d'Étude du Langage et de l'Information

Jean-Pierre Dupuy : un seuil a été franchi, désormais l’humanité est capable de s’anéantir elle-même

Ancien élève de l’École polytechnique, Jean-Pierre Dupuy a fondé le centre de sciences cognitives et d’épistémologie de l’École polytechnique (CREA : Centre de Recherche en Épistémologie Appliquée) en 1982 avec Jean-Marie Domenach sur la base de réflexions préliminaires de Jean Ullmo. Ce centre est devenu une Unité Mixte de Recherche (UMR) en 1987. Dès l’origine, sa vocation a été double et a concerné aussi bien la modélisation en sciences humaines (modèles d’auto-organisation de systèmes complexes tant cognitifs, qu’économiques et sociaux) que la philosophie des sciences et, en particulier, l’épistémologie des sciences cognitives. En 2001, l’UMR s’est réorganisée et a décidé de se constituer en un laboratoire polyscientifique de sciences cognitives théoriques.

Jean-Pierre Dupuy a contribué à introduire et diffuser en France la pensée d’Ivan Illich, qu’il a rencontré plusieurs fois au Mexique au CIDOC (Center for Intercultural Documentation) de Cuernavaca (Ivan Illitch en fut l’un des cofondateur), mais aussi celles de René Girard, de John Rawls et de Günther Anders. Une partie de son travail porte sur les nanotechnologies, un possible « tsunami » technologique à venir, dont il étudie les effets pervers. Jean-Pierre Dupuy compte également parmi les membres fondateurs du Collegium international éthique, politique et scientifique, association qui souhaite « apporter des réponses intelligentes et appropriés qu’attendent les peuples du monde face aux nouveaux défis de notre temps. »

Le Sacrifice et l’envie (1992) fait référence aux deux obsessions de toute théorie moderne de la justice. Dans une société libérale, c’est-à-dire sans transcendance, l’homme doit être préservé du nombre : la perspective d’un sacrifice de l’individu à la collectivité, qui assurait autrefois la pérennité de l’ordre social, est désormais rejetée. Mais cette absence de transcendance, et l’individualisme qui en découle, libèrent l’envie, qui menace l’ordre social en permanence. Les grands théoriciens du libéralisme – au premier chef Adam Smith, John Rawls et Friedrich Hayek – ont parfaitement conscience de ce risque et chacun tente de le minimiser dans ses travaux. Rejet du sacrifice, et rejet de l’envie que ce premier rejet engendre : voilà ce qui constitue selon Dupuy la trame avec laquelle il faut lire toute théorie moderne de la justice.

Dans Pour un catastrophisme éclairé (2002), Jean-Pierre Dupuy part d’un constat : le seuil a été franchi. L’humanité est désormais capable de s’anéantir elle-même, par les armes de destruction massive ou simplement en continuant d’altérer ses conditions de survie. Nous savons ces choses, mais au fond de nous, nous ne les croyons pas. Pourquoi ? Le livre mène, à la suite de Bergson et de Hans Jonas, une réflexion sur le temps. Dupuy distingue le « temps de l’histoire », auquel nous sommes habitués, et le « temps du projet », qu’il propose comme paradigme pour penser la catastrophe et agir face à elle. Dans le « temps de l’histoire », le temps est envisagé rétrospectivement et les possibles jamais actualisés n’ont aucun intérêt. C’est parce que nous concevons uniquement le temps de cette façon que nous n’agissons contre les catastrophes qu’une fois celles-ci réalisées. Le « temps du projet », lui, unit passé et futur : la catastrophe est déjà présente aujourd’hui, ce qui peut nous faire agir pour que, paradoxalement, elle ne se soit jamais produite.

Dans La Marque du sacré (2009), (La marque du sacré aux éditions Carnet Nord de 2009 ou La marque du sacré aux éditions Flammarion 2010) sur une suggestion de son éditeur Benoît Chantre, Jean-Pierre Dupuy synthétise ses ouvrages antérieurs, qui « ont pu donner l’impression […] d’une certaine dispersion », en mettant en exergue le fil conducteur qui les unit : la question du sacré.

D’après Wikipedia

Jean-Pierre Dupuy

Pour un catastrophisme éclairé

Quand l’impossible est certain

Seuil 2004

Présentation de l’éditeur

La première édition de cet ouvrage a paru au Seuil en 2002 dans la collection « La couleur des Idées ».

Ce livre est une réflexion sur le destin apocalyptique de l’humanité. Celle-ci, devenue capable d’autodestruction, soit par l’arme nucléaire, soit par l’altération des conditions de survie, se doit de regarder avec sérieux les menaces qui pèsent sur elle. Il nous faut croire à la réalité de la catastrophe et non à sa simple éventualité pour la prévenir efficacement.

L’impossible de demain, l’improbable futur, se font présent et la « précaution » ne suffit pas : elle décide pour le présent dans l’incertitude des conséquences futures, mais elle ne va pas jusqu’à penser l’impossible comme certain, jusqu’à nous en donner l’évidence.

S’appuyant sur l’exemple de la dissuasion nucléaire, Jean-Pierre Dupuy donne ici une réflexion fondamentale sur le changement d’attitude vis-à-vis de l’avenir qui devrait être le nôtre si nous ne voulons pas sombrer dans la catastrophe.

Une réflexion fondamentale sur la catastrophe et notre aveuglement face à sa possibilité et même sa certitude.

 

Pour se procurer l’ouvrage de Jean-Pierre Dupuy Pour un catastrophisme éclairé

 

Jean-Pierre Dupuy

Petite métaphysique des Tsunamis

Seuil 2005

Présentation de l’éditeur

Comment penser le mal au Xxi e siècle ? Le tsunami du 26 décembre 20004, la commémoration en 2005 de trois grandes catastrophes qui ont marqué l’Occident dans sa manière de se représenter le mal -Auschwitz ; Hiroshima et Nagasaki ; le tremblement de terre de Lisbonne (1er novembre 1755)- mettent à l’épreuve la pensée de la catastrophe. Le mal  » naturel  » est-il contingent ? L’homme est-il responsable du mal ?

A en juger par les réactions au tsunami, tout se passe comme ci, de 1755 à aujourd’hui, le mal soulevait les mêmes interrogations. Cependant, quand le mal moral rejoint les sommets qu’a connus le XXe siècle, on ne sait plus l’évoquer qu’en termes d’atteinte à l’ordre naturel du monde. Cela augure mal de notre capacité à faire face aux catastrophes futures.

Un essai vif et stimulant sur les chassés-croisés entre catastrophes naturelles et catastrophes morales, revisités à la lumière de l’actualité.

Pour se procurer l’ouvrage de Jean-Pierre Dupuy Petite métaphysique des tsunamis

 

 

 

 

 

Jean-Pierre Dupuy

Retour de Tchernobyl

Journal d’un homme en colère

Seuil 2006

Présentation de l’éditeur

Parti en mission sur le site de Tchernobyl, Jean-Pierre Dupuy, scientifique de haut niveau devenu philosophe, découvre ce qui se cache derrière ce nom devenu familier. Il trouve là-bas ce qu’il appelle  » l’invisibilité du mal  » – la catastrophe n’a laissé derrière elle que le néant des champs dévastés, des villages ruinés, des maisons inhabitées. Plus trace de vie. Seul demeure le sinistre  » sarcophage  » – ce tombeau qui recouvre le réacteur – qui continue

de délivrer ses radiations… De retour à Paris, l’auteur est confronté à l’écart scandaleux entre le bilan officiel de la catastrophe, confirmé par un rapport de l’ONU qui se veut définitif, et ce qu’il a cru voir ou apprendre sur place. Le nombre de morts dus à Tchernobyl se chiffre-t-il en dizaines ou en dizaines de milliers ? Les bébés monstres sont-ils un fait ou une supercherie ? Face à ces contradictions, Jean-Pierre Dupuy a mené l’enquête

sur l’univers mental de la technocratie mondiale. Il montre que tout bilan de la catastrophe se doit de faire intervenir des dimensions éthiques et philosophiques qui échappent aux experts. La question du mal se pose aujourd’hui de façon neuve. Nous avons plus à craindre les industriels du bien que les méchants. Ce témoignage très personnel est un livre de réflexion et d’engagement pour changer les choses vingt ans après.

Pour se procurer l’ouvrage de Jean-Pierre Dupuy Retour de Tchernobyl : Journal d’un homme en colère

 

 

 

Jean-Pierre Dupuy

La marque du sacré

Carnet Nord 2009

ou

Flammarion Champs Essai 2010

Présentation de l’ouvrage

Nous sommes tous religieux sans le savoir. Pire encore : parce que nous ne voulons pas le savoir ! C’est cet aveuglement paradoxal qui fonde la raison contemporaine. Ce livre, conçu comme un polar métaphysique et théologique, traque des indices, des traces : la marque du sacré dans des textes ou des arguments qui se prétendent uniquement rationnels. Avec la rigueur du logicien, mais aussi la passion du polémiste, Jean-Pierre Dupuy réveille les esprits empêtrés dans leur idéologie.

La catastrophe (écologique, nucléaire, nano-bio-technologique…) a commencé, mais notre refus du religieux nous empêche de la voir. Seule une perspective apocalyptique nous permet de comprendre que c’est le sacré qui nous a constitués. La désacralisation du monde nous apparaît ainsi pour ce qu’elle est : un processus inouï qui peut nous laisser sans protection face à notre violence, mais qui peut également déboucher sur un monde où la raison ne serait plus l’ennemie de la foi.

Autobiographie intellectuelle, mais aussi analyse lucide des détraquements en cours, qui tous s’enracinent dans notre refus de voir le pire, ce livre s’ouvre par une interprétation de la panique financière de 2008 ; il se poursuit par une démystification des grandes formes de la rationalité moderne, incapables de gérer ce sacré qu’elles refoulent ; il se clôt enfin, dans une mise en abyme vertigineuse, sur une méditation autour de Vertigo, le chef-d’oeuvre d’Alfred Hitchcock.

Pour se procurer l’ouvrage de Jean Pierre Dupuy La marque du sacré aux éditions Carnet Nord de 2009

Pour se procurer l’ouvrage de Jean Pierre Dupuy  La marque du sacré aux éditions Flammarion 2010

Les autres ouvrages de Jean-Pierre Dupuy

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Dieu et la science ou Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

Posted by Hervé Moine sur 23 février 2011

Stephen Hawking

et Leonard Mlodinow

Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

Odile Jacob

 

Présentation de l’éditeur

Pourquoi et comment l’Univers a-t-il commencé ? Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Quelle est la nature de la réalité ? Comment expliquer que les lois naturelles soient aussi finement ajustées ? Et nous, pourquoi donc existons-nous ?

Longtemps réservées aux philosophes et aux théologiens, ces interrogations relèvent désormais aussi de la science. C’est ce que montrent ici avec brio et simplicité Stephen Hawking et Leonard Mlodinow, s’appuyant sur les découvertes et les théories les plus récentes, qui ébranlent nos croyances les plus anciennes.

Pour eux, inutile d’imaginer un plan, un dessein, un créateur derrière la nature. La science explique bel et bien à elle seule les mystères de l’Univers.

Des réponses nouvelles aux questions les plus élémentaires : lumineux et provocateur !

Le premier ouvrage important de Stephen Hawking depuis dix ans.

Stephen Hawking a écrit Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ? avec Leonard Mlodinow qui est physicien au California Institute of Technology.

 

Au sommaire de Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

– Le Mystère de l’existence

– Le règne de la loi

– Qu’est-ce que la réalité ?

– Des histoires alternatives

– La théorie du Tout

– Choisissons notre Univers

– Le miracle apparent

– Le grand Dessein

    L’auteur

    Fils du Dr Frank Hawking, un chercheur biologiste, et d’Isobel Hawking, une activiste politique, Stephen Hawking est né le 8 janvier 1942.

    Stephen Hawking est actuellement professeur à l’Université de Cambridge.

    Il est l’auteur d’ « Une brève histoire du temps« , de « Trous noirs et Bébés univers » et de « l’Univers dans une coquille de noix« .

    Les principaux domaines de recherches de Hawking sont la cosmologie et la gravité quantique.

    « À la fin des années 1960, lui et son ami et collègue de Cambridge, Roger Penrose, ont appliqué un nouveau modèle mathématique complexe, qu’ils ont créé à partir de la théorie d’Albert Einstein sur la relativité générale. Cela a conduit Hawking à prouver en 1970 le premier de nombreux théorèmes sur les singularités ; tels les théorèmes capables de fournir un ensemble de conditions suffisantes à l’existence d’une singularité dans l’espace-temps. Ce travail a montré que, loin d’être une curiosité mathématique qui ne figure que dans des cas particuliers, les singularités sont assez génériques dans la relativité générale. » source wikipedia

    Se procurer l’ouvrage de Stephen Hawking et de Leonard Mlodinow Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

     

    Dieu et la science

    Article de Christian Doré à propos de la sortie du livre de Stephen Hawking Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ? paru dans le Figaro le 18 février 2011

    http://www.lefigaro.fr/sciences/2011/02/19/01008-20110219ARTFIG00010-dieu-et-la-science.php

    Y a-t-il un grand architecte dans l’Univers ? Non, répond le célèbre astrophysicien Stephen Hawking dans un livre événement (Odile Jacob) dont Le Figaro Magazine publie des extraits en exclusivité. Une théorie très contestée. Scientifiques, philosophes et croyants lui répondent.

    Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?» La question du philosophe et mathématicien Gottfried Wilhelm Leibniz fera l’actualité dès jeudi prochain avec la sortie en France du dernier livre de l’astrophysicien Stephen Hawking, Y a-t-il un grand architecte dans l’Univers? (Odile Jacob).

    Ce retour sur le devant de la scène d’une interrogation métaphysique remontant au XVIIe siècle peut paraître surprenant. Au-delà d’élever le débat face à nos tracasseries quotidiennes, la fin des soldes ou le casting de la saison 2 de «Masterchef» (TF1), la question s’inscrit dans une tendance qui se fait jour dans la communauté scientifique.

    Stephen Hawking a aujourd’hui une double conviction. Les chercheurs doivent non seulement répondre à la question «Comment l’Univers évolue?» mais aussi à celle-ci: «Pourquoi il y a un Univers?» Il n’est pas le seul à penser ainsi.

    Le pacte qui voulait que les sciences répondent au «comment», laissant les religions régler le problème du «pourquoi», n’aurait plus de raison d’être tant la recherche se frotte aujourd’hui à l’essence même de notre monde. La frontière longtemps respectée est en train de céder en laissant sur le bas-côté les philosophes. Dès le deuxième paragraphe de son introduction, Stephen Hawking leur règle leur compte: «La philosophie est morte, faute d’avoir réussi à suivre les développements de la science moderne, en particulier de la physique»… «Donc… Ça c’est fait!» diraient des ados. Mais le célèbre astrophysicien britannique qui occupe à Cambridge la chaire historique d’Isaac Newton n’en reste pas là. «C’est à la question ultime de la vie, de l’Univers et de Tout, à laquelle nous essaierons de répondre dans cet ouvrage», résume-t-il. On se doutait qu’Hawking n’avait pas pris la plume pour expliciter l’art difficile de trier son linge avant lavage, mais l’entreprise est pour le moins ambitieuse.

    Lors de sa parution dans sa version anglaise (The Grand Design), l’ouvrage a provoqué une levée de boucliers impressionnante. Archevêques anglicans et grand rabbin, évêque catholique ou imam, mais aussi athées intègres lui sont tombés dessus à propos raccourcis. «La physique ne peut pas répondre à elle seule à la question « Pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien »», reprochent certains au cosmologiste cloué par une maladie dégénérative dans un fauteuil roulant depuis ses années universitaires. «Le discours métaphysique vers lequel glisse Hawking n’est pas sérieusement étayé», critiquent d’autres.

    Ses collègues astrophysiciens ne l’épargnent pas non plus. Selon eux, Hawking n’apporte pas de choses nouvelles par rapport à l’un des plus grands succès de la littérature scientifique, Une brève histoire du temps, ouvrage de vulgarisation qu’il a publié en 1989. Voire, il se contredit.

    Il n’empêche, en donnant une réponse intellectuellement séduisante à la création du monde, le livre de Stephen Hawking trouve une résonance toute particulière sur cette éternelle question qui oppose Dieu et les sciences. Selon lui, l’Univers – ou plutôt les Univers – n’ont pas besoin de créateur puisque les lois de la gravitation et celles de la physique quantique fournissent un modèle d’Univers qui se créent eux-mêmes. Cette théorie, appelée M-Théorie, présente tout de même un défaut majeur : elle reste à prouver, ce que reconnaît Stephen Hawking. Autre nuance: elle n’est pas la seule théorie aujourd’hui défendue par les cosmologistes sérieux.

    Dans son Discours sur l’origine de l’Univers (Flammarion), le physicien Etienne Klein rappelle que, à bien les examiner, «les perspectives que nous offre la cosmologie contemporaine sont plus vertigineuses que ce que nous avons imaginé». Il raconte aussi cette anecdote selon laquelle le pape Jean-Paul II, en recevant Stephen Hawking au Vatican, lui aurait déclaré: «Nous sommes bien d’accord, monsieur l’astrophysicien. Ce qu’il y a après le big bang c’est pour vous, et ce qu’il y a avant, c’est pour nous.» C’était sans doute oublier que la curiosité des hommes est sans limite. Dieu n’est dorénavant plus tabou chez les scientifiques, qu’il s’agisse de l’effacer des possibles ou de prouver son existence. Jean Staune est un grand défenseur de ce débat. Ce catholique, professeur et directeur de la collection «Science et religion» des Presses de la Renaissance, a le sens du slogan et affirme que «Dieu revient très fort!» Loin de tuer l’idée d’un dieu, les sciences modernes et les questions qu’elles soulèvent se confrontent de plus en plus à l’hypothèse d’un grand créateur, affirme-t-il. S’il n’adhère pas aux conclusions de Stephen Hawking, il respecte la démarche du savant.

    Les frères Bogdanov, auteurs du best-seller Le Visage de Dieu, surfent aussi sur cette thématique. Le titre de leur ouvrage, inspiré d’un mot de l’astrophysicien George Smoot (prix Nobel) lorsqu’il découvrit les premières images du fond de l’Univers, est explicite. Ces croyants affirment déceler, dans le rayonnement cosmique et le réglage fin de l’Univers, l’existence d’un créateur. Pour son second volet, cette théorie est en partie empruntée à l’astrophysicien américain Trinh Xuan Thuan. Bouddhiste, il défend l’idée d’un principe créateur se manifestant dans les lois physiques de la nature. Cette vision panthéiste est proche de celle de Spinoza ou d’Einstein. «Je crois au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l’ordre harmonieux de ce qui existe, et non en un dieu qui se préoccupe du sort et des actions des êtres humains», écrivait ce dernier en avril 1929 au rabbin Herbert Goldstein de New York.

    Dans les propos, nous voilà bien loin des principes du père du déterminisme scientifique, Laplace. Celui-ci répondit à Napoléon, qui l’interrogeait sur la question de Dieu et de l’Univers: «Sire, je n’ai pas besoin de cette hypothèse.» S’interdisant de s’interdire, des scientifiques du XXIe siècle lui répondent aujourd’hui: une hypothèse plutôt que rien. Stephen Hawking en fait partie.

    Se procurer l’ouvrage de Stephen Hawking et de Leonard Mlodinow Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

    Extraits de Stephen Hawking et de Leonard Mlodinow Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

     

    L’Univers n’a pas besoin de Dieu pour exister

    Extraits choisis par Christophe Doré, article paru dans le Figaro le 18 février 2011

    http://www.lefigaro.fr/sciences/2011/02/19/01008-20110219ARTFIG00001-l-univers-n-a-pas-besoin-de-dieu-pour-exister.php

    Stephen Hawking défend l’idée d’une théorie justifiant une création spontanée de l’Univers.

    Nous ne vivons chacun que pendant un bref laps de temps au cours duquel nous ne visitons qu’une infime partie de l’Univers. Mais la curiosité, qui est le propre de l’homme, nous pousse à sans cesse nous interroger, en quête permanente de réponses. Prisonniers de ce vaste monde tour à tour accueillant ou cruel, les hommes se sont toujours tournés vers les cieux pour poser quantité de questions : comment comprendre le monde dans lequel nous vivons? Comment se comporte l’Univers ? Quelle est la nature de la réalité? D’où venons-nous? L’Univers a-t-il eu besoin d’un créateur? Même si ces questions ne nous taraudent pas en permanence, elles viennent hanter chacun d’entre nous à un moment ou un autre.

    Ces questions sont traditionnellement du ressort de la philosophie. Mais la philosophie est morte, faute d’avoir réussi à suivre les développements de la science moderne, en particulier de la physique. Ce sont les scientifiques qui ont repris le flambeau dans notre quête du savoir. Cet ouvrage a pour but de présenter les réponses que nous suggèrent leurs découvertes récentes et leurs avancées théoriques. L’image qu’elles nous dessinent de l’Univers et de notre place dans ce dernier a radicalement changé ces dix ou vingt dernières années, même si ses premières esquisses remontent à près d’un siècle.

    Dans la conception classique de l’Univers, les objets se déplacent selon une évolution et des trajectoires bien définies si bien que l’on peut, à chaque instant, spécifier avec précision leur position. Même si cette conception suffit pour nos besoins courants, on a découvert, dans les années 1920, que cette image «classique» ne permettait pas de rendre compte des comportements en apparence étranges qu’on pouvait observer à l’échelle atomique ou subatomique. Il était donc nécessaire d’adopter un cadre nouveau: la physique quantique. Les prédictions des théories quantiques se sont révélées remarquablement exactes à ces échelles, tout en permettant de retrouver les anciennes théories classiques à l’échelle du monde macroscopique usuel. Pourtant, les physiques quantique et classique reposent sur des conceptions radicalement différentes de la réalité physique.

    Le libre arbitre

    C’est à Laplace (1749-1827) que l’on attribue le plus souvent la préformulation claire du déterminisme scientifique : si l’on connaît l’état de l’Univers à un instant donné, alors son futur et son passé sont entièrement déterminés par les lois physiques. Cela exclut toute possibilité de miracle ou d’intervention divine. C’est, en fait, le fondement de toute la science moderne et l’un des principes essentiels qui sous-tendent cet ouvrage. Une loi scientifique n’en est pas une si elle vaut seulement en l’absence d’une intervention divine. On rapporte que Napoléon, ayant demandé à Laplace quelle était la place de Dieu dans son schéma du monde, reçut cette réponse: «Sire, je n’ai pas besoin de cette hypothèse.»

    Les hommes vivant dans l’Univers et interagissant avec les autres objets qui s’y trouvent, le déterminisme scientifique doit également s’appliquer à eux. Nombreux sont cependant ceux qui, tout en admettant que le déterminisme scientifique régit les processus physiques, voudraient faire une exception pour le comportement humain en raison de l’existence supposée du libre arbitre. Ainsi Descartes, afin de préserver ce libre arbitre, affirmait-il que l’esprit humain différait du monde physique et n’obéissait pas à ses lois. Selon lui, toute personne était composée de deux ingrédients, un corps et une âme. Tandis que les corps n’étaient rien d’autre que des machines ordinaires, les âmes échappaient, elles, à la loi scientifique. Descartes, féru d’anatomie et de physiologie, tenait un petit organe situé au centre du cerveau, la glande pinéale, pour le siège de l’âme. Selon lui, toutes nos pensées prenaient naissance dans cette glande qui était la source de notre libre arbitre.

    Les hommes possèdent-ils un libre arbitre ? Si c’est le cas, à quel moment est-il apparu dans l’arbre de l’évolution? Les algues vertes ou les bactéries en possèdent-elles ou bien leur comportement est-il automatique, entièrement gouverné par les lois scientifiques ? Ce libre arbitre est-il l’apanage des seuls organismes multicellulaires ou bien des seuls mammifères? On peut croire que le chimpanzé fait preuve de libre arbitre lorsqu’il choisit d’attraper une banane, ou encore le chat quand il lacère votre divan, mais qu’en est-il du ver nématode Caenorhabditis elegans, créature rudimentaire composée de 959 cellules ? (…)

    Bien que nous pensions décider de nos actions, notre connaissance des fondements moléculaires de la biologie nous montre que les processus biologiques sont également gouvernés par les lois de la physique et de la chimie, et qu’ils sont par conséquent aussi déterminés que les orbites des planètes. Des expériences menées récemment en neurosciences viennent nous conforter dans l’idée que c’est bien notre cerveau physique qui détermine nos actions en se conformant aux lois scientifiques connues, et non quelque mystérieuse instance qui serait capable de s’en affranchir. Une étude réalisée sur des patients opérés du cerveau en restant conscients a ainsi pu montrer qu’on peut susciter chez ceux-ci le désir de bouger une main, un bras ou un pied, ou encore celui de remuer les lèvres et de parler. Il est difficile d’imaginer quel peut être notre libre arbitre si notre comportement est déterminé par les lois physiques. Il semble donc que nous ne soyons que des machines biologiques et que notre libre arbitre ne soit qu’une illusion.

    La théorie ultime du Tout

    On peut formuler les théories quantiques de bien des façons, mais celui qui en a donné la description la plus intuitive est sans doute Richard (Dick) Feynman, personnage haut en couleur qui travaillait au California Institute of Technology le jour et jouait du bongo dans une boîte à strip-tease la nuit. D’après lui, un système n’a pas une histoire unique, mais toutes les histoires possibles. Pour tenter de répondre aux questions formulées plus haut, nous expliciterons l’approche de Feynman et nous l’utiliserons afin d’explorer l’idée selon laquelle l’Univers lui-même n’a pas une seule et unique histoire ni même une existence indépendante. Elle peut sembler radicale même pour nombre de physiciens et, de fait, elle va, comme beaucoup de notions courantes aujourd’hui en science, à l’encontre du sens commun. (…)

    On dispose aujourd’hui d’une prétendante au titre de théorie ultime du Tout, si elle existe. Baptisée «M-Théorie», elle peut apporter des réponses à la question de la création. Pour elle, non seulement notre Univers n’est pas unique, mais de nombreux autres ont été créés à partir du néant, sans que leur création ne requière l’intervention d’un être surnaturel ou divin. Ces Univers multiples dérivent de façon naturelle des lois de la physique. Ils représentent une prédiction scientifique. Chaque Univers a de nombreuses histoires possibles et peut occuper un grand nombre d’états différents longtemps après sa création, même aujourd’hui. Cependant, la majorité de ces états ne ressemblent en rien à l’Univers que nous connaissons et ne peuvent contenir de forme de vie. Seule une poignée d’entre eux permettraient à des créatures semblables à nous d’exister. Ainsi, notre simple présence sélectionne dans tout l’éventail de ces Univers seulement ceux qui sont compatibles avec notre existence. Malgré notre taille ridicule et notre insignifiance à l’échelle du cosmos, voilà qui fait de nous en quelque sorte les seigneurs de la création.

    L’origine des temps

    La question de l’origine des temps est en quelque sorte analogue à celle du bord du monde. A l’époque où on pensait que le monde était plat, certains ont dû se demander si la mer tombait en arrivant au bord. L’expérience a permis de répondre à cette question: il était possible de faire le tour du monde sans tomber. La question du bord du monde a en réalité été résolue lorsqu’on a compris que la Terre n’était pas une assiette plate, mais une surface courbée. Le temps, en revanche, nous apparaissait comme une voie de chemin de fer. Si commencement il y avait, il avait bien fallu quelqu’un (autrement dit Dieu) pour lancer les trains. Même après que la relativité générale eut unifié temps et espace en une seule entité appelée espace-temps, le temps continuait de se distinguer de l’espace : soit il avait un commencement, soit il existait depuis toujours. En revanche, dès qu’on incorpore les effets quantiques dans la théorie relativiste, dans certains cas extrêmes la courbure peut être si intense qu’elle amène le temps à se comporter comme une dimension supplémentaire d’espace.

    Dans l’Univers primordial si concentré qu’il était régi à la fois par la relativité générale et la physique quantique coexistaient effectivement quatre dimensions d’espace et aucune de temps. Cela signifie que, lorsque nous parlons de « commencement » de l’Univers, nous éludons habilement un subtil problème: aux premiers instants de l’Univers, le temps tel que nous le connaissons n’existait pas! De fait, nous devons admettre que notre conception familière de l’espace et du temps ne s’applique pas à l’Univers primordial. Cela échappe peut-être à notre entendement ordinaire, mais pas à notre imagination ni à nos mathématiques. Pour autant, si les quatre dimensions se comportent dans cet Univers naissant comme des dimensions d’espace, qu’advient-il du commencement des temps? (…) Lorsqu’on combine relativité générale et physique quantique, la question de ce qu’il y avait avant le commencement de l’Univers perd tout sens. Ce concept consistant à voir les histoires possibles comme des surfaces fermées sans frontière porte le nom de condition sans bord.

    Au cours des siècles, nombreux ont été ceux qui, tel Aristote, ont cru que l’Univers était présent depuis toujours, évitant ainsi d’affronter l’écueil de sa création. D’autres au contraire ont imaginé qu’il avait eu un commencement, utilisant cet argument pour prouver l’existence de Dieu. Comprendre que le temps se comporte comme l’espace permet de proposer une version alternative. Celle-ci, écartant l’objection éculée qui s’oppose à tout commencement de l’Univers, s’en remet aux lois de la physique pour expliquer cette création sans recourir à une quelconque divinité.

    Extraits choisis par Christophe Doré, du Figaro

    Se procurer l’ouvrage de Stephen Hawking et de Leonard Mlodinow Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?


    Un peu de lecture sur Dieu et la Science

    On ne peut pas ne pas remarquer la multiplicité des ouvrages sur la question du débat entre Dieu et la Science aujourd’hui. L’ouvrage de Stephen Hawking et de Leonard Mlodinow Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ? nous donne justement d’évoquer les publications sur le sujet. Nous ne citerons que quelques ouvrages parmi bien d’autres. Nous commencerons par le plus ancien, celui de le l’échange entre Jean Guitton et les frères Bogdanov dans Dieu et la science (1991) réédité en format de poche en 2004, les frères Bogdanov ayant dernièrement en 2010 publié un Visage de Dieu. On évoquera un dialogue entre la science et la religion au sujet du créationnisme et du matérialisme que l’on retrouve dans un ouvrage de Bertrand Souchard et de Jean-Michel Maldamé paru également en 2010 Dieu et la science en questions, et, la même année, toujours ce même thème un ouvrage de la philosophe Véronique Le Ru La Science et Dieu La science et Dieu. Enfin dans un échange dans lequel se livrent un philosophe athée André Comte Sponville, un scientifique matérialiste Guillaume Lecointre et un théologien jésuite François Euvé sur la question de Dieu et la science (2011). Cette liste d’ouvrage est loin d’être exhaustive.

    Jean Guitton

    Grichka Bogdanov

    Igor Bogdanov

    Dieu et la science

    Grasset

    Présentation de l’éditeur

    A-t-on le droit, à la fin du XXe siècle, de penser ensemble Dieu et la science ? De dépasser le vieux conflit entre le croyant – pour qui Dieu n’est ni démontrable, ni calculable – et le savant – pour qui Dieu n’est même pas une hypothèse de travail ?

    Tel est, en tout cas, l’enjeu de ce livre qui, de ce fait, s’autorise d’une évidence : aujourd’hui, la science pose des questions qui, jusqu’à une date récente, n’appartenaient qu’à la théologie ou à la métaphysique.

    D’où vient l’univers ? Qu’est-ce que le réel ? Quels sont les rapports entre la conscience et la matière ? Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?

    De ce fait, tout se passe comme si l’immatérialité même d’une transcendance devenait l’un des objets possibles de la physique. Comme si les mystères de la nature relevaient, également, d’un acte de foi. Jean Guitton, Igor et Grichka Bogdanov ont ainsi voulu transformer l’ancien conflit du croyant et du savant en un débat essentiel.

    A travers l’échange de leurs arguments, de leurs interrogations, c’est bien de l’homme et de sa place dans l’univers qu’il est ici question.

    Se procurer l’ouvrage de Jean Guitton Dieu et la science

     

     

    Bertrand Souchard

    Jean-Michel Maldamé

    Dieu et la science en questions

    Ni créationnisme ni matérialisme

    Presses de la Renaissance

    Présentation de l’éditeur

    La science peut-elle tout expliquer ? Le big bang, est-ce la création ? L’animal a-t-il une conscience? La violence potentielle de l’homme. est-elle exacerbée par la religion? Pourquoi faudrait-il être contre le clonage humain ? Dans un langage accessible à tous, Bertrand Souchard, philosophe et théologien, répond avec précision et pédagogie à 28 questions fondamentales sur Dieu, la science et la nature, les classant selon cinq grands thèmes: La nature physique : la création et l’univers; La nature vivante : Dieu et Darwin ; La connaissance de la nature: la foi et la science; La nature de l’homme: image de Dieu et descendant du singe; La nature du bien humain: l’éthique et la technique. La science, la théologie et la philosophie ont leur autonomie et leur légitimité propres dans l’explication du réel et du sens de la vie. L’auteur a pris soin d’éviter la confusion des genres et de respecter la spécificité de chacune tout en engageant un dialogue passionnant et passionné entre les trois, aussi éloigné du créationnisme que du matérialisme. Fruit de longues années d’études approfondies et de recherches validées par une dizaine de scientifiques et philosophes, cet ouvrage de fond est une somme objective et claire, essentielle au dialogue entre la science et la religion.

    Bertrand Souchard

    Bertrand Souchard, né en 1965, est docteur en philosophie et maître en théologie. Professeur de philosophie au lycée Ampère et à l’Université catholique de Lyon, chargé de cours de philosophie de la nature, il est notamment l’auteur d’Aristote, de la physique à la métaphysique (Editions universitaires de Dijon, 2003) et de 42 questions sur Dieu (Salvator, 2007).

    Se procurer l’ouvrage de Bertrand Souchard Dieu et la science en questions

     

    Igor et Grichka Bogdanov

    Robert W. Wilson

    Le visage de Dieu

     

    Présentation de l’éditeur

    Le « visage de Dieu » ? C’est l’expression qu’utilisa l’astrophysicien Georges Smoot (prix Nobel 2006) lorsque le 23 avril 1992, il réussit, grâce au satellite COBE, à prendre des photos de la naissance de l’univers tel qu’il émergeait des ténèbres cosmiques tout juste 380 000 ans après le Big Bang.

    Depuis, cette expression a fait le tour du monde, déclenché la fureur des scientifiques, et bouleversé les croyants. Mais, par delà ces quelques mots, quel est le fabuleux secret qui se cache derrière le « bébé univers » ? Pourquoi Smoot y a-t-il vu le « Visage de Dieu » ?

    Ce livre – nourri des formidable attentes suscitées par le nouveau satellite Planck lancé le 14 mai 2009 – s’approche, comme jamais, de ce mystère suprême : l’instant même de la Création.

    Trois des héros de cette fantastique aventure – Jim Peebles (prix Craaford d’Astronomie 2005), Robert W. Wilson (Prix Nobel 1978) et John Matters (Prix Nobel 2006) – ont postfacé cet ouvrage au fil duquel on s’avisera que la science, parfois, se confond avec la plus haute spiritualité.

    Se procurer l’ouvrage des frères Bogdanov Le visage de Dieu

     

     

     

     

    André Comte-Sponville

    François Euvé

    Guillaume Lecointre

    Dieu et la science (février 2011)

    Les Presses de l’ENSTA

     

    Présentation de l’éditeur

     » Qu’est-ce que la vie ? « 

     » Qu’est-ce que l’homme ? « 

     » D’où vient l’univers ? « 

    Il est longtemps allé de soi que ces questions, purement métaphysiques, relevaient de la religion. Mais la science ne cesse de repousser les limites du mystère… Certains y voient la preuve que Dieu n’existe pas – ou qu’au contraire, il se cache derrière les équations. Quelles questions est-on fondé à poser à la science ? Quelles interrogations ne concernent que la religion ? Quelles portes peut-on ouvrir entre les deux sans les dénaturer ?

    Plus qu’à un échange de points de vue, c’est à une mise au point nécessaire que se livrent ici un philosophe athée, un scientifique matérialiste et un théologien jésuite.

    Les auteurs

    André Comte-Sponville est philosophe.

    François Euvé est prêtre jésuite et théologien au Centre Sèvres.

    Guillaume Lecointre est systématicien au Muséum national d’Histoire naturelle.

    Se procurer l’ouvrage d’André Comte-Sponville Dieu et la science

     

    Véronique Le Ru

    La science et Dieu

    Entre croire et savoir (octobre 2010)

    Vuibert ADAPT-SNES

    Présentation de l’éditeur

    Pourquoi s’intéresser aujourd’hui au problème de la science et de Dieu ? Pourquoi revenir au moment où les savants ont remplacé la question traditionnelle des causes filiales – pourquoi tel phénomène ? – par la question des causes efficientes : comment se produit tel phénomène ? La nature est  » objective  » et non pas projective  » ; et c’est objectivement que la science doit enquêter. Tel est l’énoncé du postulat d’objectivité. Formulé par Galilée et Descartes au XVIIe siècle, il a libéré la science du joug de la théologie et de la religion.

    Si l’on considère l’ampleur du mouvement créationniste qui veut actuellement s’immiscer dans l’enseignement des sciences autant que dans la théorie et la pratique scientifiques, il est important de rappeler que la science d’un côté et, de l’autre, le domaine de la foi et de l’idéologie, ont des droits séparés.

    Revenir au moment de la formulation du postulat d’objectivité pour enquêter sur la manière dont la science s’est construite par l’affirmation de son autonomie et de son indépendance à l’égard de toute référence à Dieu, c’est là un moyen utile pour contrecarrer toute tentative de brouiller les cartes entre croire et savoir.

    L’auteur

    Ancienne élève de l’Ecole normale supérieure de Saint-Cloud, agrégée de philosophie, Véronique le Ru est maître de conférence habilitée en philosophie à l’Université de Reims.

    Elle est déjà l’auteur de plusieurs ouvrages publiés aux éditions du CNRS ainsi que chez Vrin, Vuibert et Larousse. Dans la collection GF-Flammarion « , elle a procuré l’édition critique du Philosophe ignorant de Voltaire.

    Se procurer l’ouvrage de Véronique Le Ru La science et Dieu


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    Programme du séminaire de philosophie hellénistique et romaine

    Posted by Hervé Moine sur 17 novembre 2009

    Programme 2009-2010 du Séminaire de philosophie hellénistique et romaine

    La nature à Rome : le point de vue éthique

    Axiologie, mos maiorum (moeurs des anciens) et vie heureuse

    Université de Paris Est Créteil, LISEA 4395

    Université Paris Sorbonne, EA 4081

    ENS LSH Lyon

    Centre d’Etudes sur la philosophie hellénistique et romaine

    Responsables : B. Besnier, A. Gigandet, C. Lévy, P.-M. Morel

    Les séances auront lieu le samedi de 10h à 12h à l’Université Paris Sorbonne ou à l’Université de Paris 12 Val de Marne, 94 Créteil, ou à l’E.N.S. Ulm, 45 rue d’Ulm, Paris 5e.

    28 novembre 2009

    • I. HADOT, CNRS

    Par quels moyens les stoïciens pensent-ils pouvoir devenir vertueux ? Réflexions sur le chap. X de B. Inwood, Reading Seneca

    30 janvier 2010

    • A. BRANCACCI, Université de Roma Tor Vergata

    Dion Chrysostome entre cynisme et Platonisme. Axiologie, mos maiorum et vie heureuse dans l’Euboïque

    13 février 2010

    • L. MONTEILS-LAENG, U. de Caen

    Les intermittences de la voluntas dans l’oeuvre de Sénèque

    • T. BENATOUÏL, Université de Nancy 2, IUF

    Disciplina et débat philosophique dans le De finibus

    20 mars 2010

    • F. ARONADIO, Université de Roma Tor Vergata

    Félicité et condition humaine dans l’Alcion pseudoplatonicien. Sur de possibles développements de la tradition académicienne

    • S. ALEXANDRE, Université de Grenoble 2

    Ataraxie du sujet, troubles dans les normes. Les enjeux d’une allégeance performative

    08 et 09 avril 2010

    • à l’ENS LSH – Lyon : Atelier de lecture de l’Adversus Colotem de Plutarque

    T. Bénatouïl (Nancy), M.Bonazzi (Milan), L. Castagnoli (Durham), M. Erler (Würzburg), A. Gigandet, J.-B. Gourinat (Paris), A.-M. Ioppolo (Rome), V. Laurand (Bordeaux), C. Lévy, P.-M. Morel, J. Opsomer (Cologne), G. Roskam (Leuven), E. Spinelli (Rome), J. Turpin, J. Warren (Cambridge).

    15 mai 2010

    • C. CODONER, Université de Salamanque

    L’évolution du mos maiorum dans la philosophie de Sénèque

    • C. LEVY, Université de Paris 4

    L’éthique de la transcendance chez Cicéron du De republica aux Tusculanes

    12 juin 2010

    • M. NIEHOFF, Université de Jérusalem

    Réflexions sur Philon et Sénèque

    • F. GROS, Université de Paris 12

    Sur le concept de securitas

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    Multiculturalisme : comment vivre ensemble ?

    Posted by Hervé Moine sur 15 octobre 2009

    Mardi 20 octobre à 20 h

    Philosophies du multiculturalisme.

    Comment pourrons-nous vivre ensemble ?

    Conférence-débat avec Daniel Ramirez

    Après la première séance en mai (éthique des identités et reconnaissance), nous aborderons ici le volet philosophie politique de ce vaste champ d’études et de problématiques qu’on nomme le multiculturalisme. La question de la diversité culturelle et de la coexistence de modèles différents, voire conflictuels, de mœurs et des valeurs, présente des options théoriques et choix de société que nous pouvons comprendre et mettre en dialogue, pourvu qu’on élucide les idées qui les sous-tendent. Ces options sont cruciales pour le futur de l’entente entre humains, pour la paix sociale et pour l’évolution de nos sociétés démocratiques. Le multiculturalisme ne doit pas rester « un spectre qui parcoure l’Europe ». La philosophie, qui est tout le contraire d’une attitude de repli, peut et se doit de percer la chape de plomb qui couvre ces problématiques de préjugés, dogmatismes, peurs et déni de la réalité.

    L’avenir sera riche d’humanité ou invivable, selon les voies que l’on empruntera.

    Daniel Ramirez est philosophe, chercheur en philosophie morale et politique.

    • P.A.F : visiteur : 8€, adhérent : 6€, chômeur et moins de 25 ans : 5€
    • au FORUM-104
    • 104, rue de Vaugirard,
    • Paris 6e, M° St-Placide
    • Informations, inscriptions: tél : 01 45 44 01 87

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    Avis de parution de l' »Origine des espèces » de Charles Darwin

    Posted by Hervé Moine sur 5 octobre 2009

    L’ORIGINE DES ESPÈCES ENFIN RETRADUITE EN FRANÇAIS

    ouvrage paru le 1er octobre 2009

    en 2 versions

    Éditions Honoré Champion pour la version poche. Voir le communiqué.

    Éditions Slatkine pour la version savante de la collection des Œuvres complètes de Charles Darwin. Voir le communiqué.

    ______________________

    Cliquez sur l’image pour un rappel biographique de Darwin…

    A consulter : http://www.darwinisme.org/

    Il s’agit d’un site gratuit d’information et de ressources.

    Il est, par destination première, évolutif.

    Il offre à chaque instant l’occasion d’un contact.

    Mais il n’est pas « interactif ».

    L’INTERACTIVITÉ EST DANS LA VIE.

    Patrick TORT
    Directeur de L’ICDI, Institut Charles Darwin International
    Patrick DELTEIL
    Créateur du site darwinisme.org
    Dorian TORT
    Auteur de la nouvelle version du site darwinisme.org

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    La notion de race a-t-elle un sens ?

    Posted by Hervé Moine sur 2 octobre 2009

    Appel à la vigilance

    article publié sur nonfiction.fr, jeudi 01 octobre 2009

    Philosophie
    Couverture ouvrage
    Race sans histoire
    Maurice Olender
    Éditeur : Points
    —————————————–

    Résumé : Un ouvrage de portée épistémologique, politique mais aussi « militante », qui s’attache à défaire la notion de race.

    Le livre Race sans histoire de Maurice Olender, historien et maître de conférence à l’EHESS, doit en partie son existence à l’ouvrage intitulé La Chasse aux évidences paru en 2005 aux éditions Galaade, dont il reprend les analyses, enrichi de chapitres inédits en ouverture et en clôture de l’ouvrage, nommés respectivement: “ “Race” sans histoire” et “Post scriptum pour Günter Grass”.

    La présence de ces deux nouveaux chapitres, en ouverture et en clôture de l’ouvrage, donne précisément tout son sens aux analyses proposées dans le livre.

    Paradoxe du titre du premier chapitre, d’abord, qui est aussi celui de l’ouvrage tout entier : “Race sans histoire”. Titre qui fait directement écho au texte Race et histoire de Claude Lévi-Strauss, commandé par l’Unesco en 1951 et publié en 1952, qui invalide de façon définitive la notion de race. Le titre du livre de Maurice Olender ne signifie rien moins que tracer l’histoire d’une catégorie qui se prétend anhistorique et se présente comme un principe d’intelligibilité des modes d’évolution des communautés humaines et de leur diversité. La “race”  se construit avant tout au XIXe siècle comme une catégorie scientifique qui, à chaque caractère physique visible ( géographie, couleur, climat) d’un peuple, associe des qualités morales et intellectuelles invisibles et immuables. Le vocable de la “race” opère une correspondance entre le physique et le métaphysique, attribuant à chaque groupe humain selon ses caractéristiques visibles une nature propre, intemporelle, innée, qui signe son identité et sa place dans l’échelle de l’humanité. Avec la race, comprendre l’homme, c’est avant tout comprendre ce qui l’origine, de manière essentielle, en deçà du mouvement conçu comme simplement passager et accidentel de l’histoire. Ainsi la catégorie inaltérable de “race” propose une “conception qui pétrifie l’autre, l’incruste dans une immobilité sans issue”1. La catégorie de race se construit donc sur la négation même de l’historicité de l’homme contribuant ainsi à une “naturalisation des rapports sociaux et politiques”2.

    Ce discours de la race, qui se constitue autour d’un certain nombre d’invariants3 (l’autre est absolument “irréductible” ; les caractéristiques morales et intellectuelles de chaque type humain sont “indélébiles”, “inamovibles”, et “invariables” ; chaque type humain est déterminé une fois pour toute par ce qui l’origine), s’est présenté comme un discours scientifique au XIXe siècle où se mêlaient érudition savante et mystification. En insistant sur la volonté de scientificité du discours de la race, c’est proprement la construction du savoir dans les sciences humaines que questionne Maurice Olender.

    C’est ainsi que se précise la triple portée du livre. Portée d’abord épistémologique : il s’agit de comprendre comment la catégorie délirante de la race a pu gouverner toute pensée de l’altérité au XIXe siècle et au début du XXe siècle, malgré la présence d’ observations critiques qui vont en se multipliant4. Comment la raison s’est-elle laissée fasciner, subjuguer par des correspondances, des corrélations folles, sans souci de conséquence, laissant ainsi apparaître une “porosité des frontières”5 entre raison et déraison ? Le savant, aveuglé par les fantasmes et les mythes, construit des types humains ( l’aryen, le sémite etc.) attribuant à chacun d’eux un “instinct” ( par exemple “l’instinct monothéiste” des Sémites chez Renan), une âme qui l’ essentialise et le détermine, justifiant ainsi sa domination ou son extermination.

    Car, et c’est bien là le problème du discours de la race, les savants ont pu façonner et créer un discours  permettant de légitimer des idéologies politiques meurtrières, dangereuses. Les représentations de la race nourrissent des programmes politiques, qu’il s’agisse de l’idéologie nazie, ou de la rhétorique génocidaire du Hutu power au Rwanda6 etc. Toute étude portant sur la déconstruction de la catégorie de race est donc nécessairement politique. Elle doit  analyser les liens entre la production du discours savant et sa réinscription, parfois simplifiée, dans le discours politique. Elle doit s’attacher à comprendre comment une catégorie pseudo-scientifique,  fausse, peut posséder une efficacité pratique, c’est-à-dire pousser des individus à l’action.  Elle doit mettre en avant les effets concrets de certains types de représentations sur la vie quotidienne de groupes humains donnés, et sur l’organisation du vivre-ensemble, de la société. Les analyses de l’utilisation inconséquente de l’œuvre de Dumézil, des usages politiques de l’idée indo-européenne par l’extrême droite7, de la construction du mythe du complot juif à travers le faux que sont Les Protocoles des Sages de Sion, ont pour tâche de mettre en lumière ce lien ténu qui s’organise entre la “rationalité scientifique” et la sphère du politique au sein de la rhétorique de la race.

    Ainsi, à cette double portée épistémologique et politique de l’ouvrage de Maurice Olender, s’ajoute une troisième dimension, à la fois éthique et, nous voudrions risquer le terme, militante. La question qui sous-tend toute l’étude est posée explicitement dès les premières pages du livre : “Pourra-t-on un jour invalider l’usage, redevenu si courant en ce début de XXIe siècle, de la notion de “race”, comme Mauss l’a fait pour celle de “peuples non civilisés”, désormais rangée au magasin des vieilleries ? Loin d’avoir déserté l’imaginaire des usagers, cette idée de “race”, si malléable, infirmée par des scientifiques de renom depuis plus d’un siècle, a toujours cours, en Europe comme ailleurs.”8 Invalider la notion de race est nécessaire, car la catégorie pseudo-scientifique de “race” n’a pas qu’une existence livresque et savante, comme le rappelle à plusieurs reprises l’auteur, mais possède une existence concrète capable de motiver des actes qui visent la négation radicale d’autrui. En ce sens, la déconstruction de la catégorie de race excède la simple problématique épistémologique et dépasse le monde scientifique ; elle exige une certaine publicité pour être véritablement efficiente.

    Le chapitre “Insoumission” prend en charge cette troisième dimension de l’ouvrage. Il décrit d’abord la trajectoire d’intellectuels “insoumis”, au sens où l’insoumission de l’intellectuel (ici insoumission au discours devenu populaire et dominant de la race) est essentiellement l’effet d’une profonde lucidité, qui refuse toute fascination envers l’irrationnel, le sacré, le pouvoir, les mythes de l’origine9. L’engagement de Marcel Mauss, “savant et citoyen”10, qui inaugure, en 1901, son enseignement à l’Ecole pratique des hautes études par cette déclaration : “Il n’existe pas de peuples non civilisés. Il n’existe que des peuples de civilisations différentes.11 contre la distinction, si présente en son temps, entre “mentalité primitive” et “pensée logique” au fondement de l’anthropologie de Lévy-Bruhl ( 1857-1939), traduit la nécessité d’une confrontation du savoir théorique avec l’action sociale. Ses prises de position en faveur du capitaine Dreyfus, son adhésion à la SFIO, sa condamnation du bolchevisme et du fascisme, sa démission de professeur au Collège de France en octobre 1940 dès la parution des instructions visant à exclure les Juifs des universités, permettent de comprendre, philosophiquement, la nature du travail de Marcel Mauss. Son action politique n’est pas un complément facultatif à son activité théorique : elle ne vise pas à soulager la conscience inquiète du savant. Au contraire, comme le montrent les Écrits politiques de Mauss, dans la mesure où toute pensée scientifique est en droit émancipatrice (la pensée scientifique a pour tâche de mettre fin à une certaine fascination pour l’irrationnel), son corollaire immédiat est l’action12.

    Ainsi, le travail scientifique de déconstruction du discours de la race ne peut faire l’économie d’un engagement dans la sphère publique, car “la haine et la vision fantasmée de l’autre […] peuvent métamorphoser les mots et les sentences en actes sanglants.”13 C’est la raison pour laquelle le chapitre “Insoumission” débutant avec la figure de Marcel Mauss puis mettant en avant les travaux des historiens Pierre Vidal-Naquet, Léon Poliakov, ou de l’écrivain Jean-Claude Grumberg, se clôt sur un “appel à la vigilance”, paru dans Le Monde du 13 juillet 1993, signé par une quarantaine d’intellectuels français. Appel à la vigilance contre un discours de la race, qui trouve une nouvelle vigueur à l’occasion d’un retour des thématiques de la nation et de l’identité culturelle ou nationale dans les espaces publics européens. Appel à la vigilance, encore, contre un discours à la mode, dénonçant “l’antiracisme comme à la fois “ringard” et dangereux”14. Résurgences du discours de la race, résurgences de nouvelles inconséquences, cherchant leur légitimation dans des revues universitaires, des colloques, des collaborations intellectuelles.

    La fascination pour la rhétorique raciste ne meurt pas avec les découvertes de la science. L’invalidation scientifique de la catégorie de race n’a pas mis fin, dans les imaginaires, à l’antisémitisme, ni au désir de hiérarchiser et de classer les peuples, d’établir des correspondances magiques entre une donnée physique et des vertus morales prétendument naturelles, originelles. Le discours de la race possède encore une efficacité, contre laquelle bute la rationalité scientifique.  C’est en ce sens qu’il y a appel à la vigilance, contre les séductions d’un discours qui enchante par sa simplicité, ne requérant qu’observations spontanées, immédiates, et niant la réalité même de tout processus historique.

    Cet appel à la vigilance est d’autant plus crucial qu’il fait émerger ce douloureux paradoxe pour les chercheurs, les penseurs : c’est au sein même des pratiques scientifiques et universitaires que s’est construit un discours niant toute rationalité scientifique. Le dernier chapitre de l’ouvrage qui suit l’appel à la vigilance peut ainsi se comprendre de la manière suivante. Intitulé “le silence d’une génération”, ce chapitre cherche à prendre “la mesure du silence des intellectuels engagés dans le nazisme”15, qu’il s’agisse d’historiens, de philosophes, d’écrivains. Ce chapitre ne propose aucunement une tentative de réduction des œuvres produites par ces intellectuels à l’idéologie nazie, ni, en un sens inverse, de sauver la “pureté” du travail intellectuel d’une histoire qui la mettrait en péril. Particulièrement, ce qui devient signifiant dans le type d’engagement de ces intellectuels n’est pas ce qui s’est dit, à travers œuvres et discours, mais justement ce qui ne s’est jamais dit, faute de savoir comment le dire, après la Deuxième Guerre mondiale. Étrangeté d’une parole intellectuelle devenue muette au moment même où on lui sommait de rendre des comptes et d’expliquer son incompréhensible naufrage. Günter Grass, à l’occasion de la parution de Pelures d’oignon en 2006, dont l’analyse fait l’objet du dernier chapitre de Race sans histoire, revient sur le silence de sa génération, “ génération de taiseux”16 , dont la mémoire porte le fardeau  de tout ce qui a été accepté pendant la Seconde Guerre mondiale. Il avoue, à propos de son engagement dans les S.S. : “Ce que j’avais accepté avec la stupide fierté de ma jeunesse, je voulais, après la guerre, le cacher à mes propres yeux car la honte revenait sans cesse.”17 La honte d’avoir participé à une entreprise d’extermination d’une partie de l’humanité. La honte, aussi, d’avoir succombé et d’avoir été fasciné par le délire récitant et fanatique du discours de la race, prenant la forme d’une culpabilité qui ne peut être allégée.

    Le livre de Maurice Olender, s’il se construit autour de la réunion de plusieurs articles écrits entre 1981 et 2009 (ce qui lui donne une certaine apparence de discontinuité), trouve de fait son unité autour de cette triple problématique épistémologique, politique et “militante” qui traverse nécessairement toute tentative de déconstruction du discours de la race. Cette archéologie du discours raciste rappelle que toute pensée conséquente porte en elle l’exigence de sa mise à l’épreuve et est indissociable d’une intervention politique, non au sens où il s’agirait de produire un discours a priori légitimant telle action, telle prise de position publique, mais au sens où il faudrait identifier les points précis du réel qui requièrent l’urgence d’une transformation18. C’est à ce titre, seulement, qu’une pensée véritable peut “ tenir ses promesses”19.

    Titre du livre : Race sans histoire
    Auteur : Maurice Olender
    Éditeur : Points
    Collection : Points essais
    Date de publication : 07/05/09
    N° ISBN : 2757806858

    rédacteur : Yala KISUKIDI, Critique à nonfiction.fr
    Illustration : Races humaines dans un manuel d’histoire naturelle de 1885

    Notes :
    1 – Race sans histoire, p. 351
    2 – ibid., p. 35
    3 – cette forme du discours est explicitée dans le chapitre intitulé “ Un instinct devenu destin” , p. 25-28
    4 – ibid., p. 42
    5 – ibid., p.21
    6 – ibid., p. 20: “ Des siècles passent et, tout près de nous, une politique de la “race” aboutit à un génocide au Rwanda (1994)”
    7 – ibid., p. 128 : “De l’éloge contemporain des vertus politiques des Indo-européens de la préhistoire, vertus sur lesquelles nul linguiste, nul archéologue ne peut aujourd’hui tenir un discours circonstancié, à l’éloge du F.N. ou au soutien d’une entreprise niant l’existence des chambres à gaz, il existe une logique dont il faudra bien un jour décrire les mécanismes.”
    8 – ibid., p.14
    9 – ibid., p. 203
    10 – ibid., p. 196
    11 – ibid., cité p. 206
    12 – Maurice Olender cite ce passage de Mauss, dans lequel ce dernier explique pourquoi il a refusé d’exclure de son curriculum vitae ses textes politiques lors de la présentation de sa candidature au Collège de France en 1930 : “ Je ne crois pas que mes publications et même mon action scientifique et didactique dans le monde coopératif …, que les extraits que j’ai publiés d’un ouvrage manuscrit sur le bolchevisme …, mes communications sur la notion de nation et d’internationalisme aient été dénués d’intérêt scientifique et philosophique.” – texte cité p. 206
    13 – ibid., p. 213
    14 – ibid. p. 245
    15 – ibid., p. 268
    16 – ibid., p. 284
    17 – ibid., cité p. 290
    18 – nous reprenons ici les analyses commentées du texte Qu’est-ce que les Lumières de Michel Foucault par Olivier Dekens, Paris, Éditions Bréal, 2004, p. 116: ce commentaire propose une compréhension renouvelée des liens entre philosophie et intervention politique chez Foucault: “ … L’effort conceptuel de la philosophie est indissociable de l’intervention politique, il en est la théorisation, non au sens d’un discours donnant a priori légitimité à une telle intervention, mais au sens d’un lent travail préparatoire, identifiant les points faibles du réel à transformer.”
    19 – rappelons cette formule de M. Olender à propos de Marcel Mauss qui conclut toute la section qui lui est consacrée : “Entre action et théorie, le citoyen Mauss a tenu ses promesses.”

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    L’écologie dans la pensée contemporaine : enjeux philosophiques et politiques

    Posted by Hervé Moine sur 27 septembre 2009

    CIPh

    Séminaire au Collège International de Philosophie

    L’écologie dans la pensée contemporaine : enjeux philosophiques et politiques

    Antonioli Manola

    • Les lundis 9,  16,  23,  30 novembre, 7 et 14 décembre
    • de 18h30 à 20h30
    • à la Salle JA05,
    • Carré des Sciences, 1 rue Descartes, 75005 Paris

    Tous les idéaux de la modernité (le progrès, la croissance, la technique, la maîtrise de l’homme sur la Nature) ont contribué à imposer pendant plusieurs siècles un humanisme non écologique et un développement techno-économico-scientifique peu soucieux de la préservation des ressources naturelles de la planète. L’urgence environnementale et les débats autour du « développement durable » ont mis récemment l’écologie au cœur de l’actualité. Mais la question écologique ne peut se cantonner à la sphère restreinte des experts et des savants ni s’énoncer exclusivement dans un vocabulaire technocratique ; elle implique une nouvelle philosophie des rapports entre l’homme, la technique et la Nature, mais aussi de nouvelles orientations dans tous les champs de l’activité humaine (politique, économie et culture). Le séminaire se propose d’exposer les axes principaux de cette problématique transversale, à partir de l’analyse des travaux des philosophes (Félix Guattari, Edgar Morin, Bernard Stiegler, Peter Sloterdjik, Thierry Paquot), des économistes (Serge Latouche), des sociologues (Bruno Latour), des paysagistes (Gilles Clément) qui nous invitent depuis longtemps à bâtir une relation riche de sens avec toutes les composantes (naturelles, sociales, techniques, urbaines) de notre environnement.

    Intervenants :

    • Lundi 30 novembre : Alain Milon (philosophe, professeur à l’Université Paris Ouest Nanterre) : Aux fondements de l’écologie urbaine : Georg Simmel
    • Lundi 7 décembre : Thierry Paquot (philosophe, professeur à l’IUP de Créteil) : Retour sur Emerson et Thoreau
    • Lundi 14 décembre : Benoît Goetz (philosophe, professeur à l’Université de Metz) : Toucher Terre : Nietzsche, Deleuze, les Straub

    => Pour connaître le programme des séminaires

    => Le site du Collège International de Philosophie

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