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Sujet : Le pouvoir de l’Etat est-il facteur de liberté ou d’oppression ?

Posted by Hervé Moine sur 4 avril 2009

Je vous propose sur ce sujet des éléments pour rédiger une dissertation. Il s’agit d’une démarche possible qui demande à être travailler davantage. D’ailleurs c’est l’exercice que je demande, celui, de développer, notamment l’analyse conceptuelles des différentes notions importantes : « pouvoir », « État », « liberté », « oppression », « démocratie », « totalitarisme », « individu », « société », « état de nature » et « état de société, « pacte social », « volonté générale », « séparation des pouvoirs »… d’articuler ces notions dans le cadre du problème que soulève le sujet. D’autre part, il est possible de nourrir ce travail par l’étude de certaines références : l’état de nature selon Hobbes et selon Rousseau ; la nécessité d’un pacte social, selon Hobbes et selon Rousseau ; la critique anarchiste de l’État ; la critique marxiste de l’État ; La volonté générale selon Rousseau… Bien sûr cette liste n’est aucunement exhaustive et exclusive…

Autrement dit, au lieu de prendre ce qui suit comme un corrigé, il est préférable d’y voir l’occasion de travailler à la fois sur le plan des connaissances des notions et des auteurs et sur le plan de la méthode de la dissertation, l’expérience pour ce type d’exercice.

Sujet : Le pouvoir de l’Etat est-il facteur de liberté ou d’oppression ?

Proposition d’élément pour la construction de l’introduction :

L’État semble ou bien nous interdire ou bien nous contraindre. Ainsi est-il fréquent que l’individu ressente la présence de l’État comme un poids faisant obstacle à ses désirs spontanés, mais exigeant par contre des comportements qui ne sont pas toujours ressentis comme agréables, le paiement des impôts ou la surveillance. De tels comportements qui se fondent sur une conception immédiate, et par conséquent souvent peu réfléchie, de la liberté, suffisent-ils pour affirmer que l’État utilise tout son pouvoir pour nous opprimer et nous contraindre ? Ne doit-on pas, au contraire, admettre qu’il favorise, plutôt la liberté du citoyen ? Mais si tel est le cas qu’est-ce qui fait que l’on n’est pas persuadé ? Qu’en est-il exactement ? Le pouvoir de l’État est-il facteur de liberté ou d’illusion ?

Proposition d’une démarche possible pour la rédaction d’un développement :

Partie 1 : Hors de l’Etat, l’homme apparaît indépendant.

1°) La liberté élémentaire de l’homme naturel.

On peut vraisemblablement affirmer avec les théoriciens du droit naturel qu’il existe dans l’homme premier, une liberté élémentaire.

On peut penser, par exemple, avec Rousseau, que la solitude de l’homme à l’état de nature s’accompagne de la faculté de pouvoir satisfaire ses désirs à sa guise, sans tenir compte de la présence d’autrui.

2°) Aliénation de la liberté initiale exigée par le Contrat social

Dès que les premiers groupes sociaux se constituent, la cohabitation entraine nécessairement une transformation de cette liberté naturelle. On ne peut plus vivre comme si autrui n’existait pas. Ma liberté naturelle se heurte alors avec celle d’autrui.

Si la vie en société est nécessaire ; s’il est nécessaire d’ériger un pacte, un contrat social, il est donc nécessaire également d’aliéner sa liberté initiale. On ne vit collectivement qu’à la condition d’une aliénation absolue de la liberté initiale.

Il semble donc bien qu’à ce niveau que le pouvoir de l’Etat est plutôt facteur d’oppression que de liberté, puisque l’Etat exige la dépossession de ce bien naturel qu’est la liberté.

3°) Avantages de la vie en collectivité

Si l’homme, dans la vie en société se voit dépossédé de sa liberté originelle et que par cette dépossession n’est aucunement contrainte mais voulue de manière contractuelle, il faut bien qu’il y ait une contrepartie, un avantage. Quelle est cette contrepartie ?

On ne peut exagérer le caractère bénéfique de cette liberté naturelle. En effet, non seulement cette liberté première est hypothétique mais s’accompagne surtout de désavantages. (Cf. Hobbes, Rousseau et Kant)

Pour Rousseau, la solitude est une faiblesse ; bien difficile en effet de se défendre contre les dangers extérieurs. Pour Hobbes, l’état de nature, l’individu se retrouve sous la menace de l’autre.

[Il serait intéressant de préciser la conception de Hobbes de l’homme à l’état de nature]

Au contraire, la collectivité aura au moins, pour compenser la perte de la liberté d’origine, l’avantage d’assurer la sécurité par l’addition des forces de chacun. Si l’homme, hors de l’Etat vit dans l’indépendance et de liberté, dans l’Etat, il se voit certes dessaisi de ce bien précieux mais c’est pour recevoir, en contrepartie la sécurité (Hobbes).

Cet échange, liberté contre sécurité, n’aliène-t-il pas l’homme lui-même ? L’homme semble accepter ce « troc » pour des raisons de survie. Pour ne pas perdre la vie, l’homme ne perd-il pas son âme ?

Toujours est-il que le pouvoir ne semble pas ainsi être un facteur de liberté. Et, sur ce point, l’Ettat a souvent fait l’objet de critique.

Partie 2 : Critique de la machine étatique.

1°) Le point de vue anarchiste

L’Etat est par définition hostile à l’individu et à sa liberté (cf. Stirner ; Bakounine…). Pour la théorie anarchiste, rien ne vaut, pour l’homme, en dehors de sa liberté. L’Etat est obligatoirement contraignant. Il exige, en effet, la participation laborieuse, économique, à des tâches qui ne correspondent absolument pas aux désirs du sujet, de l’individu ;

C’est pourquoi, il faut donc détruire l’Etat, son pouvoir étant facteur d’oppression et d’aliénation. L’Etat, par la contrainte qu’il fait peser sur l’individu est liberticide, l’empêchant de se réaliser pleinement.

Il convient de substituer à l’Etat, l’association d’unités plus petites, plus limitées. Les hommes s’unissant spontanément sans qu’il soit besoin de les y contraindre ou de leur montrer qu’un pacte social est nécessaire pour leur bien.

2°) Le point de vue marxiste

On peut penser comme Marx et Engels que le pouvoir de l’Etat est forcément facteur de liberté et d’oppression, en tant que l’Etat lui-même ne représente pas d’autres intérêts que ceux de la classe dirigeante. L’Etat de son côté fait croire, grâce à l’idéologie qu’il diffuse, notamment par l’enseignement, le droit, la morale, etc., que les intérêts de l’Etat sont les intérêts universels.

Marx estime en effet que l’Etat ne peut représenter qu’une fraction d’une classe déterminée, par exemple, les financiers sous Louis-Philippe, ou qu’une classe peut contrôler l’Etat au détriment d’une autre. Dans cette optique, l’Etat n’est qu’une manifestation de la lutte des classes.

Dans cette perspective, la disparition de l’Etat est programmée après le socialisme dans le communisme, la lutte des classes devant cesser faute de combattant après la lutte finale qui voit la plus basse des classes sociale, le prolétariat, parvenir au pouvoir. La lutte des classes disparaitra avec  l’Etat lui-même : fin de l’Histoire !

Cette fin de l’Etat suppose une transformation radicale des citoyens qui devraient réagirent, après la révolution prolétarienne en termes d’intérêts immédiatement collectifs.

3°) Insuffisance de la critique anarchiste et de la critique marxiste

Le point de vue anarchiste et le point de vue marxiste s’oppose radicalement : l’anarchisme prône le tout pour l’individu alors que le marxisme, tout pour l’individu, mais, ces deux conceptions se retrouvent sur l’idée selon laquelle le pouvoir de l’Etat est facteur d’oppression et recherchent une solution pour de sortir de son carcan.

Mais, on peut voir, aussi bien dans l’anarchisme que dans le marxisme, une certaine nostalgie à l’égard d’une situation antérieure qui n’a sans doute jamais existée : le désir de l’anarchisme de retrouver un paradis perdu dans lequel l’homme en tant qu’individu est un être libre et qui aime son semblable ; le désir marxisme de retrouver un état antérieure à la lutte des classes et à l’histoire elle-même.

Certainement peut-on voir le pouvoir de l’Etat comme facteur de liberté et d’oppression, certainement peut-on en avoir l’impression. C’est justement cette impression qui fait que l’Etat a bien souvent mauvaise réputation. Il est vrai que cette impression peut se fonder sur une certaine réalité d’un Etat opprimant le citoyen. Cela est même évident dans les régimes totalitaires.

Cependant, s’il arrive que le pouvoir de l’Etat puisse être facteur de liberté et d’oppression ne devons-nous pas penser, que dans ce cas précis, il dévie de sa véritable destination, qu’il ne correspond pas à ce qu’il devrait être, à sa véritable définition ?

Le pouvoir de l’Etat ne doit-il pas être facteur de liberté, c’est-à-dire favoriser la liberté du citoyen ? La question est celle de savoir comment doit-on penser en droit l’Etat ?

Partie 3 : Etat et liberté

1°) L’Etat doit assurer l’égalité des citoyens et la liberté de tous

Si la loi est arbitraire, ou, si la loi est fondée sur l’autorité arbitraire d’un tyran, comme c’est le cas dans les pays totalitaires, il est certain que l’Etat sera facteur d’oppression et générateur d’inégalités et d’injustices en tout genre. Par contre, si la loi émane de la « volonté générale », elle assure l’égalité et la liberté. Dans ce cas, en effet, aucun désir n’est privilégié, le bonheur de chacun passe par la réalisation du bonheur collectif.

L’Etat de droit s’inscrit dans le cadre de lois qui définissent aussi bien les droits que les devoirs : à la liberté comme un droit pour chaque homme, correspond ses devoirs envers autrui. Dans un Etat de droit, il n’est pas admissible que certains puissent jouir de la liberté au détriment d’autres.  L’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté, pourrait-on dire à l’instar de Rousseau.

2°) Le pouvoir de l’Etat doit défendre la volonté générale

[Cf. Rousseau, le Contrat Social]

La volonté générale est la volonté de chacun en tant que citoyen. L’Etat exige du citoyen de conformer sa propre volonté particulière à la volonté générale, comportement qui le conduit hors de lui-même, hors de l’égocentrisme et conduit vers le bonheur collectif.

Si par le contrat social les hommes perdent leur liberté originaire, ils y gagnent en liberté raisonnable (Cf. Kant)

3°) La nécessaire séparation des pouvoirs

Sur un point de vue moins philosophique, sur le plan de l’analyse sociopolitique, on peut dire que l’Etat est le garant de la liberté du citoyen lorsqu’il y a séparation des pouvoirs. En effet, les excès éventuels du pouvoir exécutif sont corrigés par le pouvoir judiciaire tandis que le pouvoir législatif est déterminé par la volonté générale.

Sans cette séparation des pouvoirs, tous les excès sont possibles.

La démocratie semble ainsi être le régime étatique le meilleur, ou, en tout cas celui dans lequel, il y a plus de chance que soit garanties liberté et égalité.

Proposition d’un bilan en vue de la construction d’une conclusion :

Nous savons que l’Etat a bien souvent mauvaise réputation, et si tel est le cas, c’est certainement du fait même qu’il ne correspond pas toujours à ce qu’il devrait être. Il est vrai, que son pouvoir peut très bien être facteur d’oppression. Le cas est évident dans les régimes despotiques.

Sauf à verser dans une utopie ou dans la nostalgie d’un bonheur perdu, on doit considérer l’Etat comme une nécessité dès lors que l’être humain vit en collectivité. Toute la difficulté dans la pratique est d’empêcher l’Etat de ne devenir que le représentant d’une minorité, et de garantir qu’il défend, au contraire les intérêts de tous. Dans ce cas, sans doute idéal, il est facteur de liberté réelle puisque c’est lui qui en définit le cadre et l’exercice possible.

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Bac Blanc de philosophie pour la terminale L

Posted by Hervé Moine sur 28 mars 2009

Vous traiterez l’un des trois sujets de dissertation :

1. Le langage est-il une invention humaine ?

2. Une culture peut-elle être porteuse de valeurs universelles ?

3. Le pouvoir de l’Etat est-il facteur de liberté ou d’oppression ?

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