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La philosophie a-t-elle encore un rôle à jouer dans la société moderne ? Raphaël Enthoven y répond !

Posted by Hervé Moine sur 28 mars 2011

Raphaël Enthoven

Le philosophe de service

et autres textes

Chez Gallimard nrf

Présentation de l’éditeur

« Le philosophe de service est un épouvantail dont les grimaces montrent à tout le monde qu’elles n’impressionnent plus personne. Ses postures cérébrales sont le faire-valoir des sentences hommasses et des lieux communs. Quand on lui demande “à quoi sert la philosophie ?”, il trouve généralement à l’amour de la sagesse mille gentilles qualités : à l’entendre, la connaissance dissipe le mal, la philosophie rend l’espoir, stimule le désir, fabrique des citoyens, donne un sens à la vie… Pour un peu, elle ôterait “la peine de réfléchir et le trouble de penser” (Tocqueville). S’il s’aventure à répondre que la philosophie ne sert à rien, on le trouvera “provocateur”. On dira qu’il “fait l’intéressant”, ce qui est l’apanage des gens que la foule se plaît à trouver sans intérêt. S’il dit que la question de l’utilité de la philosophie sous-entend que quand on est inutile on ne sert à rien, il est inaudible. Si, au lieu de répondre comme on l’exige, il ne joue pas le jeu et fait entendre une parole intempestive au banquet des idées reçues, il est aussitôt congédié par le tribunal populaire de l’audimat, renvoyé à ses nuées, à l’asepsie d’une “pensée molle”, “conformiste”, “narcissique”. Pour faire partie du cénacle des philosophes de service, il faut taire (ou garder pour soi) que l’enjeu n’est pas de savoir à quoi sert la philosophie, mais de savoir quels préjugés implique une telle question ».

Pour se procurer l’ouvrage de Raphaël Enthoven Le philosophe de service et autres textes

Raphaël Enthoven : le goût de la philosophie

Article de Stéphanie Hochet paru dans bscnews.fr le 23 mars 2011

http://www.bscnews.fr/201103281465/...

Pour son livre, Le philosophe de service, le philosophe Raphaël Enthoven s’offre une balade dans la société contemporaine. Le premier chapitre, qui donne son titre au livre de Raphaël Enthoven, est un constat désabusé : la philosophe d’aujourd’hui n’est plus que ce personnage invité à la télévision pour jouer les utilités et dont le monde se moque. La philosophie a-t-elle encore un rôle à jouer dans la société moderne ?

Les dix-huit chapitres suivants répondent brillamment à cette question : Raphaël Enthoven choisit dix-huit concepts – Dieu, le jeu, la rêverie etc. – et développe chacun non pas sous l’angle de la philosophie, ce qui ne représenterait aucun intérêt, mais sous l’angle du philosophe qu’il est. Il circonscrit les concepts, écrivant par exemple au sujet du courage, qu’il n’y a pas de courage proprement dit, mais seulement des actes courageux. Il propose une définition élégante de la mélancolie : Elle est le goût d’éprouver (…) sur le mode de l’amertume le pur bonheur d’exister. Sur le mensonge, il forge ce paradoxe indispensable : qui, d’ailleurs, voudrait accorder sa confiance à quelqu’un qui n’est pas capable de mentir ? Réflexion d’une utilité concrète et quotidienne.

Au-delà de sa nécessité, ce traité philosophique de proximité se lit dans un plaisir constant, entre autres grâce à l’érudition proustienne de son auteur. Ainsi, au sujet de l’égoïsme : Telle Madame Verdurin dont l’horreur d’apprendre le naufrage du Lusitania rehausse le bonheur de tremper des croissants dans son café au lait…

Vivre en philosophie, c’est aussi vivre en la meilleure compagnie.

Stéphanie Hochet

 

L’auteur

Raphaël Enthoven est le fils aîné de l’éditeur Jean-Paul Enthoven et de la journaliste Catherine David. Ancien élève de l’École normale supérieure3, après avoir obtenu l’agrégation de philosophie, il enseigne à l’université Lyon-III pendant deux ans, puis à l’université de Jussieu-Paris VII. À sa demande, il rejoint l’Université Populaire de Caen en 2002, avant de la quitter pour incompatibilités personnelles avec Michel Onfray en 2003. Après avoir pris ses distances avec ce dernier, dans Un jeu d’enfant : La philosophie, il fait de lui « l’ami de l’homme qui enfonce des portes ouvertes avec le sentiment grisant de prendre l’assaut de la Bastille » et il considère incompatible le fait que ce dernier se revendique de Camus, alors qu’il « nourrit, dans ses textes, un désir de révolution qui, en définitive, donne bonne conscience et dispense d’agir » (dans Bénédicte Arcens, « Interview : Raphaël Enthoven » sur LeMague.net, 16 mars 2007). Il devient co-producteur de l’émission radiophonique Les Vendredis de la philosophie sur France Culture et dispense des cours comme vacataire à l’École polytechnique.

Conseiller de la rédaction de Philosophie Magazine, où il tient la rubrique « Sens et vie », il est toujours producteur à France Culture. Après s’être occupé du Rendez-vous des politiques, en partenariat avec le magazine L’Express, il tient une émission quotidienne dans la grille des programmes de France Culture depuis la rentrée 2008 en animant l’émission Les Nouveaux Chemins de la connaissance.

Depuis octobre 2008, il présente l’émission Philosophie, diffusée le dimanche sur Arte.

D’après wikipédia

Bibliographie

Le philosophe de service et autres textes, Éditions Gallimard 2011

L’absurde, Éditions A. Fayard 2010

Barthes, Éditions A. Fayard, 2010

Orlan, Raphaël Enthoven, Raoul Vaneigem, Unions mixtes, mariages libres et noces barbares, Éditions Dilecta, Paris, 2010

L’Endroit du décor, Gallimard, coll. « L’infini », 2009

Un jeu d’enfant : La philosophie, Fayard 2007, Pocket, 2008

Pour se procurer l’ouvrage de Raphaël Enthoven Le philosophe de service et autres textes

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Décès de Jean-Paul Dollé. L’infatigable philosophe de la ville s’en est allé.

Posted by Hervé Moine sur 5 février 2011

Jean-Paul Dollé philosophe, essayiste et romancier est décédé le 2 février 2011, à l’âge de 71 ans apprenait-on hier par la presse. Figure touchante, il fut l’un des premiers philosophes à s’intéresser à la ville et est devenu un militant de la citadinité et de la citoyenneté.

Né en 1940, Jean-Paul Dollé enseignait depuis 1969 à l’École d’architecture de Paris-la Villette. Il fut très actif lors des événements de Mai 68. Il s’était d’ailleurs fait connaître avec un livre inspiré par mai 1968, Le Désir de révolution.

Devenu l’un des animateurs du débat public sur la ville, sur la question de l’urbanité et de la citoyenneté, il fut cofondateur de Banlieue 1989, et a été un militant de la citadinité, l’essentiel étant pour lui que la citadinité devienne un enjeu fondamental de la recherche philosophique et de la scène politique démocratique. En outre, il animait le réseau architecture-philosophie composé d’architectes, de chercheurs et de philosophes.

Aux Éditions Lignes, il a publié Le Territoire du rien (ou la contre-révolution patrimonialiste) en 2005 et L’Inhabitable capital, en 2010. D’autre part, Il avait publié il y a peu une biographie de son ami Pierre Goldman : L’Insoumis, vies et légendes de Pierre Goldman,

Jean Paul Dollé est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages :

  • Le Désir de révolution, Grasset, 1972
  • Voie d’accès au plaisir : la métaphysique, Grasset, 1974
  • Le Myope, Grasset, 1975
  • L’Odeur de la France, Grasset, 1977
  • Haine de la pensée : en ces temps de détresse, Denoël, 1978
  • Danser maintenant, Grasset, 1981
  • Véra Sempère, Grasset, 1983
  • Monsieur le Président, il faut que je vous dise, Lieu Commun, 1983
  • Fureurs de ville, Grasset, 1990
  • L’Insoumis : vies et légendes de Pierre Goldman, Grasset, 1997
  • L’Ordinaire n’existait plus, L. Scheer, 2001
  • Métropolitique, Éd. de la Villette, 2002
  • Le Territoire du rien ou La contre-révolution patrimonialiste, Lignes, 2005
  • Conversation sur la Chine entre un philosophe et un architecte (avec Philippe Jonathan), L’Aube, 2007
  • La Joie des barricades, Germina, 2009
  • L’Inhabitable capital, Lignes, 2010

Hervé Moine

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Le gouvernement hongrois est-il le seul en Europe à prendre des mesures antidémocratiques ?

Posted by Hervé Moine sur 2 février 2011

Une chasse aux sorcières contre les philosophes en Europe, c’est possible !

En publiant la lettre ouverte László Tengelyi, et les propos, qui s’apparentent à un coup de gueule de Jürgen Habermas, « schützt die Philosophen ! » (protégeons les philosophes !), nous évoquions, dans un article du 29 janvier dernier, la chasse aux sorcières contre les philosophes et intellectuels en Hongrie, laquelle Hongrie est actuellement pour 6 mois à la tête de l’Union Européenne. Nous publions aujourd’hui l’article paru ce jour dans Hulala, site d’actualité hongrois en français, article dans lequel on évoque un rassemblement autour du philosophe Tamás Gáspár Miklós dénonçant la politique du gouvernement hongrois et notamment sa récente législation des médias. N’oublions pas la pétition qui nous permet, à notre niveau, de soutenir la philosophie hongroise, les philosophes visés en exprimant ainsi notre solidarité, et de combattre toute censure antidémocratique.

Pour signer la pétition : http://www.petitiononline.com/logosz/

D’autre part, la question que Tamás Gáspár Miklós nous permet de nous poser est la suivante : le gouvernement hongrois est-il e seul en Europe à prendre des mesures antidémocratiques. La crise n’a-t-elle pas bon dos ?

Hervé Moine, ActuPhilo

Zöld Baloldal dénonce un gouvernement « anti-démocratique »

Hulala le 2 février 2011

Un peu plus de deux cent sympathisants du parti de la gauche de la gauche hongroise, Zöld Baloldal, se sont rassemblés autour du philosophe Tamás Gáspár Miklós, mardi soir devant le siège de la Fidesz, pour le « No Orbán day » et dénoncer sa politique gouvernementale, marquée par la loi sur les médias et le changement de Constitution.

« Nous disons non à la dictature !« . C’est sous ce slogan que militants et sympathisants du petit parti qui se définit lui-même comme « marxiste-féministe-écologiste », se sont rassemblés autour de leur philosophe et écrivain de Président (depuis mai 2010), Tamás Gáspár Miklós.

Selon « TGM », le principal orateur de la soirée, « La censure des médias prépare les plans les plus répugnants du gouvernement« . Cette figure bien connue de la gauche hongroise a aussi déclaré que le gouvernement hongrois qui répond par ces mesures à la crise économique, n’est pas le seul gouvernement anti-démocratique en Europe, mentionnant l’Italie  et…la France.

Tamás Gáspár Miklós, Budapest, le 1er février (Hulala)

L’écrivain Márton László a déclaré pour sa part que, en quelques mois seulement : « Ils [le gouvernement] ont réussi à détruire la réputation de la Hongrie » et que « La tête du gouvernement hongrois est devenue ridicule« .

Budapest, le 1er février (Hulala)

Article lié :

Le 1er février en Hongrie, c’est le « No Orbán Day »

 

HONGRIE

Viktor Orbán, kouroutz des temps modernes

1 février 2011 NÉPSZABADSÁG BUDAPEST

Article d’Edit Inotai traduit, paru dans presseurope : http://www.presseurop.eu/fr/content/article/485991-viktor-orban-kouroutz-des-temps-modernes

 

En affrontant le reste de l’Europe, le Premier ministre hongrois flatte la fibre contestataire de ses compatriotes envers les pouvoirs extérieurs. Mais cela ne marche pas à tous les coups, remarque le quotidien Népszabadság.
Comme un mauvais garnement, le gouvernement d-e Viktor Orbán semble tester ceux qui l’entourent La société hongroise a tout supporté jusqu’ici, mais l’Europe est une autre affaire. Qui eût cru qu’une loi sur les médias provoquerait une telle escarmouche ? Que les plumitifs hongrois soient soutenus de l’étranger et que les presses française, allemande ou britannique s’intéressent à la liberté de la presse en Hongrie ? Et que la Commission européenne pense réellement examiner le texte ?

On nous a inscrits à l’ordre du jour au Parlement européen. En belle compagnie : les députés ont examiné la situation en Tunisie, les violences à l’encontre des chrétiens au Proche-Orient, la situation en Biélorussie – et le fonctionnement de la démocratie en Hongrie.

On peut s’en offusquer. C’est ce que fait le gouvernement. Viktor Orbán, outré, a récusé  les « accusations portées contre la Hongrie ». Prouvant d’emblée qu’il ne comprend pas toujours bien l’Europe. Son secrétaire d’Etat chargé de la communication – qui prétendait que Neelie Kroes, la commissaire en charge de la société numérique, n’avait que des objections techniques concernant la loi sur les médias – ne voulait pas comprendre que la Commission ait de sérieux doutes sur sa conformité avec la charte européenne des droits fondamentaux. Mais ce subterfuge ne marche pas à l’époque d’Internet et de WikiLeaks. Orbán s’est pris les pieds dans la loi sur les médias et il aura du mal à se tirer d’affaire.

Une révolte contre le capital et les commentateurs occientaux

On peut bien sûr espérer que l’affaire se tasse et que l’Europe ait d’autres chats à fouetter. Espérer que nous accomplirons un travail si formidable pendant notre présidence que dans six mois, tout sera oublié, ou mieux, qu’on nous demandera même pardon.

Mais il est beaucoup plus probable que Viktor Orbán en fasse un message d’ordre politique intérieure : en tenant tête à l’Europe, il démontre que le monde entier enquiquine ce petit pays. Il titille la fibre kouroutz des Hongrois*, qui se rebellent contre le capital et les commentateurs politiques occidentaux. Dans ces conditions, la présidence sera un exercice difficile, car Orbán va continuellement devoir négocier et trouver des compromis.  Quel dommage, se disent peut-être les hommes de la communication. Réglementer l’Union ne nous déplairait pourtant pas. Malheureusement, l’Europe veille.

* Les Kouroutz sont des insurgés contre le pouvoir des Habsbourg, conduits par le prince François II Rákóczi de 1703 à 1711. Pour sa Marche hongroise, Berlioz s’est inspiré d’un air kouroutz.

LOI SUR LES MÉDIAS

Bruxelles s’érige en gardien des droits fondamentaux

Le gouvernement hongrois s’est dit prêt à amender la loi controversée sur les médias, si Bruxelles estime qu’elle viole le droit communautaire. Les modifications porteraient notamment sur les aspects les plus contestés de la loi, comme l’exigence d’une « couverture équilibrée » de l’information par les médias, ainsi que la possibilité pour le gouvernement de sanctionner également les médias étrangers. L’annonce fait suite à un échange de lettres entre la commissaire européenne à l’Agenda numérique Neelie Kroes et le vice-Premier ministre hongrois Tibor Navracsics. Peu après le vote de la loi, Mme Kroes avait fait part de ses doutes quant à la compatibilité du texte avec la directive européenne sur les médias et avec les libertés fondamentales, comme la liberté d’expression et de la presse. « Faute de réponse satisfaisante, la commissaire », note Dagens Nyheter« avait menacé d’entamer une procédure pouvant se terminer devant la Cour européenne de justice ».  Le quotidien suédois souligne le caractère exceptionnel de cette menace, car « jamais auparavant la Commission ne s’était engagée dans une procédure vis-à-vis d’un pays membre pour violations de la liberté d’expression ». L’initiative de Neelie Kroes démontre toutefois également « à quel point la protection des droits de l’homme est encore faible au sein de l’UE, car la Charte des droits fondamentaux ne s’applique aux Etats membres que pour les mesures relevant du droit communautaire ».

 

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Chasse aux sorcières contre des philosophes en Hongrie

Posted by Hervé Moine sur 29 janvier 2011

László Tengelyi : « de récents événements arrivés en Hongrie qui s’apparentent à une chasse aux sorcières contre des philosophes ».

Une lettre ouverte

Nous publions la lettre ouverte de László Tengelyi, professeur de philosophie à l’Université de Wuppertal en Allemagne, à propos de la situation dans laquelle se trouvent les philosophes en Hongrie, lettre traduite de l’allemand par Yves Mayzaud. Cette lettre datée du 19 janvier 2011 est adressée à divers membres d’associations allemandes influentes de la philosophie, la Société Allemande de Philosophie, la Société pour la Philosophie Analytique, la Société allemande pour la Recherche Phénoménologique et la Société Germano-hongroise pour la philosophie.

La situation évoquée  dans cette lettre relatives aux évènements récents survenus en Hongrie à propos d’une nouvelle législation sur les médias non conforme aux normes européennes ressemble fort, selon László Tengelyi, à une chasse aux sorcières contre des philosophes d’origine hongroise. Ces philosophes sont notamment Agnes Heller, Mihály Vajda, Sándor Radnóti.

Jürgen Habermas sur la question  : « Schützt die Philosophen ! » : Protégeons les philosophes !

D’autre part, en suivant ce lien, on pourra lire l’intervention de Jürgen Habermas sur la question : http://www.sueddeutsche.de/kultur/aufruf-von-habermas-und-nida-ruemelin-schuetzt-die-philosophen-1.1050449. Le philosophe s’inquiète avec Julian Nida Rümelin, « wir machen uns Sorgen » du sort des philosophes en question.

Une pétition

Après avoir lu cette lettre qui explique la situation, il est possible de signer la pétition qui se trouve à l’adresse suivante : http://www.petitiononline.com/logosz/

Hervé Moine

________________________

Wuppertal, le 19 janvier 2011

À

monsieur Julian Nida-Rümelin, président de la Société Allemande de Philosophie

monsieur Wolfram Hogrebe, ancien président de la Société Allemande de Philosophie et éditeur du recueil « Philosophia Hungarica »

monsieur Thomas Spitzley, président de la Société pour la Philosophie Analytique

madame Iris Därmann, présidente de la Société Allemande pour la Recherche Phénoménologique

monsieur Klaus-Michael Kodalle, président de la Société Germano-hongroise pour la Philosophie

À tous mes estimés collègues,

Chers collègues,

J’aimerai porter à votre connaissance de récents événements arrivés en Hongrie qui s’apparentent à une chasse aux sorcières contre des philosophes comme Agnes Heller, Mihály Vajda, Sándor Radnóti et d’autres.

Comme vous le savez, le parlement hongrois a adopté il y a peu de temps une loi sur les médias qui n’est pas conforme aux normes européennes. Cette loi n’est que le sommet de l’iceberg. Il n’est que la partie visible de toute une série de mesures prises depuis la victoire du Fidesz le 25 avril 2010, et qui dissimule la déconstruction réelle des institutions démocratiques en Hongrie. Le parti des « jeunes démocrates » (Fidesz), élu avec une majorité des deux tiers au Parlement, a commencé par régulièrement modifier la constitution (plus de dix fois). Le tribunal constitutionnel a été dépossédé d’une part essentielle de ses droits. L’organe nommé « conseil du budget », indépendant du gouvernement, composé par des économistes compétents, et dont la fonction est de surveiller la politique économique du gouvernement, a été dissous après les premières prises de position critiques. Tous ses membres ont été remplacés par des partisans du parti au pouvoir. Il en est de même avec la position de haut juge de la cour suprême, elle aussi occupée à présent par un affilié du Fidesz. Le principe de la séparation des pouvoirs est menacé en Hongrie. Les fonctionnaires travaillant dans l’administration d’État, et qui n’étaient pas adhérents du parti au pouvoir actuellement, ou qui ne le sont pas devenus, ont été et sont licenciés en masse – sans justification. Parmi eux, il n’y a pas seulement des postes-clés politiques mais, fondamentalement, c’est l’ensemble de l’administration publique qui se trouve menacée. L’éminent économiste János Kornai en a ainsi conclu, dans un article publié le 06.01.2011 dans le journal « Népszabadsàg » – adoptant un ton au demeurant tout à fait posé et circonspect – qu’aujourd’hui la Hongrie n’était plus une démocratie mais une « autocratie ».

Ces réformes pour le pire touchent aussi la philosophie. Le nouveau directeur de l’Institut de philosophie de l’Académie des sciences hongroise a renvoyé quatre collègues et a déclaré que 15 de ses 23 collègues étaient « incompétents dans leur matière ». Cette évaluation s’étendait aussi à des collègues qui avaient obtenu, en Hongrie, un grade scientifique équivalent à l’habilitation. Contre ces licenciements, des philosophes et des scientifiques de disciplines voisines sont intervenus en novembre de l’année dernière. Le professeur Sádor Radnóti a commencé une protestation sur Internet. Près de 2000 signatures ont été rassemblés, non seulement d’académiciens, de professeurs d’universités et de chercheurs hongrois, mais aussi de philosophes et de politiciens étrangers éminents. Pour la défense des collègues licenciés, j’ai moi-même, fin novembre, publié un article dans l’hebdomadaire « ÉS » dans lequel j’ai exigé du président de l’Académie des sciences hongroise, qu’une enquête soit réalisée à l’Institut de philosophie sur ce renvoi complètement arbitraire et, au moins en quelques cas, apparemment infondé. Rien n’a été fait pour le moment. Il y a dix jours (08.01.2011) qu’est paru un article dans le journal « Magyar Nemzet » (« Nation hongroise ») contre un « cercle libéral » de philosophes. « Magyar Nemzet » est en Hongrie l’organe de presse proche du gouvernement Fidesz. Le mot « libéral » renvoie au parti, en coalition avec lequel les socialistes ont formé le gouvernement précédent. Ainsi, l’article attaque sans circonlocutions des adversaires politiques qui se trouvent parmi les philosophes. On reproche même à certains d’entre eux (comme par exemple Béla Bacsó) d’avoir été le conseiller d’un ministre libéral du gouvernement précédent. Un autre philosophe attaqué est même qualifié d’« ami » de ce conseillé. Il faut savoir qu’en Hongrie aujourd’hui, le mot « libéral » et « libéral de gauche » n’est pas employé sans une connotation claire d’antisémitisme. Ce « cercle libéral » de philosophes – parmi lesquels se trouvent en majorité des collègues qui n’ont jamais exercé la moindre fonction politique et qui n’ont été le conseiller de personne, mais qui se sont toujours consacrés entièrement à leur enseignement et à leurs recherches – se voient à présent accusés d’avoir reçu des financements illicites pour leurs recherches. Sous l’égide du ministre libéral évoqué, une candidature pour le financement d’un programme de recherche (d’une valeur de 360 000 euros) aurait bénéficié d’un traitement de faveur. Dans le cas d’une telle plainte, il est évidemment très difficile pour quelqu’un d’extérieur à cette situation d’élever des protestations fondées. Il est néanmoins troublant que les six projets du programme de recherche qui ont été mis en cause soient tous dirigés par des philosophes classés dans ce « cercle libéral ». D’autres domaines n’ont pas été concernés par ces attaques. En outre, les projets étaient à ce moment déjà réalisés et les rapports conclusifs déjà publiés sur la page Internet de l’organe étatique qui a financé les candidatures.

Suite à cette première attaque est parue toute une série d’articles supplémentaires sur les six projets de recherche dans le journal « Magyar Nemzet ». On peut parler d’une chasse aux sorcières attisée un peu plus chaque jour. Mercredi dernier (12.01.2011), l’opinion publique apprenait qu’un représentant autorisé du gouvernement avait ordonné une enquête sur ces six projets. Il a été rapporté samedi (15.01.2011), dans le journal « Magyar Nemzet » que ce représentant autorisé du gouvernement avait ensuite transféré l’affaire à la police, laquelle a ordonné une enquête après avoir reconnu pour au moins un des six projets « une présomption fondée ». Hier (18.01.2011), il a aussi été suggéré dans le même journal qu’il y aurait pour les autres projets une enquête policière.

Il est évident que je ne peux pas prendre une responsabilité personnelle pour l’irreprochabilité des projets de recherche incriminés. Je ne connais pas les détails de ces projets. Je vis et enseigne depuis dix ans en Allemagne et je ne participe à la vie hongroise que par des conférences et des publications. Mais mes relations personnelles de longue date avec les philosophes concernés par les plaintes sont une raison pour laquelle je me permets d’exprimer mes doutes sur la crédibilité de ces accusations.

Je voudrais faire valoir en outre quelques faits (au-delà de la prévention à caractère politique qui marque toute l’affaire) :

1. Il est faux – et il peut bien induire en erreur – d’affirmer que les six candidatures n’auraient pas rempli les exigences de l’inscription. L’accusation prend souvent pour appui le titre complet du cinquième programme de recherche annoncé par lòrgan d’État en question: « Recherche de l’héritage national et des défis sociaux contemporains ». Il apparaît cependant clairement du texte même du programme comment ce thème global doit être compris dans le détail : « La demande de candidature soumise sous le signe de l’intégration européenne doit présenter d’un côté les thèmes déterminants jusqu’à aujourd’hui des cadres de la scientificité européenne, et d’autre part l’intégration de questions contemporaines fondamentales des sciences humaines ». Les projets incriminés, qui s’attachent à des thèmes classiques de la philosophie, correspondent en tout point à cette description.

2. Les aides financières accordées aux six projets furent allouées par un organe d’État au cours d’une procédure publique et sur la base de la décision d’une commission composée de spécialistes de haut niveau.

3. L’utilisation des financements se fait par l’administration de chaque université ou par celle de l’Académie des sciences hongroise, et est soumise au règlement habituel de ces institutions en ce qui concerne les affaires financières.

4. Seuls les six philosophes ont été inquiétés dans l’enquête sur la distribution des fonds ; le système global de la distribution des financements n’a pas été pour sa part l’objet d’une investigation de la part du représentant autorisé du gouvernement.

5. Ces six projets ont été projetés sur le devant de la scène, parce que quelqu’un a porté plainte contre leurs directeurs et certains participants. Il faut souligner que dans deux articles du « Magyar Nemzet » le directeur de l’Institut de philosophie – contre les mesures duquel les protestations de novembre ont été organisées – est le seul spécialiste en matière de philosophie cité. De même, il est étrange que l’un des principaux accusés soit monsieur Radnóti qui, en novembre dernier, a initié la protestation sur Internet.

6. Les directeurs de projets ne tirent de ces fonds que des revenus minimes pour lesquels ils sont responsables ; la somme de ces revenus est strictement réglementée.

7. Les six projets de philosophie ont permis d’employer pendant trois ans des collègues et des doctorants (au total plus d’une centaine de personnes). L’argent fut réparti sur de nombreux travaux particuliers, de telle sorte que les collègues concernés, dont le salaire, au cas des professeurs, dépasse à peine, encore aujourd’hui, 1000 € par mois, ne pouvaient à chaque fois que recevoir des montants modestes.

8. Entretemps les résultats des projets mis en cause se trouvent sur Internet, présentés au grand public au travers de brefs résumés. Les directeurs des projets incriminés peuvent tous faire valoir une dizaine d’ouvrages publiés et toute une série de publications scientifiques. Parmi eux, il n’y a pas seulement des traductions philosophiques et des recueils d’articles, mais un nombre non négligeable de monographies. En plus de nouvelles traductions de Platon, de Nietzsche et de Heidegger, quelques nouvelles monographies ont attiré mon attention. A côté des ouvrages de Gyula Rugási, György Tatár, Gábor Borbély je voudrais évoquer un livre de 600 pages sur Winckelmann de Sándor Radnóti et une remarquable monographie sur Kant d’un jeune collègue. La publication d’un monograph n’a mobilisé même pas un dixième de la subvention totale d’un projet, du fait que nombre de contributions furent écrites dans le cadre d’articles et d’essais. Ces fonds furent aussi employés pour équiper les institutions en ordinateurs et en livres, sans compter qu’une part considérable de ce financement a permis de payer les administrations de ces instituts.

9. A ces six projets ont participé tellement de collègues talentueux que c’est la philosophie en Hongrie toute entière que l’on menace par la menée de ces actions. Je suis désolé de vous faire part de telles nouvelles. Je vous serai reconnaissant si vous pouviez faire suivre cette lettre afin d’informer le plus possible l’opinion publique sur la situation de la philosophie en Hongrie et de soutenir la philosophie hongroise.

Cordialement,

László Tengelyi

Professeur de philosophie

Bergische Universität Wuppertal

Gaußstr. 20

42119 Wuppertal

Allemagne

(Traduit par Yves Mayzaud)

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La vie sociale des concepts

Posted by Hervé Moine sur 22 janvier 2011

Jean-Louis Fabiani

Qu’est-ce qu’un philosophe français ?

Editions de l’EHESS, collection Cas de Figure

Présentation de l’éditeur

Le philosophe constitue l’une des figures les plus remarquables de la vie intellectuelle française. D’où vient ce statut social si spécifique à la France ? En s’intéressant aussi bien à la genèse des concepts et des systèmes qu’à la vie sociale des idées depuis les débuts de la Troisième République jusqu’aux années 1980, Jean-Louis Fabiani évoque les permanences et les évolutions de discours et de pratiques d’une discipline. Il aborde celle-ci comme objet culturel, fait éclater les formes de récit de son histoire et honore pleinement le contrat qu’il s’était fixé :donner au lecteur non initié ce qu’il faut pour comprendre comment s’est faite la philosophie.

Retraçant une histoire à pas vifs de cette discipline et des figures qui la représentent, ce livre offre une lecture vivante, pleine d’humour, notamment sur les modes de vie des philosophes (Sartre dans les hôtels miteux sans bibliothèque), leurs styles vestimentaires (le chapeau de Deleuze, le col roulé de Foucault).

Présentation de l’auteur : Jean-Louis Fabiani 

Jean-Louis Fabiani, directeur d’études à l’EHESS et professeur à Central European University de Budapest, enseigne la sociologie historique des savoirs.

Il a notamment publié « Les philosophes de la République » (Minuit) et « L’éducation populaire et le théâtre. Le public d’Avignon en action » (Presses universitaires de Grenoble).

Pour consulter le CV complet de Jean-Louis Fabiani :

http://lodel.ehess.fr/cesta/docannexe.php?id=638

Jean-Louis Fabiani présente son ouvrage dans la suite dans les idées sur France Culture : http://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/16260-27.11.2010-ITEMA_20255060-0.mp3

Pour se procurer l’ouvrage de Jean-Louis Fabiani :

Qu’est-ce qu’un philosophe français ? : La vie sociale des concepts (1880-1980)

Aperçu du sommaire

L’INSTITUTION D’UNE DISCIPLINE

  • Le philosophe en classe
  • Carrières et concepts
  • Les moments et les crises

UNE PHILOSOPHIE NATIONALE ?

  • Le rempart de la raison
  • Le spiritualisme français
  • Transferts conceptuels

ART, RELIGION, SCIENCE ET PHILOSOPHIE

  • La religion dans la limite de la simple raison
  • Aux frontières de la science
  • Le philosophe artiste et la tentation prophétique

Pour se procurer l’ouvrage de Jean-Louis Fabiani : Qu’est-ce qu’un philosophe français ? : La vie sociale des concepts (1880-1980)

Ci-dessous, un article du philosophe Hervé Toboul, dans l’Humanité du 21 janvier 2011, à propos de la sortie de l’ouvrage du sociologue Jean-Louis Fabiani, Qu’est-ce qu’un philosophe français ? La vie sociale des concepts.

Les grandes familles de la philosophie française

http://www.humanite.fr/20_01_2011-les-grandes-familles-de-la-philosophie-fran%C3%A7aise-462928

Les concepts philosophiques ne marchent pas tout seuls : ils plantent un décor social et figurent des habitus qui idéalisent, selon Jean-Louis Fabiani, la république des idées. Qu’est-ce qu’un philosophe français ?, Éditions de l’Ehess, 2010, 316 pages, 17 euros.

de Jean-Louis Fabiani.

Les philosophes, lorsqu’ils sont étudiés par les sociologues, accusent généralement ces derniers d’être réducteurs : les textes philosophiques deviennent trop facilement reflet de classes ou habitus sociaux. Ce livre ne peut tomber sous ce reproche, et demeure un livre de sociologie. Pour autant, il ne récuse pas et la classe et l’habitus, il montre au fil du temps le lien du philosophe français à la classe moyenne. Pour ne pas opérer de réduction, le livre se donne d’abord la durée : un siècle (1880-1980), il cherche aussi une conceptualisation non rigide de l’unité de la philosophie en France, qui permette, à la fois, de maintenir la diversité des philosophes, et de pouvoir les regrouper : les regroupements dessinant des formes d’idéaux types. Ceux-ci peuvent être plastiques, constituer des familles à partir d’un « air de famille », des schèmes conceptuels qui rapprochent relativement, aussi des dispositions ou des humeurs qui autorisent à dessiner des figures synthétiques ne constituant pas un classement fermé. On voit alors que les notions philosophiques ne marchent pas toutes seules : enseignement dans les classes terminales, lieux d’études, examens, concours, écoles, réseaux, cartes de trains, liens à l’édition, au journalisme, reprises cachées d’auteurs. Leur connaissance est nécessaire à la compréhension d’une histoire qui n’est pas que des idées.

La généalogie du schème conceptuel remonte au dernier écrit de Foucault divisant la philosophie française en deux courants : l’un dont l’objet est l’expérience subjective, l’autre la formation des concepts scientifiques. Cette division fonctionne : une « famille » comprendra notamment Ravaisson, Bergson, Sartre, la seconde, entre autres : Couturat, Cavaillès, Bachelard, Canguilhem. D’un côté ce livre rappelle… Marx, qui ne voyait pas la philosophie française et les Français en le chevalier Descartes, mais dans l’artisan Proudhon, qui importait aussi maladroitement les philosophes étrangers qu’il parlait leurs langues, ne possédant pas de savoirs extérieurs à la philosophie, développant une métaphysique brumeuse et qui, un temps, réussit à l’exportation. D’un autre côté, il souligne la présence forte de ces philosophes du concept, sachant dire la logique des choses sans se perdre dans l’esthétique des mots : ainsi Cavaillès et Canguilhem, qui furent aussi de grands résistants. Mais l’auteur prend en compte que les premiers n’ont pas toujours ignoré la raison, et que les seconds n’ont pas toujours ignoré l’existence : le lecteur verra dans ce livre, très savant et plein d’humour, comment la « coexistence permanente » de ces deux courants a favorisé la persistance d’une pensée républicaine à laquelle la grande sociologie française, en une heureuse interaction réciproque avec la philosophie, et dont Fabiani est l’un des héritiers, est attachée.

Hervé Touboul, philosophe

Pour se procurer l’ouvrage de Jean-Louis Fabiani : Qu’est-ce qu’un philosophe français ? : La vie sociale des concepts (1880-1980)

Rappelons que Jean-Louis Fabiani est également l’auteur des Philosophes de la République aux éditions de minuit en 1988.

Dans la mémoire universitaire, la Troisième République est l’âge d’or de la philosophie des professeurs : l’hagiographie continue d’y trouver ses héros et ses modèles (Lagneau, Alain, Bergson, etc. ).

La représentation commune et le discours savant les philosophes s’accordent pour voir dans ce moment une identification parfaite entre la philosophie et l’institution. Mais l’humeur anti-institutionnelle qui domine aujourd’hui conduit à faire de ces hommes des maîtres dévoués à leur classe plutôt que des héros de la raison. À travers l’analyse des transformations qui affectent le corps professoral entre 1880 et 1914 et l’étude d’un répertoire philosophique matérialisé dans des programmes, une langue commune, des façons de faire et des normes de présentation de soi, ce livre donne les moyens de reconstruire l’espace des possibles au sein duquel se développent les grandes œuvres aussi bien que celles qui tournent court.

En s’attachant à l’émergence de la notion de crise de la philosophie au tournant du siècle, on peut comprendre les métamorphoses qui conduisent la discipline du couronnement du sommet vers les marges. Les philosophes de la République sont à la fois lointains et proches : alors que tout semble les opposer aux universitaires d’aujourd’hui (style de vie, choix des objets de connaissance), on constate que la situation de la philosophie française contemporaine dans l’espace des disciplines ne peut être expliquée qu’en référence au moment fondateur de la Troisième République.

Substituant à la piété du discours commémoratif un travail d’objectivation, ce livre veut contribuer au développement d’une histoire de la philosophie qui ne se contenterait pas de décrire et de dénombrer la “ suite des nobles esprits ” qu’évoquait Hegel.

Pour se procurer Les Philosophes de la République

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Ecrire la vie de Jacques Derrida

Posted by Hervé Moine sur 11 janvier 2011

MAHJ Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme de Paris

Mercredi 26 janvier 2011 à 19 h 30 :

Derrida, une biographie

Conversation entre Benoît Peeters, auteur de la biographie éponyme (Flammarion, 2010),

et Raphaël Enthoven, philosophe et producteur à France Culture

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Écrire la vie de Jacques Derrida (1930-2004), c’est raconter l’histoire d’un petit juif d’Alger, exclu de l’école à douze ans, qui devint le philosophe français le plus traduit dans le monde, l’histoire d’un homme fragile et tourmenté qui, jusqu’au bout, continua de se percevoir comme un « mal aimé » de l’université française.

C’est faire revivre des mondes aussi différents que l’Algérie d’avant l’Indépendance, le microcosme de l’École normale supérieure, la nébuleuse structuraliste, les turbulences de l’après-68.
C’est évoquer une exceptionnelle série d’amitiés, de Louis Althusser à Maurice Blanchot, de Jean Genet à Hélène Cixous, en passant par Emmanuel Levinas et Jean-Luc Nancy.
C’est reconstituer une série de polémiques avec des penseurs comme Claude Lévi-Strauss, Michel Foucault, Jacques Lacan, John R. Searle ou Jürgen Habermas, ainsi que plusieurs affaires qui débordèrent largement les cercles académiques, dont les plus fameuses concernèrent Heidegger et Paul de Man.

C’est retracer une série d’engagements politiques courageux, relater la fortune d’un concept – la déconstruction – et son extraordinaire influence, bien au-delà du monde philosophique.

Né en 1956, Benoît Peeters est théoricien et critique, scénariste de bandes dessinées, réalisateur de documentaires et de courts métrages.

Les Nouveaux Chemins de la Connaissance du 24 au 28 janvier 2011, l’émission Les Nouveaux Chemins de la Connaissance, sur France Culture, sera consacrée à l’œuvre de Jacques Derrida.

Réservation indispensable par téléphone au 01 53 01 86 48 du lundi au vendredi de 14 h à 18 h

Pour se procurer la biographie de Benoit Peteers, Derrida

 


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Il y a d’autres chemins possibles que celui de l’injustice !

Posted by Hervé Moine sur 9 février 2009

Juste une idée formulée, par le philosophe Michel Onfray, à l’occasion d’une visite à la Réunion où il donne une série de quatre conférences. Idée qui peut nous donner à penser sur les fondements mêmes de la réflexion philosophique. Idée qui, d’autre part, pourrait être reliée à la maïeutique socratique contre les sophistes ou bien à la démarche de Rousseau dans le Contrat Social, oeuvre que nous sommes entrain d’étudier.

« Le philosophe trouve injuste l’injustice »

Michel Onfray, philosophe de combat

Michel Onfray, philosophe de combat

« Le philosophe trouve injuste l’injustice. Il dit qu’il y a d’autres chemins possibles. Tout se fait aujourd’hui dans l’obsession de l’argent, de la consommation, de l’apparence etc… Ce sont des fausses valeurs.

La vérité dans l’existence, c’est ce que l’on est. C’est faire le bonheur des siens et de soi. Il faut par exemple avoir résolu le problème de la mort, ne craindre rien ni personne, surtout pas les dieux et les puissants. » Michel Onfray, interviewer par Romain Latournerie, pour Clicanoo, le journal de l’île de la Réunion, le 9 février 2009.

Michel Onfray est un philosophe à succès mais s’affirme comme un philosophe de combat à contre courant de la pensée dominante. En effet, la philosophie ne doit-elle pas aller à l’encontre de la pensée unique, véritable dictature.

Hervé Moine


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Mort du philosophe et militant pacifiste Arne Naess

Posted by Hervé Moine sur 14 janvier 2009

Nous apprenons le décès du philosophe norvégien Arne Naess.

A venir un article sur ce philosophe trop méconnu.

En attendant cet article j’ai pu lire sur la toile, un article , écrit par Charles Ruelle. En voici un extrait.

« (Re)lire Arne Næss (1912-2009): écologie, métaphysique et action

Par Charles Ruelle •

L’écologie est née science, elle est devenue politique. Mais si la politique est la science des fins, il semble bien que l’écologie ait été vidée de sa substance, utilisée comme elle l’est actuellement en tant que slogan ou moyen marketing. Mais à quoi sert-il de prétendre vouloir protéger la nature, dès lors que le seul but recherché est la poursuite d’objectifs contradictoires sans cesse reconduits – ceux de la croissance et l’enrichissement matériel – ou la transformation radicale de nos modes de vie sans véritablement connaître ou sans s’en donner les vrais moyens ?

Une question fondamentale se pose donc à nous : que voulons-nous donc vraiment ? Quelles sont les valeurs qui, selon nous, doivent gouverner nos actions ? La question n’appelle pas seulement une analyse en termes de critique sociale, mais elle demande une réponse métaphysique. Car il ne peut y avoir d’écologie politique ou de politique de l’écologie sans une profonde interrogation sur nos principes et nos valeurs ultimes, sur ce qui fait que nous agissons aujourd’hui, dans nos sociétés industrielles, de manière contraire à nos intuitions premières, et sur les conditions d’harmonisation de ces intuitions avec les fins de nos actions. »

Charles Ruelle est le traducteur d’Ecologie, communauté et de vie d’Arne Naess aux Editions MF, 2008.

Vous pouvez vous y référer à l’intégralité de l’article en vous rendant sur 24 heures Philo

Hervé Moine

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A propos du crane de Descartes

Posted by Hervé Moine sur 13 janvier 2009

Prochainement un article.
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Que comprendre derrière le rapport de la presse à la philosophie ?

Posted by Hervé Moine sur 25 avril 2008

Quel est le rapport de la presse à la philosophie ? Et que signifie ce rapport ?

Dans un article, de Valeurs Actuelles du 18 avril 2008, intitulé « Philosophe, l’éternel retour », Bruno de Cessole, fait une analyse d’un fait celui de l’intérêt qu’accorde depuis peu la presse écrite dite généraliste à la philosophie.

Bruno de Cessole rappelle l’origine de la philosophie occidentale. « Née de l’étonnement devant les mystères de l’univers et de la destinée humaine(1), la philosophie n’a jamais cessé d’être un recours, particulièrement durant les époques de troubles et d’incertitude. » Aurait-on alors besoin de la philosophie comme on a besoin de la religion ? Quand tout va bien, nul n’est besoin de recourir à la réflexion philosophique, de rechercher un quelconque maître spirituel ou de courir dans une Eglise ou se réfugier dans le secret de la prière. Si aujourd’hui, on ne remplit plus guère les églises du moins les officiels, nous n’aborderons pas le cas des sectes, force et de constater que la philosophie dans notre société fait « l’objet d’une sorte d’engouement, ou du moins de curiosité, de la part du public, en dit long, constate Bruno de Cessole, sur l’état de santé psychique de notre époque. »

Ainsi, le rapport à la philosophie serait signe, voire symptôme et l’analyse de ce rapport nous renseignerait sur la psychologie de la société.

Il s’explique :

« à rebours de la religion, la philosophie ne prétend apporter ni consolation ni espérance d’un autre monde, et ne suppose pas la foi. Elle s’adresse au premier chef à l’intelligence et fournit seulement des interprétations du réel, des concepts pour cerner la vérité et une trousse à outils pour tenter de vivre mieux. »

Il s’agit là d’une définition traditionnelle de la philosophie comme « amour de la sophia (2) » avec des termes contemporains.

Si l’on considère le monde de l’édition, monde qui a pu transmettre les œuvres des grands philosophes, aujourd’hui, celui-ci s’est considérablement élargit en y démocratisant d’une certaine manière l’accès. Après Descartes qui, en écrivant son Discours de la Méthode en langue vulgaire en rompant avec la langue des savants, le latin, donne la possibilité à tous de lire la philosophie, l’édition d’aujourd’hui, offre au grand public des étalages entiers de livres de philosophie en format de poche, ces œuvres n’étant plus alors réservées à la seule élite cultivée. Mais de même que le grand philosophe recherchait par son procédé des mécènes, l’édition recherche des clients. Cela dit, pour vendre un produit il faut considérer qu’il peut être acheté. Si les livres de philosophie en format de poche abondent tant dans les librairies, c’est très certainement parce que le monde de l’édition a compris ce rapport de la philosophie au monde, et celui de l’intérêt de celui-ci avec son « état de santé psychique » pour reprendre l’expression de Bruno de Cessole. Et ça marche, car si tel n’était pas le cas, ces ouvrages ne serait plus mis à la vente. C’est bien qu’il y a un besoin, une demande. Et c’est bien là ce que l’on peut appeler un phénomène.

Ce phénomène remarque, Bruno de Cessole, intéresse la presse généraliste. Et il décrit ce fait relativement récent en donnant des exemples.

Le Point qui a dédié des couvertures à Platon et à Nietzsche, et consacré plusieurs hors-séries aux mouvements d’idées

C’est autour du le Monde qui, « en partenariat avec Flammarion, dont la collection de poche GF accueille traditionnellement les grands noms de la pensée, publie depuis la fin janvier « Le Monde de la philosophie », une collection inédite, regroupant les textes fondateurs de la philosophie. »

« Sous la tutelle d’Éric Fottorino, de Roger- Pol Droit et de Patrick de Baecque, vingt volumes paraîtront d’ici le mois de juin, proposant, de Platon et Aristote à Marx et Nietzsche, un tour d’horizon de la pensée occidentale. (…) Le premier tome, Platon, a été tiré à 200 000 exemplaires, et le lancement de la collection soutenu par une campagne de publicité de 2 millions d’euros. Depuis, on peut estimer autour de 60000 exemplaires le chiffre de vente des volumes suivants, dont le tirage est moindre. »

Le but avéré de cette entre prise est de mettre à portée du grand public les œuvres phares de la sagesse occidentale :

«Les philosophes ne sont pas des extraterrestres… Inutile de les révérer comme des dieux. Inutile aussi de les craindre comme s’ils devaient être nécessairement ennuyeux, arrogants et incompréhensibles. Il faut aller les voir, ne pas hésiter à les fréquenter. Les plus antiques se révèlent proches de nous. Les plus célèbres sont souvent drôles. Inventeurs d’idées, expérimentateurs d’existence, découvreurs d’horizons, provocateurs de pensées, voilà comme ils sont tous. Intempestifs et actuels, imprévisibles et utiles.» (Roger-Pol Droit)

« En faisant part égale entre les philosophes « conceptuels » (Leibniz, Kant, Hegel) et les philosophes sans esprit de système (Montaigne, Hume, Voltaire, Nietzsche), »Le Monde de la philosophie » traduit un penchant nouveau de la philosophie, qui privilégie la lisibilité et la clarté par rapport à l’ésotérisme du vocabulaire et de la syntaxe. »

Un texte à méditer

« Selon le maître d’oeuvre de la collection, la philosophie émerge depuis dix ans comme fait de société. Le phénomène semble correspondre à une demande croissante de repères dans une époque imprévisible. Par-delà les systèmes, les gens cherchent dans la philosophie non pas du sens mais des outils pour comprendre la complexité du monde. Et aussi, un mode de vie, une manière d’approcher le bonheur. On se tromperait toutefois en voyant dans cet intérêt le pendant d’une quête de « gourous ». Les philosophes ne se confondent pas avec des « coachs ». C’est une spécificité française que l’enseignement de la philosophie au lycée, discipline qui demande à l’élève non pas des connaissances livresques mais l’apprentissage d’un mode de raisonnement critique, à partir duquel il se fait lui-même philosophe. Dans cette tradition, Michel Foucault, sur la fin de sa vie, interrogeait les Anciens sur le souci de soi, tandis que Georges Dumézil faisait de Marc Aurèle son auteur de chevet. À chacun de trouver son philosophe d’élection. » Bruno de Cessole

A chacun de trouver son auteur d’élection…

Hervé Moine

Actu Philo

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