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Actualité philosophique et réflexion philosophique sur l'actualité

Posts Tagged ‘philosophie’

Colloque en Pau. « La littérature comme modèle épistémologique »

Posted by Hervé Moine sur 9 septembre 2014

Colloque international interdisciplinaire

« La littérature comme modèle épistémologique »

26 et 27 Mars 2015 à Pau

Colloque international interdisciplinaire, « La littérature comme modèle épistémologique » est organisé par le Literaturarchiv Saar-Lor-Lux-Elsass de l’Université de la Sarre et le Centre de Recherche en Poétique, Histoire littéraire et linguistique (CRPHLL) de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour.

Depuis les dialogues de Platon, chaque époque de la pensée occidentale a (ré)évalué et (re)déterminé le rapport d’interdépendance et de conflit entre littérature et philosophie. Or, c’est avec les Lumières que la littérature se voit attribuer une nouvelle importance, non seulement comme moyen de représentation mais aussi comme modèle épistémologique. Pour les penseurs des Lumières, la littérature jouera un rôle fondamental comme medium d’éducation et de perfectibilité dans le contexte des discours de la philosophie populaire et morale, mais avant tout dans le contexte de la corrélation entre pensée et action qui prend un caractère programmatique avec la Révolution de 1789 notamment. En même temps, le nouveau concept de scientificité introduit par le rationalisme occasionne une séparation de plus en plus marquée entre discours esthétique et discours épistémologique.

C’est dans ce contexte que le colloque se propose d’analyser le rapport entre littérature et philosophie en Allemagne et en France dans un « long » XIXe siècle. Nous nous intéresserons tout particulièrement :

(a) au problème du scepticisme croissant vis-à-vis de la connaissance et du langage philosophiques,

(b) à la concurrence entre la connaissance spécifique de la poésie et celle de la philosophie,

(c) aux potentialités et limites des connaissances et savoirs respectifs,

(d) aux conceptualisations du savoir et du potentiel épistémologique de la littérature,

(e) aux revendications de la poésie d’accéder à la/une/des vérité(s) et à la connaissance, ainsi que

(f) à l’analyse de la médialité de la littérature dans le sens de la représentation et de la représentabilité d’enjeux métaphysiques.

Modalités de soumission

Les propositions de communication de 1500 signes maximum ainsi qu’une brève bio-bibliographie sont à envoyer avant le 31 octobre 2014 à Sebastian Hüsch, Centre de Recherche en poétique, histoire littéraire et linguistique (CRPHLL), Université de Pau et des Pays de l’Adour et Privatdozent Dr. phil. Sikander Singh, Literaturarchiv Saar-Lor-Lux-Elsass, Universität des Saarlandes | Université de la Sarre

  • sebastian.husch@univ-pau.fr
  • s.singh@sulb.uni-saarland.de
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John White. La philosophie comme ce qui nous prépare à mieux faire face à la vie

Posted by Hervé Moine sur 7 août 2012

John White 1945-2012

« Bonjour, je suis marié, père de trois enfants et deux petits enfants. J’ai été professeur de philosophie pendant 37 années dans un Cégep. Je vois la philosophie comme un moyen de s’attarder aux réalités de tous les jours avec un regard qui part de plus haut : en essayant de les comprendre, voir les principes sous-jacents qu’elles impliquent. De plus, la philosophie nous prépare à la vie, à mieux y faire face. Depuis toujours j’ai un grand désir de comprendre l’être humain et ses comportements. Vous avez là les grands thèmes de ma réflexion soit l’être humain, son comportement, les grandes idées sous-jacentes dans les débats de société. Je dois ajouter que suis un catholique sincère et éclairé (du moins je l’espère), très confortable avec sa foi. Dans les textes que je vous présente j’aime partir des faits, de l’expérience et non de théories philosophiques. J’apporte généralement quelques arguments simples pour appuyer ce que j’avance. Je ne prétends pas posséder la vérité, mais je crois cependant qu’elle existe. Elle s’impose d’elle-même avec autant de force que de douceur au terme d’une recherche sérieuse. Je vois les échanges comme un moyen de mettre en commun nos observations pour se rapprocher de cette vérité que nous cherchons tous. »

C’est ainsi que John White se présente sur son blog : http://philo-pratique.net/

John White est décédé le 15 janvier dernier, à l’âge de 77 ans des suite d’une longue maladie, une tumeur au cerveau. Il a laissé un ouvrage avant de mourir un ouvrage qui est « un héritage à la fois spirituel et positif qui fera du bien et mettra un peu plus de lumière sur le chemin de la vie » (note de l’éditeur).

Livre Volontairement bonJohn White

Volontairement bon

Petites histoires philosophiques

Chez Publistar

Un ouvrage contre la morosité

Volontairement bon, un titre qui transforme la formule socratique « nul n’est méchant volontairement »

C’est au moment de déposer son manuscrit final à l’éditeur que John White meurt. Cet ouvrage de philosophie pratique, destiné au grand public ou pour des lecteurs en quête de texte pouvant les inspirer à sortir de la pensée morose, constitue en quelque sorte son héritage.

Dans Volontairement bon, John White raconte les effets néfastes de s’attarder au mal, pour souligner ensuite l’élan fondamental de l’être humain vers le bien.

L’auteur mêle à des éléments philosophiques un retour sur les épisodes d’une vie bien menée, la sienne. Aujourd’hui, affirme-t-il, nous avons tendance à broyer du noir car nous faisons face à des idées reçues persistantes : l’égoïsme des uns, la paresse des autres.

Se sachant atteint d’une maladie incurable, John White aurait été en droit de sombrer dans la déprime. Il a écrit plutôt un témoignage qui prône la générosité, en reconnaissant qu’il ne verra probablement pas paraître son livre.

Volontairement bon est à paraîtreprochainement.

Un extrait de Volontairement bon de John White

Les effets de l’euthanasie sur les proches

Texte de John White, écrit sur son blog, le 25 mars 2011

http://philo-pratique.net/2011/03/les-effets-de-leuthanasie-sur-les-proches/

L’euthanasie est un sujet complexe qui peut être abordé sous différents angles. Il faut le considérer d’abord en soi au niveau des principes qui le sous tendent, dans son rapport avec celui qui en fait la demande. Il y a aussi l’angle plus secondaire quoique réel de son impact sur les proches. La mort est un acte ayant une portée sociale, on ne peut faire l’économie de cette dimension.

Bien que nous soyons certains de mourir, nous ne savons pas quand la mort se présentera. Nous ne sommes pas maîtres du moment de notre mort. Tant mieux! En ne choisissant pas le moment, nous ne sommes pas responsables de la peine que nous causons à nos proches. En effet, il est déjà difficile de voir partir un proche, il est encore plus difficile de l’accepter lorsque cette mort est volontaire. L’euthanasie va à l’encontre de l’amour naturel de la vie. Elle trouble les proches qui comme dans le cas du suicide se questionneront longtemps sur la pertinence de ce choix, sur ce qu’ils auraient pu faire pour l’éviter. Étant en contradiction avec l’amour naturel de la vie les proches ne peuvent s’empêcher d’y voir une forme d’abandon : «nous n’étions pas assez importants à ses yeux pour qu’il reste avec nous, sa douleur comptait plus que nous».

Émus par ce choix ils commenceront, même, à douter de leur propre capacité de surmonter les épreuves : «si lui n’a pas été capable, pourquoi moi je le serais». Voilà pour le plan individuel. Au plan social, d’observer les couples se faire et se défaire a engendré à la longue une génération doutant de sa capacité de réussir la vie de couple. Est-ce que de voir de plus en plus d’adultes faire appel à l’euthanasie, en plus de l’effet d’entraînement, ne risque pas d’ébranler la confiance que chacun se doit de posséder pour faire face aux grandes épreuves de la vie?

Le suicide est généralement causé par un mal de vivre. L’expérience nous apprend que ce type de peine est difficile à maîtriser, d’où un mélange de tristesse et de compassion envers le suicidé. L’euthanasie concerne davantage une douleur physique. Il existe plusieurs remèdes pour la soulager et un art de vivre pour l’apprivoiser. Si les proches peuvent compatir à la douleur, ils ont cependant beaucoup plus de difficulté à vivre avec l’image d’un des leurs qui a démissionné devant la souffrance. En plus de décevoir, il envoie le message qu’il ne vaut pas la peine de lutter. En contrepartie, lorsqu’un des leurs a lutté contre une longue maladie les proches affirment fièrement que c’était un battant, qu’il a combattu avec courage, qu’il s’est tenu debout jusqu’à la fin.

Celui qui a recours à l’euthanasie se rend-il compte qu’il met un fardeau supplémentaire sur les épaules de ses proches, alors que par sa mort naturelle il n’en n’est rien? Est-ce vraiment la façon la plus digne de mourir que de faire vivre cela à ceux qui restent? D’autre part, peut-on comme pays favoriser une législation qui aura pour effet de troubler, d’insécuriser et de nourrir le sentiment d’abandon de ses citoyens?

Pourquoi attendre sa mort naturelle même si c’est douloureux? Par amour pour les siens. Pour semer la paix plutôt que de les troubler par un choix en contradiction avec l’amour de la vie, par notre exemple conforter leur courage dans les épreuves qui les attendent et montrer à quel point on tient à eux.

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L’éternelle question : la philosophie, à quoi ça sert ?

Posted by Hervé Moine sur 13 novembre 2011

Fichier:Raphael-enthoven.jpg« La philosophie, un luxe »

Article paru dans l’édition du 13 novembre 2011 de Sud Ouest, propos de Raphaël Enthoven recueillis par Jean-Paul Taillardas

http://www.sudouest.fr/2011/11/13/la-philosophie-un-luxe

Raphaël Enthoven refuse de jouer le « philosophe de service » dans les médias, où il tente plutôt de transmettre une matière menant aux vérités qui dérangent « Je déteste le mot « vulgariser ». Il s’adresse à ce que les gens ont de plus grégaire. »

« Sud Ouest Dimanche ». La philosophie sert-elle à quelque chose ?

Raphaël Enthoven. Je n’en suis pas certain. Si la philosophie est indispensable, c’est peut-être d’abord parce qu’elle nous affranchit du régime de l’utile. Elle est en cela deux fois luxueuse : non seulement on n’en a pas besoin, mais elle aide à vivre séparément du besoin.

En quoi peut-elle être utile dans la vie de tous les jours ?

Elle aide à comprendre avant de juger, à connaître avant de combattre et à douter avant de connaître. Mais surtout, elle permet de ne pas limiter le monde à la sphère étroite que trace un rapport exclusivement utilitaire aux choses et aux autres.

Pourquoi les questions sont-elles plus essentielles que les réponses ?

Certains vous diront que c’est parce que la vérité est un Graal. J’aurais tendance à penser, plus modestement, que c’est parce que répondre est plus facile que questionner.

Comment recevez-vous ce regain d’intérêt pour la philosophie ?

Comme une divine surprise et comme un malentendu qui m’oblige à faire le contrebandier.

Contrebandier de qui, de quoi ?

J’essaie de faire passer en contrebande le contraire de ce qu’on attend du philosophe, qu’on interroge à tout bout de champ sur des tas de sujets qui échappent à sa compétence. Au lieu de répondre par les certitudes, les convictions et les valeurs qu’on voudrait me voir brandir, je fais passer du doute et l’idée que la question de savoir quelles sont nos valeurs compte moins que la question de savoir ce que valent les valeurs. Faire de la philosophie, c’est aussi lutter contre le bien et toutes les façons dont le bien (c’est-à-dire l’idée qu’on en a) l’emporte parfois sur le droit dans nos démocraties. C’est tenir l’actualité à distance, au profit d’un présent plus épais, qui est à l’actualité ce que la houle est à l’écume.

Faut-il disjoindre l’actualité du présent ?

En tout cas, il est essentiel de ne pas les confondre, de distinguer les différents événements qui arrivent chaque jour avec les mêmes questions qu’on se pose tous les jours. S’il arrive au présent de croiser l’actualité, c’est toujours de manière inactuelle, comme l’occasion d’une réflexion qui en dépasse le cadre. L’idée du bien, le goût de la vérité, la soumission à l’actualité sont autant d’hypnotiques qui, parce qu’ils fascinent pour eux-mêmes, nous habituent au monde qui devrait nous surprendre.

La philosophie remplace-t-elle la foi ?

En un sens, elle s’en méfie. Car « le besoin d’une foi puissante n’est pas la preuve d’une foi puissante, mais le contraire » (Nietzsche). L’objet de la philosophie n’est pas, me semble-t-il, de trouver un sens à la vie, mais de s’interroger sur le sens même de ce besoin de sens. La philosophie n’est ni la théologie ni la psychologie. Elle dilue souvent la question du sens dans l’examen des mécanismes qui lui donnent le jour. Elle est du côté de la réalité qui dérange, plus que de celui de l’illusion qui réconforte. En un autre sens, elle est elle-même un acte de foi, un art d’aimer le monde malgré lui.

Que penser du rapport actuel à la mort, aussi omniprésente dans les médias qu’elle est absente de la sphère privée ?

À l’échelle collective, les rapports de l’homme avec la mort changent selon les lieux et les époques. Mais cela ne change rien au fait que tout homme est le premier à mourir et qu’il dispose du temps de la vie pour l’accepter. Penser la mort à l’échelle collective est une façon de savoir qu’on va mourir, mais sans y croire vraiment. Il y a une immense différence entre le fait de dire que tous les hommes sont mortels et le fait de comprendre qu’on va mourir soi-même. Or, paradoxalement, il faut faire cette différence pour ne pas mourir de son vivant.

Avec vos émissions de radio, de télévision, vous sentez-vous une mission de pédagogue ?

Je suis professeur de philosophie. J’exerce le métier d’enseignant sur d’autres supports qu’une estrade, mais ce n’est qu’une différence de lieu. L’unique objet de ma démarche est de mettre en dialogue ce qui ne fait aucun doute, d’inviter les gens à penser contre eux-mêmes et à remplacer l’invective par l’échange. Un travail de cette nature est plus facile à la radio, qui libère de l’image et de tout ce qu’elle dissimule.

« Vulgariser » est-il un gros mot ?

C’est une insulte. Qui traite le destinataire comme une foule, alors que c’est un individu. Une simplification qui s’adresse à ce que les gens ont de commun, et non à ce qu’ils ont de singulier. On peut transmettre un savoir sans l’aplatir ni l’affadir.

Quelle relation souhaitez-vous nouer avec le téléspectateur dans l’émission « Philosophie », sur Arte ?

Une estime réciproque. Une attention mutuelle. Je ne suis pas là pour répondre aux questions de chacun, mais pour poser les questions que tout le monde se pose, et montrer que ces questions méritent en elles-mêmes d’être explorées, travaillées, chéries.

Que pensez-vous des cafés philosophiques ?

Je suis sceptique. Ce sont souvent des exutoires où les participants brandissent leur petite vie comme une norme en déclarant « Moi qui ai vécu ci ou ça, je peux vous dire que… ». Or, l’opinion des gens ne m’intéresse pas plus que leur vie. Ce qui compte, c’est ce qui nous échappe, nous dépasse, nous brise et nous ouvre à d’autres discours que le nôtre.

Est-ce qu’être dans le champ médiatique actualise l’idée du philosophe-roi ?

Ou du philosophe-bouffon qui, pour ne pas marcher sur des œufs, accepte de jouer le rôle qu’on lui demande implicitement de tenir, de jouer au philosophe comme un garçon de café joue à être garçon de café. Le véritable danger, le véritable péril n’est pas dans la popularisation de la parole du philosophe, mais dans la tentation d’en simplifier la teneur pour la rendre universellement digeste. Le professeur de philosophie ne doit pas être le « philosophe de service » dont on se sert pour donner un peu de cachet aux deuxièmes parties de soirée.

Arte Éditions vient d’éditer un coffret rassemblant 30 épisodes, soit 30 thèmes de l’émission « Philosophie », diffusée sur Arte chaque dimanche à 13 h 30.

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La philosophie a-t-elle le monopole de la pensée ?

Posted by Hervé Moine sur 31 octobre 2011

2011

Les 15èmes semaines européennes de la philosophie

Citéphilo2011

du 8 au 29 novembre 2011

« L’art de faire »

Le propre d’une civilisation technicienne est de s’appuyer sur une conception du faire conçu généralement en termes d’application, où faire ne serait qu’exécuter ce que la pensée a préalablement conçu et élaboré. Placé sous la dépendance de la pensée et sous le signe de la séparation, le faire se voit alors retirer toute fécondité, toute inventivité. Une telle conception est caractéristique d’un abaissement général des activités pratiques, à quoi n’a longtemps échappé que la sphère à la fois préservée et magnifiée de l’Art.

C’est à penser autrement et à réconcilier la pensée et le faire que la présente édition de Citéphilo aimerait s’employer, ce qui va bien au- delà d’une simple réhabilitation de l’activité pratique ou technique. Cela nous incite plutôt à concevoir, à la manière de Valéry, une sorte de « poïétique générale » où l’on s’intéresserait aux multiples façons dont la pensée – toujours simultanément pratique – et le faire – toujours simultanément théorique – élaborent, conçoivent, imaginent, en un mot : inventent.

Programme qui suppose de convoquer, plus encore que dans les éditions précédentes, toutes sortes de pratiques, d’expérimentations, de performances – cinématographiques, plastiques, paysagères, chorégraphiques, analytiques, pédagogiques, sportives, médicales, musicales, littéraires, scientifiques, historiennes – qui viennent contester à la philosophie le monopole qu’elle s’accorde parfois sur ce qu’on appelle penser.

Il en résulte du même coup un bougé dans les traçages disciplinaires que nous ne pouvions mieux illustrer qu’en choisissant cette année de nous intéresser plus particulièrement à l’œuvre de Carlo Ginzburg, l’un des historiens contemporains qui a le plus fait pour renouveler à la fois l’art de faire et l’art d’écrire l’histoire – théoricien exemplaire de sa propre pratique, capable de faire dialoguer au plus près pensée théorique et fiction.

Thématique qui est loin d’épuiser le programme de cette édition 2011, où l’on fera, comme à l’accoutumée, leur place tant à l’actualité éditoriale qu’aux interrogations qui ne cessent de travailler notre présent.

Pour de plus amples informations : http://www.citephilo.org/

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La philosophie a-t-elle encore un rôle à jouer dans la société moderne ? Raphaël Enthoven y répond !

Posted by Hervé Moine sur 28 mars 2011

Raphaël Enthoven

Le philosophe de service

et autres textes

Chez Gallimard nrf

Présentation de l’éditeur

« Le philosophe de service est un épouvantail dont les grimaces montrent à tout le monde qu’elles n’impressionnent plus personne. Ses postures cérébrales sont le faire-valoir des sentences hommasses et des lieux communs. Quand on lui demande “à quoi sert la philosophie ?”, il trouve généralement à l’amour de la sagesse mille gentilles qualités : à l’entendre, la connaissance dissipe le mal, la philosophie rend l’espoir, stimule le désir, fabrique des citoyens, donne un sens à la vie… Pour un peu, elle ôterait “la peine de réfléchir et le trouble de penser” (Tocqueville). S’il s’aventure à répondre que la philosophie ne sert à rien, on le trouvera “provocateur”. On dira qu’il “fait l’intéressant”, ce qui est l’apanage des gens que la foule se plaît à trouver sans intérêt. S’il dit que la question de l’utilité de la philosophie sous-entend que quand on est inutile on ne sert à rien, il est inaudible. Si, au lieu de répondre comme on l’exige, il ne joue pas le jeu et fait entendre une parole intempestive au banquet des idées reçues, il est aussitôt congédié par le tribunal populaire de l’audimat, renvoyé à ses nuées, à l’asepsie d’une “pensée molle”, “conformiste”, “narcissique”. Pour faire partie du cénacle des philosophes de service, il faut taire (ou garder pour soi) que l’enjeu n’est pas de savoir à quoi sert la philosophie, mais de savoir quels préjugés implique une telle question ».

Pour se procurer l’ouvrage de Raphaël Enthoven Le philosophe de service et autres textes

Raphaël Enthoven : le goût de la philosophie

Article de Stéphanie Hochet paru dans bscnews.fr le 23 mars 2011

http://www.bscnews.fr/201103281465/...

Pour son livre, Le philosophe de service, le philosophe Raphaël Enthoven s’offre une balade dans la société contemporaine. Le premier chapitre, qui donne son titre au livre de Raphaël Enthoven, est un constat désabusé : la philosophe d’aujourd’hui n’est plus que ce personnage invité à la télévision pour jouer les utilités et dont le monde se moque. La philosophie a-t-elle encore un rôle à jouer dans la société moderne ?

Les dix-huit chapitres suivants répondent brillamment à cette question : Raphaël Enthoven choisit dix-huit concepts – Dieu, le jeu, la rêverie etc. – et développe chacun non pas sous l’angle de la philosophie, ce qui ne représenterait aucun intérêt, mais sous l’angle du philosophe qu’il est. Il circonscrit les concepts, écrivant par exemple au sujet du courage, qu’il n’y a pas de courage proprement dit, mais seulement des actes courageux. Il propose une définition élégante de la mélancolie : Elle est le goût d’éprouver (…) sur le mode de l’amertume le pur bonheur d’exister. Sur le mensonge, il forge ce paradoxe indispensable : qui, d’ailleurs, voudrait accorder sa confiance à quelqu’un qui n’est pas capable de mentir ? Réflexion d’une utilité concrète et quotidienne.

Au-delà de sa nécessité, ce traité philosophique de proximité se lit dans un plaisir constant, entre autres grâce à l’érudition proustienne de son auteur. Ainsi, au sujet de l’égoïsme : Telle Madame Verdurin dont l’horreur d’apprendre le naufrage du Lusitania rehausse le bonheur de tremper des croissants dans son café au lait…

Vivre en philosophie, c’est aussi vivre en la meilleure compagnie.

Stéphanie Hochet

 

L’auteur

Raphaël Enthoven est le fils aîné de l’éditeur Jean-Paul Enthoven et de la journaliste Catherine David. Ancien élève de l’École normale supérieure3, après avoir obtenu l’agrégation de philosophie, il enseigne à l’université Lyon-III pendant deux ans, puis à l’université de Jussieu-Paris VII. À sa demande, il rejoint l’Université Populaire de Caen en 2002, avant de la quitter pour incompatibilités personnelles avec Michel Onfray en 2003. Après avoir pris ses distances avec ce dernier, dans Un jeu d’enfant : La philosophie, il fait de lui « l’ami de l’homme qui enfonce des portes ouvertes avec le sentiment grisant de prendre l’assaut de la Bastille » et il considère incompatible le fait que ce dernier se revendique de Camus, alors qu’il « nourrit, dans ses textes, un désir de révolution qui, en définitive, donne bonne conscience et dispense d’agir » (dans Bénédicte Arcens, « Interview : Raphaël Enthoven » sur LeMague.net, 16 mars 2007). Il devient co-producteur de l’émission radiophonique Les Vendredis de la philosophie sur France Culture et dispense des cours comme vacataire à l’École polytechnique.

Conseiller de la rédaction de Philosophie Magazine, où il tient la rubrique « Sens et vie », il est toujours producteur à France Culture. Après s’être occupé du Rendez-vous des politiques, en partenariat avec le magazine L’Express, il tient une émission quotidienne dans la grille des programmes de France Culture depuis la rentrée 2008 en animant l’émission Les Nouveaux Chemins de la connaissance.

Depuis octobre 2008, il présente l’émission Philosophie, diffusée le dimanche sur Arte.

D’après wikipédia

Bibliographie

Le philosophe de service et autres textes, Éditions Gallimard 2011

L’absurde, Éditions A. Fayard 2010

Barthes, Éditions A. Fayard, 2010

Orlan, Raphaël Enthoven, Raoul Vaneigem, Unions mixtes, mariages libres et noces barbares, Éditions Dilecta, Paris, 2010

L’Endroit du décor, Gallimard, coll. « L’infini », 2009

Un jeu d’enfant : La philosophie, Fayard 2007, Pocket, 2008

Pour se procurer l’ouvrage de Raphaël Enthoven Le philosophe de service et autres textes

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Les rencontres de Sophie

Posted by Hervé Moine sur 22 mars 2011

Sophie ramène sa science et sa philo au lycée

Article de Véronique Escolano paru dans Sud Ouest, mardi 22 mars 2011

http://www.ouest-france.fr/actu/actuLocale_-Sophie-ramene-sa-science-et-sa-philo-au-lycee-_-1735812——44109-aud_actu.Htm

Succès de la philosophie grand public ce week-end au Lieu Unique. 4 000 personnes ont assisté aux Rencontres de Sophie. Elles se sont prolongées au lycée Jean-Perrin à Rezé où la philo est enseignée dès la 1re.

Reportage

Samedi, de la philo, dimanche, de la philo et lundi, encore de la philo mais au lycée Jean-Perrin à Rezé. C’est une tradition désormais depuis cinq ans, les Rencontres de Sophie se prolongent dans l’ombre avec des conférences rien que pour les lycéens de Jean-Perrin à Rezé. Gaëlle a tout particulièrement apprécié les mini-conférences de l’Abécédaire philo, création de Sophie, avec la reprise des lettres I, M et Q (1). « C’est court, synthétique, accessible. » « Et c’est bien de ne plus avoir les profs mais une autre approche », ajoute sa copine.

Pourquoi Sophie va-t-elle à Jean-Perrin ? Parce que le lycée a tout particulièrement la philo dans la peau. Avec Guérande et Cholet, il est un des trois établissements de l’académie qui enseigne la philo dès la classe de première dans les classes littéraires à raison de deux heures hebdomadaires. Normalement, l’apprentissage débute en terminale. Cette initiative démarrée il y a six ans est inscrite dans le projet d’établissement de Jean-Perrin. « Elle apporte confiance aux séries littéraires », observe Hervé Kerhoas, professeur de philosophie. Un propos confirmé par une élève, Shannah. « En terminale littéraire, la philo, c’est 8 h par semaine pour nous et un coefficient 7. L’initiation en première permet de bien rentrer dans la philo et de dédramatiser. Et c’est bon pour la culture générale. »

Bioéthique et futurs scientifiques

Cette particularité permet de maintenir un gros îlot de résistance littéraire dans un lycée à dominante scientifique. Laquelle dominante n’est pas contraire à la philo. Bien au contraire. Et les conférences sur la bioéthique données, hier, par le professeur Gérard Dabouis du service oncologie médicale du CHU de Nantes et de Sylvie Grunwald, juriste et membre de la consultation d’éthique clinique ont passionné les élèves de terminale STL (sciences et techniques de laboratoire), autre rareté pédagogique offerte par le lycée rezéen. « C’est drôlement intéressant quand la philo aborde des sujets qui nous concernent ou parlent concrètement du quotidien », reconnaît une petite bande de terminales STL qui avoue y voir plus clair dans la procréation médicale et les dons d’organes que dans la caverne de Platon.

Véronique Escolano

 

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Ce que parler veut dire.

Posted by Hervé Moine sur 11 mars 2011

Entretien de PhiloMag avec Barbara Cassin, paru dans le PhiloMag n°14

Barbara Cassin : « Je cherche ce que parler veut dire »

Amoureuse des langues, Barbara Cassin a choisi de tracer son chemin en philosophie plutôt qu’en poésie. Rétive aux distinctions de genre, cette philologue réhabilite les sophistes, contre Platon et Aristote. Elle s’engage aujourd’hui pour préserver la diversité linguistique.

Propos recueillis par Nicolas Truong

http://www.philomag.com/article,entretien,barbara-cassin-je-cherche-ce-que-parler-veut-dire,498.php

Barbara Cassin

Éditrice et commentatrice de textes fondateurs de l’Antiquité (Aristote, Parménide) et de la modernité (Hannah Arendt, Peter Szondi), Barbara Cassin s’attache à démontrer que le langage « fait » quelque chose, qu’il fabrique de la politique et peut, à l’instar des échanges de paroles dans le cadre de la commission Vérité et Réconciliation présidée par Desmond Tutu en Afrique du Sud, créer un peuple, une nation. Elle a montré comment les sophistes avaient été rejetés par la tradition philosophique parce qu’ils parlaient pour ne rien dire ou pour le simple plaisir de parler. Dotée d’une extraordinaire capacité à travailler la matérialité des textes, Barbara Cassin a dirigé au CNRS un groupe de recherche international afin de constituer un Vocabulaire européen des philosophies. Dictionnaire des intraduisibles. Codirectrice, avec Alain Badiou, de la collection « Ouvertures » chez Fayard et expert auprès de la Commission européenne sur le multilinguisme, elle refuse la domination de l’anglais basique mondialisé et la réduction des autres langues au statut de dialectes qu’il faudrait préserver. Convaincue que le moteur de recherche Google menace la culture et la démocratie, elle a publié Google-moi. La deuxième mission de l’Amérique et, plus récemment, un recueil de nouvelles, Avec le plus petit et le plus inapparent des corps, qui témoigne du parcours d’une femme qui n’a cessé de s’affranchir des carcans disciplinaires.

En quel sens avez-vous eu l’impression de « naître en Mai 1968 » ?

Barbara Cassin : Notamment parce que le rapport entre maître et élève s’est dénoué à cette époque. En 1966, j’ai eu la chance d’avoir Michel Deguy comme professeur d’hypokhâgne au lycée Pasteur, à Neuilly-sur-Seine. Lors de cette année d’enseignement libre et ouvert, et mixte, ce professeur-poète nous enseignait la philosophie la clope au bec en disant : « ah oui, la dialectique, il faudrait en parler » ou bien encore : « j’ai une phrase de Merleau [pour Maurice Merleau-Ponty, Note de philomag] à commenter », et le faisait avec une immense profondeur. C’était une année de libre intelligence. Tout était possible. Nous pouvions disserter sur la notion de « limite » ou à partir d’une bouteille de lait, comme l’avait fait Jean-Paul Sartre qui avait enseigné dans ce lycée quelques années plus tôt. Il n’y avait pas d’examen au bout, juste le loisir d’inventer différentes manières de philosopher. En fin d’année, comme une récompense à l’école primaire, Michel Deguy nous avait lu un poème de René Char, La Sorgue, que j’avais au départ trouvé simplet mais qui m’est apparu, grâce au commentaire de Deguy, foisonnant, envoûtant.

À tel point que je suis partie dans le Vaucluse voir l’Isle-sur-la-Sorgue, certaine de trouver la maison de l’homme qui avait écrit un pareil monument. J’étais dans l’idée grecque du kalos kagathos, « le bel et le bon » devaient être visiblement liés, et sa maison devait être reconnaissable entre toutes. Je ne l’ai bien sûr pas trouvée.

En 1969, vous participez au séminaire du Thor, donné par Martin Heidegger chez René Char. Comment une jeune femme se retrouve-t-elle en compagnie de ces deux géants ?

Après Mai 68, nous avons organisé avec Godofredo Iommi, un poète chilien, une sorte d’université parallèle dans un appartement. On y lisait Le Banquet de Platon et Quintilien comme des textes de Martin Heidegger, dans une effervescence intellectuelle en dehors de toute obédience. Grâce à François Fédier, j’ai été amenée à participer au séminaire du Thor, avec Martin Heidegger, chez René Char. J’ai ainsi pu observer comment Heidegger parlait, entouré de la révérence un peu magique de ses disciples. J’ai perçu ce qu’était un maître en philosophie et comment il fallait garder ses distances.

Quel rôle jouiez-vous dans cette communauté de pensée et d’amitié ?

J’avais tout à découvrir. Un rôle ? Peut-être après tout en tant que Juive m’appelant Cassin, ai-je joué un rôle déterminé autour du maître. Comme disait Hannah Arendt, avant que quelqu’un ne m’ait traitée de Juive, je ne savais pas que je l’étais. À la poste de l’Isle-sur-la-Sorgue, un homme en entendant mon nom m’a soudain craché au visage, parce qu’il m’avait vue petit-déjeuner « à la table d’un nazi ». René Char était présent au séminaire en tant que poète, mais cela comptait aussi qu’il fût grand résistant. Heidegger mettait en tension la philosophie et la poésie, mais sans doute avec lui et autour de lui s’agissait-il aussi de France et d’Allemagne, du nazisme et de la résistance. Je me souviens d’un dialogue avec Char, lors duquel Heidegger disait que la poésie et la philosophie se faisaient signe du haut du sommet de deux montagnes. Char répondit en substance qu’il voyait plutôt le poète comme un prisonnier dans un cul-de-basse-fosse, qui tente à grand-peine de faire passer un message au philosophe incarcéré à deux cellules de la sienne. Ce qui en dit long sur l’écart. J’ai bien sûr admiré Martin Heidegger, mais j’ai surtout vécu sous l’influence de René Char. Et ce fut une naissance que seul Mai 68 pût rendre possible. Je me sentais à la fois un être libre, autonome et dépendant du monde. Mai 68 libérait la possibilité qu’une jeune femme de 20 ans n’ait pas de vergogne à vivre avec des gens de ce calibre, sans se dire qu’elle n’était qu’une toute petite chose.

Est-ce le voisinage de Martin Heidegger qui a conduit à vous intéresser aux présocratiques ?

J’ai voulu m’intéresser aux Grecs, mais pas à la manière de Heidegger pour lequel ils constituaient l’aube de la philosophie, les prémisses de l’ontologie, le dire de l’être. Disons que je me suis très tôt demandé si l’on pouvait être autrement présocratique. L’écart poésie-pensée, la différence de type d’humanité entre René Char et Martin Heidegger, ont fait que je n’étais plus ligotée par le respect et le prestige de la philosophie pure. Et cela ne m’a pas quittée depuis. Ma première création personnelle fut une revue de poésie murale collective « paraissant partout où elle peut ». J’allais aussi vendre des mots au marché, avec une amie poète. Cet univers dans lequel je baignais, très éclectique, m’a permis de passer plus tard de la sophistique à la commission Vérité et Réconciliation en Afrique du Sud, de la traduction du livre Gamma de la Métaphysique d’Aristote à un recueil de nouvelles, recherches qui ont constitué mon activité de philosophe femme.

Y a-t-il une spécificité de la philosophie féminine ?

Je constate que la différence des genres entre littérature, philosophie et poésie ne fonctionne pas pour moi, et j’attribue cela à mon côté femme. Je me suis toujours sentie très contrainte par la norme et la discipline externe. C’est peut-être un peu pour cette raison que je n’ai jamais pu réussir l’agrégation de philosophie. La différence entre toutes ces matières est, pour la femme que je suis, balayée par le style. D’une certaine façon, je dirais que le style, c’est la femme. L’Unesco m’a récemment chargée de présider un groupe de philosophes femmes du monde entier. Une chose est sûre : la différence des genres littéraires ne nous convient pas. J’ai écrit très tôt certaines nouvelles « littéraires » que je publie aujourd’hui. Mais le milieu philosophique m’a bien fait comprendre qu’il fallait soit entamer une carrière littéraire, soit me lancer dans l’aventure du concept. J’ai ainsi fait de la philosophie « dure » par défi. Je ne supportais pas qu’on me dise : tu es une femme, tu n’as qu’à écrire des histoires de coeur ou des nouvelles érotiques. S’ajoute à cela le fait que les grands textes d’Homère ou d’Euripide, voire de Platon, font exploser les notions de genres et de disciplines.

En dehors de ce refus d’être assignée à la littérature en raison de votre sexe, pourquoi avez-vous choisi la philosophie et la philologie ?

Avant de m’y lancer, je n’imaginais pas qu’il y avait des gens dont le métier était la passion de se poser des questions telles que : comment est le monde ? ou : Dieu existe-t-il ? « Avoir pour métier sa passion » était la devise de Maurice Merleau-Ponty, selon Michel Deguy. Ce qui est devenu ma passion, c’est plutôt de savoir comment on fait avec les mots, ce qui est le point commun entre la littérature, la philosophie et la poésie. Qu’est-ce qui se passe quand on parle ? Disons que mon travail consiste à réfléchir à « ce que parler veut dire », comme aurait dit Pierre Bourdieu.

D’où votre intérêt pour la rhétorique et la sophistique, que vous avez contribué à délivrer de leurs mauvaises réputations, notamment dans L’Effet sophistique ?

À partir du rapport entre Gorgias et Parménide, je me suis demandé pourquoi la sophistique avait été aussi mal traitée par la philosophie. Et je me suis rendu compte que le point névralgique de cette affaire n’était pas tant Platon, aussi bien sophiste que philosophe dans sa manière de jouer du discours pour convaincre, mais la façon dont Aristote, « le » philosophe par excellence, l’avait traitée.

Le point clé, c’est assurément le livre Gamma de la Métaphysique au sein duquel Aristote établit le principe de non-contradiction sur la simple équivalence : parler, c’est signifier quelque chose, une seule chose et la même pour soi-même et pour autrui. Par-là, le philosophe interdit un certain type de paroles, comme parler pour le plaisir de parler ou parler pour ne rien dire. D’un geste, Aristote expulse hors de l’humanité Protagoras et Cratyle qui se retrouvent ainsi muets comme des « plantes ». Les sophistes, ces « maîtres de la Grèce », comme disait Hegel, ces éducateurs professionnels itinérants, faisant commerce de leur sagesse et dotés d’un extraordinaire pouvoir de persuasion, maîtres aussi parce qu’ils initient au politique, se trouvent ainsi relégués au ban non seulement de la cité, mais de l’humanité.

En quoi les sophistes inquiètent-ils le raisonnement philosophique ?

La sophistique menace le fondement phénoménologique de l’ontologie. On ne peut plus dire tranquillement : « je dis ce qui est » ou, à l’image du philosophe tout-puissant : « j’ai la charge, moi, homme, de dire fidèlement l’Être. » La sophistique montre que l’Être qu’on prétend trouver par le dévoilement de la « vérité » est celui qu’on fait exister en le disant. L’Être est un effet du dire, voilà la critique sophistique de l’ontologie. Le Traité du non-être, de Gorgias, permet de montrer comment le Poème de Parménide est une performance réussie, qui fait exister l’Être, sur lequel reposera ensuite toute la tradition philosophique. Refoulé par la philosophie, de Parménide à Heidegger, tout comme la littérature et la rhétorique, la sophistique continue de se maintenir aux marges de la pensée.

Pourquoi les sophistes ont-ils si mauvaise presse aujourd’hui, même en dehors de la communauté philosophique ?

Parce que Platon et Aristote ont gagné.

Dans le langage courant, le sophisme caractérise les politiques lorsqu’ils mentent ou encore les publicistes lorsqu’ils embobinent les consommateurs et les électeurs.

Pourtant, dans Le Plaisir de parler, vous écrivez que le marketing serait peut-être la forme moderne de l’efficacité sophistique… En va-t-il de même du marketing politique ?

Une chose est certaine : la sophistique se tient en dehors du vrai et du faux, et vise le raisonnement efficace. La manière dont on crée du politique avec les mots est susceptible du meilleur comme du pire. La médiatisation du politique n’est jamais qu’une modalité normale, une pente naturelle du politique. Démosthène (384-322) était un orateur médiatique puisque le critère pour la bonne taille d’une cité, selon Aristote, c’est que la voix du héraut ou de l’orateur puisse s’y faire entendre partout. C’est un peu ce qui se passe aujourd’hui avec la télévision. Comme l’énonce Gorgias dans le dialogue de Platon qui porte son nom, ce n’est pas de la faute du maître d’armes si un irresponsable dirige mal l’arme qu’il lui a appris à manier. Il y a, de ce point de vue, une neutralité de la technique. C’est pour cela que ma charge contre Google n’est ni anti-Net ni anti-américaine.

Pourquoi considérez-vous que le moteur de recherche Google relève de la fausse démocratisation culturelle ?

Pas plus que la démocratie des clics n’est la démocratie, la culture Google n’est de la culture. Ce n’est même pas de l’information, puisque Internet ne propose pas de critère de fiabilité, comme l’illustre le principe Wikipédia, « l’encyclopédie que chacun peut modifier ».

Google ajoute à la confusion, puisque seule la quantité, c’est-à-dire la doxa multipliée par la doxa, devient un facteur de qualité. Le site qui se retrouve classé premier sur Google est celui vers lequel convergent un maximum de liens et un maximun de clics. Comme si vous disiez qu’être people est l’unique critère culturel.

Vous avez travaillé à partir de la commission Vérité et Réconciliation, créée en 1995 en Afrique du Sud afin de sortir des déchirements de l’apartheid. Permet-elle de réhabiliter la pensée sophistique qui démontre notamment que « dire, c’est faire », et que la parole fabrique du politique ?

La phrase de Desmond Tutu, archevêque anglican de Johannesburg, prix Nobel de la paix, qui a présidé cette commission, pourrait être prononcée par Gorgias : « C’est un lieu commun de traiter le langage comme mots et non comme actes. La Commission n’est pas de cet avis.

Le langage, discours et rhétorique, fait les choses. Il construit la réalité. » La commission Vérité et Réconciliation avait choisi un dispositif de parole dont l’objectif était une fabrication, celle du « peuple arc-en-ciel » (rainbow nation). Les paroles libérées devaient éviter le bain de sang, réconcilier une nation. On ne demandait pas « la vérité », mais « assez de vérité pour ». Or une des caractéristiques de la sophistique est de passer de la bivalence au comparatif relatif. Je m’explique : au lieu de dire, « il y a un vrai et un faux » – principe de non-contradiction – , la sophistique dit qu’il y a du « plus vrai » et du « meilleur pour ». Ce relativisme sophistique bien compris est exprimé par Protagoras, via Platon, dans le Théétète : « Faire passer quelqu’un d’une opinion fausse à une opinion vraie n’est ni à faire ni faisable, mais il s’agit de faire passer quelqu’un d’un état moins bon à un état meilleur. »

La commission Vérité et Réconciliation a dit qu’il y a plusieurs sortes de vérités, en tout cas assez de vérités pour construire un consensus sur un passé commun et ainsi fabriquer un peuple. « Dire, c’est faire », soulignait Austin. Mais aujourd’hui, beaucoup reste à faire en Afrique du Sud, car la commission n’a pas suffi à réparer, et la politique demeure économiquement et socialement très inégalitaire.

Pourquoi le concept d’« intraduisible », que vous utilisez dans le Vocabulaire européen des philosophies, est-il politique ?

Mon seul militantisme politique repose sur la défense des langues européennes. Il provient d’un double refus : d’un côté, celui du globish (global english), cet anglais basique mondialisé qui tend à devenir la seule langue de communication et de transmission ; il ne laisse subsister les autres langues, nos langues maternelles, que comme des dialectes. À côté de la réduction de l’Europe à cette triste alternative, je vise également un ennemi philosophique plus ciblé, disons un heideggérianisme sommaire selon lequel il n’y aurait tout compte fait que deux langues philosophiques : le grec et l’allemand, supposant ainsi que les autres langues ne pensent pas. Entre ces deux refus, celui de l’hégémonie d’une langue de communication et celui du nationalisme ontologique, s’est glissé le Vocabulaire européen des philosophies qui travaille sur les « intraduisibles », non pas ce que l’on traduit pas, mais ce que l’on ne cesse pas de traduire. Comme le linguiste Wilhelm von Humboldt, je crois que les langues sont des filets jetés sur le monde. Avec les 150 collaborateurs de ce dictionnaire, j’ai donc tenté de comparer les différents mondes philosophiques qui s’ouvrent avec la pluralité des langues européennes. Après Babel, avec bonheur ! Prenons un exemple avec les mots « mind », « Geist » et « esprit ». Chacun de ces termes ne dit pas tout à fait la même chose, parce qu’il n’entre pas dans le même type de constellations, de réseaux. Le fait d’avoir en langue anglaise mind et spirit peut conduire, par exemple, à traduire de deux manières différentes la Phénoménologie de l’Esprit de Hegel.

En fonction du choix de traduction, on peut soit faire de Hegel un ancêtre de la « philosophie de l’esprit » et du mental, soit un spiritualiste religieux. Aucune des deux interprétations n’est totalement fausse d’ailleurs, mais on voit bien le pouvoir de la traduction et la complexité différente de chaque langue. Ce dictionnaire prend appui sur les symptômes de différence des langues, de la syntaxe au genre des noms en passant par les ambiguïtés de la sémantique. Car, comme le dit Lacan, « une langue, entre autres, n’est rien de plus que l’intégrale des équivoques que son histoire y a laissé subsister ».

Votre recueil de nouvelles s’intitule Avec le plus petit et le plus inapparent des corps. C’est ainsi que le sophiste Gorgias désigne le logos, le discours, capable d’agir sur les autres en les persuadant, et sur le monde en le fabriquant et le transformant. Comment cette passion du discours traverse-t-elle une vie ?

Il y a des phrases qui m’ont marquée. Certaines n’ont même pas été prononcées, sinon dans mon for intérieur.

J’ai choisi de mettre en récit un certain nombre de ces phrases ou de ces silences et d’en montrer les effets, constitutifs d’une vie. Cette série de courts textes dessine ainsi une ligne de vie, en ses points singuliers et pourtant généralisables. Une vie de femme, avec souci de soi et souci du monde, qui n’a d’autre consistance à son tour, réelle et fictive, que le récit qui en est fait. Cette oeuvre qu’on peut dire littéraire est le bord même de la philosophie. Elle se lit comme un roman ou comme un conte, mais elle est construite pour bousculer les genres littéraires et les disciplines universitaires, plus inclassable qu’une femme-philosophe dans un monde encore et toujours platonico-aristotélicien. C’est une autre modalité de parole que L’Effet sophistique, mais qui dit la même chose. Je me doute bien, après mon essai sur Google, que ces nouvelles vont surprendre. Mais brouiller mon image de philologue, c’est la rendre encore plus exacte.

Pour aller plus loin

Les oeuvres de Barbara Cassin

Avec le plus petit et le plus inapparent des corps (Fayard, 2007) : ce recueil de nouvelles permet d’accéder à son parcours, articulé autour dela philologie, l’amour des langues et des corps, aux marges de la philosophie. La prose simple et violente d’une philosophe libre et sophiste dans un monde d’hommes platoniciens.

L’Effet sophistique (Gallimard, 1995) : cette somme philosophique et philologique met au jour la sophistique, ce spectre qui hante la philosophie depuis ses origines grecques. Dans un ouvrage à l’érudition virtuose, la philosophe montre pourquoi les anciens « maîtres de la Grèce » ont fait trembler les vérités philosophiques.

Vocabulaire européen des philosophies. Dictionnaire des intraduisibles (dir., Seuil/Le Robert, 2004) : dix années de travail, 150 collaborateurs pour dessiner la carte des différences philosophiques européennes.

Google-moi. La deuxième mission de l’Amérique (Albin Michel, 2007) : la charge d’une philologue contre le moteur de recherche américain qui prétend organiser l’information mondiale et combattre le mal, tel George Bush parti en croisade humanitaire et guerrière.

« Vérité, réconciliation, réparation », n° 43 de la revue Le Genre humain (Seuil, 2004) : un numéro codirigé par Barbara Cassin, qui analyse notamment le pouvoir de réparation des mots à l’occasion de la tenue de la commission Vérité et Réconciliation, en Afrique du Sud, document aussi important pour les auteurs que la Constitution d’Athènes d’Aristote ou Du contrat social de Rousseau.

Et aussi Voir Hélène en toute femme, d’Homère à Lacan (Les empêcheurs de penser en rond, 2000) ;

et quelques éditions, traductions et commentaires importants : La Décision du sens. Le livre Gamma de la Métaphysique d’Aristote (avec Michel Narcy, Vrin, 1986) ; Parménide. Sur la nature ou sur l’étant (Seuil, Points-bilingues, 1998) ; Ontologie et Politique. Colloque Hannah Arendt (en collaboration, Tierce deux temps, 1989).

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Élucider, libérer, se connaître, transmettre, prospecter, transformer et réjouir

Posted by Hervé Moine sur 27 février 2011

Pascal Chabot

Les sept stades de la philosophie

PUF

Présentation de l’éditeur

Pourquoi la philosophie ? Que chercher dans cette discipline ? Quel impact peut-elle avoir sur l’existence de celles et ceux qui la pratiquent ? Ce livre enlevé et ciselé, original et éclairant, prend le parti d’affirmer que la philosophie a des fonctions précises qui traversent son histoire et nourrissent ses désirs. Élucider, libérer, se connaître, transmettre, prospecter, transformer et réjouir : telles sont les sept opérations philosophiques majeures, les sept stades de ces étranges jeux où s’affrontent et se révèlent la vie et la théorie.

Pascal Chabot

Pascal Chabot

L’auteur

Pascal Chabot est philosophe.

Né en 1973, il a étudié la philosophie à l’Université de La Sorbonne-Paris I et à l’Université Libre de Bruxelles. Il a consacré sa thèse de doctorat au philosophe Gilbert Simondon et a fait paraître La philosophie de Simondon (Vrin, 2003).

Chargé de recherches au Fonds National de la Recherche Scientifique (1997-2004), il est l’auteur de plusieurs livres et de nombreux articles sur la philosophie contemporaine, l’éthique, l’esthétique et la littérature. En 2006, il rejoint la compagnie de la chorégraphe Michèle Noiret comme conseiller artistique.

En 2008, il publie un essai dans la collection Travaux Pratiques des P.U.F, intitulé Après le progrès.

Pour se procurer Les sept stades de la philosophie

Au sommaire de l’ouvrage

Première partie : Ce que je cherche en philosophie

1. Le jeu de la vie et de la théorie. 2. Eloge funèbre d’une ancienne discipline. 3. Des complices. 4. Les désirs premiers.

Deuxième partie : Sept stades.

1. Elucider. 2. Libérer. 3. Se connaître. 4. Transmettre. 5. Prospecter. 6. Transformer. 7. Réjouir.

Troisième partie : On n’est jamais trop actuel en philosophie.

1. Deux façons de progresser 2. Au-delà des visions.

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Les deux autres ouvrages majeurs de Pascal Chabot

Pascal Chabot et Hottois

Les philosophes et la technique

Vrin

Présentation de l’éditeur

Les études réunies ont été présentées au Colloque International de Bruxelles organisé sous les auspices de la FISP (Fédération Internationale des Sociétés de Philosophie) en 2002 dont le thème a été conservé comme titre du recueil.

L’intention était d’illustrer la manière dont divers philosophes ont traité ou esquivé la question de la technique. L’ampleur du champ, historique et contemporain, interdisait toute exhaustivité. Le dessein était plus anthologique qu’encyclopédique. Les analyses critiques qui composent le volume manifestent l’intérêt de cette approche appliquée à Aristote, Lulle, Salutati, Kant, Kapp, Bergson, Ortega, Schmitt, Jonas, Brun, Arendt, Foucault Simondon, Heidegger, Haraway, Fukuyama.

Et il serait fécond de l’étendre tant il est vrai qu’en notre époque très technologique, poser, aux philosophes qui nous sont les plus familiers, la question du sort qu’ils ont réservé à la technique s’avère riche en enseignements sur eux et pour nous.

Pour se procurer l’ouvrage Les philosophes et la technique

 

 

 

 

 

Pascal Chabot

Après le progrès

PUF

Présentation de l’éditeur

La tyrannie du Progrès, machine à engendrer des croyants puis des désespérés, a été maintes fois dénoncée comme une utopie néfaste (voire catastrophique), et c’est tant mieux. Mais dénoncer le Progrès ne doit pas nous entraîner vers une bien-pensance hypocrite qui nous verrait condamner a priori des progrès enregistrés dans tous les domaines techniques, quand l’homme des temps contemporains en jouit chaque jour. A partir d’une approche philosophique serrée (Francis Bacon, Henri Bergson, Gilbert Simondon…), l’auteur montre que le progrès est proprement vide de sens et qu’il ne tient qu’à l’humanité de le charger de valeur, c’est-à-dire à chaque individu de s’en constituer une conscience propre : tel est l’exigence avancée ici par l’auteur, qui l’illustre par la perception singulière qu’en ont restitué certains auteurs de fiction (Defoe, Baudelaire, Rimbaud, Reverdy…).

Pour se procurer l’ouvrage Après le progrès

 

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Face au chaos, que peut la philosophie ?

Posted by Hervé Moine sur 27 février 2011

« La philosophie ne doit point mourir car sa mort entraînera inévitablement la mort de l’Homme… » telle est la dernière phrase de l’article intitulé « La philosophie aujourd’hui », d’Atmane Bissani, professeur à la faculté des Etudes Françaises Faculté Polydisciplinaire Errachidia, paru dans le journal marocain Libération le 24 février dernier.

Le chercheur universitaire qui a dernièrement publié « L’altérité à travers La Nausée et Huis clos de Jean-Paul Sartre« , pose ici la question de savoir si la philosophie peut encore jouer un rôle aujourd’hui dans un monde qui est proche du chaos. Par un retour à la fonction de la philosophie et notamment l’étude de son rapport à la citoyenneté, il montre qu’elle développe des comportements civiques. Les déroutes que connait le monde aujourd’hui seraient consécutifs justement au recul de la pratique de la philosophie dans la cité. Et plus particulièrement dans le cas du monde arabe, la philosophie est devenue une urgence, aujourd’hui plus que jamais, car elle purifie les esprits et cultive le raisonnement cosmopolite.

Hervé Moine, ActuPhilo

La philosophie aujourd’hui

Article d’Atmane Bissani paru le 24 février 2011 paru dans Libération-Maroc

http://www.libe.ma/Fenetre-La-philosophie-aujourd-hui_a17284.html?print=1

Face au chaos qui commence à régner dans le monde actuel, face à la montée en spirale de la violence de part et d’autre, face aux défis de la mondialisation et face à la logique de la technique qui a participé, d’une part, au/du soulèvement des peuples arabes (Internet) et qui, d’autre part, participe au massacre du peule libyen en ce moment que peut la philosophie ? Quelle leçon peut-elle avancer aux citoyens du monde ?

Fille de la cité, la philosophie avait pour leçon primordiale la civilisation des gens. Elle avait une fonction pédagogique visant la création d’une culture fondée essentiellement sur l’éthique de la discussion. A cet effet, la philosophie apprenait aux Athéniens que la seule et unique manifestation de la civilité de l’individu était sa capacité de débattre de différents sujets dans un climat de controverses garantissant aux orateurs le droit à la différence et à la distinction. Les Athéniens avaient, dès lors, le sentiment d’une citoyenneté sans laquelle leur existence aurait été superfétatoire. Comportement raffiné et civilisé, la citoyenneté était ce miroir au fond duquel se reflétait la maturité de la pensée athénienne et, de là, sa mise en pratique dans les différents contextes de la vie. Aussi le sens de citoyenneté se concrétisait-il chez les Athéniens grâce aux apports de la pensée libre et responsable que déployait la leçon philosophique. De là, à Athènes, la philosophie était pour la citoyenneté ce que l’âme est toujours pour le corps.

S’il en est ainsi, la réflexion sur la leçon de la philosophie, fondement de toute pratique citoyenne, est tellement vaste que nous allons nous contenter de rappeler ici ce qui urge pour notre situation actuelle dans le monde en tant qu’entités radicalement différentes.

Pratiquement, la philosophie, telle qu’elle se conçoit aujourd’hui, est l’art de déconstruire le quotidien, c’est dire le saisir dans son dessaisissement, dans ses lignes de fuites, dans ses métaphysiques, dans ses détails et dans ses contradictions afin de le re-penser et, ipso facto, participer à sa refonte. Un tel re-penser et une telle refonte du quotidien doivent se faire fondamentalement dans un cadre instauré sur le principe de l’espace public qui permet à tout un chacun de contribuer au devenir non seulement de son être, mais aussi de sa cité et de sa communauté à partir de la vision du monde qu’il adopte. Etre citoyen, donc, revient à dire appartenir à une communauté assurant au sujet le droit au dire et au faire loin de toute idéologie de ressentiment ou d’exclusion, c’est pouvoir mettre en exercice son droit d’être tout en reconnaissant le droit d’être des autres. Ce comportement civique doit pratiquement s’apprendre aux citoyens depuis les débuts de leur scolarisation, moment où ils commencent à apprendre leurs différences et leurs particularités. La philosophie, suivant cette logique, apprend aux petites comme aux grandes gens que la citoyenneté est avant tout la dichotomie droit/devoir, certes. Mais, la citoyenneté est aussi la promotion de la culture de pluralité, de diversité et de mansuétude.

La philosophie développe chez les individus un comportement civique qui libère leurs potentialités imaginatives et leur permet de les exposer sans crainte d’autrui. Elle a le mérite de cultiver chez eux la culture de l’Agora et par conséquent la culture de la citoyenneté qui pose que toutes les opinions sont discutables car elles sont humaines et donc leurs vérités, la logique le stipule, sont relatives. La culture de l’Agora, comme comportement policé, tend à rendre universel le sens noble que recèle l’affinité philosophie/citoyenneté. Il s’agit là de réhabiliter les déroutes et les aberrations introduites dans les sociétés humaines suite au malheureux recul qu’a connu la pratique de la philosophie dans la cité actuelle.

Cet état des lieux traduit une exclusive vérité : la récupération de l’essence de la citoyenneté est inhérente à la re-naissance de la leçon de la philosophie. Dans le cas du monde arabe, il faut dire que la philosophie est devenue une urgence aujourd’hui plus que jamais car elle purifie les esprits et cultive le raisonnement cosmopolite. Aucune autre discipline n’est habilitée à remplacer la philosophie. Par contre toutes les autres disciplines ont besoin de la trace de la philosophie pour mieux rayonner. En peu de mots disons ceci : politique, économie, littérature, histoire, etc. en tant que disciplines ne sont possibles que si elles sont fondées sir la logique de la philosophie. La philosophie ne doit point mourir car sa mort entraînera inévitablement la mort de l’Homme…

Jeudi 24 Février 2011 Atmane Bissani Source : http://www.libe.ma

 

L’altérité à travers

La Nausée et Huis clos de

Jean-Paul Sartre

étude analytique

Editions Universitaires Europeennes (décembre 2010)

Pour se procurer L’Altérité à travers la Nausée et Huis Clos de Jean-Paul Sartre

 

Le nouvel ouvrage d’Atmane Bissani : L’Altérité selon l’œuvre sartrienne

« L’altérité à travers La Nausée et Huis clos de Jean-Paul Sartre », est l’intitulé du dernier ouvrage d’Atmane Bissani, enseignant de la littérature française à la faculté polydisciplinaire d’Errachidia, paru fin 2010, en langue française, aux éditions Universitaires Européennes.

L’ouvrage, décliné en 360 pages en format moyen, se propose de revenir sur la philosophie sartrienne, son existentialisme, et ce à partir de l’étude du roman « La Nausée » et de la pièce de théâtre « Huis Clos » du philosophe et écrivain français.

Thème philosophique majeur dans ces deux œuvres, l’Altérité est abordée dans toutes ses facettes. Sartre, étant un adepte de la phénoménologie, y examine l’existence humaine dans ce qu’elle a de plus compliqué et de plus abscons, en l’occurrence son incompréhensibilité et sa complexité. Il s’agit ainsi de repérer les ingrédients de la théorie de l’altérité tels qu’ils étaient étalés, expliqués et analysés par le père de l’existentialisme Jean-Paul Sartre, mais aussi tels qu’ils sont dégagés par l’auteur, à travers une lecture profonde d’une réflexion philosophique singulière.

Jean-Paul Sartre qui se positionne, tour à tour, comme philosophe et écrivain, réunissant ainsi le raisonnement de Spinoza et l’imagination littéraire de Stendhal, est incontestablement l’un des seuils épistémologiques incontournables dans la compréhension des grands tournants ayant traversé et fait l’Histoire du XXe siècle.

Son œuvre, diffuse et confuse, est fondée principalement sur la question de l’être en tant que conscience responsable de sa quiddité et de son devenir. En effet, Sartre interroge la condition d' »être » à partir de la mise en scène de la conscientisation comme moteur de fonctionnement.

« L’on parle de plus en plus de dialogue de cultures et de civilisations, et je pense personnellement que cette thématique relève d’abord d’une réflexion philosophique avant tout, d’où l’impérieuse nécessité de revenir aux sources de cette thématique devant régir les relations entre membres de l’espèce humaine », estime l’auteur de « L’altérité à travers La Nausée et Huis clos de Jean-Paul Sartre ». Atman Bissani n’est pas à son premier jet en la matière, il avait déjà publié en 2009 un ouvrage intitulé « De la Rencontre, essai sur le possible », où il décline, sur une centaine de pages, plusieurs notions liées à l’altérité telles le dialogue, l’entretien, l’échange et l’acculturation, et engageant nécessairement une volonté de s’ouvrir sur l’Autre, « comme il est et non comme on souhaite le voir ».

MAP Samedi 1 Janvier 2011

Source : http://www.libe.ma

 

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Dieu et la science ou Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

Posted by Hervé Moine sur 23 février 2011

Stephen Hawking

et Leonard Mlodinow

Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

Odile Jacob

 

Présentation de l’éditeur

Pourquoi et comment l’Univers a-t-il commencé ? Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Quelle est la nature de la réalité ? Comment expliquer que les lois naturelles soient aussi finement ajustées ? Et nous, pourquoi donc existons-nous ?

Longtemps réservées aux philosophes et aux théologiens, ces interrogations relèvent désormais aussi de la science. C’est ce que montrent ici avec brio et simplicité Stephen Hawking et Leonard Mlodinow, s’appuyant sur les découvertes et les théories les plus récentes, qui ébranlent nos croyances les plus anciennes.

Pour eux, inutile d’imaginer un plan, un dessein, un créateur derrière la nature. La science explique bel et bien à elle seule les mystères de l’Univers.

Des réponses nouvelles aux questions les plus élémentaires : lumineux et provocateur !

Le premier ouvrage important de Stephen Hawking depuis dix ans.

Stephen Hawking a écrit Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ? avec Leonard Mlodinow qui est physicien au California Institute of Technology.

 

Au sommaire de Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

– Le Mystère de l’existence

– Le règne de la loi

– Qu’est-ce que la réalité ?

– Des histoires alternatives

– La théorie du Tout

– Choisissons notre Univers

– Le miracle apparent

– Le grand Dessein

    L’auteur

    Fils du Dr Frank Hawking, un chercheur biologiste, et d’Isobel Hawking, une activiste politique, Stephen Hawking est né le 8 janvier 1942.

    Stephen Hawking est actuellement professeur à l’Université de Cambridge.

    Il est l’auteur d’ « Une brève histoire du temps« , de « Trous noirs et Bébés univers » et de « l’Univers dans une coquille de noix« .

    Les principaux domaines de recherches de Hawking sont la cosmologie et la gravité quantique.

    « À la fin des années 1960, lui et son ami et collègue de Cambridge, Roger Penrose, ont appliqué un nouveau modèle mathématique complexe, qu’ils ont créé à partir de la théorie d’Albert Einstein sur la relativité générale. Cela a conduit Hawking à prouver en 1970 le premier de nombreux théorèmes sur les singularités ; tels les théorèmes capables de fournir un ensemble de conditions suffisantes à l’existence d’une singularité dans l’espace-temps. Ce travail a montré que, loin d’être une curiosité mathématique qui ne figure que dans des cas particuliers, les singularités sont assez génériques dans la relativité générale. » source wikipedia

    Se procurer l’ouvrage de Stephen Hawking et de Leonard Mlodinow Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

     

    Dieu et la science

    Article de Christian Doré à propos de la sortie du livre de Stephen Hawking Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ? paru dans le Figaro le 18 février 2011

    http://www.lefigaro.fr/sciences/2011/02/19/01008-20110219ARTFIG00010-dieu-et-la-science.php

    Y a-t-il un grand architecte dans l’Univers ? Non, répond le célèbre astrophysicien Stephen Hawking dans un livre événement (Odile Jacob) dont Le Figaro Magazine publie des extraits en exclusivité. Une théorie très contestée. Scientifiques, philosophes et croyants lui répondent.

    Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?» La question du philosophe et mathématicien Gottfried Wilhelm Leibniz fera l’actualité dès jeudi prochain avec la sortie en France du dernier livre de l’astrophysicien Stephen Hawking, Y a-t-il un grand architecte dans l’Univers? (Odile Jacob).

    Ce retour sur le devant de la scène d’une interrogation métaphysique remontant au XVIIe siècle peut paraître surprenant. Au-delà d’élever le débat face à nos tracasseries quotidiennes, la fin des soldes ou le casting de la saison 2 de «Masterchef» (TF1), la question s’inscrit dans une tendance qui se fait jour dans la communauté scientifique.

    Stephen Hawking a aujourd’hui une double conviction. Les chercheurs doivent non seulement répondre à la question «Comment l’Univers évolue?» mais aussi à celle-ci: «Pourquoi il y a un Univers?» Il n’est pas le seul à penser ainsi.

    Le pacte qui voulait que les sciences répondent au «comment», laissant les religions régler le problème du «pourquoi», n’aurait plus de raison d’être tant la recherche se frotte aujourd’hui à l’essence même de notre monde. La frontière longtemps respectée est en train de céder en laissant sur le bas-côté les philosophes. Dès le deuxième paragraphe de son introduction, Stephen Hawking leur règle leur compte: «La philosophie est morte, faute d’avoir réussi à suivre les développements de la science moderne, en particulier de la physique»… «Donc… Ça c’est fait!» diraient des ados. Mais le célèbre astrophysicien britannique qui occupe à Cambridge la chaire historique d’Isaac Newton n’en reste pas là. «C’est à la question ultime de la vie, de l’Univers et de Tout, à laquelle nous essaierons de répondre dans cet ouvrage», résume-t-il. On se doutait qu’Hawking n’avait pas pris la plume pour expliciter l’art difficile de trier son linge avant lavage, mais l’entreprise est pour le moins ambitieuse.

    Lors de sa parution dans sa version anglaise (The Grand Design), l’ouvrage a provoqué une levée de boucliers impressionnante. Archevêques anglicans et grand rabbin, évêque catholique ou imam, mais aussi athées intègres lui sont tombés dessus à propos raccourcis. «La physique ne peut pas répondre à elle seule à la question « Pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien »», reprochent certains au cosmologiste cloué par une maladie dégénérative dans un fauteuil roulant depuis ses années universitaires. «Le discours métaphysique vers lequel glisse Hawking n’est pas sérieusement étayé», critiquent d’autres.

    Ses collègues astrophysiciens ne l’épargnent pas non plus. Selon eux, Hawking n’apporte pas de choses nouvelles par rapport à l’un des plus grands succès de la littérature scientifique, Une brève histoire du temps, ouvrage de vulgarisation qu’il a publié en 1989. Voire, il se contredit.

    Il n’empêche, en donnant une réponse intellectuellement séduisante à la création du monde, le livre de Stephen Hawking trouve une résonance toute particulière sur cette éternelle question qui oppose Dieu et les sciences. Selon lui, l’Univers – ou plutôt les Univers – n’ont pas besoin de créateur puisque les lois de la gravitation et celles de la physique quantique fournissent un modèle d’Univers qui se créent eux-mêmes. Cette théorie, appelée M-Théorie, présente tout de même un défaut majeur : elle reste à prouver, ce que reconnaît Stephen Hawking. Autre nuance: elle n’est pas la seule théorie aujourd’hui défendue par les cosmologistes sérieux.

    Dans son Discours sur l’origine de l’Univers (Flammarion), le physicien Etienne Klein rappelle que, à bien les examiner, «les perspectives que nous offre la cosmologie contemporaine sont plus vertigineuses que ce que nous avons imaginé». Il raconte aussi cette anecdote selon laquelle le pape Jean-Paul II, en recevant Stephen Hawking au Vatican, lui aurait déclaré: «Nous sommes bien d’accord, monsieur l’astrophysicien. Ce qu’il y a après le big bang c’est pour vous, et ce qu’il y a avant, c’est pour nous.» C’était sans doute oublier que la curiosité des hommes est sans limite. Dieu n’est dorénavant plus tabou chez les scientifiques, qu’il s’agisse de l’effacer des possibles ou de prouver son existence. Jean Staune est un grand défenseur de ce débat. Ce catholique, professeur et directeur de la collection «Science et religion» des Presses de la Renaissance, a le sens du slogan et affirme que «Dieu revient très fort!» Loin de tuer l’idée d’un dieu, les sciences modernes et les questions qu’elles soulèvent se confrontent de plus en plus à l’hypothèse d’un grand créateur, affirme-t-il. S’il n’adhère pas aux conclusions de Stephen Hawking, il respecte la démarche du savant.

    Les frères Bogdanov, auteurs du best-seller Le Visage de Dieu, surfent aussi sur cette thématique. Le titre de leur ouvrage, inspiré d’un mot de l’astrophysicien George Smoot (prix Nobel) lorsqu’il découvrit les premières images du fond de l’Univers, est explicite. Ces croyants affirment déceler, dans le rayonnement cosmique et le réglage fin de l’Univers, l’existence d’un créateur. Pour son second volet, cette théorie est en partie empruntée à l’astrophysicien américain Trinh Xuan Thuan. Bouddhiste, il défend l’idée d’un principe créateur se manifestant dans les lois physiques de la nature. Cette vision panthéiste est proche de celle de Spinoza ou d’Einstein. «Je crois au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l’ordre harmonieux de ce qui existe, et non en un dieu qui se préoccupe du sort et des actions des êtres humains», écrivait ce dernier en avril 1929 au rabbin Herbert Goldstein de New York.

    Dans les propos, nous voilà bien loin des principes du père du déterminisme scientifique, Laplace. Celui-ci répondit à Napoléon, qui l’interrogeait sur la question de Dieu et de l’Univers: «Sire, je n’ai pas besoin de cette hypothèse.» S’interdisant de s’interdire, des scientifiques du XXIe siècle lui répondent aujourd’hui: une hypothèse plutôt que rien. Stephen Hawking en fait partie.

    Se procurer l’ouvrage de Stephen Hawking et de Leonard Mlodinow Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

    Extraits de Stephen Hawking et de Leonard Mlodinow Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

     

    L’Univers n’a pas besoin de Dieu pour exister

    Extraits choisis par Christophe Doré, article paru dans le Figaro le 18 février 2011

    http://www.lefigaro.fr/sciences/2011/02/19/01008-20110219ARTFIG00001-l-univers-n-a-pas-besoin-de-dieu-pour-exister.php

    Stephen Hawking défend l’idée d’une théorie justifiant une création spontanée de l’Univers.

    Nous ne vivons chacun que pendant un bref laps de temps au cours duquel nous ne visitons qu’une infime partie de l’Univers. Mais la curiosité, qui est le propre de l’homme, nous pousse à sans cesse nous interroger, en quête permanente de réponses. Prisonniers de ce vaste monde tour à tour accueillant ou cruel, les hommes se sont toujours tournés vers les cieux pour poser quantité de questions : comment comprendre le monde dans lequel nous vivons? Comment se comporte l’Univers ? Quelle est la nature de la réalité? D’où venons-nous? L’Univers a-t-il eu besoin d’un créateur? Même si ces questions ne nous taraudent pas en permanence, elles viennent hanter chacun d’entre nous à un moment ou un autre.

    Ces questions sont traditionnellement du ressort de la philosophie. Mais la philosophie est morte, faute d’avoir réussi à suivre les développements de la science moderne, en particulier de la physique. Ce sont les scientifiques qui ont repris le flambeau dans notre quête du savoir. Cet ouvrage a pour but de présenter les réponses que nous suggèrent leurs découvertes récentes et leurs avancées théoriques. L’image qu’elles nous dessinent de l’Univers et de notre place dans ce dernier a radicalement changé ces dix ou vingt dernières années, même si ses premières esquisses remontent à près d’un siècle.

    Dans la conception classique de l’Univers, les objets se déplacent selon une évolution et des trajectoires bien définies si bien que l’on peut, à chaque instant, spécifier avec précision leur position. Même si cette conception suffit pour nos besoins courants, on a découvert, dans les années 1920, que cette image «classique» ne permettait pas de rendre compte des comportements en apparence étranges qu’on pouvait observer à l’échelle atomique ou subatomique. Il était donc nécessaire d’adopter un cadre nouveau: la physique quantique. Les prédictions des théories quantiques se sont révélées remarquablement exactes à ces échelles, tout en permettant de retrouver les anciennes théories classiques à l’échelle du monde macroscopique usuel. Pourtant, les physiques quantique et classique reposent sur des conceptions radicalement différentes de la réalité physique.

    Le libre arbitre

    C’est à Laplace (1749-1827) que l’on attribue le plus souvent la préformulation claire du déterminisme scientifique : si l’on connaît l’état de l’Univers à un instant donné, alors son futur et son passé sont entièrement déterminés par les lois physiques. Cela exclut toute possibilité de miracle ou d’intervention divine. C’est, en fait, le fondement de toute la science moderne et l’un des principes essentiels qui sous-tendent cet ouvrage. Une loi scientifique n’en est pas une si elle vaut seulement en l’absence d’une intervention divine. On rapporte que Napoléon, ayant demandé à Laplace quelle était la place de Dieu dans son schéma du monde, reçut cette réponse: «Sire, je n’ai pas besoin de cette hypothèse.»

    Les hommes vivant dans l’Univers et interagissant avec les autres objets qui s’y trouvent, le déterminisme scientifique doit également s’appliquer à eux. Nombreux sont cependant ceux qui, tout en admettant que le déterminisme scientifique régit les processus physiques, voudraient faire une exception pour le comportement humain en raison de l’existence supposée du libre arbitre. Ainsi Descartes, afin de préserver ce libre arbitre, affirmait-il que l’esprit humain différait du monde physique et n’obéissait pas à ses lois. Selon lui, toute personne était composée de deux ingrédients, un corps et une âme. Tandis que les corps n’étaient rien d’autre que des machines ordinaires, les âmes échappaient, elles, à la loi scientifique. Descartes, féru d’anatomie et de physiologie, tenait un petit organe situé au centre du cerveau, la glande pinéale, pour le siège de l’âme. Selon lui, toutes nos pensées prenaient naissance dans cette glande qui était la source de notre libre arbitre.

    Les hommes possèdent-ils un libre arbitre ? Si c’est le cas, à quel moment est-il apparu dans l’arbre de l’évolution? Les algues vertes ou les bactéries en possèdent-elles ou bien leur comportement est-il automatique, entièrement gouverné par les lois scientifiques ? Ce libre arbitre est-il l’apanage des seuls organismes multicellulaires ou bien des seuls mammifères? On peut croire que le chimpanzé fait preuve de libre arbitre lorsqu’il choisit d’attraper une banane, ou encore le chat quand il lacère votre divan, mais qu’en est-il du ver nématode Caenorhabditis elegans, créature rudimentaire composée de 959 cellules ? (…)

    Bien que nous pensions décider de nos actions, notre connaissance des fondements moléculaires de la biologie nous montre que les processus biologiques sont également gouvernés par les lois de la physique et de la chimie, et qu’ils sont par conséquent aussi déterminés que les orbites des planètes. Des expériences menées récemment en neurosciences viennent nous conforter dans l’idée que c’est bien notre cerveau physique qui détermine nos actions en se conformant aux lois scientifiques connues, et non quelque mystérieuse instance qui serait capable de s’en affranchir. Une étude réalisée sur des patients opérés du cerveau en restant conscients a ainsi pu montrer qu’on peut susciter chez ceux-ci le désir de bouger une main, un bras ou un pied, ou encore celui de remuer les lèvres et de parler. Il est difficile d’imaginer quel peut être notre libre arbitre si notre comportement est déterminé par les lois physiques. Il semble donc que nous ne soyons que des machines biologiques et que notre libre arbitre ne soit qu’une illusion.

    La théorie ultime du Tout

    On peut formuler les théories quantiques de bien des façons, mais celui qui en a donné la description la plus intuitive est sans doute Richard (Dick) Feynman, personnage haut en couleur qui travaillait au California Institute of Technology le jour et jouait du bongo dans une boîte à strip-tease la nuit. D’après lui, un système n’a pas une histoire unique, mais toutes les histoires possibles. Pour tenter de répondre aux questions formulées plus haut, nous expliciterons l’approche de Feynman et nous l’utiliserons afin d’explorer l’idée selon laquelle l’Univers lui-même n’a pas une seule et unique histoire ni même une existence indépendante. Elle peut sembler radicale même pour nombre de physiciens et, de fait, elle va, comme beaucoup de notions courantes aujourd’hui en science, à l’encontre du sens commun. (…)

    On dispose aujourd’hui d’une prétendante au titre de théorie ultime du Tout, si elle existe. Baptisée «M-Théorie», elle peut apporter des réponses à la question de la création. Pour elle, non seulement notre Univers n’est pas unique, mais de nombreux autres ont été créés à partir du néant, sans que leur création ne requière l’intervention d’un être surnaturel ou divin. Ces Univers multiples dérivent de façon naturelle des lois de la physique. Ils représentent une prédiction scientifique. Chaque Univers a de nombreuses histoires possibles et peut occuper un grand nombre d’états différents longtemps après sa création, même aujourd’hui. Cependant, la majorité de ces états ne ressemblent en rien à l’Univers que nous connaissons et ne peuvent contenir de forme de vie. Seule une poignée d’entre eux permettraient à des créatures semblables à nous d’exister. Ainsi, notre simple présence sélectionne dans tout l’éventail de ces Univers seulement ceux qui sont compatibles avec notre existence. Malgré notre taille ridicule et notre insignifiance à l’échelle du cosmos, voilà qui fait de nous en quelque sorte les seigneurs de la création.

    L’origine des temps

    La question de l’origine des temps est en quelque sorte analogue à celle du bord du monde. A l’époque où on pensait que le monde était plat, certains ont dû se demander si la mer tombait en arrivant au bord. L’expérience a permis de répondre à cette question: il était possible de faire le tour du monde sans tomber. La question du bord du monde a en réalité été résolue lorsqu’on a compris que la Terre n’était pas une assiette plate, mais une surface courbée. Le temps, en revanche, nous apparaissait comme une voie de chemin de fer. Si commencement il y avait, il avait bien fallu quelqu’un (autrement dit Dieu) pour lancer les trains. Même après que la relativité générale eut unifié temps et espace en une seule entité appelée espace-temps, le temps continuait de se distinguer de l’espace : soit il avait un commencement, soit il existait depuis toujours. En revanche, dès qu’on incorpore les effets quantiques dans la théorie relativiste, dans certains cas extrêmes la courbure peut être si intense qu’elle amène le temps à se comporter comme une dimension supplémentaire d’espace.

    Dans l’Univers primordial si concentré qu’il était régi à la fois par la relativité générale et la physique quantique coexistaient effectivement quatre dimensions d’espace et aucune de temps. Cela signifie que, lorsque nous parlons de « commencement » de l’Univers, nous éludons habilement un subtil problème: aux premiers instants de l’Univers, le temps tel que nous le connaissons n’existait pas! De fait, nous devons admettre que notre conception familière de l’espace et du temps ne s’applique pas à l’Univers primordial. Cela échappe peut-être à notre entendement ordinaire, mais pas à notre imagination ni à nos mathématiques. Pour autant, si les quatre dimensions se comportent dans cet Univers naissant comme des dimensions d’espace, qu’advient-il du commencement des temps? (…) Lorsqu’on combine relativité générale et physique quantique, la question de ce qu’il y avait avant le commencement de l’Univers perd tout sens. Ce concept consistant à voir les histoires possibles comme des surfaces fermées sans frontière porte le nom de condition sans bord.

    Au cours des siècles, nombreux ont été ceux qui, tel Aristote, ont cru que l’Univers était présent depuis toujours, évitant ainsi d’affronter l’écueil de sa création. D’autres au contraire ont imaginé qu’il avait eu un commencement, utilisant cet argument pour prouver l’existence de Dieu. Comprendre que le temps se comporte comme l’espace permet de proposer une version alternative. Celle-ci, écartant l’objection éculée qui s’oppose à tout commencement de l’Univers, s’en remet aux lois de la physique pour expliquer cette création sans recourir à une quelconque divinité.

    Extraits choisis par Christophe Doré, du Figaro

    Se procurer l’ouvrage de Stephen Hawking et de Leonard Mlodinow Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?


    Un peu de lecture sur Dieu et la Science

    On ne peut pas ne pas remarquer la multiplicité des ouvrages sur la question du débat entre Dieu et la Science aujourd’hui. L’ouvrage de Stephen Hawking et de Leonard Mlodinow Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ? nous donne justement d’évoquer les publications sur le sujet. Nous ne citerons que quelques ouvrages parmi bien d’autres. Nous commencerons par le plus ancien, celui de le l’échange entre Jean Guitton et les frères Bogdanov dans Dieu et la science (1991) réédité en format de poche en 2004, les frères Bogdanov ayant dernièrement en 2010 publié un Visage de Dieu. On évoquera un dialogue entre la science et la religion au sujet du créationnisme et du matérialisme que l’on retrouve dans un ouvrage de Bertrand Souchard et de Jean-Michel Maldamé paru également en 2010 Dieu et la science en questions, et, la même année, toujours ce même thème un ouvrage de la philosophe Véronique Le Ru La Science et Dieu La science et Dieu. Enfin dans un échange dans lequel se livrent un philosophe athée André Comte Sponville, un scientifique matérialiste Guillaume Lecointre et un théologien jésuite François Euvé sur la question de Dieu et la science (2011). Cette liste d’ouvrage est loin d’être exhaustive.

    Jean Guitton

    Grichka Bogdanov

    Igor Bogdanov

    Dieu et la science

    Grasset

    Présentation de l’éditeur

    A-t-on le droit, à la fin du XXe siècle, de penser ensemble Dieu et la science ? De dépasser le vieux conflit entre le croyant – pour qui Dieu n’est ni démontrable, ni calculable – et le savant – pour qui Dieu n’est même pas une hypothèse de travail ?

    Tel est, en tout cas, l’enjeu de ce livre qui, de ce fait, s’autorise d’une évidence : aujourd’hui, la science pose des questions qui, jusqu’à une date récente, n’appartenaient qu’à la théologie ou à la métaphysique.

    D’où vient l’univers ? Qu’est-ce que le réel ? Quels sont les rapports entre la conscience et la matière ? Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?

    De ce fait, tout se passe comme si l’immatérialité même d’une transcendance devenait l’un des objets possibles de la physique. Comme si les mystères de la nature relevaient, également, d’un acte de foi. Jean Guitton, Igor et Grichka Bogdanov ont ainsi voulu transformer l’ancien conflit du croyant et du savant en un débat essentiel.

    A travers l’échange de leurs arguments, de leurs interrogations, c’est bien de l’homme et de sa place dans l’univers qu’il est ici question.

    Se procurer l’ouvrage de Jean Guitton Dieu et la science

     

     

    Bertrand Souchard

    Jean-Michel Maldamé

    Dieu et la science en questions

    Ni créationnisme ni matérialisme

    Presses de la Renaissance

    Présentation de l’éditeur

    La science peut-elle tout expliquer ? Le big bang, est-ce la création ? L’animal a-t-il une conscience? La violence potentielle de l’homme. est-elle exacerbée par la religion? Pourquoi faudrait-il être contre le clonage humain ? Dans un langage accessible à tous, Bertrand Souchard, philosophe et théologien, répond avec précision et pédagogie à 28 questions fondamentales sur Dieu, la science et la nature, les classant selon cinq grands thèmes: La nature physique : la création et l’univers; La nature vivante : Dieu et Darwin ; La connaissance de la nature: la foi et la science; La nature de l’homme: image de Dieu et descendant du singe; La nature du bien humain: l’éthique et la technique. La science, la théologie et la philosophie ont leur autonomie et leur légitimité propres dans l’explication du réel et du sens de la vie. L’auteur a pris soin d’éviter la confusion des genres et de respecter la spécificité de chacune tout en engageant un dialogue passionnant et passionné entre les trois, aussi éloigné du créationnisme que du matérialisme. Fruit de longues années d’études approfondies et de recherches validées par une dizaine de scientifiques et philosophes, cet ouvrage de fond est une somme objective et claire, essentielle au dialogue entre la science et la religion.

    Bertrand Souchard

    Bertrand Souchard, né en 1965, est docteur en philosophie et maître en théologie. Professeur de philosophie au lycée Ampère et à l’Université catholique de Lyon, chargé de cours de philosophie de la nature, il est notamment l’auteur d’Aristote, de la physique à la métaphysique (Editions universitaires de Dijon, 2003) et de 42 questions sur Dieu (Salvator, 2007).

    Se procurer l’ouvrage de Bertrand Souchard Dieu et la science en questions

     

    Igor et Grichka Bogdanov

    Robert W. Wilson

    Le visage de Dieu

     

    Présentation de l’éditeur

    Le « visage de Dieu » ? C’est l’expression qu’utilisa l’astrophysicien Georges Smoot (prix Nobel 2006) lorsque le 23 avril 1992, il réussit, grâce au satellite COBE, à prendre des photos de la naissance de l’univers tel qu’il émergeait des ténèbres cosmiques tout juste 380 000 ans après le Big Bang.

    Depuis, cette expression a fait le tour du monde, déclenché la fureur des scientifiques, et bouleversé les croyants. Mais, par delà ces quelques mots, quel est le fabuleux secret qui se cache derrière le « bébé univers » ? Pourquoi Smoot y a-t-il vu le « Visage de Dieu » ?

    Ce livre – nourri des formidable attentes suscitées par le nouveau satellite Planck lancé le 14 mai 2009 – s’approche, comme jamais, de ce mystère suprême : l’instant même de la Création.

    Trois des héros de cette fantastique aventure – Jim Peebles (prix Craaford d’Astronomie 2005), Robert W. Wilson (Prix Nobel 1978) et John Matters (Prix Nobel 2006) – ont postfacé cet ouvrage au fil duquel on s’avisera que la science, parfois, se confond avec la plus haute spiritualité.

    Se procurer l’ouvrage des frères Bogdanov Le visage de Dieu

     

     

     

     

    André Comte-Sponville

    François Euvé

    Guillaume Lecointre

    Dieu et la science (février 2011)

    Les Presses de l’ENSTA

     

    Présentation de l’éditeur

     » Qu’est-ce que la vie ? « 

     » Qu’est-ce que l’homme ? « 

     » D’où vient l’univers ? « 

    Il est longtemps allé de soi que ces questions, purement métaphysiques, relevaient de la religion. Mais la science ne cesse de repousser les limites du mystère… Certains y voient la preuve que Dieu n’existe pas – ou qu’au contraire, il se cache derrière les équations. Quelles questions est-on fondé à poser à la science ? Quelles interrogations ne concernent que la religion ? Quelles portes peut-on ouvrir entre les deux sans les dénaturer ?

    Plus qu’à un échange de points de vue, c’est à une mise au point nécessaire que se livrent ici un philosophe athée, un scientifique matérialiste et un théologien jésuite.

    Les auteurs

    André Comte-Sponville est philosophe.

    François Euvé est prêtre jésuite et théologien au Centre Sèvres.

    Guillaume Lecointre est systématicien au Muséum national d’Histoire naturelle.

    Se procurer l’ouvrage d’André Comte-Sponville Dieu et la science

     

    Véronique Le Ru

    La science et Dieu

    Entre croire et savoir (octobre 2010)

    Vuibert ADAPT-SNES

    Présentation de l’éditeur

    Pourquoi s’intéresser aujourd’hui au problème de la science et de Dieu ? Pourquoi revenir au moment où les savants ont remplacé la question traditionnelle des causes filiales – pourquoi tel phénomène ? – par la question des causes efficientes : comment se produit tel phénomène ? La nature est  » objective  » et non pas projective  » ; et c’est objectivement que la science doit enquêter. Tel est l’énoncé du postulat d’objectivité. Formulé par Galilée et Descartes au XVIIe siècle, il a libéré la science du joug de la théologie et de la religion.

    Si l’on considère l’ampleur du mouvement créationniste qui veut actuellement s’immiscer dans l’enseignement des sciences autant que dans la théorie et la pratique scientifiques, il est important de rappeler que la science d’un côté et, de l’autre, le domaine de la foi et de l’idéologie, ont des droits séparés.

    Revenir au moment de la formulation du postulat d’objectivité pour enquêter sur la manière dont la science s’est construite par l’affirmation de son autonomie et de son indépendance à l’égard de toute référence à Dieu, c’est là un moyen utile pour contrecarrer toute tentative de brouiller les cartes entre croire et savoir.

    L’auteur

    Ancienne élève de l’Ecole normale supérieure de Saint-Cloud, agrégée de philosophie, Véronique le Ru est maître de conférence habilitée en philosophie à l’Université de Reims.

    Elle est déjà l’auteur de plusieurs ouvrages publiés aux éditions du CNRS ainsi que chez Vrin, Vuibert et Larousse. Dans la collection GF-Flammarion « , elle a procuré l’édition critique du Philosophe ignorant de Voltaire.

    Se procurer l’ouvrage de Véronique Le Ru La science et Dieu


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