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Posts Tagged ‘responsabilité’

Lecture critique du Principe Responsabilité de Hans Jonas

Posted by Hervé Moine sur 5 février 2011

Principe responsabilité ou principe espérance (2011)

d’Arno Münster

Collection « Les voies du politique aux « Editions Le Bord de l’eau

Présentation de l’éditeur

Si Hans Jonas occupe une place si importante dans la pensée du XXIe siècle, c’est parce que sa réflexion écologique et éthique porte sur des points sensibles de l’évolution de notre civilisation technologique. Fondé sur une  » heuristique de la peur « , à savoir l’anticipation de la menace que comporte le développement des technologies de pointe pour la survie même de l’humanité, le  » tractatus technologico-ethicus  » que Jonas propose dans Le Principe responsabilité (1979), a pour objectif de construire une éthique nouvelle adaptée aux problèmes réels de notre époque ; une éthique non seulement de la sagacité, mais aussi de la responsabilité et du respect du prochain, d’une éthique défiant la résignation positiviste de la philosophie contemporaine. Le succès qu’à connu ce livre et l’accueil plutôt positif qui lui avait été réservé, notamment dans les milieux écologistes, ne devrait pas cependant dissimuler le fait que la confrontation systématique que cherche ici Jonas avec l’idéal utopique, la pensée utopique en général, et avec le marxisme en particulier, qui aurait  » élevé l’utopie au rang d’un but explicite « , ne fait pas unanimité. C’est pourquoi la lecture critique du Principe Responsabilité que propose ce livre a pour but de questionner les jugements critiques et parfois excessifs formulés par Jonas à l’encontre d’Ernst Bloch, le philosophe (marxiste) de l’espérance et de l’utopie concrète. En prolongeant ces réflexions vers l’oeuvre encore mal connue en France de Günther Anders, mais aussi vers Hannah Arendt, Theodor W. Adorno ou André Gorz, le livre veut reposer la question du lien entre critique de la civilisation technologique, marxisme et utopie.

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Biographie de l’auteur

Arno Münster, philosophe franco-allemand, maître de conférences émérite de philosophie à l’Université de Picardie Jules Verne d’Amiens, est l’auteur de nombreux ouvrages. Il a récemment publié L’utopie concrète d’Ernst Bloch. Une biographie, Kimé, 2001 ; Sartre et la praxis, L’Harmattan, 2005 ; Sartre et la morale, L’Harmattan. 2007 ; Hannah Arendt, contre Marx ? Hermann, 2008 ; Adorno, une introduction. Hermann, 2009, et André Gorz ou le socialisme difficile, Lignes, 2008.

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Environnement : pragmatisme écologique ou l’émergence de nouvelles pratiques morales et politiques

Posted by Hervé Moine sur 4 février 2011

Emilie Hache

Ce à quoi nous tenons

Propositions pour une écologie pragmatique

Les empêcheurs de tourner en rond : La Découverte

Présentation de l’éditeur

La crise écologique est tout à la fois une crise scientifique, politique et morale. Il suffit de penser à la réaction suscitée chez des millions de gens par les abattages d’animaux d’élevages lors de la maladie de la vache folle, ou à la crainte partagée par de plus en plus de monde à l’égard des générations futures concernant l’état du monde que nous sommes en train de leur laisser. C’est dire aussi que l’eau que nous buvons, l’air que nous respirons, les forêts qui nous entourent ne sont plus des ressources inépuisables parce qu’ils ne sont plus non plus des ressources tout court, au sens de simples moyens mais exigent aujourd’hui d’être traités comme des fins. Comment définir alors notre responsabilité morale dans cette recomposition du monde ? Il nous faut pour cela apprendre à parler aussi bien (aussi sérieusement) de l’hypothèse Gaïa que de l’effet de serre, des OVNI que des trous noirs, mais aussi du Gange, mère sacrée des Indiens que d’une manifestation sociale. Une des façons d’y arriver passe par la construction d’une différence entre des propositions morales et des positions moralistes, les premières cherchant à prendre soin de ce à quoi nous tenons, tandis que les secondes au contraire justifient les pires décisions sous couvert de bonnes intentions. La philosophie pragmatique est ici un recours car elle est une pensée du monde en train de se faire. Face à cette crise, il ne s’agit pas en effet de dire ce qu’il faudrait faire mais d’essayer de décrire au mieux ce que les gens font, non de prescrire ce qu’il faut changer dans nos modes de vie, mais d’accompagner les changements en train de se produire.

De fait, ce livre cherchera à rendre compte de l’émergence de nouvelles pratiques indissociablement morales et politiques. Et ces expérimentations, amenant les acteurs concernés à « se mêler de ce qui n’est pas censé nous regarder », nous donnent quelques raisons d’espérer.

Pour se procurer l’ouvrage d’Emilie Hache Ce à quoi nous tenons : Propositions pour une écologie pragmatique

Table des matières

Introduction

Crises écologiques / Hériter d’une histoire européenne / Une responsabilité écologique pragmatique

I / Faire une différence

1. Changer de question : Une responsabilité morale « écologisée » – Réouvrir la question des fins – Répondre à des appels – Changer de question

2. Comment répondre ? Une nouvelle figure du philosophe moral – Relativiser – Faire appel à l’expérience – Élaborer des compromis /Maintenir « portes et fenêtres ouvertes »

II / Se mêler de ce qui n’est pas censé nous regarder

3. « Crise des valeurs ? Non, crise des faits ! » Qui compose notre collectif ? – Un compromis moral à inventer – Une figure de la nature imprévisible et indifférente : Gaïa – Une insurmontable faute logique ?

4. Moraliser l’économie ? « Pas en son nom », mais pas sans elle – Internaliser l’écologie = moraliser l’économie ? – Évaluer le « prix juste » – Le calcul de la surpopulation – Annexe. Shallow /deep ecology : une polémique française

Une situation tragique

III / Composer un monde commun

5. Changer de temporalité : (re)faire attention à l’avenir / Éthique de la responsabilité versus éthique du progrès – Réexpérimenter un souci pour l’avenir – Les scénarios : un lieu de cohabitation entre les générations ? – Une responsabilité morale hyperbolique

6. Écologies politiques : Réarticuler la politique et la morale – L’émergence de nouveaux publics – La proposition de responsabilité partagée face à l’épidémie de sida – Cultiver une intelligence collective – Reclaiming Commons

Ralentir / Dogville, ou le récit d’une hospitalité ratée

Bibliographie

Pour se procurer l’ouvrage d’Emilie Hache Ce à quoi nous tenons : Propositions pour une écologie pragmatique

 

Biographie de l’auteur

Emilie Hache est philosophe, maître de conférences à l’université Paris Ouest-Nanterre.

Pour se procurer l’ouvrage d’Emilie Hache Ce à quoi nous tenons : Propositions pour une écologie pragmatique

 

Critique

« Ce à quoi nous tenons Propositions pour une écologie pragmatique », d’Emilie Hache : pour une morale écologique

Article de Hervé Kempf paru dans le Monde des Livres, le 3 février 2011

http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/02/03/ce-a-quoi-nous-tenons-propositions-pour-une-ecologie-pragmatique-d-emilie-hache_1474363_3260.html

Comment penser la morale en temps de crise écologique – qui est à la fois scientifique, politique et morale – sans verser dans le moralisme ? Est-il même possible de définir une morale écologique ? La philosophe Emilie Hache tente de répondre à ces questions, dans un travail rapprochant les inspirations du philosophe allemand Hans Jonas (1903-1993) et du sociologue Bruno Latour.

Le premier, rappelle l’auteur, « a découvert une autre dimension de la morale », en explorant les nouvelles responsabilités que la puissance de l’action humaine générait à l’égard des générations futures. Quant à Bruno Latour, il a montré que l’écologie n’était pas un problème de « nature », parce que ce que les Occidentaux appellent, depuis Descartes, la nature, ne peut pas être pensé indépendamment des relations que les humains établissent avec les non-humains.

Le propos d’Emilie Hache est de se dégager de la « deep ecology » (écologie profonde), qui présente la nature comme une valeur en soi, sans retomber dans la schizophrénie moderniste, qui oppose humains et nature, et ne pense celle-ci que de façon utilitaire. Pour ce faire, l’auteur « emprunte » à l’écologie « son idée centrale de relation entre les êtres » et entreprend une « écologisation de la morale », soit une morale qui cherche à prendre en compte les associations d’êtres qui composent notre collectif .

Ainsi, ceux qui composent ce que nous appelons encore « nature » trouvent leur valeur par la relation qu’ils nouent avec les humains. De cette relation – dans laquelle les humains écoutent les non-humains, mais où ceux-ci se manifestent aussi à l’entendement humain – découle la responsabilité morale, puisque « selon l’étymologie de ce mot, on devient responsable en répondant à quelqu’un/quelque chose ».

La démarche d’Emilie Hache est intéressante. Pourtant, elle peine à convaincre. Sans doute parce que, impressionnée par les auteurs sur lesquels elle s’appuie – Jonas, Latour, mais aussi John Dewey, Jacques Derrida, Jean-Pierre Dupuy, Donna Haraway, etc. -, Emilie Hache ne forme pas une pensée achevée.

Elle évite aussi les questions que suscitent les thèmes abordés ici : on attendrait par exemple d’une philosophe qu’elle explique pourquoi elle récuse l' » opposition entre les éthiques animale et environnementale », ou qu’elle évoque la question métaphysique que suggère « l’hypothèse Gaïa » développée par James Lovelock, et qui considère la biosphère comme un tout maintenant spontanément la vie.

Des maladresses affaiblissent aussi le propos, comme de noter qu’on trait les vaches cinq fois par jour, que « c’est lors d’un voyage spatial pour chercher la vie sur Mars que Lovelock s’est intéressé à la vie sur Terre », ou quand les externalités économiques sont présentées comme « notamment composées de ce qu’on appelle communément les ressources naturelles ».

Ce livre n’en demeure pas moins suggestif, quoique modeste dans sa démarche, s’il est vrai que « la tâche du philosophe moral est (…) d’accompagner, de rendre compte des événements moraux ».

Hervé Kempf

Pour se procurer l’ouvrage d’Emilie Hache Ce à quoi nous tenons : Propositions pour une écologie pragmatique

 

 

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De la responsabilité à la décision et au mal

Posted by Hervé Moine sur 8 avril 2010

Journées d’études

Stoïciens et Augustin


Michel FATTAL organise à l’Université de Grenoble II, dans le cadre des Séminaires de Master, du Groupe de Recherches « Philosophie, Langages et Cognition », et des échanges européens Erasmus, deux Journées d’Etudes :

Professeur invité : Stefano MASO, de l’Université Ca’Foscari de Venise, présentera les deux conférences suivantes :

  • Le jeudi 22 avril de 14 h à 17 h, à l’Amphi de l’ARSH 1, du Domaine Universitaire : « Le problème de la responsabilité dans la philosophie stoïcienne ».
  • Le vendredi 23 avril de 14 h à 17 h, à l’Amphi de l’ARSH 1, du Domaine Universitaire : « Augustin et le De libero arbitrio : le problème de la décision et du mal ».

L’entrée est libre

Arrêt du Tramway : « Bibliothèque Univesitaire »

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Choisit-on sa vie ?

Posted by Hervé Moine sur 10 novembre 2009

Conférence

Samedi 14 novembre 2009 à 17h15

Médiathèque de Toul (Meurthe-et-Moselle)

Choisit-on sa vie?

par Florence Grumillier, agrégée de philosophie

conférence qui sera suivie d’un débat


hans baldung

Hans Baldung, les trois âges de la vie

Voir le site de Florence Grumillier

http://www.philoflo.fr/index.html

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Philosopher près des malades. Réintégrer la dimension du « vulnérable », de la souffrance ou de l’absence

Posted by Hervé Moine sur 10 novembre 2009

Il n’est point besoin d’insister sur l’importance de cette valeur qu’est l’autonomie. L’éducation vise l’autonomie, éduquer c’est apprendre l’autonomie. Etre adulte c’est être autonome, physiquement, intellectuellement et moralement. Mais comment penser cette autonomie lorsqu’on est malade, handicapé ou vieux ? A défaut de présenter un dossier sur ce sujet, nous proposons ici, un colloque, Grandeur et leurres de l’autonomie, pour une prise en compte de la vulnérabilité qui aura lieu samedi 21 novembre prochain au centre de Sèvres à Paris et un ouvrage, celui de Corine Pelluchon, philosophe, spécialiste de la question de l’autonomie, La Raison du sensibles, entretiens autour de la bioéthique.

Hervé Moine

sèvres

samedi 21 novembre 2009

De 9 h 15 à 12 h 30 et de 14 h à 17 h 30

COLLOQUE : Grandeur et leurres de l’autonomie

Pour une prise en compte de la vulnérabilité

Colloque est organisé en collaboration avec la Maison Médicale Jeanne Garnier


L’autonomie a une place centrale parmi les valeurs de notre temps. Une école bioéthique américaine avait même fait du « principe d’autonomie », compris comme « principe d’autodétermination », le cœur de l’éthique biomédicale. C’était oublier la vulnérabilité qu’entraîne la maladie chez l’être humain, et mettre en doute la pleine humanité de ceux dont les capacités de décision personnelle sont plus ou moins défaillantes.

Nous désirons tous être et demeurer autonomes, ne pas dépendre d’autrui dans les gestes de la vie quotidienne, ni subir ses décisions. L’autonomie a acquis une place centrale parmi les valeurs de notre culture. Les professionnels de la santé n’ont donc pas à décider seuls, sans avoir recueilli le consentement du malade. Leur mission comprend les efforts à déployer pour rendre une certaine indépendance et une capacité de décision à ceux-là même dont l’autonomie aurait été diminuée par une maladie, un handicap ou par l’âge.
Un individualisme croissant ainsi que des réactions de méfiance envers un corps médical jugé lointain ont conduit il y a trente ans une école américaine à prôner comme règle majeure d’éthique biomédicale un « principe
d’autonomie » compris comme principe « d’autodétermination ». Cette école a su évoluer, mais elle est encore souvent comprise de manière simpliste : en matière sanitaire, ce serait au malade de prendre, seul, les décisions
le concernant. C’est oublier la vulnérabilité qu’entraîne la maladie chez l’être humain, mettre en doute la pleine humanité de ceux dont les capacités de décision personnelle sont défaillantes, et alimenter sans retenue toutes
formes de revendications individuelles.

Il importe donc aujourd’hui de revisiter la notion d’autonomie, de l’éclairer par la vulnérabilité qui fait partie de la condition humaine. Cela pour mieux comprendre le soin et la sollicitude dus à autrui, et mieux saisir que ce qu’il y a d’ humain en l’homme ne se réduit pas à sa capacité d’autodétermination.

=> S’inscrire si possible avant le 15 novembre.

Renseignements et inscriptions

Centre Sèvres
35bis, rue de Sèvres – 75006 Paris
Tél. : 01 44 39 75 00
Fax : 01 45 44 32 06
www.centresevres.com

A noter au programme de ce colloque :

  • Bioéthique et « principe d’autonomie » par P. Patrick VERSPIEREN, Responsable du Département d’éthique biomédicale du Centre Sèvres
  • Place de l’autonomie dans les valeurs de notre société par Jean-Louis SCHLEGEL, Sociologue, Conseiller de la direction de la revue Esprit
  • L’autonomie : une liberté en relation par Agata ZIELINSKI, Professeur de philosophie, Bénévole à la Maison Médicale Jeanne Garnier
  • Accepter nos impuissances, construire notre autonomie par Nicole FABRE, Psychanalyste, Psychothérapeute, Professeur au Centre Sèvres
  • Promouvoir l’autonomie dans des contextes de grande vulnérabilité par le Dr Marie-Sylvie RICHARD, Médecin, Responsable scientifique de l’organisme de formation continue lié à la Maison Médicale Jeanne Garnier, Membre du Département d’éthique biomédicale du Centre Sèvres
    • Lorsque l’on est atteint de mucoviscidose, une projection vidéo de l’interview d’une malade
    • Lorsque l’enfant est porteur de handicap par Michèle de PORTZAMPARC, Mère d’un enfant handicapé, Membre de la fraternité Foi et Lumière
    • Dans un service de gériatrie par Soeur NATHANAËLLE, Diaconesse de Reuilly, Formatrice à l’accompagnement des personnes en fin de vie
    • Dans une unité de soins palliatifs par Anne-Christine MERMET, Infirmière à la Maison Médicale Jeanne Garnier
    • Du principe d’autonomie à une éthique de la vulnérabilité par Corine PELLUCHON, Philosophe, Maître de conférences à l’Université de Poitiers

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Philosopher près des malades : la philosophie, « indispensables à la conduite de notre vie »

Un article intéressant paru dans le monde du critique Nicolas Weill à propos de la publication du livre de Corine Pelluchon, La Raison du sensible. Entretiens autour de la bioéthique, chez Artège, Corine Pelluchon intervenant dans le colloque sur le principe d’autonomie et sur l’éthique de la vulnérabilité.

pelluchon bioéthique

« La Raison du sensible. Entretiens autour de la bioéthique », de Corine Pelluchon : philosopher près des malades

LE MONDE | 09.11.09 | 15h43

Si le nom de Corine Pelluchon s’est imposé dans les domaines de la bioéthique, c’est parce que cette philosophe de l’université de Poitiers incarne une position originale entre deux camps qui s’affrontent dans ce champ ouvert depuis les années 1970, en réaction à une certaine « toute puissance » prêtée naguère au corps médical. Renvoyant dos-à-dos l' »éthique minimaliste » qui se fonde sur la demande de droit des individus et son contraire, l' »éthique maximaliste » (pour qui les préceptes religieux ou moraux s’imposent), elle opte pour la troisième voie, l’« éthique de la vulnérabilité ». D’où ce livre destiné au grand public qui fait suite à son Autonomie brisée (PUF, 316 p., 35 euros).

Corine Pelluchon y évoque l’itinéraire intellectuel qui l’a conduite à l’observation des pratiques médicales, notamment en fréquentant le service du professeur Puybasset à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Sa méthode ne consiste pas à rechercher les normes et les valeurs qui sous-tendent nos sociétés démocratiques dans le ciel des idées ni dans le caprice de chacun. Elle s’efforce plutôt de les faire émerger de l’histoire et de l’activité morale tous les jours. On n’en renonce pas pour autant au concept, pourvu que celui-ci s’éprouve au contact des unités de soins palliatifs, auprès des patients atteint de la maladie d’Alzheimer et des grands vieillards. Quel est le « socle de valeurs » qui constitue la « charte d’une équipe médicale », se demande-t-elle, et peut-on vraiment imposer au personnel soignant la prescription de tuer ou de proscrire des sédatifs à un malade en fin de vie ? Ses réponses sont proches de celle que donne la « loi Léonetti », qui proscrit l’euthanasie.

De cette expérience, Corine Pelluchon tire une critique de notre conception moderne de l’autonomie. Notre idée d’un sujet libre n’admettant de limite que celle de son consentement s’avère, selon elle, parcourue par un élitisme qui laisse sur le bas-côté ceux auxquels la maladie ou le handicap retire les moyens d’exercer ce consentement. Il faut donc « reconfigurer » notre conception de l’humanité pour y réintégrer la dimension du « vulnérable », de la souffrance ou de l’absence. Au-delà de cette discussion toujours claire et sensible sur des problèmes aussi divers que la procréation assistée, les biotechnologies ou la responsabilité des scientifiques, ce petit ouvrage fait une autre démonstration : la philosophie reste indispensable à la conduite de notre vie.

Nicolas Weill

Article paru dans l’édition du Monde du 10.11.09, http://www.lemonde.fr/livres/article/2009/11/09/la-raison-du-sensible-entretiens-autour-de-la-bioethique-de-corine-pelluchon_1264736_3260.html

Pour obtenir l’ouvrage de Corine Pelluchon :

La raison du sensible, Entretiens autour de la bioéthique

Les autres ouvrages de Corine Pelluchon :

pelluchon bioéthique2Cet ouvrage couvre un ensemble de questions posées par le clonage, la décision d’arrêt et de limitation de traitement, l’euthanasie et le suicide assisté, la prise en charge des grands vieillards et des personnes handicapées, la procréation médicale assistée, les thérapies géniques germinales et somatiques.


Son originalité est que la bioéthique est étudiée du point de vue de la philosophie politique. Les principes qui guident les pratiques médicales sont explicités et les dilemmes relatifs aux biotechnologies sont examinés en fonction des choix de société et des valeurs qui soutiennent nos institutions. Il s’agit d’évaluer les propositions de lois en se fondant sur la description des valeurs phares d’une communauté politique.


L’objectif est de dépasser à la fois la bioéthique religieuse et l’éthique minimale. Ce travail passe par la déconstruction de l’éthique de l’autonomie qui subordonne la dignité à la possession de la raison, à la maîtrise de soi et à la compétitivité et colporte des représentations négatives de la vieillesse et du handicap qui s’opposent à l’idéal de solidarité affiché par certaines institutions. A cette éthique de l’autonomie s’oppose une éthique de la vulnérabilité inspirée par la philosophie de Levinas et par l’accompagnement des personnes en fin de vie et des malades atteints d’affections dégénératives du système nerveux.


Cette réflexion sur les fondements de l’éthique et du droit conduit à reconfigurer les notions d’autonomie et de dignité et à enrichir l’anthropologie sous-jacente à la philosophie des droits de l’homme. L’éthique de la vulnérabilité, qui repose sur la définition de la subjectivité comme sensibilité, ne supprime pas le sujet mais elle invite à le penser à la lumière d’une triple expérience de l’altérité : l’altérité du corps propre, l’altérité liée à l’autre homme et à ma responsabilité pour lui, la déréliction qui ne renvoie pas seulement à la perte de soi et à l’aliénation, comme chez Heidegger, mais souligne l’importance des relations sociales.


Solidaire de la dénonciation de certains traitements infligés aux animaux, cette éthique de la vulnérabilité peut inspirer le politique et promouvoir un humanism
e où notre responsabilité s’étend aux vivants non humains et aux générations futures.

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A l’heure de la grippe A, l’hygiène publique

Posted by Hervé Moine sur 30 octobre 2009

Mardi 3 novembre 2009

à l’Espace Jacques 1er d’Aragon

Philosophie de l’hygiène publique

Par Anne Fagot Largeault

En partenariat avec l’Université Montpellier 1, La ville de Montpellier organise une conférence qui aura lieu le 3 novembre 2009 à 18h30 – Espace jacques 1er d’Aragon, sous la présidence de Philippe Augé, Président de l’Université Montpellier 1 et de Laurence Vian, Doyen de la Faculté de Pharmacie.   « Philosophie de l’hygiène publique » Conférence du Pr Anne Fagot Largeault, Philosophe & Médecin, Chaire de philosophie des Sciences Biologiques et Médicales du Collège de France    Médecin et Philosophe, Anne Fagot Largeault tracera les évolutions survenues au cours des siècles en matière d’hygiène publique et de prévention, une évolution parallèle à l’évolution des mentalités et de la connaissance.

La perception de la prévention a été modifiée du fait de la disponibilité des agents thérapeutiques. Les comportements ont évolué avec les risques de pandémies. D’abord initiée par les professionnels de santé, l’hygiène publique devient une préoccupation pour les décideurs institutionnels et  le grand public. Plusieurs savants montpelliérains ont apporté une contribution significative à l’avancée de cette discipline.

Entre les peurs inscrites dans l’inconscient collectif par les grandes épidémies meurtrières et l’illusion du ‘’zéro risque’’ espérée par nos contemporains, cette conférence permettra de comprendre les ressors de l’hygiène publique au cours des siècles et les enjeux de notre prévention moderne, avec ses avantages et ses limites.   Elle permettra à chacun de se positionner dans cette démarche où l’on oscille en permanence entre responsabilité institutionnelle et individuelle. Illustrée par de nombreux exemples, cette présentation, accessible à tous les publics, sera suivie d’une discussion animée par le Pr Jacques Touchon, adjoint au Maire, délégué au rayonnement international.

Cette conférence est organisée  par Perla Danan, Adjointe au Maire, déléguée au Conseil des Sages, et Claude Casellas, professeur à la faculté de Pharmacie, UMR Hydrosciences.

=> Pour en savoir davantage :

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