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L’actualité de saint augustin

Posted by Hervé Moine sur 11 novembre 2011

Pourquoi Saint Augustin est-il toujours d’actualité ?

Les clés de la pensée de l’évêque d’Hippone

Le n°400 de Lire consacre des pages sur l’évêque d’Hippone

Saint Augustin, et toi, et moiSaint Augustin, et toi, et moi

Par Philippe Delaroche (Lire), publié dans l’Express, le 10 novembre 2011

http://www.lexpress.fr/culture/

Saint Augustin, philosophe et théologien chrétien né en 354 à Thagaste et mort en 430 à Hippone (Algérie), reste toujours d’actualité. Explications.

Plus de mille six cents ans et une mer de malentendus nous séparent de son époque. Et pourtant, en dépit des évolutions dont procède notre société occidentale, étrangère aux préoccupations de l’Empire romain aux IVe et Ve siècles, et en voie de déchristianisation, la parole d’Augustin fait l’effet d’être non seulement compréhensible, mais proche, sinon familière. La Bible mise à part, il n’y a pas d’exemple d’un best-seller mondial aussi régulièrement traduit et réédité que les Confessions.

Ce livre ne continue pas d’être lu parce qu’il serait le prototype de l’autobiographie, mais parce qu’il est une déclaration d’amour d’une franchise sans égale. « Je vais reprendre ma lecture de saint Augustin, écrit la jeune juive hollandaise Etty Hillesum. Quelle sévérité, mais quel feu! Et quel abandon sans réserve dans ses lettres d’amour à Dieu! » (Journal, 30 mai 1942.)

Cela signifie, et c’est pourquoi il peut passer aujourd’hui encore pour un frère, que le propos de cet homme-là peut toucher, éclairer, donner à penser ou libérer n’importe lequel d’entre nous qui, en quête d’une vie heureuse, s’interroge sur l’origine d’une sourde insatisfaction, solitude ou lassitude.

Surabondante, la postérité d’Augustin réunit celles et ceux qui l’ont fréquenté, que leur oeuvre en revendique ou pas le sceau, qu’ils l’aient critiqué, déconstruit ou qu’ils aient mis leurs pas dans les siens et poursuivi, en la reconsidérant, son entreprise. A tout le moins, mentionnons: Dante, Pétrarque, Thomas d’Aquin, Thérèse d’Avila, Luther, Pascal, Kierkegaard, Heidegger, Hannah Arendt, James Joyce, Flannery O’Connor, Julien Green, Albert Camus, Hans-Georg Gadamer, Jacques Derrida, Pascal Quignard. Que l’on est loin d’avoir épuisé le suc, le sens et l’actualité de l’oeuvre, c’est ce que rappelle l’exemple de Jean-François Lyotard. Averti que ses jours étaient comptés, l’auteur de La condition postmoderne tint à y consacrer son dernier essai. Dans La confession d’Augustin (Galilée, 1998), il souligne la valeur existentielle de cette « voix de tête »: appel cherchant à répondre à un appel originel, aussi indiscernable qu’insistant, le lecteur s’associant à la pensée qui, d’une invocation à l’autre, tâtonne dans le silence de la voix.

Quels traits ont en commun le Bas-Empire et notre temps? Les contemporains d’Augustin souffrent de la division de l’Empire romain. Les invasions, les successions se règlent dans le sang ; la corruption gangrène les élites. Nul ne sait de quoi demain sera fait. Ce présent XXIe siècle témoigne du déplacement du centre de gravité en faveur de l’Asie. Les pays occidentaux peinent à conjurer l’appauvrissement des classes moyennes. Hier, voie radieuse, la construction européenne est contestée. Et comme si la menace d’attentats islamistes ne suffisait pas, il faut redouter depuis le massacre d’Oslo, l’été dernier, jusqu’aux terroristes autoproclamés défenseurs de l’Occident chrétien! Folie et confusion des hommes…

Face au péril, la lecture d’Augustin n’a rien d’un délassement, quoiqu’elle distille une rare sérénité. A condition d’écarter les clichés repoussoirs. Augustin, qui reconnut aux hérésies l’utilité de « rendre plus lumineuse la doctrine de l’Eglise », n’est pas qu’un polémiste qui ferrailla contre le manichéisme, le donatisme, le pélagianisme et l’arianisme. Il est un pasteur, sur-sollicité, et un prédicateur.

Il y a chez Augustin une joie sans rapport avec le « maître d’inquiétude » salué par Chateaubriand. Est-il l’agent culpabilisateur numéro un? Ses « blocages » à propos de la femme, du sexe et du mal, disait André Mandouze, las des anachronismes, sont partagés par la société des IVe et Ve siècles. Méprisait-il le corps, à l’instar des néoplatoniciens? Assez pour faire de la relation sexuelle le vecteur du péché originel. Sauf qu’Augustin a fini par se raviser: « Exalter l’âme comme le souverain bien et condamner comme un mal la nature de la chair, dit-il dans La cité de Dieu (Livre XIV), c’est convoiter l’âme et fuir charnellement la chair. »

Que l’amour, découverte née de sa rencontre avec le Christ, libère et sauve, c’est le message d’Augustin. Que « ce qu’il y a de meilleur en l’homme » n’est point assujetti « à ce qu’il y a de pire » (Soliloques), c’est ce que n’a pas fini d’évaluer la littérature.

« L’actualité d’Augustin nous saute à la figure »

Par Philippe Delaroche (Lire), publié dans l’Express le 10 novembre 2011

"L'actualité d'Augustin nous saute à la figure"

Rémi Brague, professeur de philosophie des religions européennes à l'université de Munich, est l'auteur de Du Dieu des chrétiens et d'un ou deux autres (Flammarion/Champs). Didier Pruvot/ Flammarion

Pour Rémi Brague, saint Augustin a fait de la relation à un dieu personnel, « qui ne nous demande rien » un concept-clé.

Augustin peut-il nous aider à nous orienter dans l’époque présente ?

Rémi Brague. Je veux! A la lumière, en particulier, de La cité de Dieu. Faites l’expérience suivante: remplacez tous les noms des dieux païens par le mot « valeur ». Et l’actualité d’Augustin vous saute à la figure. Car nous sommes à peu près dans la situation qui a suivi le sac de Rome en 410, qui provoqua un énorme traumatisme. Notre sac de Rome, c’est ce que les Américains appellent le « Nine Eleven », le 11 Septembre. Les attentats ont frappé au coeur l’empire américain, ni plus méchant ni plus bête que l’Empire romain qui, lui-même, n’a pas été le plus bête, ni le plus méchant de l’histoire de l’humanité. Les Romains ont construit un ordre vivable tandis que les Mongols ont surtout détruit.

Mais le traumatisme de 410 n’a pas suffi à Rome pour se ressaisir…

La question est de savoir si l’empire américain, l’équivalent moderne de l’Empire romain, va se raccrocher avec succès aux valeurs qu’on appelle démocratie, justice sociale, humanisme, etc. Chacun choisit ses dieux à sa guise. Avantage du polythéisme: le sujet est le seul dieu; c’est un monothéisme du sujet. Il compose son menu à la carte. S’il préfère l’humanisme, tant mieux pour lui. S’il préfère le pluralisme, ça ira aussi. Les valeurs, je regrette que les catholiques s’en gargarisent. On ne sait plus trop en quoi elles sont chrétiennes, ces valeurs. Pourquoi le nom du Christ? Qui c’était, ce mec? Qu’est-ce qu’il a fait? Est-ce qu’il est mort pour des valeurs? Est-ce qu’il a prêché des valeurs? Mais la foi des gens est sûrement plus profonde que leur façon de l’exprimer.

C’est la fadeur du discours que vous déplorez ?

Il en va de la foi comme des sentiments amoureux. Nous recevons de l’air ambiant des schémas. Ils nous permettent de l’exprimer, mais ils ne sont pas toujours adéquats. A nous de les briser pour trouver plus authentique. A l’exemple d’Augustin, quand il nous parle du dieu vivant, du dieu personnel. Ce qui est intéressant dans le dieu chrétien, ce n’est pas le fait qu’il n’y en ait qu’un seul, par opposition au foisonnement des dieux païens. La différence, c’est que le dieu chrétien nous fait vivre, alors que les dieux païens nous demandent de mourir pour eux. C’est à cela qu’on les reconnaît. Je viens de lire Les dieux ont soif. Le titre du roman d’Anatole France est presque une définition. L’un des personnages « prophétise » Bonaparte avec cet avertissement: vous vous soumettrez; vous serez mangés comme la grue de la fable a mangé les grenouilles. France ajoute: on reconnaît les dieux à leur appétit. Un dieu, c’est quelqu’un qui bouffe. Le dieu chrétien, lui, se donne à bouffer. Le dieu chrétien est mort pour nous, une fois pour toutes. Il ne nous prie pas de mourir pour lui, que je sache. L’ère des sacrifices est close. René Girard a raison, sur ce point comme sur bien d’autres.

Quels noms portent les valeurs qui suggèrent que l’on se sacrifie pour elles ?

L’homme, l’humanisme, l’égalité, la fraternité…

Et, hier, la patrie ?

La patrie a déjà donné, abondamment. Anatole France a publié son roman en 1912, deux ans avant que s’ouvre la grande boucherie. Ce dieu-là a justifié qu’on immole plusieurs millions d’hommes. D’ailleurs, il n’est pas sûr que la France s’en soit relevée. C’est dire si je suis frappé par la phrase de Nietzsche dans L’antéchrist (XIX). Il s’exclame: « Deux mille ans presque, et pas un seul nouveau dieu! » Mais quel con! Il n’avait pas des yeux pour voir, ce type-là? Car son siècle a été d’une inventivité religieuse fantastique. Pensez aux baha’is dans l’islam, aux mormons dans le para-christianisme, et à tous les occultismes. Sur ce sujet, le livre de Philippe Muray, Le XIXe siècle à travers les âges, est édifiant

Qui, respectivement, occuperait aujourd’hui la position des manichéens, donatistes et pélagiens que combattit Augustin ?

L’un des camps de base des manichéens est à Hollywood, parmi les médias. Avec ses « good guys » et ses « bad guys », des gens tout méchants ou tout gentils. L’équivalent des donatistes, qui s’estimaient moins pécheurs que les autres, ce serait les intégristes. Les héritiers des pélagiens sont les humanistes d’aujourd’hui. Lors d’une conférence sur Pélage et saint Augustin à l’université Boston College, Tzvetan Todorov vient de souligner qu’Augustin donne de la nature humaine une vision plus nuancée que cette espèce d’athlète du Salut qu’était Pélage. Augustin est moins élitiste. Ce qui manquait chez Todorov, c’était la notion de grâce, pourtant centrale. Reste que, selon lui, l’anthropologie de saint Augustin est beaucoup plus proche des phénomènes que celle de Pélage qui, lui, célèbre le triomphe de la volonté.

Face aux désordres du monde, sur quelle priorité Augustin mettrait-il l’accent ?

Je crois qu’il dirait d’avoir toujours présent à l’esprit ce qui est essentiel dans le christianisme, à savoir le Christ. Il nous appellerait au calme. Ce sont des choses qui arrivent, qu’une civilisation disparaisse.

Que faire quand on jouit de la liberté, mais pas du choix ?

C’est une chose qu’il faudrait reprendre avec Augustin, qui est un grand penseur de la liberté. La liberté ne s’apparaît à elle-même qu’à partir du moment où elle comprend qu’elle est entravée. L’expérience de la liberté, c’est que, même une fois qu’aucune contrainte extérieure ne m’est plus opposée, je ne suis pas fichu de vouloir ce que je voudrais. Voir saint Paul: « Car je ne sais pas ce que je fais; le bien que je veux, je ne le fais pas; le mal que je hais, je le fais. » (Epître aux Romains, 7, 15).

Ou c’est Anna Karina, dans Pierrot le fou, de Godard, qui serine continuellement: « Qu’est-ce que j’peux faire? J’sais pas quoi faire. »

Oui, c’est un peu ça. Nous avons desserré le frein à main. Et nous ne savons pas où aller. Augustin nous suggère d’aller vers un point qui n’est pas étranger à la liberté. Le christianisme est une libération de liberté (voir Galates, 5,1). Le Christ nous a libérés pour une liberté d’un tout autre type que celle du taxi à la merci de son client. De même, beaucoup de gens imaginent être libres parce qu’ils cèdent à leurs penchants. La formule augustinienne « pondus meum amor meus; eo feror quocumque feror » (« ma force de gravité, c’est ce que j’aime; c’est ce qui m’entraîne vers mon lieu naturel ») devrait être l’objet d’une méditation constante.

Par quelle lecture avez-vous commencé ?

Je suis loin d’en avoir achevé l’exploration. J’ai débuté, adolescent, par les Confessions, la porte d’entrée un peu anecdotique, si je puis dire, l’oeuvre la plus facile à trouver. Une oeuvre de toute beauté aux qualités rhétoriques exceptionnelles, nourrie de pensées que les philosophes n’ont jamais cessé de ruminer.

On reproche à Augustin de céder à l’outrance ou de manifester une certaine violence…

Il faut se représenter les conditions de son époque, les obligations qui l’accaparaient. Augustin aurait préféré formuler sa pensée assis à sa table, et disposer du temps souhaitable. Il s’exprime dans le feu de la controverse. Pour se faire entendre, il doit forcer le trait. Comme pour une négociation syndicale, il en fait « un max ». Le syndicaliste combatif ne dit pas au patron : « Vous pouvez me filer 5 % d’augmentation? » Il lui dit: « Doublez mon salaire; je meurs de faim, mes enfants sont dans la rue, ma femme est obligée de se prostituer. » Ce qu’il veut en fait, c’est obtenir 5 % d’augmentation.

La postérité d’Augustin dérive-t-elle du seul cachet littéraire des Confessions ?

Non. Pas uniquement. Augustin savait penser, avec rigueur et honnêteté. Quand il ne sait pas, il dit qu’il ne sait pas, il ne vous fait pas un enfant dans le dos. Chacun a ses préférences. Quant à moi, je songe à un passage que Heidegger avait lui-même pointé. Au livre X des Confessions, Augustin se demande pourquoi l’Ecriture dit qu’il y a des gens qui haïssent la vérité. Il cite ce vers de Térence : « veritas parit odium » (la vérité engendre l’envie ou la haine). Comment est-ce possible ? Tout le monde veut la vérité! A partir de là, il distingue la vérité qui éclaire, que l’on braque sur les choses et qui nous permet de les contrôler. Et, en un autre sens, la vérité qui fait retour sur nous, qui nous confond au sens où le juge convainc l’accusé par la preuve. Cette deuxième forme de vérité, nous ne l’aimons pas trop: elle nous démasque jusque dans nos sales petits secrets. On peut adapter ce concept à d’autres domaines. Par exemple, nous aimons notre passé dans la mesure où nous pouvons nous y balader en touriste. Mais nous le détestons dans la mesure où il fait de nous celui que nous sommes, le passé qui nous détermine. Idem pour l’avenir: nous pouvons rêver de lendemains qui chantent. En revanche, nous n’aimons pas l’avenir lorsqu’il nous met en demeure de le préparer dès maintenant. Voulez-vous que la race humaine continue? Faites des enfants. Voulez-vous que la Terre soit habitable? Cessez de jeter vos saloperies.

Augustin est souvent présenté en noir et blanc, théologien intransigeant et pasteur indulgent, trop pasteur pour les protestants, trop théologien de la grâce pour les catholiques. S’agit-il des clichés dont Goulven Madec déplorait qu’ils continuent d’avoir cours ?

Madec avait raison. Il y a un saint Augustin « éclairant » et un saint Augustin « convaincant ». On peut jouir de la beauté de ces écrits et de la clarté de sa pensée, mais lorsqu’il nous dit que nous ne sommes pas si malins que cela, que nous devons nous adresser à ce qui est au-dessus, à partir de là nous aimons moins. L’on voit bien chez Augustin deux faces opposées. Il est en cela signe de contradiction, comme le Christ, toutes proportions gardées.

On fait grief à Augustin d’avoir prêché l’antijudaïsme, d’avoir enseigné une « haine de soi », d’être l’un des agents du désenchantement du monde…

Il y a une rivalité entre juifs et chrétiens, depuis que la séparation a été voulue des deux côtés. Mais on ne sait pas trop à quelle époque elle s’est scellée. Il y a eu des judéo-chrétiens jusqu’au IXe siècle, estimait l’universitaire israélien Shlomo Pinès. Alors, comment cela s’est passé? Est-ce qu’Augustin est pire que, par exemple, Jean Chrysostome? Qui vise-t-il, des gens ou des idées? Historien de l’antisémitisme, Léon Poliakov rappelait toutefois que, pour Augustin, le peuple juif conservait sa dignité de témoin, la Nouvelle Alliance n’ayant pas de sens sans la première. Quant au désenchantement du monde, à la désacralisation de la nature, elle a débuté avec les prophètes de l’Ancien Testament. Mais le principal agent désenchantant, c’est la science moderne. Peut-on établir une généalogie entre la science moderne et le christianisme? C’est ce que pensaient Pierre Duhem (1861-1916) et Alexandre Koyré (1891-1964).

La conception qu’Augustin se fait de la sexualité est-elle périmée ?

Mais ce sont nos conceptions actuelles de la sexualité qui sont vouées à l’oubli. D’autant plus qu’on en change à un tel rythme! Qui aurait anticipé dans les années 1960 que la pédophilie deviendrait quarante ans plus tard un crime absolu, phénomène d’autant plus intéressant qu’il se manifeste dans une société de refus de l’enfant.

Les autorités algériennes saluent en Augustin un grand écrivain berbère. Que dit-il de sa terre d’Afrique ?

On apprend peu de chose sur le monde punique ou berbère chez Augustin. Dans un commentaire, il mentionne « salus », un mot de la langue phénico-punique, qui se trouve signifier à la fois salut et trois (comme Trinité). Les Carthaginois étaient des colons comme les Grecs en Italie du Sud: ils avaient apporté leur langue. Les Berbères étaient là avant eux.

Augustin a-t-il été lu par les penseurs arabes ?

Je n’en ai pas trouvé l’ombre de la moitié de la trace chez les philosophes arabes qui, comme toute la civilisation arabe, en Afrique du Nord comme en Andalousie et dans le reste du monde, vivent du déni de tout ce qui l’a précédé. Y compris Averroès. Rien avant le prophète! Quand ils sont philosophes, ils admettent Aristote, mais un Aristote dont les chrétiens de leur époque, ceux de Byzance, seraient devenus indignes.

Quel lien entre la dimension philosophique et la dimension religieuse ?

Pour Augustin, les deux ne se distinguaient pas. La philosophie antique, comme y a insisté Pierre Hadot après Nietzsche, est avant tout un art de vivre. Augustin croyait avoir trouvé la bonne philosophie dans le christianisme. Chez lui, philosophie, spiritualité et théologie, c’est kif-kif. Il voit dans l’incarnation quelque chose qui n’est pas dans la philosophie, mais qui se situe dans son droit fil et qui la couronne. Un peu comme dans la grande musique: vous ne pouvez pas prévoir ce qui va venir après la mesure que vous venez d’écouter mais, une fois que vous l’avez entendue, vous savez qu’il ne pouvait en être autrement. L’incarnation, il ne pouvait pas l’imaginer. Une fois qu’elle est là, il voit que c’est la pierre de faîte qui manquait.

Rémi Brague

Du Dieu des chrétiens

et d’un ou deux autres

Champs essais

Présentation de l’ouvrage de Rémi Brague : Du Dieu des chrétiens et d’un ou deux autres

Quel est le dieu des chrétiens? Quelles en sont les caractéristiques ? Quelle en est la singularité? À ce sujet vaste et quelque peu intimidant, le philosophe Rémi Brague répond en sept chapitres concis, informés, stimulants.

Que Dieu soit bien au-delà des représentations que l’on s’en fait, c’est une affaire entendue, mais cela ne justifie pas pour autant les approximations et les confusions qui sont de mise aujourd’hui dès qu’on aborde les questions religieuses. Car tout le monde ne se fait pas de Dieu la même idée, et celle que s’en font les chrétiens est, au fond, plutôt surprenante.

Qui est alors ce dieu, et qu’en pouvons-nous connaître? Il est un, mais pas de n’importe quelle façon; il est père, mais non pas mâle; il a parlé, mais pas pour nous demander quoi que ce soit; il pardonne, mais sans ignorer la décision de notre liberté. Au terme de cette enquête, le lecteur pourra accepter ou refuser le dieu des chrétiens ; dans les deux cas, il le fera en connaissance de cause.

L’auteur

Rémi Brague est professeur de philosophie médiévale à l’université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne et à la Ludwig-Maximiliän Universität de Munich. Il est l’auteur d’une centaine d’essais, dont La Loi de Dieu (Gallimard, 2005), Au Moyen du Moyen Age (La Transparence, 2006 ; Champs-Flammarion, 2008) et Introduction au monde grec (La Transparence, 2005 ; Champs-Flammarion, 2008).  » La grande qualité du livre de Rémi Brague, c’est d’ouvrir l’esprit, au-delà de tout préjugé, à cette mesure et à ce mystère qui nous invitent hors de nous-mêmes. « (Le Monde des livres).

Marcel Neusch

Saint Augustin

Splendeur et misère de l’homme

Collection épiphanie

aux éditions du Cerf

Présentation de l’ouvrage de Marcel Neusch : Saint-Augustin : Splendeur et misère de l’homme

Si les différents chapitres de ce livre traitent chacun d’un aspect particulier de la pensée d’Augustin, ils sont regroupés en fonction de l’axiome : Noverim me, noverim Te !  » Me connaître, Te connaître !  » La pensée d’Augustin se déploie entre ces deux pôles inséparables, l’homme et Dieu.

Les neuf premières études sont placées sous le signe du visage de Dieu ; les neuf suivantes s’attachent à considérer l’homme dans sa condition temporelle. L’ensemble témoigne de la logique d’une vie devant Dieu, logique que fait ressortir le titre de l’ouvrage : Splendeur et misère de l’homme.

Dans chacune de ces pages, Augustin se révèle comme un inlassable chercheur de vérité, avant comme après sa conversion :

 » Seigneur mon Dieu, mon unique espérance, exauce-moi de peur que, par lassitude, je ne veuille plus te chercher, mais fais que toujours je cherche ardemment ta face (Ps 104, 4). Ô toi, donne-moi la force de te chercher, toi qui m’as fait te trouver et qui m’as donné l’espoir de te trouver de plus en plus. « 

Augustin entraîne son lecteur dans cette recherche.

S’il est passé pour un maître dans la théologie occidentale, c’est bien malgré lui. Car nous n’avons qu’un seul maître, le Maître intérieur, et nous sommes tous à son école. Augustin accepte tout au plus le rôle de pédagogue. Mais dans ce rôle, il est indépassable.

Marcel Neusch

Marcel Neusch

Marcel Neusch, spécialiste de saint Augustin

Né en 1935, Assomptionniste, docteur en philosophie à l’Université de Toulouse et en théologie à l’Institut catholique de Paris, Marcel Neusch est un spécialiste reconnu de saint Augustin. Il a été responsable de la formation des jeunes religieux de l’Assomption. Auteur d’une quinzaine d’ouvrages, il collabore au quotidien La Croix.

En outre, Marcel Neusch anime de nombreuses sessions, en particulier sur saint Augustin. Il dirige la revue biannuelle de spiritualité augustinienne : « Itinéraires augustiniens ».

Marcel Neusch écrivait dernièrement dans La Croix à propos de la parution d’une partie de la correspondance de l’évêque d’Hippone, ses trente premières lettres.

Augustin au miroir de sa correspondance

Article de Marcel Neusch paru dans la Croix le 6 juillet 2011

http://www.la-croix.com/Culture

Ces trente premières lettres d’Augustin témoignent de la profonde mutation intervenue entre sa conversion et son ordination épiscopale

Devenu prêtre, puis évêque, Augustin était surchargé de tâches. On lui écrivait de tous les coins de l’Empire. Il se voyait sollicité sur toutes sortes de sujets, et chacun de ses correspondants voulait être le premier servi. À son vieil ami et compatriote Evodius, devenu évêque d’Uzalis, il écrivit un jour : « Tu demandes bien des choses à un homme très occupé ; et, chose plus grave, tu penses que l’on doit, en dictant, faire vite sur des sujets qui sont si difficiles que, même en dictant ou en écrivant avec le plus grand soin, on a peine à les mettre à la portée même d’hommes tels que toi. »

Augustin se voyait souvent réduit à répondre à la dernière lettre qu’on venait de lui remettre, au détriment d’autres tâches, et surtout au détriment des ouvrages fondamentaux en cours de rédaction. Faut-il le regretter ?

Les lettres d’Augustin – environ 300 pièces qui vont du court billet à l’étendue d’un livre – contiennent une mine de renseignements inestimables sur sa vie et ses activités. On s’étonnera sans doute de sa discrétion sur ses proches ou quand il s’agit de lui-même. « De l’être de chair qu’était Augustin, écrit Serge Lancel, on ne tirera pas un portrait de ses lettres. » Qu’on ne s’attende pas non plus à nous voir offrir « un bouquet de souvenirs pittoresques ».

S’il ne cesse de célébrer l’amitié – il avouait qu’il ne pouvait être heureux sans amis –, elle n’a rien de sentimental. Elle est comprise comme un échange où l’on parle d’esprit à esprit. En revanche, les débats du temps, comme celui de la liberté et de la grâce, dont traitent ses œuvres majeures, sont très présents dans ses lettres.

Si cet ensemble épistolaire si riche est parvenu jusqu’à nous, écrit Serge Lancel, c’est d’abord parce qu’Augustin, comme quelques-uns de ses devanciers, s’est efforcé d’en conserver les éléments, lettres reçues et surtout lettres envoyées.

De ses propres lettres, dictées, il envoyait une copie et conservait les minutes. De celles-ci étaient tirées, outre l’exemplaire adressé au correspondant, une ou plusieurs copies qui demeuraient dans les archives d’Hippone et pouvaient circuler à la demande. Des éditions partielles devaient circuler déjà du vivant d’Augustin. Après sa mort, au plus tard vers le milieu du Ve siècle, sa bibliothèque fut transférée à Rome, lettres comprises.

La présente édition – texte latin et traduction, avec des notes abondantes – comporte une introduction remarquable de près de 200 pages où l’ensemble du dossier de ces 300 lettres est analysé sous différents chapitres : les destinataires des lettres et leurs destinations, les porteurs des lettres, l’homme Augustin et son œuvre au miroir de sa correspondance, l’épistolier comme acteur et témoin de son temps, la langue et le style d’Augustin, le cheminement des lettres à travers les siècles, etc.

Ce premier volume contient les 30 lettres antérieures à l’ordination épiscopale d’Augustin. Elles témoignent de la profonde mutation qui intervient entre les débuts de sa conversion à Milan, et sa charge ecclésiale, comme prêtre et évêque d’Hippone.

Après les Confessions, c’est dans ses lettres qu’Augustin se révèle le mieux tel qu’il est, soucieux de dialogue, avec une vive conscience de sa responsabilité, mais toujours brûlant d’envie de « toucher » son interlocuteur, à défaut de pouvoir le rencontrer, du moins par « le biais de ces lettres qui s’envolent au loin ».

Signalons aussi : Firmamentum narrat. La théorie augustinienne des Confessions, de Jacques Ollier (Parole et Silence, 338 p). Centrée sur les quatre derniers livres, cette thèse justifie l’unité des Confessions à partir des règles de l’art rhétorique dont Augustin n’a rien oublié en se convertissant.

Marcel Neusch

Jacques Ollier

Firmamentum narrat

La théorie augustinienne des Confessions

Collège des Bernardins

Editions Paroles et silence

Présentation de l’ouvrage

Qu’est-ce que confesser, selon saint Augustin ? Ce livre y répond. L’analyse rhétorique des quatre derniers livres des Confessions atteste d’une part l’unité remarquable de cette couvre majeure.

Cette analyse – la première à couvrir une aussi large étendue de l’ouvrage – permet d’autre part de percevoir le mouvement de la pensée de l’évêque et découvre ainsi la théorie augustinienne des Confessions.

Au Livre X, la confession de l’amour de Dieu et d’une ignorance morale font espérer la Sagesse qui vient d’en-haut, le médiateur de Dieu et des hommes, Jésus Christ.

Au Livre XI, la tension de l’esprit vers ce qui est en avant conduit à l’antériorité sans antériorité qu’est Dieu éternel.

Au Livre XII, la polysémie des Ecritures, comprises dans la vérité, laisse entrevoir qu’un sens personnel peut, être donné à l’Ecriture dans laquelle se reflète l’existence humaine.

Au livre XIII, l’ultime destin de l’homme se découvre au firmament des Ecritures, firmament entendu comme l’expression symbolique de la bible et, dans le latin classique, comme preuve décisive de l’art oratoire. Car c’est à nous convaincre de confesser que s’efforce Augustin dans les quatre derniers livres de ses Confessions.

L’appareil rhétorique qu’il possède parfaitement, uni au pouvoir propre des Ecritures, lui permet de constituer un lecteur idéal et de l’exhorter à la confession. Ainsi, après avoir lu les Confessions, le lecteur est-il dans la situation d’ouvrir à nouveau le livre et de confesser à la manière de saint Augustin : « Magnus es Domine, et laudabilis valde ».

L’auteur, le Père Jacques Ollier est prêtre du diocèse de Paris, curé de Saint-Etienne-du-Mont et enseignant à la Faculté de théologie du Collège des Bernardins.

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Comprendre la pensée de saint Augustin

Posted by Hervé Moine sur 3 novembre 2011

Treize notions-clés chez saint Augustin

Par Jean Montenot (Lire), publié le 01 novembre 2011

http://www.lexpress.fr/culture/livre/treize-notions-cles-chez-saint-augustin

Pas évident de comprendre la pensée de saint Augustin. En voici treize notions-clés.

Avant de devenir le chrétien, l’évêque, puis le saint que l’on connaît, Aurelius Augustinus fut profondément influencé par la philosophie. Dans les Confessions notamment, il reconnaît lui-même sa dette à l’égard de cette discipline. Dans la lignée du Cicéron des Tusculanes ou de l’Hortensius (traité d’exhortation à la philosophie aujourd’hui perdu, et qu’Augustin connaissait par coeur), il comprenait la philosophie avant tout comme amour de la sagesse et comme « science des choses humaines et divines ». Augustin, formé à la rhétorique, dont la culture littéraire et biblique était très grande et de première main, n’était pas pour autant stricto sensu un philosophe. La philosophie, sagesse païenne, devait trouver son accomplissement et sa raison d’être dans la découverte du Dieu des chrétiens. La conversio ad philosophiam (conversion à la philosophie) n’était donc qu’une étape d’un chemin conduisant jusqu’à la foi, le seul vrai sage étant celui qui aime Dieu (La cité de Dieu, VIII, 1) – sagesse authentique – et la seule « voie vérissime » ayant pour nom le Christ. Il ne faut donc pas tant chercher des idées ou des « concepts philosophiques » augustiniens, mais montrer plutôt comment sa soif initiale de philosophe désirant passionnément la vérité a infléchi sa compréhension des Ecritures et comment en retour ses convictions tirées de son interprétation de la Bible ont contribué à imposer une certaine interprétation des « concepts fondamentaux » de la pensée occidentale. Mais, pour Augustin, l’expérience concrète de la vie porte la double dimension philosophique et religieuse de son oeuvre. Enfin, il faut savoir que sur de nombreuses questions Augustin a évolué et rien ne serait plus contraire à son esprit que de vouloir enserrer sa pensée dans un réseau de définitions figées.

Ames

De la conception antique de l’âme, Augustin retient que tout vivant est animé, doté d’une âme (anima, féminin), mais il réserve cependant le terme d’animus(masculin) à l’âme rationnelle de l’homme ou à l’esprit (mens). C’est dans l’esprit des doctrines platoniciennes qu’il définit l’âme humaine comme « une substance douée de raison et apte à gouverner un corps » (De la grandeur de l’âme,XIII, 22). De la tradition chrétienne, il retient une conception de l’âme individuelle – « moi, l’âme » (animus, Confessions,X, 9, 6) – caractérisée essentiellement par son rapport au Dieu créateur: l’âme est capax Dei « capable de Dieu » (La Trinité,XIV, 4, 6, 8, 11), porteuse de ce Dieu à l’image duquel elle a été créée. Aussi est-elle le point d’accès essentiel à Dieu « plus intime à moi-même que moi-même ». C’est pourquoi enfin Augustin déclare « ne vouloir connaître que Dieu et l’âme » (Soliloques, I, 2, 7) et que le bonheur recherché dans le traité La vie heureuse est bien celui de l’âme qui ne trouve son repos et son souverain bien qu’en Dieu.

Amour/Charité

L’amour est au centre de l’oeuvre d’Augustin. Il désigne ce qui met l’âme en mouvement, ce qui lui donne force et vie, en la conduisant vers son « lieu naturel »: « Ma pesanteur, c’est mon amour » (pondus meum amor meus, Confessions,XIII, 9). Il est aussi au principe de toutes les vertus et de la perfection à laquelle elles tendent. Contrairement aux auteurs qui distinguent entre la dilectio (positive) et l’amor (négatif), Augustin les identifie et les fait culminer dans la charité (caritas), forme suprême de l’amour puisque, se donnant sans réserve, la charité s’assure la possession du Bien suprême. La charité s’exprime dans le commandement du Christ: « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jean, 13, 34) et, bien sûr, dans l’Incarnation. Parmi les quatre objets susceptibles d’être aimés, il y a Dieu bien sûr, nous-mêmes, notre prochain et le corps (cela étant rappelé pour ceux qui ne voient dans le christianisme que contemption du corps). Cependant il faut distinguer entre l’amour et ses contre-images: le véritable amour de soi consiste à aimer Dieu, ce soi plus intime que soi, qui est le Bien suprême et non un bien parmi d’autres. L’amour de soi devient source d’iniquité quand, oublieux de sa destination naturelle, il est cultivé pour lui-même. Il faut donc fermement opposer la dilectioau désir concupiscent (cupiditas, libido) hérité du péché originel. C’est bien sa soif de l’amour véritable qu’évoque la célèbre formule: « Je n’aimais pas encore, mais j’aimais aimer » (Nondum amabam sed amare amabam, Confessions,XIII, 9). En revanche la formule « La mesure de l’amour de Dieu, c’est de l’aimer sans mesure », souvent attribuée à Augustin, est en fait de saint Bernard de Clairvaux dans son Traité de l’amour de Dieu.

Civitas, Cité

Le thème des « deux cités », motivé par le sac de Rome et à l’origine élaboré par Tyconius, un adversaire donatiste, permet de préciser les relations entre l’ordre temporel et l’ordre spirituel. L’idée est que, sans renoncer à leur appartenance à une société temporelle, les chrétiens appartiennent toujours en même temps à une autre société universelle: « Deux amours ont donc fait deux cités, l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu, la cité terrestre, l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi, la Cité céleste. L’une se glorifie en elle-même, l’autre dans le Seigneur. L’une demande sa gloire aux hommes; l’autre tire sa plus grande gloire de Dieu, témoin de sa conscience. » (La cité de Dieu, XIV, 2) La doctrine d’Augustin implique la tension interne chez le chrétien entre l’orientation de la volonté vers Dieu ou vers soi-même. Elle interdit de sacraliser les institutions temporelles, y compris l’Eglise en tant que puissance temporelle, mais pas de défendre sa patrie. Même si elles sont distinctes essentiellement, les cités n’en sont pas moins mêlées dans les faits et la Rome des papes n’est pas le paradis, ni celle des Césars, l’enfer.

Cogito

Les historiens de la philosophie ont appelé cogito l’argument de Descartes qui consiste à affirmer l’évidence de l’existence du sujet pensant comme première vérité ainsi que sa séparation essentielle d’avec le corps. On a dit que Descartes avait emprunté son cogito à Augustin jusque dans son détail (argument du rêve, argument de la folie, argument du si fallor sum, « si je me trompe je suis »). Les premières formulations augustiniennes de l’argument se trouvent dans La vie heureuse et dans le Traité du libre arbitre, mais c’est dans La Trinité (XV, 12.21) et dans La cité de Dieu(XI, 26) que le parallèle est le plus manifeste. Si les deux démarches conduisent de l’épreuve du doute à la certitude de l’existence du sujet pensant et, de là, à la démonstration de l’existence de Dieu, le projet cartésien – établir quelque chose de ferme et de constant dans les sciences, autrement dit assurer une solide assise métaphysique aux sciences – diffère de celui d’Augustin – quête spirituelle de Dieu. La différence conceptuelle essentielle tient à ce que Descartes confère de l’être ou de la substantialité à la pensée en tant que telle – c’est la fameuse res cogitans- tandis que, pour Augustin, l’être de la pensée tient en un « je suis » – un sum – qui doit toute sa substantialité à Dieu.

Etre

La doctrine augustinienne de l’être s’inscrit dans une perspective indissociablement philosophique et religieuse: conformément à l’exégèse la plus courante d’Exode, 3, 14 : « Je suis Celui qui suis » – Dieu y est l’être par excellence, la source parfaite de toutes les existences créées par lui ex nihilo et Celui vers qui toutes les créatures tendent. Mais l’Augustin de la maturité (Homélies sur l’Evangile de Jean,38, 8 ) insiste sur la difficulté qu’il y a à comprendre la teneur de ce verset. Dans sa jeunesse, Augustin ne concevait l’être (et donc Dieu) que de manière matérielle. Sous l’influence de la philosophie platonicienne, il a été conduit à considérer à envisager Dieu comme un être immatériel, immuable et spirituel dont l’activité créatrice, comprendre donatrice d’être et d’existence, est continue et gratuite. C’est par l’âme – elle aussi immatérielle – que l’on peut s’approcher de l’être immatériel et intelligible de Dieu. Du platonisme éclectique de son temps dérive aussi une conception hiérarchisée des niveaux de réalité : au niveau de réalité le plus élevé – en Dieu – il y a les rationes aeternae, raisons éternelles plus ou moins équivalentes aux Formes intelligibles platoniciennes, lois de la raison et prototypes de toutes les idées créées. Au niveau intermédiaire, il y a la ratio hominis (raison humaine), qui se situe à l’articulation de l’éternel et du temporel, la raison se subdivisant en ratio superiorqui regarde vers le hautet en ratio inferior, qui regarde vers le bas, vers le troisième niveau, celui des réalités périssables et corporelles. La compréhension augustinienne de l’être se raffine encore dans son usage proprement théologique, par exemple s’agissant des conséquences ontologiques de la doctrine trinitaire, il utilise le terme technique d’essence suprême (summa essentia) pour désigner l’unité de l’Etre de Dieu.

Foi

On a fait d’Augustin l’un des pères du « croire pour comprendre », si essentiel à la pensée chrétienne médiévale. Jusqu’à sa conversion finale, à travers ses adhésions au rationalisme baroque des manichéens, au scepticisme de Cicéron et à son antidote platonicien, Augustin a d’abord longtemps cherché à atteindre la vérité sans faire appel à la foi. Une fois converti, Augustin s’est par la suite souvent référé à la parole d’Isaïe (7, 9) « Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas ». La foi – ou la croyance, chez Augustin le substantif fides et le verbe crederesont équivalents – est en effet nécessaire à la compréhension de la vérité. Adhésion personnelle et consentement reconnu, elle est assentiment aux vérités révélées par l’Ecriture: « Même croire n’est pas autre chose que penser en donnant son assentiment […]. Quiconque croit pense, et en croyant il pense et en pensant il croit […]. Si elle n’est pas pensée, la foi n’est rien » (Sur la prédestination des saints, 2, 5). La foi diffère cependant de la connaissance au sens le plus élevé, car elle doit être complétée par la caritas, don et grâce divine.

Grâce

Le « docteur de la Grâce » – c’est ainsi que l’on désigne parfois Augustin – a fourni à l’exégèse et aux commentaires théologiques l’occasion d’innombrables discussions sur cette question difficile. Généralement, le terme désigne l’action divine sur les anges et les êtres humains qui les conduit à Le reconnaître et à L’aimer. Pour Augustin, la grâce est la condition essentielle et gratuite du salut. Cela implique – et c’est ce qui a choqué un Pélage et ses sectateurs – que les hommes, blessés dans leur condition par le péché, ne sauraient par leurs seuls efforts obéir aux ordres divins (et donc faire quelque chose de bien) et qu’ils doivent pour y parvenir libérer leur volonté en sollicitant les moyens divins, autrement dit la grâce. De là, les interminables débats sur la liberté de l’homme et sur la prédestination. Pour résumer grossièrement la chose : pas de salut sans grâce divine. Toutefois, la grâce n’annule pas le libre arbitre des hommes. Condition nécessaire mais non suffisante, elle ne garantit pas le salut de celui qui, bien qu’en ayant reçu le don, fait un mauvais usage de sa liberté.

Liberté

Sous prétexte qu’elle refuse de proportionner la grâce aux mérites – ce qui alimenterait le péché d’orgueil – la doctrine augustinienne ne réduit pas pour autant les êtres humains à n’être que des « marionnettes dans la main de Dieu » (De la grâce et du libre arbitre). La volonté libre n’est en effet pas détruite par la prévalence de la grâce, mais elle ne concourt qu’au péché si elle n’est pas secondée par la grâce divine. Par ailleurs, Augustin distingue soigneusement la liberté politique de la liberté religieuse.

Mal/Péché

L’une des thèses fondamentales d’Augustin, peu audible si on ne la met pas en perspective avec la réfutation du manichéisme dont Augustin avait été un adepte, est que le mal n’existe pas. Le mal n’est rien en lui-même, sinon la privation du bien, sa mutilation: c’est la nature déchue en tant que viciée par les péchés, au premier desquels il faut compter le péché originel qui a eu pour conséquence la rébellion du corps contre l’âme, d’où sont issues la concupiscence et l’ignorance. Le mal n’est donc pas pensable, sinon justement par référence au bien dont il est privation et, pour ce qui concerne le mal moral, il est l’effet du mésusage par l’homme de son libre arbitre.

Rétractations

Rétractations est d’abord le titre d’un traité d’Augustin (achevé en 427) assez unique en son genre puisqu’il s’agit de la révision par Augustin de l’ensemble de son oeuvre. C’est aussi la marque de l’humilité du penseur, l’aveu de la faillibilité de tout penseur et du caractère ouvert de sa pensée. C’est aussi un exemple sans équivalent de relecture, chez un auteur ancien, de sa propre oeuvre.

Sagesse

La sapientia,ou sagesse, se distingue de la scientia, ou science, en ce que la première a pour objet le monde éternel et immuable, tandis que la seconde est connaissance du monde temporel et muable. La sagesse étant acquise par la raison supérieure (voir « être ») et la science par la raison inférieure. Le péché affecte la capacité humaine d’atteindre la sagesse et donc le bonheur. Augustin distingue par ailleurs entre sagesse immédiate- que les âmes bienheureuses pourront atteindre dans la vision béatifique (La cité de Dieu,XXII, 29), cette contemplation remplaçant dans la vie à venir la foi – et sagesse médiate qui suppose la médiation de l’Incarnation, de l’enseignement du Christ, de la Bible et de l’Eglise.

Temps

« Tant qu’on ne me le demande pas, je sais [ce qu’est le temps], dès qu’on me demande de l’expliquer, je ne le sais plus », lit-on dans les Confessions(XI, 14). Augustin analyse cependant dans ce même livre la question du temps de manière extrêmement suggestive, l’insérant dans une réflexion plus générale sur la création. Distinguant d’abord le temps relatif à l’existence des choses créées et l’éternité de leur créateur, il conclut qu’il n’y a pas de sens à se demander ce qu’il y avait avant la Création puisque le temps lui-même, avec la distinction de ses trois dimensions, commence avec la Création. Mais c’est certainement la description de la conscience intime du temps et de son essence fragmentaire du point de vue de l’âme humaine qui témoigne le mieux du génie d’Augustin. Rien n’est plus caractéristique de la relation de l’âme au temps que la métaphore de la distentio animi qui, en rendant possible la coexistence du futur et du passé dans le présent vécu par l’âme, explique qu’on puisse percevoir la durée et en effectuer la mesure.

Vérité

La vie d’Augustin est une quête constante de la vérité comme l’attestent les Confessions. Des Ecritures, il tire un « concept » de vérité identifié à Dieu – « le vrai […] c’est ce qui est » (id est quod est, Soliloques,II, 5, 8) -, de l’idée du bien platonicienne, l’idée d’un Dieu qui éclaire de sa lumière le monde intelligible comme le soleil illumine le monde sensible. De cela ressort la doctrine spécifiquement augustinienne de l' »illumination divine ». La métaphore apparaît notamment dans les Soliloques, où il discute de la question de l’immortalité et dans La cité de Dieu,X, 2, 1) où s’opère une sorte de conciliation entre la doctrine platonicienne (ou plutôt plotinienne) de l’illumination et les lieux scripturaires qui ont conduit Augustin à identifier Dieu à une lumière intelligible. Il diffère de Platon en ce que cette lumière touche l’homme en entier et non seulement sa part intelligible. Aussi la quête de la vérité se confond-elle avec la recherche du bonheur et de la sagesse. Dieu est le « maître intérieur » qui fait que nous prenons conscience de la vérité d’un discours ou d’une démonstration. Ainsi n’est-ce pas le maître qui enseigne au disciple la vérité, mais ils sont l’un et l’autre soumis à la vérité intérieure qui réside dans l’âme même, « c’est-à-dire le Christ vertu immuable et Sagesse éternelle de Dieu » (Du Maître, XII, 38). Enfin, de même que le mal n’est rien qu’une privation du bien, le faux n’est qu’une déviation du vrai.

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Dramaturgie de la pensée ou aveux sur le temps

Posted by Hervé Moine sur 13 mars 2011

 

Rencontre avec Denis Guénoun

Présentation et interprétation de son spectacle

Qu’est-ce que le temps ?

Spectacle interprété par Stanislas Roquette

Samedi 26 mars 2011 à 15h

Théâtre de Gennevilliers

 

 

 

 

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Denis Guénoun

Le spectacle

Dans le Livre XI des Confessions, Augustin pose une question à la fois simple et vertigineuse : « Qu’est-ce que le temps ? » Il ajoute, dans une formule passée à la postérité : « Si personne ne me le demande, je sais. Si on me le demande et que je veux l’expliquer, je ne sais plus. » Ces pages, à la fois claires et profondes, fournissent une étonnante matière pour une expérience théâtrale. Il s’agit en effet, à la fois d’accompagner le penseur dans sa réflexion, et en même temps de donner corps à celle-ci, de ne jamais lâcher le parti-pris de la diction et de la vision les plus concrètes.

Le spectacle est construit sur une « dramaturgie de la pensée » : l’acteur cherche pour chaque énoncé la présence scénique la plus claire, et aussi à passer d’une idée à l’autre, non pas seulement par une déduction mentale, mais par une sorte de chemin physique. On s’appuie pour cela sur la forme très particulière du texte d’Augustin, sans cesse adressé à un interlocuteur exigeant et attentif qui se situe à la fois hors de lui et en lui-même. Le texte est interprété dans la toute récente traduction de l’écrivain Frédéric Boyer sous le titre « Les Aveux » (P.O.L., 2007).

ActuPhilo du 8 février 2011 : Philo-Théâtre. Une question simple et abyssale : « qu’est-ce que le temps ? »

Le metteur en scène du spectacle

Denis Guénoun est professeur à l’université Paris-Sorbonne, tout en ayant été a été comédien, metteur en scène, puis directeur du Centre Dramatique National de Reims. Auteur de textes de théâtre, parmi lesquels Lettre au directeur du théâtre (Cahiers de l’Egaré 1996), Monsieur Ruisseau (Circé 1997), Scène (Comp’Act 2000) Tout ce que je dis (Cahiers de l’Egaré, 2007) ; de divers essais, dont Le Théâtre est-il nécessaire ? (Circé 1997), L’Exhibition des mots (Circé 1998), Hypothèses sur l’Europe (Circé 2000), Après la révolution (Belin 2003), Actions et acteurs (Belin 2005), Livraison et délivrance (Belin, 2009); et d’un récit : Un sémite (Circé 2003). Parmi ses dernières mises en scène : Le Banquet de Platon, au Conservatoire (journées de juin 2008), L’Augmentation, de Georges Perec, en chinois à Shanghai (mai-août 2010) et Artaud-Barrault au Théâtre Marigny (octobre 2010). Il est par ailleurs directeur des collections « Expériences philosophiques » aux Editions des Solitaires Intempestifs, et de « Théâtre et philosophie » aux Presses de l’Université Paris-Sorbonne.

Informations pratiques concernant la rencontre et le spectacle

  • L’entrée est libre mais la réservation est souhaitée
  • La rencontre avec Denis Guénoun sera précédée par la présentation de son spectacle « Qu’est-ce que le temps ? (Le Livre XI des Confessions d’Augustin) » à 15h.
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Stanislas Roquette, interprète de "Qu'est-ce que le temps" d'après les Confessions XI de saint Augustin, spectacle de Denis Guénoun

Un classique de la pensée philosophique mis en scène

Les Confessions, de Saint Augustin, sont un des écrits les plus célèbres de la culture occidentale. Augustin y invente le genre de l’autobiographie, et livre des souvenirs bouleversants sur son enfance, sa mère, sa conversion, dans une prose très intense. Mais ce ne sont pas ces aspects qui font la matière du spectacle ici proposé. Dans le Livre XI – un classique de la pensée philosophique –, Augustin pose une question à la fois simple et vertigineuse : Qu’est-ce que le temps ? Il ajoute, dans une formule passée à la postérité : « Si personne ne me le demande, je sais. Si on me le demande et que je veux l’expliquer, je ne sais plus. » Il a semblé que ces pages, à la fois claires et profondes, étaient une étonnante matière pour une expérience théâtrale. Il s’agit en effet, à la fois d’accompagner cet immense penseur dans sa réflexion, et en même temps de donner corps à celle-ci, de ne jamais lâcher le parti-pris de la diction et de la vision les plus concrètes. Le spectacle est construit sur une dramaturgie de la pensée : l’acteur cherche à donner à chaque énoncé sa présence scénique la plus claire, et aussi à passer d’une idée à l’autre, non pas seulement par une déduction mentale, mais par une sorte de chemin physique. On s’appuie pour cela sur la forme très particulière du texte d’Augustin, sans cesse adressé à un interlocuteur exigeant et attentif qui se situe à la fois hors de lui et en lui-même. Cette mise en corps, et en espace, d’une interrogation qui anime un (jeune) homme très ardent, se présente comme un questionnement intense, à la fois violent et drôle – dans la tradition d’une sorte de comique spéculatif, ou de one-man-show théorique, dont les antécédents pourraient être paradoxalement trouvés dans Molière ou Raymond Devos.

Lors de la création aux journées de Brangues 2010, Armelle Héliot a pu écrire dans Le Figaro : « Mis en scène avec finesse par Denis Guénoun, le jeune Stanislas Roquette a fait du livre XI des Confessions de Saint Augustin, traduit par Frédéric Boyer, un éblouissement spirituel et théâtral ! »

Dans le Bulletin de la Société Paul Claudel, Sever Martinot-Lagarde écrit de son côté : « Denis Guénoun présente son étonnante mise en scène du livre XI des Confessions de Saint Augustin. Avec une énergie et une endurance extraordinaires, Stanislas Roquette tient en haleine les spectateurs pendant une heure sur un monologue philosophique long et touffu. Il se livre à un travail magnifique de regards et modulation rythmique des gestes et de la voix. Torturé par sa pensée, enfermé dans ses apories, le comédien donne vie aux interrogations angoissées d’Augustin sur le temps, qu’il a l’art de rendre à la fois comiques et tragiques. »

Lu dans le blog de Denis Guénoun : http://denisguenoun.unblog.fr/


Saint Augustin

Les Aveux

Nouvelle traduction des Confessions

par Frédéric Boyer

P.O.L.

 

Présentation de l’éditeur

 » Ne laisse pas ma part obscure me parler. Je me suis dispersé là-bas. Je suis obscur. Mais là, même là, je t’ai aimé à la folie. Je me suis perdu et je me suis souvenu de toi… Maintenant je reviens vers ta source. En feu. Le souffle coupé. Personne pour m’en empêcher. Je vais la boire. Je vais en vivre. Je ne suis pas ma vie. Je vis mal de moi. J’ai été ma mort.  » Livre XII, 10.

Interpellations, confidences, exhortations, aveux, micro narrations, souvenirs, hymnes, fictions, louanges, analyses exploratoires, déplorations, cris, anathèmes, psaumes, discours, chants…

J’ai voulu, par une nouvelle traduction intégrale du texte d’Augustin, rendre justice à cette véritable odyssée personnelle, à ce voyage intime dans le temps, la mémoire de soi et l’écriture. Augustin révolutionne ainsi la confession antique, détourne la littérature classique, et fait exploser les cadres anciens à l’intérieur desquels nous avons l’habitude de nous réfugier et de penser notre vie.

Pour se procurer Les Aveux : Nouvelle traduction des Confessions par Frédéric Boyer

 

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Peut-on être courageux mais injuste ? Sage mais intempérant ? Juste mais ignorant ?

Posted by Hervé Moine sur 26 février 2011

Colloque international à Bruxelles

Unité et origine des vertus dans la philosophie de l’Antiquité

Les 24 et 25 mars 2011

Peut-on être courageux mais injuste ? Sage mais intempérant ? Juste mais ignorant ? A ces questions, Socrate le premier répondit que c’était impossible. Le plongeur amateur qui se jette tête en avant dans un puits sans savoir ce qu’il fait n’est pas courageux. Seulement téméraire et stupide. Savoir. Tout est là. Mais comment savoir quand il n’y a personne pour vous instruire, seulement des charlatans ou des inspirés qui ne savent pas ce qu’ils disent, même quand il leur prend de dire vrai ? S’il n’y a personne pour enseigner la vertu, comment pourrait-elle être un savoir ? Socrate se gratte la tête et nous avec lui. Socrate n’est pas, cependant, à un paradoxe près et ce sont ses paradoxes qui vont nourrir des générations successives de philosophes, depuis Platon et Aristote jusqu’aux stoïciens et aux platoniciens tardifs. Les versions de l’unité des vertus vont ainsi se multiplier, certains assurant qu’il n’y a qu’une vertu, dont seul le nom peut changer, d’autres que les vertus sont multiples et possèdent des qualités différentes, mais n’en restent pas moins mutuellement inséparables. Quant à l’aporie sur l’origine des vertus (instruction ? inspiration divine ? nature ?), elle ne cessera de provoquer l’interrogation des philosophes, notamment à propos des prérequis nécessaires à l’émergence des vertus (éducation, bonne nature, appropriation à soi, etc.). Le présent colloque a pour but de se pencher sur l’histoire de ces questions et de faire ainsi revivre l’un des plus célèbres paradoxes de Socrate qui, aujourd’hui comme hier, ne cesse d’interpeler.

Ce colloque international est organisé par le Groupe de philosophie ancienne du Centre de Philosophie (PHI) de l’Université Libre de Bruxelles, ULB, avec le concours du Fonds National de la Recherche Scientifique (FRS-FNRS), de la Faculté de Philosophie et lettres de l’Université libre de Bruxelles, du Centre de Philosophie (PHI) de l’Université libre de Bruxelles et de l’École doctorale en philosophie près le FNRS (ED 1). Il portera sur le thème suivant : « Unité et origine des vertus dans la philosophie de l’Antiquité ». De nombreuses interventions sont au programme :

Jeudi 24 mars 2011

  • M.-A. Gavray (FNRS, ULg) : « L’unité des vertus dans le Protagoras de Platon » ;
  • D. N. Sedley (University of Cambridge) : « Unity of the virtues in Plato’s Phaedo and Republic » ;
  • A. Giavatto (Université de Nantes) : « L’unité des vertus dans le Politique de Platon » ;
  • D. Lefebvre (Paris IV Sorbonne) : « Les vertus, ni par nature, ni contre nature: Aristote et Alexandre » ;
  • S. Delcomminette (ULB) : « Unité des vertus et unité du bien chez Aristote » ;
  • B. Collette-Ducic (Université Laval) : « L’unité des vertus chez Zénon de Citium et son interprétation chrysippéenne ».

Vendredi 25 mars 2011

  • J.-B. Gourinat (CNRS, Centre Léon Robin) : « Hétérodoxies stoïciennes sur l’unité des vertus : Ariston, Apollophane, Hécaton, Panétius, Posidonius» ;
  • G. Boys-Stones (Durham University) : « Unity and unification : Platonic Oikeiosis »
  • A. Schniewind (UNIL) : « Plotin et les émotions nobles : un accès privilégié par les vertus supérieures »
  • D. Cohen (FNRS, ULB) : « L’unité des vertus dans le Néoplatonisme tardif »
  • O. Gilon (ULB) : « Vertus cardinales et théologales chez saint Augustin»
  • M. Dixsaut (Paris IV Sorbonne) : « Conception aristocratique des vertus et vertus aristocratiques : Nietzsche avec Platon »

Informations :

Le colloque est ouvert à tous.

Pour davantage de détail sur le colloque et notamment le programme et ses horaires, vous pouvez consulter  : la brochure et l’affiche du colloque, en version pdf.

Contacts :

Lieu :

Bibliothèque du Centre Interdisciplinaire d’Étude des Religions et de la Laïcité

Avenue F.D. Roosevelt 17, 1050 Bruxelles

 

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Philo-Théâtre. Une question simple et abyssale : « qu’est-ce que le temps ? »

Posted by Hervé Moine sur 8 février 2011

Du 10 au 12 février 2011 au Centre dramatique régional de Haute-Normandie / Théâtre des deux rives à Rouen

Qu’est-ce que le temps ?

d’après Le Livre XI des Confessions d’Augustin

mise en scène Denis Guénoun

création / coproduction du Centre dramatique régional de Haute-Normandie / Théâtre des deux rives

– avec Stanislas Roquette

– nouvelle traduction Frédéric Boyer

– direction technique Patrick Delacroix et l’équipe technique du Centre dramatique

Retour aux textes fondateurs dans un monde où les repères vacillent. La question posée est à la fois simple et abyssale : qu’est-ce que le temps ?

Fidèles complices, Denis Guénoun et Stanislas Roquette se de la pensée et son incarnation sur scène. Les Confessions, de Saint Augustin, sont un des écrits les plus célèbres de la culture occidentale. Augustin y invente le genre de l’autobiographie, livre des souvenirs bouleversants sur son enfance, sa mère, sa conversion, dans une prose très intense. Dans un langage contemporain qui restitue toute sa verdeur à la première autobiographie de tous les temps, Frédéric Boyer en propose une remarquable traduction.

À travers les mots, dits, montrés, portés, Denis Guénoun et Stanislas Roquette nous font suivre avec humour le cheminement philosophique de Saint Augustin et donnent corps à sa réflexion. L’épure de cette expérience théâtrale invite à un voyage intime dans le temps et la mémoire de soi.

production Artépo ; coproduction Centre dramatique régional de Haute-Normandie / Théâtre des deux rives, avec l’aide du TNP de Villeurbanne et des Rencontres de Brangues.

Ce spectacle a été présenté en avant-première dans le cadre des Rencontres de Brangues, à l’invitation de Christian Schiaretti.

Les Aveux, nouvelle traduction des Confessions de Saint Augustin (2008, P.O.L) a obtenu le Prix Jules Janin de l’Académie française.

Fichier:AugustineLateran.jpg« Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; mais que je veuille l’expliquer à la demande, je ne le sais pas ! Et pourtant – je le dis en toute confiance – je sais que si rien ne sepassait, il n’y aurait pas de temps passé, et si rien n’advenait, il n’y aurait pas d’avenir, et si rien n’existait, il n’y aurait pas de temps présent.

Mais ces deux temps, passé et avenir, quel est leur mode d’être alors que le passé n’est plus et que l’avenir n’est pas encore ? Quant au présent, s’il était toujours présent sans passer au passé, il ne serait plus le temps mais l’éternité. Si donc le présent, pour être du temps, ne devient tel qu’en passant au passé, quel mode d’être lui reconnaître, puisque sa raison d’être est de cesser d’être, si bien que nous pouvons dire que le temps a l’être seulement parce qu’il tend au néant. […] Enfin, si l’avenir et le passé sont, je veux savoir où ils sont. Si je ne le puis, je sais du moins que, où qu’ils soient, ils n’y sont pas en tant que choses futures ou passées, mais sont choses présentes. Car s’ils y sont, futur il n’y est pas encore, passé il n’y est plus. Où donc qu’ils soient, quels qu’ils soient, ils n’y sont que présents. Quand nous racontons véridiquement le passé, ce qui sort de la mémoire, ce n’est pas la réalité même, la réalité passée, mais des mots, conçus d’après ces images qu’elle a fixées comme des traces dans notre esprit en passant par les sens. Mon enfance par exemple, qui n’est plus, est dans un passé qui n’est plus, mais quand je me la rappelle et la raconte, c’est son image que je vois dans le présent, image présente en ma mémoire.

En va-t-il de même quand on prédit l’avenir ? Les choses qui ne sont pas encore sont-elles pressenties grâce à des images présentes ? Je confesse, mon Dieu, que je ne le sais pas. Mais je sais bien en tout cas que d’ordinaire nous préméditons nos actions futures et que cette préméditation est présente, alors que l’action préméditée n’est pas encore puisqu’elle est à venir. Quand nous l’aurons entreprise, quand nous commencerons d’exécuter notre projet, alors l’action existera mais ne sera plus à venir, mais présente. […]

Il est dès lors évident et clair que ni l’avenir ni le passé ne sont et qu’il est impropre de dire: il y a trois temps, le passé, le présent, l’avenir, mais qu’il serait exact de dire: il y a trois temps, un présent au sujet du passé, un présent au sujet du présent, un présent au sujet de l’avenir. Il y a en effet dans l’âme ces trois instances, et je ne les vois pas ailleurs: un présent relatif au passé, la mémoire, un présent relatif au présent, la perception, un présent relatif à l’avenir, l’attente. Si l’on me permet ces expressions, ce sont bien trois temps que je vois et je conviens qu’il y en a trois ».

Saint Augustin, Confessions (vers 400), trad. E Khodoss, livre XI, § XIV, XVIII et XX.

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De la responsabilité à la décision et au mal

Posted by Hervé Moine sur 8 avril 2010

Journées d’études

Stoïciens et Augustin


Michel FATTAL organise à l’Université de Grenoble II, dans le cadre des Séminaires de Master, du Groupe de Recherches « Philosophie, Langages et Cognition », et des échanges européens Erasmus, deux Journées d’Etudes :

Professeur invité : Stefano MASO, de l’Université Ca’Foscari de Venise, présentera les deux conférences suivantes :

  • Le jeudi 22 avril de 14 h à 17 h, à l’Amphi de l’ARSH 1, du Domaine Universitaire : « Le problème de la responsabilité dans la philosophie stoïcienne ».
  • Le vendredi 23 avril de 14 h à 17 h, à l’Amphi de l’ARSH 1, du Domaine Universitaire : « Augustin et le De libero arbitrio : le problème de la décision et du mal ».

L’entrée est libre

Arrêt du Tramway : « Bibliothèque Univesitaire »

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Quoi de nouveau chez les Anciens ?

Posted by Hervé Moine sur 17 janvier 2010

Colloque international

« Quid novi ? La modernité chez les Anciens »

Les 21, 22 et 23 janvier 2010 à Paris et Rouen

Université de Paris IV-Sorbonne
EA 4081 « Rome et ses renaissances »


Université de Haute Normandie
EA 4307 « Equipe de Recherche Interdisciplinaire sur les Aires Culturelles » (ERIAC)

Ce colloque est organisé par Carlos Lévy (Université de Paris IV-Sorbonne), Annie Hourcade et  Anne Vial-Logeay (U. de Haute Normandie, ERIAC).

Pour notre part, nous noterons principalement les interventions de D. Sedley de l’Université de Cambridge sur Cicéron et le Timée de Platon, de C. Veillard de l’université de Paris X sur la conception de la démocratie chez les Stoïciens et de V. Laurand de l’Université de Bordeaux sur la problématique des arts chez Sénèque.

Au programme du colloque

Jeudi 21 janvier à l’Université de Paris IV-Sorbonne, salle D664

  • D. Sedley (U. Cambridge) Cicéron et le Timée de Platon
  • A. Tordesillas (U. Aix-Marseille I) Rome à l’enseigne de Lysippe : kairos et summetria
  • A. Hourcade (U. Rouen) Tradition et orthodoxie dans Du bon roi selon Homère de Philodème
  • D. De Sanctis (U. de Pise) Les normes de la parrhèsia : Philodème et les enseignements d’Epicure dans la Rome républicaine
  • C. Veillard (U. Paris X) La conception de la démocratie chez les Stoïciens

Vendredi 22 janvier : Maison de l’Université de Rouen, salle divisible Nord (Campus de Mont Saint-Aignan)

  • Cl. Gontran (U. Rouen) La tragédie attique
  • M. Faure (U. Paris III) Hoc nouom est aucupium ; ego adeo hanc primus inueni uiam (Eunuchus, v. 247) : Térence, un poeta moderne ?
  • C. Lévy (U. Paris IV) Conservatisme et modernité chez Lucilius
  • V. Laurand (U. Bordeaux) La problématique des arts dans la Lettre 89 de Sénèque
  • M. Deramaix (U. Rouen) Le passé c’est l’avenir : Virgile, Enéide
  • Cl. Herrenschmidt (MSH, Nantes ; Collège de France) De la modernité de leurs signes : l’écriture et la monnaie chez les Grecs

Samedi 23 janvier : Maison de l’Université de Rouen, salle divisible Nord (Campus de Mont Saint-Aignan)

  • F. Romana Berno (U. Padoue) Cicerone contro il mos maiorum (Cael. 33-35; Manil. 60-63)
  • A. Vial Logeay (U. Rouen) Res ardua uetustis nouitatem dare, nouis auctoritatem … quelques remarques sur l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien
  • M. Ribreau (Fondation Thiers) Profanas uerborum nouitates euita : nouveauté hérétique, nouveauté chrétienne ; une situation paradoxale chez saint Augustin ?

Pour tout renseignement complémentaire : annie.hourcade@univ-rouen.fr ou anne.logeay@univ-rouen.fr

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