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Posts Tagged ‘société’

Les supports collectifs dont l’individu a besoin

Posted by Hervé Moine sur 7 novembre 2013

FabienneBrugère

La politique de l’individu

Collection La République des Idées

Seuil(octobre 2013)

Se procurer l’ouvrage de Fabienne Brugère La politique de l’individu

C’est entendu : nous vivons dans une « société d’individus ». Mais on peut entendre ce diagnostic de deux manières. D’un côté, l’individu serait un être absolument indépendant par rapport aux appartenances collectives; de l’autre, il sacrifierait au culte du moi et au narcissisme. Dans ces deux formes d’individualisme négatif, le sujet n’accepte rien à part lui-même. C’est évidemment un leurre, car l’individu en société ne « tient » pas tout seul. Une politique de l’individu doit donc passer par le soutien, au niveau des politiques tant publiques que locales. Plus fondamentalement, la question du lien social doit devenir un objet politique, afin que les capacités de chacun et la protection de la vulnérabilité soient prises en compte dans la définition du bien-être collectif.

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L’auteur

Fabienne Brugère est une philosophe française spécialisée en histoire de la philosophie moderne (XVIIIe siècle), en philosophie morale et politique, et en philosophie anglo-américaine. Elle est actuellement professeur à l’université Michel de Montaigne-Bordeaux 3, et a publié de nombreux ouvrages, dont Le Sexe de la sollicitude (Seuil, 2008) et Dictionnaire politique à l’usage des gouvernés (collab., Bayard jeunesse, 2012).

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Fabienne Brugère, philosophe : “L’individu a besoin de supports collectifs”

Article de Jean-Marie Durand, le 6/11/2013 dans Les Inrocks

Voir l’article dans Les InRocks

Dans son ouvrage “La politique de l’individu”, la philosophe Fabienne Brugère réfléchit à un individualisme positif, et imagine des dispositifs politiques permettant d’émanciper les individus.

Fabienne Brugère, philosophe, enseigne à l’université Bordeaux III. Elle a écrit de nombreux ouvrages sur l’esthétique et la philosophie politique, mais elle est aussi un intellectuelle impliquée dans la cité. Proche de Martine Aubry – elle a travaillé avec elle sur la notion du “care”, l’éthique du soin –,  elle n’hésite pas à confronter ses recherches théoriques et philosophiques à l’action politique et sociale. Dans son nouveau livre La Politique de l’individu, s’appuyant sur les travaux de sociologues comme Robert Castel, elle propose une nouvelle définition de l’individualisme, dépassant le narcissisme et le repli sur soi de la vision néolibérale, et imagine des outils politiques qui favoriseraient l’implication et la protection de l’individu moderne dans la collectivité.

La notion d’individualisme reste souvent mal définie. Quelle définition en donnez-vous ?  

BrugèreFabienne Brugère – Ce livre procède d’une analyse des diverses formes de l’individualisme : l’individualisme néolibéral fondé sur l’image de l’individu performant et riche ; l’individualisme moral qui pose le soi comme valeur indépendante des relations sociales ; un troisième qui consacre le culte de soi, le narcissisme, théorisé par Christopher Lasch ; et puis un quatrième, la société des modes de vie, avec pour slogan, “cultivons notre jardin” : on y privilégie des relations choisies (amis, collègues) sur le mode de l’élection. Cette société des modes de vie est particulièrement forte en France où l’on parle souvent d’un bonheur privé et d’un malheur public.

Pourquoi invitez-vous à dépasser ces quatre usages courants de l’individualisme ?

A partir de cet inventaire des diverses formes de l’individualisme, j’ai construit un autre usage de l’individu, qui passe par une politisation de la question de l’individu, à comprendre en même temps comme une politisation de la philosophie. Le titre doit beaucoup de ce point de vue à l’histoire magistrale de l’individu par Robert Castel, à travers ce qu’il a appelé d’abord “la première modernité” aux XVIIe et XVIIIe siècles : le moment où l’individu commence à se constituer politiquement à travers la question du droit à la propriété. Cette première modernité laisse pourtant de nombreux individus en dehors du filet des protections politiques : c’est alors que se joue la deuxième modernité qui attribue des droits sociaux, crée un système de protection de tous les citoyens. Mais cette deuxième modernité s’est aussi effilochée : beaucoup d’individus n’entrent plus dans les grilles définies par les droits sociaux de l’Etat-providence. Le chômage et la précarité de masse, mais également les transformations de la famille, font vaciller une identité de l’Etat-providence. Une troisième modernité est en train de s’inventer. Comment la transcrire politiquement ? L’individu a besoin de supports collectifs qui facilitent l’accomplissement de sa vie.

Etes-vous surprise par l’aveuglement de nombreux citoyens qui revendiquent leurs libertés et s’élèvent en même temps contre tout principe d’intervention collectif, comme l’éclaire le sempiternel débat sur la fiscalité ?

C’est un mauvais usage de la liberté, et en même temps un ras-le-bol face à une société bloquée. Beaucoup d’individus ne comprennent plus en quoi ils se rattachent à un collectif, en quoi ils sont reliés aux autres. Je défends une conception autre de l’individu. Tout d’abord, l’individu est un être relationnel et nous sommes de plus en plus dans une société de relations avec toutes les interdépendances qu’elle implique, bonnes et mauvaises. La question est : comment développer des relations satisfaisantes ? Je pense aux travaux de Pierre Rosanvallon et à son livre La Société des égaux ; je pense aussi à Patrick Chamoiseau et à Edouard Glissant, à leur définition de l’identité relationnelle. Quand on défend cette conception de l’individu relationnel, on pose une évolution dans la compréhension de la République française. Je défends un universel de la distinction.

Comment expliquer l’incapacité de la gauche à penser cette question de “l’égaliberté”, théorisée par Etienne Balibar ?

Il y a bien dans la tradition intellectuelle de la gauche une histoire de la conciliation de la liberté et de l’égalité. La Révolution française, si elle a pensé les deux, a échoué sur quelques points : sur le droit de vote par exemple, la Constituante a exclu les femmes et les esclaves. Mais il y a une prise de conscience de cette question de la conciliation dans la pensée philosophique contemporaine ; je pense à Balibar mais aussi à la théorie des capabilités d’Amartya Sen et de Martha Nussbaum, qui est précisément une tentative de définir une liberté positive, qui soit pour tous, qui mette tout le monde à égalité dans les moyens à sa disposition. Il faut penser une liberté d’accomplissement dans les politiques publiques. On a assimilé ces dernières années la conception de l’individu à celle de l’individu néolibéral. Or, l’individu se réalise à partir de supports, à travers des politiques à différentes échelles qui le construisent. Ce que la gauche doit penser, c’est l’épanouissement de l’individu hors du marché, en même temps que l’individu dans le marché. Par exemple, l’ouverture des médiathèques et des bibliothèques le dimanche plutôt que celle des hypermarchés.

Certains pointent le risque d’un “paternalisme moral de l’Etat”. Etes-vous sensible à cet argument ?

C’est une question importante ; la troisième modernité à laquelle je m’intéresse est associée à l’idée du soutien qui est une inflexion de la protection, plutôt un accompagnement et sans jugement moral. Mon idée est de penser un autre type d’Etat social que l’Etat paternaliste, qui est un risque de l’Etat-providence. Une nouvelle modernité, qui serait celle du soutien, ce sont des politiques d’accompagnement qui ne sont pas à visée verticale ; elles ne s’adressent pas à des catégories mais à des individus, pas à des histoires interchangeables qu’il faut faire entrer dans des cases mais à des vies à construire à travers un ensemble d’épreuves. Cela suppose de ne pas penser l’Etat tout seul, mais avec la société et un véritable pouvoir des différents acteurs du monde social. Ce qui veut dire concrètement que l’Etat doit être ouvert, que les citoyens, dans des cadres légaux beaucoup plus larges, doivent être écoutés. Le soutien, c’est faire travailler l’Etat avec la société, c’est continuer à donner du pouvoir à la société.

Comment percevez-vous la crispation du débat public en France ?

La France est partagée entre un pays ouvert et un pays fermé, partagée entre une politique de l’individu et de l’égaliberté et une politique de l’identité. On l’a bien mesuré à l’occasion du mariage pour tous. C’est vrai que le côté identitaire frappe plus parce qu’il a mis au point son arsenal idéologique ; il y a un risque à ce qu’il gagne encore plus de cerveaux car c’est lui qui arrive à frapper et à fabriquer un imaginaire. Le problème de l’autre côté, c’est qu’il est enfermé dans des politiques technocratiques qui ne savent pas ce qu’est l’imaginaire et qui ne parlent que de chiffres. Il manque actuellement des symboles, des récits. Ils sont à inventer au nom du progrès. La gauche devrait avoir en tête que la politique n’est pas seulement une affaire d’ingénieurs. C’est aussi une affaire d’artistes et d’orfèvres… La démocratie est une affaire de belles formes.

Pourtant, il existe aujourd’hui, dans le monde, un vrai foisonnement d’idées. Comment expliquer cet écart entre la production intellectuelle et l’impuissance politique ?

La production intellectuelle n’est pas atone en effet. Mais on souffre d’une absence de circulation d’un milieu à un autre. Chaque milieu est replié sur lui et produit ses propres normes et conduites ; en France, cela circule mal entre les sphères de vie, de travail. Du coup, on observe des identités de repli, pas du tout du côté d’une évolution des valeurs, d’une pluralité des voix, d’une compréhension de la République comme une démocratie.

Jean-Marie Durand

Fabienne Brugère, La Politique de l’individu (Seuil, La République des idées)

Se procurer l’ouvrage de Fabienne Brugère La politique de l’individu

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Michel Serres. Les jeunes doivent tout réinventer

Posted by Hervé Moine sur 22 juillet 2012

Petite poucetteL’auteur de Petite Poucette sur France Culture

Nous avons déjà eu l’occasion de parler sur ActuPhilo de Petite poucette aux éditions Le Pommier, le dernier ouvrage de Michel Serrse. Ici et là nous entendons ou voyons notre penseur en faire la promotion. Il était ce samedi, l’invité de l’émission d’Aline , Jusqu’à la lune et retour’ sur France Culture.

« Petite poucette : le monde a tellement changé que les jeunes doivent tout réinventer : une manière de vivre ensemble, des institutions, une manière d’être et de connaître… » Editions Le Pommier.

Nos sociétés occidentales ont déjà vécu deux révolutions : le passage de l’oral à l’écrit, puis de l’écrit à l’imprimé. Comme chacune des précédentes, la troisième, tout aussi décisive, s’accompagne de mutations politiques, sociales et cognitives. Ce sont des périodes de crises.

De l’essor des nouvelles technologies, un nouvel humain est né : Michel Serres le baptise «Petite Poucette» – clin d’oeil à la maestria avec laquelle les messages fusent de ses pouces.

Petite Poucette va devoir réinventer une manière de vivre ensemble, des institutions, une manière d’être et de connaître… Débute une nouvelle ère qui verra la victoire de la multitude, anonyme, sur les élites dirigeantes, bien identifiées ; du savoir discuté sur les doctrines enseignées d’une société immatérielle librement connectée sur la société du spectacle à sens unique…

Ce livre propose à Petite Poucette une collaboration entre les générations pour mettre en oeuvre cette utopie, seule réalité possible. Faisons donc confiance à Petite Poucette pour mettre en œuvre cette utopie, seule réalité possible !

=> Pour se procurer l’ouvrage de Michel Serres, Petite poucette

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Des mots pour les maux de la société : inégalités, injustices, violences sociales

Posted by Hervé Moine sur 20 mai 2012

Centre de Culture Scientifique, Technique et IndustrielleInégalités et violences sociales :

« Dire l’injustice »

Du 31 mai au 2 juin 2012

Université de Poitiers

En partenariat avec l’espace Mendès-France (Poitiers), L’Observatoire des inégalités et la revueRaison publique et avec le soutien de la Région Poitou-Charentes, du Grand Poitiers, de l’Université de Poitiers, du laboratoire Forell, de l’Équipe d’Accueil MAPP, et de l’Association culturelle de l’UFR Lettres et Langues. L’entrée est libre.

« À quoi reconnaît-on l’injustice d’une société ? Depuis le début des années 1980, un pan important de la recherche contemporaine et une part non moins significative des discours relayés ou construits par la littérature, l’art et les médias ont répondu à cette question essentiellement à travers le prisme de la misère et de l’exclusion. Tout en s’inscrivant dans la continuité de cette préoccupation éthique et politique, ce colloque tentera de penser dans un cadre plus vaste l’injustice sociale et ses représentations. Plutôt que la seule catégorie de l’exclusion, c’est la notion d’inégalité qui nous permettra d’interroger le caractère juste ou injuste de l’ordre social pris dans son ensemble. Plutôt que la figuration de l’opprimé en tant qu’exclu du champ social, ce sont les représentations de l’écart, de la cohabitation, des « misères de position » qui se trouveront au centre de la réflexion. L’ambition sera ici de saisir et de questionner, dans l’écriture et la forme elles-mêmes, telle que celles-ci se déploient en philosophie, en littérature, en art et dans le champ des sciences sociales, la diction de l’inégalité et le répertoire des perceptions, émotions, sentiments, représentations et idéaux à travers lequel elle se constitue comme injustice et comme violence. En proposant une analyse critique des représentations dominantes, des formes artistiques et des discours savants, on réfléchira ainsi autant aux mécanismes à travers lesquels se construisent des figurations communes de l’injustice qu’à la forme non pleinement figurée de la violence sociale (forme partielle, partiale, perverse, opaque, etc.). »

Contacts :

Au programme du colloque

Un colloque sur les inégalités et les injustices ne saurait se concevoir à l’écart du public. Toutes les communications seront donc conçues dans la mesure du possible dans un esprit d’ouverture au public non spécialiste et seront prolongées par un débat sous forme de table ronde.

Jeudi 31 mai 2012

  • 18h30-20h, conférence d’ouverture du colloque, Maison de la Région : Pierre Rosanvallon (Professeur au Collège de France), suivie d’un apéritif dînatoire.

Vendredi 1er juin 2012

  • Matinée, 9h-11h, Espace Mendès-France :

INJUSTICES ET SOUFFRANCES SOCIALES : REPENSER LES INEGALITES

Les représentations traditionnelles des inégalités associaient l’inégalité à la lutte des classes ou limitaient la souffrance sociale à l’expérience des exclus. Comment repenser les inégalités dans un cadre élargi, qui permette d’appréhender l’ensemble des expériences contemporaines de l’injustice ?

Président de séance : Patrick Savidan (Pr. de philosophie, Université de Poitiers)

Intervenants : Anne-Laure Bonvalot (doctorante en Littérature espagnole, Université Montpellier III), Nicolas Duvoux (MCF sociologie, Université Paris Descartes), Louis Maurin (directeur de l’observatoire des inégalités).

11h-12h30 : Représentations théâtrales des inégalités, espace Mendès-France : rencontre avec Didier Bezace (acteur, metteur en scène, directeur du Théâtre de la Commune d’Aubervilliers) animée par Monique Le Roux (MCF Littératures comparées à l’Université de Poitiers, critique théâtrale à La Quinzaine Littéraire).

  • Après-midi, 14h-16h30, Espace Mendès-France :

DE L’INEGALITE COMME INJUSTICE, CONSTRUCTIONS D’UN IMAGINAIRE COMMUN

Comment se construit l’imaginaire commun des violences sociales d’une époque ? Quels sont les instruments de légitimation qui participent à la reconnaissance d’une inégalité comme injustice, ou qui conduisent inversement à masquer certaines souffrances sociales ? Quels sont les rôles des écrivains, des artistes, des experts ou des témoins ?

Président de séance : Emmanuel Bouju (Pr de Littérature comparée, Université de Rennes II)

Intervenants : Christine Baron (Pr. de Littérature comparée, Université de Poitiers), Jean-Paul Engélibert (Pr. de Littérature comparée, Bordeaux 3), Sylvie Laurent (MCF Littérature américaine Sciences po, Harvard), Ruwen Ogien (philosophe, directeur de recherche CNRS, CERCES).

20h30, Filmer les inégalités, TAP Cinéma : projection du film de Sylvain George, Qu’ils reposent en révolte, suivie d’un débat avec le réalisateur animé par Marie Martin (MCF études cinématographiques, Poitiers).

Samedi 2 juin 2012

  • Matinée, 10h-12h30, Espace Mendès-France

OBSERVER LES INEGALITES

Quoi de commun entre l’expérience de la pauvreté dans un pays développé et dans un pays du tiers-monde ? Quels liens entre inégalités sociales et inégalités sexuelles, raciales, territoriales ? Quels instruments statistiques, rhétoriques ou artistiques pour appréhender l’écart et la similitude des situations de souffrance sociale ?

Président de séance : Cédric Rio (Observatoire des inégalités,  coordonnateur de Inequality Watch)

Intervenants : Vincent Bonnecase (historien, Chargé de recherche CNRS, section 40 Science politique et sociologie des organisations), Coline Cardi (MCF en sociologie, Université Paris 8), Raphaëlle Guidée (MCF en littérature comparée, Université de Poitiers), Wilfried Serisier (Institut français de géopolitique).

  • Après-midi, 14h30-17h, Espace Mendès-France

EPROUVER L’INJUSTICE SOCIALE

Quels sont les idées, les idéaux, les émotions qui peuvent nous conduire à voir dans un écart donné une forme inacceptable d’inégalité ? Comment articuler émotions et action, éthique et politique ?

Présidente de séance : Raphaëlle Guidée (Université de Poitiers)

Intervenants : Solange Chavel (MCF philosophie, Université de Poitiers), Lucie Campos (Docteure en littérature comparée, Paris 8), Inès Cazalas (Docteure en Littérature comparée, ATER à l’Université de Provence), Marie Martin (MCF Etudes cinématographiques, Université de Poitiers).

18h-20h, Vernissage de l’exposition « Photographier les inégalités » au Plan B (30-32, Blvd du Grand Cerf, Poitiers) : apéritif de clôture du colloque et remise des prix du concours photo.

Adresse : Université de Poitiers,15 rue de l’Hôtel Dieu86000 PoitiersEspace Mendès France1 place de la Cathédrale, 86000 POITIERS

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Réinventer une manière de vivre ensemble, des institutions, une manière d’être et de connaître

Posted by Hervé Moine sur 19 mai 2012

Michel Serres

Petite Poucette

Edition le Pommier mars 2012

 > Se procurer Petite poucette de Michel Serres

Présentation de l’éditeur

Le monde a tellement changé que les jeunes se doivent de tout réinventer ! Pour Michel Serres, un nouvel humain est né, il le baptise  » Petite Poucette « , notamment pour sa capacité à envoyer des messages avec son pouce. Nos sociétés occidentales ont déjà vécu deux révolutions : le passage de l’oral à l’écrit, puis de l’écrit à l’imprimé. Comme chacune des précédentes, la troisième, – le passage aux nouvelles technologies – tout aussi majeure, s’accompagne de mutations politiques, sociales et cognitives. Ce sont des périodes de crises. Devant ces métamorphoses, suspendons notre jugement. Ni progrès, ni catastrophe, ni bien ni mal, c’est la réalité et il faut faire avec. Petite Poucette va devoir réinventer une manière de vivre ensemble, des institutions, une manière d’être et de connaître… mais il faut lui faire confiance !

Michel Serre

Professeur à Stanford University, membre de l’Académie française, Michel Serres est l’auteur de nombreux essais philosophiques et d’histoire des sciences, dont les derniers, Temps des crises et Musique ont été largement salués par la presse. Il est l’un des rares philosophes contemporains à proposer une vision du monde qui associe les sciences et la culture. Ses chroniques sur  » France info  » sont très écoutées et lui ouvrent un plus large public.

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Générations : Le Philosophe et la Jeune Fille

http://www.place-publique.fr/spip.php?article6562

Article de Caroline de Hugo paru dans le Magazine de mai 2012 de Place Publique

Dans un petit ouvrage en forme de plaidoyer, Michel Serres observe avec bienveillance la naissance d’une jeune génération qui va devoir réinventer le monde.

Bien sûr, Michel Serres est l’un de nos plus célèbres philosophes. Mais c’est aussi un historien des sciences et un grand pédagogue, passionné par l’idée de la transmission du savoir. Dans Petite Poucette, il raconte l’histoire de la naissance d’une nouvelle race humaine : les Petit Poucet et Petite Poucette. Il les a ainsi baptisé à cause de l’impressionnante dextérité avec laquelle ces jeunes mutants utilisent leurs deux pouces pour envoyer des SMS à leurs milliers « d’amis » et twitter leur vie en temps réel. Michel Serres les envisage avec tendresse, ces écoliers qui grandissent dans un monde en plein bouleversement.

La troisième révolution est en marche.

Lui, comme nous tous est un enfant de la deuxième révolution, celle du passage de l’écrit à l’imprimé qui a succédé à la première, celle du passage de l’oral à l’écrit. En scrutateur avisé des transformations du monde et des hommes, il analyse le fossé qui se creuse entre nous et ces enfants de la troisième révolution, celle des nouvelles technologies.
Cette faille est plus profonde encore que ceux qui marquèrent la fin de l’empire romain ou la Renaissance. Déjà, nous ne parlons plus la même langue. Alors que depuis Richelieu, l’Académie française publie tous les vingt ans un nouveau Dictionnaire, riche de quatre à cinq mille mots nouveaux, la prochaine version différera d’au moins trente cinq mille mots. À ce rythme, explique l’académicien, « assez vite nos successeurs pourraient se trouver aussi séparés de notre langue que nous le sommes de l’ancien français pratiqué par Chrétien de Troyes ou Joinville ». Leur géographie aussi est différente de la notre, eux qui n’habitent plus le même espace que nous : « Par téléphone cellulaire, ils accèdent à toutes personnes ; par GPS, en tous lieux ; par la Toile, à tout le savoir ; ils hantent donc un espace topologique de voisinage, alors que nous vivons dans un espace métrique, référé par des distances ».

Cours Poucette, le vieux monde est derrière toi !

Contrairement à leurs grands-parents, Petite Poucette et ses congénères n’ont pas connu la famine ou la guerre. À leur naissance programmée, ils peuvent espérer vivre quatre vingt ans et vivre plusieurs vies amoureuses successives, au cœur de mégapoles interconnectées. Ils vont pratiquer de nouveaux métiers et se déplacer sans cesse, dans un monde où le multiculturalisme est devenue la règle.
Quand nous, « nous vivions d’appartenances à des régions, des religions, des cultures, rurales ou urbaines, des équipes, des communes un sexe, un patois, un parti, la Patrie », eux sont redevenus des individus. D’après Michel Serres, c’est plutôt une bonne nouvelle, au vu des crimes du passé commis au nom du collectif. Un passé pour lequel le philosophe n’éprouve pas de nostalgie particulière, lui qui observe avec émerveillement les soubresauts d’un nouveau monde qui s’élabore. Il le sait bien, les périodes de crise se sont toujours accompagnées de mutations politiques et sociales : lors du passage de l’oral à l’écrit, s’est inventée la pédagogie. Lors de l’invention de l’imprimerie, nous avons préféré, comme Montaigne posséder une tête bien faite à une tête bien pleine, sûrs que nous étions de pouvoir accéder au savoir accumulé dans les rayonnages remplis de livres et dispensé par les professeurs.

Comment penser, la tête dans les mains.

Or Petite Poucette, elle, n’a plus besoin de travailler dur pour apprendre le savoir. Il lui suffit d’ouvrir son ordinateur, cette tête qu’elle tient dans ses mains, « bien pleine en raison de la réserve énorme d’informations, mais aussi bien faite, puisque les moteurs de recherche y activent , à l’envi, textes et images, et que dix logiciels peuvent y traiter d’innombrables données, plus vite qu’elle ne le pourrait. Elle tient là, hors d’elle sa cognition jadis interne, comme saint Denis tint son chef hors du cou ». Avec ce décollement, le sujet même de la pensée vient de se métamorphoser.
Les neurones activés des Petits Poucets diffèrent de ceux auxquels l’écriture et la lecture se référaient dans la tête des hommes du XXe siècle. Ils vivent et pensent dans un bruissement virtuel. Dès lors, comment enseigner le savoir ?
Dans ce léger brouhaha des voix du XXIe siècle, tout reste à réinventer. Le vieux philosophe a décidé de suivre allégrement les petits cailloux blancs semés par les Petits Poucets pour imaginer avec eux ce que pourrait être notre vivre ensemble. Ce chemin qui nous mènera du modèle pyramidal et figé de l’antique Tour de Babel ou de la Tour Eiffel à celui, incandescent d’une « tour dansante, volubile, mobile, bariolée, fluctuante, nuée, musicale, vivace, kaléidoscopique ». Celle de notre avenir planétaire commun.

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Qu’est-ce qu’être gentil aujourd’hui dans notre monde ?

Posted by Hervé Moine sur 13 novembre 2011

Le 13 novembre 2011

3ème édition de la Journée de la gentillesse

Touche mon coeur

C’est la troisième édition de la Journée de la Gentillesse lancée en France par le magazine « Psychologies ». Cette année, pendant une journée, « le monde professionnel » et les « écoles » sont visés, avec « le lancement de l’Appel à plus bienveillance au travail et et les écoles avec la création de la valisette Spéciale Gentillesse. » http://journee-de-la-gentillesse.psychologies.com/

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Le 13 novembre, je l’ignorais, est la Journée de la Gentillesse. Il y a une journée pour tout alors pourquoi pas de la gentillesse. Cela ne mange pas de pain comme on dit. Une journée de la gentillesse, cela apparaît gentil voire gentillet. Dans notre monde d’aujourd’hui, la gentillesse est considérée à la fois comme une sorte de faiblesse et de naïveté, alors une journée de la gentillesse ressemble à une niaiserie. Etre gentil revient à être un perdant. Mais qu’est-ce au juste que la gentillesse ? Y a-t-il un sens à faire l’éloge de la gentillesse ? Et aujourd’hui, dans notre monde, en quoi consiste « être gentil » ? Cela apporte-t-il quelque chose à la société ? Autant de questions auxquelles tentent de répondre Emmanuel Jaffelin, auteur d’un Eloge de la gentillesse, chez François Bourin éditeur.

Hervé Moine

Emmanuel Jaffelin Photo : R. Battistini

Emmanuel Jaffelin, pourquoi faire l’éloge de la gentillesse ?

Parce que notre monde est cynique. Autrui est devenu un produit, une matière première qu’on manipule pour ce qu’on croit être son propre bénéfice. Aujourd’hui, le cynique, qui utilise les armes de la gentillesse pour abuser des autres, est une espèce très répandue. Et difficile à discerner, car s’il propose “gentiment” ses services, c’est en fait pour créer une dette envers lui. Le cynisme est d’autant plus présent dans les sociétés occidentales qu’elles ont refoulé la violence. Donc on utilise des moyens qui peuvent être doux pour arriver à des fins qui ne le sont pas.

Aujourd’hui, “être gentil”, ça consiste en quoi ?

A rendre service sur la base d’une demande. Ce n’est pas de la sollicitude, qui est le fait de vouloir le bien des gens malgré eux. Ce n’est pas non plus du respect, qui est de l’empathie froi­de régie par des règles. La gentillesse est à mi-chemin entre les deux : on fait un geste sans envahir autrui. C’est indiquer son chemin à quel­qu’un, aider une femme avec une poussette dans le métro, etc. En ce sens, la gentillesse est une sorte de servitude volontaire et donc une force morale, une forme d’intelligence du cœur.

Est-ce que cela apporte quelque chose à la société ?

Vous connaissez l’effet papillon ? L’idée que des peti­tes causes peuvent provoquer de grands effets. Etre gen­til ne coûte pas grand chose mais peut rapporter gros car cela tapisse la société d’une bonne humeur et crée du lien social, une affection sociale.

Paru dans Métro sous le titre « La gentillesse est une forme d’intelligence du coeur »http://www.metrofrance.com/culture/

La gentillesse à « Cité Philo » à Lille

Mardi 15 novembre de 15h à 17h

Eloge de la gentillesse en présence de l’auteur

Emmanuel Jaffelin

« Reconquérir la gentillesse comme vertu fondamentale n’est-il pas devenu une nécessité pour notre société ? Dans un ouvrage qui retrace l’histoire de la gentillesse, Emmanuel Jaffelin propose de la considérer comme une vertu à part entière et d’abandonner le mépris qui la frappe. Il l’associe à ce qu’il nomme une « morale praticable » en soulignant la facilité avec laquelle elle peut être dispensée. Un livre très frais et novateur qui vaut la peine d’être lu et relu par des lecteurs de tous âges et de toute provenance. » Présentation de Cathy Leblanc, maître de conférences en philosophie à l’UCL.

Emmanuel Jaffelin

Eloge de la gentillesse

Collection philosophie

Chez François Bourin éditeur

Présentation de l’ouvrage d’Emmanuel Jaffelin, Eloge de la gentillesse

Méprisée par l’élite et les intellectuels, la gentillesse est aujourd’hui reléguée au rang des petites vertus. Son histoire est celle d’un discrédit: née dans la noblesse romaine, dénigrée dans le christianisme, réhabilitée à la Renaissance, elle s’étiole comme une fleur fanée dans la démocratie marchande.

Emmanuel Jaffelin démonte les rouages de cette histoire contrariée et montre que la gentillesse est une vertu postmoderne. Entre sagesse et sainteté, elle offre aux hommes une morale praticable au quotidien et fondatrice d’un nouveau rapport à l’autre. Vertu caressante, véritable libido voluptatis, la gentillesse forge une morale pour notre temps, à portée de main, dont les petits gestes déploient de grands effets et préfigurent l’avènement d’un nouveau gentilhomme.

Biographie de l’auteur

Agrégé de philosophie, Emmanuel Jaffelin enseigne aujourd’hui au lycée Lakanal de Sceaux et anime un atelier à la prison de Sequedin, dans le nord de la France.

Alternativement à ses activités d’enseignement, il a été diplomate en Amérique latine et en Afrique.

Emmanuel Jaffelin, auteur de «L'Éloge de la gentillesse», anime un atelier à la prison de Sequedin.« Une morale intermittente »

Article paru dans le Républicain Lorrain du dimanche 13 novembre 2011

http://www.republicain-lorrain.fr/actualite/2011/11/13/une-morale-intermittente

L’enseignant et philosophe, auteur d’un Petit éloge de la gentillesse, redonne ses lettres de noblesse à cette valeur délaissée.

Cette Journée de la gentillesse a dû vous valoir bien des appels ?

Emmanuel Jaffelin : « Je ne suis pas gentil que le 13 novembre et je m’autorise à ne pas l’être le 13. Je défends une morale de l’intermittence. J’y oppose les morales impressionnantes, qui sont issues des monothéismes ou des sagesses païennes, qui nous obligent à nous porter tous les matins à des hauteurs vertigineuses. Je fais le constat que ces morales ont échoué. Tout le monde ne peut être un saint ou un sage. La gentillesse n’est pas quand on doit, c’est quand on veut et quand on peut. Je prône une morale impressionniste, par petites touches. »

La gentillesse ne semble pas être une valeur d’aujourd’hui, mais vous dites que si.

« Elle est une valeur de tout temps mais elle est surtout une forme d’intelligence négligée dans notre société. Nous sommes passés du couple noble-vilain au couple bon-méchant puis au gentil-cynique. Dans notre monde cynique, chacun veut instrumentaliser autrui et utilise pour ce faire le visage de la gentillesse, la douceur. Je montre que la gentillesse est un pouvoir doux, l’intelligence par la douceur : là, le but est d’être doux, mais elle ne devient pas un moyen. Elle est la fin et le moyen. »

Je peux réussir en société même si j’ai un comportement gentil ?

« Cela dépend de ce que vous appelez réussir. S’il s’agit de prendre la place de votre collègue, pas forcément. Il n’est pas exclu que vous soyez victime de la même logique, plus vieux. Vous aurez réussi votre vie sur une certaine période. Je crois qu’on ne réussit pas sa vie dans le cynisme. On la réussit par la bienfaisance, dont la gentillesse est un visage. Notre société ne valorise pas la bienfaisance. Une étude de sociologues américains montrait que les gentils en entreprise ne réussissaient pas. Cela me paraît une analyse fausse parce qu’elle ne prend la vie de l’individu que sur une période. Etre gentil n’est pas une forme de faiblesse. »

Le gentil dit oui à tout ?

« Pas du tout ! C’est une force, une morale du pouvoir. Je ne suis jamais pris en faute. Il y a des circonstances dans lesquelles je ne peux pas être gentil. Quand vous prenez le métro à Paris, vous ne faites pas la charité à tous les mendiants. La gentillesse est une forme d’intelligence qui répond à la demande que formule autrui, mais pas à toutes les demandes. »

La route est un exemple récurrent de manque de gentillesse, non ?

« La route est l’image même du cynisme, où on arrive à être soi en dominant autrui. Ne pas laisser passer un piéton ne permet pas de gagner du temps. La gentillesse est une occasion de se siphonner soi-même, de s’oublier au profit d’autrui. »

Propos recueillis par Ju. B. pour le Républicain Lorrain

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Revenir au face-à-face, délaisser quelque peu les écrans, les relations « virtuelles » de type Facebook

Posted by Hervé Moine sur 9 novembre 2011

Paul-Marcel Lemaire

Communiquer

Pour quoi faire ?

Cerf

Présentation de l’ouvrage de Paul-Marcel Lemaire : Communiquer : Pour quoi faire ?

« La communication a été dépouillée de ses traits propres, pour mieux envahir la culture collective ».

Cette observation, apparemment banale, provient d’une longue expérience de l’auteur, vécue au Canada surtout, puis en France, où il a enseigné les sciences sociales, fréquenté les milieux sociaux, religieux, politiques, celui des médias traditionnels, et approché celui des nouvelles technologies. Cette observation est ici décortiquée scrupuleusement, avec les instruments des sciences humaines, ceux de la psychologie, de la sociologie et de la philosophie, principalement. L’enquête se développe librement, sur des terrains aussi variés que la filmographie de Bergman, la communication interculturelle ou des textes de Paul Ricoeur… Trois appréhensions complémentaires président à cette recherche : les pratiques rhétoriques de la parole ont supplanté celles du dialogue ; l’information et la transmission ont prévalu depuis longtemps sur la communication proprement dite ; les technologies récentes ont favorisé les télécommunications, c’est-à-dire les rencontres à distance, au détriment du « corps-à-corps » que constitue la communication interpersonnelle, premier facteur constitutif du lien social et de la personnalité elle-même. Les divers abus de la « communication » contemporaine, notamment en politique et dans les technologies de réseaux, nous invitent à revenir au face-à-face, à délaisser un peu les écrans, les relations « virtuelles » créées par Facebook (ou n’importe quel autre réseau social), pour le réinventer. Il s’agit en quelque sorte de repartir de zéro, de s’initier de nouveau à l’élémentaire commerce humain, qui ne va plus de soi aujourd’hui, même s’il a toujours été exigeant.

Né en 1928, Paul-Marcel Lemaire est spécialiste de la philosophie du langage. Il  a été professeur au Département de Communication de l’Université d’Ottawa.

Pour se procurer l’ouvrage de Paul-Marcel Lemaire : Communiquer : Pour quoi faire ?

L'actualité du livre et du DVD

Il y a communiquer et communiquer…

A la fin des années 1960, le philosophe Marshall McLuhan théorisait ce qu’il appelait «le village planétaire» (Global Village). Il s’agissait alors de rendre compte des effets du développement de la mondialisation et des progrès des médias et des technologies de l’information et de la communication sur la vie des hommes. Ceux-ci vivraient dans un monde unifié. Il n’y aurait plus qu’une culture. Le monde ne serait qu’un seul et unique village, une seule et même communauté, «où l’on vivrait dans un même temps, au même rythme et donc dans un même espace».

Cette façon de considérer le monde parait optimiste à bien des égards. D’aucuns n’hésitent pas à brocarder son excessive naïveté, son caractère bel et bien utopique. C’est notamment le cas de Paul-Marcel Lemaire, qui dans son récent ouvrage Communiquer. Pour quoi faire ? défend l’idée que «la communication a été dépouillée de ses traits propres, pour mieux envahir la culture collective». Car si la communication, dans son acceptation la plus large et la plus sibylline, est l’un des domaines les plus labourés et retournés en tous sens, un certain nombre de questions essentielles sont rarement traitées.

C’est cette sorte d’érème, ce territoire délaissé à la fois par les études savantes et par les manuels de confection rapide que Paul-Marcel Lemaire aborde dans cet essai. Les grandes interrogations auxquelles l’enseignant s’efforce de répondre relèvent tant des sciences humaines que de la philosophie. En effet, l’auteur combine diverses perspectives, si bien que son approche est multidisciplinaire. Toutefois, prévient l’essayiste au cours de son propos introductif, il répugne à employer franchement cette épithète tant elle a été galvaudée. «Plus modestement, écrit-il, nous nous rattachons à l’écriture d’essai, à l’école des grands maîtres de ce genre littéraire, comme Montaigne, Pascal et d’autres, avec tous les risques de l’engagement personnel que comporte cette décision».

Suivant cette méthode, Paul-Marcel Lemaire consacre son ouvrage à la préoccupation constante de desserrer les liens des langages spécialisés. Il s’agit au surplus de retourner à l’usage du langage courant et ordinaire pour l’amener à exprimer des questions capitales. En cela, l’auteur entend se situer dans la continuité de Ludwig Wittgenstein. Au fil des pages, sont abordés de nombreux thèmes comme les ailleurs de la communication, l’indépassable principe d’incertitude, les enseignements à tirer de la féconde réflexion de Paul Ricœur, les liens entre relation(s) et communication ainsi que la place finalement très résiduelle de la communication dans le monde actuel.

Si le constat parait sombre, Paul-Marcel Lemaire esquisse quelques pistes éthiques afin de retrouver la communication, laquelle se fonde entre autre sur une sage modération, sur la reconnaissance de l’altérité et de «la transcendance de l’autre». P.-M. Lemaire recommande en sus de «privilégier la parole chercheuse de sens». L’auteur affirme d’autre part qu’il n’est pas de communication «sans sensibilité spirituelle» ni «courage de l’espérance». Il s’agit finalement de résoudre les tensions inhérentes à l’insociable sociabilité des hommes. Pour ce faire, indique l’auteur, il importe de se replonger dans la Bible et plus spécialement dans les textes du Livre de la Genèse…

Jean-Paul Fourmont ( Mis en ligne le 08/11/2011 )

Droits de reproduction et de diffusion réservés © Parutions 2011

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Pour un multiculturalisme à la française

Posted by Hervé Moine sur 7 novembre 2011

Rencontre avec Joël Roman

Publié dans La Voix du Nord, ce lundi 07 novembre 2011

Dans le cadre des Rendez-vous d’Archimède, une rencontre sur le thème « Quel devenir pour le travail social ? » est proposée avec Joël Roman, philosophe, essayiste, directeur de la collection Pluriel chez Fayard, membre de la rédaction de la revue Esprit.

Cet agrégé de philosophie prône « un multiculturalisme à la française » qui reconnaisse le pluralisme social et culturel de la société française, l’empreinte durable des immigrations post-coloniales, et sache adapter le modèle républicain à la multiplicité individuelle, à la nouvelle question sociale des banlieues et à la présence de l’islam de France. Rarement, estime-t-il, le travail social n’aura été aussi nécessaire.

Rarement, son devenir n’est apparu aussi incertain… Les conséquences sociales engendrées par le développement du chômage de masse ont radicalement changé le travail social. Il pose la question : comment reconstruire une fonction essentielle à la vie démocratique ?

Mardi 8 novembre à 18 h 30 à l’Espace culture de la Cité scientifique à Villeneuve-d’Ascq. Entrée libre. Renseignements au 03 20 43 69 09.

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Que peut la philosophie face à la colère des exclus ?

Posted by Hervé Moine sur 5 novembre 2011

Le philosophe et les SDF

Article d’Isabelle Castéria paru dans Sud-Ouest du samedi 5 novembre 2011

http://www.sudouest.fr/2011/11/05/le-philosophe-et-les-sdf

Jeudi soir, à la fac Montesquieu, la conférence sur l’exclusion a ouvert la parole aux exclus.Vies ordinaires, vies précaires

 Les SDF ont échangé hier soir avec le philosophe Guillaume le Blanc sur la souffrance de la rue.  L T.

Les SDF ont échangé hier soir avec le philosophe Guillaume le Blanc sur la souffrance de la rue. L T.

Les SDF ont échangé hier soir avec le philosophe Guillaume le Blanc sur la souffrance de la rue. L T.

Une rencontre d’intellos. A priori. Des intellectuels fort intelligents qui pensent la fragilité sociale, la nôtre, celle des exclus, qu’ils soient SDF, sans papiers, sans voix. Jeudi soir, l’amphithéâtre Duguit de Bordeaux 4, place Pey-Berland était bondé. Il fallait s’asseoir par terre faute de sièges, pour écouter le philosophe bordelais Guillaume le Blanc prendre la parole à la place de ceux qui ne l’ont plus.

Les discours didactiques, pourtant fort opportuns et emplis d’empathie, n’ont visiblement pas convaincu la petite poignée « d’exclus » qui se sont invités à la soirée, organisée par le collectif Les Bruits de la rue. En préambule à la conférence dite dialoguée, une vidéo a été projetée qui met en présence des personnes en situation de grande précarité. « On ne connaît pas notre chance d’avoir un toit sur la tête », dit l’un. « On dérange la société », lâche l’autre. « Moi, admet une jeune femme, j’ai toujours peur d’être jugée : pas assez propre, pas assez belle. » Encore un : « On envoie de l’argent en Grèce et nous en France ? Les nécessiteux ? » ou : « Je suis toujours en train de fouiller en moi, pour chercher une qualité. »

Sortir des poncifs

Guillaume le Blanc, auteur de plusieurs ouvrages sur la question sociale, remarque la diversité des personnalités qui s’expriment, laquelle donne plusieurs approches de la précarité. « Une voix, une vie, commente-t-il. Chaque vie a sa stratégie propre. Les paroles ne se laissent pas enfermer dans une logique sociologique. Cela rend la tâche modeste, je ne vous dirai pas ce que sont les vies fragilisées. Prendre soin des exclus, c’est chercher au-delà du côté spectaculaire de la mise en scène médiatique, à les accompagner au quotidien. »

Sortir des poncifs qui entourent l’image du SDF, éviter les lieux communs pour tenter une réflexion plus vaste. Les hommes qui sont intervenus en fin de soirée, ont demandé le micro. Ils étaient en fond de salle et n’ont pas bronché pendant deux heures, attendant leur tour. Le micro a tremblé. « Ce serait pour poser une question au philosophe, a lancé le premier. Êtes-vous allé rencontrer vraiment les gens dans la rue ? » Guillaume le Blanc est visiblement sensible au ton réprobateur. Il fait remarquer : « Vous avez l’air en colère ? » « Oui je suis en colère ! Je sais pas pourquoi, enfin si », a répondu son interlocuteur. « J’ai posé un diagnostic certes, a repris le philosophe, mais mon propos est forcément aléatoire. »

« Eh bien moi, ajoute une autre voix dans le public, j’aimerais bien pouvoir discuter avec des gens comme vous. Ce soir, alors qu’on est tous là bien au chaud, il y a 150 personnes qui dormiront dehors dans les rues de Bordeaux. Je suis un SDF et je parle en leur nom ! »

Une dame prend le relais : « Monsieur le philosophe, êtes-vous allé dans les structures offrir votre livre aux exclus, qui n’ont pas les moyens de se le payer ? »

Guillaume le Blanc : « Je ne suis pas la bonne parole. Oui je rencontre des gens sur le terrain, je discute, j’écoute, je veux maintenir l’échange. Votre colère est légitime… » Mais.

Mais, le discours forcément se heurte au réel. Et même si le discours est bienveillant, intelligent, porteur d’espoirs et de leçons, puisqu’il parle de tolérance, de soutien et de prise en compte de l’autre comme un égal, il n’est qu’un discours. Des mots face à des personnes qui souffrent, vivent la mise à l’écart de la société comme un rejet viscéral. « Vous dites prendre soin, vous parlez de nous comme si nous étions malades ! », tonne un auditeur. « Prendre soin n’est pas à prendre au sens médical, il s’agit d’accompagnement », plaide Guillaume le Blanc.

Guillaume Le Blanc

Vies ordinaires

Vies précaires

aux éditions du Seuil

Collection : la couleur des idées

Présentation de l’ouvrage

Banalisée, inscrite désormais dans le décor de notre quotidien, la précarité bouleverse notre rapport aux normes sociales.

Sait-on simplement aujourd’hui ce qui distingue une vie ordinaire d’une vie précaire ? A-t-on seulement noté que les chômeurs, les surnuméraires, les inutiles, cette armée de sans-voix, s’inventent une nouvelle langue à laquelle nous restons sourds ?

Si la philosophie peut espérer contribuer à la critique sociale, il lui revient de traduire ces expériences d’inexistence et de redonner droit de cité à ces voix discordantes, participant ainsi à la construction d’une  » société décente « .

Non point un programme, mais une exigence : parce que les voix des précaires sont l’ultime voix de la démocratie, leur faire une place dans le bruit ordinaire de nos vies.

Se procurer l’ouvrage de Guillaume Le Blanc Vies ordinaires, vies précaires

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Coup de projecteurs renouvelés sur les rapports entre pouvoir et violence

Posted by Hervé Moine sur 28 octobre 2011

Jan Philipp Reemtsma

Confiance et violence

Essai sur une configuration particulière de la modernité

Traduit de l’allemand par Bernard Lortholary.

« NRF essais », Gallimard

Présentation de l’éditeur

Cet ouvrage est une exploration de la modernité occidentale hors de nos cartographies habituelles. Sans pareil, il déroutera d’aucuns, comme peuvent dérouter Masse et Puissance d’Élias Canetti ou Création littéraire et connaissance d’Hermann Broch. Pour traiter son sujet, en effet, il ne recourt pas à une méthodologie propre à une discipline établie, mais à une technique descriptive. De vastes survols alternent avec une concentration sur des détails, afin de compenser ce que la vue d’ensemble a inévitablement de trop schématique.

Les approches sociologiques ou historiographiques, autant que les développements empruntés aux philosophies politique et morale, alternent avec des analyses philologiques et le traitement de matériaux extraits de la littérature, de la poésie et du théâtre. Il n’en fallait pas moins pour aborder de front le paradoxe essentiel de la modernité : celui des rapports que nos sociétés contemporaines nouent entre confiance et violence.

Trois questions sont tramées.

Premièrement : comment en est-on arrivé à cette spécificité de la modernité, européenne et transatlantique, issue des crises des XVIe et XVIIe siècles, qui la distingue apparemment de toutes les autres configurations culturelles, à savoir son besoin spécifique de légitimer le recours à la violence ?

Deuxièmement : comment cette modernité parvient-elle à concilier ce besoin de légitimation et la confiance qu’elle nourrit d’aller vers un avenir où la violence serait la plus réduite possible, avec la violence effective qu’elle exerce ?

Troisièmement : pourquoi les excès de violence du XXe siècle, s’ils ont certes gravement entamé la confiance que la modernité a en elle-même, ne l’ont, pour le moment, pas amenée à se détourner de sa voie spécifique ?

Cette étude sur la confiance au fondement de tout pacte social, sur la violence corporelle, ou encore les rapports entre pouvoir et violence, est de ces travaux qui changent notre éclairage, ils braquent en quelque sorte les projecteurs sur un terrain connu mais d’une façon nouvelle, et veulent ainsi faire ressortir des zones restées dans l’obscurité, modifiant et les ombres portées et plus en profondeur nos perspectives communes. Elle ne concurrence pas d’autres regards sur la modernité, elle les complète. À condition que l’on en accepte le dépaysement premier.

Se procurer l’ouvrage de Jan Philipp Reemtsma Confiance et violence : Essai sur une configuration particulière de la modernité

Jan Philipp Reemtsma : quand la violence est pur caprice

Article de Nicolas Weill, paru dans le Monde des livres le 27 octobre 2011

http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/10/27/jan-philipp-reemtsma-quand-la-violence-est-pur-caprice_1594655_3260.html

« Toute philosophie a ses obsessions d’ordre privé », dit le sociologue hambourgeois Jan Philipp Reemtsma, un peu égaré dans ce grand hôtel parisien où il est descendu pour la sortie de son livre en français. Une somme consacrée au double phénomène de la confiance et de la violence dans la modernité, et que l’on peut comparer, par son style mi-littéraire mi-savant, à Masse et puissance d’Elias Canetti.

Jan Philipp Reemtsma est de ceux qui, avec Wolfgang Sofsky ou Harald Welzer, ont renouvelé l’approche de la violence et du pouvoir d’une façon très différente de celle des Français, et en particulier de Michel Foucault, « même si naturellement c’est un précurseur », concède-t-il. Pour Reemstma, en effet, on ne saurait confondre domination, violence et sexualité. D’où son désintérêt pour Sade qu’il ne trouve « pas très éclairant du point de vue philosophique ».

La violence, Jan Philipp Reemtsma a pu, enfant, en observer les traces dans les ruines non encore déblayées du bombardement d’Hambourg par les alliés. Il a vu, encore intacte, l’entrée du camp de concentration implanté dans la ville hanséatique. Héritier d’une famille enrichie dans la fabrication de cigarettes, la dynastie dont il est issu paraît taillée sur le modèle des chevaliers d’industrie qui peuplent les Buddenbrook ou Felix Krull, ces romans de Thomas Mann qui d’ailleurs apparaissent dans Confiance et violence.

Dès 1980, Jan Reemtsma vend toutes ses parts de la firme familiale pour consacrer sa fortune au mécénat. Ce littéraire et philosophe crée, en 1984, le Hamburger Institut für Sozialforschung (Institut hambourgeois de recherche sociale), qui va patiemment mettre en concepts l’héritage multiforme de la génération née dans l’immédiat après-guerre, confrontée à la mémoire purulente et silencieuse du IIIe Reich.

Né en 1952, il appartient aussi à la génération 1968, et le travail de l’Institut a consisté d’abord à étudier les premiers rapports sur la torture pratiquée par les dictatures sud-américaines. Personnage sensible, ironique, d’une extrême retenue, Jan Reemtsma se crispe quand on évoque l’autre événement qui l’a exposé à la violence, quand, en mars 1996, il fut agressé à son bureau d’Hambourg, blessé au visage et enlevé. De cette captivité de trente-trois jours, il parle sans tabou (Dans la cave, Pauvert, 2000). Sans tabou, mais non sans souffrance. « La vie a parfois de l’esprit car très peu de temps avant mon enlèvement, j’avais écrit un éditorial sur la question du traumatisme dans la revue de l’Institut, Mittelweg 36 », commence-t-il par souligner.

Si, pour lui, la violence doit se comprendre moins en termes moraux ou psychologiques que comme rapport au corps déplacé, violé, torturé ou anéanti, ce terrible moment biographique l’explique aussi. De ses ravisseurs, Jan Philipp Reemtsma a en effet subi le pouvoir absolu. Il a vu affleurer une violence de pure destruction, de pur caprice, ne se laissant ni réduire ni expliquer par l’objectif poursuivi (la rançon).

« Avant d’entrer dans la cave où j’étais séquestré, raconte-t-il, le ravisseur s’annonçait de deux coups frappés à la porte et ce bruit m’a longtemps accompagné. Une cruauté m’a été imposée du fait que l’homme m’avait dit qu’il viendrait à 8 heures du matin. Or il n’arrivait pas. En regardant ma montre, je me mettais à penser qu’on m’avait abandonné, que j’allais mourir de faim ou plutôt de soif. Fallait-il tenter une évasion ? Mais en cas d’échec, je serais ligoté… ». En fait, le ravisseur faisait tout simplement la grasse matinée, comme Jan Philipp Reemtsma s’en apercevra au procès. « Voilà les conséquences que peut avoir le simple fait, chez quelqu’un, d’aimer dormir tard : l’angoisse et la terreur que cela pouvait déchaîner en moi. »

Si son travail sur la violence n’est pas une conséquence directe du rapt, ce traumatisme-là l’a incontestablement nourri, au même titre que les activités de son institut, devenu célèbre dans le monde entier à la faveur d’une exposition controversée, en 1995, sur les crimes de la Wehrmacht.

Les vétérans de l’armée allemande eurent soudain, sous les yeux, les photos complaisantes du meurtre de masse auquel beaucoup avaient participé – et non les seuls SS. Le scandale fut énorme : en Allemagne comme en Autriche, il y eut un avant et un après.

La violence qui ne vise qu’à l’annihilation du corps, Jan Reemtsma lui a inventé un nom : « violence autotélique ». C’est surtout cette dernière que la modernité derrière le droit et le monopole de la violence par l’Etat s’obstine à ne pas voir, tout comme l’opinion d’après-guerre a renâclé à contempler la tête de Méduse du génocide.

La brandir, voilà pourquoi Jan Philipp Reemtsma fait de la sociologie, en citant abondamment Shakespeare, « le plus grand sociologue du pouvoir de tous les temps ». Savoir exhiber, art du metteur en scène, n’est-ce pas aussi celui du sociologue ?

Nicolas Weill à propos de Confiance et violence de Jan Philipp Reemtsma

Jan Philipp Reemtsma
Jan Philipp Reemtsma

L’auteur Jan Philipp Reemtsma

Jan Philipp Reemtsma né en 1952 est philologue et essayiste allemand. Il a enseigné la littérature allemande moderne à l’Université de Hambourg.

Il est fondateur et membre du comité directeur du Hamburger Institut für Sozialforschung et de la Arno Schmidt Stiftung.

Se procurer l’ouvrage de Jan Philipp Reemtsma Confiance et violence : Essai sur une configuration particulière de la modernité

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Pourquoi tant de silence ?

Posted by Hervé Moine sur 28 octobre 2011

Le silence fait son show dans un monde bruyant

Article paru dans 20mintes.ch le 27 octobre 2011

http://www.20min.ch/

Stress et cacophonie sont les démons de notre époque. Une philosophe explique pourquoi le calme est devenu un but ultime.

Elsa Godart, philosophe et psychanalyste

Le mot silence est sur toutes les lèvres, cet automne. Les preuves ? «The Artist», actuellement à l’affiche, est un film muet où le héros, campé par Jean Dujardin, est un acteur des années 1930 incapable d’émettre un son. La mode de la «silent party» fait un tabac à Paris. Depuis quelques semaines, la presse francophone tartine sur le silence radio de l’écrivain Michel Houellebecq, qui se planque dans un lieu secret, ou celui du satellite «Rosat», qui s’est échoué sur terre sans faire de bruit.

Pourquoi ce thème est-il dans l’air du temps aujourd’hui ? Pour la philosophe Elsa Godart, «le silence n’est jamais rien, c’est un langage à part entière. Au-delà des non-dits angoissants et pesants­, le silence invite au retour sur soi et au recueillement­.» Sonneries, vrombissements, chaos : l’homme moderne est assailli par le bruit. Perçu comme l’expression de la vie, il est désormais, à haute dose, synonyme de stress. Le contemporain aspire à ce luxe qu’est la sérénité. «Certes, l’angoisse du silence est liée à la peur du vide. Mais rompre avec le rythme effréné de la vie urbaine permet d’entendre mieux», ajoute l’intellectuelle, qui évoque la dimension collective de cette quête : «Etre ensemble dans le silence est une forme extrême d’intimité.»

Mutisme élevé au rang d’art de vivre

A la fin du XXe siècle, «Le monde du silence», comprenez l’univers sous-marin, était le champ d’action du commandant Cousteau, un célèbre explorateur. Au XXIe, c’est un cinéaste, David Lynch, qui sonde, lui aussi, les profondeurs, mais celles de l’âme. Nul besoin d’un sous-marin: l’artiste s’est fait le chantre de la méditation aux Etats-Unis et a ouvert une fondation où ses disciples distillent, sans bruit, une technique originale pour atteindre la paix intérieure. Cette aspiration au zen est aussi en vogue dans le domaine professionnel en France. Des entreprises (L’Oréal, Ikea, Areva, hôpitaux, etc.) ont recours à un sophrologue qui réunit les employés pour des séances de relaxation et de silence. Le but est la gestion du stress, qui pousse 30% des salariés français à envisager de quitter leur emploi.

En piste contre le boucan

Le Silencio fait beaucoup de bruit à Paris. La boîte de nuit, inaugurée récemment, est la plus courue de la capitale française. L’établissement s’est notamment spécialisé dans la «silent party». Le principe ? Les joyeux drilles écoutent les sons du DJ dans des casques sans fil. Vu de l’extérieur, le spectacle est surréaliste. Ces réjouissances silencieuses­ avaient été lancées en Grande-Bretagne en l’an 2000. Leur but était de lutter contre la pollution sonore en milieu­ urbain.

Qu’il est rassurant, le bruit de l’auto !

Volvo s’intéresse au silence de ses nouveaux modèles électriques, jugé «oppressant» par des testeurs. Depuis 2009, ces voitures font l’objet d’essais acoustiques en laboratoire afin «de créer une ambiance agréable à l’oreille, dans et hors de la voiture», dit le constructeur. De nombreux piétons malvoyants, inquiets de cette absence de sons «avertisseurs», se plaignent. Ils craignent pour leur sécurité.

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