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Elisabeth de Fontenay : l’énigme de l’animalité, la fragilité humaine, l’identité juive après la Shoah, l’engagement politique, la souffrance des exclus

Posted by Hervé Moine sur 30 mars 2011

Elisabeth de Fontenay

Entretiens avec Stéphane Bou

Actes de naissance

Seuil (mars 2011)

Présentation de l’éditeur

Elisabeth de Fontenay, ou comment une double appartenance (ici : juive par la mère, aristocrate et catholique par le père) peut déterminer le cours d’une vie, contrarier, notamment, le projet d’écrire un jour… son autobiographie. Car si cette femme déterminée n’y est pas parvenue toute seule, s’il lui a fallu, pour dire les tourments de sa vie personnelle et intellectuelle, un accoucheur de 30 ans son cadet, c’est d’abord sans doute pour cette raison qu’elle livre au milieu du livre :  » Malgré mon irréprochable père [il fut un grand résistant], j’ai l’impression d’être une scène où s’affrontent le christianisme antisémite et le judaïsme persécuté, je peux me raconter que c’est ma famille vychissoise qui a persécuté ma famille juive… « .

Tous les grands sujets auxquels la philosophe se sera mesurée, et qu’elle revisite ici d’un œil neuf, sont habités par cette tension originelle : l’énigme de l’animalité, la fragilité humaine, l’identité juive après la Shoah, l’engagement politique, la souffrance des exclus.

Ce voyage éclairé dans les idées contemporaines passionnera tous ceux, et ils sont nombreux, qui savent que seule l’intelligence humaine peut faire obstacle à la toute-puissance du conformisme de marché.

Pour se procurer l’ouvrage d’Elisabeth de Fontenay Actes de naissance

Elisabeth de Fontenay d'après une photo de Remi Jouan

Elisabeth de Fontenay

Née en 1934, Élisabeth de Fontenay est la fille d’Henri Bourdeau de Fontenay, grand résistant.

Maître de conférence émérite de philosophie à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, elle s’intéresse d’abord à Marx auquel elle consacre un ouvrage intitulé Les Figures juives de Marx. Marx dans l’idéologie allemande (1973). En 1984, elle fait paraître un livre qui a fait date sur le matérialisme de Diderot (Diderot ou le Matérialisme enchanté).

Comme ses ouvrages ultérieurs, cette contribution s’interroge sur les rapports entre les hommes et les animaux dans l’histoire. Cette réflexion culmine avec la parution de son magnum opus Le Silence des bêtes paru chez Fayard en 1998, un ouvrage qui repose la question de ce qu’est le « propre de l’homme » et remet en cause l’idée d’une différence arrêtée entre l’homme et l’animal. Privilégiant la longue durée, cet ouvrage interroge les conceptions de l’animal des Présocratiques jusqu’à nos jours en passant par Descartes et sa célèbre hypothèse de l’animal-machine.

Cette réflexion peut être rapprochée du courant actuel de la pensée post humaniste représenté notamment par Peter Sloterdijk ou Donna Haraway. Parmi les auteurs qui ont influencé ses travaux, on peut mentionner notamment Vladimir Jankélévitch, Michel Foucault et Jacques Derrida.

Juive par sa mère dont une grande partie de la famille a été exterminée à Auschwitz, Élisabeth de Fontenay est restée très attachée à cette culture. Elle est actuellement présidente de la « Commission Enseignement de la Shoah » de la Fondation pour la mémoire de la Shoah et membre du comité de parrainage de l’association La paix maintenant pour la promotion du mouvement israélien Shalom Archav.

Parallèlement, elle fait partie du Comité d’éthique ERMES aux côtés notamment d’Henri Atlan. Préoccupée par les questions éthiques concernant le traitement de animaux, elle a publié en collaboration avec Donald M. Broom Le Bien-être animal (Éditions du Conseil de l’Europe, « Regard éthique », 2006) qui expose les problèmes d’éthique soulevées par ce sujet en exposant les points de vue religieux et les positions des différents pays.

D’après wikipédia

Critique de Télérama

Article de Nathalie Crom paru dans le n° 3194 de Télérama

http://www.telerama.fr/livres/actes-de-naissance,67109.php

Il relève à la fois de l’exercice autobiographique et du « ce que je pense » – plutôt que « ce que je crois » -, ce long entretien passionnant avec la philosophe Elisabeth de Fontenay, auteur du Silence des bêtes (éd. Fayard, 1998), mené par l’universitaire et journaliste Stéphane Bou.

Les premières questions guident Elisabeth de Fontenay vers l’enfance : née en 1934, grandie dans une famille catholique engagée dans la Résistance durant l’Occupation, elle dut attendre d’être une jeune femme pour apprendre la judéïté de sa mère et l’extermination de toute la famille de cette dernière à Auschwitz. Farouchement entretenu par sa mère elle-même, ce secret fonde son existence, sa volonté initiale d’investir intellectuellement « les choses juives », puis, prenant acte « du nouage dans l’histoire contemporaine entre les animaux et les Juifs », sa décision de déplacer le centre de gravité de sa réflexion philo­sophique vers la question de l’animal – son statut, sa place, le regard et l’attitude des hommes à son endroit.

Extrêmement riche, et d’une clarté constante, l’entretien examine de près ce « nouage », pour s’ouvrir vers une réflexion à la fois rigoureuse et très émouvante sur la « vulnérabilité des vivants ». Inscription dans la tradition philosophique, souci éthique et volonté politique vont ensemble pour cette femme qui, en tant qu’individu, se définit comme un « processus », une conscience et une intelligence toujours en « équilibre précaire et en devenir » – une subjectivité et une pensée en mouvement.

Nathalie Crom, Télérama n° 3194


Métamorphose d’une philosophe

Article de Jérôme Garcin paru dans Le Nouvel Observateur du 10 mars 2010

http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20110308.OBS9314/metamorphose-d-une-philosophe.html

Très tôt, Elisabeth de Fontenay a rompu avec le catholicisme paternel pour épouser le judaïsme maternel. Elle s’en explique dans ces «Actes de naissance»

Elle n’avait encore jamais si clairement désigné sa déchirure originelle, ontologique. Elle cachait bien la blessure dont la souffrance a pourtant déterminé toute sa pensée philosophique, partagée entre la rhétorique enchantée de Diderot et le douloureux mutisme des bêtes. Elle a attendu d’avoir atteint l’âge où l’enfance réclame son dû pour formuler enfin le conflit d’où elle est née, en 1934, et qui la fonde: «Malgré mon irréprochable père et deux de ses cousines qui ont fait de la Résistance, j’ai l’impression d’être une scène où s’affrontent le christianisme antisémite et le judaïsme persécuté, je peux me raconter que c’est ma famille vichyssoise qui a persécuté ma famille juive.»

Son père, Henri Bourdeau de Fontenay, un avocat acquis au Front populaire, un républicain dont le livre de chevet était «Quatrevingt-treize», d’Hugo, prit le maquis sous le pseudonyme de Seguin, fit partie du comité parisien de la Libération nationale et devint, nommé par de Gaulle, le premier directeur de l’ENA. Un parcours d’autant plus exemplaire qu’il appartenait à une vieille famille ultracatholique, Action française et antisémite. Sa mère, dont la famille fut exterminée à Auschwitz, s’appelait Nessia Hornstein. Née à Odessa, elle était dentiste, blonde et surtout silencieuse, n’évoquant jamais la tragédie qui avait emporté les siens, obligeant sa fille à vivre avec ce secret, lui léguant un devoir d’oubli qu’elle allait transformer en devoir de mémoire.

Très tôt, la moitié juive d’Elisabeth de Fontenay l’a en effet emporté sur sa moitié catholique. A 22 ans, celle qui avait été baptisée et élevée au collège Sainte-Marie abandonna la religion paternelle après avoir découvert que Pie XII «avait laissé faire les nazis sans intervenir». Sa rencontre, en 1968, avec Vladimir Jankélévitch, dont elle fut l’assistante à la Sorbonne, allait être déterminante. Engagée à la fois à gauche et en faveur d’Israël, elle écrivit, en 1973, son premier livre: «les Figures juives de Marx», où elle analysait l’antijudaïsme de l’auteur du «Capital». Après quoi, avec un éblouissement qui n’exclut pas la critique, elle se tourna vers les Lumières.

Chez Elisabeth de Fontenay, la construction de soi est indissociable de la destruction du silence. Car cette philosophe qui a enseigné à la Sorbonne (tout en considérant que la philosophie n’a plus de raison d’être après Auschwitz), porté à la scène Diderot et Michelet, embrassé la cause animale, milité à gauche, lutté contre le capitalisme, présidé la commission Enseignement de la Shoah, n’a eu de cesse de combler le silence – «le puits sans fond» – de sa mère; celui de son frère, victime d’une «maladie de l’esprit»; le sien propre, recouvert par la voix des grands philosophes ; et celui des animaux qu’on extermine à l’abattoir.

On voit par là que c’est une femme de parole, dans les deux acceptions du mot: éloquente et loyale. Stéphane Bou le sait bien, qui a réussi, au fil de cette conversation tourmentée, ardente et passionnante, à faire dire à cette intellectuelle d’exception ce qu’elle n’avait jamais dit: «Chaque âme doit au moins une fois devenir juive.»

Jérôme Garcin

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La philosophie de Pierre Zaoui, une philosophie pour le meilleure et pour le pire

Posted by Hervé Moine sur 29 octobre 2010

« La Traversée des catastrophes. Philosophie pour le meilleur et pour le pire », de Pierre Zaoui : manuel de survie

Paru dans LE MONDE DES LIVRES le 28 octobre 2010

Une nouvelle génération de philosophes se lève, qui ne recule devant rien. Les femmes et les hommes qui lui donnent souffle partagent une même conviction : la pensée ne vaut pas une heure de peine quand elle néglige l’expérience vivante des hommes. Toute l’expérience, pour le meilleur et pour le pire – le miel et la boue, la joie comme les larmes, les lendemains qui chantent mais aussi les petits matins glauques.

Récemment, déjà, dans un bel essai intitulé Cet obscur objet du dégoût (Ed. Le Bord de l’eau), la jeune Julia Peker arpentait l’immonde, cette « zone obscure et menaçante au coeur du réel, aussi dévalorisée qu’insupportable, que nous apprivoisons par l’ignorance ». Aujourd’hui, c’est Pierre Zaoui qui s’avance en ces parages. Dans La Traversée des catastrophes, il affirme que la pensée, pour être digne de ce nom, doit pouvoir explorer les territoires les plus innommables, ceux devant lesquels les professionnels du concept ont le plus souvent reculé : « Si l’on se veut philosophe, écrit Zaoui, il faut y aller, il faut descendre dans ces expériences sombres, impudiques, vulgaires. »

De quoi s’agit-il ? De la maladie endurée, de la mort à venir, de l’être aimé qui disparaît. Chacune de ces expériences, Zaoui les parcourt à petits pas. Il progresse bien lentement, point par point, avec une rigueur impeccable et une grande sensibilité. Il sait bien que la philosophie, dès qu’elle prétend gloser sur les corps en souffrance, risque à tout moment de basculer dans une posture de surplomb, obscène à force d’abstraction. Mais il préfère courir le risque, convaincu qu’à la fin des fins, seule l’analyse conceptuelle peut rendre raison de la détresse humaine, y compris dans ses aspects les plus charnels, les plus concrets. Telle est la vieille leçon du Parménide de Platon, qui exhortait le philosophe à unir théorie et pratique, spéculation et éthique, afin de bâtir une métaphysique « du poil, de la boue et de la crasse ».

Nulle complaisance, ici, nulle tentation de se vautrer dans le pire. Au contraire, si Zaoui décrit le drame, la douleur, la déchéance, c’est d’abord pour proposer un « manuel de survie » où le lecteur apprendrait non seulement à « vivre avec » ses catastrophes intimes, mais encore à les subvertir pour inventer une sur-vie, c’est-à-dire une vie supérieure, tout à la fois plus haute, plus intense et plus belle.

Comme tous les manuels, celui-ci se laisse mal résumer. Chacun le découvrira, y reviendra, se l’appropriera à son rythme, selon les épreuves endurées et les espérances endossées, pour sortir de tel mauvais pas, repartir d’un bon pied, s’autoriser à nouveau une échappée belle. Contentons-nous d’énoncer ses références et ses principes, afin d’en souligner l’exaltante singularité.

Celle-ci doit beaucoup à une prise de parti résolument empiriste. Ce souci de l’expérience ne date pas d’hier, bien sûr, et Pierre Zaoui se réclame d’une tradition qui court depuis les sagesses grecques jusqu’à l’éthique de Spinoza, à laquelle il a déjà consacré une étude (Spinoza, la décision de soi, Bayard, 2008). Au sommet de cette lignée, il place la philosophie vitaliste de Gilles Deleuze (1925-1995), qui irrigue toute sa réflexion. Mais il convoque aussi Nietzsche et Levinas pour décrire la vie humaine et en faire toute une maladie : « Etre ou avoir été malade, c’est perdre pour de bon le fantasme infantile de l’éternelle jeunesse comme le fantasme de petit actionnaire d’un « capital santé » que l’on pourrait infiniment faire fructifier. (…) Devenir malade, c’est apprendre la vérité de la vie, non seulement dans son terme, mais depuis son départ : vivre, c’est tomber malade », écrit Zaoui.

A l’horizon d’une telle démarche, il y a la tentative de fonder rationnellement une existence précaire, sans garantie aucune, et donc de bâtir ce que l’auteur nomme une « éthique du dehors« . Autrement dit, une doctrine destinée aux athées sérieux, qui s’interdisent de trouver refuge dans la maison d’un dieu protecteur. Ceux-là ont comme seul recours la puissance de la philosophie et la subtilité de la littérature. Du reste, cette alliance se trouve au coeur du travail entrepris par Zaoui. Ainsi mobilise-t-il Kafka et Beckett dans le but de restituer la complexité des désastres subjectifs : « On doit parler d’un mouvement de pendule infernal dans lequel on oscille sans cesse non seulement de la plainte à la colère, de l’abandon à la hargne de se redresser, de la défaite à la résistance, mais aussi bien de la compassion à la dureté, du besoin éperdu d’être reconnu et pris en charge à la haine. »

Orgueil de la pensée

Ecrit d’une plume élégante, ce livre n’en refuse pas moins les purs effets de style, et s’efforce de déjouer les sortilèges de la métaphore. Contre ceux qui voudraient réduire la prose philosophique à un bavardage, Zaoui réaffirme l’orgueil et la souveraineté de la pensée théorique. A mille lieux de l’étalage narcissique, son propos se déploie selon une logique solide, à la fois extrêmement incarnée et absolument impersonnelle. Telle est la condition pour repérer l’universelle vérité au creux de chaque malheur singulier.

« On ne se met ordinairement à penser que quand la vie s’arrête, au moins déraille, dysfonctionne, fait trop souffrir », martèle Pierre Zaoui dès l’ouverture de son magnifique essai. Au moment de le refermer, l’évidence s’impose : bien davantage que les petits conseils façon « développement personnel », c’est la puissance du concept qui nous aide à tenir bon au jour le jour, c’est l’intelligence qui nous donne le courage d’être heureux.


LA TRAVERSÉE DES CATASTROPHES. PHILOSOPHIE POUR LE MEILLEUR ET POUR LE PIRE de Pierre Zaoui. Seuil, « L’ordre philosophique », 384 p., 23 €.

Jean Birnbaum

Article paru dans l’édition du 29.10.10

http://www.lemonde.fr/livres/article/2010/10/28/la-traversee-des-catastrophes-philosophie-pour-le-meilleur-et-pour-le-pire-de-pierre-zaoui_1432208_3260.html

© Le Monde.fr

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Pour vous procurer l’ouvrage de Pierre Zaoui : La traversée des catastrophes : Philosophie pour le meilleur et pour le pire

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Philosopher près des malades. Réintégrer la dimension du « vulnérable », de la souffrance ou de l’absence

Posted by Hervé Moine sur 10 novembre 2009

Il n’est point besoin d’insister sur l’importance de cette valeur qu’est l’autonomie. L’éducation vise l’autonomie, éduquer c’est apprendre l’autonomie. Etre adulte c’est être autonome, physiquement, intellectuellement et moralement. Mais comment penser cette autonomie lorsqu’on est malade, handicapé ou vieux ? A défaut de présenter un dossier sur ce sujet, nous proposons ici, un colloque, Grandeur et leurres de l’autonomie, pour une prise en compte de la vulnérabilité qui aura lieu samedi 21 novembre prochain au centre de Sèvres à Paris et un ouvrage, celui de Corine Pelluchon, philosophe, spécialiste de la question de l’autonomie, La Raison du sensibles, entretiens autour de la bioéthique.

Hervé Moine

sèvres

samedi 21 novembre 2009

De 9 h 15 à 12 h 30 et de 14 h à 17 h 30

COLLOQUE : Grandeur et leurres de l’autonomie

Pour une prise en compte de la vulnérabilité

Colloque est organisé en collaboration avec la Maison Médicale Jeanne Garnier


L’autonomie a une place centrale parmi les valeurs de notre temps. Une école bioéthique américaine avait même fait du « principe d’autonomie », compris comme « principe d’autodétermination », le cœur de l’éthique biomédicale. C’était oublier la vulnérabilité qu’entraîne la maladie chez l’être humain, et mettre en doute la pleine humanité de ceux dont les capacités de décision personnelle sont plus ou moins défaillantes.

Nous désirons tous être et demeurer autonomes, ne pas dépendre d’autrui dans les gestes de la vie quotidienne, ni subir ses décisions. L’autonomie a acquis une place centrale parmi les valeurs de notre culture. Les professionnels de la santé n’ont donc pas à décider seuls, sans avoir recueilli le consentement du malade. Leur mission comprend les efforts à déployer pour rendre une certaine indépendance et une capacité de décision à ceux-là même dont l’autonomie aurait été diminuée par une maladie, un handicap ou par l’âge.
Un individualisme croissant ainsi que des réactions de méfiance envers un corps médical jugé lointain ont conduit il y a trente ans une école américaine à prôner comme règle majeure d’éthique biomédicale un « principe
d’autonomie » compris comme principe « d’autodétermination ». Cette école a su évoluer, mais elle est encore souvent comprise de manière simpliste : en matière sanitaire, ce serait au malade de prendre, seul, les décisions
le concernant. C’est oublier la vulnérabilité qu’entraîne la maladie chez l’être humain, mettre en doute la pleine humanité de ceux dont les capacités de décision personnelle sont défaillantes, et alimenter sans retenue toutes
formes de revendications individuelles.

Il importe donc aujourd’hui de revisiter la notion d’autonomie, de l’éclairer par la vulnérabilité qui fait partie de la condition humaine. Cela pour mieux comprendre le soin et la sollicitude dus à autrui, et mieux saisir que ce qu’il y a d’ humain en l’homme ne se réduit pas à sa capacité d’autodétermination.

=> S’inscrire si possible avant le 15 novembre.

Renseignements et inscriptions

Centre Sèvres
35bis, rue de Sèvres – 75006 Paris
Tél. : 01 44 39 75 00
Fax : 01 45 44 32 06
www.centresevres.com

A noter au programme de ce colloque :

  • Bioéthique et « principe d’autonomie » par P. Patrick VERSPIEREN, Responsable du Département d’éthique biomédicale du Centre Sèvres
  • Place de l’autonomie dans les valeurs de notre société par Jean-Louis SCHLEGEL, Sociologue, Conseiller de la direction de la revue Esprit
  • L’autonomie : une liberté en relation par Agata ZIELINSKI, Professeur de philosophie, Bénévole à la Maison Médicale Jeanne Garnier
  • Accepter nos impuissances, construire notre autonomie par Nicole FABRE, Psychanalyste, Psychothérapeute, Professeur au Centre Sèvres
  • Promouvoir l’autonomie dans des contextes de grande vulnérabilité par le Dr Marie-Sylvie RICHARD, Médecin, Responsable scientifique de l’organisme de formation continue lié à la Maison Médicale Jeanne Garnier, Membre du Département d’éthique biomédicale du Centre Sèvres
    • Lorsque l’on est atteint de mucoviscidose, une projection vidéo de l’interview d’une malade
    • Lorsque l’enfant est porteur de handicap par Michèle de PORTZAMPARC, Mère d’un enfant handicapé, Membre de la fraternité Foi et Lumière
    • Dans un service de gériatrie par Soeur NATHANAËLLE, Diaconesse de Reuilly, Formatrice à l’accompagnement des personnes en fin de vie
    • Dans une unité de soins palliatifs par Anne-Christine MERMET, Infirmière à la Maison Médicale Jeanne Garnier
    • Du principe d’autonomie à une éthique de la vulnérabilité par Corine PELLUCHON, Philosophe, Maître de conférences à l’Université de Poitiers

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Philosopher près des malades : la philosophie, « indispensables à la conduite de notre vie »

Un article intéressant paru dans le monde du critique Nicolas Weill à propos de la publication du livre de Corine Pelluchon, La Raison du sensible. Entretiens autour de la bioéthique, chez Artège, Corine Pelluchon intervenant dans le colloque sur le principe d’autonomie et sur l’éthique de la vulnérabilité.

pelluchon bioéthique

« La Raison du sensible. Entretiens autour de la bioéthique », de Corine Pelluchon : philosopher près des malades

LE MONDE | 09.11.09 | 15h43

Si le nom de Corine Pelluchon s’est imposé dans les domaines de la bioéthique, c’est parce que cette philosophe de l’université de Poitiers incarne une position originale entre deux camps qui s’affrontent dans ce champ ouvert depuis les années 1970, en réaction à une certaine « toute puissance » prêtée naguère au corps médical. Renvoyant dos-à-dos l' »éthique minimaliste » qui se fonde sur la demande de droit des individus et son contraire, l' »éthique maximaliste » (pour qui les préceptes religieux ou moraux s’imposent), elle opte pour la troisième voie, l’« éthique de la vulnérabilité ». D’où ce livre destiné au grand public qui fait suite à son Autonomie brisée (PUF, 316 p., 35 euros).

Corine Pelluchon y évoque l’itinéraire intellectuel qui l’a conduite à l’observation des pratiques médicales, notamment en fréquentant le service du professeur Puybasset à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Sa méthode ne consiste pas à rechercher les normes et les valeurs qui sous-tendent nos sociétés démocratiques dans le ciel des idées ni dans le caprice de chacun. Elle s’efforce plutôt de les faire émerger de l’histoire et de l’activité morale tous les jours. On n’en renonce pas pour autant au concept, pourvu que celui-ci s’éprouve au contact des unités de soins palliatifs, auprès des patients atteint de la maladie d’Alzheimer et des grands vieillards. Quel est le « socle de valeurs » qui constitue la « charte d’une équipe médicale », se demande-t-elle, et peut-on vraiment imposer au personnel soignant la prescription de tuer ou de proscrire des sédatifs à un malade en fin de vie ? Ses réponses sont proches de celle que donne la « loi Léonetti », qui proscrit l’euthanasie.

De cette expérience, Corine Pelluchon tire une critique de notre conception moderne de l’autonomie. Notre idée d’un sujet libre n’admettant de limite que celle de son consentement s’avère, selon elle, parcourue par un élitisme qui laisse sur le bas-côté ceux auxquels la maladie ou le handicap retire les moyens d’exercer ce consentement. Il faut donc « reconfigurer » notre conception de l’humanité pour y réintégrer la dimension du « vulnérable », de la souffrance ou de l’absence. Au-delà de cette discussion toujours claire et sensible sur des problèmes aussi divers que la procréation assistée, les biotechnologies ou la responsabilité des scientifiques, ce petit ouvrage fait une autre démonstration : la philosophie reste indispensable à la conduite de notre vie.

Nicolas Weill

Article paru dans l’édition du Monde du 10.11.09, http://www.lemonde.fr/livres/article/2009/11/09/la-raison-du-sensible-entretiens-autour-de-la-bioethique-de-corine-pelluchon_1264736_3260.html

Pour obtenir l’ouvrage de Corine Pelluchon :

La raison du sensible, Entretiens autour de la bioéthique

Les autres ouvrages de Corine Pelluchon :

pelluchon bioéthique2Cet ouvrage couvre un ensemble de questions posées par le clonage, la décision d’arrêt et de limitation de traitement, l’euthanasie et le suicide assisté, la prise en charge des grands vieillards et des personnes handicapées, la procréation médicale assistée, les thérapies géniques germinales et somatiques.


Son originalité est que la bioéthique est étudiée du point de vue de la philosophie politique. Les principes qui guident les pratiques médicales sont explicités et les dilemmes relatifs aux biotechnologies sont examinés en fonction des choix de société et des valeurs qui soutiennent nos institutions. Il s’agit d’évaluer les propositions de lois en se fondant sur la description des valeurs phares d’une communauté politique.


L’objectif est de dépasser à la fois la bioéthique religieuse et l’éthique minimale. Ce travail passe par la déconstruction de l’éthique de l’autonomie qui subordonne la dignité à la possession de la raison, à la maîtrise de soi et à la compétitivité et colporte des représentations négatives de la vieillesse et du handicap qui s’opposent à l’idéal de solidarité affiché par certaines institutions. A cette éthique de l’autonomie s’oppose une éthique de la vulnérabilité inspirée par la philosophie de Levinas et par l’accompagnement des personnes en fin de vie et des malades atteints d’affections dégénératives du système nerveux.


Cette réflexion sur les fondements de l’éthique et du droit conduit à reconfigurer les notions d’autonomie et de dignité et à enrichir l’anthropologie sous-jacente à la philosophie des droits de l’homme. L’éthique de la vulnérabilité, qui repose sur la définition de la subjectivité comme sensibilité, ne supprime pas le sujet mais elle invite à le penser à la lumière d’une triple expérience de l’altérité : l’altérité du corps propre, l’altérité liée à l’autre homme et à ma responsabilité pour lui, la déréliction qui ne renvoie pas seulement à la perte de soi et à l’aliénation, comme chez Heidegger, mais souligne l’importance des relations sociales.


Solidaire de la dénonciation de certains traitements infligés aux animaux, cette éthique de la vulnérabilité peut inspirer le politique et promouvoir un humanism
e où notre responsabilité s’étend aux vivants non humains et aux générations futures.

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Baccalauréat 2009 Antilles-Guyane Série ES

Posted by Hervé Moine sur 16 juin 2009

Sujet 1

Pourquoi vouloir à tout prix connaître la vérité ?

Sujet 2

Le droit doit-il être fondé sur la nature ?

Sujet 3

Nous sentons la douleur, mais non l’absence de douleur; le souci, mais non l’absence de souci ; la crainte, mais non la sécurité. Nous ressentons le désir, comme nous ressentons la faim et la soif ; mais le désir est-il satisfait, aussitôt il en advient de lui comme de ces morceaux goûtés par nous et qui cessent d’exister pour notre sensibilité, dès le moment où nous les avalons. Nous remarquons douloureusement l’absence des jouissances et des joies, et nous les regrettons aussitôt; au contraire, la disparition de la douleur, quand bien même elle ne nous quitte qu’après longtemps, n’est pas immédiatement sentie, mais tout au plus y pense-t-on parce qu’on veut y penser, par le moyen de la réflexion. Seules, en effet, la douleur et la privation peuvent produire une impression positive et par là se dénoncer d’elles-mêmes : le bien-être, au contraire, n’est que pure négation. Aussi n’apprécions-nous pas les trois plus grands biens de la vie, la santé, la jeunesse et la liberté, tant que nous les possédons ; pour en comprendre la valeur, il faut que nous les ayons perdus, car ils sont aussi négatifs. Que notre vie était heureuse, c’est ce dont nous ne nous apercevons qu’au moment où ces jours heureux ont fait place à des jours malheureux. Autant les jouissances augmentent, autant diminue l’aptitude à les goûter : le plaisir devenu habitude n’est plus éprouvé comme tel. Mais par là-même grandit la faculté de ressentir la souffrance; car la disparition d’un plaisir habituel cause une impression douloureuse. Ainsi la possession accroît la mesure de nos besoins, et du même coup la capacité de ressentir la douleur.

Schopenhauer, Le monde comme volonté et représentation

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

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« La violence n’est pas seulement une des réponses possibles à la souffrance, elle est son produit ».

Posted by Hervé Moine sur 14 février 2009

L’auteur de la Théorie de la violence s’est éteint.

labica
Georges Labica (1930-2009)

Nous apprenons le décès de Georges Labica survenu, il y a deux jours, le 12 février 2009, à l’âge de 79 ans.

Georges Labica était philosophe et a enseigné la philosophie politique à Paris X Nanterre.

Il était spécialiste de philosophie politique et notamment de la théorie marxiste.

Intellectuel engagé, militant anti colonialiste et anti impérialiste, il était fin connaisseur du monde et de la culture arabes.

Il était Président honoraire du Comité de Vigilance pour une Paix Réelle au Proche-Orient (CVPR-PO), Président de Résistance démocratique internationale, membre de l’Appel franco-arabe, du Forum des alternatives et de En Defensa de la Humanidad.

Auteur de nombreuses publications, Georges Labica s’est d’abord intéressé à la pensée de Ibn Khaldoun, Politique et religion chez Ibn Khaldoun. Essai sur l’idéologie musulmane, Alger, Société nationale d’édition et de diffusion, 1968, mais aussi celle de Robespierre Robespierre : une politique de la philosophie, Paris, Presses universitaires de France, « Philosophie », 1990 ; de Lénine ou encore d’Antonio Labriola.

Citons :

  • Dictionnaire critique du marxisme (PUF) en codirection avec Gérard Bensussan
  • L’oeuvre de Marx, un siècle après (PUF)
  • Démocratie et Révolution , le Temps des cerises,
  • La pensée et l’histoire, 2007
  • Théorie de la violence, La Citta del Sole, 2007

Un extrait de la Théorie de la violence :

De la souffrance : La violence n’est pas seulement une des réponses possibles à la souffrance, elle est son produit.

« Et elle est spécifique, s’il est vrai qu’il existe des « voies nerveuses de la souffrance…différentes des voies de la douleur comme sensation discriminante ».

Job souffre, l’imprécateur, soulevé de révolte et frémissant de colère contre l’injustice qui le frappe. Prométhée, tout Dieu qu’il est, souffre. Médée, la chthonienne, fille du soleil, souffre quand elle tue ses enfants, auxquels elle veut épargner les frivolités de la vie citadine. Caïn, le fils méprisé, souffre. Oreste et Electre, les enfants maudits souffrent. Et Titus lui-même. Et la digne Lucrèce. Et Jésus, le juste, acquittant d’avance les dettes qui ne sont pas les siennes. Et Catherine, Georges et tous ceux auxquels leur sainteté valut le martyre. Les démences qui hantent les théâtres grec et shakespearien sont autant d’expressions de souffrances, infligées par des Dieux capricieux ou des tyrans cruels. L’éventail des violences répond à l’éventail des souffrances. »

Personnellement, j’avoue mal connaître la pensée de Georges Labica, mais peut-être peut-il être un philosophe permettant de décrypter notre temps. Je terminerai juste par une citation de Franci Combes :

« Ceux qui ont eu la chance de la fréquenter et de travailler avec lui ressentent une grande peine et une énorme perte. Georges était un homme fraternel, à l’intelligence toujours en éveil, un intellectuel ouvert et combatif, un pédagogue et un orateur hors pairs, un esprit libre et un militant dont l’internationalisme et l’engagement ne se sont jamais démentis. Il était certainement l’un des penseurs marxistes les plus marquants d’aujourd’hui. » Francis Combes, sur lahaine.org/labica

Pour en savoir plus sur ce philosophe marxiste, je vous suggère quelques une de ses textes sur la violence, la mondialisation et sur le marxisme.

La page « Georges Labica »

Hervé Moine

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