Actuphilo

Actualité philosophique et réflexion philosophique sur l'actualité

Posts Tagged ‘sujet’

Bac 2011 : les sujets des épreuves de philosophie à Pondichéry

Posted by Hervé Moine sur 18 mai 2011

C’est parti pour le bac 2011, Pondichéry a ouvert le feu ! Voici les sujets pour les séries ES, S et STG :

Série ES

Sujet 1

Suis-je responsable de ce que je suis ?

Sujet 2

L’État doit-il viser le bonheur des individus ?

Sujet 3

Expliquez le texte suivant

Quelle est la fonction primitive du langage ? C’est d’établir une communication en vue d’une coopération. Le langage transmet des ordres ou des avertissements. Il prescrit ou il décrit. Dans le premier cas, c’est l’appel à l’action immédiate, dans le second, c’est le signalement de la chose ou de quelqu’une de ses propriétés, en vue de l’action future. Mais, dans un cas comme dans l’autre, la fonction est industrielle, commerciale, militaire, toujours sociale. Les choses que le langage décrit ont été découpées dans le réel par la perception humaine en vue du travail humain. Les propriétés qu’il signale sont les appels de la chose à une activité humaine. Le mot sera donc le même, comme nous le disions, quand la démarche suggérée sera la même, et notre esprit attribuera à des choses diverses la même propriété, se les représentera de la même manière, les groupera enfin sous la même idée, partout où la suggestion du même parti à tirer, de la même action à faire, suscitera le même mot.

Henri BERGSON, La pensée et le mouvant

Série S

Sujet 1

Est-il raisonnable de vouloir tout démontrer ?

Sujet 2

Rendre les hommes meilleurs, est-ce le but de la politique ?

Sujet 3

Expliquez le texte suivant

L’homme est capable de délibération et, en vertu de cette faculté, il a, entre divers actes possibles, un choix beaucoup plus étendu que l’animal. Il y a déjà là pour lui une liberté relative, car il devient indépendant de la contrainte immédiate des objets présents, à l’action desquels la volonté de l’animal est absolument soumise. L’homme, au contraire, se détermine indépendamment des objets présents, d’après des idées, qui sont ses motifs à lui. Cette liberté relative n’est en réalité pas autre chose que le libre arbitre tel que l’entendent des personnes instruites, mais peu habituées à aller au fond des choses: elles reconnaissent avec raison dans cette faculté un privilège exclusif de l’homme sur les animaux. Mais cette liberté n’est pourtant que relative, parce qu’elle nous soustrait à la contrainte des objets présents, et comparative, en ce qu’elle nous rend supérieurs aux animaux. Elle ne fait que modifier la manièredont s’exerce la motivation, mais la nécessité de l’action des motifs n’est nullement suspendue, ni même diminuée.

Arthur SCHOPENHAUER, Essai sur le libre arbitre

Série STG

Sujet 1

Suffit-il d’être certain pour avoir raison ?

Sujet 2

Etre libre, est-ce n’obéir qu’à soi ?

Sujet 3

La sauvagerie, force et puissance de l’homme dominé par les passions, […] peut être adoucie par l’art, dans la mesure où celui-ci représente à l’homme les passions elles-mêmes, les instincts et, en général, l’homme tel qu’il est. Et en se bornant à dérouler le tableau des passions, l’art, alors même qu’il les flatte, le fait pour montrer à l’homme ce qu’il est, pour l’en rendre conscient. C’est déjà en cela que consiste son action adoucissante, car il met ainsi l’homme en présence de ses instincts, comme s’ils étaient en dehors de lui, et lui confère de ce fait une certaine liberté à leur égard. Sous ce rapport, on peut dire de l’art qu’il est un libérateur. Les passions perdent leur force, du fait même qu’elles sont devenues objets de représentations, objets tout court. L’objectivation des sentiments a justement pour effet de leur enlever leur intensité et de nous les rendre extérieurs, plus ou moins étrangers. Par son passage dans la représentation, le sentiment sort de l’état de concentration dans lequel il se trouvait en nous et s’offre à notre libre jugement. Il en est des passions comme de la douleur : le premier moyen que la nature met à notre disposition pour obtenir un soulagement d’une douleur qui nous accable, sont les larmes ; pleurer, c’est déjà être consolé. Le soulagement s’accentue ensuite au cours de conversations avec des amis, et le besoin d’être soulagé et consolé peut nous pousser jusqu’à composer des poésies. C’est ainsi que dès qu’un homme qui se trouve plongé dans la douleur et absorbé par elle est à même d’extérioriser cette douleur, il s’en sent soulagé, et ce qui le soulage encore davantage, c’est son expression en paroles, en chants, en sons et en figures. Ce dernier moyen est encore plus efficace.

HEGEL

Pour expliquer ce texte, vous répondrez aux questions suivantes, qui sont destinées principalement à guider votre rédaction. Elles ne sont pas indépendantes les unes des autres et demandent que le texte soit d’abord étudié dans son ensemble.

1. Dégagez la thèse de ce texte et montrez comment elle est établie.

2. En vous appuyant sur des exemples que vous analyserez, expliquez :

a) « l’art, alors même qu’il les flatte, le fait pour montrer à l’homme ce qu’il est » ;

b) « L’objectivation des sentiments a justement pour effet de leur enlever leur intensité et

de nous les rendre extérieurs » ;

c) « ce qui le soulage encore davantage, c’est son expression en paroles, en chants, en

sons et en figures ».

3. L’art nous libère-t-il de la violence des sentiments ?

Publicités

Posted in Etude de texte, Philo bac, philosophie, Sujet de dissertation | Tagué: , , , , , | Leave a Comment »

Les notions du programme du bac de philo dans un manuel pas comme les autres

Posted by Hervé Moine sur 8 janvier 2011

On connaît le tableau de Magritte « Ceci n’est pas une pipe », il y a maintenant l’ouvrage de Charles Pépin « Ceci n’est pas un manuel de philosophie » qui intéressera les lycéens candidats aux épreuves de philosophie baccalauréat, mais pas seulement… Un manuel de philo comme vous n’en avez jamais lu !

Présentation de l’éditeur

Comment connaître nos vrais désirs ? Comment Descartes a-t-il pu comparer les animaux à des machines ? Pourquoi sommes-nous fascinés par le pouvoir ? Pourquoi les philosophes sont-ils si souvent incapables d’appliquer leurs idées? Peut-on vraiment se préparer à mourir ? Est-il absurde de désirer l’impossible ? Qu’est-ce qu’un authentique ami ? Voici quelques-unes des questions abordées dans ce manuel pas comme les autres… Où le programme de terminale est traité intégralement, mais au travers de « problématiques tout-terrain » permettant d’appréhender tous les sujets. Où des « bêtisiers » analysent les clichés ou contresens les plus fréquents. Où les extraits d’oeuvres sont plus courts et accessibles que dans les manuels scolaires. Où les conseils de méthodes abstraits laissent la place à des  » copies de rêve  » entièrement rédigées. Où les grandes questions philosophiques sont mises en scènes dans des petites nouvelles, saynètes de la vie quotidienne où Charles Pépin raconte « sa vie de prof »… Un manuel de philosophie ? Oui, mais comme vous n’en avez jamais lu. Aussi utile pour un bachelier que pour tous ceux qui ne veulent plus entendre parler du bac, mais aimeraient bien entendre Platon leur parler d’amour ou Hegel leur parler du bonheur.
_______________

Article du Point

Vade-mecum – La philo pour les (pas) nuls

http://www.lepoint.fr/livres/vade-mecum-la-philo-pour-les-pas-nuls-06-01-2011-127406_37.php

Un manuel de philo pas comme les autres, écrit par un auteur, Charles Pépin, qui ne se prend pas pour un maître à penser.

Qu’est-ce qu’un véritable ami ? Pourquoi sommes-nous fascinés par le pouvoir ? Pourquoi les philosophes sont-ils si souvent incapables d’appliquer leurs idées ? Voici quelques-unes des questions abordées dans Ceci n’est pas un manuel de philosophie, un manuel de philo pas comme les autres – car écrit par un auteur, Charles Pépin (romancier, essayiste de 37 ans), qui ne se prend pas pour un maître à penser. Dans Une semaine de philosophie (Flammarion, 2006), Charles Pépin proposait, en sept jours, une découverte de la philosophie à travers sept sujets de dissertation. Dans Les philosophes sur le divan (Flammarion, 2008), Pépin confrontait de grands penseurs (Pascal, Kant, Sartre…) à l’analyse freudienne. Cette fois, toujours en employant sa méthode, mêlant vulgarisation et pédagogie, il nous incite à approfondir cinq grands thèmes (le sujet, la culture, la raison et le réel, la politique, la morale) couvrant les vingt-trois notions du programme du bac. C’est le genre de livre qui donne l’impression d’être plus intelligent après qu’on l’a lu.

GUILLAUME CHÉREL, Le Point

 

Se procurer l’ouvrage de Charles Pépin, Ceci n’est pas un manuel de philosophie

Les autres ouvrages de Charles Pépin :

Une semaine de philosophie : 7 Questions pour entrer en philosophie

Les philosophes sur le divan : Les trois patients du Dr Freud

Posted in Les parutions, philosophie, Term. ES, Term. L, Term. S, Term. STI | Tagué: , , , , , , | Leave a Comment »

Bac Philo 2010 Pondichéry ouvre le feu

Posted by Hervé Moine sur 24 avril 2010

Décompression pour les uns, la pression monte pour les autres

Les vacances d’avril sont pratiquement terminées et mai pointera déjà bientôt son nez, une année scolaire s’achève et pour les candidats au baccalauréat, il est temps, si cela n’est pas encore fait, d’entamer sérieusement les révisions. Hormis pour les élèves candidats de Pondichéry, pour qui les épreuves du baccalauréat sont déjà de l’ordre du passé et qui sont en attente des résultats, c’est, pour la plupart des élèves de terminale, la dernière ligne droite qui mène à l’examen.

Les sujets de philosophie de Pondichéry donne en quelque sorte le « la » et il peut être de bon ton de se laisser aller à les travailler. Difficile de dire s’ils sont de bons indicateurs pour les sujets à venir dans la session de juin, mais ils couvrent le programme de manière suffisamment large que les étudier ne peut être évidemment que conseillé.

Pour l’heure, il nous manque les sujets de la série L. Ils seront donc mis en ligne ultérieurement.

Hervé Moine

________________________________

Bac ES : le sujet de philosophie – Pondichéry

Le candidat traitera, au choix, l’un des trois sujets suivants :

Sujet 1 : Y a-t-il des vérités définitives ?

Sujet 2 : Le travail nous rend-il plus humain ?

Sujet 3 : Expliquer le texte suivant :

“Le respect s’applique toujours uniquement aux personnes, jamais aux choses. Les choses peuvent exciter en nous de l’inclination et même de l’amour, si ce sont des animaux (par exemple des chevaux, des chiens, etc.), ou aussi de la crainte, comme la mer, un volcan, une bête féroce, mais jamais du respect. Une chose qui se rapproche beaucoup de ce sentiment, c’est l’admiration et l’admiration comme affection, c’est-à-dire l’étonnement, peut aussi s’appliquer aux choses, aux montagnes qui se perdent dans les nues, à la grandeur, à la multitude et à l’éloignement des corps célestes, à la force et à l’agilité de certains animaux, etc. Mais tout cela n’est point du respect. Un homme peut être aussi pour moi un objet d’amour, de crainte ou d’une admiration qui peut même aller jusqu’à l’étonnement et cependant n’être pas pour cela un objet de respect. Son humeur badine, son courage et sa force, la puissance qu’il a d’après son rang parmi ses semblables, peuvent m’inspirer des sentiments de ce genre, mais il manque toujours encore le respect intérieur à son égard. Fontenelle dit : Devant un grand seigneur, je m’incline, mais mon esprit ne s’incline pas. Je puis ajouter : Devant un homme de condition inférieure, roturière et commune, en qui je perçois une droiture de caractère portée à un degré que je ne me reconnais pas à moi-même, mon esprit s’incline, que je le veuille ou non, et si haut que j’élève la tête pour ne pas lui laisser oublier ma supériorité.”

KANT, Critique de la raison pratique.

_______________________________

Bac S : le sujet de philosophie – Pondichéry

Le candidat traitera, au choix, l’un des trois sujets suivants :

Sujet 1 : Pour agir moralement, faut-il ne pas se soucier de soi ?

Sujet 2 : La politique est-elle l’affaire de tous ?

Sujet 3 : Expliquez le texte suivant :


Un credo1 religieux diffère d’une théorie scientifique en ce qu’il prétend exprimer la vérité éternelle et absolument certaine, tandis que la science garde un caractère provisoire : elle s’attend à ce que des modifications de ses théories actuelles deviennent tôt ou tard nécessaires, et se rend compte que sa méthode est logiquement incapable d’arriver à une démonstration complète et définitive. Mais, dans une science évoluée, les changements nécessaires ne servent généralement qu’à obtenir une exactitude légèrement plus grande;  les vieilles théories restent utilisables quand il s’agit d’approximations grossières, mais ne suffisent plus quand une observation plus minutieuse devient possible. En outre, les inventions techniques issues des vieilles théories continuent à témoigner que celles-ci possédaient un certain degré de vérité pratique, si l’on peut dire. La science nous incite donc à abandonner la recherche de la vérité absolue, et à y substituer ce qu’on peut appeler la vérité « technique », qui est le propre de toute théorie permettant de faire des inventions ou de prévoir l’avenir. La vérité « technique » est une affaire de degré : une théorie est d’autant plus vraie qu’elle donne naissance à un plus grand nombre d’inventions utiles et de prévisions exactes. La « connaissance » cesse d’être un miroir mental de l’univers, pour devenir un simple instrument à manipuler la matière.

RUSSELL, Science et religion.

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

1 credo : affirmation d’une croyance

_________________________________

Bac STG : le sujet de philosophie – Pondichéry

Le candidat traitera l’un des sujets suivants au choix.

Sujet 1 : La liberté consiste-t-elle à n’obéir à personne?

Sujet 2 : L’expérience est-elle source de vérité?

Sujet 3 : Pour expliquer ce texte, vous répondrez aux questions suivantes, qui sont destinées principalement à guider votre rédaction. Elles ne sont pas indépendantes les unes des autres et demandent que le texte soit d’abord étudié dans son ensemble.

Ce qui est complètement insensé, c’est de considérer comme étant ({ juste » tout ce qui figure dans les institutions et les lois des peuples, ou même, les lois (en admettant qu’il en soit !) portées par des tyrans. Si les Trente d’Athènes* avaient eu la volonté d’imposer des lois ou si leurs lois tyranniques avaient plu au peuple athénien tout entier, serait-ce une raison pour les considérer comme « justes» ? A aucun titre, je crois, – pas plus que cette loi que porta chez nous un interroi** donnant à un dictateur le pouvoir de tuer nominativement et sans procès celui des citoyens qu’il voudrait. Il n’y a en effet qu’un droit unique, qui astreint la société humaine et que fonde une Loi unique : Loi, qui est la juste raison dans ce qu’elle commande et dans ce qu’elle défend. Qui ignore cette loi est injuste, qu’elle soit écrite quelque part ou non.
Mais si la justice n’est que la soumission à des lois écrites et aux institutions des peuples, et si […] tout se doit mesurer à l’intérêt, celui qui pensera avoir intérêt à mépriser et violer ces lois le fera, s’il le peut. Il en résulte qu’il n’y a absolument plus de justice, si celle-ci n’est pas fondée sur la nature, et si la justice établie en vue de l’intérêt est déracinée par un autre intérêt.

Cicéron

Notes

* les Trente d’Athènes : les « Trente Tyrans », gouvernement imposé par Sparte à la suite de sa victoire sur Athènes (404 avant J.-C.).

** interroi : chef exerçant le pouvoir entre deux règnes. Allusion à un épisode de l’histoire romaine.

Questions :

1. Formulez la thèse de ce texte et montrez comment elle est établie.

2.      a) En vous appuyant sur les exemples du texte, montrez pourquoi il serait insensé « de considérer comme étant « juste » tout ce qui figure dans les institutions et les lois des peuples».

b) Expliquez: « une Loi unique: Loi, qui est la juste raison dans ce qu’elle commande et
dans ce qu’elle défend ».

c) Expliquez: « si […] tout se doit mesurer à l’intérêt, […] il n’y a absolument plus de justice ».

3. La justice est-elle fondée sur la raison?

Posted in Actualité, Dissertation, enseignement, Etude de texte, LPO Pointe-Noire, Philo bac, philosophe, philosophie, Term. ES, Term. L, Term. S, Term. STI | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Philosopher près des malades. Réintégrer la dimension du « vulnérable », de la souffrance ou de l’absence

Posted by Hervé Moine sur 10 novembre 2009

Il n’est point besoin d’insister sur l’importance de cette valeur qu’est l’autonomie. L’éducation vise l’autonomie, éduquer c’est apprendre l’autonomie. Etre adulte c’est être autonome, physiquement, intellectuellement et moralement. Mais comment penser cette autonomie lorsqu’on est malade, handicapé ou vieux ? A défaut de présenter un dossier sur ce sujet, nous proposons ici, un colloque, Grandeur et leurres de l’autonomie, pour une prise en compte de la vulnérabilité qui aura lieu samedi 21 novembre prochain au centre de Sèvres à Paris et un ouvrage, celui de Corine Pelluchon, philosophe, spécialiste de la question de l’autonomie, La Raison du sensibles, entretiens autour de la bioéthique.

Hervé Moine

sèvres

samedi 21 novembre 2009

De 9 h 15 à 12 h 30 et de 14 h à 17 h 30

COLLOQUE : Grandeur et leurres de l’autonomie

Pour une prise en compte de la vulnérabilité

Colloque est organisé en collaboration avec la Maison Médicale Jeanne Garnier


L’autonomie a une place centrale parmi les valeurs de notre temps. Une école bioéthique américaine avait même fait du « principe d’autonomie », compris comme « principe d’autodétermination », le cœur de l’éthique biomédicale. C’était oublier la vulnérabilité qu’entraîne la maladie chez l’être humain, et mettre en doute la pleine humanité de ceux dont les capacités de décision personnelle sont plus ou moins défaillantes.

Nous désirons tous être et demeurer autonomes, ne pas dépendre d’autrui dans les gestes de la vie quotidienne, ni subir ses décisions. L’autonomie a acquis une place centrale parmi les valeurs de notre culture. Les professionnels de la santé n’ont donc pas à décider seuls, sans avoir recueilli le consentement du malade. Leur mission comprend les efforts à déployer pour rendre une certaine indépendance et une capacité de décision à ceux-là même dont l’autonomie aurait été diminuée par une maladie, un handicap ou par l’âge.
Un individualisme croissant ainsi que des réactions de méfiance envers un corps médical jugé lointain ont conduit il y a trente ans une école américaine à prôner comme règle majeure d’éthique biomédicale un « principe
d’autonomie » compris comme principe « d’autodétermination ». Cette école a su évoluer, mais elle est encore souvent comprise de manière simpliste : en matière sanitaire, ce serait au malade de prendre, seul, les décisions
le concernant. C’est oublier la vulnérabilité qu’entraîne la maladie chez l’être humain, mettre en doute la pleine humanité de ceux dont les capacités de décision personnelle sont défaillantes, et alimenter sans retenue toutes
formes de revendications individuelles.

Il importe donc aujourd’hui de revisiter la notion d’autonomie, de l’éclairer par la vulnérabilité qui fait partie de la condition humaine. Cela pour mieux comprendre le soin et la sollicitude dus à autrui, et mieux saisir que ce qu’il y a d’ humain en l’homme ne se réduit pas à sa capacité d’autodétermination.

=> S’inscrire si possible avant le 15 novembre.

Renseignements et inscriptions

Centre Sèvres
35bis, rue de Sèvres – 75006 Paris
Tél. : 01 44 39 75 00
Fax : 01 45 44 32 06
www.centresevres.com

A noter au programme de ce colloque :

  • Bioéthique et « principe d’autonomie » par P. Patrick VERSPIEREN, Responsable du Département d’éthique biomédicale du Centre Sèvres
  • Place de l’autonomie dans les valeurs de notre société par Jean-Louis SCHLEGEL, Sociologue, Conseiller de la direction de la revue Esprit
  • L’autonomie : une liberté en relation par Agata ZIELINSKI, Professeur de philosophie, Bénévole à la Maison Médicale Jeanne Garnier
  • Accepter nos impuissances, construire notre autonomie par Nicole FABRE, Psychanalyste, Psychothérapeute, Professeur au Centre Sèvres
  • Promouvoir l’autonomie dans des contextes de grande vulnérabilité par le Dr Marie-Sylvie RICHARD, Médecin, Responsable scientifique de l’organisme de formation continue lié à la Maison Médicale Jeanne Garnier, Membre du Département d’éthique biomédicale du Centre Sèvres
    • Lorsque l’on est atteint de mucoviscidose, une projection vidéo de l’interview d’une malade
    • Lorsque l’enfant est porteur de handicap par Michèle de PORTZAMPARC, Mère d’un enfant handicapé, Membre de la fraternité Foi et Lumière
    • Dans un service de gériatrie par Soeur NATHANAËLLE, Diaconesse de Reuilly, Formatrice à l’accompagnement des personnes en fin de vie
    • Dans une unité de soins palliatifs par Anne-Christine MERMET, Infirmière à la Maison Médicale Jeanne Garnier
    • Du principe d’autonomie à une éthique de la vulnérabilité par Corine PELLUCHON, Philosophe, Maître de conférences à l’Université de Poitiers

_____________________________

Philosopher près des malades : la philosophie, « indispensables à la conduite de notre vie »

Un article intéressant paru dans le monde du critique Nicolas Weill à propos de la publication du livre de Corine Pelluchon, La Raison du sensible. Entretiens autour de la bioéthique, chez Artège, Corine Pelluchon intervenant dans le colloque sur le principe d’autonomie et sur l’éthique de la vulnérabilité.

pelluchon bioéthique

« La Raison du sensible. Entretiens autour de la bioéthique », de Corine Pelluchon : philosopher près des malades

LE MONDE | 09.11.09 | 15h43

Si le nom de Corine Pelluchon s’est imposé dans les domaines de la bioéthique, c’est parce que cette philosophe de l’université de Poitiers incarne une position originale entre deux camps qui s’affrontent dans ce champ ouvert depuis les années 1970, en réaction à une certaine « toute puissance » prêtée naguère au corps médical. Renvoyant dos-à-dos l' »éthique minimaliste » qui se fonde sur la demande de droit des individus et son contraire, l' »éthique maximaliste » (pour qui les préceptes religieux ou moraux s’imposent), elle opte pour la troisième voie, l’« éthique de la vulnérabilité ». D’où ce livre destiné au grand public qui fait suite à son Autonomie brisée (PUF, 316 p., 35 euros).

Corine Pelluchon y évoque l’itinéraire intellectuel qui l’a conduite à l’observation des pratiques médicales, notamment en fréquentant le service du professeur Puybasset à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris. Sa méthode ne consiste pas à rechercher les normes et les valeurs qui sous-tendent nos sociétés démocratiques dans le ciel des idées ni dans le caprice de chacun. Elle s’efforce plutôt de les faire émerger de l’histoire et de l’activité morale tous les jours. On n’en renonce pas pour autant au concept, pourvu que celui-ci s’éprouve au contact des unités de soins palliatifs, auprès des patients atteint de la maladie d’Alzheimer et des grands vieillards. Quel est le « socle de valeurs » qui constitue la « charte d’une équipe médicale », se demande-t-elle, et peut-on vraiment imposer au personnel soignant la prescription de tuer ou de proscrire des sédatifs à un malade en fin de vie ? Ses réponses sont proches de celle que donne la « loi Léonetti », qui proscrit l’euthanasie.

De cette expérience, Corine Pelluchon tire une critique de notre conception moderne de l’autonomie. Notre idée d’un sujet libre n’admettant de limite que celle de son consentement s’avère, selon elle, parcourue par un élitisme qui laisse sur le bas-côté ceux auxquels la maladie ou le handicap retire les moyens d’exercer ce consentement. Il faut donc « reconfigurer » notre conception de l’humanité pour y réintégrer la dimension du « vulnérable », de la souffrance ou de l’absence. Au-delà de cette discussion toujours claire et sensible sur des problèmes aussi divers que la procréation assistée, les biotechnologies ou la responsabilité des scientifiques, ce petit ouvrage fait une autre démonstration : la philosophie reste indispensable à la conduite de notre vie.

Nicolas Weill

Article paru dans l’édition du Monde du 10.11.09, http://www.lemonde.fr/livres/article/2009/11/09/la-raison-du-sensible-entretiens-autour-de-la-bioethique-de-corine-pelluchon_1264736_3260.html

Pour obtenir l’ouvrage de Corine Pelluchon :

La raison du sensible, Entretiens autour de la bioéthique

Les autres ouvrages de Corine Pelluchon :

pelluchon bioéthique2Cet ouvrage couvre un ensemble de questions posées par le clonage, la décision d’arrêt et de limitation de traitement, l’euthanasie et le suicide assisté, la prise en charge des grands vieillards et des personnes handicapées, la procréation médicale assistée, les thérapies géniques germinales et somatiques.


Son originalité est que la bioéthique est étudiée du point de vue de la philosophie politique. Les principes qui guident les pratiques médicales sont explicités et les dilemmes relatifs aux biotechnologies sont examinés en fonction des choix de société et des valeurs qui soutiennent nos institutions. Il s’agit d’évaluer les propositions de lois en se fondant sur la description des valeurs phares d’une communauté politique.


L’objectif est de dépasser à la fois la bioéthique religieuse et l’éthique minimale. Ce travail passe par la déconstruction de l’éthique de l’autonomie qui subordonne la dignité à la possession de la raison, à la maîtrise de soi et à la compétitivité et colporte des représentations négatives de la vieillesse et du handicap qui s’opposent à l’idéal de solidarité affiché par certaines institutions. A cette éthique de l’autonomie s’oppose une éthique de la vulnérabilité inspirée par la philosophie de Levinas et par l’accompagnement des personnes en fin de vie et des malades atteints d’affections dégénératives du système nerveux.


Cette réflexion sur les fondements de l’éthique et du droit conduit à reconfigurer les notions d’autonomie et de dignité et à enrichir l’anthropologie sous-jacente à la philosophie des droits de l’homme. L’éthique de la vulnérabilité, qui repose sur la définition de la subjectivité comme sensibilité, ne supprime pas le sujet mais elle invite à le penser à la lumière d’une triple expérience de l’altérité : l’altérité du corps propre, l’altérité liée à l’autre homme et à ma responsabilité pour lui, la déréliction qui ne renvoie pas seulement à la perte de soi et à l’aliénation, comme chez Heidegger, mais souligne l’importance des relations sociales.


Solidaire de la dénonciation de certains traitements infligés aux animaux, cette éthique de la vulnérabilité peut inspirer le politique et promouvoir un humanism
e où notre responsabilité s’étend aux vivants non humains et aux générations futures.

____________________________________________________________

Posted in Les parutions, Lu sur la toile, philosophe, philosophie | Tagué: , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le sujet philosophique, sujet littéraire

Posted by Hervé Moine sur 27 octobre 2009

Les 12 et 13 novembre 2009

à l’Université de Paris Ouest Nanterre La Défense

Colloque : « Poétiques du sujet »

Présentation

La question du sujet semble appartenir en propre à la philosophie et aux sciences humaines. Pourtant, l’élaboration de ce concept a pris, dans la philosophie même, un tour bien littéraire.

Depuis les dialogues platoniciens qui dressent le plan sur lequel viendra s’inscrire la notion moderne de sujet, jusqu’à l’invention du Cogito cartésien et à ses déconstructions postmodernes, ce sont autant d’histoires, de stratégies, de mises en forme qui constituent une véritable poétique, entendue comme construction et création esthétiques.

Et lorsque Lacan veut donner figure au sujet de l’inconscient, il en cherche les traits dans les grands textes littéraires. C’est dire que la littérature, à travers l’expérience poétique et le lyrisme en particulier, la fiction et le dialogisme romanesques, par l’écriture de soi et la fabrique des personnages, dans la dramaturgie du tragique, de la fureur ou de l’absurde, fut, tout autant que la philosophie, et peut-être même, avant elle, le champ d’élaboration poétique du sujet, la scène de ses exploits, de ses échecs, de ses illusions perdues. Reste à savoir s’il s’agit du même sujet, ou encore si la littérature ne tend pas au sujet philosophique un miroir de sorcière où il se contemple au risque de perdre son âme.

Programme du colloque

Jeudi 12 novembre à la salle des conférences du bât. B

  • Robert Smadja (Univ. d’Orléans) « De quel sujet parle-t-on ? »
  • Thierry Brunel (Lyon III) « Le sujet augustinien dans les Confessions : de son avènement à son aventure »
  • Jacques-David Ebguy (Nancy II) « Un sujet introuvable ? Gilles Deleuze et le roman »
  • Didier Souiller (Univ. de Bourgogne) « L’émergence du sujet dans le roman picaresque »
  • Kim Sang Ong-Van-Cung (Poitiers) « La place du récit et du théâtre dans l’institution affective et morale du sujet cartésien »
  • Patrick Wotling (Reims) « “Notre croyance  fondamentale”. Le sujet et la poétique des pulsions selon Nietzsche »
  • Paul-Laurent Assoun (Paris VII) « Poésie et vérité. Le sujet à l’épreuve du semblant »

Vendredi 13 novembre à la salle des colloques du bâtiment K

  • Florence Godeau (Lyon III) « De l’assujettissement à l’effacement : le déni du “sujet” féminin et sa dénonciation dans le roman au tournant du XIXe et du XXe siècle »
  • Alain Milon (Paris Ouest) « L’écho est-il neutre ? »
  • Juliette Feyel (Paris Ouest) « Le sujet sacrifié chez D. H. Lawrence et G. Bataille »
  • Arnaud Marie (Dijon/Paris Ouest) « Le suicide sacrificiel ou l’épreuve de la subjectivité dans le théâtre de Lorca,  de Genet et de Pasolini »

Organisation du colloque et contact : Camille Dumoulié (camille.dumoulie@free.fr)

Posted in Actualité, conférence, philosophe, philosophie | Tagué: | 1 Comment »