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Journées d’étude. « Tolérance, liberté de conscience, laïcité : Quelle place pour l’athéisme ? »

Posted by Hervé Moine sur 13 janvier 2015

tolérance et athéismeJournées d’étude « Tolérance, liberté de conscience, laïcité Quelle place pour l’athéisme ? » du 21 au 23 janvier 2015, Université de Paris 8 Salle D002 et G-2 2 rue de la liberté à Saint-Denis

Organisées par l’Université Paris 8 et le Laboratoire sur les logiques contemporaines de la philosophie, l’Institut d’histoire de la pensée classique (UMR 5037) et l’Université de Lyon (Labex COMOD – Constitution de la modernité).

Elles auront lieu les mercredi 21, jeudi 22 et vendredi 23 janvier 2015 à l’Université Paris 8.

Ces journées d’étude porteront sur la manière dont les philosophies du XVIIe, du XVIIIe et du XIXe siècles envisagent l’idée d’un fondement théologique de l’Etat et la coexistence des différentes croyances en son sein. Elles se centreront sur la question de l’athéisme et sur la manière dont sa place est envisagée dans les différents régimes politiques de cohabitation des options spirituelles et philosophiques. Elles envisageront notamment les différentes hypothèses ouvertes par les concepts de tolérance, de liberté de conscience et de laïcité.

Mercredi 21 janvier 2015 

Ouverture : Louise Ferté, Lucie Rey, Patrice Vermeren

  • Nicole Gengoux, CERPHI : L’athéisme au 17e siècle : une aporie morale ou politique ? La naissance douloureuse de l’idée de tolérance dans le Theophrastus redivivus
  • Antony McKenna, UMR 5037, Université Jean Monnet Saint-Étienne : Rationalisme, tolérance et liberté de penser chez Bayle
  • Jacques-Louis Lantoine, CERPHI : Tolérer pour tenir en respect ? La défense de la liberté de philosopher chez Spinoza

Jeudi 22 janvier 2015 

  • Julie Saada, Université d’Artois : Politique de l’immanence ? Les ambivalences du sujet chez Hobbes
  • Alain Sandrier, CSLF, Université Paris Ouest Nanterre : Tolérer (par) l’athéisme : les leçons de d’Holbach
  • Bertrand Ogilvie, LLCP, Université Paris 8 : L’athéisme est-il une position politique ?
  • Fabienne Brugere, LLCP, Université Paris 8 : Le spectre de  l’athéisme dans les Lumières radicales. Le monde peut-il être encore harmonieux ?
  • Francine Markovits, Université Paris 10 : Figures de l’athéisme
  • Sophie Wahnich, CNRS : Quelle place pour l’athéisme après le décret du 18 floréal an II sur l’être suprême ?
  • Frédéric Brahami, Logique de l’agir, Université de Besançon : Comte, une religion sans Dieu ?

Vendredi 23 janvier 2015 

  • Lucie Rey, Labex COMOD, Université de Lyon : Le 19e siècle lecteur du 18e : Le socialisme de P. Leroux contre l’athéisme moral ?
  • Georges Navet, LLCP, Université Paris 8 : L’antithéisme de P.J. Proudhon
  • Louise Ferté, UMR 5037, Université Jean Monnet Saint-Etienne : La critique de la société d’athées chez Edgar Quinet
  • Jacqueline Lalouette, IRHIS, Université Lille 3 : Sur la laïcité républicaine – Ferry-Bert-Buisson-Bourneville-Combes-Jaurès
  • Juliette Grange, LIRE, Université Rabelais de Tours : Organiser l’humanité sans dieu et sans roi ?
Clôture des journées : Patrice Vermeren, LLCP, Université Paris 8 : Qu’est-ce qu’un miracle ?

Comité d’organisation

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Cycle de conférences Entrer en « raisonnance » Saison 2013-2014

Posted by Hervé Moine sur 6 novembre 2013

Université Catholique de Lyon

Communiqué le 06/11/2013

Le cycle de conférences créé en 2012 par la Faculté de Théologie et la Faculté de Philosophie de l’Université Catholique de Lyon, revient pour une deuxième édition. Pour cette année ce cycle propose un regard croisé grâce à des approches riches et variées : spiritualité, littéraire et artistique, scientifique et éthique, sciences du langage et informatique, science et foi. Les chercheurs rendent ainsi accessible, à tous, leur travail.

Pour cette nouvelle saison 6 dates à retenir, trois pour la Faculté de Théologie et trois pour la Faculté de Philosophie. Pour la théologie le 14 novembre 2013, le 13 février et le 10 avril. Pour la philosophie, le 12 décembre, le 20 mars et le 22 mai.
Ces conférences auront de nouveau lieu les jeudis soir à la bibliothèque universitaire du site Bellecour de l’Université Catholique de Lyon, 25 rue du Plat, Lyon 2ème. Cette année un nouvel horaire, de 19h30 à 21h00.

La première conférence du cycle aura lieu le 14 novembre. Elle sera organisée par la Faculté de Théologie et  servira de conclusion à la journée d’étude organisée par le Centre Chrétien pour l’Étude du Judaïsme : Le bonheur dans le judaïsme : bonheur et sagesse.
La conférence peut être suivie indépendamment de la journée d’étude.

Inscriptions pour le cycle entier 20 euros, ou 5 euros par conférence, auprès de la Faculté de Philosophie, philo@univ-catholyon.fr, ou de la Faculté de Théologie, theo@univ-catholyon.fr.

>> Demande de renseignements

En savoir plus : www.univ-catholyon.fr/ecoles-fac-instituts/faculte-de-theologie/le-livre-de-ruth-entre-exegeses-et-representations–1086

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Causes et Principes au Moyen-Age

Posted by Hervé Moine sur 2 novembre 2013

La prochaine séance du séminaire « Causes et Principes de l’Antiquité au Moyen Age » co-organisé par Anca Vasiliu et Cristina Viano dans le cadre du programme « L’héritage philosophique de l’Antiquité » du Centre Léon Robin (CNRS, Université Paris-Sorbonne), aura lieu, comme annoncé au début de l’année, le 7 novembre (14h30-18h30) dans la Salle des Conseils (J 636) de Paris-Sorbonne.

Au programme de la séance

  • Maria PROTOPAPAS (Académie d’Athènes) : La théologie stoïcienne et l’Hymne à Zeus de Cléanthe
  • Dominique POIREL (CNRS-IRHT) : Les causes exemplaires chez les Victorins

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L’actualité de saint augustin

Posted by Hervé Moine sur 11 novembre 2011

Pourquoi Saint Augustin est-il toujours d’actualité ?

Les clés de la pensée de l’évêque d’Hippone

Le n°400 de Lire consacre des pages sur l’évêque d’Hippone

Saint Augustin, et toi, et moiSaint Augustin, et toi, et moi

Par Philippe Delaroche (Lire), publié dans l’Express, le 10 novembre 2011

http://www.lexpress.fr/culture/

Saint Augustin, philosophe et théologien chrétien né en 354 à Thagaste et mort en 430 à Hippone (Algérie), reste toujours d’actualité. Explications.

Plus de mille six cents ans et une mer de malentendus nous séparent de son époque. Et pourtant, en dépit des évolutions dont procède notre société occidentale, étrangère aux préoccupations de l’Empire romain aux IVe et Ve siècles, et en voie de déchristianisation, la parole d’Augustin fait l’effet d’être non seulement compréhensible, mais proche, sinon familière. La Bible mise à part, il n’y a pas d’exemple d’un best-seller mondial aussi régulièrement traduit et réédité que les Confessions.

Ce livre ne continue pas d’être lu parce qu’il serait le prototype de l’autobiographie, mais parce qu’il est une déclaration d’amour d’une franchise sans égale. « Je vais reprendre ma lecture de saint Augustin, écrit la jeune juive hollandaise Etty Hillesum. Quelle sévérité, mais quel feu! Et quel abandon sans réserve dans ses lettres d’amour à Dieu! » (Journal, 30 mai 1942.)

Cela signifie, et c’est pourquoi il peut passer aujourd’hui encore pour un frère, que le propos de cet homme-là peut toucher, éclairer, donner à penser ou libérer n’importe lequel d’entre nous qui, en quête d’une vie heureuse, s’interroge sur l’origine d’une sourde insatisfaction, solitude ou lassitude.

Surabondante, la postérité d’Augustin réunit celles et ceux qui l’ont fréquenté, que leur oeuvre en revendique ou pas le sceau, qu’ils l’aient critiqué, déconstruit ou qu’ils aient mis leurs pas dans les siens et poursuivi, en la reconsidérant, son entreprise. A tout le moins, mentionnons: Dante, Pétrarque, Thomas d’Aquin, Thérèse d’Avila, Luther, Pascal, Kierkegaard, Heidegger, Hannah Arendt, James Joyce, Flannery O’Connor, Julien Green, Albert Camus, Hans-Georg Gadamer, Jacques Derrida, Pascal Quignard. Que l’on est loin d’avoir épuisé le suc, le sens et l’actualité de l’oeuvre, c’est ce que rappelle l’exemple de Jean-François Lyotard. Averti que ses jours étaient comptés, l’auteur de La condition postmoderne tint à y consacrer son dernier essai. Dans La confession d’Augustin (Galilée, 1998), il souligne la valeur existentielle de cette « voix de tête »: appel cherchant à répondre à un appel originel, aussi indiscernable qu’insistant, le lecteur s’associant à la pensée qui, d’une invocation à l’autre, tâtonne dans le silence de la voix.

Quels traits ont en commun le Bas-Empire et notre temps? Les contemporains d’Augustin souffrent de la division de l’Empire romain. Les invasions, les successions se règlent dans le sang ; la corruption gangrène les élites. Nul ne sait de quoi demain sera fait. Ce présent XXIe siècle témoigne du déplacement du centre de gravité en faveur de l’Asie. Les pays occidentaux peinent à conjurer l’appauvrissement des classes moyennes. Hier, voie radieuse, la construction européenne est contestée. Et comme si la menace d’attentats islamistes ne suffisait pas, il faut redouter depuis le massacre d’Oslo, l’été dernier, jusqu’aux terroristes autoproclamés défenseurs de l’Occident chrétien! Folie et confusion des hommes…

Face au péril, la lecture d’Augustin n’a rien d’un délassement, quoiqu’elle distille une rare sérénité. A condition d’écarter les clichés repoussoirs. Augustin, qui reconnut aux hérésies l’utilité de « rendre plus lumineuse la doctrine de l’Eglise », n’est pas qu’un polémiste qui ferrailla contre le manichéisme, le donatisme, le pélagianisme et l’arianisme. Il est un pasteur, sur-sollicité, et un prédicateur.

Il y a chez Augustin une joie sans rapport avec le « maître d’inquiétude » salué par Chateaubriand. Est-il l’agent culpabilisateur numéro un? Ses « blocages » à propos de la femme, du sexe et du mal, disait André Mandouze, las des anachronismes, sont partagés par la société des IVe et Ve siècles. Méprisait-il le corps, à l’instar des néoplatoniciens? Assez pour faire de la relation sexuelle le vecteur du péché originel. Sauf qu’Augustin a fini par se raviser: « Exalter l’âme comme le souverain bien et condamner comme un mal la nature de la chair, dit-il dans La cité de Dieu (Livre XIV), c’est convoiter l’âme et fuir charnellement la chair. »

Que l’amour, découverte née de sa rencontre avec le Christ, libère et sauve, c’est le message d’Augustin. Que « ce qu’il y a de meilleur en l’homme » n’est point assujetti « à ce qu’il y a de pire » (Soliloques), c’est ce que n’a pas fini d’évaluer la littérature.

« L’actualité d’Augustin nous saute à la figure »

Par Philippe Delaroche (Lire), publié dans l’Express le 10 novembre 2011

"L'actualité d'Augustin nous saute à la figure"

Rémi Brague, professeur de philosophie des religions européennes à l'université de Munich, est l'auteur de Du Dieu des chrétiens et d'un ou deux autres (Flammarion/Champs). Didier Pruvot/ Flammarion

Pour Rémi Brague, saint Augustin a fait de la relation à un dieu personnel, « qui ne nous demande rien » un concept-clé.

Augustin peut-il nous aider à nous orienter dans l’époque présente ?

Rémi Brague. Je veux! A la lumière, en particulier, de La cité de Dieu. Faites l’expérience suivante: remplacez tous les noms des dieux païens par le mot « valeur ». Et l’actualité d’Augustin vous saute à la figure. Car nous sommes à peu près dans la situation qui a suivi le sac de Rome en 410, qui provoqua un énorme traumatisme. Notre sac de Rome, c’est ce que les Américains appellent le « Nine Eleven », le 11 Septembre. Les attentats ont frappé au coeur l’empire américain, ni plus méchant ni plus bête que l’Empire romain qui, lui-même, n’a pas été le plus bête, ni le plus méchant de l’histoire de l’humanité. Les Romains ont construit un ordre vivable tandis que les Mongols ont surtout détruit.

Mais le traumatisme de 410 n’a pas suffi à Rome pour se ressaisir…

La question est de savoir si l’empire américain, l’équivalent moderne de l’Empire romain, va se raccrocher avec succès aux valeurs qu’on appelle démocratie, justice sociale, humanisme, etc. Chacun choisit ses dieux à sa guise. Avantage du polythéisme: le sujet est le seul dieu; c’est un monothéisme du sujet. Il compose son menu à la carte. S’il préfère l’humanisme, tant mieux pour lui. S’il préfère le pluralisme, ça ira aussi. Les valeurs, je regrette que les catholiques s’en gargarisent. On ne sait plus trop en quoi elles sont chrétiennes, ces valeurs. Pourquoi le nom du Christ? Qui c’était, ce mec? Qu’est-ce qu’il a fait? Est-ce qu’il est mort pour des valeurs? Est-ce qu’il a prêché des valeurs? Mais la foi des gens est sûrement plus profonde que leur façon de l’exprimer.

C’est la fadeur du discours que vous déplorez ?

Il en va de la foi comme des sentiments amoureux. Nous recevons de l’air ambiant des schémas. Ils nous permettent de l’exprimer, mais ils ne sont pas toujours adéquats. A nous de les briser pour trouver plus authentique. A l’exemple d’Augustin, quand il nous parle du dieu vivant, du dieu personnel. Ce qui est intéressant dans le dieu chrétien, ce n’est pas le fait qu’il n’y en ait qu’un seul, par opposition au foisonnement des dieux païens. La différence, c’est que le dieu chrétien nous fait vivre, alors que les dieux païens nous demandent de mourir pour eux. C’est à cela qu’on les reconnaît. Je viens de lire Les dieux ont soif. Le titre du roman d’Anatole France est presque une définition. L’un des personnages « prophétise » Bonaparte avec cet avertissement: vous vous soumettrez; vous serez mangés comme la grue de la fable a mangé les grenouilles. France ajoute: on reconnaît les dieux à leur appétit. Un dieu, c’est quelqu’un qui bouffe. Le dieu chrétien, lui, se donne à bouffer. Le dieu chrétien est mort pour nous, une fois pour toutes. Il ne nous prie pas de mourir pour lui, que je sache. L’ère des sacrifices est close. René Girard a raison, sur ce point comme sur bien d’autres.

Quels noms portent les valeurs qui suggèrent que l’on se sacrifie pour elles ?

L’homme, l’humanisme, l’égalité, la fraternité…

Et, hier, la patrie ?

La patrie a déjà donné, abondamment. Anatole France a publié son roman en 1912, deux ans avant que s’ouvre la grande boucherie. Ce dieu-là a justifié qu’on immole plusieurs millions d’hommes. D’ailleurs, il n’est pas sûr que la France s’en soit relevée. C’est dire si je suis frappé par la phrase de Nietzsche dans L’antéchrist (XIX). Il s’exclame: « Deux mille ans presque, et pas un seul nouveau dieu! » Mais quel con! Il n’avait pas des yeux pour voir, ce type-là? Car son siècle a été d’une inventivité religieuse fantastique. Pensez aux baha’is dans l’islam, aux mormons dans le para-christianisme, et à tous les occultismes. Sur ce sujet, le livre de Philippe Muray, Le XIXe siècle à travers les âges, est édifiant

Qui, respectivement, occuperait aujourd’hui la position des manichéens, donatistes et pélagiens que combattit Augustin ?

L’un des camps de base des manichéens est à Hollywood, parmi les médias. Avec ses « good guys » et ses « bad guys », des gens tout méchants ou tout gentils. L’équivalent des donatistes, qui s’estimaient moins pécheurs que les autres, ce serait les intégristes. Les héritiers des pélagiens sont les humanistes d’aujourd’hui. Lors d’une conférence sur Pélage et saint Augustin à l’université Boston College, Tzvetan Todorov vient de souligner qu’Augustin donne de la nature humaine une vision plus nuancée que cette espèce d’athlète du Salut qu’était Pélage. Augustin est moins élitiste. Ce qui manquait chez Todorov, c’était la notion de grâce, pourtant centrale. Reste que, selon lui, l’anthropologie de saint Augustin est beaucoup plus proche des phénomènes que celle de Pélage qui, lui, célèbre le triomphe de la volonté.

Face aux désordres du monde, sur quelle priorité Augustin mettrait-il l’accent ?

Je crois qu’il dirait d’avoir toujours présent à l’esprit ce qui est essentiel dans le christianisme, à savoir le Christ. Il nous appellerait au calme. Ce sont des choses qui arrivent, qu’une civilisation disparaisse.

Que faire quand on jouit de la liberté, mais pas du choix ?

C’est une chose qu’il faudrait reprendre avec Augustin, qui est un grand penseur de la liberté. La liberté ne s’apparaît à elle-même qu’à partir du moment où elle comprend qu’elle est entravée. L’expérience de la liberté, c’est que, même une fois qu’aucune contrainte extérieure ne m’est plus opposée, je ne suis pas fichu de vouloir ce que je voudrais. Voir saint Paul: « Car je ne sais pas ce que je fais; le bien que je veux, je ne le fais pas; le mal que je hais, je le fais. » (Epître aux Romains, 7, 15).

Ou c’est Anna Karina, dans Pierrot le fou, de Godard, qui serine continuellement: « Qu’est-ce que j’peux faire? J’sais pas quoi faire. »

Oui, c’est un peu ça. Nous avons desserré le frein à main. Et nous ne savons pas où aller. Augustin nous suggère d’aller vers un point qui n’est pas étranger à la liberté. Le christianisme est une libération de liberté (voir Galates, 5,1). Le Christ nous a libérés pour une liberté d’un tout autre type que celle du taxi à la merci de son client. De même, beaucoup de gens imaginent être libres parce qu’ils cèdent à leurs penchants. La formule augustinienne « pondus meum amor meus; eo feror quocumque feror » (« ma force de gravité, c’est ce que j’aime; c’est ce qui m’entraîne vers mon lieu naturel ») devrait être l’objet d’une méditation constante.

Par quelle lecture avez-vous commencé ?

Je suis loin d’en avoir achevé l’exploration. J’ai débuté, adolescent, par les Confessions, la porte d’entrée un peu anecdotique, si je puis dire, l’oeuvre la plus facile à trouver. Une oeuvre de toute beauté aux qualités rhétoriques exceptionnelles, nourrie de pensées que les philosophes n’ont jamais cessé de ruminer.

On reproche à Augustin de céder à l’outrance ou de manifester une certaine violence…

Il faut se représenter les conditions de son époque, les obligations qui l’accaparaient. Augustin aurait préféré formuler sa pensée assis à sa table, et disposer du temps souhaitable. Il s’exprime dans le feu de la controverse. Pour se faire entendre, il doit forcer le trait. Comme pour une négociation syndicale, il en fait « un max ». Le syndicaliste combatif ne dit pas au patron : « Vous pouvez me filer 5 % d’augmentation? » Il lui dit: « Doublez mon salaire; je meurs de faim, mes enfants sont dans la rue, ma femme est obligée de se prostituer. » Ce qu’il veut en fait, c’est obtenir 5 % d’augmentation.

La postérité d’Augustin dérive-t-elle du seul cachet littéraire des Confessions ?

Non. Pas uniquement. Augustin savait penser, avec rigueur et honnêteté. Quand il ne sait pas, il dit qu’il ne sait pas, il ne vous fait pas un enfant dans le dos. Chacun a ses préférences. Quant à moi, je songe à un passage que Heidegger avait lui-même pointé. Au livre X des Confessions, Augustin se demande pourquoi l’Ecriture dit qu’il y a des gens qui haïssent la vérité. Il cite ce vers de Térence : « veritas parit odium » (la vérité engendre l’envie ou la haine). Comment est-ce possible ? Tout le monde veut la vérité! A partir de là, il distingue la vérité qui éclaire, que l’on braque sur les choses et qui nous permet de les contrôler. Et, en un autre sens, la vérité qui fait retour sur nous, qui nous confond au sens où le juge convainc l’accusé par la preuve. Cette deuxième forme de vérité, nous ne l’aimons pas trop: elle nous démasque jusque dans nos sales petits secrets. On peut adapter ce concept à d’autres domaines. Par exemple, nous aimons notre passé dans la mesure où nous pouvons nous y balader en touriste. Mais nous le détestons dans la mesure où il fait de nous celui que nous sommes, le passé qui nous détermine. Idem pour l’avenir: nous pouvons rêver de lendemains qui chantent. En revanche, nous n’aimons pas l’avenir lorsqu’il nous met en demeure de le préparer dès maintenant. Voulez-vous que la race humaine continue? Faites des enfants. Voulez-vous que la Terre soit habitable? Cessez de jeter vos saloperies.

Augustin est souvent présenté en noir et blanc, théologien intransigeant et pasteur indulgent, trop pasteur pour les protestants, trop théologien de la grâce pour les catholiques. S’agit-il des clichés dont Goulven Madec déplorait qu’ils continuent d’avoir cours ?

Madec avait raison. Il y a un saint Augustin « éclairant » et un saint Augustin « convaincant ». On peut jouir de la beauté de ces écrits et de la clarté de sa pensée, mais lorsqu’il nous dit que nous ne sommes pas si malins que cela, que nous devons nous adresser à ce qui est au-dessus, à partir de là nous aimons moins. L’on voit bien chez Augustin deux faces opposées. Il est en cela signe de contradiction, comme le Christ, toutes proportions gardées.

On fait grief à Augustin d’avoir prêché l’antijudaïsme, d’avoir enseigné une « haine de soi », d’être l’un des agents du désenchantement du monde…

Il y a une rivalité entre juifs et chrétiens, depuis que la séparation a été voulue des deux côtés. Mais on ne sait pas trop à quelle époque elle s’est scellée. Il y a eu des judéo-chrétiens jusqu’au IXe siècle, estimait l’universitaire israélien Shlomo Pinès. Alors, comment cela s’est passé? Est-ce qu’Augustin est pire que, par exemple, Jean Chrysostome? Qui vise-t-il, des gens ou des idées? Historien de l’antisémitisme, Léon Poliakov rappelait toutefois que, pour Augustin, le peuple juif conservait sa dignité de témoin, la Nouvelle Alliance n’ayant pas de sens sans la première. Quant au désenchantement du monde, à la désacralisation de la nature, elle a débuté avec les prophètes de l’Ancien Testament. Mais le principal agent désenchantant, c’est la science moderne. Peut-on établir une généalogie entre la science moderne et le christianisme? C’est ce que pensaient Pierre Duhem (1861-1916) et Alexandre Koyré (1891-1964).

La conception qu’Augustin se fait de la sexualité est-elle périmée ?

Mais ce sont nos conceptions actuelles de la sexualité qui sont vouées à l’oubli. D’autant plus qu’on en change à un tel rythme! Qui aurait anticipé dans les années 1960 que la pédophilie deviendrait quarante ans plus tard un crime absolu, phénomène d’autant plus intéressant qu’il se manifeste dans une société de refus de l’enfant.

Les autorités algériennes saluent en Augustin un grand écrivain berbère. Que dit-il de sa terre d’Afrique ?

On apprend peu de chose sur le monde punique ou berbère chez Augustin. Dans un commentaire, il mentionne « salus », un mot de la langue phénico-punique, qui se trouve signifier à la fois salut et trois (comme Trinité). Les Carthaginois étaient des colons comme les Grecs en Italie du Sud: ils avaient apporté leur langue. Les Berbères étaient là avant eux.

Augustin a-t-il été lu par les penseurs arabes ?

Je n’en ai pas trouvé l’ombre de la moitié de la trace chez les philosophes arabes qui, comme toute la civilisation arabe, en Afrique du Nord comme en Andalousie et dans le reste du monde, vivent du déni de tout ce qui l’a précédé. Y compris Averroès. Rien avant le prophète! Quand ils sont philosophes, ils admettent Aristote, mais un Aristote dont les chrétiens de leur époque, ceux de Byzance, seraient devenus indignes.

Quel lien entre la dimension philosophique et la dimension religieuse ?

Pour Augustin, les deux ne se distinguaient pas. La philosophie antique, comme y a insisté Pierre Hadot après Nietzsche, est avant tout un art de vivre. Augustin croyait avoir trouvé la bonne philosophie dans le christianisme. Chez lui, philosophie, spiritualité et théologie, c’est kif-kif. Il voit dans l’incarnation quelque chose qui n’est pas dans la philosophie, mais qui se situe dans son droit fil et qui la couronne. Un peu comme dans la grande musique: vous ne pouvez pas prévoir ce qui va venir après la mesure que vous venez d’écouter mais, une fois que vous l’avez entendue, vous savez qu’il ne pouvait en être autrement. L’incarnation, il ne pouvait pas l’imaginer. Une fois qu’elle est là, il voit que c’est la pierre de faîte qui manquait.

Rémi Brague

Du Dieu des chrétiens

et d’un ou deux autres

Champs essais

Présentation de l’ouvrage de Rémi Brague : Du Dieu des chrétiens et d’un ou deux autres

Quel est le dieu des chrétiens? Quelles en sont les caractéristiques ? Quelle en est la singularité? À ce sujet vaste et quelque peu intimidant, le philosophe Rémi Brague répond en sept chapitres concis, informés, stimulants.

Que Dieu soit bien au-delà des représentations que l’on s’en fait, c’est une affaire entendue, mais cela ne justifie pas pour autant les approximations et les confusions qui sont de mise aujourd’hui dès qu’on aborde les questions religieuses. Car tout le monde ne se fait pas de Dieu la même idée, et celle que s’en font les chrétiens est, au fond, plutôt surprenante.

Qui est alors ce dieu, et qu’en pouvons-nous connaître? Il est un, mais pas de n’importe quelle façon; il est père, mais non pas mâle; il a parlé, mais pas pour nous demander quoi que ce soit; il pardonne, mais sans ignorer la décision de notre liberté. Au terme de cette enquête, le lecteur pourra accepter ou refuser le dieu des chrétiens ; dans les deux cas, il le fera en connaissance de cause.

L’auteur

Rémi Brague est professeur de philosophie médiévale à l’université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne et à la Ludwig-Maximiliän Universität de Munich. Il est l’auteur d’une centaine d’essais, dont La Loi de Dieu (Gallimard, 2005), Au Moyen du Moyen Age (La Transparence, 2006 ; Champs-Flammarion, 2008) et Introduction au monde grec (La Transparence, 2005 ; Champs-Flammarion, 2008).  » La grande qualité du livre de Rémi Brague, c’est d’ouvrir l’esprit, au-delà de tout préjugé, à cette mesure et à ce mystère qui nous invitent hors de nous-mêmes. « (Le Monde des livres).

Marcel Neusch

Saint Augustin

Splendeur et misère de l’homme

Collection épiphanie

aux éditions du Cerf

Présentation de l’ouvrage de Marcel Neusch : Saint-Augustin : Splendeur et misère de l’homme

Si les différents chapitres de ce livre traitent chacun d’un aspect particulier de la pensée d’Augustin, ils sont regroupés en fonction de l’axiome : Noverim me, noverim Te !  » Me connaître, Te connaître !  » La pensée d’Augustin se déploie entre ces deux pôles inséparables, l’homme et Dieu.

Les neuf premières études sont placées sous le signe du visage de Dieu ; les neuf suivantes s’attachent à considérer l’homme dans sa condition temporelle. L’ensemble témoigne de la logique d’une vie devant Dieu, logique que fait ressortir le titre de l’ouvrage : Splendeur et misère de l’homme.

Dans chacune de ces pages, Augustin se révèle comme un inlassable chercheur de vérité, avant comme après sa conversion :

 » Seigneur mon Dieu, mon unique espérance, exauce-moi de peur que, par lassitude, je ne veuille plus te chercher, mais fais que toujours je cherche ardemment ta face (Ps 104, 4). Ô toi, donne-moi la force de te chercher, toi qui m’as fait te trouver et qui m’as donné l’espoir de te trouver de plus en plus. « 

Augustin entraîne son lecteur dans cette recherche.

S’il est passé pour un maître dans la théologie occidentale, c’est bien malgré lui. Car nous n’avons qu’un seul maître, le Maître intérieur, et nous sommes tous à son école. Augustin accepte tout au plus le rôle de pédagogue. Mais dans ce rôle, il est indépassable.

Marcel Neusch

Marcel Neusch

Marcel Neusch, spécialiste de saint Augustin

Né en 1935, Assomptionniste, docteur en philosophie à l’Université de Toulouse et en théologie à l’Institut catholique de Paris, Marcel Neusch est un spécialiste reconnu de saint Augustin. Il a été responsable de la formation des jeunes religieux de l’Assomption. Auteur d’une quinzaine d’ouvrages, il collabore au quotidien La Croix.

En outre, Marcel Neusch anime de nombreuses sessions, en particulier sur saint Augustin. Il dirige la revue biannuelle de spiritualité augustinienne : « Itinéraires augustiniens ».

Marcel Neusch écrivait dernièrement dans La Croix à propos de la parution d’une partie de la correspondance de l’évêque d’Hippone, ses trente premières lettres.

Augustin au miroir de sa correspondance

Article de Marcel Neusch paru dans la Croix le 6 juillet 2011

http://www.la-croix.com/Culture

Ces trente premières lettres d’Augustin témoignent de la profonde mutation intervenue entre sa conversion et son ordination épiscopale

Devenu prêtre, puis évêque, Augustin était surchargé de tâches. On lui écrivait de tous les coins de l’Empire. Il se voyait sollicité sur toutes sortes de sujets, et chacun de ses correspondants voulait être le premier servi. À son vieil ami et compatriote Evodius, devenu évêque d’Uzalis, il écrivit un jour : « Tu demandes bien des choses à un homme très occupé ; et, chose plus grave, tu penses que l’on doit, en dictant, faire vite sur des sujets qui sont si difficiles que, même en dictant ou en écrivant avec le plus grand soin, on a peine à les mettre à la portée même d’hommes tels que toi. »

Augustin se voyait souvent réduit à répondre à la dernière lettre qu’on venait de lui remettre, au détriment d’autres tâches, et surtout au détriment des ouvrages fondamentaux en cours de rédaction. Faut-il le regretter ?

Les lettres d’Augustin – environ 300 pièces qui vont du court billet à l’étendue d’un livre – contiennent une mine de renseignements inestimables sur sa vie et ses activités. On s’étonnera sans doute de sa discrétion sur ses proches ou quand il s’agit de lui-même. « De l’être de chair qu’était Augustin, écrit Serge Lancel, on ne tirera pas un portrait de ses lettres. » Qu’on ne s’attende pas non plus à nous voir offrir « un bouquet de souvenirs pittoresques ».

S’il ne cesse de célébrer l’amitié – il avouait qu’il ne pouvait être heureux sans amis –, elle n’a rien de sentimental. Elle est comprise comme un échange où l’on parle d’esprit à esprit. En revanche, les débats du temps, comme celui de la liberté et de la grâce, dont traitent ses œuvres majeures, sont très présents dans ses lettres.

Si cet ensemble épistolaire si riche est parvenu jusqu’à nous, écrit Serge Lancel, c’est d’abord parce qu’Augustin, comme quelques-uns de ses devanciers, s’est efforcé d’en conserver les éléments, lettres reçues et surtout lettres envoyées.

De ses propres lettres, dictées, il envoyait une copie et conservait les minutes. De celles-ci étaient tirées, outre l’exemplaire adressé au correspondant, une ou plusieurs copies qui demeuraient dans les archives d’Hippone et pouvaient circuler à la demande. Des éditions partielles devaient circuler déjà du vivant d’Augustin. Après sa mort, au plus tard vers le milieu du Ve siècle, sa bibliothèque fut transférée à Rome, lettres comprises.

La présente édition – texte latin et traduction, avec des notes abondantes – comporte une introduction remarquable de près de 200 pages où l’ensemble du dossier de ces 300 lettres est analysé sous différents chapitres : les destinataires des lettres et leurs destinations, les porteurs des lettres, l’homme Augustin et son œuvre au miroir de sa correspondance, l’épistolier comme acteur et témoin de son temps, la langue et le style d’Augustin, le cheminement des lettres à travers les siècles, etc.

Ce premier volume contient les 30 lettres antérieures à l’ordination épiscopale d’Augustin. Elles témoignent de la profonde mutation qui intervient entre les débuts de sa conversion à Milan, et sa charge ecclésiale, comme prêtre et évêque d’Hippone.

Après les Confessions, c’est dans ses lettres qu’Augustin se révèle le mieux tel qu’il est, soucieux de dialogue, avec une vive conscience de sa responsabilité, mais toujours brûlant d’envie de « toucher » son interlocuteur, à défaut de pouvoir le rencontrer, du moins par « le biais de ces lettres qui s’envolent au loin ».

Signalons aussi : Firmamentum narrat. La théorie augustinienne des Confessions, de Jacques Ollier (Parole et Silence, 338 p). Centrée sur les quatre derniers livres, cette thèse justifie l’unité des Confessions à partir des règles de l’art rhétorique dont Augustin n’a rien oublié en se convertissant.

Marcel Neusch

Jacques Ollier

Firmamentum narrat

La théorie augustinienne des Confessions

Collège des Bernardins

Editions Paroles et silence

Présentation de l’ouvrage

Qu’est-ce que confesser, selon saint Augustin ? Ce livre y répond. L’analyse rhétorique des quatre derniers livres des Confessions atteste d’une part l’unité remarquable de cette couvre majeure.

Cette analyse – la première à couvrir une aussi large étendue de l’ouvrage – permet d’autre part de percevoir le mouvement de la pensée de l’évêque et découvre ainsi la théorie augustinienne des Confessions.

Au Livre X, la confession de l’amour de Dieu et d’une ignorance morale font espérer la Sagesse qui vient d’en-haut, le médiateur de Dieu et des hommes, Jésus Christ.

Au Livre XI, la tension de l’esprit vers ce qui est en avant conduit à l’antériorité sans antériorité qu’est Dieu éternel.

Au Livre XII, la polysémie des Ecritures, comprises dans la vérité, laisse entrevoir qu’un sens personnel peut, être donné à l’Ecriture dans laquelle se reflète l’existence humaine.

Au livre XIII, l’ultime destin de l’homme se découvre au firmament des Ecritures, firmament entendu comme l’expression symbolique de la bible et, dans le latin classique, comme preuve décisive de l’art oratoire. Car c’est à nous convaincre de confesser que s’efforce Augustin dans les quatre derniers livres de ses Confessions.

L’appareil rhétorique qu’il possède parfaitement, uni au pouvoir propre des Ecritures, lui permet de constituer un lecteur idéal et de l’exhorter à la confession. Ainsi, après avoir lu les Confessions, le lecteur est-il dans la situation d’ouvrir à nouveau le livre et de confesser à la manière de saint Augustin : « Magnus es Domine, et laudabilis valde ».

L’auteur, le Père Jacques Ollier est prêtre du diocèse de Paris, curé de Saint-Etienne-du-Mont et enseignant à la Faculté de théologie du Collège des Bernardins.

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L’étude de la philosophie aide le théologien à être conscient de ses préjugés philosophiques

Posted by Hervé Moine sur 23 mars 2011

Réforme des études ecclésiastiques de philosophie

Article de Guillaume de Thieulloy paru dans Chrétienté Info le 22 mars 2011

http://www.chretiente.info/201103223921/reforme-des-etudes-ecclesiastiques-de-philosophie/

Mgr Bruguès secretaire de la Congrégation pour l’éducation catholique

 

Présentant ce matin, avec le cardinal Zenon Grocholewski, Préfet de la Congrégation pour l’éducation catholique, le décret de réforme des études ecclésiastiques de philosophie, Mgr Jean-Louis Bruguès, secrétaire de la Congrégation, a déclaré : «  Les disciplines strictement philosophiques devront constituer au moins 60 % des cours de première et deuxième année. »

Le RP Charles Morerod, recteur de l’Université pontificale St Thomas d’Aquin, a ajouté que « L’étude de la philosophie aide le théologien à être conscient de ses préjugés philosophiques, à les évaluer en évitant d’imposer à sa théologie ou à sa prédication un cadre conceptuel incompatible avec la foi. Pour être juste, la réflexion critique sur les systèmes philosophiques doit rechercher la vérité au delà des apparences. »

Les futurs prêtres seront mieux formés à la philosophie

Article de Frédéric Mounier paru dans La Croix le 22 mars 2011

http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2459362&rubId=4078#

La Congrégation pour l’Éducation catholique, le «ministère» du pape en charge, notamment, des séminaires et de l’enseignement catholique supérieur, a publié hier une réforme visant à renforcer, tant sur le fond que sur la forme, les études de philosophie dans ces établissements

Dans quel contexte se situe cette réforme ?

«L’effondrement actuel de la culture générale, et plus précisément de la culture religieuse, impose de notre part un effort plus grand en direction des séminaristes. La plupart d’entre eux, avant d’entrer au séminaire, n’ont en effet jamais pu approcher la philosophie.» Mgr Jean-Louis Bruguès, secrétaire (numéro 2) de la Congrégation pour l’éducation catholique, motive en ces termes la réforme des études ecclésiastiques de philosophie annoncée mardi 22 mars à Rome, devant les recteurs et doyens des universités pontificales.

Pour sa part, le cardinal Zenon Grocholewski, préfet de la même congrégation, a lui aussi expliqué cette réforme, fruit d’une large réflexion entamée en 2004, par «la faiblesse de la formation philosophique dans de nombreuses institutions ecclésiastiques, avec l’absence de points de références précis, notamment en ce qui concerne les matières à enseigner et la qualité des enseignants.»

Il a poursuivi : «Cette faiblesse est accompagnée de la crise des études philosophiques en général, à une époque où la raison est menacée par l’utilitarisme, le scepticisme, le relativisme et l’abandon de la métaphysique, lui rendant difficile de prendre en compte la vérité sur les problèmes fondamentaux de la vie». L’idée est aussi de rééquilibrer un enseignement qui, selon les responsables romains, s’est ces dernières années trop orienté vers les sciences humaines.

Quelles en sont les modalités ?

Trois catégories d’établissements sont concernées. Les facultés ecclésiastiques de philosophie devront faire passer leur premier cycle de deux à trois ans. Les programmes devront inclure la métaphysique et la logique. Le corps enseignant en philosophie devra désormais être «stable», qualifié par des titres universitaires ecclésiastiques, et composé au minimum de sept enseignants.

Les premiers cycles des facultés ecclésiastiques de théologie et les instituts affiliés en théologie, par exemple les séminaires, devront veiller à ce que la philosophie constitue au moins 60% des crédits des deux premières années. Celles-ci doivent donc être «principalement dédiées à la philosophie».

Par ailleurs, afin d’éviter un corps enseignant trop externalisé, ou insuffisamment qualifié en philosophie car spécialiste d’autres disciplines, ces établissements devront compter au moins deux enseignants philosophes «stables». Enfin, le nombre des enseignants stables d’un institut affilié en philosophie (notamment les séminaires) doit être d’au moins cinq, avec les qualifications requises.

Quelles en seront les conséquences ?

Sur le fond, il s’agit pour la Congrégation de remédier au constat déjà dressé par Jean-Paul II dans son encyclique Fides et Ratio , qui stigmatisait «une fragmentation du savoir qui entrave l’unité intérieure de l’homme contemporain, parce qu’elle entraîne une approche parcellaire de la vérité et que, par conséquent, elle en fragmente le sens».

Sur la forme, les 50 facultés catholiques de philosophie et les 400 facultés de théologie présentes dans le monde devront, pour certaines d’entre elles, se livrer à un sérieux effort, notamment matériel, de mise en conformité.

Frédéric Mounier, de Rome

 

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Edith Stein. Comment, à travers tout, rester des vivants ?

Posted by Hervé Moine sur 8 mars 2011

Eric de Rus
Edith Stein
La personne humaine en question,
Pour une anthropologie de l’intériorité
Cerf

Edith Stein s’intéresse à des domaines très divers : politique, éthique, anthropologie, pédagogie, théorie de la connaissance, métaphysique, religion, etc. Or cela même qui fait la richesse de son œuvre — et ouvre au chercheur des champs d’investigation très vastes — constitue pour le lecteur qui souhaite se familiariser avec cette pensée une difficulté majeure. En effet, l’étendue des questions abordées et le caractère hautement personnel de l’œuvre steinienne posent, de manière particulièrement aiguë, le problème de savoir sous quel angle l’aborder pour en saisir l’unité.

Pourtant Edith Stein nous indique elle-même le centre de gravité de son itinéraire intellectuel et spirituel : « la constitution de la personne humaine ». La cohérence de l’engagement intellectuel et existentiel d’Edith Stein réside précisément dans cette quête constante de la vérité de l’homme, selon un mouvement qui porte toujours plus haut la compréhension de la personne et l’accomplissement du sens de son être. L’ouvrage que nous offrons ici se propose de dégager la ligne qui soustend la pensée anthropologique d’Edith Stein. Une pensée indissociable d’une démarche vitale, puisqu’elle est surtout un chemin d’unification de la personne humaine à partir de son intériorité.

La parole d’Edith Stein sur la personne humaine nous situe au cœur du défi anthropologique que notre époque adresse à la conscience : « Qui est l’homme et qu’est-ce que vivre authentiquement dans le sens de son être ? » Il s’agit là d’une parole capable de rejoindre chacun, dans la mesure où nul ne peut, s’il veut vivre humainement et avec toute la plénitude possible, éviter de s’interroger sur ce qu’est donner forme à sa vie. À l’écoute de cette parole, nous découvrons la proximité d’un guide et d’une amie qui nous ouvre un chemin lumineux de liberté intérieure et de vie pleine.

L’auteur, spécialiste d’Edith Stein, Eric de Rus

Spécialiste d’Edith Stein, pour y avoir consacré de nombreuses années d’étude, Éric de Rus est professeur agrégé de philosophie, enseignant au centre pédagogique Madeleine Daniélou (Rueil-Malmaison) et associé au groupe de recherche « Éthique et personnalisme » de la faculté de philosophie de l’Institut Catholique de Toulouse.

Ses publications concernent surtout l’anthropologie philosophique et religieuse, l’éthique et la spiritualité.

On notera son recueil de poésie : « Le chant du feu » (2009).

Eric de Rus présente « l’intériorité » d’Edith Stein

Un éclairage sur la Shoah aussi

« La personne humaine en question. Pour une anthropologie de l’intériorité » : tel est le titre du troisième livre d’Éric de Rus sur Édith Stein. Il est sorti en librairie en France – aux éditions du Cerf, du Carmel et Ad Solem – le 3 mars dernier. Eric de Rus est professeur agrégé de philosophie au Centre pédagogique Madeleine Daniélou de Rueil-Malmaison et il collabore à l’unité de recherche « Anthropologie, éthique, éducation » de la faculté de philosophie de l’Institut catholique de Toulouse.

ZENIT – Eric de Rus, vous êtes professeur agrégé de philosophie : vous avez commencé par vous intéresser à Édith Stein comme pédagogue ?

Éric de Rus – Je m’intéresse sérieusement à Edith Stein – sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix – depuis 2005. Tout d’abord, mon travail s’est en effet porté sur la pensée éducative d’Edith Stein. Il s’agissait de montrer le lien vital qui unit l’anthropologie et l’éducation. Cela a donné lieu à une première publication : « Intériorité de la personne et éducation chez Edith Stein » (Cerf, 2006). Ensuite, j’ai souhaité approfondir la signification spirituelle de l’art d’éduquer qu’Édith Stein conçoit comme un geste anthropologique intégral dans la mesure où il assume toutes les dimensions de la personne : le corps, l’esprit, l’âme. Ce fut l’objet d’une seconde publication, préfacée par Marguerite Léna, et qui a ouvert la collection des Cahiers d’études steiniennes : « L’art d’éduquer selon Édith Stein. Anthropologie, Education, Vie spirituelle » (Cerf, 2008)

ZENIT – Ce troisième volume est consacré à la « personne humaine », à partir, dites-vous, de « l’intériorité ». C’est-à-dire?

Éric de Rus – Oui, l’ouvrage qui vient de paraître est donc le troisième et s’intitule : « La personne humaine en question. Pour une anthropologie de l’intériorité » (Cerf, 2011). Dans ce travail, plus ramassé que les deux précédents, je suis parti du problème de savoir comment saisir l’unité de l’œuvre steinienne. Il ne suffisait pas de montrer que celle-ci se construit autour de la question de la personne humaine, encore convenait-il de mettre à jour la clef de voûte de la vision anthropologique développée par Édith Stein. Or, à mon sens, cette clef c’est l’intériorité. C’est là le centre autour duquel sa vision de la personne gravite.

ZENIT – Quelle est l’actualité de la pensée d’Édith Stein sur l’« homme »?

Éric de Rus – Dès le début, ce qui m’a saisi en plongeant dans les écrits anthropologiques d’Édith Stein, c’est la lumière qu’ils jetaient sur la beauté de la personne humaine. Comprendre cette beauté à partir de son inviolable intériorité permet de fonder radicalement la dignité humaine. Et, à l’heure de ce que Benoît XVI nomme « la dictature du relativisme », cela représente un service authentique de « la famille humaine ». Voilà ce qui m’a porté pendant la première période de mes recherches, c’est-à-dire au cours de mes deux premières publications.

ZENIT – Partie de la phénoménologie husserlienne, la pensée de la philosophe a évolué pour se centrer sur la personne ?

Éric de Rus – Et sur l’intériorité. J’ai été sensible à cette dimension importante de la réflexion steinienne sur l’intériorité. Il m’est apparu avec force que la pensée anthropologique d’Édith Stein est surtout un itinéraire existentiel. En scrutant le mystère de la personne humaine, Édith Stein met en relief l’existence en chacun d’un espace irréductible, lieu imprenable depuis lequel il est possible d’assumer la fragilité de nos existences.

Cette précarité de l’existence nous l’éprouvons tous, non seulement au niveau de notre être social – comment le contexte économique nous impose certaines contraintes qui peuvent modifier considérablement notre engagement professionnel par exemple -, mais également au plan de notre intégrité – à la fois corporelle et psychologique -. Je pense notamment à l’épreuve de la maladie ou bien de l’échec qui mettent à mal nos sécurités. Enfin, cette expérience de la précarité touche à nos convictions les plus profondes sur le sens de l’existence et la foi en Dieu, lorsque l’absurdité et la dévastation paraissent tout engloutir autour de nous et en nous, ébranlant les assises patiemment conquises sur lesquelles notre personne reposait jusqu’alors.

Édith Stein a cherché, comme chacun d’entre nous, un appui stable, un fondement à sa vie. Et elle l’a trouvé dans l’intériorité la plus profonde de son être qui est en même temps la « demeure de Dieu ».

Elle nous dit que depuis ce centre de l’être il est possible de se ressaisir, de « se donner et s’offrir », ce qui correspond à la vocation la plus haute de la personne humaine, la vocation à l’amour qui est don.

ZENIT – Edith Stein, carmélite, philosophe, et juive, est morte à son arrivée à Auschwitz le 9 août 1942, après les rafles suscitées par une protestation des évêques de Hollande contre le traitement infligé aux juifs. L’arrestation par les SS le 2 août 1942, le camp de Westerbork, le transport, la chambre à gaz, le crématoire. On aperçoit l’abîme qu’il y a entre sa conception de la personne humaine, le respect qui lui est dû, sans condition, et le traitement monstrueux réservé par le paganisme nazi à six millions de juifs. A posteriori, la philosophie de la personne élaborée par Édith Stein apporte-t-elle des lumières pour penser l’immonde Shoah ?

Éric de Rus – En parlant de « penser la Shoah », vous pointez un problème essentiel. Comment penser cette « catastrophe » (Shoah), qu’en dire alors que, pour reprendre l’expression de Cécile Rastoin dans son ouvrage, Édith Stein et le mystère d’Israël, la Shoah est vraiment cet « abîme de non-parole ».

Je relèverai simplement trois points. Tout d’abord, comme le rappelle Benoît XVI dans son discours prononcé à l’occasion de sa visite à Auschwitz en 2006, ce qui sous-tend la volonté d’anéantissement du peuple juif en particulier, c’est l’intention de « tuer ce Dieu qui appela Abraham, qui, parlant sur le Sinaï, a fixé les critères d’orientations de l’humanité qui restent valables pour l’éternité ». Autrement dit, il s’agissait de nier tout fondement transcendant pour lui substituer « la domination de l’homme, de la force ». Deuxièmement, l’idéologie nazie avait très bien perçu que pour nier la personne il fallait porter atteinte de manière radicale à la pensée et à la parole. Comment cela ? En réduisant les individus à des « morceaux », pour reprendre le terme usité et rappelé par Primo Lévi dans « Si c’est un homme ». Être dépossédé de son nom, n’avoir plus de visage, sombrer dans l’anonymat du monde des choses qui ne pensent pas. Troisièmement, cela a eu comme conséquence de fragiliser profondément la confiance accordée à la rationalité humaine comme rempart contre le mal. Gertrud von le Fort, écrivain catholique allemande et amie d’Edith Stein, parle à cet égard de « notre découverte de l’extrême fragilité de tout ce que nous avons désigné jusqu’alors par les mots de culture, civilisation, comportement humain ».

ZENIT – Édith Stein dit à sa sœur Rosa qu’elle vont mourir pour leur « peuple » : elle était lucide ?

Éric de Rus – Edith Stein témoigne très tôt d’une lucidité frappante à l’endroit de l’idéologie nazie comme l’atteste la fameuse lettre qu’elle adresse à Pie XI en 1933, refusant comme elle l’écrit de « fermer les yeux ». Dans sa relation intitulée Comment je suis venue au Carmel de Cologne, elle souligne à quel point l’anthropologie catholique qu’elle s’attache à approfondir et à diffuser à travers ses conférences et son engagement éducatif est en opposition au « courant dominant », car elle ne cesse de rappeler que chaque personne humaine possède une dignité inaliénable.

Je suis persuadé qu’en entrant au Carmel, Édith Stein accomplit sa vision de la personne : c’est l’aboutissement d’une pensée de l’homme et d’un engagement en faveur de sa dignité. Elle va jusqu’au bout de la réalité anthropologique à laquelle reste aveugle toute idéologie négatrice de la personne, à savoir que la dignité humaine possède un fondement transcendant : Dieu à l’image et la ressemblance de qui nous sommes créés. L’homme possède une intériorité indestructible qui est la demeure de Dieu, et c’est à partir de ce centre qu’il peut vivre sa vocation à l’amour qui est don. Édith Stein, par le don en offrande d’elle-même, va jusqu’au bout de la logique de l’amour, face à toutes les forces de ténèbres qui refusent d’accueillir la lumière du Christ. A un moment où elle saisit les limites du discours et des solutions simplement humaines, elle mise toute sa vie sur le mystère pascal auquel elle désire prendre part. Ce n’est pas une démission devant le mal, mais une manière d’être au cœur d’un combat pour l’homme.

ZENIT – Pensez-vous qu’Édith Stein rejoigne les préoccupations de notre temps ?

Éric de Rus – Au terme de cette réflexion sur l’intériorité menée à l’endroit de la pensée anthropologique d’Édith Stein, j’ai acquis la certitude que cette dernière est porteuse d’une intelligence exceptionnelle de la vie capable d’éclairer l’aventure humaine.

Ce qui est éminemment actuel dans la vision de la personne à laquelle Édith Stein nous introduit, et j’irai jusqu’à dire que cela anticipe même sur l’avenir, c’est cette alliance cruciale entre l’intériorité et la vie que j’ai désiré mettre en lumière. Si l’œuvre et la vie d’Édith Stein peuvent nous rejoindre, c’est justement dans la mesure où sa voix nous invite à nous situer au cœur du défi adressé à tout homme : « Comment, à travers tout, rester des vivants ? »

ZENIT – Avez-vous trouvé là le point d’unification de vos activités : votre vie de laïc chrétien marié, de professeur, votre vie spirituelle et intellectuelle?

Éric de Rus – C’est cet appel de la vie qui me porte dans toutes les dimensions de mon existence et m’inspire, dans ma vocation d’époux, d’enseignant, d’écrivain.

Je suis intimement convaincu qu’une telle intuition me dépasse et qu’elle a sa source dans l’expérience du Dieu vivant qui est le cœur incandescent de la foi chrétienne. Cette expérience, tout chrétien en reçoit les prémisses au baptême sous la forme d’une vie nouvelle qui le met en mouvement. Une vie dont la croissance et l’intensification appellent la constante participation de notre liberté.

Telle est à mes yeux l’invitation la plus passionnante proposée à l’être humain : s’acheminer dès maintenant vers la communion plénière avec Dieu dont le sommet radieux réside dans la vision béatifique au-delà de la mort.

ZENIT – C’est aussi ce qui vous a poussé à réfléchir à l’aventure spirituelle de Mireille Nègre dans « L’Art et la Vie » (Ed. du Carmel, 2009), co-écrit avec elle ?

Effectivement, cet appel de la vie je ne cesse de le décliner sous des approches différentes. C’est ce qui a motivé mon travail avec la première danseuse de l’Opéra de Paris et membre de l’Ordre des Vierges consacrées, Mireille Nègre. Mon très vif intérêt pour la danse tient à ce qu’elle est une manière d’approcher la vie, en y engageant tout son être. C’est encore ce rapport essentiel au mystère de la vie qui constitue pour moi le cœur de l’aventure poétique (Le Chant du feu ou le vacillement de la parole. Atlantica, 2009). Car selon le mot si juste de Laurent Terzieff : « Avant d’être un art, la poésie est une manière de vivre et de sentir. En fait, je crois que c’est l’essence même de la vie. » dans « Seul avec tous » Presses de la Renaissance, p. 107). En tout cela, il ne s’agit que d’une seule chose : répondre à la requête de la vie.

ZENIT – De quelle « tradition spirituelle » votre recherche d’une vie unifiée se nourrit-elle?

Éric de Rus – La spiritualité du Carmel. Cette spiritualité dont Édith Stein a si profondément vécue est de part en part une célébration du Dieu vivant. Elle souligne la primauté de l’Absolu, la vocation de l’homme à l’union à Dieu. Vivre du Dieu vivant : tel est l’appel adressé à chaque baptisé, sous les modalités spécifiques de son état de vie. Comme l’enseigne le Père carme Marie-Eugène de l’Enfant Jésus, fondateur de l’Institut Notre Dame de Vie auquel mon épouse et moi-même nous sentons si profondément liés, en particulier à travers son maître-ouvrage, Je veux voir Dieu, il existe un lien organique entre la vocation de l’homme à l’intimité divine et la vie d’oraison, elle-même inséparable de la vie théologale. Le Père Marie-Eugène rappelle avec force que communier intérieurement à la vie de Dieu c’est être authentiquement vivant, c’est porter la vie au monde. Cela signifie que la contemplation est fondamentalement apostolique, et que « nous sommes là pour témoigner que Dieu existe. Le témoin n’est pas seulement celui qui transmet la vérité… c’est quelqu’un qui en apporte la preuve par la vie qui se dégage de lui. » Et d’ajouter : « Vous avez comme mission d’être des témoins de Dieu … de cet amour qui veut se répandre ». Édith Stein nous précède dans ce témoignage. A chacun de découvrir sa « note » unique pour répondre à un si bel appel !

Propos recueillis pas Anita S. Bourdin

http://www.zenit.org/article-27203?l=french

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Dieu et la science ou Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

Posted by Hervé Moine sur 23 février 2011

Stephen Hawking

et Leonard Mlodinow

Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

Odile Jacob

 

Présentation de l’éditeur

Pourquoi et comment l’Univers a-t-il commencé ? Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Quelle est la nature de la réalité ? Comment expliquer que les lois naturelles soient aussi finement ajustées ? Et nous, pourquoi donc existons-nous ?

Longtemps réservées aux philosophes et aux théologiens, ces interrogations relèvent désormais aussi de la science. C’est ce que montrent ici avec brio et simplicité Stephen Hawking et Leonard Mlodinow, s’appuyant sur les découvertes et les théories les plus récentes, qui ébranlent nos croyances les plus anciennes.

Pour eux, inutile d’imaginer un plan, un dessein, un créateur derrière la nature. La science explique bel et bien à elle seule les mystères de l’Univers.

Des réponses nouvelles aux questions les plus élémentaires : lumineux et provocateur !

Le premier ouvrage important de Stephen Hawking depuis dix ans.

Stephen Hawking a écrit Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ? avec Leonard Mlodinow qui est physicien au California Institute of Technology.

 

Au sommaire de Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

– Le Mystère de l’existence

– Le règne de la loi

– Qu’est-ce que la réalité ?

– Des histoires alternatives

– La théorie du Tout

– Choisissons notre Univers

– Le miracle apparent

– Le grand Dessein

    L’auteur

    Fils du Dr Frank Hawking, un chercheur biologiste, et d’Isobel Hawking, une activiste politique, Stephen Hawking est né le 8 janvier 1942.

    Stephen Hawking est actuellement professeur à l’Université de Cambridge.

    Il est l’auteur d’ « Une brève histoire du temps« , de « Trous noirs et Bébés univers » et de « l’Univers dans une coquille de noix« .

    Les principaux domaines de recherches de Hawking sont la cosmologie et la gravité quantique.

    « À la fin des années 1960, lui et son ami et collègue de Cambridge, Roger Penrose, ont appliqué un nouveau modèle mathématique complexe, qu’ils ont créé à partir de la théorie d’Albert Einstein sur la relativité générale. Cela a conduit Hawking à prouver en 1970 le premier de nombreux théorèmes sur les singularités ; tels les théorèmes capables de fournir un ensemble de conditions suffisantes à l’existence d’une singularité dans l’espace-temps. Ce travail a montré que, loin d’être une curiosité mathématique qui ne figure que dans des cas particuliers, les singularités sont assez génériques dans la relativité générale. » source wikipedia

    Se procurer l’ouvrage de Stephen Hawking et de Leonard Mlodinow Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

     

    Dieu et la science

    Article de Christian Doré à propos de la sortie du livre de Stephen Hawking Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ? paru dans le Figaro le 18 février 2011

    http://www.lefigaro.fr/sciences/2011/02/19/01008-20110219ARTFIG00010-dieu-et-la-science.php

    Y a-t-il un grand architecte dans l’Univers ? Non, répond le célèbre astrophysicien Stephen Hawking dans un livre événement (Odile Jacob) dont Le Figaro Magazine publie des extraits en exclusivité. Une théorie très contestée. Scientifiques, philosophes et croyants lui répondent.

    Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?» La question du philosophe et mathématicien Gottfried Wilhelm Leibniz fera l’actualité dès jeudi prochain avec la sortie en France du dernier livre de l’astrophysicien Stephen Hawking, Y a-t-il un grand architecte dans l’Univers? (Odile Jacob).

    Ce retour sur le devant de la scène d’une interrogation métaphysique remontant au XVIIe siècle peut paraître surprenant. Au-delà d’élever le débat face à nos tracasseries quotidiennes, la fin des soldes ou le casting de la saison 2 de «Masterchef» (TF1), la question s’inscrit dans une tendance qui se fait jour dans la communauté scientifique.

    Stephen Hawking a aujourd’hui une double conviction. Les chercheurs doivent non seulement répondre à la question «Comment l’Univers évolue?» mais aussi à celle-ci: «Pourquoi il y a un Univers?» Il n’est pas le seul à penser ainsi.

    Le pacte qui voulait que les sciences répondent au «comment», laissant les religions régler le problème du «pourquoi», n’aurait plus de raison d’être tant la recherche se frotte aujourd’hui à l’essence même de notre monde. La frontière longtemps respectée est en train de céder en laissant sur le bas-côté les philosophes. Dès le deuxième paragraphe de son introduction, Stephen Hawking leur règle leur compte: «La philosophie est morte, faute d’avoir réussi à suivre les développements de la science moderne, en particulier de la physique»… «Donc… Ça c’est fait!» diraient des ados. Mais le célèbre astrophysicien britannique qui occupe à Cambridge la chaire historique d’Isaac Newton n’en reste pas là. «C’est à la question ultime de la vie, de l’Univers et de Tout, à laquelle nous essaierons de répondre dans cet ouvrage», résume-t-il. On se doutait qu’Hawking n’avait pas pris la plume pour expliciter l’art difficile de trier son linge avant lavage, mais l’entreprise est pour le moins ambitieuse.

    Lors de sa parution dans sa version anglaise (The Grand Design), l’ouvrage a provoqué une levée de boucliers impressionnante. Archevêques anglicans et grand rabbin, évêque catholique ou imam, mais aussi athées intègres lui sont tombés dessus à propos raccourcis. «La physique ne peut pas répondre à elle seule à la question « Pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien »», reprochent certains au cosmologiste cloué par une maladie dégénérative dans un fauteuil roulant depuis ses années universitaires. «Le discours métaphysique vers lequel glisse Hawking n’est pas sérieusement étayé», critiquent d’autres.

    Ses collègues astrophysiciens ne l’épargnent pas non plus. Selon eux, Hawking n’apporte pas de choses nouvelles par rapport à l’un des plus grands succès de la littérature scientifique, Une brève histoire du temps, ouvrage de vulgarisation qu’il a publié en 1989. Voire, il se contredit.

    Il n’empêche, en donnant une réponse intellectuellement séduisante à la création du monde, le livre de Stephen Hawking trouve une résonance toute particulière sur cette éternelle question qui oppose Dieu et les sciences. Selon lui, l’Univers – ou plutôt les Univers – n’ont pas besoin de créateur puisque les lois de la gravitation et celles de la physique quantique fournissent un modèle d’Univers qui se créent eux-mêmes. Cette théorie, appelée M-Théorie, présente tout de même un défaut majeur : elle reste à prouver, ce que reconnaît Stephen Hawking. Autre nuance: elle n’est pas la seule théorie aujourd’hui défendue par les cosmologistes sérieux.

    Dans son Discours sur l’origine de l’Univers (Flammarion), le physicien Etienne Klein rappelle que, à bien les examiner, «les perspectives que nous offre la cosmologie contemporaine sont plus vertigineuses que ce que nous avons imaginé». Il raconte aussi cette anecdote selon laquelle le pape Jean-Paul II, en recevant Stephen Hawking au Vatican, lui aurait déclaré: «Nous sommes bien d’accord, monsieur l’astrophysicien. Ce qu’il y a après le big bang c’est pour vous, et ce qu’il y a avant, c’est pour nous.» C’était sans doute oublier que la curiosité des hommes est sans limite. Dieu n’est dorénavant plus tabou chez les scientifiques, qu’il s’agisse de l’effacer des possibles ou de prouver son existence. Jean Staune est un grand défenseur de ce débat. Ce catholique, professeur et directeur de la collection «Science et religion» des Presses de la Renaissance, a le sens du slogan et affirme que «Dieu revient très fort!» Loin de tuer l’idée d’un dieu, les sciences modernes et les questions qu’elles soulèvent se confrontent de plus en plus à l’hypothèse d’un grand créateur, affirme-t-il. S’il n’adhère pas aux conclusions de Stephen Hawking, il respecte la démarche du savant.

    Les frères Bogdanov, auteurs du best-seller Le Visage de Dieu, surfent aussi sur cette thématique. Le titre de leur ouvrage, inspiré d’un mot de l’astrophysicien George Smoot (prix Nobel) lorsqu’il découvrit les premières images du fond de l’Univers, est explicite. Ces croyants affirment déceler, dans le rayonnement cosmique et le réglage fin de l’Univers, l’existence d’un créateur. Pour son second volet, cette théorie est en partie empruntée à l’astrophysicien américain Trinh Xuan Thuan. Bouddhiste, il défend l’idée d’un principe créateur se manifestant dans les lois physiques de la nature. Cette vision panthéiste est proche de celle de Spinoza ou d’Einstein. «Je crois au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l’ordre harmonieux de ce qui existe, et non en un dieu qui se préoccupe du sort et des actions des êtres humains», écrivait ce dernier en avril 1929 au rabbin Herbert Goldstein de New York.

    Dans les propos, nous voilà bien loin des principes du père du déterminisme scientifique, Laplace. Celui-ci répondit à Napoléon, qui l’interrogeait sur la question de Dieu et de l’Univers: «Sire, je n’ai pas besoin de cette hypothèse.» S’interdisant de s’interdire, des scientifiques du XXIe siècle lui répondent aujourd’hui: une hypothèse plutôt que rien. Stephen Hawking en fait partie.

    Se procurer l’ouvrage de Stephen Hawking et de Leonard Mlodinow Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

    Extraits de Stephen Hawking et de Leonard Mlodinow Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?

     

    L’Univers n’a pas besoin de Dieu pour exister

    Extraits choisis par Christophe Doré, article paru dans le Figaro le 18 février 2011

    http://www.lefigaro.fr/sciences/2011/02/19/01008-20110219ARTFIG00001-l-univers-n-a-pas-besoin-de-dieu-pour-exister.php

    Stephen Hawking défend l’idée d’une théorie justifiant une création spontanée de l’Univers.

    Nous ne vivons chacun que pendant un bref laps de temps au cours duquel nous ne visitons qu’une infime partie de l’Univers. Mais la curiosité, qui est le propre de l’homme, nous pousse à sans cesse nous interroger, en quête permanente de réponses. Prisonniers de ce vaste monde tour à tour accueillant ou cruel, les hommes se sont toujours tournés vers les cieux pour poser quantité de questions : comment comprendre le monde dans lequel nous vivons? Comment se comporte l’Univers ? Quelle est la nature de la réalité? D’où venons-nous? L’Univers a-t-il eu besoin d’un créateur? Même si ces questions ne nous taraudent pas en permanence, elles viennent hanter chacun d’entre nous à un moment ou un autre.

    Ces questions sont traditionnellement du ressort de la philosophie. Mais la philosophie est morte, faute d’avoir réussi à suivre les développements de la science moderne, en particulier de la physique. Ce sont les scientifiques qui ont repris le flambeau dans notre quête du savoir. Cet ouvrage a pour but de présenter les réponses que nous suggèrent leurs découvertes récentes et leurs avancées théoriques. L’image qu’elles nous dessinent de l’Univers et de notre place dans ce dernier a radicalement changé ces dix ou vingt dernières années, même si ses premières esquisses remontent à près d’un siècle.

    Dans la conception classique de l’Univers, les objets se déplacent selon une évolution et des trajectoires bien définies si bien que l’on peut, à chaque instant, spécifier avec précision leur position. Même si cette conception suffit pour nos besoins courants, on a découvert, dans les années 1920, que cette image «classique» ne permettait pas de rendre compte des comportements en apparence étranges qu’on pouvait observer à l’échelle atomique ou subatomique. Il était donc nécessaire d’adopter un cadre nouveau: la physique quantique. Les prédictions des théories quantiques se sont révélées remarquablement exactes à ces échelles, tout en permettant de retrouver les anciennes théories classiques à l’échelle du monde macroscopique usuel. Pourtant, les physiques quantique et classique reposent sur des conceptions radicalement différentes de la réalité physique.

    Le libre arbitre

    C’est à Laplace (1749-1827) que l’on attribue le plus souvent la préformulation claire du déterminisme scientifique : si l’on connaît l’état de l’Univers à un instant donné, alors son futur et son passé sont entièrement déterminés par les lois physiques. Cela exclut toute possibilité de miracle ou d’intervention divine. C’est, en fait, le fondement de toute la science moderne et l’un des principes essentiels qui sous-tendent cet ouvrage. Une loi scientifique n’en est pas une si elle vaut seulement en l’absence d’une intervention divine. On rapporte que Napoléon, ayant demandé à Laplace quelle était la place de Dieu dans son schéma du monde, reçut cette réponse: «Sire, je n’ai pas besoin de cette hypothèse.»

    Les hommes vivant dans l’Univers et interagissant avec les autres objets qui s’y trouvent, le déterminisme scientifique doit également s’appliquer à eux. Nombreux sont cependant ceux qui, tout en admettant que le déterminisme scientifique régit les processus physiques, voudraient faire une exception pour le comportement humain en raison de l’existence supposée du libre arbitre. Ainsi Descartes, afin de préserver ce libre arbitre, affirmait-il que l’esprit humain différait du monde physique et n’obéissait pas à ses lois. Selon lui, toute personne était composée de deux ingrédients, un corps et une âme. Tandis que les corps n’étaient rien d’autre que des machines ordinaires, les âmes échappaient, elles, à la loi scientifique. Descartes, féru d’anatomie et de physiologie, tenait un petit organe situé au centre du cerveau, la glande pinéale, pour le siège de l’âme. Selon lui, toutes nos pensées prenaient naissance dans cette glande qui était la source de notre libre arbitre.

    Les hommes possèdent-ils un libre arbitre ? Si c’est le cas, à quel moment est-il apparu dans l’arbre de l’évolution? Les algues vertes ou les bactéries en possèdent-elles ou bien leur comportement est-il automatique, entièrement gouverné par les lois scientifiques ? Ce libre arbitre est-il l’apanage des seuls organismes multicellulaires ou bien des seuls mammifères? On peut croire que le chimpanzé fait preuve de libre arbitre lorsqu’il choisit d’attraper une banane, ou encore le chat quand il lacère votre divan, mais qu’en est-il du ver nématode Caenorhabditis elegans, créature rudimentaire composée de 959 cellules ? (…)

    Bien que nous pensions décider de nos actions, notre connaissance des fondements moléculaires de la biologie nous montre que les processus biologiques sont également gouvernés par les lois de la physique et de la chimie, et qu’ils sont par conséquent aussi déterminés que les orbites des planètes. Des expériences menées récemment en neurosciences viennent nous conforter dans l’idée que c’est bien notre cerveau physique qui détermine nos actions en se conformant aux lois scientifiques connues, et non quelque mystérieuse instance qui serait capable de s’en affranchir. Une étude réalisée sur des patients opérés du cerveau en restant conscients a ainsi pu montrer qu’on peut susciter chez ceux-ci le désir de bouger une main, un bras ou un pied, ou encore celui de remuer les lèvres et de parler. Il est difficile d’imaginer quel peut être notre libre arbitre si notre comportement est déterminé par les lois physiques. Il semble donc que nous ne soyons que des machines biologiques et que notre libre arbitre ne soit qu’une illusion.

    La théorie ultime du Tout

    On peut formuler les théories quantiques de bien des façons, mais celui qui en a donné la description la plus intuitive est sans doute Richard (Dick) Feynman, personnage haut en couleur qui travaillait au California Institute of Technology le jour et jouait du bongo dans une boîte à strip-tease la nuit. D’après lui, un système n’a pas une histoire unique, mais toutes les histoires possibles. Pour tenter de répondre aux questions formulées plus haut, nous expliciterons l’approche de Feynman et nous l’utiliserons afin d’explorer l’idée selon laquelle l’Univers lui-même n’a pas une seule et unique histoire ni même une existence indépendante. Elle peut sembler radicale même pour nombre de physiciens et, de fait, elle va, comme beaucoup de notions courantes aujourd’hui en science, à l’encontre du sens commun. (…)

    On dispose aujourd’hui d’une prétendante au titre de théorie ultime du Tout, si elle existe. Baptisée «M-Théorie», elle peut apporter des réponses à la question de la création. Pour elle, non seulement notre Univers n’est pas unique, mais de nombreux autres ont été créés à partir du néant, sans que leur création ne requière l’intervention d’un être surnaturel ou divin. Ces Univers multiples dérivent de façon naturelle des lois de la physique. Ils représentent une prédiction scientifique. Chaque Univers a de nombreuses histoires possibles et peut occuper un grand nombre d’états différents longtemps après sa création, même aujourd’hui. Cependant, la majorité de ces états ne ressemblent en rien à l’Univers que nous connaissons et ne peuvent contenir de forme de vie. Seule une poignée d’entre eux permettraient à des créatures semblables à nous d’exister. Ainsi, notre simple présence sélectionne dans tout l’éventail de ces Univers seulement ceux qui sont compatibles avec notre existence. Malgré notre taille ridicule et notre insignifiance à l’échelle du cosmos, voilà qui fait de nous en quelque sorte les seigneurs de la création.

    L’origine des temps

    La question de l’origine des temps est en quelque sorte analogue à celle du bord du monde. A l’époque où on pensait que le monde était plat, certains ont dû se demander si la mer tombait en arrivant au bord. L’expérience a permis de répondre à cette question: il était possible de faire le tour du monde sans tomber. La question du bord du monde a en réalité été résolue lorsqu’on a compris que la Terre n’était pas une assiette plate, mais une surface courbée. Le temps, en revanche, nous apparaissait comme une voie de chemin de fer. Si commencement il y avait, il avait bien fallu quelqu’un (autrement dit Dieu) pour lancer les trains. Même après que la relativité générale eut unifié temps et espace en une seule entité appelée espace-temps, le temps continuait de se distinguer de l’espace : soit il avait un commencement, soit il existait depuis toujours. En revanche, dès qu’on incorpore les effets quantiques dans la théorie relativiste, dans certains cas extrêmes la courbure peut être si intense qu’elle amène le temps à se comporter comme une dimension supplémentaire d’espace.

    Dans l’Univers primordial si concentré qu’il était régi à la fois par la relativité générale et la physique quantique coexistaient effectivement quatre dimensions d’espace et aucune de temps. Cela signifie que, lorsque nous parlons de « commencement » de l’Univers, nous éludons habilement un subtil problème: aux premiers instants de l’Univers, le temps tel que nous le connaissons n’existait pas! De fait, nous devons admettre que notre conception familière de l’espace et du temps ne s’applique pas à l’Univers primordial. Cela échappe peut-être à notre entendement ordinaire, mais pas à notre imagination ni à nos mathématiques. Pour autant, si les quatre dimensions se comportent dans cet Univers naissant comme des dimensions d’espace, qu’advient-il du commencement des temps? (…) Lorsqu’on combine relativité générale et physique quantique, la question de ce qu’il y avait avant le commencement de l’Univers perd tout sens. Ce concept consistant à voir les histoires possibles comme des surfaces fermées sans frontière porte le nom de condition sans bord.

    Au cours des siècles, nombreux ont été ceux qui, tel Aristote, ont cru que l’Univers était présent depuis toujours, évitant ainsi d’affronter l’écueil de sa création. D’autres au contraire ont imaginé qu’il avait eu un commencement, utilisant cet argument pour prouver l’existence de Dieu. Comprendre que le temps se comporte comme l’espace permet de proposer une version alternative. Celle-ci, écartant l’objection éculée qui s’oppose à tout commencement de l’Univers, s’en remet aux lois de la physique pour expliquer cette création sans recourir à une quelconque divinité.

    Extraits choisis par Christophe Doré, du Figaro

    Se procurer l’ouvrage de Stephen Hawking et de Leonard Mlodinow Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ?


    Un peu de lecture sur Dieu et la Science

    On ne peut pas ne pas remarquer la multiplicité des ouvrages sur la question du débat entre Dieu et la Science aujourd’hui. L’ouvrage de Stephen Hawking et de Leonard Mlodinow Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ? nous donne justement d’évoquer les publications sur le sujet. Nous ne citerons que quelques ouvrages parmi bien d’autres. Nous commencerons par le plus ancien, celui de le l’échange entre Jean Guitton et les frères Bogdanov dans Dieu et la science (1991) réédité en format de poche en 2004, les frères Bogdanov ayant dernièrement en 2010 publié un Visage de Dieu. On évoquera un dialogue entre la science et la religion au sujet du créationnisme et du matérialisme que l’on retrouve dans un ouvrage de Bertrand Souchard et de Jean-Michel Maldamé paru également en 2010 Dieu et la science en questions, et, la même année, toujours ce même thème un ouvrage de la philosophe Véronique Le Ru La Science et Dieu La science et Dieu. Enfin dans un échange dans lequel se livrent un philosophe athée André Comte Sponville, un scientifique matérialiste Guillaume Lecointre et un théologien jésuite François Euvé sur la question de Dieu et la science (2011). Cette liste d’ouvrage est loin d’être exhaustive.

    Jean Guitton

    Grichka Bogdanov

    Igor Bogdanov

    Dieu et la science

    Grasset

    Présentation de l’éditeur

    A-t-on le droit, à la fin du XXe siècle, de penser ensemble Dieu et la science ? De dépasser le vieux conflit entre le croyant – pour qui Dieu n’est ni démontrable, ni calculable – et le savant – pour qui Dieu n’est même pas une hypothèse de travail ?

    Tel est, en tout cas, l’enjeu de ce livre qui, de ce fait, s’autorise d’une évidence : aujourd’hui, la science pose des questions qui, jusqu’à une date récente, n’appartenaient qu’à la théologie ou à la métaphysique.

    D’où vient l’univers ? Qu’est-ce que le réel ? Quels sont les rapports entre la conscience et la matière ? Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?

    De ce fait, tout se passe comme si l’immatérialité même d’une transcendance devenait l’un des objets possibles de la physique. Comme si les mystères de la nature relevaient, également, d’un acte de foi. Jean Guitton, Igor et Grichka Bogdanov ont ainsi voulu transformer l’ancien conflit du croyant et du savant en un débat essentiel.

    A travers l’échange de leurs arguments, de leurs interrogations, c’est bien de l’homme et de sa place dans l’univers qu’il est ici question.

    Se procurer l’ouvrage de Jean Guitton Dieu et la science

     

     

    Bertrand Souchard

    Jean-Michel Maldamé

    Dieu et la science en questions

    Ni créationnisme ni matérialisme

    Presses de la Renaissance

    Présentation de l’éditeur

    La science peut-elle tout expliquer ? Le big bang, est-ce la création ? L’animal a-t-il une conscience? La violence potentielle de l’homme. est-elle exacerbée par la religion? Pourquoi faudrait-il être contre le clonage humain ? Dans un langage accessible à tous, Bertrand Souchard, philosophe et théologien, répond avec précision et pédagogie à 28 questions fondamentales sur Dieu, la science et la nature, les classant selon cinq grands thèmes: La nature physique : la création et l’univers; La nature vivante : Dieu et Darwin ; La connaissance de la nature: la foi et la science; La nature de l’homme: image de Dieu et descendant du singe; La nature du bien humain: l’éthique et la technique. La science, la théologie et la philosophie ont leur autonomie et leur légitimité propres dans l’explication du réel et du sens de la vie. L’auteur a pris soin d’éviter la confusion des genres et de respecter la spécificité de chacune tout en engageant un dialogue passionnant et passionné entre les trois, aussi éloigné du créationnisme que du matérialisme. Fruit de longues années d’études approfondies et de recherches validées par une dizaine de scientifiques et philosophes, cet ouvrage de fond est une somme objective et claire, essentielle au dialogue entre la science et la religion.

    Bertrand Souchard

    Bertrand Souchard, né en 1965, est docteur en philosophie et maître en théologie. Professeur de philosophie au lycée Ampère et à l’Université catholique de Lyon, chargé de cours de philosophie de la nature, il est notamment l’auteur d’Aristote, de la physique à la métaphysique (Editions universitaires de Dijon, 2003) et de 42 questions sur Dieu (Salvator, 2007).

    Se procurer l’ouvrage de Bertrand Souchard Dieu et la science en questions

     

    Igor et Grichka Bogdanov

    Robert W. Wilson

    Le visage de Dieu

     

    Présentation de l’éditeur

    Le « visage de Dieu » ? C’est l’expression qu’utilisa l’astrophysicien Georges Smoot (prix Nobel 2006) lorsque le 23 avril 1992, il réussit, grâce au satellite COBE, à prendre des photos de la naissance de l’univers tel qu’il émergeait des ténèbres cosmiques tout juste 380 000 ans après le Big Bang.

    Depuis, cette expression a fait le tour du monde, déclenché la fureur des scientifiques, et bouleversé les croyants. Mais, par delà ces quelques mots, quel est le fabuleux secret qui se cache derrière le « bébé univers » ? Pourquoi Smoot y a-t-il vu le « Visage de Dieu » ?

    Ce livre – nourri des formidable attentes suscitées par le nouveau satellite Planck lancé le 14 mai 2009 – s’approche, comme jamais, de ce mystère suprême : l’instant même de la Création.

    Trois des héros de cette fantastique aventure – Jim Peebles (prix Craaford d’Astronomie 2005), Robert W. Wilson (Prix Nobel 1978) et John Matters (Prix Nobel 2006) – ont postfacé cet ouvrage au fil duquel on s’avisera que la science, parfois, se confond avec la plus haute spiritualité.

    Se procurer l’ouvrage des frères Bogdanov Le visage de Dieu

     

     

     

     

    André Comte-Sponville

    François Euvé

    Guillaume Lecointre

    Dieu et la science (février 2011)

    Les Presses de l’ENSTA

     

    Présentation de l’éditeur

     » Qu’est-ce que la vie ? « 

     » Qu’est-ce que l’homme ? « 

     » D’où vient l’univers ? « 

    Il est longtemps allé de soi que ces questions, purement métaphysiques, relevaient de la religion. Mais la science ne cesse de repousser les limites du mystère… Certains y voient la preuve que Dieu n’existe pas – ou qu’au contraire, il se cache derrière les équations. Quelles questions est-on fondé à poser à la science ? Quelles interrogations ne concernent que la religion ? Quelles portes peut-on ouvrir entre les deux sans les dénaturer ?

    Plus qu’à un échange de points de vue, c’est à une mise au point nécessaire que se livrent ici un philosophe athée, un scientifique matérialiste et un théologien jésuite.

    Les auteurs

    André Comte-Sponville est philosophe.

    François Euvé est prêtre jésuite et théologien au Centre Sèvres.

    Guillaume Lecointre est systématicien au Muséum national d’Histoire naturelle.

    Se procurer l’ouvrage d’André Comte-Sponville Dieu et la science

     

    Véronique Le Ru

    La science et Dieu

    Entre croire et savoir (octobre 2010)

    Vuibert ADAPT-SNES

    Présentation de l’éditeur

    Pourquoi s’intéresser aujourd’hui au problème de la science et de Dieu ? Pourquoi revenir au moment où les savants ont remplacé la question traditionnelle des causes filiales – pourquoi tel phénomène ? – par la question des causes efficientes : comment se produit tel phénomène ? La nature est  » objective  » et non pas projective  » ; et c’est objectivement que la science doit enquêter. Tel est l’énoncé du postulat d’objectivité. Formulé par Galilée et Descartes au XVIIe siècle, il a libéré la science du joug de la théologie et de la religion.

    Si l’on considère l’ampleur du mouvement créationniste qui veut actuellement s’immiscer dans l’enseignement des sciences autant que dans la théorie et la pratique scientifiques, il est important de rappeler que la science d’un côté et, de l’autre, le domaine de la foi et de l’idéologie, ont des droits séparés.

    Revenir au moment de la formulation du postulat d’objectivité pour enquêter sur la manière dont la science s’est construite par l’affirmation de son autonomie et de son indépendance à l’égard de toute référence à Dieu, c’est là un moyen utile pour contrecarrer toute tentative de brouiller les cartes entre croire et savoir.

    L’auteur

    Ancienne élève de l’Ecole normale supérieure de Saint-Cloud, agrégée de philosophie, Véronique le Ru est maître de conférence habilitée en philosophie à l’Université de Reims.

    Elle est déjà l’auteur de plusieurs ouvrages publiés aux éditions du CNRS ainsi que chez Vrin, Vuibert et Larousse. Dans la collection GF-Flammarion « , elle a procuré l’édition critique du Philosophe ignorant de Voltaire.

    Se procurer l’ouvrage de Véronique Le Ru La science et Dieu


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    Camus, sa position par rapport au christianisme

    Posted by Hervé Moine sur 13 février 2010

    Du 15 mars 2010 au 16 mars 2010

    à l’Institut Catholique de Paris

    Camus, la philosophie et le christianisme

    A l’occasion du 50ème anniversaire de la Mort d’Albert Camus, la Faculté de Philosophie de l’Institut Catholique de Paris et le Laboratoire d’Anthropologie Philosophique et de philosophie pratique, en partenariat avec la Société d’études camusiennes, organisent un Colloque universitaire international les 15 et 16 mars 2010, intitulé : « Camus, la philosophie et le christianisme.

    Ce colloque étudiera comment Camus, qui rejetait l’esprit de système et l’idéologie religieuse et s’efforçait de vivre selon une éthique de l’existence absurde et révoltée, s’est situé par rapport au Christianisme au cours de sa vie, dans son oeuvre littéraire et dans sa pensée philosophique.

    Albert Camus 1913-1960

    Camus n’était pas un philosophe professionnel, il rejetait l’esprit de système tant dans la pensée que dans l’action. Il avait autant besoin de la littérature que de la philosophie pour exprimer et réfléchir l’existence, l’absurde, la révolte et l’engagement. La philosophie était pour lui d’abord une éthique répondant au défi de l’existence.

    Le philosophe en effet, qui récuse les dogmes et les systèmes sans verser pour autant dans le pessimisme et le nihilisme, veut assumer une existence sans Dieu mais non sans valeurs. Il veut « être dans l’histoire en se référant à des valeurs qui dépasse l’histoire », « servir la justice parce que notre condition est injuste ». Autrement dit, il y a une morale même s’il n’y a pas de métaphysique ni de théologie. Cette morale n’est pas exempte de spiritualité. Dans cette perspective il est intéressant d’interroger les rapports de Camus et du Christianisme.

    Tout au long de sa vie, Camus a rencontré le Christianisme, dans les contextes culturels et sociaux qui furent les siens, dans les personnes qu’il a connues ou qu’il a imaginées et mises en scène, dans ses études et dans les débats que son œuvre a suscités.

    Quelle expérience en a-t-il eue ? Quel rapport a-t-il entretenu avec lui ? Le philosophe résolu à vivre dans l’esprit de la révolte a certes combattu sans relâche le système idéologique religieux, mais il n’a pas ignoré le Christianisme comme style de vie.

    Une quinzaine de conférenciers interviendront notamment :

    • Hans Achterhuis, Professeur émérite de philosophie systématique de l’Université de Twente
    • Peter Dunwoodie, Professeur de littérature française de l’Université de Londres
    • Hubert Faes, Professeur de Philosophie, Doyen Honoraire de la Faculté de Philosophie de l’Institut Catholique de Paris
    • Lissa Lincoln, Professeur de littérature de l’Université Américaine de Paris
    • Agnès Spiquel, Professeur de Littérature de l’Université de Valenciennes, Présidente de la Société d’études camusiennes
    • Heinz Robert Schlette, Professeur émérite de Philosophie de l’Université de Bonn
    • Maurice Weyembergh, Professeur émérite de Philosophie de l’Université Libre de Bruxelles

    Informations pratiques

    Sur inscription : 10€ un jour – 20€ les deux jours
    Lieu : 21 rue d’Assas 75006 Paris
    Contact : +33 (0)1 44 39 84 86

    Programme et coupon réponse du colloque Camus (399,11 kB)
    Responsable du coloque : Lissa Lincoln
    Adresse : 31, avenue Bosquet, 75007, Paris

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    Hobbes, Spinoza ou les politiques de la parole

    Posted by Hervé Moine sur 21 octobre 2009

    hobbes spinoza ou politique de paroleSous la direction de Julie Saada, Hobbes, Spinoza ou les politiques de la parole, ENS Editions

    Qu’entendre par modernité ?

    Résulte-t-elle d’une transposition des schèmes théologiques et des dispositifs théologico-politiques propres au christianisme médiéval, ou bien s’est-elle affirmée contre son propre passé théologique, en rupture avec les formes héritées du passé ? Et comment situer, dans ce processus, les philosophies de Hobbes et de Spinoza, comprises tantôt comme héritières des théologies de la toute-puissance divine, de l’augustinisme ou de la Réforme, tantôt comme inaugurant les Lumières radicales qui se sont par la suite diffusées dans toute l’Europe jusqu’à culminer à la fin du XVIIIe siècle ? S’inspirant des thèses théoriques de Blumenberg et Koselleck, cet ouvrage se propose de faire apparaître que la philosophie politique de l’âge classique, en particulier Hobbes et Spinoza, annonce la modernité philosophique non pas en tant que forme sécularisée du théologico-politique médiéval mais, au contraire, en tant que rupture avec celui-ci. »
    Présentation de l’éditeur.

    Sous la direction de Julie Saada, Hobbes, Spinoza ou les politiques de la parole, ENS Editions

    Table des matières

    Introduction

    • La guerre juste, ou le choix d’un objet
    • Qu’est-ce que la guerre ?
    • Doctrines de la guerre juste et droit des conflits armés
    • Contre les doctrines de la guerre juste
    • Les distinctions conceptuelles
    • Pourquoi une histoire des doctrines ?

    Chapitre premier. — Le jus ad bellum

    • Les critères du jus ad bellum
    • La juste cause dans l’histoire du droit de la guerre
    • De la guerre juste à la guerre régulière
    • Guerres préventives, guerres préemptives et interventions humanitaires

    Chapitre II. — Le jus in bello

    • Du jus ad bellum au jus in bello
    • L’approche juridique. Le jus in bello, entre principe de nécessité et principe d’humanité
    • L’approche historique. Limiter la guerre : par la morale ou par l’étatisation des conflits ?
    • Les critères du jus in bello
    • Le problème des « dommages collatéraux » et la doctrine du double effet
    • Crimes et effectivité du jus in bello


    Chapitre III. — Le jus post bellum

    • Les critères du jus post bellum
    • Sortie de guerre, restauration, reconstruction
    • La justice pénale internationale
    • Justice rétroactive et justice transitionnelle
    • Mémoire collective, jugements moraux et jus post bellum

    Conclusion

    Bibliographie

    Julie Saada est professeure agrégée à l’Iufm de l’université de Paris 4 où elle enseigne la philosophie, et, la science politique à l’université de Paris 9 Dauphine. Elle est l’auteur de La tolérance, Paris, Garnier-Flammarion, 1999 ; et avec Christian Nadeau de Guerre juste, guerre injuste. Histoire, théories, critiques, Paris, PUF, 2009.

    Sous la direction de Julie Saada, Hobbes, Spinoza ou les politiques de la parole, ENS Editions

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    Broché: 192 pages
    Editeur : ENS EDITIONS CENTRE DE PUBLICATIONS (30 septembre 2009)
    Collection : La croisée des chemins
    Langue : Français
    ISBN-10: 2847881751
    ISBN-13: 978-2847881752

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