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John White. La philosophie comme ce qui nous prépare à mieux faire face à la vie

Posted by Hervé Moine sur 7 août 2012

John White 1945-2012

« Bonjour, je suis marié, père de trois enfants et deux petits enfants. J’ai été professeur de philosophie pendant 37 années dans un Cégep. Je vois la philosophie comme un moyen de s’attarder aux réalités de tous les jours avec un regard qui part de plus haut : en essayant de les comprendre, voir les principes sous-jacents qu’elles impliquent. De plus, la philosophie nous prépare à la vie, à mieux y faire face. Depuis toujours j’ai un grand désir de comprendre l’être humain et ses comportements. Vous avez là les grands thèmes de ma réflexion soit l’être humain, son comportement, les grandes idées sous-jacentes dans les débats de société. Je dois ajouter que suis un catholique sincère et éclairé (du moins je l’espère), très confortable avec sa foi. Dans les textes que je vous présente j’aime partir des faits, de l’expérience et non de théories philosophiques. J’apporte généralement quelques arguments simples pour appuyer ce que j’avance. Je ne prétends pas posséder la vérité, mais je crois cependant qu’elle existe. Elle s’impose d’elle-même avec autant de force que de douceur au terme d’une recherche sérieuse. Je vois les échanges comme un moyen de mettre en commun nos observations pour se rapprocher de cette vérité que nous cherchons tous. »

C’est ainsi que John White se présente sur son blog : http://philo-pratique.net/

John White est décédé le 15 janvier dernier, à l’âge de 77 ans des suite d’une longue maladie, une tumeur au cerveau. Il a laissé un ouvrage avant de mourir un ouvrage qui est « un héritage à la fois spirituel et positif qui fera du bien et mettra un peu plus de lumière sur le chemin de la vie » (note de l’éditeur).

Livre Volontairement bonJohn White

Volontairement bon

Petites histoires philosophiques

Chez Publistar

Un ouvrage contre la morosité

Volontairement bon, un titre qui transforme la formule socratique « nul n’est méchant volontairement »

C’est au moment de déposer son manuscrit final à l’éditeur que John White meurt. Cet ouvrage de philosophie pratique, destiné au grand public ou pour des lecteurs en quête de texte pouvant les inspirer à sortir de la pensée morose, constitue en quelque sorte son héritage.

Dans Volontairement bon, John White raconte les effets néfastes de s’attarder au mal, pour souligner ensuite l’élan fondamental de l’être humain vers le bien.

L’auteur mêle à des éléments philosophiques un retour sur les épisodes d’une vie bien menée, la sienne. Aujourd’hui, affirme-t-il, nous avons tendance à broyer du noir car nous faisons face à des idées reçues persistantes : l’égoïsme des uns, la paresse des autres.

Se sachant atteint d’une maladie incurable, John White aurait été en droit de sombrer dans la déprime. Il a écrit plutôt un témoignage qui prône la générosité, en reconnaissant qu’il ne verra probablement pas paraître son livre.

Volontairement bon est à paraîtreprochainement.

Un extrait de Volontairement bon de John White

Les effets de l’euthanasie sur les proches

Texte de John White, écrit sur son blog, le 25 mars 2011

http://philo-pratique.net/2011/03/les-effets-de-leuthanasie-sur-les-proches/

L’euthanasie est un sujet complexe qui peut être abordé sous différents angles. Il faut le considérer d’abord en soi au niveau des principes qui le sous tendent, dans son rapport avec celui qui en fait la demande. Il y a aussi l’angle plus secondaire quoique réel de son impact sur les proches. La mort est un acte ayant une portée sociale, on ne peut faire l’économie de cette dimension.

Bien que nous soyons certains de mourir, nous ne savons pas quand la mort se présentera. Nous ne sommes pas maîtres du moment de notre mort. Tant mieux! En ne choisissant pas le moment, nous ne sommes pas responsables de la peine que nous causons à nos proches. En effet, il est déjà difficile de voir partir un proche, il est encore plus difficile de l’accepter lorsque cette mort est volontaire. L’euthanasie va à l’encontre de l’amour naturel de la vie. Elle trouble les proches qui comme dans le cas du suicide se questionneront longtemps sur la pertinence de ce choix, sur ce qu’ils auraient pu faire pour l’éviter. Étant en contradiction avec l’amour naturel de la vie les proches ne peuvent s’empêcher d’y voir une forme d’abandon : «nous n’étions pas assez importants à ses yeux pour qu’il reste avec nous, sa douleur comptait plus que nous».

Émus par ce choix ils commenceront, même, à douter de leur propre capacité de surmonter les épreuves : «si lui n’a pas été capable, pourquoi moi je le serais». Voilà pour le plan individuel. Au plan social, d’observer les couples se faire et se défaire a engendré à la longue une génération doutant de sa capacité de réussir la vie de couple. Est-ce que de voir de plus en plus d’adultes faire appel à l’euthanasie, en plus de l’effet d’entraînement, ne risque pas d’ébranler la confiance que chacun se doit de posséder pour faire face aux grandes épreuves de la vie?

Le suicide est généralement causé par un mal de vivre. L’expérience nous apprend que ce type de peine est difficile à maîtriser, d’où un mélange de tristesse et de compassion envers le suicidé. L’euthanasie concerne davantage une douleur physique. Il existe plusieurs remèdes pour la soulager et un art de vivre pour l’apprivoiser. Si les proches peuvent compatir à la douleur, ils ont cependant beaucoup plus de difficulté à vivre avec l’image d’un des leurs qui a démissionné devant la souffrance. En plus de décevoir, il envoie le message qu’il ne vaut pas la peine de lutter. En contrepartie, lorsqu’un des leurs a lutté contre une longue maladie les proches affirment fièrement que c’était un battant, qu’il a combattu avec courage, qu’il s’est tenu debout jusqu’à la fin.

Celui qui a recours à l’euthanasie se rend-il compte qu’il met un fardeau supplémentaire sur les épaules de ses proches, alors que par sa mort naturelle il n’en n’est rien? Est-ce vraiment la façon la plus digne de mourir que de faire vivre cela à ceux qui restent? D’autre part, peut-on comme pays favoriser une législation qui aura pour effet de troubler, d’insécuriser et de nourrir le sentiment d’abandon de ses citoyens?

Pourquoi attendre sa mort naturelle même si c’est douloureux? Par amour pour les siens. Pour semer la paix plutôt que de les troubler par un choix en contradiction avec l’amour de la vie, par notre exemple conforter leur courage dans les épreuves qui les attendent et montrer à quel point on tient à eux.

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Réfléchir sur la mort avec Michel Fromaget

Posted by Hervé Moine sur 29 octobre 2011

Le temps de la Toussaint, l’occasion de réfléchir sur la mort… avec Michel Fromaget

Michel Fromaget

Naïtre et Mourir

Anthropologie spirituelle et accompagnement des mourants 2007

Editions François-Xavier de Guibert

Présentation de l’éditeur

La grande initiatrice du mouvement de soins palliatifs, Cicely Saunders, l’a magnifiquement montré : la souffrance qui accompagne la fin de la vie est, le plus souvent, une souffrance totale. C’est une souffrance qui, non seulement vient du corps et du mental, mais aussi de l’esprit. La douleur physique engendrée par la vie du corps et la souffrance psychique par celle de l’âme (du mental ou du psychisme puisque ces trois-là sont un) sont, de nos jours, bien connues et, lors des dernières heures, mieux soignées. Il en va différemment de la souffrance spirituelle qui est trop souvent mal comprise, quand elle n’est pas ignorée par les praticiens des soins palliatifs et de l’accompagnement des mourants.

Quelle est cette souffrance spirituelle qui, lorsqu’elle n’a pas été suffisamment entendue et comprise durant la vie, s’exacerbe à l’approche de la mort ? Comment l’exprimer ? Qu’a-t-elle à dire et, notamment, à celui qui va mourir ? Quel est cet esprit, quel est ce composant de l’homme dont elle porte si haut le témoignage et qu’en même temps elle réclame avec tant de force et d’insistance puisque, sans lui, aucun mourant ne saurait certainement bien mourir ? Quelle est, au-delà du corps et de la psyché, cette troisième dimension de l’être, si nécessaire à l’accomplissement de l’homme, et dont l’oubli, selon le mot de Zundel, inéluctablement fait de la mort un gouffre ? Telles sont les principales questions que ce livre, destiné à un large public, mais enraciné dans une conception de l’homme souvent niée, se propose d’éclairer aussi loin qu’il se peut. Coïncidence non dépourvue de sens, cet ouvrage, écrit sans le savoir durant les derniers mois de la vie de Cicely Saunders, développe cette même anthropologie tripartie dont elle avait une intuition très vive et qui, sans cesse, inspira son admirable travail.

Michel Fromaget

La drachme perdue 2010

L’Anthropologie « Corps, Ame, Esprit » expliquée

Editions Grégoriennes

Présentation de l’éditeur

Michel Fromaget reprend ici et enrichit considérablement une précédente version d’un ouvrage témoignant d’une compréhension très profonde de l’émerveillement et de l’amour, du vieillissement et de la mort et dont le contenu appartient en propre à l’anthropologie ternaire  » Corps, Âme, Esprit « .

La drachme perdue présente et explique avec la plus grande clarté qu’il se peut, à un large public, les principales affirmations de l’anthropologie  » Corps, Âme, Esprit « , qui aboutissent à une compréhension de l’être humain essentielle et vivante, quoique tombée en désuétude en raison des choix actuels de notre civilisation.

Le fait de refuser ou de consentir à cette conception de l’homme, et donc de nous-mêmes, conditionne en profondeur, sans que nous en ayons nulle conscience, jusqu’aux plus modestes pensées, paroles et gestes de notre vie quotidienne. Le lecteur pourra apercevoir l’immensité de l’enjeu psychologique et existentiel inhérent à cette anthropologie, ainsi que le poids de l’espérance qui l’habite.

Puisse la drachme retrouvée aider chacun à cultiver et récolter les fruits dont elle parle.

Michel Fromaget

Mort et émerveillement

dans la pensée de Maurice Zundel

Aux éditions Lethielleux

Résumé de l’ouvrage de Michel Fromaget

Présentation de la vision de l’homme et de la conception de la mort du théologien mystique, reposant sur une exégèse de l’émerveillement. Il ne s’agit pas ici de la vie et de la mort biologiques, mais de la « vraie vie » et de la « vraie mort », totales, absolues.

Présentation de l’éditeur

 » Maurice Zundel est un mystique immense. Certainement l’un des plus grands des temps modernes. Ses intuitions, ses illuminations sont fulgurantes. Ainsi que l’avait bien compris le pape Paul VI, qui le connut très tôt, Zundel est un véritable génie spirituel. Là est sans doute la raison, paradoxale, pour laquelle il fut totalement incompris par ses supérieurs et demeure encore aujourd’hui si peu connu du monde. Car, l’histoire nous l’apprend, il faut aux hommes ordinaires souvent des dizaines d’années, voire plusieurs siècles, pour se familiariser avec de tels génies et commencer à en prendre la vraie mesure ».


En 4ème de couverture

Qui ne s’émerveille pas ne naît pas à la vie et qui ne naît pas à la vie se destine à la mort… « Maurice Zundel est un mystique immense. Certainement l’un des plus grands des temps modernes. Ses intuitions, ses illuminations sont fulgurantes. Ainsi que l’avait bien compris le pape Paul VI, qui le connut très tôt, Zundel est un véritable génie spirituel. Là est sans doute la raison, paradoxale, pour laquelle il fut totalement incompris par ses supérieurs et demeure encore aujourd’hui si peu connu du monde. Car, l’histoire nous l’apprend, il faut aux hommes ordinaires souvent des dizaines d’années, voire plusieurs siècles, pour se familiariser avec de tels génies et commencer à en prendre la vraie mesure. »

Michel Fromaget

Qui est Michel Fromaget ?

Anthropologue et Maître de conférences à l’Université de Caen.

Licencié en sociologie, couronné d’un D.E.S. en sciences économiques, docteur en psychologie (psychologie sociale), et Docteur d’Etat ès Lettres et Sciences Humaines, Michel Fromager est par ailleurs le correspondant pour la France à l’IATS (International Association of Thanatology and Suicidology).

Outre les trois ouvrages précédemment cités, Michel Fromaget est l’auteur de :

  • Eros, Philia, Agape. Nouveaux essais d’anthropologie spirituelle, (Paris, Editions Romaines, 2008)
  • Les cadavres extraordinaires Essai de thanatologie mystique (2006, l’Esprit du Temps)
  • Majestas Domini. Les Quatre Vivants de l’Apocalypse dans l’art, (Turnhout, Brépols Publishers, 2003, 12 ill. n/b, 31 ill.c., 105 p.)
  • Dix essais sur la conception anthropologique « Corps, Ame, Esprit », (Paris, L’Harmattan, 2000, 240 p.)
  • « Corps, Ame, Esprit ». Introduction à l’anthropologie ternaire, (Bruxelles, Editions Edifie, 1999, 2ème édition, deux volumes, 265 p. et 240 p.)
  • L’homme tridimensionnel, (Paris, Albin Michel, Question De, 1996, 250 p.)
  • Le symbolisme des Quatre Vivants, (Paris, Editions du Félin, 1992, 203 p.)
  • « Corps Ame Esprit » Introduction à l’anthropologie ternaire, (Paris, Albin Michel, Question De, 1991, 383 p.)
  • Individuation et idée de mort. Essai d’anthropologie de l’imaginaire, (thèse de doctorat d’Etat, Université de Paris V, 1981, 903 p.)

Quelle vision chrétienne de la mort ?

propos recueillis par Marie Moure – publié le 28/10/2011

http://www.lavie.fr/religion/catholicisme/quelle-vision-chretienne-de-la-mort-28-10-2011-21398_16.php

Michel Fromaget, l’anthropologue a travaillé sur les représentations de la mort. Nous l’avons interrogé sur la symbolique de la croix.

© trisagion

© trisagion

Le corps, l’âme et l’esprit, Michel Fromaget s’intéresse aux trois dimensions de l’homme. Maître de conférences à l’université de Caen, il a écrit Naître et mourir, anthropologie spirituelle et accompagnement des mourants (éd. François-Xavier de Guibert, 2007), et Mort et Émerveillement dans la pensée de Maurice Zundel (éd. Lethielleux, 2011).

Pourquoi le christianisme a-t-il choisi un symbole mortifère, le Christ en croix ?

Au temps de Jésus, le crucifiement est une mort atroce et socialement infamante. Il représente donc le comble de la souffrance physique et psychologique. Or, si Dieu, incarné en Jésus-Christ, a tenu à mourir de cette manière-là, c’est précisément pour enseigner aux hommes qui Il est. À savoir un Dieu solidaire, qui souffre avec les hommes des mêmes peines qu’eux et les accompagne à chaque instant, jusque dans leurs pires agonies. C’est pour cette raison que le christianisme a choisi comme emblème l’image du Christ en croix. Non tant pour la mort de Jésus qu’il représente, mais parce que cette mort dévoile l’Amour qui est en Dieu, ou le Dieu qui est Amour.

Comment expliquer le passage d’une vision apaisée de la mort du Christ à des représentations plus sombres dans l’art chrétien ?

La mort n’inquiétait pas les premiers chrétiens, qui se croyaient sauvés du fait de leur baptême et ­pensaient l’enfer réservé aux seuls païens. Puis, à partir du Ve siècle environ, il apparaît que l’enfer guette tous les pécheurs, donc les chrétiens aussi. Alors, le doute s’installe, ainsi que la peur d’une mort susceptible de s’ouvrir sur la damnation et l’horreur. Le deuxième facteur explicatif est un mouvement de fond qui modifie la psyché occidentale en la rendant plus « cérébrale », à partir du XIIIe siècle. Celle-ci devient davantage sensible aux douceurs de la vie et vulnérable aux affres de la mort. Les horreurs de la peste du XIVe siècle renforcent une telle évolution, dont on suit le sillage dans l’art funéraire. En témoignent les gisants éthérés et apaisés de l’art roman et les « transis » répugnants de la Renaissance. Aujourd’hui, la stylisation de la Croix est poussée jusqu’à l’effacement du Christ. Cela correspond à la même logique, à la différence près que la mort est devenue si angoissante qu’elle est niée.

Au-delà de ces représentations, quelle vie la tradition chrétienne laisse-t-elle espérer après la mort ?

Saint Augustin distingue deux visions de l’immortalité en opposant les affirmations « Je peux ne pas mourir » (« Posse non mori ») et « Je ne peux pas mourir » (« Non posse mori »). La première sous-entend : « Si je le veux. » Cette conception conditionnelle et totalement libre de l’immortalité domine la Bible et le Nouveau Testament, comme le résume le livre de l’Ecclésiastique : « Devant les hommes sont la vie et la mort et ce qui plaît à chacun lui sera donné. » (Siracide 15, 17). Elle s’oppose frontalement à la proposition « Je ne peux pas mourir », sous-entendant qu’il est impossible que l’homme, en cette vie ou en une autre, disparaisse totalement. Cette seconde compréhension est notamment celle des religions grecque et gnostique, pour lesquelles l’être humain n’est pas une créature, mais une émanation de Dieu, de sorte qu’il participe de l’immortalité divine. Seule la première conception conditionnelle est authentiquement chrétienne. Mais, en raison de l’influence de la philosophie grecque, la seconde s’est imposée entre le IIe et le IVe siècle.

Quelle conception de l’immortalité prévaut encore aujourd’hui ?

Même dans une société profondément déchristianisée comme la nôtre, le souhait d’immortalité demeure. Mais il trouve d’autres formes d’expression, à l’image de cette aspiration à une vie biologique éternelle qui anime les partisans du « transhumanisme ». Pour ces derniers, le corps est une machine dont les pièces seront éternellement renouvelées. Mais cette vision caricaturale comporte le risque immense dont Jésus nous avertit : « Celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais celui qui perdra sa vie à cause de moi la trouvera. » (Matthieu 16, 25).

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Alès. Conférence de l’auteur de « C’est une chose étrange à la fin que le monde »

Posted by Hervé Moine sur 30 mars 2011

Jean d'Ormesson d'après une photo de Georges Seguin (Okki)

Une conférence animée par Jean d’Ormesson

Annonce paru dans  l’édition de Midi libre le mercredi 30 mars 2011

Le 1er avril à 17 h, dans l’amphithéâtre Pasteur de l’Ecole des Mines, en partenariat avec la librairie Sauramps-en-Cévennes, le normalien et agrégé de philosophie Jean d’Ormesson, de l’Académie française , traitera la question « La vie a-t-elle un sens ? » lors d’une conférence-débat.

Le tout nouveau parrain des deux promotions entrantes à l’EMA en 2011 a, en effet, ajouté à l’importante liste de sa production livresque un roman intitulé : C’est une chose étrange à la fin que le monde (août 2010, 314 pages, 21 , aux éditions Robert Laffont).

C’est dire qu’il réfléchit à la question posée, d’abord avec une autre interrogation précise : « Pourquoi y a-t-il quelque chose au lieu de rien ? », répondant dans une sorte de dialogue entre « le rêve du Vieux », créateur du monde (s’il existe), et le déroulement d’un fil du labyrinthe. Et de constater que le monde beau, inépuisable est une énigme où pensent les hommes dans un présent quasi éternel qui se déroule depuis des millions d’années, des savants ayant essayé de l’expliquer depuis relativement peu de temps, mais en accélération dans la modernité. Que de savoir a été apporté par des êtres pensants découvrant la vérité en détruisant les systèmes précédents, alors que ceux utilisant leur imagination créent de la beauté sans détruire les œuvres des prédécesseurs. Et il y en eut au cours du temps des scientifiques et des artistes dans maints domaines.

Et parce que le monde n’est pas seul, l’écrivain parle ensuite de l’histoire des hommes, dans : « La mort : un commencement ? », puisque naître, souffrir, mourir caractérise l’humaine condition. Alors, l’académicien français soulève l’idée « d’un bon livre qui change un peu les lecteurs ». Et lorsqu’on ajoute l’écoute de l’auteur à la lecture….

Réjouissons-nous de la venue alésienne de Jean d’Ormesson.

H. CH de Midi libre

Jean d’Ormesson

de l’Académie française

C’est une chose étrange à la fin que le monde

Robert Laffont

 

Présentation de l’éditeur

Qu’est-ce que la vie et d’où vient-elle ? Comment fonctionne l’univers ? Pourquoi y a-t-il quelque chose au lieu de rien ? Des mathématiciens aux philosophes grecs, à Einstein et à la théorie des quanta, en passant par Newton et Darwin, voilà déjà trois mille ans que les hommes s’efforcent de répondre à ces questions.

L’histoire s’est accélérée depuis trois ou quatre siècles. Nous sommes entrés dans l’âge moderne et postmoderne. La science, la technique, les chiffres ont conquis la planète. Il semble que la raison l’ait emporté. Elle a permis aux hommes de remplacer les dieux à la tête des affaires du monde. Où en sommes-nous aujourd’hui ? Dieu est-il à reléguer au musée des gloires étrangères et des puissances déchues ? La vie a-t-elle un sens ou est-elle une parenthèse entre deux néants? Est-il permis d’espérer quoi que ce soit au-delà de la mort ?

Avec les mots les plus simples et les plus clairs, avec une rigueur mêlée de gaieté, Jean d’Ormesson aborde de façon neuve ces problèmes de toujours et raconte au lecteur le roman fabuleux de l’univers et des hommes.

Pour se procurer l’ouvrage de Jean d’Ormesson C’est une chose étrange à la fin que le monde

 

« C’est une chose étrange à la fin que le monde« : Jean d’Ormesson, l’homme qui « doute en Dieu »

Article de Franz-Olivier Giesberg paru dans Le Point, le 26 août 2010

http://www.lepoint.fr/culture/c-est-une-chose-etrange-a-la-fin-que-le-monde-jean-d-ormesson-l-homme-qui-doute-en-dieu-26-08-2010-1228995_3.php

C’est toujours quand on croit l’avoir percé qu’on a cessé de le comprendre. Depuis des décennies, j’allais dire des siècles, Jean d’Ormesson est l’incarnation vivante de l’esprit français, sa quintessence exquise, qu’on lit comme on boit du champagne et qui pétille dans la tête. On l’a rangé à jamais dans la catégorie des écrivains joyeux, ce qui n’est pas tout à fait exact. Mais bon, c’est toujours mieux que d’être relégué dans le tiroir réservé aux rasoirs ou aux austères. Frappé de cette estampille, il poursuit avec son éternel sourire une conversation ininterrompue avec ses lecteurs. C’est l’avantage de l’écriture : personne ne peut vous couper le sifflet.

En l’espèce, on aurait bien tort de le lui couper. De livre en livre, Jean d’Ormesson se bonifie et prend de la hauteur. Son dernier opus, C’est une chose étrange à la fin que le monde, relève du tour de force. Il ose tout. Il se met dans la peau de Dieu, ni plus ni moins, et nous raconte carrément le roman du monde. Des idées, surtout, et puis aussi des sciences et des systèmes philosophiques. On pourrait y voir la marque d’une boursouflure terminale d’académicien statufié, mais non, l’auteur mène cette titanesque entreprise sans enflure ni moulinets, avec la vraie modestie des vrais érudits. Si la culture est ce qui reste quand on a tout oublié, alors il s’agit là d’un monument à sa gloire.

Démarche d’une vie

Chez l’homme, le bureau de travail dit tout : notre vérité est toujours dessus, impossible de se cacher derrière. Ainsi celui que Jean d’Ormesson a longtemps occupé à l’Unesco, où il officia comme secrétaire général du Conseil international de la philosophie et des sciences humaines : son foutoir a longtemps fait le bonheur des photographes. Il trahissait le lecteur boulimique, le dévoreur compulsif de livres et de revues comme l’exigeante Diogène, dont il fut le rédacteur en chef. Il y a donc quelque chose de profondément sincère dans la démarche de C’est une chose étrange à la fin que le monde, toute sa vie est là pour le prouver.

En exergue de son livre, il aurait pu mettre cette belle formule d’Oscar Wilde, qu’il cite : « Nous sommes tous dans le caniveau, mais certains d’entre nous regardent les étoiles. » Non seulement Jean d’Ormesson les regarde, mais en plus il voit les galaxies et même le big bang derrière. Il se sent donc infiniment petit et remet sans cesse l’humanité à sa place, manie de philosophe postsocratique. Certes, elle a entre 200 000 et 300 000 ans d’âge, mais qu’est-ce au regard des 3 milliards d’années de vie sur la Terre ou des 13 milliards et plus d’existence de l’Univers avant nous ? Il y a ceux qui ne veulent pas entendre parler de cela et ceux qui en ont conscience du matin au soir. D’un côté, les vaniteux, les imbéciles et, de l’autre, tous ceux dont ce livre entend élargir encore le cercle.

Ormessonismes

Jean d’Ormesson dit avoir eu envie d’écrire cet essai, présenté drôlement comme un roman, un jour d’été, sur une côte méditerranéenne : alors que, « fragment du paysage », il sortait de la mer, où il avait nagé « dans une espèce de ravissement », il s’est demandé, soudain, assis sur un tronc mort, ce qu’il fichait là. Le monde était devenu une question : pourquoi y a-t-il quelque chose au lieu de rien ?

Dans cette brève histoire de nos croyances, il répond par un credo, mais un credo à la saint Augustin, qu’il cite au demeurant trois fois, signe qui ne trompe pas : « credo quia absurdum » (« je crois parce que c’est absurde »). A la fin du livre, il résume sa pensée en deux magnifiques ormessonismes : « Je doute de Dieu parce que j’y crois. Je crois à Dieu parce que j’en doute. Je doute en Dieu. » Et cet autre : « A la fin de ce monde et du temps (…), il n’y aura plus que ce rien éternel qui se confond avec tout, dont le monde est sorti, où il retournera, et que nous appelons Dieu. »

Entre-temps, Jean d’Ormesson aura fait défiler tous ceux qui ont fait ce que nous sommes dans nos têtes : Homère, Socrate, Newton, Darwin, Einstein et quelques autres. Même si on peut regretter qu’il expédie Nietzsche un peu vite ou qu’il ne s’attarde pas trop sur Spinoza, il reste que son livre, plein de gaieté, de gratitude, de nostalgie, fait du bien et même, comme aurait dit Giono, un plein bon Dieu de bien. Jean Giraudoux, rappelle-t-il, affirmait : « Rien n’est plus vieux que le journal du matin et Homère est toujours jeune. » C’est pourquoi l’auteur de C’est une chose étrange à la fin que le monde est sans doute le plus vert de cette rentrée littéraire.

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Le « care ». La vie vaut-elle la peine d’être vécue ?

Posted by Hervé Moine sur 11 février 2011

Bernard Stiegler

Ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue

De la pharmacologie

Flammarion

Présentation de l’éditeur

Qu’on l’admette ou qu’on le dénie, chacun sent bien qu’à présent l’avenir de la vie terrestre se trouve mis en jeu dans une urgence inouïe. Et chacun sait que, depuis la séquence historique qui s’est engagée en 2007 et qui paraît avoir déclenché ce qu’on appellerait en physique nucléaire une réaction en chaîne, chaque pas compte et semble se surcharger systémiquement de conséquences très difficilement réversibles – sinon absolument irréversibles. Cette crise est sans précédent d’abord en cela. Si krisis signifie bien et d’abord décision, elle est critique comme jamais : elle révèle que le destin humain – qui est un destin inéluctablement technique et technologique – est pharmacologique au sens où, en grec, le pharmakon est à la fois le remède et le poison. Le pharmakon est à la fois ce qui permet de prendre soin et ce dont il faut prendre soin – au sens où il faut y faire attention: c’est une puissance curative dans la mesure et la démesure où c’est une puissance destructrice. Tel est aussi le feu dans la mythologie grecque. Devenu technologie industrielle, le pharmakon est de nos jours hégémoniquement contrôlé par l’économie, c’est-à-dire par le marketing, et c’est une calamité. Cet état de fait, qui a installé une économie de l’incurie génératrice d’une bêtise systémique, signifie que la question du soin – que l’on appelle aussi le care – est une affaire d’économie politique, et non seulement d’éthique.

En Quatrième de couverture

Qu’on l’admette ou qu’on le dénie, chacun sent bien qu’à présent l’avenir de la vie terrestre se trouve mis en jeu dans une urgence inouïe. Et chacun sait que, depuis la séquence historique qui s’est engagée en 2007 et qui paraît avoir déclenché ce qu’on appellerait en physique nucléaire une réaction en chaîne, chaque pas compte et semble se surcharger systémiquement de conséquences très difficilement réversibles – sinon absolument irréversibles. Cette crise est sans précédent d’abord en cela. Si krisis signifie bien et d’abord décision, elle est critique comme jamais : elle révèle que le destin humain – qui est un destin inéluctablement technique et technologique – est pharmacologique au sens où, en grec, le pharmakon est à la fois le remède et le poison. Le pharmakon est à la fois ce qui permet de prendre soin et ce dont il faut prendre soin – au sens où il faut y faire attention : c’est une puissance curative dans la mesure et la démesure où c’est une puissance destructrice. Tel est aussi le feu dans la mythologie grecque. Devenu technologie industrielle, le pharmakon est de nos jours hégémoniquement contrôlé par l’économie, c’est-à-dire par le marketing, et c’est une calamité. Cet état de fait, qui a installé une économie de l’incurie génératrice d’une bêtise systémique, signifie que la question du soin – que l’on appelle aussi le care – est une affaire d’économie politique, et non seulement d’éthique.

Pour se procurer l’ouvrage de Bernard Stiegler Ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue : De la pharmacologie

 

Présentation de l’ouvrage de Bernard Stiegler sur France Culture

Bernard Stiegler était l’invité de l’émission de Philippe Petit, la Fabrique de l’humain du jeudi 27 janvier 2011.

Qu’est-ce que le soin ? Que veut dire prendre soin ? Quelle différence établir entre le soin thérapique et le soin thérapeuthique ? Existe-t-il une obligation de soin ? Sur quoi reposent les enjeux d’une politique de soin ? Le soin est-il une relation intégrale ? On n’en finirait pas d’énoncer les multiples dimensions du soin. Prendre soin de soi et des autres ne relèvent pas d’une quelconque vertu morale transcendant les siècles et les civilisations telle la pitié primitive ou l’amour de soi dans l’état de nature chez Rousseau. La question du soin – que l’on appelle aussi le care – est une affaire d’économie politique, et non seulement d’éthique selon le philosophe Bernard Stiegler. Elle s’inscrit au cœur des alternatives économico-politiques. Elle requiert la mise en œuvre d’une politique d’adoption capable de promouvoir une véritable écologie de l’esprit. Bernard Stiegler est de ceux qui anticipé la crise économique et financière de 2008. Il a tiré les leçons de l’effondrement du modèle industriel fondé sur l’automobile et la télévision. À ceux qui ne voient pas que le consumérisme est menacé par sa limite propre du fait que le désir du consommateur s’épuise en même temps que son savoir vivre s’émousse, il répond que la domination du court terme sur le long terme a assez duré. À la morgue du marketing irresponsable, il préfère contribuer à la formation d’un nouvel âge industriel. Face à une économie de l’incurie génératrice de bêtise sytémique, il préfère se demander ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue. C’est le titre de son dernier livre. Ce n’est pas un livre de plus sur le soin. Mais un livre qui prend soin de la vie humaine. Il est venu à La Fabrique de l’Humain pour nous en parler…. http://www.franceculture.com/player?p=reecoute-3732621#reecoute-3732621

Pour se procurer l’ouvrage de Bernard Stiegler Ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue : De la pharmacologie

Critique

Deux choses à la fois

article de Manola Antonioli paru dans nonfiction.fr  lundi 7 février 2011

http://www.nonfiction.fr/article-4224-deux_choses_a_la_fois.htm

Dans son dernier ouvrage, issu des cours qu’il a donnés dans plusieurs universités durant l’hiver 2010, le philosophe Bernard Stiegler tente de penser l’indécidabilité qui règne autour du développement à la fois de la technique et des technologies industriels.

Depuis la publication du premier tome de sa thèse sur La Technique et le temps en 19941, le philosophe Bernard Stiegler élabore une pensée originale de la technique nourrie des influences décisives d’Husserl, Heidegger, Derrida, Foucault, Deleuze, Leroi-Gourhan et Simondon. Auteur très prolifique, il a publié un grand nombre d’ouvrages qui explorent les conséquences sociales, culturelles, politiques et économiques des mutations technologiques en cours, et notamment leurs conséquences sur le « processus d’individuation » de l’individu et de l’ensemble de la société. Grand inventeur de néologismes, Stiegler a ainsi analysé, au fil des années, la « misère symbolique » de l’ »époque hyperindustrielle », la constitution de l’Europe, la « mécréance » du capitalisme contemporain, la « télécratie », le « psychopouvoir », la « mécroissance ». Son dernier ouvrage est issu des cours qu’il a donnés dans plusieurs universités durant l’hiver 2010 et il est axé sur le devenir techno-industriel du pharmakon.

Pharmakon

Stiegler reprend la notion de pharmakon au commentaire de Phèdre de Platon donné par Jacques Derrida dans « La pharmacie de Platon » en 1972. 2 Platon parle de pharmakon à propos de l’écriture comme hypomnématon, support artificiel de la mémoire, à laquelle il attribue un caractère dangereux et « empoisonnant » pour la pensée, en lui opposant l’anamnésis, la pensée et la mémoire dans leur autonomie. Derrida a montré que l’autonomie de la pensée est toujours intimement liée à une forme d’hétéronomie technique (l’écriture, dans le dialogue de Platon) et que, là où le philosophe grec les opposait, autonomie et hétéronomie composent toujours, dans la logique propre au pharmakon (le poison et le remède, ce qui permet de prendre soin et ce dont il faut se méfier, la puissance curative et la puissance destructrice, toujours les deux à la fois). La « pharmacologie » que Stiegler développe dans ces pages est fondée sur cet à la fois qui lui permet d’interpréter l’évolution de la technique et de la technologie industrielle. L’aspect pharmacologique de la prothéticité technique qui caractérise le processus d’hominisation aurait été ignoré par tous les philosophes qui l’ont précédé, et surtout par Jacques Derrida lui-même : « Pour autant que je sache, Derrida n’aura jamais envisagé ne serait-ce que la possibilité d’une telle pharmacologie – c’est-à-dire d’un discours sur le pharmakon appréhendé du même geste dans ses dimensions curatives et dans ses dimensions toxiques. » (p. 16)

On comprend aisément le désir de « meurtre du père » philosophique qui anime Stiegler, mais cette critique réitérée est profondément inexacte et infondée. Toute la pensée de Derrida peut être en effet interprétée comme une  réflexion sur la portée vertigineuse de cet à la fois qui émerge de son commentaire de Platon (qu’il l’appelle pharmakon, indécidabilité ou aporie), et il a toujours fait de la technique (comme télé-technologie, télé-technoscience ou télé-vision) le lieu privilégié de manifestation de toutes ses possibilités créatrices comme de tous ses dangers. Stiegler s’attribue donc visiblement à tort la paternité philosophique d’une « pharmacologie de la technique », en flagrante contradiction avec le « soin » qu’il nous invite par ailleurs à prêter au fragile équilibre de la transmission et des générations (soin qui devrait concerner également, à notre avis, les généalogies et les générations philosophiques).

Pour Stiegler, la question du pharmakon et de sa puissance curative et destructrice à la fois, n’est plus seulement un enjeu de controverses philosophiques et savantes, mais une question qui nous concerne tous, face aux crises sans précédents auxquelles nous sommes confrontés au niveau planétaire, crise financière, crise écologique et crise de l’esprit, indissolublement liées. La crise économique qui s’est révélée au grand jour entre 2007 et 2008 n’a fait que mettre définitivement en lumière la « nature profondément destructrice du système industriel planétarisé », d’un monde engagé dans une vraie « guerre » économique, où les technologies industrielles sont devenues des armes de destruction des écosystèmes, des structures sociales et des appareils psychiques. L’élément essentiel de cette analyse est, de nouveau, le à la fois qu’il s’agit de comprendre dans toute sa portée : contrairement à ce que veulent nous faire croire des discours politiques et médiatiques souvent dénués de toute ambition de pensée, aucune de ces crises ne pourra être résolue isolément. Ce qu’il s’agit de penser et de bâtir est désormais un rapport à la technique et aux technologies qui permettrait de penser la reconstruction d’un avenir mondial, au niveau écologique, social, économique et psychique.

Relisant « La crise de l’esprit » et les Regards sur le monde actuel de Valéry, Stiegler affirme donc qu’on ne pourra plus considérer isolément l’économie spirituelle et l’économie matérielle, lenegotium et l’otium, deux économies inséparables et pourtant contradictoires qui appellent une nouvelle pharmacologie. La technique joue un rôle essentiel dans ces deux économies, puisqu’elle forme depuis l’âge industriel un nouveau système d’organes artificiels qui ouvrent d’immenses possibilités créatrices mais qui entraînent également des effets destructeurs contraires et systémiques, comme Sigmund Freud le soulignait déjà dans Malaise dans la civilisation.

Au cours du XXe siècle, la technique est devenue technoscientifique et industrielle et les industries culturelles et le marketing ont mis en œuvre des psychotechnologies, dont Adorno et Horkheimer ont amorcé la critique à partir de l’analyse de l’imagination artificielle hollywoodienne. Dans l’horizon technoscientifique, industriel et psychotechnologique qui est désormais définitivement le nôtre, le projet philosophique de Stiegler est d’identifier le rôle des pharmaka dans la formation du désir et de la raison et de constituer une thérapeutique de cette pharmacologie. C’est là le point de départ qu’il assigne à une nouvelle théorie critique, qui serait nécessairement aussi une critique de l’inconscient et une économie politique de l’esprit.

Prolétarisation des esprits

Dans le diagnostic de Stiegler, le devenir industriel de la technique entre le XXe  et le XXIe siècle a produit une perte globale des savoirs sous toutes leurs formes, un processus massif dedésapprentissage et une société de plus en plus addictive, perte comparable à une « prolétarisation généralisée » de l’esprit. On a depuis longtemps identifié cette perte des savoirs dans le domaine culturel, en essayant de s’en protéger par des réformes du système éducatif, par les mesures françaises sur l’ »exception culturelle » ou par des stratégies internationales de protection de la « diversité culturelle », jusqu’aux formes extrêmes des intégrismes et du terrorisme. Mais on a largement sous-estimé une perte des savoirs beaucoup plus générale, qui s’étend à toutes les formes traditionnelles des savoir-vivre et des savoir-faire, perte devenue de plus en plus massivement toxique parce qu’elle nous rend incapables de « prendre soin » de nous-mêmes et des autres.

Nous sommes ainsi confrontés à une vaste problématique écologique, qui ne concerne pas exclusivement l’environnement naturel, mais aussi notre environnement psychique et social, le tissu de relations qui constitue notre cerveau et l’espace transitionnel qui permet une individuation psychique ou collective (une transindividuation), sans laquelle « la vie ne vaut pas la peine d’être vécue » et le désir s’effondre dans un monde fait de sujets et d’objets également « jetables » et consommables.

Le destin des appareils psychiques et celui des appareils sociaux apparaissent désormais étroitement liés dans un modèle économique fondé sur un « psychopouvoir » qui vise à capter l’attention des individus pour les transformer en consommateurs passifs, processus commencé avec la radio et la télévision et qui s’est ensuite disséminé sur toute la planète à travers la multiplication des réseaux de communication. Cette « perte d’attention » généralisée a déterminé également l’énorme crise financière que nous connaissons, déterminée par une vision de l’économie axée sur le court terme et qui se caractérise par une perte généralisée des capacités de projection dans le long terme (c’est le fonctionnement même du spéculateur : « le spéculateur est typiquement celui qui ne prête aucune attention aux objets de sa spéculation – qui n’en prend aucun soin. » (p. 131)).

Il s’agit donc de changer de modèle économique, pour sortir du modèle actuel, fondé sur une confusion entre système technique et système économique dans laquelle la nature pharmacologique propre aux deux systèmes ne fait qu’exacerber et démultiplier leurs tendances toxiques et autodestructrices. Lutter contre la « tendance incurieuse » propre au capitalisme contemporain ne peut plus passer par la « relance de la consommation » ; mais Stiegler refuse également d’explorer les pistes ouvertes par une perspective de « décroissance », pour prôner ce qu’il appelle une véritable croissance et qu’il oppose à la « mécroissance » du consumérisme. Dans la logique propre au pharmakon, les puissances curatives et thérapeutique coexistent avec le potentiel de destruction. C’est ainsi dans l’évolution de la technique elle-même, dont le développement orienté exclusivement vers la recherche du profit à court terme a produit la prolétarisation des esprits dénoncée par Stiegler, qu’on pourra puiser les ressources d’une réorientation générale de l’économie et de la société.

Les nouvelles technologies numériques forment un effet un « nouveau milieu technologique, réticulaire et relationnel », susceptible de reconfigurer le processus d’individuation psychique et collectif. Les technologies relationnelles  mettent progressivement en place de nouvelles dynamiques sociales, qui permettent la constitution des « réseaux sociaux ». Susceptibles d’agir comme des instruments de destruction des relations sociales prénumériques, ces réseaux possèdent cependant un grand potentiel politique, culturel et économique. C’est dans les réseaux socio-numériques que s’inventent les formes futures du collectif, mais c’est là aussi qu’elles peuvent s’effondrer, faute d’une radicale réorientation du système économique actuel.

À en juger par cet ouvrage, on pourrait dire que la logique des deux choses à la fois décrite par Stiegler a fini par envahir toute sa pensée : il se montre à la fois trop enthousiaste et trop catastrophiste dans son approche de l’évolution des réseaux techniques et sociaux, il souhaite sauvegarder à la fois le capitalisme et la « valeur esprit ». Se réclamant souvent de Marx, il espère réorienter le capitalisme vers une croissance « vertueuse », créatrice de « soin » et de nouvelles possibilités pour l’esprit. Mais il oublie trop vite, à notre avis, dans une sorte d’aveuglement volontaire, que la « schizophrénie » qu’il décrit est l’essence même du capitalisme, que la « valeur esprit » n’a jamais été cotée en bourse et ne le sera probablement jamais et que le court-termisme et la recherche du profit immédiat seront très difficilement abandonnés pour la temporalité longue du savoir et de l’espace relationnel dans le modèle économique actuel. C’est l’idée même de « croissance » qui devra probablement être mise radicalement en question (et pas simplement réorientée) pour que le changement radical de culture et de société qu’il appelle de ses voeux puisse au moins s’amorcer dans les années à venir.

L’urgence de la mission réformatrice de la pensée, de l’action, de l’économie et de la culture que  Stiegler s’attribue frôle souvent le ton prophétique et se traduit dans l’accumulation des références et des citations, dans les renvois systématiques à d’autres passages de ses livres, dans les notes qui renvoient à des ouvrages qu’il n’a pas encore publiés (et très probablement pas encore écrits). Même le lecteur le plus motivé et intéressé par les thématiques traités dans l’ouvrage, risque d’avoir l’impression d’être confronté à des textes disparates, collectés et publiés trop vite, comme si l’auteur avait fini par être pris dans la même dynamique folle d’accélération du temps médiatique et économique, dans le même court-termisme dont il montre par ailleurs si bien les travers et le potentiel de destruction.

Une telle pensée, potentiellement si utile pour comprendre le monde actuel et ses transformations, mériterait justement plus de « soin » et exigerait de s’inscrire dans la temporalité longue des savoirs et de la pensée dont cet ouvrage fait un si bel éloge : publier moins pour penser plus (ou plus lentement) .

rédacteur : Manola ANTONIOLI, Critique à nonfiction.fr
Illustration : wikipedia

Notes :
1 – La Technique et le temps 1. La faute d’Épiméthée, Galilée, 1994 ; La Technique et le temps 2. La désorientation, Galilée, 1996 et La Technique et le temps 3. Le temps du cinéma, Galilée, 2001
2 – Jacques Derrida, « La pharmacie de Platon », in La Dissémination, Paris, Seuil, 1972

 

Pour se procurer l’ouvrage de Bernard Stiegler Ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue : De la pharmacologie

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Bioéthique : plusieurs ouvrages qui interrogent les lois actuelles

Posted by Hervé Moine sur 11 février 2011

La bioéthique : questionnements et débats

Article publié dans non-fiction vendredi 11 février 2011 par Margaux Loire

http://www.nonfiction.fr/article-4242-la_bioethique__questionnements_et_debats.htm

Alors que les discussions au Parlement de la nouvelle loi de bioéthique commencent enfin, sortent plusieurs ouvrages qui interrogent les lois actuelles, mais aussi le projet de révision. Parmi ces ouvrages, deux ont particulièrement retenus notre attention. Il s’agit de l’ouvrage d’Irène Théry Des humains comme les autres et de celui de Sylvie et Dominique Mennesson La gestation pour autrui, l’improbable débat.

Le premier de ces ouvrages aborde la question de l’anonymat des donneurs dans le cadre de la procréation médicalement assistée. A travers cette réflexion, la sociologue Irène Théry, retrace le cadre historique et conceptuel du particularisme bioéthique français et élargit son propos, à la fois, aux questions de filiation juridique, d’homoparenté et de gestation pour autrui.

Le second ouvrage a été rédigé par des parents français d’enfants nées d’une gestation pour autrui en Californie en 2000 et qui ont connu les difficultés à la fois du parcours d’une gestation pour autrui et des suites judiciaires en France pour faire reconnaître la filiation, notamment maternelle. Leurs filles sont enregistrées à l’état civil de Californie comme étant nées de Sylvie et Dominique Mennesson et ont la nationalité américaine, alors que la Cour d’appel de Paris en 2010 a conclu à l’annulation des actes de naissance français des deux enfants.

Ce dossier a pour but de susciter un débat en donnant un maximum d’informations et non pas en confisquant le débat avec des idéologies ou des présupposés. Ces ouvrages doivent permettre d’ouvrir un débat qui n’aura pas réellement lieu au sein de l’hémicycle puisque les articles du projet de loi de bioéthique relatifs à la question de l’anonymat des donneurs de gamètes ont été supprimés par la Commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi relatif à la bioéthique et que la question de la gestation pour autrui a été exclue très rapidement de tout projet.

Je m’étonne que ces questions ne fassent pas l’objet d’un débat auprès de notre représentation nationale, alors que dans le premier projet soutenu par Mme Bachelot-Narquin, alors ministre de la Santé, il était prévu de lever l’anonymat des dons de gamètes. La nomination de M. Xavier Bertrand comme ministre a eu pour conséquence de renvoyer le projet de loi en commission pour le rediscuter.

Dans un entretien accordé au journal Libération paru le 8 février 2011, Xavier Bertrand montre toute la personnalisation à l’œuvre dans les lois de bioéthique. En effet, tout comme pour d’autres lois qui touchent au vivant (bioéthique, fin de vie, peine de mort, etc.), il semble que la conviction d’une personne doive prévaloir sur la question du bien commun, la définition du bien commun n’étant pas unanime. Pourquoi les valeurs ou les modèles prônés par Xavier Bertrand ou par d’autres acteurs de la bioéthique (et pas toujours clairement explicitées) devraient-elles primer ?

C’est pour vous permettre de vous forger votre propre conviction que nous vous proposons une présentation de la révision des lois de bioéthique, du livre de Sylvie et Dominique Mennesson sur la gestation pour autrui et de celui d’Irène Théry sur l’anonymat du don de gamètes et la bioéthique plus largement.

rédacteur : Margaux LOIRE , Critique à nonfiction.fr

Illustration : Flickr / DeSarahaIsis

 

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Hans Jonas, une éthique fondée dans la vie et portant sur la vie

Posted by Hervé Moine sur 9 février 2011

L’Ethique de la vie chez Hans Jonas

colloque international

25 et 26 février 2011

Organisé par PhiCo, laboratoire de philosophie contemporaine de Paris I,

Catherine Larrère et Eric Pommier


Vendredi 25 salle 1 panthéon de 13h à 17h45

Samedi 26 amphithéâtre 2B Panthéon de 9h à 18h

Centre Panthéon, 12 place du Panthéon – 75005 Paris


L’Ethique de la vie chez Hans Jonas

Alors que l’humanisme dans sa dimension pratique instaure une opposition entre l’ordre de la vie et celui du devoir, au point que seul l’homme puisse être considéré comme sujet de respect, Hans Jonas s’efforce de définir une responsabilité de l’homme, en tant que vivant et pour la vie. S’il y a « une éthique de la vie chez Hans Jonas, c’est bien à la fois dans le sens où c’est par la vie que l’homme acquiert son statut de sujet moral et à la vie qu’il montre le respect auquel, en tant qu’objet éthique, elle a droit. C’est ainsi que Hans Jonas entend réconcilier la morale et la vie dans l’impératif éthique qu’il énonce, entre autres, de la manière suivante : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre ». On peut en effet se demander si la crise environnementale sans précédent que nous connaissons aujourd’hui, ainsi que les risques de « dévalorisation » que l’homme court, notamment dans le domaine des nouvelles techniques « médicales » ne résultent pas de la forme anthropocentrique que l’éthique a prise depuis l’avènement de la modernité, en faisant de la nature et de la vie un type d’être dépourvu de valeur. Ce colloque a donc pour objectif d’interroger la pertinence du dispositif jonassien qui propose une éthique fondée dans la vie et portant sur la vie. Une des pièces centrales de cette démarche, la question de la relation au nourrisson, sera examinée ainsi que ses conséquences au plan bioéthique.

Au programme de la première journée du colloque, 4 interventions sur le thème du fondement de l’éthique jonassienne :

Jeudi 24 février 2011

M. Regenaldo Da Costa, professeur à l’Université de l’Etat du Ceara au Brésil : « L’éthique de la responsabilité comme défense morale de la vie dans le contexte de la crise écologique du XXIème siècle (A ética da responsabilidade como defesa moral da vida no contexto da crise ecologica do Século XXI). »

M. Roberto Franzini Tibaldeo, Docteur et associé scientifique de l’Université de Turin : « From Dualism to the preservation of Ambivalence. Hans Jonas « ontological revolution » as the background for his ethics of responsability. »

M. Frédérick Bruneault, Docteur en philosophie : « Fondement de la valeur et de la finalité chez Hans Jonas. Le passage du bien au devoir-être dans le Principe de responsabilité peut-il faire l’économie d’une déduction transcendantale ? »

M. Etienne Bimbenet, Maître de Conférence à l’Université de Lyon III : « Reductio ad absurdum : la structure de l’argumentation antiréductionniste chez Hans Jonas. »

Vendredi 25 février 2011

Deux thématiques partageront la deuxième journée du colloque consacré à Hans Jonas, la première intitulée « Du soin du nouveau-né au respect envers les générations futures » et la seconde, « Dans le prolongement du Principes responsabilité : cosmogonie et bioéthique ». Pas moins de 8 intervenants se succèderont :

M. Philippe Descamps, Post-doctorant au CERSES : «  Le paradigme du nouveau-né chez Jonas ».

M. Hicham-Stéphane Afeissa, Directeur de programme au CIPh : « Nos enfants nous accuseront. Négligence coupable, repantance préventive et inversion de la flèche du temps ».

Mme Sylvie Courtine-Denamy, Docteur en philosophie de l’Université de Paris IV, chercheure associée au Centre Alberto Benveniste pour les études séraphades et au CEVIPOF : Natalité chez Hans Jonas et Hannah Arendt ».

Eric Pommier, Docteur en philosophie : « Le Principe responsabilité est-il un humanisme ? »

M. Jean-Claude Gens, Professeur à l’Université de Bourgogne : « Du Principe responsabilité aux conjectures de Matière, esprit et création ».

Mme Marie-Geneviève Pinsart, Professeur à l’Université libre de Bruxelles : « Mise en perspective bioéthique de la relation entre le « bio » et la « technique » chez Hans Jonas ».

M. Jacques Dewitte, Philosophe : « La critique existentielle du clonage de Hans Jonas ».

Mme Laura Bossi, Neurologue : « Hans Jonas et la polémique sur les critères de la mort à l’ère des greffes d’organes ».

Les deux journées du colloque s’achèveront chacune par une discussion générale.

Le programme complet du colloque international sur Hans Jonas (fichier PDF)

Contacts :

L’intérêt de Hans Jonas aujourd’hui

Philosophe d’envergure paradoxalement peu étudié en France et non-inscrit au programme de philosophie des classes de terminale, une lacune à combler. Eric Pommier, spécialiste du philosophe insiste sur l’intérêt de Jonas aujourd’hui.

« Hans Jonas est l’un des premiers, et même peut-être le premier philosophe de cette envergure, à avoir mis au cœur de sa pensée le souci de la nature et de la vie, souci qui occupe désormais une place de premier choix au sein des enjeux sociaux, économiques et politiques du moment. Sans lui nous ne parlerions probablement pas de la même façon du respect que nous devons aux générations futures, de la responsabilité que nous avons à l’égard de l’environnement ou des espèces, des précautions qu’il nous faut prendre en vue d’éviter des catastrophes qui affecteraient aussi bien l’homme que la possibilité de la vie en général.

Mais Hans Jonas est aussi paradoxalement un des philosophes qui reste assez peu étudié et assez peu travaillé en France. Il n’est d’ailleurs pas inscrit au programme de philosophie des classes de Terminale, lors même qu’il nous propose une analyse de premier plan du phénomène gnostique, une ontologie, une éthique générale et appliquée, des perspectives cosmogoniques et théologiques.

C’est cette lacune que ce colloque international, consacré à la dimension pratique de sa pensée, voudrait contribuer à combler.  » Eric Pommier

La lecture même du Principe responsabilité, convaincra assurément de l’intérêt de la pensée de Hans Jonas aujourd’hui.

En couverture : Paul Klee, Angelus Dubiosus, 1939

 

Hans Jonas

Le Principe responsabilité

Une éthique pour la civilisation technologique

Collection Champs essai chez Flammarion

En quatrième de couverture de l’édition Flammarion

Les morales traditionnelles sont devenues inopérantes en particulier pour les décideurs politiques. Hans Jonas propose une reformulation de l’éthique autour de l’idée de responsabilité, sous ses différents (naturelle et contractuelle), et voit dans les parents et les hommes d’Etat deux modèles essentiels ; il discute les idéaux de progrès et les utopies (d’où le titre qui rappelle Le Principe espérance d’Ernst Bloch) et dessine une philosophie de l' »espérance responsable » fondée sur le respect. L’accueil réservé à cette grande oeuvre – des philosophes aux décideurs politiques et des pédagogues aux scientifiques – témoigne de l’actualité d’une telle réflexion.

Présentation de Paul Klein, référence à l’édition reliée du Principe responsabilité du Cerf

L’homme moderne est désormais conscient que ses technologies peuvent aboutir à l’extinction de toute vie sur Terre. Cette éventualité n’est bien sûr qu’un possible, mais elle n’est pas improbable et la peur qu’elle provoque peut fonder une nouvelle éthique de la précaution qui invite l’humanité à empêcher que le pire ne se réalise.

Dans cet ouvrage, qui a participé au renouveau de la pensée éthique contemporaine, Hans Jonas approfondit une réflexion qui s’inscrit sans doute dans le courant écologiste, mais qui invite surtout à penser les devoirs qui nous lient aux générations futures. Si le monde nous a été prêté par nos petits-enfants, comme le rappelle un proverbe indien, il faut donc tout mettre en oeuvre pour que les conditions d’une vie future authentiquement humaine sur Terre ne soient pas compromises. Paul Klein

Extrait de la Préface

« Le Prométhée définitivement déchaîné, auquel la science confère des forces jamais encore connues et l’économie son impulsion effrénée, réclame une éthique qui, par des entraves librement consenties, empêche le pouvoir de l’homme de devenir une malédiction pour lui. La thèse liminaire de ce livre est que la promesse de la technique moderne s’est inversée en menace, ou bien que celle-ci s’est indissolublement alliée à celle-là. Elle va au-delà du constat d’une menace physique. La soumission de la nature destinée au bonheur humain a entraîné par la démesure de son succès, qui s’étend maintenant également à la nature de l’homme lui-même, le plus grand défi pour l’être humain que son faire ait jamais entraîné. (…) Ce que l’homme peut faire aujourd’hui et ce que par la suite il sera contraint de continuer à faire, dans l’exercice irrésistible de pouvoir, n’a pas son équivalent dans l’expérience passée. Toute sagesse héritée, relative au comportement juste, était taillée en vue de cette expérience. Nulle éthique traditionnelle ne nous instruit donc sur les normes du « bien » et du « mal » auxquelles doivent être soumises les modalités entièrement nouvelles du pouvoir et de ses créations possibles. La terre nouvelle de la pratique collective, dans laquelle nous sommes entrés avec la technologie de pointe, est encore une terre vierge de la théorie éthique. (…) La conscience croissante d’une crise qui nous menace suscite des livres tels que celui-ci. Quelle que soit la faiblesse de la parole face à la contrainte des choses et face à la poussée des intérêts, elle peut néanmoins contribuer à ce que cette conscience franchisse le pas de la crainte vers la responsabilité pour l’avenir menacé et que nous devenions ainsi un peu plus disponibles pour ce que la cause de l’humanité exigera de nous avec une urgence croissante. » Hans Jonas, Préface au Principe responsabilité, pp.15-16 et pp. 19-20 de l’édition Flammarion.

Pour se procurer l’ouvrage de Hans Jonas Le Principe responsabilité chez Flammarion ou Le principe responsabilité aux éditions du Cerf (édition relié)

 

 



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Bioéthique : points de vue croisés autour de l’épineuse question du suicide assisté

Posted by Hervé Moine sur 31 janvier 2011

Débat proposé par le Monde

Le droit de mourir dignement

L’euthanasie, entre danger et humanité

Mercredi 26 janvier, les sénateurs ont finalement renoncé à instaurer une « assistance médicalisée pour mourir ». Mais le problème éthique demeure entier. Points de vue croisés autour de l’épineuse question du suicide assisté. Pour Robert Holcman, une chose est claire : riches et pauvres ne sont pas égaux devant la mort. C’est pour cela qu’il faut protéger et entourer les plus faibles plutôt que faciliter leur disparition, insistent Pierre Mazeaud et Didier Sicard, car toutes les vies valent d’être vécues, écrit Corine Pelluchon. Et pourtant, ceux qui soufrent ont droit à une autre mort, estime Pierre Zaoui. Mais pourquoi, s’interroge Jean-Louis Lejonc, faudrait-il que l’euthanasie et les soins palliatifs soient contradictoires ? On peut faire bouger un tout petit peu la loi sur l’euthanasie. Pour Thierry Calvat, ce débat législatif ne saurait nous exonérer de nos responsabilités, à nous citoyens, à l’endroit des plus âgés. Mais attention, prévient Danièle Klein-Laharie, car avec une nouvelle législation, il n’y aura plus de rattrapage possible, plus de possibilité de changer d’avis, ni de changer de vie. Gianni Vattimo en sait quelque chose, lui qui raconte qu’il a failli être complice d’un suicide assisté. Mais justement, au nom de la liberté, de l’humanité et de l’égalité, il faut une nouvelle loi sur l’euthanasie, souligne Geneviève Darmon.

http://wwwo.lemonde.fr/idees/ensemble/2011/01/28/l-euthanasie-entre-danger-et-humanite_1471575_3232.html

 

L’euthanasie, un débat sans cesse relancé

Article paru dans la Croix du 26/01/2011

http://www.la-croix.com/L-euthanasie-un-debat-sans-cesse-relance/article/2453314/4076

 

La loi Leonetti, qui proscrit l’acharnement thérapeutique sans légaliser de « permis de tuer », couvre l’immense majorité des situations de fin de vie délicates. Pourtant, en France, les partisans d’un droit à la mort ne désarment pas.

La proposition de loi relative à l’assistance médicalisée pour mourir a été écartée au Sénat dans la nuit de mardi à mercredi (photo ci-contre Demarthon/AFP).

C’est un paradoxe français. Depuis la loi Leonetti du 22 avril 2005, la France dispose d’une des législations sur la fin de vie les plus abouties, fruit d’un travail parlementaire de longue haleine, salué aussi bien par la droite que par la gauche. Une loi dont d’autres pays, comme l’Espagne, souhaitent s’inspirer ; une loi saluée jusque dans les rangs des partisans de l’euthanasie.

Ainsi, le sénateur Jean-Pierre Godefroy (PS, Manche), auteur d’une proposition de loi ouvrant un droit à la mort – texte rejeté en séance mardi 25 janvier –, reconnaît qu’elle « a marqué une avancée significative » et que « l’accès universel aux soins palliatifs est un combat qui nous unit tous ».

Refus de l’acharnement thérapeutique, droit à l’arrêt des traitements, soulagement de la douleur au risque d’abréger la vie, directives anticipées… Lacunaire jusqu’en 2005, le droit français est désormais dense et innovant, couvrant la quasi-totalité des cas où la question d’un arrêt des soins se pose.

Et pourtant, le débat n’est pas clos. Régulièrement, à la faveur de cas médiatisés comme ceux de Vincent Humbert ou de Chantal Sébire, ou du dépôt d’un texte au Parlement, la question de l’euthanasie revient sur le devant de la scène. Étrange, si l’on considère que les situations de fin de vie délicates trouvent une réponse dans la loi Leonetti, loi encore complétée par de nouvelles dispositions après l’affaire Sébire, en 2008.

Il existe plusieurs raisons à ce paradoxe. La première tient à la méconnaissance de cette loi, qui persiste six ans après son vote. Un chiffre, issu d’un sondage OpinionWay (1), en dit long : selon cette enquête, 68 % des Français ignorent qu’il existe une loi interdisant l’acharnement thérapeutique.

« Ce texte oblige les médecins à descendre de leur piédestal »

Or, comme l’a rappelé le ministre de la santé, Xavier Bertrand, mardi, « ce qui est en jeu, c’est l’angoisse de souffrir ». Ne sachant pas qu’un texte proscrit déjà la souffrance en fin de vie, il n’est pas étonnant que l’euthanasie (qui signifie littéralement « bonne mort ») apparaisse, pour beaucoup, comme une solution.

D’autant qu’il ne suffit pas d’inscrire un principe dans la loi pour qu’il s’applique. En la matière, le texte de Jean Leonetti est un triste cas d’école. Dans son rapport d’évaluation, en 2008, le député UMP des Alpes-Maritimes reconnaissait lui-même que sa loi était peu ou mal mise en œuvre.

« Il y a des résistances, car, en introduisant la collégialité, ce texte oblige les médecins à descendre de leur piédestal et à travailler en étroite collaboration avec les soignants », décrypte Jean-Marc La Piana, qui dirige la Maison de soins palliatifs de Gardanne (Bouches-du-Rhône).

De son côté, Louis Puybasset, responsable du service de neuroréanimation de la Pitié-Salpêtrière à Paris, y voit notamment l’effet de la tarification à l’acte dans les hôpitaux. « La tendance actuelle, c’est de faire des actes, ce qui favorise un certain acharnement thérapeutique », regrette ce médecin.

Sans parler du manque d’unités et d’équipes mobiles en soins palliatifs dans certaines régions, même si les choses s’améliorent. Conséquence : à l’heure actuelle, en dépit d’une législation adaptée, il arrive encore très souvent que l’on meure dans de mauvaises conditions. De quoi nourrir les revendications pro-euthanasie.

Mais ce n’est pas tout. Pour les militants d’un droit à la mort, la loi Leonetti, même bien appliquée, ne suffit pas. Ces derniers réclament « l’ultime liberté », au nom du droit de chacun de choisir sa destinée jusqu’au bout.

« Est-on vraiment libre lorsque l’on demande à mourir ? »

« L’autonomie de la volonté, consacrée en matière civile depuis la Révolution, s’est étendue progressivement à tous les domaines de la vie, a expliqué Jean-Pierre Godefroy, mardi, lors de l’examen de sa proposition de loi.

Ce texte propose de mettre fin à un paradoxe selon lequel le respect de la volonté de l’individu ne s’applique pas au moment de sa mort. » D’autant, ajoute-il, que l’on peut soulager la douleur sans parvenir à apaiser la souffrance, dont l’individu est seul juge, selon lui.

Liberté, autonomie, soit, mais « est-on vraiment libre lorsque l’on demande à mourir ? interroge Anne Richard, présidente de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (Sfap). Quand on en arrive là, c’est que l’on n’a pas d’autre choix. »

Aux médecins, à l’entourage d’entendre ce qui se joue vraiment derrière cette demande, poursuit la chef du service des soins palliatifs au CHU de Saint-Étienne, qui constate que les demandes d’euthanasie disparaissent très souvent lorsque l’on offre au patient une prise en charge adaptée.

On trouve là un autre argument résumé par Jean Leonetti sur le site de l’espace éthique de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) : « L’homme en fin de vie et ses proches même sont traversés alternativement de désir de mort et de volonté de vie. Ainsi peuvent se succéder des moments où, devant une douleur intolérable, la mort est demandée, et d’autres où l’espoir renaît et l’attente d’une visite ou d’un événement heureux fait renoncer à ce désir mortifère. Les personnes qui ont réellement attenté à leur vie et qui sont sauvées ne réitèrent qu’exceptionnellement leur projet suicidaire. La liberté n’est-elle pas de pouvoir changer d’avis ? »

« Il faut légiférer pour que le patient prenne la décision »

À cette divergence de fond sur la notion de liberté s’en ajoute une autre : celle du sens donnée aux derniers jours de vie. Pour les uns, il est hypocrite, voire cruel de ne pas accorder « une mort rapide et sans douleur » à un patient en phase terminale d’une maladie incurable dont la souffrance ne peut être apaisée. Car si la loi Leonetti permet au médecin, dans de tels cas, de recourir à la sédation terminale, nul ne sait quand précisément le patient va mourir.

Pour les partisans de l’euthanasie, les heures, voire les jours d’agonie sont inutiles et douloureux, assure l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) : « Il faut légiférer pour que le patient et lui seul prenne la décision – et non son médecin ou ses proches – et pour que la mort arrive dès que l’acte médical est exécuté, alors qu’il n’intervient aujourd’hui – dans le cas d’une sédation terminale – qu’aux termes de plusieurs jours de souffrance abominables et inutiles, voire plusieurs semaines. »

Pour les autres, au contraire, ce temps est crucial, il a un sens, et il est bien moins cruel ou violent qu’une injection létale à effet immédiat. « Tous les jours, dans mon service, je constate qu’il se passe énormément de choses lors de ces derniers jours, témoigne Louis Puybasset, à la Pitié-Salpêtrière, dès lors que la douleur ou les signes d’inconfort sont pris bien pris en charge. »

Ce médecin évoque tout aussi bien « le passage de témoin entre le parent et son enfant » que « les liens qui se renouent dans des familles parfois déchirées ». L’enjeu : éviter les deuils pathologiques. « Au cours de ce temps-là, ceux qui restent font leur chemin, à leur rythme », ajoute Anne Richard, de la Sfap.

MARINE LAMOUREUX

(1) Sondage réalisé en ligne du 7 au 10 janvier auprès d’un échantillon de 1 015 personnes, représentatif de la population française de 18 ans et plus pour la Sfap.

 

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Conférence à Toul : « Vie bonne ou vie réussie ? »

Posted by Hervé Moine sur 9 mars 2010

Vie bonne ou vie réussie ?

Conférence de Florence Grumillier  agrégée de philosophie

et de Sylvie Prévost professeure agrégée de lettres

Samedi 27 mars 2010 à 17h15 salle jean Pèlerin, médiathèque de Toul

Pieter De Hooch, Garçon portant une corbeille de grenades (détail) 1662

Choisit-t-on sa vie ?

Nous avions annoncé la précédente conférence de Florence Grumillier sur la question de savoir si l’on choisit sa vie, le texte de cette conférence est disponible sur le site de Florence Grumillier :

texte de la conférence du 14 novembre 2009 : « Choisit-on sa vie ? »

« J’aurais pu, j’aurais dû…Toujours au conditionnel passé ! Si j’avais su, hélas ! j’aurais agi tout autrement. Et l’homme épilogue avec mélancolie sur les vies qu’il aurait pu avoir, la carrière qui aurait pu être la sienne, les possibles qu’il a laissé se perdre. Cette misère de la vie en pointillé, celle qu’on n’a pas eue, c’est le jeu démoralisant de l’uchronie. »

Vladimir Jankélévitch Le Je-ne-sais quoi et le presque-rien 3 La volonté de vouloir.

Qu’est-ce que choisir ? Choisir c’est d’abord disposer d’une capacité d’initiative : le mouvement réflexe ou la réaction mécanique à un stimulus ne relève pas d’un choix. C’est ensuite avoir le pouvoir d’opter, de trancher entre plusieurs possibles – là où une seule voie s’offre, là où il n’y a pas réellement alternative, il n’y a pas réellement choix – en donnant la préférence à l’un d’eux (une image familière est celle du voyageur parvenu à la croisée des chemins : deux ou plusieurs voies s’ouvrent devant lui : pour laquelle va-t-il opter?) Choisir c’est donc toujours élire, là où il y a choix il y a sélection.

La puissance de choix, ainsi définie, apparaît comme une puissance positive, en ce qu’elle permet à l’homme de vouloir au lieu de subir passivement. La conscience qui choisit s’éprouve comme active. Pour choisir véritablement il faut être libre, ne subir ni contrainte, ni pression ni entrave. Choix cependant implique engagement – choisir, c’est prendre parti – et responsabilité : j’ai à répondre des conséquences de mes choix, à les assumer. D’où le fait que le choix entraîne souvent l’angoisse, comme l’a bien montré Sartre.

D’autre part, choisir, c’est aussi renoncer – là où il y a choix, il y a exclusion – donc consentir à un sacrifice. Ajoutons qu’il n’y a pas de choix sans risque, d’abord parce que tout choix enveloppe des conséquences que je ne peux pas prévoir, met en jeu un devenir dans lequel quelque chose échappe à la prévision, ensuite parce que je peux me tromper, faire un mauvais choix (il y a de bons et de mauvais choix).

L’expression sa vie indique d’emblée qu’il n’est pas ici question de la vie en général, mais de la vie en particulier. Dans son sens individuel, la vie peut être définie comme un parcours – on parlera à ce propos du « cours de la vie » – un déroulement ou une trajectoire qui s’effectue dans le temps – la durée est la condition naturelle de toute existence – entre ces deux bornes que sont la naissance et la mort. A l’intérieur de ce cadre temporel viennent s’insérer un certain nombre d’événements, de faits, d’actes et de réalisations qui en constituent en quelque sorte le contenu – on parlera à ce propos d’une vie bien pleine ou bien remplie – C’est cet ensemble de faits, particulièrement les plus forts, les plus marquants, qu’on cherche à raconter quand on fait le récit d’une vie (la sienne ou celle d’un autre).

La question qui nous est posée est donc claire. Il s’agit de savoir si nous possédons – ou pas – un pouvoir d’initiative sur cette trajectoire temporelle que constitue notre existence individuelle et sur l’ensemble des évènements et des réalisations qui viennent s’y insérer. Ce qui suppose que nous ne sommes pas réduits à les subir passivement, mais que nous y jouons un rôle actif, que nous pouvons les vouloir.

>>>lire la suite<<<

Voir le site de Florence Grumillier : http://www.philoflo.fr/

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Qu’est-ce qu’une vie réussie ?

Qu’est-ce qu’une vie réussie ? de luc ferry est un livre qui traite de la réussite d’une vie, de « la vie bonne ». luc ferry nous propose ici une réflexion nouvelle sur des interrogations présentes dans la pensée philosophique depuis l’antiquité, et de quelle façon se pose la question de la vie bonne, de la vie réussie aujourd’hui. C’est-à-dire selon quels critères, et à quelles conditions une existence, une vie est-elle réussie pour nous ? Ce livre est l’histoire de grandes réponses passées, des vies idéales imaginées par nos ancêtres ; luc ferry nous fait ressortir ce que ces sagesses avaient de plus puissant, ce par quoi, aujourd’hui encore, on peut y trouver des idées qui nous parlent. L’enjeu du livre a une certaine importance, ferry appartient à cette pensée qui reconsidère le rôle existentiel et pratique de la philosophie, et il va ainsi tenter d’élaborer une sagesse pour aujourd’hui.

Depuis la naissance de la philosophie, la question de « la vie bonne » est au centre des interrogations humaines, luc ferry observe que la façon d’y répondre dépend de la vision du monde où elle s’inscrit. Il distingue alors trois grandes problématiques ; il traite, dans la première, du monde théologico-religieux, réussir sa vie revient à trouver sa place dans un ordre transcendant. Dans la seconde, il explique pourquoi avec l’avènement de l’individualisme démocratique, la question de « la vie bonne » se pose différemment. Il s’agit, en effet, de régler son salut sur des finalités non transcendantes. Et enfin, dans la troisième grande problématique, ferry se demande ce qu’il reste de cette sotériologie, de cette doctrine du salut, à l’âge de la mort de Dieu, et de la disparition des grandes eschatologies. À partir de ces trois grandes problématiques, ferry expose les principales réponses fournies par les philosophes et les religions, avec les stoïciens, le christianisme, une étude de la pensée nietzschéenne, ainsi que de la sagesse ancienne en se demandant pourquoi s’intéresser à la sagesse des Anciens si elle n’est plus d’aujourd’hui, en se questionnant sur ce que peut nous apporter aujourd’hui cette sagesse antique ; mais aussi les peintres hollandais, les écrivains du XIXe siècle.

Pour se procurer le livre de Luc Ferry,Qu’est-ce qu’une vie réussie ?

Les autres ouvrages de Luc Ferry

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Choisit-on sa vie ?

Posted by Hervé Moine sur 10 novembre 2009

Conférence

Samedi 14 novembre 2009 à 17h15

Médiathèque de Toul (Meurthe-et-Moselle)

Choisit-on sa vie?

par Florence Grumillier, agrégée de philosophie

conférence qui sera suivie d’un débat


hans baldung

Hans Baldung, les trois âges de la vie

Voir le site de Florence Grumillier

http://www.philoflo.fr/index.html

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Faire connaître Georges Canguilhem, le philosophe de la vie

Posted by Hervé Moine sur 23 octobre 2009

Georges Canguilhem, génie de la pensée

Vendredi 23 octobre 2009

à la médiathèque de Castelnaudary

avec  Jean-Claude Pariente et Camille Limoge

Pour quiconque s’est initié quelque peu à l’épistémologie, le nom de Georges Canguilhem, avec celui de Gaston Bachelard et de François Dagognet, ne peut être inconnu notamment en ce qui concerne la réflexion sur l’histoire de la biologie et de la connaissance du vivant, pensons notamment à la « Connaissance de la Vie », le « Normal et le Pathologique » et « Idéologie et Rationalité ». Il est fort possible que la pensée de ce philosophe ne soit connue que des spécialistes.

L’important n’est-il pas de faire connaître au grand public ce philosophe incontournable ? C’est justement l’occasion, la chance, qui est donnée aux Chauriens de faire connaissance avec cet homme admirable et ce philosophe d’envergure, c »e génie de la pensée » comme l’affirme la Dépêche dans un article que nous reproduisons ci-dessous. Heureuse initiative en tout cas !

Hervé Moine

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Une journée est consacrée à ce professeur, résistant, philosophe chaurien

Castelnaudary. Georges Canguilhem, génie de la pensée

Georges Canguilhem, génie de la pensée (photo DDM)

Le très universel Larousse lui a fait une place parmi les grands de ce monde. Dans le paragraphe qui lui est consacré, en face de Canguilhem (Georges) : Castelnaudary 1904-Marly-le-Roi 1995, philosophe français, on peut lire « Rénovateur de l’épistémologie en France (études d’Histoire et de philosophie des sciences 1968), il s’est particulièrement intéressé aux sciences de la vie (« Le Normal et le pathologique », 1966) ».

Sommité de la philosophie, mondialement reconnue, Georges Canguilhem n’a jamais recherché les ors des palais, les apparitions promotionnelles et tout ce qui, pour lui, pouvait s’apparenter au superficiel.

Lorsqu’il séjournait, ici, chez son frère André, tailleurs au n° 5 de la rue Maréchal-Foch, à deux pas de notre agence,Georges Canguilhem devenait un Chaurien comme les autres. Seuls quelques voisins arrivaient à l’apercevoir, élégant et l’air pressé, se dirigeant ou revenant de la maison de la Presse, un fagot de journaux régionaux et nationaux sous le bras. Il n’a jamais rien oublié de la terre lauragaise, des parfums paysans qui embaumaient la ferme de ses grands-parents maternels du côté de « Béziat », de la cohue colorée des marchés du lundi à Castenaudary, quand les volailles et le bétail étaient encore au centre du négoce.

Antifasciste déclaré, on sait que ses prises de position courageuses l’amenèrent à devenir « membre du directoire des mouvements unifiés de la Résistance ». En juin 1944, il participa à l’un des plus durs combats contre les forces allemandes, au mont Mouchet. Des engagements patriotiques dont il ne tirait aucune vanité, en préférant travailler sur ses « Nouvelles réflexions concernant le normal et le pathologique » et toutes ses œuvres philosophiques en général. Jusqu’à son dernier souffle, Georges Canguilhem a vécu pleinement sa passion.

Jean-Claude Pariente, à 16 heures, et Camille Limoges, philosophes, à 20h30, sauront mieux vous faire connaître, ce soir la vie et l’œuvre de notre illustre concitoyen. Ces conférences, avec accès libre et gratuit, à la médiathèque.

Publié le 23/10/2009 13:59 | LaDepeche.fr

Voir l’article de La Dépêche :

http://www.ladepeche.fr/article/2009/10/23/699904-Georges-Canguilhem-genie-de-la-pensee.html


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