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Des mots pour les maux de la société : inégalités, injustices, violences sociales

Posted by Hervé Moine sur 20 mai 2012

Centre de Culture Scientifique, Technique et IndustrielleInégalités et violences sociales :

« Dire l’injustice »

Du 31 mai au 2 juin 2012

Université de Poitiers

En partenariat avec l’espace Mendès-France (Poitiers), L’Observatoire des inégalités et la revueRaison publique et avec le soutien de la Région Poitou-Charentes, du Grand Poitiers, de l’Université de Poitiers, du laboratoire Forell, de l’Équipe d’Accueil MAPP, et de l’Association culturelle de l’UFR Lettres et Langues. L’entrée est libre.

« À quoi reconnaît-on l’injustice d’une société ? Depuis le début des années 1980, un pan important de la recherche contemporaine et une part non moins significative des discours relayés ou construits par la littérature, l’art et les médias ont répondu à cette question essentiellement à travers le prisme de la misère et de l’exclusion. Tout en s’inscrivant dans la continuité de cette préoccupation éthique et politique, ce colloque tentera de penser dans un cadre plus vaste l’injustice sociale et ses représentations. Plutôt que la seule catégorie de l’exclusion, c’est la notion d’inégalité qui nous permettra d’interroger le caractère juste ou injuste de l’ordre social pris dans son ensemble. Plutôt que la figuration de l’opprimé en tant qu’exclu du champ social, ce sont les représentations de l’écart, de la cohabitation, des « misères de position » qui se trouveront au centre de la réflexion. L’ambition sera ici de saisir et de questionner, dans l’écriture et la forme elles-mêmes, telle que celles-ci se déploient en philosophie, en littérature, en art et dans le champ des sciences sociales, la diction de l’inégalité et le répertoire des perceptions, émotions, sentiments, représentations et idéaux à travers lequel elle se constitue comme injustice et comme violence. En proposant une analyse critique des représentations dominantes, des formes artistiques et des discours savants, on réfléchira ainsi autant aux mécanismes à travers lesquels se construisent des figurations communes de l’injustice qu’à la forme non pleinement figurée de la violence sociale (forme partielle, partiale, perverse, opaque, etc.). »

Contacts :

Au programme du colloque

Un colloque sur les inégalités et les injustices ne saurait se concevoir à l’écart du public. Toutes les communications seront donc conçues dans la mesure du possible dans un esprit d’ouverture au public non spécialiste et seront prolongées par un débat sous forme de table ronde.

Jeudi 31 mai 2012

  • 18h30-20h, conférence d’ouverture du colloque, Maison de la Région : Pierre Rosanvallon (Professeur au Collège de France), suivie d’un apéritif dînatoire.

Vendredi 1er juin 2012

  • Matinée, 9h-11h, Espace Mendès-France :

INJUSTICES ET SOUFFRANCES SOCIALES : REPENSER LES INEGALITES

Les représentations traditionnelles des inégalités associaient l’inégalité à la lutte des classes ou limitaient la souffrance sociale à l’expérience des exclus. Comment repenser les inégalités dans un cadre élargi, qui permette d’appréhender l’ensemble des expériences contemporaines de l’injustice ?

Président de séance : Patrick Savidan (Pr. de philosophie, Université de Poitiers)

Intervenants : Anne-Laure Bonvalot (doctorante en Littérature espagnole, Université Montpellier III), Nicolas Duvoux (MCF sociologie, Université Paris Descartes), Louis Maurin (directeur de l’observatoire des inégalités).

11h-12h30 : Représentations théâtrales des inégalités, espace Mendès-France : rencontre avec Didier Bezace (acteur, metteur en scène, directeur du Théâtre de la Commune d’Aubervilliers) animée par Monique Le Roux (MCF Littératures comparées à l’Université de Poitiers, critique théâtrale à La Quinzaine Littéraire).

  • Après-midi, 14h-16h30, Espace Mendès-France :

DE L’INEGALITE COMME INJUSTICE, CONSTRUCTIONS D’UN IMAGINAIRE COMMUN

Comment se construit l’imaginaire commun des violences sociales d’une époque ? Quels sont les instruments de légitimation qui participent à la reconnaissance d’une inégalité comme injustice, ou qui conduisent inversement à masquer certaines souffrances sociales ? Quels sont les rôles des écrivains, des artistes, des experts ou des témoins ?

Président de séance : Emmanuel Bouju (Pr de Littérature comparée, Université de Rennes II)

Intervenants : Christine Baron (Pr. de Littérature comparée, Université de Poitiers), Jean-Paul Engélibert (Pr. de Littérature comparée, Bordeaux 3), Sylvie Laurent (MCF Littérature américaine Sciences po, Harvard), Ruwen Ogien (philosophe, directeur de recherche CNRS, CERCES).

20h30, Filmer les inégalités, TAP Cinéma : projection du film de Sylvain George, Qu’ils reposent en révolte, suivie d’un débat avec le réalisateur animé par Marie Martin (MCF études cinématographiques, Poitiers).

Samedi 2 juin 2012

  • Matinée, 10h-12h30, Espace Mendès-France

OBSERVER LES INEGALITES

Quoi de commun entre l’expérience de la pauvreté dans un pays développé et dans un pays du tiers-monde ? Quels liens entre inégalités sociales et inégalités sexuelles, raciales, territoriales ? Quels instruments statistiques, rhétoriques ou artistiques pour appréhender l’écart et la similitude des situations de souffrance sociale ?

Président de séance : Cédric Rio (Observatoire des inégalités,  coordonnateur de Inequality Watch)

Intervenants : Vincent Bonnecase (historien, Chargé de recherche CNRS, section 40 Science politique et sociologie des organisations), Coline Cardi (MCF en sociologie, Université Paris 8), Raphaëlle Guidée (MCF en littérature comparée, Université de Poitiers), Wilfried Serisier (Institut français de géopolitique).

  • Après-midi, 14h30-17h, Espace Mendès-France

EPROUVER L’INJUSTICE SOCIALE

Quels sont les idées, les idéaux, les émotions qui peuvent nous conduire à voir dans un écart donné une forme inacceptable d’inégalité ? Comment articuler émotions et action, éthique et politique ?

Présidente de séance : Raphaëlle Guidée (Université de Poitiers)

Intervenants : Solange Chavel (MCF philosophie, Université de Poitiers), Lucie Campos (Docteure en littérature comparée, Paris 8), Inès Cazalas (Docteure en Littérature comparée, ATER à l’Université de Provence), Marie Martin (MCF Etudes cinématographiques, Université de Poitiers).

18h-20h, Vernissage de l’exposition « Photographier les inégalités » au Plan B (30-32, Blvd du Grand Cerf, Poitiers) : apéritif de clôture du colloque et remise des prix du concours photo.

Adresse : Université de Poitiers,15 rue de l’Hôtel Dieu86000 PoitiersEspace Mendès France1 place de la Cathédrale, 86000 POITIERS
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Coup de projecteurs renouvelés sur les rapports entre pouvoir et violence

Posted by Hervé Moine sur 28 octobre 2011

Jan Philipp Reemtsma

Confiance et violence

Essai sur une configuration particulière de la modernité

Traduit de l’allemand par Bernard Lortholary.

« NRF essais », Gallimard

Présentation de l’éditeur

Cet ouvrage est une exploration de la modernité occidentale hors de nos cartographies habituelles. Sans pareil, il déroutera d’aucuns, comme peuvent dérouter Masse et Puissance d’Élias Canetti ou Création littéraire et connaissance d’Hermann Broch. Pour traiter son sujet, en effet, il ne recourt pas à une méthodologie propre à une discipline établie, mais à une technique descriptive. De vastes survols alternent avec une concentration sur des détails, afin de compenser ce que la vue d’ensemble a inévitablement de trop schématique.

Les approches sociologiques ou historiographiques, autant que les développements empruntés aux philosophies politique et morale, alternent avec des analyses philologiques et le traitement de matériaux extraits de la littérature, de la poésie et du théâtre. Il n’en fallait pas moins pour aborder de front le paradoxe essentiel de la modernité : celui des rapports que nos sociétés contemporaines nouent entre confiance et violence.

Trois questions sont tramées.

Premièrement : comment en est-on arrivé à cette spécificité de la modernité, européenne et transatlantique, issue des crises des XVIe et XVIIe siècles, qui la distingue apparemment de toutes les autres configurations culturelles, à savoir son besoin spécifique de légitimer le recours à la violence ?

Deuxièmement : comment cette modernité parvient-elle à concilier ce besoin de légitimation et la confiance qu’elle nourrit d’aller vers un avenir où la violence serait la plus réduite possible, avec la violence effective qu’elle exerce ?

Troisièmement : pourquoi les excès de violence du XXe siècle, s’ils ont certes gravement entamé la confiance que la modernité a en elle-même, ne l’ont, pour le moment, pas amenée à se détourner de sa voie spécifique ?

Cette étude sur la confiance au fondement de tout pacte social, sur la violence corporelle, ou encore les rapports entre pouvoir et violence, est de ces travaux qui changent notre éclairage, ils braquent en quelque sorte les projecteurs sur un terrain connu mais d’une façon nouvelle, et veulent ainsi faire ressortir des zones restées dans l’obscurité, modifiant et les ombres portées et plus en profondeur nos perspectives communes. Elle ne concurrence pas d’autres regards sur la modernité, elle les complète. À condition que l’on en accepte le dépaysement premier.

Se procurer l’ouvrage de Jan Philipp Reemtsma Confiance et violence : Essai sur une configuration particulière de la modernité

Jan Philipp Reemtsma : quand la violence est pur caprice

Article de Nicolas Weill, paru dans le Monde des livres le 27 octobre 2011

http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/10/27/jan-philipp-reemtsma-quand-la-violence-est-pur-caprice_1594655_3260.html

« Toute philosophie a ses obsessions d’ordre privé », dit le sociologue hambourgeois Jan Philipp Reemtsma, un peu égaré dans ce grand hôtel parisien où il est descendu pour la sortie de son livre en français. Une somme consacrée au double phénomène de la confiance et de la violence dans la modernité, et que l’on peut comparer, par son style mi-littéraire mi-savant, à Masse et puissance d’Elias Canetti.

Jan Philipp Reemtsma est de ceux qui, avec Wolfgang Sofsky ou Harald Welzer, ont renouvelé l’approche de la violence et du pouvoir d’une façon très différente de celle des Français, et en particulier de Michel Foucault, « même si naturellement c’est un précurseur », concède-t-il. Pour Reemstma, en effet, on ne saurait confondre domination, violence et sexualité. D’où son désintérêt pour Sade qu’il ne trouve « pas très éclairant du point de vue philosophique ».

La violence, Jan Philipp Reemtsma a pu, enfant, en observer les traces dans les ruines non encore déblayées du bombardement d’Hambourg par les alliés. Il a vu, encore intacte, l’entrée du camp de concentration implanté dans la ville hanséatique. Héritier d’une famille enrichie dans la fabrication de cigarettes, la dynastie dont il est issu paraît taillée sur le modèle des chevaliers d’industrie qui peuplent les Buddenbrook ou Felix Krull, ces romans de Thomas Mann qui d’ailleurs apparaissent dans Confiance et violence.

Dès 1980, Jan Reemtsma vend toutes ses parts de la firme familiale pour consacrer sa fortune au mécénat. Ce littéraire et philosophe crée, en 1984, le Hamburger Institut für Sozialforschung (Institut hambourgeois de recherche sociale), qui va patiemment mettre en concepts l’héritage multiforme de la génération née dans l’immédiat après-guerre, confrontée à la mémoire purulente et silencieuse du IIIe Reich.

Né en 1952, il appartient aussi à la génération 1968, et le travail de l’Institut a consisté d’abord à étudier les premiers rapports sur la torture pratiquée par les dictatures sud-américaines. Personnage sensible, ironique, d’une extrême retenue, Jan Reemtsma se crispe quand on évoque l’autre événement qui l’a exposé à la violence, quand, en mars 1996, il fut agressé à son bureau d’Hambourg, blessé au visage et enlevé. De cette captivité de trente-trois jours, il parle sans tabou (Dans la cave, Pauvert, 2000). Sans tabou, mais non sans souffrance. « La vie a parfois de l’esprit car très peu de temps avant mon enlèvement, j’avais écrit un éditorial sur la question du traumatisme dans la revue de l’Institut, Mittelweg 36 », commence-t-il par souligner.

Si, pour lui, la violence doit se comprendre moins en termes moraux ou psychologiques que comme rapport au corps déplacé, violé, torturé ou anéanti, ce terrible moment biographique l’explique aussi. De ses ravisseurs, Jan Philipp Reemtsma a en effet subi le pouvoir absolu. Il a vu affleurer une violence de pure destruction, de pur caprice, ne se laissant ni réduire ni expliquer par l’objectif poursuivi (la rançon).

« Avant d’entrer dans la cave où j’étais séquestré, raconte-t-il, le ravisseur s’annonçait de deux coups frappés à la porte et ce bruit m’a longtemps accompagné. Une cruauté m’a été imposée du fait que l’homme m’avait dit qu’il viendrait à 8 heures du matin. Or il n’arrivait pas. En regardant ma montre, je me mettais à penser qu’on m’avait abandonné, que j’allais mourir de faim ou plutôt de soif. Fallait-il tenter une évasion ? Mais en cas d’échec, je serais ligoté… ». En fait, le ravisseur faisait tout simplement la grasse matinée, comme Jan Philipp Reemtsma s’en apercevra au procès. « Voilà les conséquences que peut avoir le simple fait, chez quelqu’un, d’aimer dormir tard : l’angoisse et la terreur que cela pouvait déchaîner en moi. »

Si son travail sur la violence n’est pas une conséquence directe du rapt, ce traumatisme-là l’a incontestablement nourri, au même titre que les activités de son institut, devenu célèbre dans le monde entier à la faveur d’une exposition controversée, en 1995, sur les crimes de la Wehrmacht.

Les vétérans de l’armée allemande eurent soudain, sous les yeux, les photos complaisantes du meurtre de masse auquel beaucoup avaient participé – et non les seuls SS. Le scandale fut énorme : en Allemagne comme en Autriche, il y eut un avant et un après.

La violence qui ne vise qu’à l’annihilation du corps, Jan Reemtsma lui a inventé un nom : « violence autotélique ». C’est surtout cette dernière que la modernité derrière le droit et le monopole de la violence par l’Etat s’obstine à ne pas voir, tout comme l’opinion d’après-guerre a renâclé à contempler la tête de Méduse du génocide.

La brandir, voilà pourquoi Jan Philipp Reemtsma fait de la sociologie, en citant abondamment Shakespeare, « le plus grand sociologue du pouvoir de tous les temps ». Savoir exhiber, art du metteur en scène, n’est-ce pas aussi celui du sociologue ?

Nicolas Weill à propos de Confiance et violence de Jan Philipp Reemtsma

Jan Philipp Reemtsma
Jan Philipp Reemtsma

L’auteur Jan Philipp Reemtsma

Jan Philipp Reemtsma né en 1952 est philologue et essayiste allemand. Il a enseigné la littérature allemande moderne à l’Université de Hambourg.

Il est fondateur et membre du comité directeur du Hamburger Institut für Sozialforschung et de la Arno Schmidt Stiftung.

Se procurer l’ouvrage de Jan Philipp Reemtsma Confiance et violence : Essai sur une configuration particulière de la modernité

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Mettre la violence en mots ou des mots sur la violence

Posted by Hervé Moine sur 27 octobre 2011

Dictionnaire de la violence

sous la direction de Michela Marzano

PUF

Un ouvrage de référence destiné à tous ceux qui, par nécessité professionnelle ou intérêt personnel, sont amenés à réfléchir à la violence, à ses manifestations contemporaines, à sa signification profonde, à ses racines historiques et à ses manifestations culturelles.

S’il y a un thème aujourd’hui qui ne cesse de provoquer des débats, autant en philosophie que dans les autres sciences humaines et sociales, c’est bien la violence. Le but de ce Dictionnaire est de donner tous les outils pour en penser les racines historiques, les manifestations contemporaines, la signification profonde.

Plusieurs questions fondamentales sont au cœur de ce Dictionnaire. Doit-on envisager une spécificité de la violence humaine ? L’idée de nature humaine est-elle pertinente lorsqu’il s’agit de réfléchir à la violence ? Peut-on penser un jour éradiquer la violence, comme l’espérait la philosophie des Lumières, ou doit-on accepter l’idée d’une ambivalence intrinsèque des êtres humains qui, soumis à des pulsions contradictoires, ne sont jamais totalement bons ou totalement mauvais ?

Parler de violence signifie aussi s’interroger sur les frontières qui existent entre soi et les autres et sur l’ambiguïté de sa propre existence porter un regard d’ensemble sur des pratiques qui vont de l’apartheid à la torture, de l’automutilation au viol, du colonialisme au terrorisme, mais aussi aborder la sexualité et l’inconscient, le passage à l’acte et l’inceste, le travail et la mort. Ces questions, si diverses, sont ici abordées de façon à constituer une analyse globale et renouvelée de l’objet « violence ».

200 auteurs (philosophes, sociologues, juristes, psychanalystes, historiens, théologiens, anthropologues) ont participé à ce Dictionnaire, unique et original, dont les 300 entrées dessinent une solide cartographie des notions et concepts clés, des penseurs et artistes, des références et travaux portant sur la violence, sujet au cœur de la nature humaine et de la modernité.

Pour se procurer le Dictionnaire de la violence

PUFLe dictionnaire de la Violence par Michela Marzano

http://marzanomichela.wordpress.com/2011/10/10/dictionnaire-de-la-violence/

« La « violence est indéfinissable », dit le philosophe Yves Michaud et il est intéressant de noter que de grands auteurs, comme Sorel ou Hannah Arendt, lui ont consacré des ouvrages entiers sans jamais la définir. Et pourtant ce « mystère » n’en demeure pas moins un des phénomènes les plus terriblement humains. Depuis Caïn et Abel. Mais la question de la violence ne se pose pas toujours de la même façon selon les époques. Aujourd’hui la « montée de la violence » semble un thème de banquet qui hante plus particulièrement nos sociétés développées et c’est la raison pour laquelle il m’a paru nécessaire de diriger ce Dictionnaire qui tente de faire la part des choses entre les données immuables de la violence humaines et celles qui, dans une société mondialisée et dérégulée, offrent des visages nouveaux et toujours plus prégnants, comme ceux du crime organisé et des mafias. Le rêve du siècle des Lumières était de vaincre la violence pour la faire disparaître. Aujourd’hui, plus personne ne se hasarderait à un tel objectif. Il est établi que la violence est une partie intégrante de la nature humaine et nos contemporains ont fait leur la définition freudienne de l’ambivalence des êtres humains qui, soumis à des pulsions contradictoires, ne sont jamais totalement bons ou totalement mauvais.

Faut-il alors se résigner à vivre avec la violence ? Tout dépend, pourrait-on être tenté de dire, de son degré d’intensité. Norbert Elias, dans une thèse controversée, soulignait que le processus de civilisation ne venait ni de l’essor artistique, ni du progrès économique ou technique, mais dans la capacité de l’Etat à maîtriser la violence. Notre mondialisation ultrasophistiquée et ultra-violente remet au goût du jour – par défaut – cette analyse du grand sociologue. Mais la question qui se pose alors est celle de la maîtrise de la violence. Suffit-il de proclamer le règne de la Raison comme l’a pensé une certaine philosophie républicaine ? On retombe à son tour au cœur des multiples ambiguïtés de nos sociétés contemporaines. Car Adorno et Horkheimer ont montré que la raison « instrumentale », qui s’apparente au règne aveugle de la technique, peut conduire y compris jusqu’à la déshumanisation nazie. La barbarie peut être technologique en perdant de vue le sens de l’Humain. Le sacre de la technè n’est pas seulement celui de l’I Pad et des jeux vidéo.

D’autres défis se posent. Une certaine pensée, dite sécuritaire, ne cesse d’instrumentaliser nos peurs en agitant le chiffon rouge de la « montée de la violence ». Dans certains quartiers ou zones de non-droit, comme les Etats faillis (failed States), en Somalie ou en Afrique centrale, il est pourtant indéniable que l’explosion de la violence n’est pas un vain mot. Il suffit aussi de songer à l’Amérique centrale ou à l’Afghanistan. Pourtant, la réponse par le « tout répressif » reste illusoire car le produit même de cette « hyper violence » n’est pas lié à l’Homme – bon ou mauvais – mais aux conditions économiques et sociales qu’il produit. Comment vaincre un Mal qui est justement engendré par les inégalités et les logiques de concurrence du Marché quand on continue à faire les louanges de ce même système qu’on juge si efficient qu’on le mondialise ? Nos sociétés avancées se trouvent aujourd’hui placées face à une contradiction intrinsèque : elles adulent cette idéologie ultra-libérale qui engendre les maux qu’elles craignent le plus. »

Michela Marzano

Violence, j’écris tes noms

Le dictionnaire de la violence  a été rédigé par deux cents chercheurs.

Le dictionnaire de la violence a été rédigé par deux cents chercheurs. A. GELEBART / 20 MINUTES

Article d’Alice Coffin paru dans 20minutes.fr le 27 octobre 2011

http://www.20minutes.fr/

LIVRE – La philosophe Michela Marzano publie un «Dictionnaire de la violence»…

Quel est le point commun entre Sartre, la Bible et une sorcière? Entre l’hôpital psychiatrique, la «raison instrumentale» et Platon ? Tous figurent dans les 300 entrées du Dictionnaire de la violence, rédigé par 200 auteurs (historiens, sociologues) et dirigé par la philosophe Michela Marzano aux éditions PUF.

E comme économie

Crise, mondialisation, «il était important d’intégrer les nouvelles formes de la violence, explique Michela Marzano. la violence est éternelle, mais se transforme. Une des caractéristiques de la période contemporaine est d’être celle d’un discours néolibéral qu’il faut décrypter à l’aune de la violence.» Parmi les définitions, on trouve donc «marché» et «chômage». Et on apprend que la recherche du profit a parfois servi des thèses racistes. Ainsi certains anthropologues ont justifié l’esclavage dans le sud des Etats-Unis en affirmant que les Noirs avaient une colonne vertébrale incurvée, adaptée à la culture du coton…

Y comme YouPorn

YouPorn figure à l’entrée «Vidéos amateurs». Qui s’ouvre par Abraham Zapruder, celui qui a filmé l’assassinat de Kennedy. «Il fallait laisser une place aux images, désormais si importantes, explique Michela Marzano. Nous avons aussi une entrée “snuff movies”, sur les vidéos d’égorgement. Ce type d’image connaît une nouvelle actualité.»

V comme viol

A la sortie de son dico, Marzano a été sollicitée sur l’affaire DSK. «Elle montre, comme d’autres la confusion qui règne autour de certains termes. La violence n’est pas que physique, elle est aussi abus de pouvoir et symbolique.» Mettre la violence en mots ou des mots sur la violence, c’est d’ailleurs la définition de certaines thérapies. C’est aussi la mission de ce dictionnaire.

Alice Coffin pour 20minutes.fr

Le terme « islamophobie » inauguré dans le dictionnaire de la violence

Un article du site ajib évoque la sortie de la nouvelle édition du dictionnaire de la violence et remarque la présence du mot « islamophobie »

 http://www.ajib.fr/2011/10/inauguration-islamophobie-dictionnaire/

« Avez vous déjà essayé de chercher le mot « islamophobie » dans le dictionnaire ? Il paraît qu’il a été introduit dans le dictionnaire Français en 2005. Pourtant, lorsqu’on tape ce mot dans un dictionnaire numérique ou en cherchant dans certaines éditions, on le retrouve zappé, absent, comme si la réalité islamophobe n’existait pas, ou pour certains, n’a pas lieu d’être. Pourtant, dans la nouvelle édition du « dictionnaire de la Violence » paru le 28 septembre dernier, le mot « islamophobie » y trouve sa place. Peut être un premier pas vers la reconnaissance de ce phénomène ? » (…)

« Peut on considérer que cette introduction du terme « Islamophobie » dans un dico spécifique à la violence, représente en quelque sorte un premier pas vers sa reconnaissance ? » (…)

« Quoi qu’il en soit, il est vrai que voir ce terme « Islamophobie » sortir de l’ombre même si il est déjà présent dans les discours… » (…)

« De nos jours, un citoyen français se déclarant antisémite risque une peine de prison, tandis qu’un autre citoyen affirmant publiquement être islamophobe et fier de l’être, ne risque pas d’être inquiété. » (…)

Pour lire l’article dans son intégralité : http://www.ajib.fr/2011/10/inauguration-islamophobie-dictionnaire/

Michela Marzano

Michela Marzano

Michela Marzano

Née à Rome le 20 août 1970, Michela Marzano a fait ses études secondaires au lycée Pio IX de Rome. Après avoir intégré l’École normale supérieure de Pise, elle s’oriente vers des études de philosophie et suit parallèlement le cursus de philosophie analytique et de bioéthique à l’Université de Rome I. Sa thèse sur le statut du corps humain, soutenue à l’ENS en 1998 la conduit progressivement à s’intéresser au domaine de la philosophie morale et politique et notamment à la place qu’occupe aujourd’hui l’être humain, en tant qu’être charnel.

Arrivée en France en 1999, elle intègre le CNRS en 2000 en tant que chargée de recherche de deuxième puis première classe. En 2005 elle soutient son HDR à l’Université de Paris I et, en 2006, elle obtient sa qualification comme professeur de philosophie. Elle est aujourd’hui professeur de philosophie morale à l’Université Paris Descartes et directrice du Département des sciences sociales (SHS, Sorbonne Paris Cité, Université Paris Descartes.

L’ancienne élève de l’École normale supérieure, est l’auteur de nombreux articles et ouvrages parmi lesquels Visages de la peur (PUF, 2009) et Le contrat de défiance (Grasset, 2010), elle a dirigé en 2007 le Dictionnaire du corps.

« Depuis mes travaux sur le statut du corps humain, le coeur de mes recherches concerne l’extrême fragilité de la condition humaine. De ce point de vue, ma démarche s’inscrit dans le domaine de l’éthique appliquée. L’expression « éthique appliquée » apparaît aux États-Unis au cours des années 1960. C’est toutefois dans les années 1970 que se distinguent progressivement des domaines spécifiques d’intérêt (bioéthique, éthique médicale, éthique de l’environnement, éthique des affaires, éthique de la communication) pour répondre aux préoccupations majeures de la société. » Michela Marzano

Visiter le blog de Michela Marzano à visiter : http://marzanomichela.wordpress.com/

Pour se procurer le Dictionnaire de la violence

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Avatar valorise l’authenticité d’une civilisation violente, raciste et conservatrice

Posted by Hervé Moine sur 5 février 2010

Une dure et rude critique pour Avatar de James Cameron que celle du philosophe Raphaël Enthoven, un grain de sel dans l’effusion générale pour ce film qui semblait faire unanimité. L’unanimité n’est-elle pas en elle-même douteuse ? Un doute qui doit rendre le spectateur quelque peu attentif : « En montrant, à son insu, comment la haine est engendrée par les meilleures intentions du monde », ce film, selon Raphaël Enthoven, renseigne le spectateur attentif sur les méfaits de la bien-pensance. »

Les méfaits d’Avatar, selon le philosophe Raphaël Enthoven

Par Raphaël Enthoven, publié le 05/02/2010

http://www.lexpress.fr/culture/cinema/les-mefaits-d-avatar-selon-le-philosophe-raphael-enthoven_847049.html

La chronique mensuelle du philosophe Raphaël Enthoven.

Les films débiles sont d’excellents outils pédagogiques, car ils donnent à l’enchaînement des concepts la spontanéité, l’évidence, qu’aucune démonstration ne parvient à exprimer. En montrant, à son insu, comment la haine est engendrée par les meilleures intentions du monde, le dernier film de James Cameron, Avatar, renseigne le spectateur attentif sur les méfaits de la bien-pensance. Dans le monde merveilleux d’Avatar, tout est simple : les généraux (c’est-à-dire des brutes) sont alliés à un lobby industriel (c’est-à-dire sans scrupules) qui pille la terre sacrée des sauvages innocents (les Na’vi) infiltrés et espionnés par des organismes hybrides, des « avatars », contrôlés à distance par des humains. Autrement dit, en spéculant sur le double filon de la guerre en Irak et du nouvel ordre écologique, des scénaristes cyniques ont bâti une caricature qui, prenant le spectateur par les bons sentiments, lui donne l’impression de communier dans la lutte contre un discours impérialiste qu’il croit majoritaire. A l’image du soldat dont l’avatar est progressivement adopté par les autochtones, on assiste, dans ce film, à la métamorphose insensible de l’antiracisme en communautarisme : sous prétexte de dénoncer l’intolérance des hommes, le film valorise l’authenticité d’une civilisation violente, raciste et conservatrice, où le plus fort est aussi le chef et où les structures familiales obéissent au schéma le plus réactionnaire. Sous couvert de dénoncer la technique qui sépare l’homme de la nature, le film culmine dans un éloge de la pensée magique. Enfin, c’est au nom du respect des différences que les Na’vi décolonisés excluent les humains d’une planète dont l’air (trop pur ?) est insupportable à leurs poumons.

On dirait un scénario de Claude Lévi-Strauss revisité par le Front national ou les Indigènes de la République. La défense hollywoodienne des cultures malmenées par l’arrogance occidentale, dont la première salve fut Danse avec les loups, de Kevin Costner, s’épanouit ouvertement, désormais, dans l’institution de nouvelles normes, qui ne sont pas moins autoritaires ni coercitives. Pour lutter contre l’ethnocentrisme, on en fabrique un autre, ce qui prouve que l’Occident rate sa cible quand il se tire dessus et que la repentance est elle-même, au fond, un avatar du paternalisme colonial.

Raphaël Enthoven, L’Express Culture

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Bac philo 2009 : Sujets nationaux des séries Technologiques 2009

Posted by Hervé Moine sur 18 juin 2009

Sujet 1

Peut-on être sûr d’avoir raison ?

Sujet 2

La technique s’oppose-t-elle à la nature ?

Sujet 3

Pour expliquer ce texte, vous répondrez aux questions suivantes, qui sont destinées principalement à guider votre rédaction. Elles ne sont pas indépendantes les unes des autres et demandent que le texte soit d’abord étudié dans son ensemble.

« La loi ne consiste pas tant à limiter un agent libre et intelligent qu’à le guider vers ses propres intérêts, et elle ne prescrit pas au-delà de ce qui conduit au bien général de ceux qui sont assujettis à cette loi. S’ils pouvaient être plus heureux sans elle, la loi s’évanouirait comme une chose inutile ; et ce qui nous empêche seulement de tomber dans les marais et les précipices mérite mal le nom de contrainte. De sorte que, quelles que soient les erreurs commises à son propos, la finalité de la loi n’est pas d’abolir ou de restreindre mais de préserver et d’élargir la liberté ; et dans toutes les conditions des êtres créés qui sont capables de vivre d’après des lois, là où il n’y a pas de loi, il n’y a pas de liberté. Car la liberté consiste à être délivré de la contrainte et de la violence exercées par autrui, ce qui ne peut être lorsqu’il n’y a point de loi ; mais la liberté n’est pas ce que l’on nous dit, à savoir une liberté, pour tout homme, de faire ce qui lui plaît (car qui peut être libre quand n’importe quel homme peut nous imposer ses humeurs ?). Mais c’est une liberté de disposer et d’ordonner comme on l’entend sa personne, ses actions, ses biens et l’ensemble de sa propriété, dans les limites de ce qui est permis par les lois auxquelles on est soumis ; et, dans ces limites, de ne pas être assujetti à la volonté arbitraire de quiconque, mais de suivre librement sa propre volonté. »

Locke

Questions :

1. Dégagez la thèse de ce texte et mettez en évidence les étapes de son argumentation.

2.

a. Précisez la conception de la liberté à laquelle Locke s’oppose dans ce texte.

b. En vous appuyant sur l’image de la ligne 4, expliquez : « guider [un agent libre et intelligent] vers ses propres intérêts ».

c. Comment Locke définit-il la liberté ? Expliquez cette définition en vous appuyant précisément sur le texte.

3. La loi est-elle la condition de la liberté ?

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« La violence n’est pas seulement une des réponses possibles à la souffrance, elle est son produit ».

Posted by Hervé Moine sur 14 février 2009

L’auteur de la Théorie de la violence s’est éteint.

labica
Georges Labica (1930-2009)

Nous apprenons le décès de Georges Labica survenu, il y a deux jours, le 12 février 2009, à l’âge de 79 ans.

Georges Labica était philosophe et a enseigné la philosophie politique à Paris X Nanterre.

Il était spécialiste de philosophie politique et notamment de la théorie marxiste.

Intellectuel engagé, militant anti colonialiste et anti impérialiste, il était fin connaisseur du monde et de la culture arabes.

Il était Président honoraire du Comité de Vigilance pour une Paix Réelle au Proche-Orient (CVPR-PO), Président de Résistance démocratique internationale, membre de l’Appel franco-arabe, du Forum des alternatives et de En Defensa de la Humanidad.

Auteur de nombreuses publications, Georges Labica s’est d’abord intéressé à la pensée de Ibn Khaldoun, Politique et religion chez Ibn Khaldoun. Essai sur l’idéologie musulmane, Alger, Société nationale d’édition et de diffusion, 1968, mais aussi celle de Robespierre Robespierre : une politique de la philosophie, Paris, Presses universitaires de France, « Philosophie », 1990 ; de Lénine ou encore d’Antonio Labriola.

Citons :

  • Dictionnaire critique du marxisme (PUF) en codirection avec Gérard Bensussan
  • L’oeuvre de Marx, un siècle après (PUF)
  • Démocratie et Révolution , le Temps des cerises,
  • La pensée et l’histoire, 2007
  • Théorie de la violence, La Citta del Sole, 2007

Un extrait de la Théorie de la violence :

De la souffrance : La violence n’est pas seulement une des réponses possibles à la souffrance, elle est son produit.

« Et elle est spécifique, s’il est vrai qu’il existe des « voies nerveuses de la souffrance…différentes des voies de la douleur comme sensation discriminante ».

Job souffre, l’imprécateur, soulevé de révolte et frémissant de colère contre l’injustice qui le frappe. Prométhée, tout Dieu qu’il est, souffre. Médée, la chthonienne, fille du soleil, souffre quand elle tue ses enfants, auxquels elle veut épargner les frivolités de la vie citadine. Caïn, le fils méprisé, souffre. Oreste et Electre, les enfants maudits souffrent. Et Titus lui-même. Et la digne Lucrèce. Et Jésus, le juste, acquittant d’avance les dettes qui ne sont pas les siennes. Et Catherine, Georges et tous ceux auxquels leur sainteté valut le martyre. Les démences qui hantent les théâtres grec et shakespearien sont autant d’expressions de souffrances, infligées par des Dieux capricieux ou des tyrans cruels. L’éventail des violences répond à l’éventail des souffrances. »

Personnellement, j’avoue mal connaître la pensée de Georges Labica, mais peut-être peut-il être un philosophe permettant de décrypter notre temps. Je terminerai juste par une citation de Franci Combes :

« Ceux qui ont eu la chance de la fréquenter et de travailler avec lui ressentent une grande peine et une énorme perte. Georges était un homme fraternel, à l’intelligence toujours en éveil, un intellectuel ouvert et combatif, un pédagogue et un orateur hors pairs, un esprit libre et un militant dont l’internationalisme et l’engagement ne se sont jamais démentis. Il était certainement l’un des penseurs marxistes les plus marquants d’aujourd’hui. » Francis Combes, sur lahaine.org/labica

Pour en savoir plus sur ce philosophe marxiste, je vous suggère quelques une de ses textes sur la violence, la mondialisation et sur le marxisme.

La page « Georges Labica »

Hervé Moine

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