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Etude du Livre I Contrat Social de Rousseau Cours n°11

Posted by Hervé Moine sur 10 février 2009

Jean Jacques Rousseau

Jean Jacques Rousseau

Analyse de la suite du chapitre VI « Du pacte social »

(cf. §1 à §7)

Reprenons notre étude au §8 du chap.VI.

Mais rappelons le contenu du chapitre précédent. Rousseau nous expliquait que l’aliénation des droits au profit de la communauté doit être, d’une part, totale, absolue. Nous avions dit, qu’en cela, Rousseau s’opposait à la fois à Spinoza et à Locke. D’après l’auteur du Contrat Social, si cette aliénation doit être absolue c’est dans le but d’éviter les risques de conflits. En effet, selon lui, s’il restait quelques droits aux membres de la communauté, ils pourraient les exercer contre la communauté et il y aurait ainsi risque de conflit. Cette aliénation des droits au profit de la communauté doit, d’autre part, se faire au profit de « toute » la communauté.

Aucun droit ne doit être conservé.

Si cette « aliénation totale » doit se faire au profit de « toute » la communauté, cela signifie qu’elle se fait au profit de soi-même, étant donné que chacun fait partie de cette communauté. Pour Hobbes l’aliénation doit se faire au profit d’un homme et non de tous. D’autre part, elle ne concernait pas « chaque associé » puisque l’un d’eux, le souverain, n’aliénait rien, celui-ci conservant l’intégralité de son droit naturel sur toutes choses et contre tous les hommes. Or, renoncer à tous ses droits au profit d’une communauté dont on fait partie n’est pas y renoncer au profit d’un seul ou de quelques-uns. Dans le premier cas, (thèse de Rousseau) on préserve sa liberté ; dans le second, (thèse de Hobbes) on la perd.

Problème : N’y a-t-il pas inégalité dans cette aliénation des droits ?

Rousseau affirme que la condition de cette aliénation « est égale pour tous ». Dès lors un problème se pose, problème qu’on peut énoncer de la manière suivante : Si le contrat, pour être juste, doit être le même pour tous cela signifie que tous aliènent leurs droits, leur puissance, or, il se trouve que la puissance des individus n’est pas la même. En effet, les plus puissants ou les plus riches, en sacrifiant la totalité de leurs droits, de leur puissance et de leur richesse, n’alièneraient-ils pas davantage que les autres ? Par conséquent, la situation ne semble pas la même pour tous.

Pour Rousseau, il est vrai que les riches et les plus puissants sont bien plus menacés que les pauvres aussi bien dans leur vie que dans leurs richesses. En effet, d’une part, les pauvres, possédant évidemment peu, comment susciteraient-ils la convoitise ? Ils semblent qu’ils soient bel et bien à l’abri du danger. Et, d’autre part, les riches, possédant beaucoup, ne courent-ils pas, en revanche, un grand danger ? Or celui-ci disparaît grâce justement au contrat, les riches trouvant ainsi la sécurité. Certes, il est vrai qu’ils apportent bien plus que les autres, cependant, ils reçoivent davantage, le risque, pour eux, étant plus grand. Ainsi, tout compte fait, on peut bien dire que la condition est bien « égale pour tous », puisque tous reçoivent au moins autant que ce qu’ils donnent. On gagne proportionnellement à ce que l’on perd.

On peut remarquer d’ailleurs, que l’apport du pauvre est non-négligeable, celui-ci apportant sa caution morale, nécessaire à l’institution du corps politique. Par conséquent, le riche apporte moins que ce que l’on pense et le pauvre plus que ce que l’on croit, et de ce fait, on peut dire que leurs apports respectifs peuvent être considérés comme équivalents.

On gagne l’équivalent de ce que l’on perd

Dans le §8. Rousseau précise sa pensée en affirmant que si les particuliers avaient conservé un quelconque droit, ceux-ci estimeraient, en ce qui concerne ce droit, être les seuls juges. Dès lors, lorsque des conflits relatifs à ces droits surgiraient, ils auraient tendance à se faire justice eux-mêmes. (Nous savons ce que pense Rousseau de cette idée !) Et, si ce comportement devait devenir habituel, la société se résoudrait à l’état social dans lequel règne la loi du plus fort. C’est pourquoi, aucun droit ne doit, en aucun cas être conservé. Ce n’est que de cette manière que les conflits pourront être jugés non par les individus eux-mêmes, mais par un « supérieur commun » (juges, tribunaux, …) qui offrira les garanties nécessaires de justice et d’impartialité.

Dans le §9. Rousseau reprend une de ses intuitions fondamentales : il ne faut en aucun cas remettre ses droits et sa liberté entre les mains d’une autre personne ; il faut éviter à tout prix de dépendre d’autrui. En effet, dépendre d’un quelconque particulier, ce que proposent les absolutistes, c’est perdre sa liberté. En revanche, dépendre d’une communauté régie par la raison est compatible avec la liberté individuelle. Lorsque nous renonçons à tous nos droits au profit de la communauté, autrui, qui en fait partie, les acquiert. Et quand autrui à son tour aliène ses droits au profit d’une communauté dont nous faisons partie, nous acquérons ses droits. C’est pourquoi « on gagne l’équivalent de ce qu’on perd ».  Dans l’état social, caractérisé par l’injustice et la guerre de tous contre tous, chacun ne peut compter que sur lui-même pour défendre ses droits. En revanche, dans la société instituée par le contrat, chacun peut également compter sur ce que Rousseau appelle « la force commune ». Ainsi, dans la société démocratique, nos droits, nos biens, étant protégés par tous, sont beaucoup moins menacés que dans l’état social.

« la volonté générale »

Dans le paragraphe suivant, §10. la notion de « volonté générale » prend une place importante. « Chacun de nous, dit rousseau, met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale ; et nous recevons en corps chaque membre comme partie indivisible du tout ».

Selon Rousseau, la volonté est générale lorsqu’elle est raisonnable. En effet, en se plaçant sous sa direction, chacun se place sous la direction de la raison et donc de soi-même, puisque chacun est doté de raison. En chaque homme coexistent une volonté générale, expression des exigences de sa raison, et une volonté particulière reflétant ses passions. Toutefois, il faut bien distinguer la volonté générale de la « volonté de tous ». Celle-ci est simplement une coalition provisoirement majoritaire d’intérêts particuliers, ou si l’on veut « une somme de volontés particulières ». Contrairement à la volonté de tous, la volonté générale « ne regarde qu’à l’intérêt commun » dira Rousseau au livre II, chapitre III de l’ouvrage. Rousseau explique que lorsque les « associations partielles », c’est-à-dire les groupes de pression, « les brigues », les factions se substituent aux citoyens, l’exercice de la démocratie ne peut-être que perturbé. En effet, « les différences deviennent moins nombreuses et donnent un résultat moins général » (livre II, chapitre III). Parfois une association trop influente s’impose et un « avis particulier » l’emporte sur la volonté générale. Aussi faut-il soit interdire les associations, soit les multiplier pour que leurs différences finissent par se neutraliser.

Quant à l’élection de représentants, elle est inacceptable : Rousseau dira  au livre III, chapitre XV, « Toute loi que le peuple en personne n’a pas ratifiée est nulle ; ce n’est point une loi. » Et il ajoutera « le peuple anglais pense être libre ; il se trompe fort, il ne l’est que durant l’élection des membres du parlement ; sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien. » C’est dire qu’un parlement votant des lois viole la volonté générale. Ainsi, on le voit, Rousseau n’admet que la démocratie directe, car, selon lui, « la souveraineté ne peut être représentée ».

Ce don que chacun d’entre nous, fait à la communauté n’est pas un don unilatéral. En effet, les autres membres, se donnant à la communauté à laquelle nous appartenons, se donnent d’une certaine manière à nous-même. Ainsi « nous recevons chaque membre », qui est une « partie indivisible du tout », comme nous sommes nous-mêmes une « partie indivisible » de ce « tout » qu’est la communauté. Nous nous donnons à tous et tous se donnent à nous.

« l’acte d’association produit un corps moral et collectif »

Rousseau, dans le dernier paragraphe du chapitre, §11. développe une thèse qui sera d’ailleurs reprise par Durkheim, le fondateur de la sociologie. Par le pacte social la société, en tant que telle, est créée. Dès lors, elle devient indépendante de ses créateurs. Les membres fondateurs peuvent disparaître, sans que disparaissent la société et ses institutions. Tout se passe donc comme si le contrat social avait engendré un être collectif ayant sa personnalité propre, son moi propre, une volonté commune, et échappant au pouvoir de ceux qui l’ont institué. Il peut même arriver que ce « corps moral et collectif » s’oppose par la suite à ses fondateurs et qui plus est les détruise s’ils bafouent la loi commune. Par conséquent, bien qu’issue de la volonté de chaque membre, la communauté présente une autonomie et une spécificité que rien ne pourra réduire.

Distinctions conceptuelles : « État, souverain, puissance, citoyen, sujet »

L’État est le peuple en tant qu’il observe les lois, et le souverain est le peuple en tant qu’il élabore les lois. La puissance est le peuple comparé aux autres peuples, la force que la communauté représente par rapport aux autres communautés qui ne reconnaissent que la force physique de l’État. Celui-ci n’a de légitimité morale que pour les seuls membres de la communauté. Ceux qui lui sont extérieurs ne se sont pas engagés à son égard. C’est pourquoi ils le considèrent comme une simple force, une « puissance ». Alors que les membres de la communauté ont des relations conventionnelles, contractuelles, les différentes communautés ont des relations naturelles et leurs rapports sont régis par la loi du plus fort.

Le « citoyen », c’est l’aspect actif de chaque membre de la communauté en tant qu’il élabore les lois; le « sujet », son aspect passif en tant qu’il s’y soumet. Dans le système démocratique, tout homme est donc à la fois citoyen et sujet, alors que dans le système absolutiste, il n’est que sujet. « Quiconque est maître ne peut être libre. » Le maître, pour Rousseau, en acceptant d’être maître, ne suit plus les recommandations de la raison, qui condamne l’asservissement d’autrui, et s’abandonne à ses passions, au plaisir illégitime de commander. Dès lors, il n’est plus maître de lui-même, il ne n’appartient plus et perd sa liberté.

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Etude du livre 1 du Contrat Social de Rousseau Cours n°4

Posted by Hervé Moine sur 4 février 2009

Dans ce premier paragraphe, on voit chez Rousseau une double préoccupation : souci de légitimité et souci de réalisme. Nous envisagerons cette double préoccupation en suivant le plan suivant :

1°) Recherche de règles d’administration légitimes et sûres

a.       La notion de règle d’administration

b.      Légitimité et fiabilité de ces règles

c.       Rapport de la Morale et de la Politique

2°) Les exigences de cette recherche

a.       Nécessité de prendre les hommes tels qu’ils sont

b.      Nécessité de prendre les lois telles qu’elles peuvent être

c.       Nécessité d’allier toujours justice et utilité

3°) Légitimité de cette recherche

a.       Prérogatives de l’homme politique

b.      Citoyenneté et liberté

c.       Droits et devoirs du citoyen

1°) Recherche de règles d’administration légitimes et sûres

a) La notion de règle d’administration

Une première distinction conceptuelle doit être faite pour éviter toute confusion, entre la notion de « règle d’administration » et celle de « règle et de gouvernement ».

Les règles d’administration concernent la constitution et l’établissement de l’Etat ainsi que ses lois fondamentales.  En effet, le gouvernement ne peut exister que lorsque l’Etat est déjà instauré. Si la question que se pose Rousseau est celle des conditions de possibilités d’un état social légitime, il s’agit pour lui d’envisager l’Etat à la racine, de penser les fondements même de l’Etat, ce qui le constitue et l’établit, ses lois. Ou si l’on veut dire les choses autrement, le but de sa recherche, c’est l’examen des principes du droit public, de l’ordre civil, ceux-là même qui fondent toute société. Ainsi, Rousseau n’est pas ici concerné par ce que l’on appelle le « droit positif », c’est-à-dire des différentes formes de gouvernement qui existent mais par la justice idéale, celle-ci étant valable pour toute société quel qu’en soit le gouvernement. Que ce dernier soit aristocratique, monarchique, démocratique ou autre, la justice idéale est universelle et ne connaît pas de versions particulières.

b) Légitimité et fiabilité de ses règles

–          Ces règles doivent donc être légitimes.

On l’aura compris, là aussi il faut opérer une distinction conceptuelle. Il faut distinguer ce qui est légitime et ce qui est légal. Légitime en effet s’oppose à légal, en ce que la légitimité c’est la justice définit en rapport aux principes du droit valable partout et de tout temps, la légalité quant à elle c’est la justice établie, le droit positif. Dire que les règles doivent être légitimes c’est dire qu’elles doivent être en accord avec la morale.

–          En même temps ces règles doivent être sûres

En même temps ces règles doivent être sûres.  Ce « en même temps » ne va pas sans poser de problème. La difficulté en effet c’est de pouvoir allier la morale et l’efficacité. Dire que les règles d’administrations doivent être en même temps sûres, c’est dire qu’elles doivent être également politiquement efficaces, stables, fiables, et par ce fait, nécessairement durables. En effet, des règles sûres sont des règles ayant quelque garantie de durabilité.

c) Rapport de la morale et de la politique

–          Le problème d’une politique à la fois morale et efficace

Rousseau joint les préoccupations morales et politiques. Il convier, selon lui, d’élaborer une politique morale et une morale politique, inscrite dans la réalité. Rousseau n’entend pas rêver une politique idéale parfaite, mais de penser une politique réaliste, mais le réalisme ne doit pas pour autant tourner le dos aux exigences de la morale. Dans le livre IV de l’Emile, Rousseau écrit à ce propos ceci : « ceux qui voudront traiter séparément la politique et la morale n’entendront jamais rien à aucune des deux ».

–          Une bonne politique doit être morale

Ainsi, pour le philosophe, une politique est une bonne politique, si et seulement si, celle-ci se fonde sur des critères moraux. L’interrogation morale doit dominer et accompagner l’interrogation politique. Toutes les deux sont interdépendantes, la politique doit apporter à la morale son efficacité et le retentissement qui font défaut à la morale et cette dernière doit donner les directions à la politique. Rousseau cherche à concilier l’être et le devoir-être. Autrement dit, c’est sur ce qui doit être que l’on peut se prononcer sur ce qui est et non l’inverse, comme le pense en particulier Nicolas Machiavel et son réalisme politique. Ce dernier, au XVIème siècle, excluait cette possibilité : une politique morale a toutes les chances d’être inefficace ; une politique immorale a bien plus de chance d’être efficace.

Telle est la recherche que se fixe Rousseau dans le Contrat Social. La question est maintenant de savoir ce qu’exige cette recherche, autrement dit qu’exige la recherche de l’établissement d’une politique réaliste et d’une politique en même temps morale.

2°) Les exigences de cette recherche

a) Nécessité de prendre les hommes tels qu’ils sont

Lorsque nous avions abordé la vie de Rousseau, nous avons pu observer que la vie, peut-être plus que ses études intellectuelles a instruit Rousseau. Que lui a-t-elle enseigné ? La vie a révélé à Rousseau que toutes les tentatives de changer la nature de l’homme sont vaines, que l’on ne peut lutter que contre ce qu’il est.

–          Mais l’homme, qu’est-il ?

La question est bien de savoir si cette expression « les hommes tels qu’ils sont » désigne les hommes à l’état de nature ou les hommes à l’état social. Dans le Contrat Social, Rousseau envisage les hommes tels qu’ils sont devenus dans l’état social.

–          L’homme social = homme corrompu

Les hommes sont ce qu’ils sont devenus dans l’injuste état social, c’est-à-dire ; des hommes corrompus à jamais par le système de la propriété privée ; des hommes se déchirant pour extorquer aux autres les biens dont ils ont réussi à s’emparer. Les hommes tels qu’ils sont, sont les hommes égoïstes, poussés par leurs appétits, ayant perdu leur innocence originelle. Les hommes tels qu’ils sont, constituent le point de départ de la réflexion de Rousseau dans sa recherche.

–          L’homme social, corrompu mais susceptible de se conduire moralement

Cet homme, est, selon l’auteur du Contrat Social, un être de raison et plus exactement un être qui a acquis la raison et ainsi un être capable de comprendre et susceptible de se conduire moralement. Cet homme, irrémédiablement attaché à la propriété privée, ne pourra changer ; en revanche, il est possible, et c’est, justement ce que se propose de faire Rousseau, de modifier ce qui est encore possible d’améliorer, à savoir les lois, les institutions. Ce n’est que par ce biais que l’on peut penser la possibilité de fonder un Etat juste.

b) Les lois telles qu’elles peuvent être

Quand Rousseau affirme qu’il entend prendre les lois telles qu’elles peuvent être, il n’entend pas les lois injustes rendant l’état social injuste en tant qu’elles se fondent sur les égoïsmes particuliers et font le jeu des riches. Au contraire, il s’agit, pour lui, de considérer les lois justes, fondées sur la raison et qui ne sont pas jusqu’à présent établi dans l’état social mais qui pourrait pourtant l’être.

De telles lois devront contraindre les intérêts particuliers à se soumettre à la volonté générale. Cette notion de volonté générale fera l’objet d’une analyse ultérieurement.

Selon Rousseau, il est possible de créer un monde meilleur en changeant les lois à défaut des hommes. Ce qui importe de faire c’est d’adapter les lois à des conditions devenues incontournables depuis le passage de l’état de nature à l’état civil.

On voit bien quel est le souci réaliste qu’anime Rousseau : d’une part, il faut prendre en compte la réalité humaine, celle-ci étant ce sur quoi la justice va porter ; d’autre part, les lois doivent pouvoir exister, elles doivent être définies selon leurs possibilités d’existence. Rousseau rejette toute utopie.

c) Nécessité d’allier toujours justice et utilité

Il convient selon Rousseau d’allier le droit et l’intérêt, la justice et l’utilité, de trouver des règles non seulement conforme au droit, à la justice, mais aussi aux intérêts. En d’autres termes, il s’agit de concilier ces deux nécessités, de chercher une harmonie entre elles deux, d’allier les exigences de la raison, c’est-à-dire la justice et les exigences de la nature humaine, c’est-à-dire leurs passions.

Reprenons les notions importantes ici évoquées.

–          « ce que le droit permet »

Il s’agit ici de ce que l’on appelle le droit naturel qui est un droit moral et non le droit positif. Rousseau évoque non pas ce qui est mais ce qui doit être. « Je cherche le droit et la raison et ne dispute pas des faits ».

–          « la justice »

Ici, il ne s’agit pas de la justice sociale, celle-ci étant souvent l’injustice masquée, instituée. Il s’agit, au contraire, de la justice morale. Selon notre philosophe, la justice morale est une exigence de la raison universelle. Celle-ci se trouve en germe dans la conscience des hommes et ne peut se développer que dans l’état civil. A l’état de nature, l’homme est sans raison. Une société est légitime si elle est conforme à la raison universelle.

–          « l’utilité »

Nous savons que pour Rousseau les lois morales (le droit naturel) doivent s’adapter aux conditions concrètes qui définissent telle ou telle société. Une justice qui négligerait les besoins de la société, l’intérêt resterait au stade de l’idéal et ne serait par conséquent pas utile. Et d’un autre côté, un utilitarisme sans borne qui ne tiendrait pas compte de la nécessité d’accomplir la justice serait condamnable. Pour Rousseau, la justice doit prendre en compte le critère de l’utilité ; il faut faire en sorte que ce qui est juste soit utile et que ce qui est utile soit juste. Une petite remarque en passant : Kant se séparera de Rousseau sur ce point, selon lui en effet, la justice ne doit aucune se préoccuper de l’avantageux ou de l’intérêt.

Rousseau recherche une constitution susceptible de réconcilier les lois sociales et les exigences morales, de réconcilier l’utilité et la justice, de réconcilier l’idéal moral et la nature humaine. C’est bien là un point capital, l’enjeu est d’importance En effet, si une conciliation entre le droit et la nature s’avèrerait impossible, il faudrait alors sacrifier ou bien la politique à la morale et ainsi sombrer dans l’angélisme et dans une bonne volonté dépourvue d’efficacité, ou bien, à l’inverse, sacrifier la morale à la politique et ainsi sombrer dans un cynique réalisme. Et, c’est dans le but d’éviter ce double écueil que Rousseau propose le contrat social, contrat social dans lequel les hommes pourront poser l’ordre social se fondant sur leur prise de conscience que leur véritable intérêt coïncide avec la justice morale.

3°) Légitimité de cette recherche

Après avoir montré l’objet de sa recherche, les exigences de celle-ci, Rousseau entend à présent, justifier sa démarche. Qu’est-ce qui légitime donc sa recherche ?

a) Prérogatives de l’homme politique

On pourrait à Rousseau de s’occuper de penser politique et parler de politique alors qu’il n’est pas lui-même homme politique. En quoi un homme qui n’est pas aux affaires publiques peut-il être au fait de la res publica ? Rousseau affirme qu’un homme politique doit se préoccuper d’action et non de beaux discours. Et lorsqu’on n’est pas au pouvoir, c’est-à-dire lorsqu’on n’a pas la possibilité matérielle de pratiquer ses idées, ce qui est le cas de Rousseau, on est obligé de les exposer.

b) Citoyenneté et liberté

citoyen libre

Rousseau s’affirme de part sa naissance comme citoyen libre d’un Etat libre. Un citoyen n’est pas un sujet, dans le sens d’un être assujetti à un maître. Ceci est une façon pour lui de récuser l’absolutisme. Un citoyen, à la différence des sujets qui n’ont que des devoirs, a des droits. Un citoyen est nécessairement un être libre.

–          Etat libre

Faisons cependant une remarque : la République de Genève peut être considéré à l’époque comme une île démocratique dans l’immense océan de la monarchie absolue qu’est l’Europe. Cela dit, cet Etat libre auquel fait référence ici l’auteur du Contrat Social est largement idéalisé. En effet, les institutions de Genève ne sont pas conformes au Contrat Social. On pourra s’en rendre compte.

–          « membre du Souverain »

Rousseau dit qu’il est « membre du Souverain ». Qu’est-ce que cela signifie exactement ? Le Souverain est le Conseil Général, c’est-à-dire, l’assemblée souveraine de la république de Genève. Mais, dans le langage rousseauiste, le Souverain c’est le peuple. Ici, il s’agit d’une allusion à la démocratie, régime qui a la faveur de Rousseau ; « membre de Souverain » signifie donc membre du peuple. Selon lui, le peuple détient la souveraineté, le prince n’est quant à lui qu’un particulier, provisoirement chargé de gouverner. Le peuple a le pouvoir de renvoyer le Prince, si celui-ci ne donne pas satisfaction. Remarquons que la République de Genève condamnera le Contrat Social de Rousseau, celui-ci devant fuir la cité genevoise. On le voit bien, le Gouvernement de cette République n’est pas celui du Contrat Social. Il n’empêche  qu’il garde la faveur de Rousseau car il est le plus éloigné de la monarchie absolue. C’est en quelque sorte une démocratie tempérée car le peuple a accès au vote et la volonté générale a la possibilité de s’exprimer par suffrage, chaque votant ayant le pouvoir législatif et faisant partie du Souverain.

c) Droits et devoirs du citoyen

–          Le droit de vote

Dans les dernières lignes de ce préambule, Rousseau affirme sa préférence pour sa patrie. S’il aime son pays raisonnablement c’est parce que la forme de son gouvernement est proche de la conception du gouvernement juste. Cela lui permet d’évoquer le droit qui caractérise tout système démocratique. Le peuple élabore les lois et participe à la gestion des affaires publiques à l’occasion des votes.

–          Le devoir de s’informer

Le droit de vote est un thème fondamental de la philosophie du Contrat Social de Rousseau. Le droit de vote n’a de sens que si les individus participant au vote se sont au préalable informés. Les campagnes électorales sont là précisément dans ce but. En effet, les campagnes électorales qui précèdent le vote permettent de faire connaitre les opinions des candidats à tous ceux qui le désirent. Par conséquent, voter sans s’être auparavant informé est une absurdité, une faute. Autrement dit, la démocratie suppose que le peuple soit « éclairé ». L’absence d’informations peut aboutir à toutes les manipulations démagogiques et manœuvres technocratiques. Les démagogues ne sont-ils pas ceux qui flattent les passions du peuple ? Et les technocrates ne sont-ils pas ceux qui l’asservissent par leur décision éloignée de la réalité même du peuple.

C’est pourquoi, sachant qu’à un droit correspond un devoir, au droit de voter qui est celui de choisir correspond le devoir de s’informer et de s’instruire afin de bien choisir, en fonction de la volonté générale.

Ainsi s’achève l’étude du Préambule. Au prochain cours nous étudierons le premier chapitre, dans lequel il s’explique sur une des idées plus connues du philosophe « l’homme est né libre, partout il est dans les fers ».

Hervé Moine

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